Wow !

Est-ce mon appétance pour le style aphoristique ? Toujours est-il que j’ai trouvé ceci sous la plume de Kitshophobe, et me voilà bluffée (… oui, bluffée, commondit.. ) :

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“Quelque chose qui est dit brièvement peut être le fruit et le résultat de quelque chose de longuement médité ; mais le lecteur qui est novice sur ce terrain, et qui n’y a pas autrement réfléchi, voit quelque chose d’embryonnaire dans tout ce qui est dit brièvement, non sans un blâme à l’adresse de l’auteur qui a osé lui présenter un mets qui n’était pas cuit à point. » Nietzsche

Il y a des types qui ne peuvent pas s’entendre, juste s’entendre, il y a des types qui peuvent à peine s’entendre avec eux mêmes, des types à côté de qui on s’assoit toujours en dernier et pourtant ils n’ont pas l’air plus dangereux qu’un autre , non, ces types là ont simplement l’air de remuer quelque chose de grave et continu et personne ne veut savoir. 

Ces types là se retrouvent toujours à côté.

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 A la misogynie préférer la xénophobie, à la xénophobie la haine de classe, à la haine de classe la misanthropie, à la misanthropie la haine de soi, arrivé à la haine de soi recommencer, intervertir, cumuler, se perdre. 

Et pourquoi pas, un jour, regarder cette monumentale dépense d’énergie en pure perte avec un œil attendri ? 

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La coke : engrais à jouisseurs ratés. 

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 Adorable et mignonne bouille, douce et pas chiante, fragile des gestes, comme un air de gâterie qui réclame l’envie d’éblouir ou trépaner dans l’immédiat. Disparaître. Se tancer de dire de jolies choses d’être minet au centuple, quel monde affreux…Il faudrait renoncer à l’idéal en chair le temps de se sauver. Plaqué derrière ses lunettes air bigleuse…On est content de l’entendre s’adresser à nous, simplement, la langue alors ne parait plus jamais pauvre c’est une voix rien qu’une voix et le sens et le plaisir s’y attèlent par eux mêmes. 

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Montherlant était un trop grand moraliste pour être un bon romancier. On peut même le deviner à son visage. 

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 Inapte, en voilà un mot, une fissure un gouffre où nous avons végéter, nous, nous toutes les voix, s’envoyant tour à tour le vilain mot, l’esquivant en circonvolutions diverses, projets, et le mot honni nous soudait encore. Et plus le mot était dissimulé et plus sa présence devenait vivante, impitoyable…Le seul nous possible devenait le mot lui même. D’autres lui préféraient dégénérés, ringards, souffreteux, incapable, fainéant, égoïstes, lâches. D’autres encore hypomaniaque, maniaque, dépressif, bipolaire, couillons. Des mots faibles des mots pour blesser. Ils n’atteignaient pas l’incroyable puissance le désœuvrement complet qui peut sommeiller dans inapte.

J’ai connu une certaine jeunesse taciturne et errante, violente à ses heures, pleine de prétention stérile, et que le temps a moqué goulûment. 

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Il  y a deux types d’hommes : ceux qui ont vu, enfant, passer les huissiers ; puis les autres, jouissant d’un crédit sans fin. Aux premier l’argent restera toujours une fin en soi. 

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 Alcool : omega du week end du pauvre, du travailleur. 

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Ironie du langage : il n’y a plus que les misogynes pour pouvoir aimer les femmes, pour ne pas y voir de simples hommes dénués de pénis.

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Elle jouait avec ses bras, dessinant des cercles qu’on jurerait exacts. Elle avait précédemment engagé un bras de fer aux yeux de tous – pour rire – son adversaire se sentait incapable d’exercer la moindre pression la plus petite trace sur sa main…et pour ne pas perdre la mise il feintait de s’intéresser aux clients du café en balbutiant des remarques et le petit jeux s’éternisait et leurs mains en contact valaient bien d’accorder une légère résistance… 

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Changer de pseudo, n’avoir aucun style, ne vous garanti pas de passer sous le radar : vos obsessions grandissent et s’affinent. 

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Des gens qui se rendent service la haine en bouche. Des gens qui ne savent pas dire non. 

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Majijuana : anxiolytique un tantinet plus performant. 

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Gamin, on rêve d’avoir de gros bras et de cogner son père. Puis on a de gros bras, puis il perd ses cheveux, puis l’envie passe. 

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 Pourquoi si peu de femme clocharde ? Qui répondrait sérieusement et en public serait jugé ignoble, ou délirant. 

