Loi de l’offre et de la demande

Une histoire secrète des héritiers de la Résistance

Larzac

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C’est contre l’éducation bourgeoise qu’ils avaient reçu dans les années 50, que s’est exprimé le « désir de libération » des soixante-huitards, et c’est le refus de ces derniers, de transmettre à leur tour une éducation bourgeoise à leurs propres enfants, qui a motivé chez ceux d’entre ceux-ci à qui il restait un peu de fierté et de force vitale, un désir profond de « retour à l’ordre ».
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Mais il faut voir encore plus loin. Si les soixante-huitards se sont révoltés contre la société dite « bourgeoise » qui les a vus naître, ce n’a pas été uniquement par amour de la liberté… Ils étaient aussi et surtout motivés par l’envie. Leurs parents avaient en effet eu leur guerre, leurs héros, et c’était durant la génération de leurs parents que le nazisme avait été vaincu. Quel champ de bataille leur restait-il à eux, à présent que l’heure de l’armistice définitif avait sonné, qu’on allait construire l’Europe, et qu’on laissait s’installer une société de paix (et de consommation) pour un Reich de mille ans ? L’aventure humaine sur le plancher des vaches était terminée, il leur restait à se venger sur le champ supposément infini de la libération intérieure ! Sex, drug & rock’n roll. Les soixante-huitards – ces prétendus pacifistes – crevaient secrètement de ne pouvoir égaler leurs pères en devenant à leur tour des héros : ils décidèrent donc de nier l’armistice dans les tréfonds de leur inconscient, en continuant à faire la guerre de 39/45 avec des instruments sociétaux et psychiatriques. Ils devinrent les chasseurs du nazisme caché à l’intérieur des êtres… Ils poursuivirent leurs vieux ennemis jusque dans leurs rêves, à l’intérieur de l’architecture secrète de l’esprit humain et de la structure sociale traditionnelle basée sur des tabous immémoriaux. Libérateurs insatiables, quand ils rencontraient ces tabous, au lieu d’en respecter la fonction civilisatrice sacrée, ils en souillaient les autels et en renommaient les temples : « camps de concentration ». C’est ainsi que naquit la mode du crime-de-pensée. C’est aussi par ce biais-là que les parents des soixante-huitards qui avaient été les vrais vainqueurs du vrai nazisme devinrent les nouveaux nazis. Ainsi se venge l’enfant jaloux de la gloire de son père.

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Selon un schéma à peu près inversé, les quelques enfants de soixante-huitards dont l’instinct de survie n’avait pas été totalement étouffé dans l’œuf par le système de transgression finale qu’avait bâti la génération de leurs géniteurs, se sont mis par la suite (logiquement) à exprimer un certain désir de retour à l’ordre… c’est-à-dire à devenir réactionnaires. Il y a eu, dès la première grande génération d’enfants de divorcés (qu’on appelle la génération sacrifiée), chez ces gens d’apparence humble et même pusillanime, une nostalgie terrible, monstrueusement indicible, une nostalgie déchirante parce qu’interdite, de la famille unie, traditionnelle, aimante, qu’ils n’avaient pas connu. Ce fut un besoin vital, chez les enfants de soixante-huitards qui pour beaucoup avaient été atteints psychologiquement jusque dans leur capacité à éprouver du désir (donc par extension à exprimer une volonté – à posséder une volonté de puissance propre), que de devenir parents à leur tour… – et de bons parents ! Ce dont ils avaient été privés étant enfants – ce pourquoi ils avaient été pour ainsi dire privés de jeunesse, de jouissance et de liberté intérieure – ils leur restait à tenter de le rendre à leurs propres enfants. Ceux qui avaient été privés de vie pouvaient encore donner la vie.

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Mais ce n’est pas tout.

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Un très faible nombre d’entre ces enfants de soixante-huitards ne se contenta pas seulement de cela. Un nombre infime tenta à son tour de relever le flambeau de l’héroïsme. Ce nombre infime s’y prit d’une manière étonnante et nouvelle. Ce furent des réactionnaires d’un genre très paradoxal qui au lieu de se contenter d’essayer de rebrousser le chemin de perdition où s’étaient engagés leurs parents, décidèrent au contraire de les imiter un peu – pour les contrer. Par exemple, au lieu de faire systématiquement preuve de piété filiale comme la génération sacrifiée – là où les vieux « libérés » de 68 crachent sur la terre des morts – ils s’enhardirent à chercher à leur tour des tabous dans la tête de leurs parents qui s’en prétendaient dénués. Au lieu d’embrasser la foi des modernes avec une ferveur monacale toute moyenâgeuse, comme les premiers enfants de 68, ils préfèrèrent se mettre à hurler : « Les bigots ne sont pas ceux que l’on croit ! » – Et lorsque certains d’entre eux vinrent enfin demander asile à la foi catholique, ce ne fut pas pour y disparaître dans le martyre et l’humilité-qui-doute œcuménique comme le vulgus pecum des catéchisés-de-base, mais afin de pouvoir enfin pointer du doigt – tel Jean-Baptiste – l’immoralité des mœurs prônés par les soixante-huitards, qualifier leurs mères indignes de putains sans cœur, faire dresser les cheveux sur la tête de leur cher papa – ce bourgeois « bienpensant », nourri à Télérama et à Charlie Hebdo, confit dans ses petites certitudes – en lui parlant les yeux dans les yeux du Diable et de la Rédemption… C’est-à-dire qu’ils vinrent prendre les « ouverts d’esprits » à leur petit jeu de l’ouverture d’esprit.

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S’il leur importait de ne plus apparaître seulement comme les « jeunes-vieux » petits-bourgeois castrés de la génération sacrifiée, mais de devenir en quelque sorte des « narcisses solaires » à leur tour, c’était afin de pouvoir tuer-le-père eux aussi. Mais cela non pas, en dépit des apparences, pour les mêmes raisons que leurs propres parents, non pas par jalousie envers une hypothétique « statue du Commandeur » et par appétit de plaisirs… mais afin – tacitement – de venger le vrai héroïsme contre le faux, celui du grand-père 39-45 contre celui du père 68.

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De la nouvelle impulsion libératrice donnée par ces derniers, naquit spontanément – et ce dans une très importante quantité d’esprits anonymes concernés – une sorte de théorie politique virale, de nature réactionnaire – prenant parfois pour référence des auteurs comme Philippe Muray (ou même Alain Soral) mais ne se limitant nullement aux propositions de ces derniers – selon laquelle l’esprit soixante-huitard (qui n’a jamais renoncé à l’utopie de « l’homme nouveau », qui mise à la fois sur le progrès scientifique et sur une sorte de mystique bouddhiste New-Age) serait le seul véritable héritier intellectuel du nazisme dans les temps actuels.

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