Une certaine idée de la noblesse

Quand un jour j’ai dit, à moitié pour faire un mot, que je cherchais un homme, je pensais surtout à Diogène, on m’a de suite perçue comme une vamp’. On m’a prêté bien des passions tristes, on a fait sur mes ambitions bien des suppositions graveleuses, j’ai cru moi-même un temps que j’étais une moraliste, puis je me suis vue avec effroi récompenser la force brute. Heureusement, je crois à présent deviner ce que j’ai cherché tout ce temps. Ce que je cherchais chez autrui, c’était purement et simplement, la noblesse.

 

Celui-là ferait un livre curieux, donnerait de curieux documents à l’histoire humaine et française, qui récolterait et assemblerait simplement les traits des curieuses physionomies provinciales, qui passent sans laisser de trace. Oui, un Tallemant des Réaux qui, ici et là, noterait tout ce qu’il entendrait des physionomies singulières de la province, ferait un livre tout nouveau et précieux. Que de figures singulières, que de silhouettes, quels témoins d’excentricités, de vieilles mœurs, dans tous ces originaux de province, qui se crayonnent, s’accusent dans les récits, les souvenirs, les légendes de famille, avec des lignes grotesques ou bizarres, puissantes et tranchées, avec une turgescence de comique, un caractère de manière d’être, une crudité, une verdeur, un oubli de toute règle, un éloignement de toute convention, comme une odeur du cru que donne seule la province.

[…]

Autre fantoche. Celui-ci vit encore. Il est de la première noblesse de Nancy, marquis de Landrian, des Landriani de Milan, qui sont venus s’établir en France au XVe siècle. Il a mangé quatre ou cinq cent mille francs en essais d’agriculture. C’est un Juif Errant toujours par les rues, par chemins, avec une voiture de saltimbanque et d’Althotas, une voiture où il y a deux matelas, un pour lui, un pour son domestique : il y couche sur les routes. Son costume est toujours une blouse bleue, avec une poche par derrière, dans laquelle il met tous ses papiers d’affaires, ce qui lui est très commode, à ce qu’il dit, quand il a un procès au tribunal. On l’a arrêté comme vagabond à Troyes, à Nancy même. Il se réclamait du préfet, du général. Voyant sa mise, on riait d’abord de lui. A Neufchâteau, il a dormi sur les marches, contre les portes du tribunal.

Il a de l’esprit, il en pétille. De l’éloquence même. Il s’est amusé à plaider à Nancy : il y avait en lui l’étoffe d’un grand avocat. C’est un prodigieux bavard : sans moucher, sans tousser, il parle six, huit, douze heures, et toujours d’une façon amusante, saisissante, étourdissante. Il touche par moments à la folie, dont le premier accès fit marcher Georges III soixante-douze heures sans un arrêt ni un silence : une activité telle, une exubérance d’idées, un débordement de paroles tels qu’après six mois de ce déploiement et de ce bouillonnement de cerveau, il reste parfois six mois couché.

Il a la manie de faire des glacières chez les gens de sa connaissance : il ne demande que la nourriture. – Invite-t-il des gens à déjeuner chez lui ? Il rentre à six heures : il a cherché jusque-là dans les rues le chien d’un ami, qui est perdu. – Il rencontre ma cousine je ne sais où. Il lui voit une bosse au front, toute rouge : « Attendez » et il avance vers elle quelque chose : « je vais vous faire une ventouse. » – Il y a de la piété qui le traverse ; il récite la messe dans sa voiture et son domestique lui répond : Kyrie eleison. Ayant une réclamation à faire au préfet, il va le trouver en blouse : « Monsieur, je suis meunier, mais je ne suis pas le meunier Sans-Souci… « 