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Gamine sa mère la cognait car la mère de sa mère l’avait cognée également et elle racontait ça en ces termes. Elle n’en faisait pas de phrase. Elle ne faisait pas de phrase tout court. Si la conversation se voulait profonde elle rentrait en elle même lui laissant la gaudriole des mots savants expressions ampoulées derrière lesquels on se gonfle derrières lesquels les âmes secs,  frileuses et faciles, se donnent en spectacles et tartufferies éhontées…Elle avait pris des roustes pour des jupes et pour un rouge à lèvre planqué sous une pile de jeans et pour un portable sonnant en pleine nuit et d’avantage pour des retours de l’école après horaire usuel et la plus belle raclée assortie d’une nuit dans le hall pour avoir été aperçu main dans la main avec un blanc fils du proviseur, même qu’ils buvaient des bières en pleine rue.

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Se forcer à quitter le bureau un peu plus tard : après les fainéants qui se lèvent tôt, les fainéants qui quittent tard.

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 Mal s’accommoder au mensonge : signe de fatigue. 

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 – On pourrait dire que vous prenez tout au tragique et rien au sérieux, soit le contraire de la société ? – Oui, exactement. 

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 MDMA : relâchement complet, quart d’heure sucré pour hippie. 

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 Savoir sa tâche, présumée complexe et gratifiante, parfaitement réalisable par un automate, un logiciel, c’est s’octroyer une supériorité passagère accouplé d’un mépris, un mépris inondant, à peine supportable, et il faut alors se raccrocher à la comédie, prendre les airs d’un rouage indispensable. 

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Vouloir des enfants. « Des ». Vouloir n’importe qui. Non, pas des inconnus, puisqu’ils nous ressembleront : des bouts de soi, des mini-moi. Vouloir se perpétrer à la face d’un inconnu nous ressemblant. 

 Qui est assez libre pour voir tout le grotesque d’une chose aussi sacrée, primordiale ? 

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 Elle vient une fois par semaine, arroser les plantes. C’est de loin la personne la plus fragile, c’est naturellement celle à qui l’on aimerait le plus adresser la parole, entendre, c’est de là la personne avec qui il serait le plus déraisonnable d’être aperçu. 

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 Il arrive une heure du jour où le visage même de son prochain devient insultant. L’idée de provoquer soi-même ce sentiment est un scandale. 

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 Plus la tâche est vague et distante et plus elle s’accompagne de mots pratiques. Très souvent des anglicismes, et j’imagine avec un vilain délice la gueule du sbire l’ayant lancé pour la première fois, il y a forcément déjà un certain temps, de l’autre côté de l’atlantique, sans prévoir la résonance de sa monstrueuse expression. Malheur à celui qui, une fois sa journée achevée (finit-elle jamais ? la nuit elle perdure avec un rythme souverain, dans le langage) n’a eu ni à prononcer une de ces expressions, ni à en recevoir, le voilà piéger jusqu’au lendemain, sa présence s’avère rétroactivement louche. 

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Les plus belles lignes sur le sexe, les femmes, les plus profondes s’entend, ont été écrites par des demi-puceaux. Chose désespérantes pour tous les laborieux de la terre. 

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Si j’essaye d’avoir en souvenir son visage aux premiers moments, il disparait sous ses habilles, ses cheveux, un bracelet, tout son apparat. Les rencontres éphémères débouchent sur des visages tronqués. La mémoire est capricieuse, elle recoupe avec le connu, machine impitoyable, d’autres visages se mêlent et se volent… Il faut des milliers d’heures pour bien garder un visage, se l’approprier, à défaut les photos nous sauvent, pitoyable cervelle humaine, et ne parlons même pas des corps. 

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 Lorsque Baudelaire envoyait à sa mère un quatrain des Albatros, elle ouvrait son courrier et recevait le souffre et la grâce. Elle ne lui a pas pardonné. Lorsqu’elle dit des Fleurs du Mal qu’elles contiennent de grandes beautés mais des peintures horribles et choquantes, elle regarde avec effroi sa chatte, le lieux de passage de toutes ces choses biscornus et sublimes et lui étant à jamais étrangères et ça, ça ne passe pas.

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 La société de consommation et ses contempteurs, pareille chose, s’échinent à nous retrancher la joie à l’idée de posséder. A la première, il semble que nous n’avons jamais assez, que la mode et les usages rendent caducs nos biens, quand aux deuxièmes, encore plus vilains, ils s’arrogent le droit de nous culpabiliser si nos âmes sont assez frêles pour trouver grâce à cette course effrénée. 

Épicure lui même avait un épicurisme frugal : un jardin, des raisins, du pain, deux ou trois amis. C’est surement l’équivalent, à l’heure actuelle, d’un F3, d’un mac, et d’une liste de 150 amis sur Facebook. 

Un de nos meilleurs écrivains de ce début de siècle faisait remarquer, avec justesse, qu’aux ascètes en herbe convient une époque d’opulence, comme la notre, car quel stoïcien pour se vanter de distancer son ventre en période de disette ? Même nos clochards sont obèses, ce n’est pas les insulter que de le dire. 

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