Loi de l’offre et de la demande

Une histoire secrète des héritiers de la Résistance

Larzac

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C’est contre l’éducation bourgeoise qu’ils avaient reçu dans les années 50, que s’est exprimé le « désir de libération » des soixante-huitards, et c’est le refus de ces derniers, de transmettre à leur tour une éducation bourgeoise à leurs propres enfants, qui a motivé chez ceux d’entre ceux-ci à qui il restait un peu de fierté et de force vitale, un désir profond de « retour à l’ordre ».
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Mais il faut voir encore plus loin. Si les soixante-huitards se sont révoltés contre la société dite « bourgeoise » qui les a vus naître, ce n’a pas été uniquement par amour de la liberté… Ils étaient aussi et surtout motivés par l’envie. Leurs parents avaient en effet eu leur guerre, leurs héros, et c’était durant la génération de leurs parents que le nazisme avait été vaincu. Quel champ de bataille leur restait-il à eux, à présent que l’heure de l’armistice définitif avait sonné, qu’on allait construire l’Europe, et qu’on laissait s’installer une société de paix (et de consommation) pour un Reich de mille ans ? L’aventure humaine sur le plancher des vaches était terminée, il leur restait à se venger sur le champ supposément infini de la libération intérieure ! Sex, drug & rock’n roll. Les soixante-huitards – ces prétendus pacifistes – crevaient secrètement de ne pouvoir égaler leurs pères en devenant à leur tour des héros : ils décidèrent donc de nier l’armistice dans les tréfonds de leur inconscient, en continuant à faire la guerre de 39/45 avec des instruments sociétaux et psychiatriques. Ils devinrent les chasseurs du nazisme caché à l’intérieur des êtres… Ils poursuivirent leurs vieux ennemis jusque dans leurs rêves, à l’intérieur de l’architecture secrète de l’esprit humain et de la structure sociale traditionnelle basée sur des tabous immémoriaux. Libérateurs insatiables, quand ils rencontraient ces tabous, au lieu d’en respecter la fonction civilisatrice sacrée, ils en souillaient les autels et en renommaient les temples : « camps de concentration ». C’est ainsi que naquit la mode du crime-de-pensée. C’est aussi par ce biais-là que les parents des soixante-huitards qui avaient été les vrais vainqueurs du vrai nazisme devinrent les nouveaux nazis. Ainsi se venge l’enfant jaloux de la gloire de son père.

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Selon un schéma à peu près inversé, les quelques enfants de soixante-huitards dont l’instinct de survie n’avait pas été totalement étouffé dans l’œuf par le système de transgression finale qu’avait bâti la génération de leurs géniteurs, se sont mis par la suite (logiquement) à exprimer un certain désir de retour à l’ordre… c’est-à-dire à devenir réactionnaires. Il y a eu, dès la première grande génération d’enfants de divorcés (qu’on appelle la génération sacrifiée), chez ces gens d’apparence humble et même pusillanime, une nostalgie terrible, monstrueusement indicible, une nostalgie déchirante parce qu’interdite, de la famille unie, traditionnelle, aimante, qu’ils n’avaient pas connu. Ce fut un besoin vital, chez les enfants de soixante-huitards qui pour beaucoup avaient été atteints psychologiquement jusque dans leur capacité à éprouver du désir (donc par extension à exprimer une volonté – à posséder une volonté de puissance propre), que de devenir parents à leur tour… – et de bons parents ! Ce dont ils avaient été privés étant enfants – ce pourquoi ils avaient été pour ainsi dire privés de jeunesse, de jouissance et de liberté intérieure – ils leur restait à tenter de le rendre à leurs propres enfants. Ceux qui avaient été privés de vie pouvaient encore donner la vie.

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Mais ce n’est pas tout.

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Un très faible nombre d’entre ces enfants de soixante-huitards ne se contenta pas seulement de cela. Un nombre infime tenta à son tour de relever le flambeau de l’héroïsme. Ce nombre infime s’y prit d’une manière étonnante et nouvelle. Ce furent des réactionnaires d’un genre très paradoxal qui au lieu de se contenter d’essayer de rebrousser le chemin de perdition où s’étaient engagés leurs parents, décidèrent au contraire de les imiter un peu – pour les contrer. Par exemple, au lieu de faire systématiquement preuve de piété filiale comme la génération sacrifiée – là où les vieux « libérés » de 68 crachent sur la terre des morts – ils s’enhardirent à chercher à leur tour des tabous dans la tête de leurs parents qui s’en prétendaient dénués. Au lieu d’embrasser la foi des modernes avec une ferveur monacale toute moyenâgeuse, comme les premiers enfants de 68, ils préfèrèrent se mettre à hurler : « Les bigots ne sont pas ceux que l’on croit ! » – Et lorsque certains d’entre eux vinrent enfin demander asile à la foi catholique, ce ne fut pas pour y disparaître dans le martyre et l’humilité-qui-doute œcuménique comme le vulgus pecum des catéchisés-de-base, mais afin de pouvoir enfin pointer du doigt – tel Jean-Baptiste – l’immoralité des mœurs prônés par les soixante-huitards, qualifier leurs mères indignes de putains sans cœur, faire dresser les cheveux sur la tête de leur cher papa – ce bourgeois « bienpensant », nourri à Télérama et à Charlie Hebdo, confit dans ses petites certitudes – en lui parlant les yeux dans les yeux du Diable et de la Rédemption… C’est-à-dire qu’ils vinrent prendre les « ouverts d’esprits » à leur petit jeu de l’ouverture d’esprit.

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S’il leur importait de ne plus apparaître seulement comme les « jeunes-vieux » petits-bourgeois castrés de la génération sacrifiée, mais de devenir en quelque sorte des « narcisses solaires » à leur tour, c’était afin de pouvoir tuer-le-père eux aussi. Mais cela non pas, en dépit des apparences, pour les mêmes raisons que leurs propres parents, non pas par jalousie envers une hypothétique « statue du Commandeur » et par appétit de plaisirs… mais afin – tacitement – de venger le vrai héroïsme contre le faux, celui du grand-père 39-45 contre celui du père 68.

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De la nouvelle impulsion libératrice donnée par ces derniers, naquit spontanément – et ce dans une très importante quantité d’esprits anonymes concernés – une sorte de théorie politique virale, de nature réactionnaire – prenant parfois pour référence des auteurs comme Philippe Muray (ou même Alain Soral) mais ne se limitant nullement aux propositions de ces derniers – selon laquelle l’esprit soixante-huitard (qui n’a jamais renoncé à l’utopie de « l’homme nouveau », qui mise à la fois sur le progrès scientifique et sur une sorte de mystique bouddhiste New-Age) serait le seul véritable héritier intellectuel du nazisme dans les temps actuels.

