Raiponce à Marylin

—> Lettre de Marylin Monroe a son psychiatre Ralph Greenson : « Il faudrait que je sois cinglée pour me plaire ici ! » [A lire]

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Elle était intelligente, mais pas encore assez pour s’en sortir…

Je ne parle pas de la dépression, mais de l’emprisonnement.

La dépression dans son cas était un état de tristesse qui avait largement assez de causes objectives extérieures pour qu’on la considérât simplement comme une preuve de sensibilité et de délicatesse morale :

– divorces à répétition, relations « faussées » (faussées à la base par son statut de star et de sex-symbol) avec beaucoup trop de gens, trahisons répétées dans un milieu du cinéma évidemment rempli de maquereaux et de mentalités de putes, recherche de l’amour se soldant systématiquement par de la baise sordide, pervers visqueux à tous les étages usant et abusant d’elle, qui plus est avec mépris, absence d’empathie totale de la société toute entière, toutes classes sociales confondues, vis-à-vis de sa personne une fois qu’on l’eût mise sans recours possible sur un piédestal (partout l’Envie et la pudibonderie hypocrite se mêlant irrésistiblement à l’admiration), cela engendrant chez elle une solitude métaphysique qu’auraient sans difficulté pu expliquer n’importe quel citoyen grec antique se rendant régulièrement au théâtre, mais que refusaient d’admettre les psy (pour des raisons de nature purement idéologique), un statut de « monstre sacré », enfin, qui aurait été proprement déroutant pour n’importe quelle personne normalement constituée, sachant que lorsqu’on la traitait comme une malade, on la traitait à proprement parler comme si elle avait été un monstre, et que lorsqu’on s’adressait à elle comme à l’actice et au sex-symbol, on lui laissait accroire qu’elle était une déesse.

Enfin bref. Il était finalement assez facile de voir, à l’aune de tout cela, que les psy qui la soit-disant soignaient n’étaient que de sales types (je dirais même plus : de sales bourgeois visqueux) entièrement façonnés par une culture et des croyances (aka principalement le puritanisme américain) qui les rendaient délibérément aveugles à quelque chose qui aurait crevé les yeux de n’importe quelle personne honnête. Ce pourquoi, en attendant de rencontrer cette hypothétique personne honnête, au lieu de se poser des questions métaphysiques sur l’expression d’inquiétude – lisible ou non, qu’importe ! – sur la vilaine face de bourgeois et de névrosé de Freud, Marylin aurait dû admettre une bonne fois pour toute que là où elle était personne ne lui voulait de bien, et que l’heure était venue non pas de réagir en humaniste outragée mais d’échafauder un plan d’évasion. En effet, là où elle était, il était facile de voir qu’il ne servait à rien de crier à l’aide, de chercher de la compréhension du côté de ses maquereaux, ou encore de crier haut-et-fort « J’ai des droits ! » à des gens qui allaient simplement réagir à ses cris en l’enfermant, en la ligotant, en la droguant, voire – allons-z-y ! -, si elle insistait de trop, en lui cramant le cerveau aux électrochocs… Quant à vouloir de toute force, dans sa situation, continuer de trouver des circonstances atténuantes à ses geôliers et ses bourreaux… cela, de la part d’une personne intelligente, est une chose que je ne comprendrai jamais ! Que ses psy aient eu des bonnes intentions à la base (mais l’enfer est pavé des bonnes intentions ! – les médecins de l’époque de Molière ne croyaient-ils pas aux vertus de leur médecine?) ou encore qu’ils aient soigné d’autres personnes qu’elle (mais qu’importe le bonheur des autres dans une telle situation ?), franchement que cela pouvait-il bien faire dans la mesure où elle jouait sa vie ? On juge un arbre à ses fruits. Dans certains cas, la compréhension à l’égard du mec qui vous surveille depuis un mirador ne peut avoir qu’une seule utilité : endormir sa surveillance, lui être sympathique et le convaincre que vous êtes digne de réintégrer l’humanité. Y’a un moment où il ne s’agit plus de jouer les divas, mais de fermer sa gueule, de sourire d’un sourire triste et charmant, de remettre les questions métaphysiques à plus tard et de préparer en secret un kit de secours (c’est-à-dire comme dans la jungle, une bite et un couteau). Rien que pour se dégager le plus rapidement possible des griffes de ces espèces de nazis auxquels elle avait affaire et de la chausse-trappe labyrinthique qu’on lui tendait, elle aurait dû jouer le rôle de sa vie : c’est-à-dire le rôle de celle qui pleurniche pour des choses pas si importantes que ça en fait, qui va se remettre doucement, qui est en train de se « reconstruire », bref, de celle qui : « se sent déjà beaucoup mieux, merci! ».

A présent, une petite réflexion de fond, si vous le voulez bien :

Est-il « normal » ou non d’être triste à cause d’une peine de coeur ? Réponse : non ce n’est pas « normal », dans le sens où l’amour est un genre de folie – mais nos existences procédant elles-même d’actes d’amours entre des hommes et des femmes, l’existence n’est-elle pas une folie ? – Ceci, on l’apprend non pas en lisant Freud mais en lisant l’Eloge de la Folie d’Erasme.

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« Ouin ouin ouin, sauvez-moi, je suis trop triste d’être une esclave sexuelle, c’est pas normal d’être triste comme ça d’être une esclave sexuelle…ouin-oui-ouin faut qu’on me soigne, c’est pas normal, je devrais pas pleurer tout le temps ! »

Ben… si, en fait.

Pleurer comme une Madeleine

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Ce sont les autres, là, celles qui se prostituent, qu’on traite comme de la merde, et à qui ça ne fait rien, et qu’en redemandent… ce sont celles-là qui ne sont pas normales.

Ces autres, là, à qui ça ne fait ni chaud ni froid de baiser sans amour et qui ne se sentent jamais trahies parce qu’elles ne savent même pas ce que c’est que de s’attacher à quelqu’un, ces autres-là ce sont des psychopathes. Mais des vraies, hein. Au sens psychanalytique du terme, elles en ont tous les traits. Elles ont le même profil psy qu’un tueur en série : absence d’empathie et cet espèce de narcissisme reptilien très-caractéristique des personnes qui adorent se regarder dans la glace mais qui n’ont absolument aucun sentiment de leur dignité par ailleurs. Elles font partie de cette catégorie d’individus louches qui ordinairement font tout pour soigner et bichonner leur petite personne et lui réserver la meilleure place dans le monde, et cependant qui, s’ils se retrouvent hors du cadre mondain, en piteuse position, humiliés ou coupables de quelque chose, tant que personne ne les a vus faire, tant que personne ne les pointe du doigt ou ne le leur fait remarquer, ne ressentent ni honte ni remords, – comme si dans ce cadre-là, leur moi, c’est-à-dire, leur conscience d’être des personnes à part entière, avec des droits, une dignité et une sensibilité, avait totalement disparu.

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Regarder un arbre tout déplumé et penser à soi, et penser qu’on se dirige comme lui doucement vers la mort, et sentir couler une larme à cause de ça, c’est exactement l’inverse. C’est exactement l’inverse de la psychopathie.

Alors, je pose la question, que demandent-ils, les psy, à leurs patients « dépressifs » qui ont toutes les raisons dans leur vie de merde d’être tristes à pleurer ? Que leur demandent-ils sinon, en tuant le Spleen, de tuer leur sensibilité et le sentiment de leur dignité ? Que leur demandent-ils, sinon de ne plus se souvenir qu’être quelqu’un de bien, c’est être quelqu’un qui souffre de la condition humaine ?

La seule vision d’un Christ peut vous aider à vous rappeler de ça quand les psy tentent de vous le faire oublier…. hum.

Trouvez-vous étonnant que notre société crée des psychopathes ? Moi non.

Je sais comment on s’y prend pour persuader les gens qu’ils ne doivent plus être empathiques ni non plus s’attacher aux êtres qui les entourent.

Le pire c’est que c’est contagieux : allez vivre, lorsque vous avez un petit cœur tout bleu, au milieu de ces gens endurcis par la méfiance et même l’agressivité larvée que notre société commande à l’égard du prochain… Allez-donc vous attacher à ces êtres qui sont des crocodiles !

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Madame de Sévigné vous domine

Ce que je suis je le suis. Et je le suis pleinement. Ceux qui prétendent que je ments, que je me fais passer pour quelqu’un d’autre, sont ceux que mes propos et mes actions jugent. Ils se sont sentis jugés supérieurement par leurs aventures avec moi, et ils m’en veulent pour cela. Mais je ne suis pas le coupable. A travers moi, s’il y a des forces qui roulent mes ennemis dans la farine, ce sont ces forces qui agissent. Moi je ne suis ni assez forte ni assez intelligente pour être maîtresse de ces forces-là. Je ne prétends être que la digne élève de mes maîtres. Leur servante et tout à la fois leur émule.