Un jour, à Bar, ma cousine le rencontre en agitation : « Qu’est-ce que vous avez donc, monsieur de Landrian ? – Je suis déshonoré, ma fille se marie ! – Eh bien ? – Une Landrian ! – Qui épouse-t-elle ? – M. Salière, Seillière… un homme d’argent ! Moi, marquis de Landrian, donner ma fille à un Salière… Deux, trois millions, je ne sais pas… Ca ne peut être que de l’argent volé ! Je n’estime pas du tout mon gendre… je suis un homme déshonoré ! » Une autre fois, il allait pour être le parrain d’un enfant de cette même fille, épousée pour sa beauté par le riche banquier Seillière : « Je vais chez ce Seillière, mais ses domestiques, ça me gène… Je ne veux pas loger chez cet homme-là ! – Eh bien ! où logerez-vous ? – Je coucherai chez le portier. »

Edmond et Jules de Goncourt,
JOURNAL, Mémoires de la vie littéraire,
premier volume, année 1862, 22 septembre.

Publicités

Mavie-monoeuvre

Si je devais commencer une biographie, je le ferais peut-être contre XP – à la manière dont Proust écrivit sa Recherche contre Sainte-Beuve. En tout cas voilà sans doute l’épisode qui ouvrirait le ban :

.

.

J’ai dit aujourd’hui que l’entregent, le clientélisme, les réseaux, étaient les moyens de parvenir les plus favorisés par la société française, au détriment du savoir-faire et de la bonne volonté.  Par « réseau »,  il ne fallait pas entendre quelque chose d’occulte, avec des ramifications façon toile d’araignée, et des rites de passages où l’on égorge des poulets dans des chambres rouges avec tentures en velours, lustres en cristal et symboles cabalistiques…

Prenons encore une fois mon exemple préféré (celui que je connais le mieux, et dont personne ne pourra jamais me disputer l’expertise) : moi.

Si j’avais suivi mon père dans le militantisme politique, aujourd’hui, même avec seulement une pauvre licence de socio’, de biolo ou de géographie en poche, j’aurais un taff’. Car j’aurais sans doute intégré une assoce humanitariste quelconque parasitaire du fric de l’état, ou bien j’aurais fait carrière dans la politique, ou bien les deux, et je passerais mes dimanches à refaire le monde avec des copines qui reviennent de stage photo en Afrique. Bon. Si j’avais été débile, avec un tempérament passif ou intéressé ou sans amour-propre, ç’aurait été la trajectoire logique. J’aurais alors intégré un « réseau », mais sans le savoir. J’aurais même pu me défendre avec acharnement d’appartenir à un réseau, puisque j’aurais pu attester sous serment n’être jamais passée par la case « égorgeons des poulets sous les lambris en toge cabalistique ! »

J’aurais vécu dans une bulle, totalement protégée comme un panda sans cervelle dans une cage dorée, et je ne l’aurais même jamais su ! Jamais je ne me serais rendue compte qu’il y avait un monde en-dehors du « réseau ». Et cela grâce à ma connerie. C’est énorme, quand on y pense…

Alors que s’est-il passé ? Eh bien il faut faire l’archéologie de la pensée républicaine pour le comprendre.

Mon père étant un vieux prof de la génération baby-boom, c’est l’Ecole Normale qui dans sa jeunesse lui a trouvé un emploi : il n’a donc jamais eu à se plaindre de l’Etat. Il a bénéficié en son temps d’un ascenseur social en état de marche. Cette trajectoire linéaire et aisée lui a permis de conserver une certaine naïveté vis-à-vis du fonctionnement du monde de l’emploi (pour ne pas dire une méconnaissance totale), ainsi que vis-à-vis des vertus de l’Educ Nat’.

Dans son esprit, toute personne ayant un talent quelconque, est amené par l’école à suivre la formation qui lui permet de développer son talent. Toutes les formations disponibles dans le pays étant égales en qualité par ailleurs, puisque les profs sont des gens intelligents, bien intentionnés, et qu’ils savent ce qu’ils font. « Toute formation a forcément une raison d’être, sinon elle n’existerait-pas, ne crois-tu pas mon petit Candide ? C’est pourquoi elle débouche /forcément/ sur un emploi qualifié. Cela va de soi, étant donné que nous vivons d’ors et déjà dans le meilleur des mondes possibles. » Ainsi parlait le Baron Thunder-ten-tronckh.