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Enc****, oui… mais avec tendresse !

Le troll nous explique comment il nous enc***… Sympa, non ?

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52 – Pourquoi les nations font-elles semblant d’être aveugles ? [388]

[..] C’est en tout cas ainsi que cela se passe la plupart du 1 temps. Le chien qui apparaît au bout d’une prairie n’est pas toujours un petit cocker ou un corniaud de taille moyenne que mon berger peut dominer. Parfois, c’est un énorme danois, un géant baraqué, à côté duquel mon Cabot bien bâti ressemble à un nain frisé.
Lorsque l’un de ces chiens immenses apparaît, il se produit une modification de l’enthousiasme de mon animal : il disparaît. Face à une créature dont il sait qu’elle le battra à plates coutures, mon berger joue un jeu perceptuel. Il trotte en regardant résolument devant lui, ignorant ostensiblement le monstre énorme qu’il a vu au loin. [..]

En 1931 les Japonais firent un grand pas en direction d’une place plus élevée dans la hiérarchie des nations. Ils envahirent la Mandchourie, traitant les habitants de cette région d’une façon sanglante et barbare, mais personne ne tenta de les arrêter. Six ans plus tard, les japonais firent un geste encore plus ambitieux. Ils firent débarquer leurs soldats dans l’empire le plus peuplé de la terre : la Chine. Leur but était de prendre le pays par la force. [..]

L’historien William Manchester pense que l’attaque du Pamzy par les Japonais était une tentative d’évaluation de la volonté des Américains à résister à Tokyo dans la lutte pour la domination hiérarchique. Les Etats-Unis réagirent comme le chien peu enthousiaste et le singe intimidé : ils firent semblant de n’avoir rien vu.
Les médias couvrirent à peine l’évènement. Deux mois plus tôt, le Président Franklin`Roosevelt avait brièvement mentionné au cours d’un discours étrange prononcé à Chicago que « Epidémie d’anarchie mondiale s’étend[ait]..» [..]

SOURCE : http://lhddt.wordpress.com/cheffe-de-bande-le-principe-de-lucifer/

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Heureusement qu’il est sympa, d’ailleurs, le troll, parce qu’il ne le serait pas, on ne saurait pas trop quoi faire… en fait.

Heureusement que c’est un homme de paix – exactement comme l’Etat du Qatar qui abrite des membres extrêmement importants d’Al Qaïda dans ses ministères, à des postes rémunérés à moitié fictifs, a la réputation chez nous d’être un état médiateur entre l’Orient et l’Occident, c’est-à-dire un état qui aime la paix – heureusement que le troll est un homme de paix… parce que sinon, hein… Alors quoi ? On ferait quoi ?

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La femme réac

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Quelque part dans la Nouvelle-Angleterre, non loin de Dartmouth College, on trouve encore les villages des shakers. Selon la loi religieuse de cette secte, les sexes y vivent soigneusement séparés et ne s’y reproduisent pas (le monde étant voué au mal, rien ne sert de le perpétrer, il n’est que d’attendre le Jugement dernier). Or, dans le campus d’à côté, qui fut comme les autres en Amérique un des hauts lieux de la libération sexuelle, c’est à peu près la même situation : les sexes ne se touchent plus, ne se frôlent plus, ne cherchent plus à se séduire. Sans discrimination ni interdit explicite, on se retrouve, sous le signe du harcèlement sexuel et de sa hantise, dans le même apartheid que chez les shakers. L’obsession du sida joue sans doute un rôle dans cet exil volontaire du sexe – encore qu’il n’y ait jamais dans ce genre de choses de cause à effet : le sida n’est peut-être qu’une des voies obscures que prend une désaffection sexuelle qui avait commencé bien avant son apparition et sa diffusion. Il semble que ce soit la sexualité elle-même qui soit en jeu – chaque sexe étant comme affecté d’une maladie sexuellement transmissible qui serait le sexe lui-même.

On a peur d’attraper le sida, mais on a peur aussi d’attraper le sexe tout simplement, on a peur d’attraper quoi que ce soit qui ressemblerait à une passion, à une séduction, à une responsabilité. Et, dans ce sens, c’est encore le masculin qui est le plus profondément victime de l’obsession négative du sexe. Au point de se retirer du jeu sexuel, harassé d’avoir à assumer un tel risque, fatigué sans doute aussi d’avoir assumé historiquement pendant si longtemps le rôle du pouvoir sexuel. Ce dont le féminisme et la libération des femmes l’a dépouillé, du moins en droit (et très largement en fait). Mais les choses sont plus compliquées, car le masculin ainsi émasculé et dépossédé de son pouvoir en a profité pour s’effacer et disparaître – quittant le masque phallique d’un pouvoir devenu de toute façon de plus en plus dangereux.

C’est là la victoire paradoxale du mouvement d’émancipation féminine : celle-ci a trop bien réussi et elle laisse le féminin devant la défaillance (plus ou moins tactique et défensive) du masculin. Il en résulte une situation paradoxale qui n’est plus celle du féminisme. Non plus une revendication des femmes contre le pouvoir de l’homme, mais un ressentiment des femmes contre l’ »impouvoir » du masculin. La défaillance de celui-ci alimente désormais une haine, une insatisfaction profonde venue de la déception de la libération réalisée et tournant à l’échec pour tout le monde – et qui s’exprime contradictoirement dans le phantasme du harcèlement sexuel. Donc une péripétie très différente du féminisme traditionnel qui visait le masculin triomphant. Conséquence paradoxale du triomphe virtuel du féminisme, la femme n’est plus aliénée par l’homme mais dépossédée du masculin, donc dépossédée de l’illusion vitale de l’autre, donc aussi de son illusion propre, de son désir et de son privilège de femme. C’est le même effet qui suscite la haine secrète des enfants contre des parents qui ne veulent plus assumer leur rôle de parents, qui profitent de l’émancipation des enfants pour se libérer en tant que parents et se dessaisir de leur rôle. Ce n’est plus alors la violence des enfants en rupture avec l’ordre parental, mais la haine d’enfants dépossédés de leur statut et de leur illusion d’enfants. Celui qui se libère n’est jamais celui qu’on croit. Cette défaillance du masculin a des échos jusque dans l’ordre biologique. Des études récentes signalent une baisse du taux de spermatozoïdes dans le flux séminal, mais surtout une baisse caractéristique de leur volonté de puissance : ils ne rivalisent plus pour aller féconder l’ovule. Plus de compétition. Ont-ils peur eux aussi des responsabilités ? Doit-on y voir un phénomène analogue à celui du monde sexuel visible, où règnent la pusillanimité des rôles et la terreur dissuasive du sexe féminin ? Est-ce un effet inattendu de la lutte contre le harcèlement – l’assaut des spermatozoïdes étant la forme la plus élémentaire du harcèlement sexuel ?

