Jünger

Contexte : Dieudonné veut imiter les chamanes des indiens d’amérique, mais au lieu de recevoir la visite des esprits des indiens, ce sont ceux de ses propres ancêtres qui lui répondent…

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Chez un bon nombre de tribus de l’Amérique du Nord, le prestige social de chaque individu est déterminé par les circonstances entourant des épreuves auxquelles les adolescents doivent se soumettre à l’âge de la puberté. Certains s’abandonnent sans nourriture sur un radeau solitaire ; d’autres vont chercher l’isolement dans la montagne, exposés aux bêtes féroces, au froid et à la pluie. Pendant des jours, des semaines ou des mois selon le cas, ils se privent de nourriture : n’absorbant que des produits grossiers, ou jeûnant pendant de longues périodes, aggravant même leur délabrement physiologique par l’usage d’émétiques. Tout est prétexte à provoquer l’au-delà : bains glacés et prolongés, mutilations volontaires d’une ou de plusieurs phalanges, déchirement des aponévroses par l’insertion, sous les muscles dorsaux, de chevilles pointues attachées à des cordes à de lourds fardeaux qu’on essaye de traîner.

Dans l’état d’hébétude, d’affaiblissement ou de délire où les plongent ces épreuves, ils espèrent entrer en communication avec le monde surnaturel. Emus par l’intensité de leurs souffrances et de leurs prières, un animal magique sera contraint de leur apparaître ; une vision leur révèlera celui qui sera désormais leur esprit gardien en même temps que le nom par lequel ils seront connus, et le pouvoir particulier, tenu de leur protecteur, qui leur donnera, au sein du groupe social, leurs privilèges et leur rang.

[…]Le meilleur moyen de forcer le sort serait de se risquer sur ses franges périlleuses où les normes sociales cessent d’avoir un sens en même temps que s’évanouissent les garanties et les exigences du groupe : aller jusqu’aux frontières du territoire policé, jusqu’aux limites de la résistance physiologique ou de la souffrance physique et morale. Car c’est sur cette bordure instable qu’on s’expose soit à tomber de l’autre côté pour ne plus revenir, soit au contraire à capter, dans l’immense océan de forces inexploitées qui entoure une humanité bien réglée, une provision personnelle de puissance grâce à quoi un ordre social autrement immuable sera révoqué en faveur du risque-tout.

[…]Et voici devant moi le cercle infranchissable : moins les cultures humaines étaient en mesure de communiquer entre elles et donc de se corrompre par leur contact, moins aussi leurs émissaires respectifs étaient capables de percevoir la richesse et la signification de cette diversité.

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Extraits de Tristes Tropiques, par Claude Lévi-Strauss

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Ci-devant, quelques autres citations célèbres du même auteur :

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Cultures: pour qu’elles persistent dans leur diversité, il faut qu’il existe entre elles une certaine imperméabilité.

Rien ne ressemble plus à la pensée mythique que l’idéologie politique.

Tout mariage est une rencontre dramatique entre la nature et la culture, entre l’alliance et la parenté.

Comme le caillou frappant une onde dont il annelle la surface en la traversant pour atteindre le fond.

Le monde animal et le monde végétal ne sont pas utilisés seulement parce qu’ils sont là, mais parce qu’ils proposent à l’homme une méthode de pensée.

L’humanité s’installe dans la mono-culture; elle s’apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat.

A proprement parler, il n’existe pas de texte original; tout mythe est, par nature, une traduction, il a son origine dans un autre mythe provenant d’une population voisine.

Les blancs proclamaient que les Indiens étaient des bêtes, les seconds se contentaient de soupçonner les premiers d’être des dieux. A ignorance égale, le dernier procédé était certes plus digne d’hommes.

Source : http://www.dicocitations.com/auteur/2819/Claude_Levi_Strauss.php

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