Le Baron Thunder-ten-tronckh pouvait-il faire comprendre à sa fille qu’elle aurait /intérêt/ à rester humaniste et à ne pas aller fricoter avec des fachos ? Non bien sûr, car l’on n’est pas républicain et humaniste par intérêt personnel ! On l’est dans l’intérêt général. Eh oui. D’ailleurs, être soucieux de l’intérêt général est foncièrement une bonne chose, qui coïncide avec l’esprit républicain et humaniste. Donc, qui a le cœur bon devrait normalement /forcément/ trouver un emploi dans le Saint Royaume de France. CQFD

Ce portait vous paraît peut-être outré, cependant il est représentatif de la mentalité de toute une classe moyenne française aujourd’hui retraitée, qui n’a jamais eu à souffrir ni de la faim, ni de la crise de l’emploi, ni du ridicule (malgré un idéalisme politique béat confinant à l’idiotie clinique).

***

A 15 ans, en entrant au lycée, à la fin du premier trimestre, j’étais l’un des deux délégués des délégués d’élèves des classes de seconde. J’avais pris contact avec le petit noyau dur militant de gauche, j’appelais avec eux à la grève. J’étais le bon petit cheval blanc, rempli de bonne volonté. Il y a eu une réunion avec le proviseur, le conseiller d’éducation et tutti quanti. A un moment, je ne sais plus à quel sujet, j’ai pris la parole au nom de tous les élèves que je représentais… Alors, je ne sais pas ce qu’il s’est passé, je pense que je suis tombée sur un paradoxe amusant… Je suis partie dans un laïus incompréhensible, interminable, qui a viré à l’absurde comico-pataphysique. A la fin, rougissante comme une tomate épluchée, je me suis rendue compte que je ne me souvenais plus quelle était la question et quel point-de-vue j’étais venue défendre. Quand je suis sortie de la salle (je fuyais, le front brûlant), un prof d’histoire guilleret, d’au moins 20 ans mon aîné, sur un ton complètement enfantin, m’a arrêtée dans le couloir pour me dire : « Woah, c’était vraiment très intéressant, ce que vous avez dit, j’ai bien aimé ce passage… si vous voulez en parler, vous pouvez venir me voir ! » – Je l’ai dévisagé avec un mélange de dégoût et de mépris immense, de l’air de dire : « Tu veux pas venir écrire le journal du lycée avec moi, aussi, vieux débris ? ».

Mon co-délégué, lui, d’un air las et surbooké (le genre qui n’a jamais été jeune), s’est empressé de me snober, pensant sans doute que j’étais à moitié folle – ce en quoi il n’avait pas tort.

Quand j’ai rejoint mes camarades de lutte d’extrême gauche, leur chef d’obédience communiste (qui était une ravissante brune, très charismatique, en rébellion contre son propre père qui votait FN) m’a dit : « Ouais, je suis d’accord avec toi, tu vois… Mais au fond, tu te contentes de répéter ce que dit ton père. » J’ai réalisé qu’elle avait raison, j’en ai alors conçu une honte immense, je l’ai immédiatement détestée pour cela, et j’ai fait en sorte de lui prouver par la suite que je détestais les communistes (ce qui était vrai) et que je n’avais jamais eu l’intention rester dans l’ombre de mon paternel.