Mes vrais maîtres toutefois ne sont plus de ce monde. Ils siègent dans les bibliothèque. Aucun n’est plus notre contemporain, entendons-nous bien. J’aimerais beaucoup avoir un maître qui soit mon contemporain, que je puisse fréquenter irl ou auquel je puisse au moins parler sur le net. Hélas, l’occasion d’une rencontre avec ce genre de type ne s’est jamais présentée à moi de ma vie. Hélas.

Cependant, ceux qui prétendent que je ne suis pas moi, ou que mon « univers » intellectuel sur internet ne m’appartient pas en propre, qu’il est une sorte de rôle de composition, se fourrent le doigt dans l’œil jusqu’à l’épaule. Tout ce que j’écris m’est inspiré par mes rêveries du jour et de la nuit, mes lectures volées entre deux tâches ménagères, mes promenades dans la campagnes et mes expériences d’épouse et de mère. Mon esprit à moi est incarné. S’il s’élève au-dessus de mon être, c’est simplement parce que, comme l’arbre il y puise ses racines. Rien de bien sorcier là-dedans. Rien de plus sorcier que cela. Contrairement à certains.

_Sale petite merde infecte. Toi et tes sbires encore plus infectes que toi. Sales trolls.

Troll n’est qu’un synonyme nouveau pour la vieille profession d’hypocrite. Tu n’es que celui qui n’ose pas être lui-même. Entouré d’amis qui ne le comprennent pas et ne le comprendront jamais, mais auxquels il a simplement peur, peur, peur de déplaire. Rien d’autre n’est à l’origine de tes mille exactions à l’encontre de ce qui est grand et beau, qu’un manque de courage, au nom duquel tu pourrais crucifier des saints. Rien d’autre que ça. Cela paraît peu, vu de loin. Mais vu de près, quand on se souvient que les hommes de grand mérite ont aussi de plus grandes responsabilités que les autres à l’égard de toute la connaissance qu’ils embrassent, et quand on voit de quelle façon à moulte reprise tu as trahis et crucifié ta propre connaissance, et plus encore la Source sacrée qui te l’avait dispensée… Quand on voit cela, on comprend à quel point en vérité, et sous des dehors brillants, ton âme est semblable à celle d’un nouveau Lucifer. Charbonneuse, noire, noire, noire.

Pauvre petite chose que tu es, sous toute cette suie qui te dépasse et que rien en toi n’a la force maîtriser… pauvre petite chose qui essaie – moi ! – de me ridiculiser. Mais c’est Jünger lui-même qui te juge, mon bon ami !

Ce sont les propos de Jünger – ceux que grâce à Dieu tu as laissé encore lisibles – qui te jugent et te condamnent. Peut-être d’ailleurs avais-tu le pressentiment qu’un jour une grandeur de Résistance du calibre de celle de Jünger en viendrait fatalement à te juger, et peut-être était-ce comme pour anticiper le mal qu’une compréhension réelle et sincère de Jünger pourrait faire à toutes tes constructions arachnéennes, que tu t’es avisé par avance de le moquer et de le salir… Je n’irai pas plus loin dans ce registre. Mais mon opinion à ce sujet est fixée depuis longtemps.

Je suis le Rebelle qui te défie et qui te juge. Je suis le Rebelle que le ridicule n’atteint pas. Je suis le Rebelle que toutes tes manigances ne peuvent atteindre.

Et je t’emmerde.

Le Rebelle est l’individu concret, agissant dans le cas concret. Il n’a pas besoin de théories, de lois forgées par les juristes du parti, pour savoir où se trouve le droit. Il descend jusqu’aux sources de la moralité, que n’ont pas encore divisées les canaux des institutions.

Tout y devient simple, s’il survit en lui quelque pureté. Nous avons vu que la grande surprise des forêts est la rencontre avec soi-même, le noyau inaltérable du moi, l’essence dont se nourrit le phénomène temporel et individuel. Cette rencontre, qui peut tout faire pour la guérison et le triomphe sur la crainte, tient aussi, en morale, le rang le plus haut. Car elle mène jusqu’à cette strate qui fonde toute vie sociale et contient depuis les origines toute communauté. Elle conduit vers cet homme en qui réside, en deçà de l’individuel, notre richesse première, et dont rayonnent les individuations. Cette zone a plus à nous offrir que la communion : là se trouve l’identité : ce dont le symbole de l’éternité donne le pressentiment. Le moi se reconnaît en l’autre: il se conforme à la vieille formule: «Tu es celui- là!» L’autre peut être la bien-aimée, ou encore le frère, le dolent, le dépourvu. Lui prêtant secours, le moi se fortifie par là même dans l’impérissable. Acte en lequel se confirme la structure morale du monde.

Ce sont faits d’expérience. On ne saurait compter, de nos jours, ceux qui ont dépassé les centres de l’enchaînement nihiliste, les lieux mortels du maelström. Ils savent qu’ailleurs le mécanisme dévoile de plus en plus clairement ses menaces ; l’homme se trouve au centre d’une grande machine, agencée de manière à le détruire. Ils ont aussi dû constater que tout rationalisme mène au mécanisme et tout mécanisme à la torture, comme à sa conséquence logique : ce qu’on ne voyait pas encore au XIXe siècle.

Il ne faut rien de moins qu’un miracle pour sauver l’homme de tels tourbillons. Et ce miracle s’est produit d’innombrables fois, du simple fait que l’homme apparaissait parmi les chiffres morts et offrait son aide. Cela s’est vu jusque dans les prisons et là même plus qu’ailleurs. En toute occurrence, envers chacun, l’homme seul peut ainsi devenir le prochain — ce qui révèle son être inné, sa naissance princière. La noblesse tire son origine de la protection qu’elle accordait — d’avoir tenu en respect les monstres et les mauvais génies : cette marque de distinction resplendit toujours en la personne du gardien qui glisse secrètement au prisonnier un morceau de pain. De telles actions ne peuvent se perdre : et c’est d’elles que vit le monde. Elles sont les sacrifices sur lesquels il est fondé.

PO PO POooooooooooooOoOoo !

Cette citation-là, je suis à peu près sûre qu’elle est chimiquement pure. 100% Jünger.

Si toutefois tu avais apporté des retouches de ton cru à ce texte sans que je le voie, merci de te dénoncer.

Un peu de Jünger entre deux morceaux de Goncourt

Attation ! [Comme dirait ma pitite fille] Lecture difficile.

Même le prof de philo chez qui j’ai chouré ces extraits [merci à lui d’avoir joué les moines copistes] semble être un peu largué. Perso, je le dis tout net, et bien que cela paraisse orgueilleux : je n’ai, moi, pas l’impression de l’être, et il me semble que je comprends tout. La présente sélection, en tant qu’elle est mise en relation signifiante avec mes propres « oeuvres » (si je puis dire, hu hu!), et aussi avec la qualité très-particulière de mon lectorat (qui a ses oeuvres-propres), devrait offrir à ce dit lectorat un certain angle d’approche éclairant, pour ainsi dire « personnalisé », susceptible de l’aider à rejoindre l’âme du texte, dans la simplicité et la clarté où elle m’apparaît… du moins est-ce là ce que je recherche. Honnit soit qui pense à mal de mon ambition. Je vous invite bien sûr à vous rendre sur le blog du prof en question au cas où vous souhaiteriez lire un peu plus au sujet qui ici nous intéresse (et trouver les références exactes des extraits qui suivent) :

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La figure du Rebelle chez Jünger

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Nous avons nommé deux des plus grandes figures de notre âge, l’Ouvrier et le Soldat inconnu. Avec le Rebelle, nous en saisissons une troisième, qui se manifeste de plus en plus clairement.

En l’Ouvrier, c’est le principe technique qui s’épanouit, dans l’essai de pénétrer le monde et de régner sur lui comme jamais on ne l’avait fait encore, d’atteindre des ordres de grandeur ou de petitesse que nul œil n’avait encore perçus, de disposer de forces que nul n’avait encore déchaînées.

Le Soldat inconnu se tient sur la face d’ombre des opérations militaires : il est le sacrifié qui porte les fardeaux dans les grands déserts de feu et dont l’esprit de bonté et de concorde cimente l’unité, non pas seulement de chaque peuple, mais des peuples entre eux.