Malgré les apparences, cette désaffection, cette dissuasion sexuelle n’a rien à voir avec un nouvel interdit d’essence religieuse ou morale. Toutes ces dépenses et ces inhibitions ont été levées depuis longtemps. Et les femmes qui ornent les campus de rubans mauves en signe de viol – chaque femme violée ou menacée de l’être ou rêvant de l’être signale ainsi publiquement la mémoire du crime (comme les rubans jaunes signalent aux Etats-Unis la mémoire des soldats partis pour la guerre du Golfe), ces femmes, porteuses d’un nouvel ordre victimal et agressif à la fois, ne souffrent certainement pas d’outrage à la pudeur. Tout cela relèverait bien plutôt d’une nostalgie de l’interdit – ou de quoi que ce soit qui y ressemble -, réflexe consécutif à une libération virtuelle des moeurs et à une banalisation de la sexualité perçue comme plus dangereuse que la censure traditionnelle (qui permettait au moins la transgression). Demande d’interdit (d’une règle, d’une limite, d’une obligation) qu’on peut interpréter comme on veut, et sans doute négativement, du point de vue psychologique et politique, du point de vue de la libération et du progrès – mais qui peut apparaître comme une défense instinctive de l’espèce quant à sa fonction sexuelle menacée par son émancipation et son accomplissement même.

Le harcèlement sexuel (son obsession et celle du sida) comme ruse de l’espèce pour ressusciter l’angoisse de la sexualité, et plus particulièrement une ruse de la femme pour ressusciter le désir (celui de l’homme mais le sien aussi) ? Stratégie très banale (mais fatale dans le cas du sida) pour faire du sexe autre chose qu’une séquence sans conséquence, ce qu’il devient aujourd’hui, y compris dans la contraception (1) – toutes les formes de la libération sexuelle allant finalement dans le sens d’une « entropie érotique » (Sloterdijk).

Ainsi la haine venue de la désillusion succédant à la violence libératrice, et la demande d’interdit succédant à la levée problématique de tous les interdits, il s’ensuit une sorte de révisionnisme sentimental, familial, politique, moral, aujourd’hui partout triomphant – déferlante inverse de toutes les libérations du XXe siècle, qui se traduit aussi bien dans le repentir et la récession sexuelle. Alors qu’auparavant c’était la liberté, le désir, le plaisir, l’amour qui semblaient sexuellement transmissibles, aujourd’hui il semble que ce soient la haine, la désillusion, la méfiance et le ressentiment entre les sexes qui soient sexuellement transmissibles. Derrière cette polémique du harcèlement, il y a une forme ultérieure et contemporaine de la « désublimation répressive » dont parlait Marcuse – la levée des interdits et du refoulement introduit à un nouveau système de répression et de contrôle. Pour nous, avec ce révisionnisme universel, il s’agirait plutôt d’une « resublimation dépressive », qui mène tout droit à l’intégrisme moral, sinon religieux, et en tout cas, derrière les phantasmes de viol et du harcèlement, à un intégrisme asexuel protectionniste où, pour le masculin, le sexe devient l’obsession presque irréelle d’une fonction disparue, qui ne trouve plus à s’exercer que dans le phantasme du viol – et pour le féminin un moyen de chantage.

Tout cela, c’est ce que nous vivons subjectivement et collectivement : une transition de phase douloureuse dans ce qui n’était peut-être qu’une illusion de progrès et de libération (y compris sexuels). Mais nous ne savons pas du tout quels sont les desseins de l’espèce (ni même si elle en a). Les espèces animales réagissent par des comportements de rétention sexuelle et de stérilité automatique à des situations de crise, de pénurie ou de surpopulation. Nous réagissons peut-être – et ce, en dehors de toute conviction subjective et de toute idéologie – par des comportements analogues à une situation inverse de profession, de libération, de bien-être, de « défoulement » tout à fait originale, angoissante, et étrangère à l’espèce elle-même tout au long de son histoire – une situation inhumaine pour tout dire. La haine sur laquelle ouvre la question du harcèlement sexuel n’est peut-être que le ressentiment d’une liberté, d’une individualité, d’une expression de désir chèrement conquises et qui se paieraient aujourd’hui d’une nouvelle servitude involontaire ? La servitude elle-même, la bêtise, la résignation pourraient-elles devenir une maladie sexuellement transmissible ?

(1) On retrouve ici, quoique par une autre voie, nos shakers et leur refus de la reproduction sexuée. Car ce qui valait comme libération, comme transgression dans un ordre traditionnel (la contraception) change de sens dans un monde qui va de plus en plus dans le sens d’une reproduction asexuée. La sexualité sans reproduction ouvre sur la reproduction sans sexualité, et ce qui était une liberté de choix devient tout simplement l’emprise grandissante du système par toutes les formes de génération in vitro.

Jean Baudrillard « La sexualité comme maladie sexuellement transmissible » Libération du 4 décembre 1995.

Texte lu sur ILYS, auquel voici ma réponse :

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Ce que les mythomanes, les manipulatrices, les chars d’assaut en tailleur et les gouines, ont gagné au petit jeu du féminisme guerrier, la Femme, au sens noble et incompris du terme, y a perdu.

La femme féminine, c’est sur elle que les petits mecs blancs en costume trois pièce se vengent quand les autres salopes leur ont retourné le cerveau ou leur ont fait cracher leur thune en diamants et en procès… Lorsqu’ils ne se mettent pas avec des beurettes, par peur de la femme blanche, à cause des saloperies que leur ont fait les petites bourges sans cœur avec lesquelles ils ont grandi !

