Citations choisies : Journal Goncourts, 1er tome _ 1ère salve.

#Un Roi sans divertissement

Un fou que j’ai connu répétait à tout moment d’un air de se faire porter en terre : « Oui, il faut que je m’amuse. »

#Hystérie

La religion pour la femme n’est pas la discipline à laquelle l’homme se soumet ; c’est un épanchement romanesque. C’est dans les jeunes filles un exutoire licite, une permission d’exaltation, une autorisation d’avoir des aventures mystiques ; et si les confesseurs sont trop doux, trop humains, elles se jettent aux sévères, qui remplacent la vie bourgeoise par une vie d’émotions factices, par un martyre qui donne aux martyrisées, à leurs yeux même, quelque chose d’intéressant et de surhumain.

#Ave Caesar, morituri te salutant

Les anciens avaient le plaisir grand, leurs distractions étaient le cirque, les combats des animaux, la vraie mort des hommes, les exécutions des martyrs sur une large échelle. Les lampions de leurs illuminations étaient des chrétiens résineux.
Nos pauvres distractions, c’est de trembler pour la colonne vertébrale d’un équilibriste, qui ne tombe jamais, l’entorse d’une Saqui, qui vit toujours quatre-vingt ans ; notre Cirque dramatique : un poignard qui rentre, des émotions faites avec du blanc. Et la plus grande monstruosité qu’un Musset puisse faire, c’est de lancer une bouteille d’eau de Seltz dans la gorge d’une fille de bordel.

#Heureux les simples d’esprit

« Il croit à Dieu, à la Vierge, au système constitutionnel, à la vertu des hommes, à L’Ecole de France, à la pudeur des femmes, à l’Institut, à l’économie politique ! »

#Au suivant !

Le système de la métempsychose est très offensant : enfin, c’est penser que Dieu n’a pas plus d’âmes que le directeur du Cirque n’a de soldats et qu’il fait toujours défiler les mêmes sous divers uniformes !

#Dada

Nous avons causé de l’idéal, ce ver rongeur du cerveau – l’idéal, « ce tableau que nous peignons avec notre sang » (Hoffmann). La résignation du C’est ma faute lui est encore revenue : « Pourquoi nous éprendre de l’inréel, de l’insaisissable ? Pourquoi ne pas prendre un but à portée de notre main ? Quelque désir satisfaisable, un dada qu’on puisse enfourcher. Par exemple, être collectionneur, c’est un charmant dada de bonheur. Il y avait encore la religion, jadis ; oh ! Le magnifique dada ! Mais c’est empaillé maintenant… Mais il faut avoir une vocation pour tous ces dadas-là. Tenez ! ces bourgeois qui viennent ici le dimanche et qui rient si fort, je les envie. Ou encore le dada de Corot : c’est un brave homme, qui cherche des tons fins et qui les trouve ! Il est heureux. Ca lui suffit.

« Et pour l’amour, que nous exigeons de choses de la vie ! Nous demandons à nos maîtresses d’être honnêtes et coquines ! Nous leur demandons d’avoir tous les vices et toutes les vertus !… Nous sommes tous des fous. Des fleurs qui sentent, le plaisir qui est, la femme belle, nous ne les savourons pas. Nous avons une maladie dans la tête. Les bourgeois ont raison… Mais être raisonnable, est-ce vivre ? »

#Perfectionniste

Il est dans toutes les boutiques d’art et de littérature, une cheville ouvrière, qui est un bourgeois stupide, ignare et prétentieux, un homme qui fait tout, qui brouille tout, qui touche à tout, comme le Polichinelle napolitain dont nous parlait Palizzi, l’autre soir. Par exemple, à l’ILLUSTRATION, un nommé Falempin, qui peut bien avoir avancé la mort de Valentin. Ce Falempin remet des yeux aux bois* de Gavarni [*des dessins gravés sur des planches en bois pour faire des estampes, NDLA]. Un jour, on lui apporte des bois de Delacroix : « Vous voyez bien ça ? Ils les imprimeront comme ils voudront, mais je n’y retoucherai pas ! »

#Hygiène

La sauvagerie est nécessaire tous les quatre ou cinq cents ans, pour retremper le monde. Le monde mourrait de civilisation. Quand les estomacs sont pleins et que les hommes ne peuvent plus baiser, il leur tombe des bougres de six pieds, du Nord. Maintenant il n’y a plus de sauvages, ce seront les ouvriers qui feront cet ouvrage-là dans une cinquantaine d’années. On appellera ça la Révolution sociale.

#Les deux choses les plus importantes

La loi moderne, le Code, n’a oublié que deux choses : l’honneur et la fortune. Pas un mot de l’arbitrage de l’honneur, le duel, que la justice condamne ou absout par interprétation et sans textes précis. – La fortune, aujourd’hui presque toute dans les opérations de bourse, de courtage, d’agiotage, de coulisse ou d’agence de change, n’a pas été prévue davantage : nulle réglementation de ces trafics journaliers, les tribunaux incompétents pour toute transaction de Bourse, l’agent de change recevant sans donner reçu.

#Aristocratie des banquiers

L’égalité de 89 est un mensonge ; la non-égalité avant 89 était une injustice, mais une injustice faite au profit, très généralement, des gens bien élevés. Aujourd’hui, c’est l’aristocratie des gens qui ne le sont pas, l’aristocratie des banquiers, des agents de change, des marchands. Il viendra un temps où Paris demandera une loi contre l’insolence de ces derniers… J’étais assis à la Taverne à côté de trois grands charabias, des vendeurs de bric-à-brac, à loyer de dix mille francs, d’anciens Auvergnats dans la crasse encore de leur vieux cuivre : ils vous étourdissent et vous insultent même au besoin.

#Inconfort dans la mort

C’est une chose singulière qu’à mesure que le confortable de la vie augmente, le confortable de la mort disparaît. Jamais la mort n’a été mieux traitée, mieux soignée, mieux respectée que par les peuples antiques, Egyptiens, etc. Aujourd’hui : une voirie…

#Vérité

Le réalisme naît et éclate alors que le daguerréotype et la photographie démontrent combien l’art diffère du vrai.

[LA SUITE PLUS TARD – besoin de temps pour ça]

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