Quant au Rebelle, nous appelons ainsi celui qui, isolé et privé de sa patrie par la marche de l’univers, se voit enfin livré au néant. Tel pourrait être le destin d’un grand nombre d’hommes, et même de tous — il faut donc qu’un autre caractère s’y ajoute. C’est que le Rebelle est résolu à la résistance et forme le dessein d’engager la lutte, fût-elle sans espoir. Est rebelle, par conséquent, quiconque est mis par la loi de sa nature en rapport avec la liberté, relation qui l’entraîne dans le temps à une révolte contre l’automatisme et à un refus d’en admettre la conséquence éthique, le fatalisme.

A le prendre ainsi, nous serons aussitôt frappés par la place que tient le recours aux forêts, et dans la pensée, et dans la réalité de nos ans. Car chacun se trouve à l’heure actuelle sous le coup de la contrainte, et ses efforts pour lui faire échec ressemblent à des expériences téméraires, dont dépend bien plus encore que le destin de ceux qui ont assumé ce risque.

Une telle entreprise ne peut espérer de succès que si les trois grandes forces de l’art, de la philosophie et de la théologie la soutiennent et lui ouvrent une voie à travers l’inexploré.

***

« A supposer même que le néant triomphe, dans la pire de ses formes, une différence subsiste alors, aussi radicale que celle du jour et de la nuit. D’un côté, le chemin s’élève vers des royaumes, le sacrifice de la vie, ou le destin du combattant qui succombe sans lâcher ses armes ; de l’autre, il descend vers les bas-fonds des camps d’esclavage et des abattoirs où les primitifs concluent avec la technique une alliance meurtrière ; où l’on n’est plus un destin, mais rien qu’un numéro de plus. Or, avoir son destin propre, ou se laisser traiter comme un numéro tel est le dilemme que chacun, certes, doit résoudre de nos jours, mais est seul à pouvoir trancher. La personne est toujours exactement pourvue de la même souveraineté qu’en toute autre période de l’histoire ; peut-être est-elle plus forte que jamais. Car, à mesure que les puissances collectives gagnent du terrain, la personne s’isole des organismes anciens, formés par les siècles, et se trouve seule. Cet homme seul devient alors partenaire de Léviathan, peut-être même son vainqueur, son dompteur. »

***

[Comment toujours et partout sauvegarder sa liberté et sa dignité ?]

« Il faut mentionner, parmi les hommes, Socrate, dont l’exemple n’a pas fécondé que le stoïcisme, mais d’innombrables esprits de tous les temps. Nous pouvons différer, quant à sa vie et sa doctrine; sa mort fut l’un des grands événements. Le monde est ainsi fait que toujours les préjugés, les passions exigent à nouveau leur tribut de sang, et il faut savoir que rien n’y mettra jamais fin. Les arguments changent, mais la bêtise maintient éternellement son tribunal. On est mené au supplice pour avoir méprisé les dieux, puis pour avoir refusé d’admettre un dogme, puis enfin pour avoir péché contre une théorie. Il n’y a pas de grand mot ni de noble pensée au nom desquels le sang n’ait déjà coulé. L’attitude socratique, c’est de connaître la nullité du jugement, et de le savoir nul en un sens trop élevé pour que puissent l’atteindre le pour et le contre des hommes. La vraie sentence est rendue depuis toujours : elle vise à l’exaltation de la victime. Si donc certains Grecs modernes demandent une révision du procès, ils ne font qu’ajouter, aux innombrables notes utiles dont sont encombrées les marges de l’histoire universelle, une note de plus, et ceci à une époque où le sang des innocents coule à flots. Ce procès est éternel, et les cuistres qui s’en firent les juges se rencontrent de nos jours à, tous les coins de rue, dans tous les parlements.

Que l’on puisse y changer quoi que ce soit, cette idée a, de tout temps, permis de distinguer les cervelles creuses. La grandeur humaine doit être sans cesse reconquise. Elle triomphe lorsqu’elle repousse l’assaut de l’abjection dans le cœur de chaque homme. C’est là que se trouve la vraie substance de l’histoire — dans la rencontre de l’homme avec lui-même, c’est-à-dire avec sa puissance divine. Il faut le savoir, lorsqu’on veut enseigner l’histoire. Socrate appelait ce lieu de l’être intime où une voix, plus lointaine déjà que toutes paroles, le conseillait et le guidait, son daimonion. On pourrait aussi le qualifier de forêt. »

***

« Reste à signaler une source d’erreurs – nous songeons à la confiance en l’imagination pure. Nous admettons qu’elle mène aux victoires spirituelles. Mais notre temps exige autre chose que la fondation d’école de yoga. Tel est pourtant le but, non seulement de nombreuses sectes, mais d’un certain nihilisme chrétien, qui se rend la tâche trop facile. On ne peut se contenter de connaître à l’étage supérieur le vrai et le bon, tandis que dans les caves on écorche vifs vos frères humains. On ne le peut même pas lorsqu’on occupe en esprit une position bien défendue, voire supérieure, pour cette simple raison que des millions d’esclaves crient vengeance au ciel. Le fumet atroce des écorchements continue à empester l’air. Ce sont des faits qu’on n’élude pas avec des jongleries.

   Il ne nous est donc pas accordé d’établir notre demeure dans l’imaginaire bien qu’il donne leur moteur aux opérations belliqueuses. L’épreuve de force suit la querelle entre images et la guerre aux images. C’est pourquoi nous sommes contraints de faire appel aux poètes. Ils préparent les bouleversements et la chute des Titans. L’imagination, et le poème avec elle, sont l’un des recours aux forêts »

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Le navire représente l’être temporel, et la forêt, l’être supra-temporel.

A notre époque de nihilisme, l’illusion d’optique se répand selon laquelle le mouvement paraît gagner du terrain au détriment de l’immobile. En réalité, tout ce que notre époque déploie de puissance technique n’est qu’une effulgescence passagère des trésors de l’être. Si l’homme parvient à y pénétrer, ne fût-ce que l’espace d’un éclair, il en rapportera l’assurance: le temporel ne perdra pas seulement son allure de menace; il lui paraîtra chargé de sens.

Nous qualifierons ce retournement de recours aux forêts et celui qui l’exécute de Rebelle.

Comme le mot d’Ouvrier, celui-ci embrasse toute une échelle de sens, puisqu’il désigne, avec les formes et les domaines les plus divers, les différents degrés d’un certain comportement. Il n’est pas mauvais que ce terme, l’un des vieux mots de l’Islande, ait déjà, comme tel, son passé, bien qu’il faille le prendre ici dans une acception plus générale. Le « recours aux forêts » y suivait la proscription; l’homme y proclamait sa décision de s’affirmer par ses seules forces. C’était agir en homme d’honneur : ce l’est encore, quoi que prétendent les lieux communs.

La proscription sanctionnait en général l’assassinat, tandis que de nos jours, elle atteint l’homme avec le même automatisme que la chance à la roulette. Nul ne sait s’il n’appartiendra pas dès demain à un groupe de hors-la-loi. En de tels moments, la vie perd son badigeon de culture, car les coulisses du confort tombent et se muent en indices de destruction. Le paquebot de luxe devient navire de guerre, à moins qu’on ne hisse à son bord le pavillon noir des pirates, les drapeaux rouges des bourreaux.

Du temps de nos ancêtres, le proscrit était accoutumé à penser par lui-même, à mener une vie dure, et à n’en faire qu’à sa tête. Plus tard, il a pu se sentir assez fort pour assumer l’excommunication, avec le reste de son destin, et pour se créer, de son propre chef, guerrier, médecin et juge, mais aussi prêtre. Il n’en est plus ainsi. Les êtres sont si bien enclavés dans la collectivité et ses structures qu’ils se trouvent presque incapables de se défendre. C’est à peine s’ils se rendent compte de la forme toute particulière qu’ont prise en notre siècle de lumières les préjugés. D’ailleurs, la vie vient des prises de courant, des conserves et des tuyauteries ; d’où les mises au pas, répétitions, transmissions de forces. La santé, elle non plus, n’est guère brillante. Voici que brusquement s’abat la proscription, et souvent, comme un coup de tonnerre dans un ciel serein : tu es blanc, ou rouge, ou noir, Russe, Juif, Américain, Coréen, Jésuite, Franc-maçon mais en tout cas plus vil qu’un chien. On a même pu voir les victimes s’associer au chœur qui les condamnait.

Sans doute vaut-il donc la peine de décrire à l’objet de telles menaces la situation dans laquelle il se trouve, et qu’il méconnaît le plus souvent. II se peut qu’il en puisse induire le style de son action. Nous avons vu, par l’exemple du scrutin, avec quelle astuce les pièges sont camouflés. Resteraient tout d’abord quelques malentendus à éclaircir ; ils pourraient facilement s’attacher à notre terme, et en restreindre l’acception à des fins plus limitées.