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La femme féminine, la femme à l’ancienne, celle qui reste au foyer pour s’occuper de ses enfants, qui aime faire la cuisine et faire l’amour, celle à qui il arrive encore de tomber amoureuse et ne veut pas conquérir le monde comme Cortex&Minus, le féminisme-des-salopes lui marche sur la tronche en chaussures à crampons et crache dans sa soupe poireaux/pommes-de-terre. Car les féministes à la mode brouteminou n’en ont pas seulement après la figure du Pater Familias… Sachez que la figure de la MATER FAMILIAS prend cher elle aussi, dans leur imaginaire narcissique, irresponsable et déviant.

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Vous êtes une femme réac ?

Les hommes et les femmes modernes se foutent de votre gueule, parlent de vous comme de quelqu’un de faible et d’inintelligent, et établissent des lois qui vous dépossèdent de tout sous prétexte que vous faites encore confiance à votre mari pour faire bouillir la marmite… Mais ce n’est pas tout !

Les hommes réac aussi s’essuient les pompes sur votre gueule, parce que d’une part les chiennes de garde qu’ils ont la plupart du temps rencontré partout avant vous, ont un peu échaudé leur galanterie ; de l’autre ils sont souvent bien contents, lorsque vous êtes plus gentille et manipulable que la moyenne, de pouvoir enfin se venger sur un membre du beau sexe, de tous les affronts que les autres leur ont fait subir… C’est ainsi que, toute douce et toute pure, vous vous retrouvez, avant d’avoir dit ouf, à la colle avec des gars tout-cassés, rendus à moitié pervers et dépressifs par le jeu de douche écossaise auquel les autres les ont habitués, à absorber en quelque sorte dans votre ventre accueillant, toute la rancœur du monde accumulée de part et d’autre dans notre société débile.

Ensuite, – car nous n’avons pas encore touché le fond du martyre de la femme réac – ce qu’il faut bien voir aussi c’est que la plupart des hommes réacs – en bons bourgeois près de leurs sous qui se respectent – se réjouissent au fond que le féminisme les dispense à présent d’avoir à entretenir leurs épouses.

Vous payer le resto, vous offrir des fleurs, vous tenir la porte… voilà déjà bien assez ! Rare sont ceux qui pousseront le sacerdoce à comprendre que s’ils veulent une famille à l’ancienne, il leur faudra accepter (au moins quelques temps) de travailler pour deux, c’est-à-dire de faire vivre une famille entière (au moins le temps que les enfants seront petits) sur un seul salaire, et donc renoncer à l’épouse indépendante et bancable, typée « femme libérée » en tailleur à épaulettes, que leur ont vendu dans leur enfance les films américains des années 80.

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Je ne parle même pas des salauds qui ne payent le resto, n’offrent des fleurs et des diamants et ne tiennent la porte qu’aux garces manipulatrices qui les mènent par le bout du nez (ceux qui ne se laissent jamais séduire que par des filles qui n’ont que de la méchanceté et du vide au fond d’elles), et qui laisseraient croupir Cendrillon dans le caniveau parce qu’ils ne la trouvent pas suffisamment « chic&choc ».

« En passant par la Lorraine, avec mes sabots… rencontrai trois capitaines, avec mes sabots dondaine, oh oh oh, avec mes sabots… Ils m’ont appelée vilaine avec mes sabots.. etc. ♪ »

Ceux-là en ce qui me concerne, je le dis tout net et c’est un grand aveu que je vais vous faire, je leur préfère encore un arabe avec une mentalité un peu tradi ou un gauchiste (même un gauchiste qui aime les femmes libérées).

Voyez un petit peu le niveau de rancœur.

Elitisme vs. Tyranie du nombre – (variations)

 

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AUTISME

Il suffit de faire une recherche sur les symptômes autistiques, pour découvrir qu’à présent l’autisme n’est plus seulement l’apanage d’une poignée de demi-légumes et de grands malades. Grâce au syndrome dit d’Asperger, on en trouve maintenant qui sont rock-star ou surfers sponsorisés par Quicksilver. De toute évidence l’autisme s’est démocratisé. Plus encore, je crois qu’on peut dire qu’il est devenu /tendance/… Les mères hipster se pressent chez le psychiatre dans l’espoir qu’il diagnostique leur enfant ! Muni d’un diagnostic d’Asperger, un gosse normal un peu en retard devient comme par magie une sorte de diamant brut que l’on se doit absolument d’apprendre à tailler. C’est le moyen pour les ambitieuses d’éviter jusqu’à la pensée d’avoir engendré un être ordinaire. Avoir un enfant différent est aussi une astuce comme une autre, à l’heure où les femmes sont sommées de devenir, comme les hommes, des Stakhanov de synthèse – pour celles qui n’ont pas encore la vocation de mères indignes – de revaloriser socialement leur désir de passer un peu plus de temps que la moyenne à pouponner. Idem pour les jeunes gens sans avenir qui auraient pu en avoir un. Aujourd’hui on n’est plus un geek-à-sa-maman qui sent le renfermé et la sueur – ça ne se fait plus, ça madame – on est un surdoué en bourgeon, qui vit dans son « palace mental » et qui n’arrive malencontreusement pas à éclore. Il faut positiver. On n’est plus un petit-bourgeois psychorigide, aux yeux rivés sur un labeur répétitif quelconque, rempli de petites idées étriquées et de préjugés matérialistes, on est quelqu’un qu’un mal secret et mystérieux empêche de s’épanouir comme il devrait, en un mot un génie qui s’ignore. En toute simplicité.

Des U.S.A nous vient la vogue des maladies mentales pour-tous. Des psychiatres américains augmentent actuellement chaque année une sorte de néo-dictionnaire pseudomédical  – le DSM IV, ouvrage en ligne – qui s’acharne à ranger l’intégralité des caractères humains possibles-et-imaginables dans de petites cases pathologiques. Ce que nous appelions auparavant, tout simplement, « la personnalité », est devenu dans l’esprit de ces gens : « les troubles de la personnalité ». On suppose alors qu’un individu sain serait totalement dépourvu de personnalité… Une enveloppe vide, souriante, sans peurs et sans reproches… Un psychotique, peut-être ? On n’arrive même plus à se représenter intellectuellement ce que pourrait être un homme sain, désormais. Mais le fond de l’affaire, le voilà : c’est qu’aujourd’hui plus personne n’a le droit de prétendre être un homme sain ; ce serait discriminant à l’égard de ceux qui ne le sont pas, comprenez-vous.

