Catholique à Babylone

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UN PEU D’HISTOIRE

Les Iraniens, en tant que peuple, sont les rejetons de millénaires de civilisation. L’Iran et l’Irak sont situés exactement dans ce qu’on appelait dans la haute antiquité, « le Croissant Fertile » : c’est-à-dire le foyer primitif des premières Cités du monde. C’est sans doute même le lieu de l’invention de la Civilisation (une civilisation étant un lieu de rencontre de plusieurs cultures, selon la définition de Lévi-Strauss). Et peut-être aussi l’endroit (à peu de choses près) où pour la première fois l’Homo Erectus sorti d’Afrique est devenu un homme.

Aussi, les anciens habitants de Babylone sont-il peut-être le peuple qui a été décadent le nombre le plus considérable de fois. Ils en ont eu le temps, de déca-danser, depuis plus de cinq voire six millénaires ! Néanmoins ne peut pas comparer leur classe moyenne éclairée (qui a toujours lutté pour conserver sa tradition humaniste – notamment la mémoire de ses poètes et le goût des plaisirs charnels face aux divers tyrans qui se sont succédés au pouvoir), avec « l’aristocratie » arabe au pouvoir dans la péninsule arabique.

Car cette « aristocratie »-là (et je trouve que c’est un bien grand mot en ce qui la concerne), composée de chameliers et d’administrateurs d’Oasis, avant que l’Occident ne lui révèle et l’existence, et l’utilité du pétrole qui se trouvait sous son sable, n’avait jamais régné que sur des hectares de désert et sa plus grande richesse se composait de quelques piscines d’eau claire ombragées de palmiers dattiers. Il faut bien savoir qu’alors – c’est-à-dire jusqu’au XIXe siècle – cette « aristocratie » arabe en était encore – ne vous déplaise –  à l’âge de la pierre polie.

UN PEU DE POLEMIQUE

A présent, il faut bien se résoudre à aborder frontalement le sujet qui fâche. Les feuges, soyons bien clairs une fois pour toute, ont un problème avec le fait suivant : l’Iran est situé sur le lieu historique du début de leur grand Exil. L’Iran c’est le cœur du territoire de l’ancienne Mésopotamie, c’est-à-dire qu’il est construit exactement dessus les ruines de Babylone, et Babylone c’est le souvenir cuisant de Nabuchodonosor qui les a fichus à la porte de sa magnificente cité, les forçant à se précipiter en Egypte, avec les conséquences terribles que l’on sait. Le début historique de la rédaction de la Bible correspond à cet évènement-là, à la fois traumatique et fondateur : la perte du premier sol natal, sur lequel était bâti un Temple. A cause de Nabucco’.

Voilà le vrai problème avec l’Iran. C’est gros comme le nez au milieu de la figure. C’est d’ailleurs pour ça que personne n’ose le faire remarquer.
Les vieilles histoires de familles pourries, c’est partout pareil sur la terre, ça peut durer mille fois mille ans, c’est des haines increvables.

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Quand un dogme s’écroule, on n’a plus aucune raison de croire. Reste la passion.

Chercher la réponse, n’est-ce pas tout simplement prendre un problème à la racine ?

« Qui vit sans folie n’est pas si sage qu’il croit. » – La Rochefoucault

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UN PEU DE RELATIVISME DRÔLATIQUE

Prenez les contempteurs de Babylone.

Y’en a de plusieurs sortes. Bon, vous avez d’un côté le paradigme du fumeur de marijuana loqueteux avec son bonnet vert-jeune-rouge : pour lui quand on parle de Babylone, ça ne fait pas un pli, il s’agit de l’Occident capitaliste. En effet, la philosophie Rasta combat principalement, confondues sous cette dernière dénomination, les trois choses suivantes : le règne de l’argent, l’übris de l’impérialisme blanc et le métissage (symbolisé par la tour de Babel).