Le recours aux forêts ne doit pas être interprété comme une forme d’anarchie qui s’opposerait au monde mécanique, bien que cette tentation soit forte, surtout lorsque cette décision vise en même temps à rétablir l’intimité de l’homme avec le mythe. Assurément, l’avènement du mythe se produira : il se prépare déjà. Car le mythe est toujours présent et remonte à la surface, l’heure venue, comme un trésor. Mais il ne surgira, principe hétérogène, que du mouvement parfait, parvenu à sa plus haute puissance. Or, le mécanisme est seul mouvement, en ce sens, cri de l’enfantement. On ne revient pas en arrière pour reconquérir le mythe ; on le rencontre à nouveau, quand le temps tremble jusqu’en ses bases, sous l’empire de l’extrême danger. Il ne faut pas dire non plus ou le cep ou le navire, mais : et le cep et le navire. Le nombre de ceux qui songent à abandonner le navire croît, et l’on trouve parmi eux aussi des têtes claires et des esprits fermes. Mais au fond, ce serait là débarquer en pleine mer. Surviennent alors la faim, le cannibalisme et les requins, bref, toutes les horreurs que l’on rapporte sur le radeau de la Méduse. Il est donc prudent, quoi qu’il arrive, de demeurer à bord et sur le pont, fût-ce au risque de sauter avec les autres.

Cette objection ne vise pas le poète, qui manifeste l’immense supériorité du royaume des Muses sur celui de la technique, tant dans l’oeuvre que dans l’existence. Il aide l’homme à se retrouver : le poète est Rebelle.

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Le Rebelle est l’individu concret, agissant dans le cas concret. Il n’a pas besoin de théories, de lois forgées par les juristes du parti, pour savoir où se trouve le droit. Il descend jusqu’aux sources de la moralité, que n’ont pas encore divisées les canaux des institutions.

Tout y devient simple, s’il survit en lui quelque pureté. Nous avons vu que la grande surprise des forêts est la rencontre avec soi-même, le noyau inaltérable du moi, l’essence dont se nourrit le phénomène temporel et individuel. Cette rencontre, qui peut tout faire pour la guérison et le triomphe sur la crainte, tient aussi, en morale, le rang le plus haut. Car elle mène jusqu’à cette strate qui fonde toute vie sociale et contient depuis les origines toute communauté. Elle conduit vers cet homme en qui réside, en deçà de l’individuel, notre richesse première, et dont rayonnent les individuations. Cette zone a plus à nous offrir que la communion : là se trouve l’identité : ce dont le symbole de l’éternité donne le pressentiment. Le moi se reconnaît en l’autre: il se conforme à la vieille formule: «Tu es celui- là!» L’autre peut être la bien-aimée, ou encore le frère, le dolent, le dépourvu. Lui prêtant secours, le moi se fortifie par là même dans l’impérissable. Acte en lequel se confirme la structure morale du monde.

[Snif’! C’est tellement beau ; ça me donne envie de pleurer.]

Ce sont faits d’expérience. On ne saurait compter, de nos jours, ceux qui ont dépassé les centres de l’enchaînement nihiliste, les lieux mortels du maelström. Ils savent qu’ailleurs le mécanisme dévoile de plus en plus clairement ses menaces ; l’homme se trouve au centre d’une grande machine, agencée de manière à le détruire. Ils ont aussi dû constater que tout rationalisme mène au mécanisme et tout mécanisme à la torture, comme à sa conséquence logique : ce qu’on ne voyait pas encore au XIXe siècle.

Il ne faut rien de moins qu’un miracle pour sauver l’homme de tels tourbillons. Et ce miracle s’est produit d’innombrables fois, du simple fait que l’homme apparaissait parmi les chiffres morts et offrait son aide. Cela s’est vu jusque dans les prisons et là même plus qu’ailleurs. En toute occurrence, envers chacun, l’homme seul peut ainsi devenir le prochain — ce qui révèle son être inné, sa naissance princière. La noblesse tire son origine de la protection qu’elle accordait — d’avoir tenu en respect les monstres et les mauvais génies : cette marque de distinction resplendit toujours en la personne du gardien qui glisse secrètement au prisonnier un morceau de pain. De telles actions ne peuvent se perdre : et c’est d’elles que vit le monde. Elles sont les sacrifices sur lesquels il est fondé.

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[De la nature chaotique du réel (le magazine Science&Vie confirme) :]

Anarchique, chacun l’est ; c’est justement ce qu’il a de normal. Toutefois, dès son premier jour, son père et sa mère, l’Etat et la société lui tracent des limites. Ce sont là des rognements, des mises en perce de l’énergie innée auxquels nul n’échappe. Il faut bien s’y résigner. Pourtant, le principe d’anarchie reste au fond, mystère dont le plus souvent son détenteur même n’a pas la moindre idée. Il peut jaillir de lui sous forme de lave, peut le détruire ou le libérer.

Il s’agit ici de marquer les différences : l’amour est anarchique, le mariage non. Le guerrier est anarchique, le soldat non. L’homicide est anarchique, mais non l’assassinat. Le Christ est anarchique, saint Paul ne l’est pas. Comme cependant l’anarchie, c’est la normale, elle existe aussi en saint Paul et explose parfois violemment en lui. Ce ne sont pas là des antithèses, mais des degrés. L’histoire mondiale est mue par l’anarchie. En un mot : l’homme libre est anarchique, l’anarchiste ne l’est pas.

[On pourrait dire également : le rebelle est libre et anarchique, le rebellocrate ne l’est pas.]

L’anarchiste [qu’on peut donc traduire en langage Murayien par : le rebellocrate, NDLA.] vit dans la dépendance. — d’abord de sa volonté confuse, et secondement du pouvoir. Il s’attache au puissant comme son ombre; le souverain, en sa présence, est toujours sur ses gardes. Comme Charles Quint se trouvait avec sa suite au sommet d’une tour, un capitaine se mit à rire, et, assailli de questions, il reconnut avoir soudain songé que s’il enlaçait l’empereur et sautait avec lui dans l’abîme, son nom serait inscrit d’une encre ineffaçable au livre de l’histoire.

L’anarchiste est le partenaire du monarque qu’il rêve de détruire. En frappant la personne, il affermit l’ordre de la succession. Le suffixe « isme » a une acception restrictive : il accentue le vouloir, aux dépens de la substance.

La contrepartie positive de l’anarchiste, c’est l’anarque. Celui-ci n’est pas le partenaire du monarque, mais son antipode, l’homme que le puissant n’arrive pas à saisir, bien que lui aussi soit dangereux. Il n’est pas l’adversaire du monarque, mais son pendant.

Le monarque veut régner sur une foule de gens, et même sur tous ; l’anarque sur lui-même, et lui seul. Ce qui lui procure une attitude objective, voire sceptique envers le pouvoir, dont il laisse défiler devant lui les figures — intangible, assurément, mais non sans émotion intime, non sans passion historique. Anarque, tout historien de naissance l’est plus ou moins ; s’il a de la grandeur, il accède impartialement, de ce fond de son être, à la dignité d’arbitre.

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«Bien qu’anarque, je ne suis pas, pour autant, ennemi de l’autorité. Au contraire : j’ai besoin d’elle, sans d’ailleurs croire en elle. Le principe digne de créance auquel j’aspire n’apparaît jamais : ce qui aiguise mon esprit critique. Etant historien, je sais ce qui peut se réaliser. Pourquoi des esprits qui nient toute valeur persistent-ils, en ce qui les concerne, à élever des prétentions ? Ils vivotent du fait qu’autrefois, des dieux, des pères, des poètes ont vécu. L’essence des mots s’est délayée en titres vains. Il existe chez les animaux, des parasites qui se nourrissent en secret d’une chenille. A la fin, au lieu du papillon, c’est seulement une guêpe qui se glisse hors de l’enveloppe. Ainsi en use-t-il à l’égard de l’héritage, et en particulier du langage : faux-monnayeurs qu’ils sont.»

«Il faut se tenir à l’écart des changements de couches dirigeantes, au sein de la guerre civile, avec ses contraintes de plus en plus rigoureuses.»

«Le trait propre qui fait de moi un anarque, c’est que je vis dans un monde que, « en dernière analyse », je ne prends pas au sérieux. Ce qui renforce ma liberté. Je sers en volontaire.»