Le docteur Knock n’aurait pu imaginer qu’un jour les médecins auraient à leur disposition un outil pareil, même dans ses rêves les plus fous. Quand le personnage de fiction créé par Jules Romain disait : « Un homme sain est un malade qui s’ignore« , il s’amusait encore à faire preuve de la plus monstrueuse mauvaise foi. Comme c’est toujours le cas aujourd’hui, par exemple, du gourou Raël, il avait évidemment conscience d’instrumentaliser les peurs des gens pour garnir son compte en banque. A l’époque, on appelait cela un charlatan. Aujourd’hui, vous avez outre-atlantique des gens qui ont développé les moyens supposément scientifiques de faire gober des cachetons et de vendre des séances de soins à tout le monde, absolument tout le monde qui habite sur la terre, et personne n’ose pointer du doigt qu’il y a là trop d’intérêts financiers (et lobbystiques) en jeu pour que l’affaire soit 100% honnête.

Oh, je comprends bien les bonnes intentions qui motivent les « scientifiques » à l’origine de ces nouvelles trouvailles : leur but final est que tout le monde, et plus seulement les personnes malades, ait potentiellement accès à la compassion. Parce que la compassion soulage les peines, apaise les colères, diminue les angoisses, favorise la paix sociale, enfin.

Que plus personne ne se retrouve seul face à lui-même et à ses singularités… Que plus une seule personne différente au monde ne pâtisse de sa différence, ne se croie unique dans sa différence, mais que chacun comprenne que tout le monde est différent… que la différence est la seule norme possible. Et que toutes les personnes différentes se sachent entourée, sachent qu’elle ont quelque part des semblables, des frères, organisés en associations, qui ne demandent qu’à les accueillir en leur sein. Car ensemble les différents ne sont plus pauvres, non ; ils sont riches de leurs différences. C’est cela.

Qu’il n’y ait surtout plus un seul étrange étranger sur cette terre, mais que chacun puisse trouver et réintégrer la communauté de souffrants à laquelle, de toute éternité, il appartient. Que plus personne n’ait honte d’être anormal, que chacun comprenne que l’anormalité seule est la règle. Que toute personne en mal d’intégration sociale puisse en appeler à la vindicte des responsables qui défendent la catégorie de marginaux injustement discriminés à laquelle il appartient forcément – et si cette catégorie n’existe pas encore, qu’il lui soit donné les moyens de la créer. Que toute personne se croyant plus normale que les autres ait affaire aux lobbyistes des minorités opprimées qu’elle opprime forcément lorsqu’elle se croit au-dessus des lois qui veulent que personne ne soit au-dessus de personne… etc.

Que la prétention inouïe de l’homme qui se prétend sain et normal et qui pointe du doigt ceux qui ne le sont pas, enfin, soit écrasée comme l’ennemi n°1 de la paix sociale.

La société-de-compassion désire cela, aussi : que personne au monde ne puisse plus prétendre n’avoir pas besoin d’aide… de son aide.

Aussi angoissante soit-elle, une telle conception de ce qu’est à amenée, à terme, à devenir la société occidentale, n’est qu’une conséquence logique de la systématisation à l’échelle planétaire de la vision communautariste à l’américaine… C’est une vision idéale, pavée de bons sentiments, de nature idéologique, qui repose comme toutes les idéologies sur une utopie qui veut notre bien.

La solution finale de ces idéologues : tous les mécontents auront accès à la compassion organisée – et médicalisée – de la Matrice sociale. Il n’y aura plus de mécontents.

Vous avez un problème ? La société ne peut en être tenue pour responsable. Au contraire la société, qui est ontologiquement bienveillante, va vous aider à trouver la raison du problème en vous-même. A l’intérieur, très profondément à l’intérieur de vous-même…

Autarchy

Dans le meilleur des mondes possibles, l’Anarchie n’est plus une théorie politique, c’est une maladie.

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Et s’il y avait un homme, un marginal – un anormal, oui si vous voulez ! – qui ne désirait pas se soigner ?

Dans ce monde-là qui est le meilleur des mondes possibles, que penser du pauvre type lambda – cet être infime & infirme, imparfait, infiniment imparfait – qui n’a pas honte de lui-même ? … qui n’ira donc jamais consulter un médecin pour devenir un idéal d‘homme moderne adapté ? … qui ne fantasme pas sur le powerman successful & bien dans sa peau ? … qui combattra plutôt les médecins qui voudront le guérir de son imperfection ?

Que penser de celui qui chérit et révère l’imperfection dans l’homme ? … qui pense qu’il faut la respecter et non pas chercher à la réduire, même par des moyens détournés ? … la révérer comme un mystère sacré, qui nous dépasse et dont la raison d’être doit fondamentalement nous demeurer impénétrable ?

Que penser de celui qui aime sincèrement être différent – qui aime la différence pour la différence (en référence à l’art pour l’art) et non être différent pour être comme tout le monde – … de celui pour qui il s’agit d’un signe de distinction, d’une fleur à sa boutonnière, et non de quelque chose qui doit inspirer la pitié, être pris en charge par des soignants ou représenter un potentiel fond de commerce ? … de celui qui préférera toujours rester foncièrement incompris de Dieu et des hommes, étranger au monde, plutôt que de finir explosé en tête de gondole dans le grand supermarché aux idées ?

Que faire de celui n’est, réellement, tellement pas comme tout le monde, qu’il n’éprouvera jamais le besoin de faire valoir aux yeux du monde le caractère d’exception qu’il porte en lui, malgré lui ? … qu’il n’aura pas le réflexe de se réclamer à corps et à cri de ce qu’il est, parce qu’il n’aura jamais éprouvé le besoin de parvenir: parce qu’il sera déjà, parce qu’il se contentera d’être ? … de celui qui ne songera pas à faire de ses blessures un argument d’auto-promotion, parce qu’un trésor intérieur n’est pas un tapin ? … ni une excuse pour ses insuffisances, parce qu’il se moquera bien d’avoir des insuffisances ? … ni à s’en justifier devant un médecin, parce que lorsqu’on n’est coupable de rien, on n’a pas à se présenter devant un tribunal ? … ni à s’en venger sur autrui, parce que de tant de bassesse sa petite fleur mourrait empoisonnée ?

Dans quel dossier classer celui qui apprécie tant de se sentir exceptionnel qu’il ne voudra jamais rencontrer ses supposés semblables, ni même admettre en avoir ?

Que faire de celui qui jugera sévèrement ses concitoyens de vouloir à tout prix guérir de leur inadaptation sociale, au lieu de se retourner intellectuellement contre une société qui, objectivement, les traite comme des idiots et des fous lorsqu’ils sont simplement pauvres, faibles et isolés ?