Quand, dans le sillage de cette fille, je suis « montée à Paris » pour participer aux grandes manifestations contre Chevènement qui animaient cette époque, j’ai fait la connaissance dans le train de l’un de ses sbires… C’était un idiot – encore plus idiot que les autres, ce qui n’est pas peu dire – totalement a-politique, qui surfait sur le vaste chahut général pour s’offrir une petite virée gratos. Il était complètement con mais il est d’office tombé irrémédiablement amoureux de moi. J’ai passé toute la grande manifestation avec lui, qui essayait de me peloter sur les ponts, quand nous traversions la Seine… Durant notre gentille échappée sauvage, il me parla de deux de ses amis : deux frères, fils de mormons paraissait-il extraordinairement intelligents, à moitié autistes, dont l’aîné ressemblait à David Bowie et le cadet à un übermensch nazi ; il m’a dit qu’ils se conduisaient comme s’ils appartenaient à une race supérieure et qu’ils adoraient Dostoïevski et tout un tas de littérature hardcore. Oh mein gott ! J’ai trouvé tout cela tellement romantiiiiiîîîque ! Au retour, je lui ai dit que je ne l’aimais pas, que je ne voulais pas de lui, mais que je voulais bien que nous restions amis. Pour qu’il me présente à ses amis.

C’est ainsi que je n’ai pas pu rester de gauche.

***

Je ne comprends pas comment on devient comme le fils Klarsfeld. C’est juste pas possible, de ne pas tuer-le-père, quand on a un brin d’amour-propre !

Jünger

Contexte : Dieudonné veut imiter les chamanes des indiens d’amérique, mais au lieu de recevoir la visite des esprits des indiens, ce sont ceux de ses propres ancêtres qui lui répondent…

.

Chez un bon nombre de tribus de l’Amérique du Nord, le prestige social de chaque individu est déterminé par les circonstances entourant des épreuves auxquelles les adolescents doivent se soumettre à l’âge de la puberté. Certains s’abandonnent sans nourriture sur un radeau solitaire ; d’autres vont chercher l’isolement dans la montagne, exposés aux bêtes féroces, au froid et à la pluie. Pendant des jours, des semaines ou des mois selon le cas, ils se privent de nourriture : n’absorbant que des produits grossiers, ou jeûnant pendant de longues périodes, aggravant même leur délabrement physiologique par l’usage d’émétiques. Tout est prétexte à provoquer l’au-delà : bains glacés et prolongés, mutilations volontaires d’une ou de plusieurs phalanges, déchirement des aponévroses par l’insertion, sous les muscles dorsaux, de chevilles pointues attachées à des cordes à de lourds fardeaux qu’on essaye de traîner.

Dans l’état d’hébétude, d’affaiblissement ou de délire où les plongent ces épreuves, ils espèrent entrer en communication avec le monde surnaturel. Emus par l’intensité de leurs souffrances et de leurs prières, un animal magique sera contraint de leur apparaître ; une vision leur révèlera celui qui sera désormais leur esprit gardien en même temps que le nom par lequel ils seront connus, et le pouvoir particulier, tenu de leur protecteur, qui leur donnera, au sein du groupe social, leurs privilèges et leur rang.

[…]Le meilleur moyen de forcer le sort serait de se risquer sur ses franges périlleuses où les normes sociales cessent d’avoir un sens en même temps que s’évanouissent les garanties et les exigences du groupe : aller jusqu’aux frontières du territoire policé, jusqu’aux limites de la résistance physiologique ou de la souffrance physique et morale. Car c’est sur cette bordure instable qu’on s’expose soit à tomber de l’autre côté pour ne plus revenir, soit au contraire à capter, dans l’immense océan de forces inexploitées qui entoure une humanité bien réglée, une provision personnelle de puissance grâce à quoi un ordre social autrement immuable sera révoqué en faveur du risque-tout.

[…]Et voici devant moi le cercle infranchissable : moins les cultures humaines étaient en mesure de communiquer entre elles et donc de se corrompre par leur contact, moins aussi leurs émissaires respectifs étaient capables de percevoir la richesse et la signification de cette diversité.

.

Extraits de Tristes Tropiques, par Claude Lévi-Strauss

.