«Pour l’anarque, les choses ne changent guère lorsqu’il se dépouille d’un uniforme qu’il considérait en partie comme une souquenille de fou, en partie comme un vêtement de camouflage. Il dissimule sa liberté intérieure, qu’il objectivera à l’occasion de tels passages. C’est ce qui le distingue de l’anarchiste qui, objectivement dépourvu de toute liberté, est pris d’une crise de folie furieuse, jusqu’au moment où on lui passe une camisole de force plus solide.»

«Ce qui d’ailleurs me frappe, chez nos professeurs, c’est qu’ils pérorent d’abondance contre l’Etat et l’ordre, pour briller devant leurs étudiants, tout en attendant du même Etat qu’il leur verse ponctuellement leur traitement, leur pension, leurs allocations familiales et qu’à cet égard du moins ils sont encore dans l’ordre. La main gauche sert le poing, la main droite tend vers l’aumône – c’est ainsi qu’on fait son chemin dans le monde.»

«Le libéral est mécontent de tout régime, l’anarque en traverse la série, si possible sans jamais se cogner, comme il le ferait d’une colonnade. C’est la bonne recette pour quiconque s’intéresse plus à l’essence du monde qu’à ses apparences – le philosophe, l’artiste, le croyant.»

«Je ne fais, aucun cas des convictions, et beaucoup de cas de la libre disposition de soi. C’est ainsi que je suis disponible, dans la mesure où l’on me provoque, que ce soit à l’amour ou à la guerre. Je ne respecte pas les convictions, mais l’homme.»

«Je regarde et je garde.»

«L’ anarque n’est pas tenté de miner la société existante, pour la simple raison qu’il s’oriente, non selon les idées, mais selon les faits. Il se bat seul, en homme libre, peu enclin à se sacrifier pour qu’une incapacité en remplace une autre, et qu’une domination nouvelle triomphe de l’ancienne. A cet égard, l’homme quelconque est même plus proche de lui, le boulanger qui se soucie avant tout de cuire du bon pain, le paysan qui mène sa charrue tandis que les armées passent à travers son champ.»

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[De la partisannerie, de l’idéo-logique et autres sectes.]

L’anarque est rebelle, les partisans sont hommes du collectif. J’ai étudié, en ma double qualité d’historien et de contemporain, leurs querelles. Air irrespirable, idées confuses, énergie meurtrière qui, pour finir, remet en selle des monarques et des généraux à la retraite qui, pour tout remerciement, les liquident. II y en a plus d’un que je ne pus m’empêcher d’aimer, parce qu’il aimait la liberté, bien que sa cause ne méritât pas son sacrifice ; ce qui m’affligeait.

Si j’aime la liberté « par-dessus tout », chaque engagement devient image, symbole. Ce qui touche à la différence entre le rebelle et le combattant pour la liberté : elle est de nature, non qualitative, mais essentielle.

L’anarque est plus proche de l’être. Le partisan se meut à l’intérieur des fronts sociaux et nationaux, l’anarque se tient au-dehors. Il est vrai qu’il ne saurait se soustraire aux divisions entre partis, puisqu’il vit en société.

Le recours aux forêts confirme l’autonomie de l’anarque, qui, au fond, est toujours ou partout un rebelle, que ce soit dans les fourrés ou dans la métropole, dans la société ou hors d’elle. De même qu’entre le rebelle et le partisan, il faut faire la distinction entre l’anarque et le criminel : distinction fondée sur leur rapport à la loi. Le partisan veut la modifier, le criminel l’enfreindre ; l’anarque ne veut ni l’un ni l’autre. Il n’est ni pour, ni contre la loi. Même s’il refuse de la reconnaître, il cherche pourtant à la connaître, comme on fait des lois naturelles, et à modeler sur elle sa conduite.

Quand il fait chaud, on retire son chapeau ; quand il pleut, on ouvre son parapluie; quand la terre se met à trembler, on sort de sa maison. Le droit et la coutume deviennent objet d’une science nouvelle. L’anarque s’efforce de les juger sous l’angle de l’ethnographie, de l’histoire et, j’y reviendrai sans doute, de la morale. L’Etat sera, en général, content de lui; il ne se fera guère remarquer. De ce point de vue, il existe bien une certaine ressemblance avec le criminel, le maître espion, par exemple, dont les talents prennent pour couverture une occupation banale.

Je suppose que dans certaines grandeurs, dont je préfère taire le nom, l’élément anarchique était très fortement représenté. Car, s’il faut que des modifications fondamentales du droit, de la coutume, de la société aboutissent, cela suppose qu’on s’éloigne fortement des principes reçus. Et cet effet de levier, pour autant qu’il se fasse sentir, doit être mis au compte de l’anarque.

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« L’anarque se distingue aussi de l’anarchiste en ce qu’il possède un sens aigu des règles. A cet égard, et pour autant qu’il les observe, il se sent dispensé de réfléchir.

   Ce qui correspond au comportement de tous les jours : quiconque prend le train roule sur des viaducs et à travers des tunnels que des ingénieurs ont conçus à son usage, et auxquels ont travaillé cent mille mains. Ce qui ne lui trouble pas l’esprit; il s’enfonce dans son journal en toute quiétude, déjeune ou pense à ses affaires.

   Ainsi l’anarque, à ceci près que ces relations restent toujours présentes à sa conscience et qu’il ne perd jamais des yeux son thème favori, la liberté, malgré tout ce qui peut passer au-dehors, par monts et par vaux, à toute vitesse. Il peut descendre à chaque moment, non seulement de voiture, mais de toute exigence qu’élèvent à son égard l’Etat, la société, l’Eglise, et même quitter l’existence. En faire don à l’être, non seulement pour des raisons impérieuses, mais selon son bon plaisir, que ce soit par caprice ou par ennui, c’est son droit.

   Pourquoi tant de gens recherchent-ils la carrière de petit fonctionnaire? Assurément, c’est qu’ils ont du bonheur une image raisonnable. On connaît la règle et ses tabous. On reste assis dans son fauteuil, les autres passent devant avec leurs demandes. Le temps s’écoule d’un cours nonchalant. C’est être déjà à demi au Thibet. Plus la sécurité. Aucun Etat ne saurait se passer de lui, si tumultueuses que soient les vagues. Il est vrai qu’il faut s’écraser. »

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«Les  idées, même les bonnes, sont le plus souvent un malheur pour le monde entier, quand elles entrent dans de telles têtes.  On a assisté déjà aux plus absurdes des carnavals.  L’illusion égalitaire des démagogues est encore plus dangereuse que la brutalité des traîneurs de sabre… pour l’anarque, constatation théorique, puisqu’il les évite les uns comme les autres. Qu’on vous opprime : on peut se redresser, à condition de n’y avoir pas perdu la vie. La victime de l’égalisation est ruinée, physiquement et moralement. Quand on est autre que les autres, on n’est pas leur égal; c’est l’une des raisons pour lesquelles on s’en prend si souvent aux juifs.

   L’égalisation se fait vers le bas, comme quand on se rase, ou qu’on taille les haies, ou qu’on enterre une batterie. L’Esprit du monde semble parfois se changer en un monstrueux Procuste… voilà qu’un cuistre a lu Rousseau et qu’il commence à mettre l’égalité en pratique : il coupe les têtes ou, comme disait Mimi Le Bon, il « fait rouler les abricots ». Les guillotinades de Cambrai servaient de prélude au dîner. Des Pygmées ont raccourci les jambes de nègres de haute stature, pour les ramener à la leur; des nègres blancs nivellent les langues de culture.

    L’anarque, ne reconnaissant aucun gouvernement, mais refusant aussi de se bercer, comme l’anarchiste, de songeries paradisiaques, possède, pour cette seule raison, un poste d’observateur neutre. L’historien qui est en lui voit les hommes et les forces pénétrer dans l’arène comme les verrait un arbitre. Le temps ronge tout pouvoir, et plus vite même ceux qui sont bons. »

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    « Ce n’est nullement par hasard que la politique a pris son caractère de plan de bonheur universel au moment même où les dieux commençaient à décliner. A quoi on n’aurait rien à redire, car les dieux, eux non plus, n’étaient pas précisément bon marché. Mais au moins, on voyait encore des temples, au lieu de cette architecture de termites. La félicité se rapproche, elle n’est plus située dans l’au-delà, mais, bien qu’elle ne soit pas pour demain, en quelque instant de la vie terrestre dans le temps.