Vous avez ensuite les contempteurs de Babel qui ne disent pas leur nom mais sont finalement à peu de choses près sur la même ligne idéologique que Bob Marley : les anti-festivistes à la Muray (le festivisme, excès de tous les plaisirs qui conduit à la mort du désir : un nouveau nom pour désigner un phénomène ancien : la décadence), les émules d’Orwell et de Philipp K. Dick (« Si ça continue on va tous finir robotisés ».. etc.).

Cette seconde catégorie de contempteurs de la Babylone-impérialiste-blanche est toutefois plus intelligente que la première car elle a retenu la leçon cartésienne du LARVATUS PRODEO.

Dans un autre camp, vous avez les gars du pied-de-la-lettre, pour qui Babylone n’est pas une métaphore, pour qui il s’agit bel et bien d’une vraie cité, sise entre Tigre et Euphrate, avec ses murs maçonnés, ses prêtres et ses commerçants. La Bible relate que Babylone est une cité profondément pécheresse, une Grande Prostituée qui sera encore debout aux jours du Jugement dernier, et dont les Prophètes ont annoncé qu’elle devait être détruite, parce qu’elle a été méchante avec les Prophètes, et que le jour où elle sera détruite le monde ira mieux. Quand les-gars-du-pied-de-la-lettre s’emparent des textes bibliques, cela donne le raisonnement suivant : « L’Iran et l’Irak sont nos ennemis et leurs cités se tiennent encore debout. Ils sont même en passe de gagner en puissance, c’est un signe des temps, c’est le signe que la fin des temps est proche : nous devons nous unir contre la montée en puissance de ces pays. La Grande Prostituée Babylonienne ne doit pas se mettre debout. » Dans cette dernière catégorie, vous pouvez ranger d’office les juifs et les protestants.

Voilà, à présent réunissez dans votre main les quatre grandes catégories de personnes précédemment citées : les juifs, les protestants, l’intellectuel réac (mais quel intellectuel n’est pas réac?), et l’altermondialiste. Eh bien voilà, c’est fini : vous avez d’ors et déjà fait le tour de l’Occident. Le voilà l’Empire, le voilà l’Impérialisme blanc, (la voilà Babylone ! Hu hu…) voilà de quoi il est composé : de contempteurs de Babylone.

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Leur jeu s’appelle le Cé-çuiquidiqui-yé. C’est toujours celui qui accuse autrui d’être Babylone, qui devient Babylone.

La raison pour laquelle les juifs et les protestants gagnent ? Parce qu’au fond, s’ils réfléchissaient deux seconde à ce que représente Babylone – à ce qu’est une ville comme Babylone -, ils réaliseraient que Babylone n’est pas leur ennemi, mais leur rêve le plus cher. Pensez ! Une ville riche, belle, prospère, confluent de toutes les cultures, l’une des sept merveilles du monde, où l’on parle toutes les langues, où l’on bâtit des tours immenses qui vont grattouiller le ciel, où l’on commerce librement et où n’importe qui peut faire fortune du jour au lendemain !

Au jeu du Cé-çuiquidiqui-yé, les juifs et les protestants sont en réalité très contents d’/être Babylone/. ^^

Pourquoi les juifs ont-il été chassés par Nabuchodonosor ? Franchement, qui s’en souvient ? Peut-être simplement ont-il un jour lancé au roi un impudent : « Cé-çuiquidiqui-yé » ?

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A présent, qu’est-ce qu’être un bon chrétien ? C’est savoir garder en chacun ce qu’il y a de meilleur, et laisser le reste. Naturellement. Ne dit-on pas que tous les chemins mènent à Rome ? :P

Jésus qui combattait le pharisaïsme et l’hypocrisie de l’establishment hébreu de son époque, ne fut-il pas lui aussi, dans une certaine mesure, à l’image des Prophètes juifs qui l’ont précédé dans cette lourde tâche, un contempteur de Babylone ?

Néanmoins, il me semble qu’on est encore en droit de se demander quel rôle les catholiques sont censés jouer dans ce vaste capharnaüm…

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Une réflexion sur “Catholique à Babylone

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