Dans quelle petite case communautaire, enfin, ranger celui qui préfèrera toujours fréquenter des gens qui lui posent des problèmes parce qu’ils ne lui ressemblent pas, que de former une communauté combattante avec ses supposés « semblables », c’est-à-dire des gens qui s’acharneront à toujours vouloir être d’accord avec lui et ne l’encourageront jamais qu’à suivre bêtement sa pente naturelle ? Comment traiter celui qui ne peut physiquement pas devenir communautariste, tout simplement parce qu’il ne supporte pas la compagnie des personnes qui lui ressemblent, et qu’il préfère s’amuser à voyager aux confins de lui-même aux côtés de personnes qui le fascinent parce qu’elles constituent pour lui la véritable altérité ?

Par quel bout prendre celui qui pense qu’il est stupide et aliénant, lorsqu’on a réellement un grave problème de santé qui fait souffrir, de vouloir s’entourer d’autres personnes qui partagent le même problème non pas pour s’en débarrasser, mais plutôt pour le défendre bec et ongle – défendre le droit de ce problème à exister – à exister et perdurer et lutter contre le bien-être et la normalité ?

Et que dire alors de celui qui est convaincu que lorsque des personnes marginale gagnent à former des communautés d’autodéfense intellectuelle, cela veut dire précisément que ce ne sont pas des malades mentaux ? – En effet, un vrai malade mental est quelqu’un qui a perdu la raison : or il n’y a théoriquement aucune raison d’offrir à quelqu’un qui a perdu la raison, une tribune pour s’exprimer.

Quelle liberté d’expression, dans la Nouvelle Société Compassionnelle(TM), pour celui qui pense que les inventions du type « Syndrome Asperger » sont des armes mises par les médecins à la disposition du pouvoir, pour médicaliser un maximum de gens dont le seul défaut à l’origine était d’être prédisposés aux questionnements philosophique et métaphysiques ? Acceptera-t-on encore, dans quelques années, qu’un homme vienne dire aux militants de l’autisme-étendu, qu’il est profondément offensant de ranger des gens intelligents, plus intelligents que la moyenne – des nerds, des geeks – que leur intelligence devrait normalement conduire à contester un ordre établi (a.k.a le règne sans partage des médiocres, l’égalitarisme forcené, la tyrannie du nombre), qui les ridiculise et les brime – des gens qu’au siècle dernier on aurait simplement qualifiés de poètes, de rêveurs, de penseurs, qui au M-A ou dans l’antiquité auraient embrassé la carrière monastique, seraient devenus philosophes ou ermites -, dans la case infamante des gens à qui il manque une case ?

Celui-là, dans l’Utopia qui vient, il y a des chance qu’il soit crucifié dans les règles de l’art. En vérité je vous le dis.

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GENDER THEORIES

Un enfant, c’est fragile. C’est un être en devenir, donc par définition pas encore totalement déterminé. Les enfants sont des individus hautement suggestionnables, relativement faciles à enrégimenter, tout simplement parce qu’ils sont à l’âge de la vie où l’on obéit encore à des maîtres…

Les enfants, mêmes s’ils donnent parfois l’impression (fausse) d’avoir la tête dure ou d’être rétifs à la discipline, en réalité sont avant tout en quête de maîtres. Ce n’est que plus tardivement (à partir de l’adolescence) que les individus en viennent se construire en contradiction avec les représentants de l’autorité. Les enfants recherchent avant tout à s’attirer la bienveillance, la protection, du représentant de l’ordre et du détenteur du pouvoir, pour la même raison qui conduit l’embryon à s’accrocher de toutes ses forces à la matrice. Ils ont besoin de recevoir les mythes fondateurs de la société dans laquelle ils vivent, pour en intégrer les codes. Ils ne sont pas encore à l’âge où l’on conteste les codes de la société, ils en sont à celui où on les acquière. Il n’y a pas à se demander si cela est bien ou mal, leur besoin d’adaptation n’est pas une question éthique, c’est une question vitale. Et même si cela doit passer par la croyance en des mensonges, ils ont besoin de partager des croyances communément partagées ; c’est pourquoi d’ailleurs on leur fait croire au Père Noël. Le temps de l’enfance est celui des vérités révélées, des convictions solides, des certitudes qui réconfortent.

N’y a-t-il pas à craindre que des idéologues, en s’emparant de l’éducation, abusent d’un tel état de fait ? – Quand on ne peut pas convaincre un peuple d’adultes, on peut encore le faire avec un peuple d’enfants. Les enfants d’aujourd’hui sont les électeurs de demain.

Cela étant, le problème majeur que posent des programmes scolaires destinés à des enfants entre 6 et 11 ans lorsqu’ils intègrent une part d’initiation à la sexualité, c’est qu’ils risquent tout simplement de perturber le développement sexuel de l’enfant. Car les enfants en âge d’aller à l’école élémentaire ne sont pas en âge d’entrer en contact avec leur désir sexuel. Ils ont mieux à faire à ce stade de leur développement, et une sexualisation trop précoce serait plutôt de nature à perturber le bon déroulement de leur scolarité. Que les enseignements qu’on leur dispense soient mensongers ou non, cela est assez secondaire, au final. Ce n’est pas le plus grave dans cette affaire. Le noyau du scandale consiste à prendre sciemment le risque d’induire des déviances et des perversions chez les petits en leur demandant d’éprouver du plaisir sexuel.

Car on ne peut connaître l’orientation sexuelle d’une personne que si l’on sait d’ors et déjà de quelle manière elle accède au désir, n’est-ce pas ? Or, avant la puberté, ces questionnements n’ont tout simplement pas lieu d’être. Encore moins sous l’impulsion d’un enseignant ! – Un être normalement constitué ne devrait être confronté pour la première fois à la question de ses préférences sexuelles qu’à l’occasion de ses premiers émois : lorsqu’il tombe pour la première fois amoureux ! Un agent mandaté par l’état pour fournir à celui-ci des données statistiques, non seulement ne devrait pas aussi facilement être habilité à enquêter sur l’intimité la plus secrète de ses jeunes citoyens – il y a là une inquisition malsaine, inappropriée, qui relève d’ors et déjà de l’abus de faiblesse lorsqu’il s’agit de l’intimité de mineurs, mise à nu dans une salle de classe, dans le cadre de la scolarisation obligatoire -, mais devrait s’abstenir purement et simplement d’employer de telles méthodes si l’emploi de ces méthodes, en elles-mêmes et pour elles-mêmes, comporte un risque majeur d’influencer les résultats.