   L’anarque pense de manière plus primitive; il ne se laisse rien prendre de son bonheur. « Rends-toi toi-même heureux », c’est son principe fondamental, et sa réplique au « Connais- toi toi-même » du temple d’Apollon, à Delphes. Les deux maximes se complètent; il nous faut connaître, et notre bonheur, et notre mesure. »

« C’est l’histoire d’un mec… » ou pourquoi les femmes sont aussi bavardes

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C’est l’histoire d’un petit jeune homme blanc très-énervé qui dit à une jeune fille qu’il ne croit plus à l’amour depuis qu’il a vu tant de jeunes filles pures craquer pour des salauds. Il dit que c’est toujours la même chose, que dans une soirée où il n’y a supposément que des jeunes filles modèles qui se présentent elles-mêmes comme des parangon de vertu, c’est toujours le plus salaud qui rafle la mise. Il dit que pour se taper les meufs les plus désirables et qui ont reçu la meilleure éducation, il suffirait finalement de se faire passer soi-même pour un salaud ou de se conduire comme un proxénète.

La jeune fille lui répond que c’est vrai, que c’est très-finement observé, mais que même si l’observation recouvre des faits impossibles à nier, elle sous-tend des réalités qui ne sont pas forcément visibles à première vue. Elle compare notamment cela avec la pyramide de Maslow, elle dit que la pyramide de Maslow recouvre une réalité sociale observable mais qu’elle ne permet nullement d’expliquer les ressors secrets qui la sous-tendent. Elle dit que la pyramide de Maslow ne fonctionne que si l’on admet paradoxalement que ce que l’homme va chercher tout-en-haut (à savoir un peu d’amour, la confiance en lui-même et le fait d’être épanoui), il en a d’ors et déjà besoin pour décrocher ce qui est tout-en-bas, à savoir un pauvre job. Le petit jeune homme dit à la fille de revenir au sujet, et que si elle se perd dans les digressions, on ne va jamais en finir. Elle demande : « Pourquoi en finir? » ; il réplique : « Revenons-en au fait, s’il te plait ! ». Elle s’exécute. Elle dit au petit jeune homme que même si ce sont effectivement les jeunes filles qui ont reçu la meilleure éducation ou qui ont la sensibilité la plus délicate qui vont vers les mecs qui ont une mentalité de proxénète, ce n’est pas pour autant pour les raisons que l’on croit. « Les raisons que l’on croit », dit la jeune fille, ce sont les raisons habituelles qu’invoquent les puritains, les Ayatollah ou les Rabbins pour rabaisser et moquer les femmes désirables, à savoir : « les jeunes filles belles et intelligentes sont vaniteuse et leur vanité les pousse à la luxure – elles doivent se prémunir de la luxure et de la vanité ».

A ce stade de sa démonstration, la jeune fille prévient le jeune homme que la suite de son discours va lui paraître extrêmement féministe, mais qu’elle ne se sent pas particulièrement féministe pour autant, bien au contraire même. Elle explique au jeune homme qu’elle est persuadée que ce vieux discours des puritains est un discours qui a été conçu en des temps archaïques par des hommes qui voyaient dans la femme une altérité absolue, et à cause de cela ne parvenaient pas à s’identifier aux femmes comme ils l’auraient fait vis-à-vis d’autres hommes, lorsqu’ils essayaient de dresser leur portrait psychologique. Ce pourquoi leurs analyses relatives aux motivations secrètes des femmes relèvent selon elle du pur et simple préjugé et sont à proprement parler des erreurs de psychologie. La jeune fille alors développe ainsi son argumentaire, elle dit que les femmes belles et désirables ne sont pas plus prompte à la vanité que la moyenne, car dans vanité il y a « vain », or celui qui est vain est celui qui se prend pour ce qu’il n’est pas. Celle qui se prend pour belle et qui est belle, ne ment pas, ni ne se trompe. Tout juste peut-on dire qu’elle est fière de sa beauté. Mais sa beauté n’est pas une vanité : c’est un fait. Les puritains sont bien placés pour le savoir, eux qui sont obsédés par ce fait-là.

Elle explique enfin que si les femmes hautement désirables, et donc qui sont désirées par un grand nombre d’hommes, vont plus souvent vers les hommes qui donnent l’impression de les respecter moins, c’est tout simplement parce que ces hommes qui ne respectent pas les femmes respectent encore moins celles qui sont laides. Ainsi, les laides n’ont aucune chance de les conquérir et de les faire changer d’avis relativement à leur valeur intrinsèque. Les laides ont toujours plus de chance auprès des hommes doux et civilisés. Tandis que les femmes belles se voient pour ainsi dire toutes désignées par la nature pour (en quelque sorte) « convertir » ces hommes qui méprisent les femmes et les rabaissent, à la cause qui leur est la plus chère, la Cause Féminine. C’est dans cette optique, dit-elle, que l’on pourrait expliquer le fait qu’Aphrodite se soit acharnée à faire tomber Phèdre amoureuse de son beau-fils, le fier, indompté Hippolyte, qui n’aimait pas les femmes. Aphrodite se sentait probablement offensée, à titre personnel, de l’air altier que ce jeune homme adoptait en présence de la beauté des femmes et du mépris qu’il en avait. Elle avait une revanche à prendre sur son mépris, en quelque sorte.

Le jeune homme écoutait la jeune fille et ne pipait mot. En effet, non seulement la jeune fille était belle, mais elle parlait d’amour et elle en parlait bien. Il lui proposa un autre verre de vin, qu’elle but. Elle était déjà à moitié grise, avec ce verre de plus elle le fut tout à fait.

La jeune fille voulait conclure sur quelque chose de très fort, sur quelque chose de très intelligent…

Elle aurait voulu conclure en disant que tout cela démontrait qu’à l’origine de la recherche du mal en amour, contrairement à ce que croyaient les puritains, il n’y avait non pas l’amour du mal, mais l’amour du bien. Elle aurait voulu faire comprendre cela au monde : que l’amour n’était rien d’autre qu’une quête du sublime, et que le sublime ne pouvait passer que par la conversion du mal en bien, ce pourquoi cette quête nécessitait un passage dangereux, le passage à travers le mal, qui était un peu comme l’épreuve du feu de l’amour, d’à travers laquelle on ne ressortait jamais que cramé ou grandi. Elle aurait voulu tenir un puritain, là, devant elle, en avoir un à sa portée, pour lui expliquer que le mal en tant que tel n’avait jamais eu et n’aurait jamais aucun attrait intrinsèque, et qu’il était donc inutile et malsain de se focaliser sur lui comme sur une entité distincte, possédant sa puissance propre, alors qu’en vérité il tirait toute sa puissance du bien. Mais elle ne put pas faire cela. Elle ne put pas expliquer tout cela au jeune homme. Et il ne le comprit jamais. Car elle était déjà embrassée.

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C’est l’histoire d’un écrivain réac qui pense qu’il lui suffit de jouer les salauds pour se faire plein d’admirateurs. Une fois qu’il y est parvenu, il tombe en dépression. Il pense que c’est la preuve de quelque chose de très grave : que le monde est injuste et que les salauds raflent toujours la mise, comme si la vie entière n’était qu’une vaste partie de poker pleine de brigands. Il n’a pas compris que cela pouvait potentiellement prouver l’inverse : que tous ses admirateurs étaient des gens qui étaient prêts, si nécessaire, à se rendre au plus profond du noir de l’enfer, pour embrasser le Malin sur la bouche, afin de le ramener dans l’humanité et de le rédimer. Hélas, comme il n’a pas compris cela, il s’est suicidé.

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C’est l’histoire d’un chef d’entreprise qui a toujours fait confiance au système dit de la « pyramide de Maslow ». Pour lui, il s’agit d’un système imparable. Dans ce système, il est admis qu’on doive d’abord se soucier de ses propres besoins élémentaires et que les besoins liés à l’estime de soi et à l’amour viennent ensuite. L’individu qui n’a pas de toit au-dessus de sa tête ou n’est pas indépendant du point de vue de ses besoins élémentaires, ne doit donc, selon cette hiérarchisation-là des besoins, pas espérer qu’en l’état, on l’aime et on le respecte. Il doit d’abord subvenir seul à ses besoins physiologiques avant de mériter davantage. Arbeit Macht Frei, ensuite on verra.

Exemple :

Monsieur C. Baudelaire, actuellement sans emploi, trouvé hier dégueulant le vin d’autrui dans le caniveau, a été mis sous tutelle : selon la pyramide de Maslow, il ne mérite pas d’être admiré et ne doit pas chercher à être admiré tant qu’il est à la charge d’autrui.

pyramideNotre chef d’entreprise rencontre une mère de famille. Cette dame, mère au foyer, lui fait remarquer la chose suivante :

Il faut bien commencer par aimer les enfants, car c’est cela qui leur donne de l’estime pour eux-mêmes. Or c’est à la condition seule qu’ils aient un peu d’estime pour eux-mêmes, qu’ils trouvent la force (et le plaisir!) de se rendre utile lorsqu’on le leur demande, de se défendre lorsqu’on les agresse et même de manger. Il arrive fréquemment que les enfants qui se sentent mal-aimés refusent de se nourrir, cela arrive notamment aux petits veaux lorsque leur mère ne s’occupe pas d’eux à la naissance. De même, les enfants qui n’ont pas suffisamment confiance en eux-mêmes ne se défendent pas bien, lorsqu’ils sont victimes de mauvais traitements de la part de leurs petits camarades. Cela, ce sont des faits. On ne peut paradoxalement pas élever des enfants en leur disant : « fais bien ton travail, ainsi je t’aimerai » ou encore « mange bien ta soupe, sinon je ne te donnerai plus à manger », cela reviendrait à les traumatiser définitivement, et serait totalement contre-productif.

