Mots à placer

« On ne naît pas juif, on le devient ! » – voilà résumée en un paradoxe toute la doctrine de Jésus.

Les femmes ne devraient pas se croire dispensées, à cause de leur sexe, de devenir des Hommes. Les homosexuels non plus.

Naître, mourir, souffrir, baiser, manger, aller aux toilettes, appartenir à une espèce sexuée, être omnivore….
Ne dites pas : « Pourquoi serait-ce une fatalité? », mais : « Pourquoi en est-ce une ? »

Une végétarienne bête à manger du foin !

Un bouquet d’immortels était penché sur la tombe de l’homme.

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Si les multimilliardaires d’aujourd’hui sont les plus forts et les plus géniaux des hommes, qu’est-ce qui les empêche de relever la croissance mondiale en employant tout ce que l’Occident compte de gens d’esprit, d’artisans en puissance, de jeunesse de bonne volonté, à bâtir tous les ouvrages d’arts, tous les palais, toutes les cathédrales rêvées de leur fantaisie ?… qu’est-ce qui les retient de s’entourer de gens de valeur et de favoriser financièrement ce qu’on ne favorise pas ailleurs : l’audace des rêveurs, la hauteur de vue des gens qui n’ont pas le sens commun, l’indépendance d’esprit des belles âmes, et de décourager auprès d’eux la bassesse intéressée, la vile courtisanerie parasitaire, en ne les récompensant point ? Qu’est-ce qui les retient de, comme François 1er, tels des nouveaux Charlemagne, par des démonstrations réitérées de respect envers la grande culture, l’honneur des hommes et les bonnes manières, forcer le respect du génie et se l’associer ? Qu’est-ce qui retient les vrais puissants d’aujourd’hui, qui ont plus d’argent qu’ils n’en pourraient manger en mille vies, de fonder des écoles d’élitisme qui gouverneraient la conduite du reste du monde non par la menace, la contrainte matérielle, le chantage ou encore le mépris, mais par le brillant exemple ? Et pourquoi ne fonderaient-ils pas, si le cœur leur en disait, des lieux de vie et d’échange, où l’on cultiverait des plaisirs élevés, des jouissances difficiles, du divertissement qui transcende le divertissement, à la seule portée des hommes de goût et de devoir, et des femmes qui se respectent ? Cela pourtant changerait la face du monde esthétique de demain ! Cela rendrait un souffle de vie nouveau à bien des capitales célèbres aujourd’hui /muséifiées/ ! N’est-ce pas cela pourtant, la vraie grandeur : laisser sa marque ? Informer l’Histoire que l’on a véritablement, personnellement, existé ? Pourquoi la classe supérieure d’aujourd’hui n’éprouve-t-elle pas le besoin d’exister /dans le monde/ ? Pourquoi les /parvenus/ d’aujourd’hui n’ont-ils plus aucune aspiration à la noblesse, rompant radicalement avec la tradition des riches qui les ont précédés ? Qui est-ce qui empêche ceux qui ont toute la liberté du monde – et plus encore, qui la prennent à autrui – de faire preuve de la moindre fantaisie personnelle ? – Ont-il peur, à ce petit jeu, de perdre la majeure partie de leur patrimoine ? Et après ? Qu’est-ce que la richesse en dehors du monde ? – Ont-il peur que les Etats se mettent en travers de leur chemin ? Mais quel intérêt, pour un mécène richissime, de faire des économies de bouts de chandelle en fraudant le FISC ou en ne respectant pas le code du travail ? Un homme qui n’a pas l’intention de se mettre en travers de la loi pour faire davantage de profit – car son but n’est plus le profit – son but est supérieur -, ou par plaisir maniaque d’exercer une autorité indue sur autrui, de jouer avec l’intégrité physique et mentale d’êtres humains comme s’il s’agissait d’une glaise informe, qu’a-t-il encore à craindre des tribunaux ? Un homme qui n’empièterait pas sur l’honneur et la vertu de son prochain, mais qu’on empêcherait tout de même d’avancer et de conquérir le monde s’il le désire, m’est d’avis que ce serait plutôt à lui d’intenter des procès à ses ennemis ! Quant aux lois injustes qui voudraient empêcher le peuple de bénéficier de la générosité d’un bienfaiteur sans précédent, il me semble que ce bienfaiteur aurait les moyens de les faire ré-écrire et re-voter : rien qu’en retournant le peuple lui-même contre ses représentants. Ne vivons-nous pas en démocratie ? Bien sûr qu’il faudrait à un mécène d’une telle envergure, se confronter à la concurrence des états et souffrir de s’appuyer directement sur la souveraineté du peuple… Mais n’est-ce pas une chose formidable que d’être aimé du peuple ? Pourquoi ce désir charnel, primitif et touchant, ne vient-il jamais à aucun de ces anonymes comptables améliorés, que l’ironie du sort à juché la tête d’empires financiers abstraits ? Sans doute le banquet orgiaque du Lion, ce formidable monceau de charogne, ne convient-il pas à l’appétit du simple rat ou du moineau des villes, qui se contentent bien sagement, bien pusillanimement, de rogner des croûtes et de compter les miettes. Un simple accès de fantaisie créatrice – de fantaisie narcissique ! – une simple pulsion de noblesse – une aspiration subite à la grande souveraineté – l’homme riche s’emparant en premier lieu de lui-même – se produisant, en un éclair, dans le mystérieux cerveau reptilien de l’un des princes de ce triste monde, équivaudrait à une telle quantité astronomique de richesse redistribuée à la face éclairée de la terre… Les Grands d’aujourd’hui sont-ils si différents de nous autres, les braves consommateurs, les petits bourgeois, les « moyens » ? – Nous autres qui subissons un ordre des choses qui nous dépasse, nous sommes pourtant bien souvent aussi gourmands et dépensiers que des Princes de jadis, nous avons des inconséquences, des désirs impérieux d’enfants-roi… Nous nous égarons par excès de tout… – appétit ou générosité, à peu de chose près, sont la même chose -… nous jetons nos bonnets par-dessus les moulins – vanité ou amour, qu’importe ! -, nous allons à corps perdu dans la gueule de passions divertissantes prédatrices, de passions esthétiques qui sont comme des drogues, avec la ferveur des hommes d’antan lorsqu’ils ils se livraient aux sacrifices de la religion… Eux autres, qui ont tout en main, sont-ils donc finis, essorés, repus ? Ou bien n’ont-il jamais eu la jeunesse, cette folie généreuse ? Le flot des gros sous les a-t-il cuits à cœur dans le vinaigre comme des cornichons ? Ou bien est-ce de tout-pouvoir en potentiel, qui les rend ahuris et bête ? – Car il faut une certaine intelligence être vraiment riche : on n’est vraiment riche que lorsqu’on est conscient de sa propre richesse, c’est-à-dire que l’on connaît la vraie valeur des choses. Or on ne sait jamais exactement la vraie valeur des choses tant qu’on n’a pas évalué la valeur des hommes qui les rêvent, les font et en usent – ou pourraient en user. Il semble que lorsqu’on a oublié tout cela, hélas, ou jamais eu les capacités intellectuelles et sensibles de le comprendre, et que l’argent et le pouvoir sont devenues des valeurs abstraites, on ne sache plus aimer les hommes du tout.

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