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ALTRUISME

« L’ouverture d’esprit n’est pas une fracture du crâne. »

Qu’entend-on par là : un esprit ouvert ? Être ouvert à la discussion, n’est-ce pas suffisant ?

J’en connais qui sont fêlés du cigare… parfaitement ignorants des conventions sociales, absolument dépourvus de préjugés et de limites : ce sont de la chair à gourous, vous pouvez leur faire gober n’importe quoi ! Il est bien beau d’être ouvert d’esprit, encore faut-il en avoir un ! Un esprit dénué d’a-priori et de croyances est un esprit qui n’a jamais été formé pour penser. A quoi sert-il de convaincre un esprit qui ne pense pas ? A quoi sert-il de discuter avec quelqu’un qui n’a pas les moyens intellectuels de s’opposer ?

Doit-on accorder davantage à un interlocuteur que le droit d’être compris ? Et si ce que l’on comprend d’autrui déplaît, jusqu’à quel point la civilité commande-t-elle qu’on suspende son jugement ?

J’admets avoir un peu tendance à accaparer la parole lorsqu’on me la donne – c’est mon grand défaut, sans doute – cependant je crois aussi, malgré tout, être quelqu’un qui écoute. Je n’aime pas les gens a-priori, mais j’aime quand même les étudier et les comprendre. La psychologie est un art qui demande certaines prédispositions empathiques… Comment savoir écouter les gens pourrait-il changer d’un iota à mon sentiment instinctif de défiance à leur sujet ? – Bien au contraire, à mesure que je mûris et que je comprends mieux le monde, je m’en défie davantage ! Je ne crains pas de le dire : il faut se méfier des gens, et en particulier des gens en général [le particulier étant toujours infiniment moins nuisible que le général].

A présent, un peu d’honnêteté, s’il vous plait… se méfier des gens, qui ne le fait pas ? Celui qui ne le fait pas – c’est un être rare – est forcément de mon avis. Parce que chaque jour que Dieu fait, on lui donne lieu de s’en mordre les doigts ! Qu’il est dangereux d’accorder à n’importe qui la confiance aveugle qu’on n’accorde jamais, même aux amis les plus intimes, sans prendre le risque qu’ils nous exposent à la moquerie, au ridicule, à la trahison… Qu’il est périlleux d’aborder son prochain comme un proche !

On me dit que mon pessimisme m’expose à rompre toute possibilité de relation avec autrui… Toute ? Non.  – Quiconque veut se mettre à mes côtés contre les « gens en général », contre le vulgaire et le divers, le peut. La terre entière pourrait être mon amie si elle partait comme moi du principe que les gens sont des nuisibles – c’est-à-dire que nous sommes tous potentiellement des nuisibles lorsque nous nous comportons comme des moutons. Les deux paradigmes suivants, protéger le salut de son âme au moyen d’une gangue de scepticisme de bon aloi et être capable d’éprouver de l’amitié, n’ont rien à voir entre eux. Les esprits pratiques, se faisant de la nécessité de frayer avec tout le monde une idée toute utilitaire, ceux qui n’attendent rien de surhumain de la nature humaine – c’est-à-dire les mentalités machiavéliques – sont tellement plus sociables que les autres… Ô combien !

En revanche, si vous devez vous rendre sur la place du marché, la généreuse empathie, la grande miséricorde, ne sont pas forcément des atouts. Sur le champ de foire, surtout renoncez à faire valoir votre belle âme : on ne vous en donnera pas un bon prix ! Car le commerce des âmes n’est pas celui des biens.

Ayez seulement, par-devant, l’air de vous désintéresser du sort d’autrui – vous perdez l’estime des gens superficiels, qui se paient de la publicité de la bonté. Par derrière, cachez une main tendue, toujours au service de celui qui la mérite, alors soyez certain que vous vous ferez un certain nombre d’ennemis mortels. Car chez ceux qui se vantent toute la sainte journée de vouloir le bien de leur prochain, la plupart n’est là que pour le tondre. Celui qui n’est pas dans ce cas, par sa seule existence, a le pouvoir de démasquer les autres. Ces autres le sentent.

L’homme en qui il reste une flamme, un cœur en éveil, au milieu du grand capharnaüm social aliénant, pour défendre l’homme de cœur, en lui-même comme en autrui, n’est pas celui qui s’annonce et démontre sa force cachée en de vains bavardages… L’homme de grande valeur connaît rarement sa valeur, c’est le feu de l’action qui le révèle, c’est au pied du mur qu’il se relève des affronts divers qui sont son lot quotidien et ce sont ses actions dans l’histoire qui prouvent qu’il existe.

Ce en quoi je crois, en matière de politique, c’est qu’il faudrait toujours se tenir prêt à éventuellement s’interposer entre la foule et un bouc-émissaire de service, quel qu’il soit par ailleurs, et d’où qu’il vienne… Or ces saintes dispositions d’esprit ne servent strictement à rien au jour le jour, dans le monde de fourmis dans lequel nous vivons, lorsqu’il s’agit de ménager la chèvre et le chou pour s’allouer une place au soleil.

Ce sont des pesanteurs invalidantes, pour celui qui n’a pas encore sa pitance assurée, que la méfiance à l’égard des comportements moutonniers, le dédain des idées communément admises et l’amour de l’exception… Pourtant, il n’y a rien en quoi je puisse croire, si de telles valeurs ne sont plus défendues par personne.

La seule bonté qui m’importe, c’est la bonté qu’on réserve exclusivement à l’humanité qui se trouve à l’intérieur de l’homme. Et s’il doit y avoir une haine – et il doit y avoir une haine – c’est la haine de la Bête. La Bête qui est prête à surgir, toujours, et en chacun de nous. Ma conscience de ces choses est viscérale. Je ne prône pas la tolérance – puisque je ne vois pas au nom de quel idéal supérieur on pourrait me forcer à tolérer en mon prochain tout ce qui est vil et ignoble. Et si je sais que mon point de vue est le bon, c’est parce qu’il ne peut l’être que par-delà toute les idéologies.