A cela, le chef d’entreprise ne répond pas, ne répond rien, ou répond mal. Il demande bêtement : « Quel rapport avec la pyramide de Maslow ». La mère de famille reprend :

Cet exemple illustre bien qu’il faut parfois, en quelque sorte, « faire une avance » à l’homme sur l’amour et le respect qu’il mérite, avant qu’il ne le mérite, afin qu’effectivement il se donne la peine de le mériter. L’homme est ainsi fait qu’on doit le respecter « en tant qu’homme », même s’il n’est pas lui-même parfaitement humaniste, ou même parfaitement humain au sens élevé du terme, et cela non pas afin de saper les bases-mêmes de l’humanisme, mais par humanisme justement. Car l’humanisme, quoiqu’il consiste à penser qu’on ne nait pas homme mais qu’on le devient, ne peut se passer de considérer les hommes en tant qu’hommes, et cela même avant qu’ils aient donné des preuves de leur humanité. L’humanisme consiste ainsi à penser qu’on ne peut dire même du dernier des hommes qu’il n’est pas un être humain tant qu’on n’a jamais tenté de lui parler comme à un être humain. Or refuser tout amour et toute reconnaissance sociale à un individu tant qu’il n’a pas accédé à un certain niveau de richesse, c’est à proprement parler une attitude abjecte et inhumaine.

En réponse à cela, le chef d’entreprise, tenta d’émettre d’hypothèse que la mère de famille était communiste, mais elle ne lui laissa pas le temps de développer.

L’homme est un animal social ! Cela n’a en rien à voir avec le communisme. Le communisme revient à croire que le simple fait d’être un déshérité fait d’un homme un Saint. Moi je ne dis pas cela, je ne dis pas que tous les déshérités sont des gens bien qui méritent qu’on se batte en leur nom et qu’on les défende. Ce que je dis c’est tout simplement qu’on ne peut pas retirer à un déshérité son appartenance à la communauté humaine sous prétexte qui n’a pas de bien. Ce que je dis seulement c’est : ne pas avoir de bien (matériel) n’a rien à voir avec le fait d’être ou non quelqu’un de bien (moralement parlant). Celui qui n’a pas de bien (matériel) a besoin d’être intégré à une société et d’être respecté par les membres qui la composent avant-même que de participer activement à la croissance économique de cette société ! Où avez-vous vu que les animaux sociaux devaient justifier d’une quelconque manière leur appartenance à un groupe social ? Car ce que Maslow appelle amour et reconnaissance, ça n’est rien d’autre que la traduction en langage humain de ce que les animaux identifient à la chaleur du troupeau. Les animaux sociaux SONT sociaux, c’est-là chez eux, comme chez nous, un trait constitutif de leur caractère et nécessaire au bon fonctionnement de leur métabolisme (aussi bien physique que mental). Cela, dès leur naissance et jusqu’à leur mort. Et c’est dans le cadre de cette chaleur de la meute, qu’ils ne quitteront jamais, que s’élaborera leur vie d’adulte au cours de laquelle ils développeront éventuellement une certaine productivité au service de cette meute… cela, sans que leur sociabilité ne soit outre-mesure indexée sur leur productivité. Car l’homme, tout comme l’animal, a tout autant besoin d’être productif que d’avoir une vie sociale ! Pourquoi faudrait-il dès lors le mettre en demeure d’accomplir la satisfaction l’un de ses besoins en lui faisant miroiter la satisfaction de l’autre ? N’est-ce pas une mesure de rétorsion qui, en l’état, peut avoir sur les personnes délicates et sensibles un effet contre-productif ? Sommes-nous plus bêtes que les animaux, pour avoir besoin qu’on nous force méchamment, qu’on nous prive et qu’on nous appâte, pour nous rappeler ce dont nous avons besoin ?

Le chef d’entreprise répondit : « Pourquoi donc s’acharner ainsi à vouloir convaincre les autres en discutant ? Comme vous le savez, je vais rester sur mes positions, et vous sur les vôtres… »

La mère de famille s’écria :

Mais si je parle, si je crois que je dois parler, ce n’est pas parce que je veux vous convaincre, vous en particulier, et ce n’est pas non plus parce que je veux de la reconnaissance. Qui sont donc les gens qui ne parlent que pour plaire à autrui et en fonction d’autrui ? Ce sont des gens qui n’ont pas d’opinion-propre ! Des girouettes ! Des opportunistes ! Si l’on doit parler, ce n’est pas pour plaire à autrui bien sûr, c’est d’abord pour se plaire à soi-même, parce qu’on a des valeurs ! Avoir des valeurs, c’est défendre une cause noble. Quelle cause est plus noble que celle de la Vérité ? Si je parle, c’est parce que je me sens obligée, au nom de mes valeurs, de défendre la Vérité. Si je parle, c’est parce que je suis bien persuadée d’avoir raison. D’ailleurs, persuadée n’est pas un bon mot. Je ne suis pas persuadée au sens où il s’agirait d’une croyance. J’ai raison : c’est un fait. Et c’est parce que c’est un fait que c’est démontrable, et c’est parce que c’est démontrable que je m’attache à le démontrer. Voilà, j’ose le dire : je parle parce que j’ai raison. Et si je croyais que j’avais tort, ou si vous parveniez à me prouver que j’ai tort, je ne parlerais plus.

Le chef d’entreprise se mit à rire et lança à la femme plusieurs propos blessants. Elle était selon lui hystérique, trop bavarde, et parlait comme une folle. Il acheva par ce qu’il crut être un mot d’esprit : « Pourquoi les gens cherchent-ils toujours à avoir raison ? Que m’importe à moi si j’ai tort ? Je m’en porte fort bien ! » La mère-au-foyer essaya d’expliquer à son interlocuteur que c’était faux, que personne ne parlait jamais pour avoir tort et que si les hommes n’avaient aucune prétention à la vérité, ils ne parleraient tout simplement pas, ils n’auraient même jamais développé l’usage de la parole… mais le chef d’entreprise n’était pas en mesure de comprendre intellectuellement cela. Il renvoya la dame à ses fourneaux et à sa vaisselle sans autre forme de procès.

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C’est l’histoire d’un scientifique qui fait une expérience en vue de prouver au monde quelque chose dont il a toujours été certain. L’expérience ne lui donne pas le résultat attendu. Il en déduit que « la vérité est ailleurs » (et il détruit tout en s’en allant). C’est l’histoire d’une mauvaise foi. Fin de l’histoire.

Mon ami le robot

Mon ami le robot m’écrit ceci :

Il est hors de question pour moi de continuer à écrire. D’ailleurs, ce soir, je n’écrirais pas. Pas une ligne. L’inspiration n’est plus, tout simplement. L’accès à mon continent intérieur m’est désormais refusé. Lorsque j’y pense, l’inspiration n’a jamais été, et ce prétentieux “continent intérieur” n’a jamais rien été d’autre qu’un désert. Comment en suis-je arrivé là ?

Mon ami le robot ressemble à un chinois. Il a les yeux bridé et un corps d’adolescent, bien qu’il ne soit plus si jeune. Ses parents n’ont rien d’asiatique, c’est l’ironie de la nature, sans doute, qui a voulu le faire ainsi. Il raisonne aussi comme une sorte de chinois : chez lui il faut toujours que tout ait une place et que tout tienne à sa place ; quant à ce qui n’a pas sa place, vous pouvez comptez sur lui pour lui en trouver une et le forcer à rentrer dedans. Dans la maison de ses parents, une grande et belle maison de maître dont il occupe à lui seul tout le premier étage, il y a des tas de petites boites partout avec des drôles d’étiquettes dessus, écrites dans une écriture cabalistique. Moi à la place de ses parents, je trouverais ça flippant. Je m’empresserais de foutre toutes ces merdes à la poubelle. Mais mon ami le robot leur dit qu’il fait de l’art contemporain, et comme ses parents sont des grands bourgeois, ça passe. Tout son entourage le trouve follement original. Lui, sait qu’il ne l’est pas. Voyez plutôt la suite de sa lettre :

Mon enfance fut pourtant rieuse et pleine de vie, même si je portais déjà en moi à cette époque les germes de mon absence de créativité. Je me suis toujours fait passer pour un petit garçon doué, alors que je n’étais qu’un petit singe. J’apprenais des choses par coeur, je récitais, je copiais, je plagiais. Je pouvais passer des heures à recopier des dessins, des sculptures de pâte à modeler. Je faisais passer ça pour de l’originalité, la “spontanéité de l’enfant”, et ils gobaient tout, ces adultes minables.