Ci-devant, quelques autres citations célèbres du même auteur :

.

Cultures: pour qu’elles persistent dans leur diversité, il faut qu’il existe entre elles une certaine imperméabilité.

Rien ne ressemble plus à la pensée mythique que l’idéologie politique.

Tout mariage est une rencontre dramatique entre la nature et la culture, entre l’alliance et la parenté.

Comme le caillou frappant une onde dont il annelle la surface en la traversant pour atteindre le fond.

Le monde animal et le monde végétal ne sont pas utilisés seulement parce qu’ils sont là, mais parce qu’ils proposent à l’homme une méthode de pensée.

L’humanité s’installe dans la mono-culture; elle s’apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat.

A proprement parler, il n’existe pas de texte original; tout mythe est, par nature, une traduction, il a son origine dans un autre mythe provenant d’une population voisine.

Les blancs proclamaient que les Indiens étaient des bêtes, les seconds se contentaient de soupçonner les premiers d’être des dieux. A ignorance égale, le dernier procédé était certes plus digne d’hommes.

Source : http://www.dicocitations.com/auteur/2819/Claude_Levi_Strauss.php

Catholique à Babylone

.

UN PEU D’HISTOIRE

Les Iraniens, en tant que peuple, sont les rejetons de millénaires de civilisation. L’Iran et l’Irak sont situés exactement dans ce qu’on appelait dans la haute antiquité, « le Croissant Fertile » : c’est-à-dire le foyer primitif des premières Cités du monde. C’est sans doute même le lieu de l’invention de la Civilisation (une civilisation étant un lieu de rencontre de plusieurs cultures, selon la définition de Lévi-Strauss). Et peut-être aussi l’endroit (à peu de choses près) où pour la première fois l’Homo Erectus sorti d’Afrique est devenu un homme.

Aussi, les anciens habitants de Babylone sont-il peut-être le peuple qui a été décadent le nombre le plus considérable de fois. Ils en ont eu le temps, de déca-danser, depuis plus de cinq voire six millénaires ! Néanmoins ne peut pas comparer leur classe moyenne éclairée (qui a toujours lutté pour conserver sa tradition humaniste – notamment la mémoire de ses poètes et le goût des plaisirs charnels face aux divers tyrans qui se sont succédés au pouvoir), avec « l’aristocratie » arabe au pouvoir dans la péninsule arabique.

Car cette « aristocratie »-là (et je trouve que c’est un bien grand mot en ce qui la concerne), composée de chameliers et d’administrateurs d’Oasis, avant que l’Occident ne lui révèle et l’existence, et l’utilité du pétrole qui se trouvait sous son sable, n’avait jamais régné que sur des hectares de désert et sa plus grande richesse se composait de quelques piscines d’eau claire ombragées de palmiers dattiers. Il faut bien savoir qu’alors – c’est-à-dire jusqu’au XIXe siècle – cette « aristocratie » arabe en était encore – ne vous déplaise –  à l’âge de la pierre polie.

UN PEU DE POLEMIQUE

A présent, il faut bien se résoudre à aborder frontalement le sujet qui fâche. Les feuges, soyons bien clairs une fois pour toute, ont un problème avec le fait suivant : l’Iran est situé sur le lieu historique du début de leur grand Exil. L’Iran c’est le cœur du territoire de l’ancienne Mésopotamie, c’est-à-dire qu’il est construit exactement dessus les ruines de Babylone, et Babylone c’est le souvenir cuisant de Nabuchodonosor qui les a fichus à la porte de sa magnificente cité, les forçant à se précipiter en Egypte, avec les conséquences terribles que l’on sait. Le début historique de la rédaction de la Bible correspond à cet évènement-là, à la fois traumatique et fondateur : la perte du premier sol natal, sur lequel était bâti un Temple. A cause de Nabucco’.