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TRAVAIL

« Nous mourrons intellectuellement de notre prospérité, nous nous tuons le cœur et l’âme pour avoir l’estomac plein. Or c’est la sensibilité, le moteur de l’intelligence. La raison est juste sa machinerie. Tant que nous éteindrons notre sensibilité pour nous « intégrer » à un monde du travail (=un monde social) toujours plus vide de sens, moutonnier et aliénant, et cela à seule fin de nous procurer une vie petite-bourgeoise uniquement centrée sur la consommation mesquine, nous continuerons à repousser les limites de notre stupidité. »

« Il est bien-évident que l’idée d’un gouvernement mondial apparaît tout de suite lorsqu’on se plaint du fait que l’économie mondialisée ne rencontre aucune instance de régulation supérieure à celle des nations. En cela il était totalement prévisible qu’elle s’impose aussi dans la vision/le système mental des altermondialistes d’extrême-gauche. – Sous-entendu : et pas seulement dans le cerveau (tout aussi systématiste) des libéraux de droite bon teint. »

« Ils se sont endurcis pour maintenir un niveau de vie bourgeois à leur famille, ils pourraient vendre en secret des femmes, des armes ou de la drogue, s’il le fallait, pour conserver leur appartenance à la caste des occidentaux qui partent en vacance aux Seychelles et possèdent un joli loft en centre-ville ou un pavillon de banlieue cossue avec jardin. Mais ils ne se sont pas endurcis parce qu’ils risquaient leur peau. Ils ressemblent en cela au père de la famille de Ligonnès, qui a tué sa famille lorsqu’il a perdu son emploi. Il aurait pu les emmener vivre à la cambrousse, où la vie est moins chère, envisager de donner une orange à ses gosses pour la Noël (comme on faisait autrefois quand on ne pouvait faire autrement), de perdre une partie de leurs fréquentations – faux amis de golf, de bridge et de messe. Mais il ne l’a pas fait. »

« Il est débilitant de mettre son honneur dans sa poche pour accéder – en rampant – à l’un de ces emplois de garçon-de-bureau, dépourvus d’utilité intrinsèque et de sens, dont le nouveau secteur tertiaire a le secret, et cela à seule fin de conserver un niveau de vie « middle class » – c’est-à-dire petit-bourgeois – dont le seul horizon, le seul idéal, est la consommation de denrées industrielles à la mode et la préservation des apparences de l’intégration à un certain modèle social « vu à la TV ». Je constate amèrement qu’on ne sera débarrassé de ce cauchemar-là que le jour où il sera devenu impossible à la majorité des occidentaux issus de la classe moyenne de préserver ces dites apparences… »

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REPUBLICANISME

« Personne n’a défendu la République au point de croire que ceux qui nous gouvernent sont systématiquement honnêtes et que les élus, leur clientèle et leurs valets des médias ne bénéficient pas d’un traitement de faveur. Simplement, pourquoi les abus de l’oligarchie qui règne en France (et ailleurs) devrait-elle nous faire haïr les principes républicains ? »

« A vouloir conserver aux dépens d’autrui les petits privilèges qu’ils ont grappillé grâce à la démocratie, les roturiers d’hier qui sont l’oligarchie actuelle, chient allègrement sur la démocratie. La démocratie pour eux est un moyen de parvenir, non une fin en soi. Ce sont les parasites de la démocratie. Je n’ai jamais dit autre chose.

La démocratie est un régime qui est fait pour un peuple qui apparemment n’existe pas : un peuple qui serait composé d’individus qui feraient passer l’intérêt général devant leur intérêt propre. Si ce peuple existait, ce serait un bon régime, mais comme il n’existe pas, le régime démocratique est devenu la tyrannie du nombre. »

« Socrate le formulait ainsi : « Je suis un idéal, je suis un symbole. Je suis le citoyen idéal, et cependant non représentatif, sur lequel reposent les fondements d’Athènes, qui n’est pourtant pas une cité idéale, mais une vraie cité. Je veux donc être nourri à l’intérieur du Temple de Zeus, sur l’Acropole, à l’égal des Dieux, avec les statues. » C’était éminemment drôle. On ne sait toujours pas exactement s’il plaisantait. A quel degré il fallait prendre ses propos. On l’a tué pour ces mots.

Le christianisme doit beaucoup à Platon – lequel doit tout à Socrate. »

Montage

Ce « point de détail » de l’histoire de la déchéance de la République : le fait que l’idéologie de l’égalité a renvoyé au poubelles de l’histoire tout élitisme républicain, est à l’origine la raison principale de mon goût personnel (particulièrement prononcé) pour l’élitisme.

Je pense pour ma part que le véritable esprit républicain ne peut reposer (paradoxalement) QUE sur l’élitisme, étant donné que ce qui fonde la République, c’est la détestation des privilèges. Or les privilèges, c’est le pouvoir réservé à une caste de « fils-de », n’est-ce pas ? à des gens sans mérite individuel, qui n’ont jamais rien fait qui justifie qu’on les gratifie de tels honneurs.

Les lieux de pouvoir rendus accessibles à tous, cela ne peut vouloir dire qu’on les a rendus accessibles à « n’importe qui ». Celui qui dirige une nation ne peut être n’importe qui : c’est un élu. Le « n’importe qui » accédant au pouvoir par la grâce du Saint esprit, sans qu’on puisse questionner les raisons pour lesquelles il s’y trouve, encore une fois, du point de vue du républicain, c’est justement le Prince de droit divin. Il faut donc que contrairement au Prince, l’élu d’une démocratie le soit pour des raisons rationnelles et objectives : il faut que contrairement au roi, l’élu d’une démocratie ait MERITE sa place. La primauté donnée au mérite est en conséquence le seul fondement moral possible du régime démocratique. Et la préservation de son élitisme est la condition-même de la viabilité d’une démocratie.

C’est à cause de ça que j’ai toujours réclamé pour les autres comme pour moi-même le droit de dire : « Je suis meilleur que les autres ». Non, personne ne devrait jamais avoir honte de vouloir être meilleur que les autres. Et même s’il ne l’est pas, celui qui se vante d’une telle chose défend au moins le fait – en lui-même et pour lui-même – de vouloir être meilleur. Ce qui ne peut être mauvais en soi.

Voilà l’explication de l’image traditionnelle du « coq gaulois ». Sa fierté de vouloir être « le meilleur possible » n’est pas une question de vanité, mais avant tout de principe.

La médiocrité n’est paradoxalement pas compatible avec le système démocratique tel que les républicains originels, comme Victor Hugo, l’ont conçu. Hélas, tous les républicains d’aujourd’hui, et je dis bien tous, sont effroyablement médiocre.