Voilà le vrai problème avec l’Iran. C’est gros comme le nez au milieu de la figure. C’est d’ailleurs pour ça que personne n’ose le faire remarquer.
Les vieilles histoires de familles pourries, c’est partout pareil sur la terre, ça peut durer mille fois mille ans, c’est des haines increvables.

.

Quand un dogme s’écroule, on n’a plus aucune raison de croire. Reste la passion.

Chercher la réponse, n’est-ce pas tout simplement prendre un problème à la racine ?

« Qui vit sans folie n’est pas si sage qu’il croit. » – La Rochefoucault

.

UN PEU DE RELATIVISME DRÔLATIQUE

Prenez les contempteurs de Babylone.

Y’en a de plusieurs sortes. Bon, vous avez d’un côté le paradigme du fumeur de marijuana loqueteux avec son bonnet vert-jeune-rouge : pour lui quand on parle de Babylone, ça ne fait pas un pli, il s’agit de l’Occident capitaliste. En effet, la philosophie Rasta combat principalement, confondues sous cette dernière dénomination, les trois choses suivantes : le règne de l’argent, l’übris de l’impérialisme blanc et le métissage (symbolisé par la tour de Babel).

Vous avez ensuite les contempteurs de Babel qui ne disent pas leur nom mais sont finalement à peu de choses près sur la même ligne idéologique que Bob Marley : les anti-festivistes à la Muray (le festivisme, excès de tous les plaisirs qui conduit à la mort du désir : un nouveau nom pour désigner un phénomène ancien : la décadence), les émules d’Orwell et de Philipp K. Dick (« Si ça continue on va tous finir robotisés ».. etc.).

Cette seconde catégorie de contempteurs de la Babylone-impérialiste-blanche est toutefois plus intelligente que la première car elle a retenu la leçon cartésienne du LARVATUS PRODEO.

Dans un autre camp, vous avez les gars du pied-de-la-lettre, pour qui Babylone n’est pas une métaphore, pour qui il s’agit bel et bien d’une vraie cité, sise entre Tigre et Euphrate, avec ses murs maçonnés, ses prêtres et ses commerçants. La Bible relate que Babylone est une cité profondément pécheresse, une Grande Prostituée qui sera encore debout aux jours du Jugement dernier, et dont les Prophètes ont annoncé qu’elle devait être détruite, parce qu’elle a été méchante avec les Prophètes, et que le jour où elle sera détruite le monde ira mieux. Quand les-gars-du-pied-de-la-lettre s’emparent des textes bibliques, cela donne le raisonnement suivant : « L’Iran et l’Irak sont nos ennemis et leurs cités se tiennent encore debout. Ils sont même en passe de gagner en puissance, c’est un signe des temps, c’est le signe que la fin des temps est proche : nous devons nous unir contre la montée en puissance de ces pays. La Grande Prostituée Babylonienne ne doit pas se mettre debout. » Dans cette dernière catégorie, vous pouvez ranger d’office les juifs et les protestants.

Voilà, à présent réunissez dans votre main les quatre grandes catégories de personnes précédemment citées : les juifs, les protestants, l’intellectuel réac (mais quel intellectuel n’est pas réac?), et l’altermondialiste. Eh bien voilà, c’est fini : vous avez d’ors et déjà fait le tour de l’Occident. Le voilà l’Empire, le voilà l’Impérialisme blanc, (la voilà Babylone ! Hu hu…) voilà de quoi il est composé : de contempteurs de Babylone.

.

Leur jeu s’appelle le Cé-çuiquidiqui-yé. C’est toujours celui qui accuse autrui d’être Babylone, qui devient Babylone.

La raison pour laquelle les juifs et les protestants gagnent ? Parce qu’au fond, s’ils réfléchissaient deux seconde à ce que représente Babylone – à ce qu’est une ville comme Babylone -, ils réaliseraient que Babylone n’est pas leur ennemi, mais leur rêve le plus cher. Pensez ! Une ville riche, belle, prospère, confluent de toutes les cultures, l’une des sept merveilles du monde, où l’on parle toutes les langues, où l’on bâtit des tours immenses qui vont grattouiller le ciel, où l’on commerce librement et où n’importe qui peut faire fortune du jour au lendemain !

Au jeu du Cé-çuiquidiqui-yé, les juifs et les protestants sont en réalité très contents d’/être Babylone/. ^^

Pourquoi les juifs ont-il été chassés par Nabuchodonosor ? Franchement, qui s’en souvient ? Peut-être simplement ont-il un jour lancé au roi un impudent : « Cé-çuiquidiqui-yé » ?

.

A présent, qu’est-ce qu’être un bon chrétien ? C’est savoir garder en chacun ce qu’il y a de meilleur, et laisser le reste. Naturellement. Ne dit-on pas que tous les chemins mènent à Rome ? :P

Jésus qui combattait le pharisaïsme et l’hypocrisie de l’establishment hébreu de son époque, ne fut-il pas lui aussi, dans une certaine mesure, à l’image des Prophètes juifs qui l’ont précédé dans cette lourde tâche, un contempteur de Babylone ?

Néanmoins, il me semble qu’on est encore en droit de se demander quel rôle les catholiques sont censés jouer dans ce vaste capharnaüm…

.

Réponses

.

Savez-vous que la racine du mot Raiponce, qui est un nom de plante, signifierait justement « racine » ? Chercher la réponse, n’est-ce pas tout simplement prendre un problème à la racine ? Chercher la réponse, n’est-ce pas la même chose que de poser la question ?

Ce n’est pas parce qu’on a des racines qu’on ne peut pas s’élever vers la lumière ! Voyez les plantes, c’est pourtant ce qu’elles font : elles puisent dans la terre la force de croître dans les airs, la terre pour elles n’est pas un moyen de retourner à la terre, mais de s’en extraire ! Tous les hommes qui aiment la terre ne sont pas forcément des brutes aux mains calleuses, que la terre salit, ce peuvent être des nobles aussi, des terriens de la race des seigneurs, à l’ancienne mode.

Verlaine qui aimait le rythme ternaire et les poésies aériennes, reniait-il pour autant les forces chthoniennes qui sont la matrice des grandes floraisons ?

Qui vous a dit que la terre, c’était sale ? – La terre est ce sur quoi nous posons les pieds, lorsque nous avons la tête dans les étoiles.

Il y a des gens qui sont fatigués de se poser des question évidemment, mais ne sont-ce pas justement ceux qui ont le plus cherché ? Doit-on leur préférer ceux qui ne désespèrent jamais car ils n’ont jamais eu de grands espoirs ?

Il y a une grande force d’intelligence en potentiel chez les amateurs de réponse : la force qui est en eux est une force de questionnement qui pourrait déplacer les montagnes, puisqu’ils ne peuvent effectivement trouver le repos tant qu’ils n’ont pas résolu les énigmes que la vie présentait à eux. Sherlock Holmes n’est-il pas le plus grand des amateurs de réponses ?

Il faudrait qu’y ait bien peu d’énigmes véritables en ce monde, pour qu’il soit à craindre que les amateurs de réponses obtiennent toujours satisfaction. Dans les faits, un amateur de réponses véritables (donc un véritable amateur de réponses) se reconnaît à ce qu’il est à jamais incapable de trouver la satisfaction.
C’est un Rolling-Stones.
Ceux qui trouvent la satisfaction sont des gens qui se satisfont d’ersatz de réponses, ce sont des fainéants et des esprits courts, dénués de curiosité véritable. Des tricheurs. Car les plus grandes questions de ce monde sont évidemment insolubles. Pas un enfant ne l’ignore. Chacun, dans le fond de son cœur, le sait.

Il est terriblement périlleux de chercher des réponses. C’est un coup à se lancer dans une Odyssée comparable à celle d’Ulysse. Il n’est rassurant que de s’en inventer.