J’ai bien pourtant essayé de lui expliquer, à plusieurs reprises, que tous les enfants apprenaient par imitation, et que son problème venait de ce qu’il n’avait probablement jamais cessé d’être un enfant, mais il n’a jamais vraiment compris ce que cela voulait dire.

Mon ami est d’une génération qui a été élevée par des parents qui croyaient en la « pédagogie », c’est-à-dire qui croyaient qu’il était possible d’apprendre aux enfants autrement qu’en leur donnant le bon exemple, et en les conduisant à reproduire cet exemple par imitation. Il est de ceux dont les parents ont cru que pour tout apprendre à un enfant, il suffisait de, comme disent les pédagogues : « lui apprendre à apprendre ». Aussi mon ami le robot s’est cultivé exactement de la même manière que ses parents et ses grands-parents s’étaient cultivés avant lui : en lisant dans les livres, en appliquant de vieux principes, édifiés par des maîtres nés en des temps reculés, transmis de génération en génération par la Civilisation… mais, à leur différence, il a fait tout cela en se mentant à lui-même et aux autres sur ses propres procédés d’apprentissage. Surtout, en mentant à sa mère. Par-dessus tout, il avait voulu faire plaisir à sa mère en lui faisant croire que tout ce savoir immense qu’il possédait, venait de l’intérieur de lui-même et non d’un apprentissage. Car sa mère aimait à rêver que son petit garçon avait la science infuse et qu’il avait tout réinventé de lui-même, avec la seule aide des anges et des étoiles, sans prendre exemple sur qui que ce soit.

A mon adolescence, je me suis créé une personnalité avec les morceaux de celles de mes connaissances. Je continuais à copier. Je copiais les vêtements des autres, leurs mouvements, leurs expressions, surtout. Dans ma chambre, je continuais inlassablement à jouer les mêmes partitions de guitares. J’ai fini par devenir un parangon du mime, lorsqu’il fallait adopter un style, j’en avait tous les accessoires, lorsqu’il fallait écouter un genre de musique, c’étaient les posters des groupes fondateurs et emblématiques qui décoraient les murs de ma chambre. Je copiais, copiais, copiais, et mes reflets étaient chaque fois un peu plus vifs, un peu plus contrastés, un peu plus caricaturaux.

Moi, ce que je lui ai toujours dit, c’est que le vrai problème venait de ce qu’il ait continué à mentir comme cela, à mentir pour plaire, à se contenter d' »imiter les grands », durant son adolescence. Je lui ai dit qu’il n’avait jamais vraiment fait sa crise d’adolescence… Et que cela avait sûrement été causé par le fait qu’à cette époque il était en Prépa. – Une prépa à Louis le Grand, ça ne vous laisse pas beaucoup de temps pour faire autre chose qu’ingurgiter du savoir, croyez-moi. Le plus grave est encore que là-bas vous ne faites qu’avaler, avaler du savoir, mais qu’on ne vous laisse jamais le temps de vivre qui vous permettrait de faire-vôtre tout ce fatras d’informations, de le digérer !

Car durant l’adolescence, il est normal qu’on cesse de vouloir seulement être « l’écolier » de la vie, « l’écolier » d’autrui, et que l’on commence, lorsqu’on se contentait jusque-là d’avoir des maîtres, à chercher non plus seulement très humblement à les imiter, mais à vouloir les dépasser… Car c’est en dépassant ses maîtres qu’on les égale ! Non pas évidemment en les imitant. Or, pas à un seul instant il ne s’est dit qu’il fallait qu’il prenne le risque, pour arriver à cela, de décevoir sa chère mère, en lui avouant – pour donner un exemple grossier – que même si sa dialectique, à un moment donné, devait beaucoup à Hegel et à Platon, cela ne voulait pas dire pour autant qu’il était lui-même Hegel ou Platon.

L’autre jour, je suis allée chez lui et je l’ai trouvé en train de se plaindre une fois de plus de son manque d’imagination. Il était tout nu sur son pieu, assis en tailleur dans ses draps de soie prune, devant un plateau de lit en ébène, avec pour seul vêtement un étui pénien papou, et il pleurait à chaudes larmes sur la page blanche :

Arrivé maintenant à l’âge adulte, je réalise qu’il n’y a pas de Moi intérieur. Je ne suis qu’une suite de clichés, plaqués les uns sur les autres. Un phasme persuadé d’être une plante à force de vivre au milieu d’elles.

Quand il pleure comme ça, cela se voit bien qu’il est resté un enfant.

Voici – pour en finir avec ses lamentations d’enfant gâté – un dernier extrait  – ô combien parlant ! – de la lettre que j’ai reçue de lui :

Celui qui existe, au fond de moi, c’est un nœud de pulsions pleinement dirigées vers des objets, vivants ou non. Je suis un matérialiste, c’est le moins que l’on puisse dire. Dans ma vie de façade, j’existe à travers le regard des autres, dans ma vie intérieure, j’existe à travers les objets qui me fascinent. Dans ma vie de façade, ma consistance n’est que la somme des personnes qui m’entourent, dans ma vie intérieure, elle n’est que la montagne des ustensiles qui m’appartiennent.

De ces deux tendances, deux conséquences : je suis un fétichiste entouré de souvenirs poussiéreux, et un égocentrique entouré de miroirs humains.

Un miroir, voila. Les seules choses que j’arrive à créer, ce sont des miroirs. Je sais refléter, mais je suis incapable de comprendre le mécanisme de la création. Pourquoi utiliser des accords de mi plutôt que des accords de ré ? Pourquoi utiliser ce vert ci plutôt que ce vert la ? Il est donc préférable de reproduire fidèlement ce qui est pré existant. Le zèle de mon imitation n’a d’égal que l’inconsistance de ma personnalité. Et lorsque par malheur je tombe sur mon reflet dans le miroir, je sombre dans l’abîme, plus rien n’a de sens, sinon une infinité de vide reflétée par le vide. Je n’ai jamais rien compris à mon visage de toute manière.

Terrible souffrance, mine de rien, que celle de l’individu qui à force de vouloir plaire, a tué son « moi ». Il ne faudrait pas la traiter comme un sujet léger. Même si, bien sûr, le fait de voir pleurer ce genre d’individu – quand ce genre d’individu, à force de vouloir plaire, est effectivement devenu parfaitement « plaisant », c’est-à-dire parfaitement intégré socialement, chose qui implique une situation financière confortable et un entourage admiratif et dévoué – peut éventuellement prêter à sourire… A ce sujet, de la nécessité de préserver – en quelque sorte – la santé et l’équilibre de notre petit moi, j’ai justement un article qui vient.

Je vous donne dès à présent à lire ma réponse à sa missive. Je l’ai écrite en prenant quelque peu le ton du médecin – on m’en excusera, puisque mon ami était auprès de moi venu chercher de l’aide.

Voilà le traitement que je te prescris : il faut un peu te risquer, de temps en temps, à déplaire.

Mais attention ! Prendre le risque de déplaire, cela n’a rien à voir avec le fait de se comporter en société comme un méchant et un salaud. En effet, il advient souvent au contraire qu’en se comportant ainsi, les hommes parviennent curieusement à beaucoup plaire aux femmes, et à intéresser davantage leurs amis. Un individu tel que toi, pour qui le regard d’autrui compte tant, ne doit absolument pas aller dans cette direction : le plaisir de plaire serait le plus fort et il est probable que ta conscience ne t’arrêterait pas.

Ce que je te conseille, c’est avant tout de faire certaines choses en vue de te déplaire à toi-même. Se déplaire à soi-même est un art bien plus subtil qu’il n’y parait, car il s’agit d’aller à la rencontre de sa propre sensibilité, au mépris de celle d’autrui.

En la matière, de grandes actions d’éclat sont généralement sans effet : un homme ordinaire, en se livrant à je ne sais quelles transgressions abominables, à je ne sais quel crime impensable, bien loin d’interpeller sa sensibilité-propre d’être humain, se retrouve tout-à-fait « cramé » – cramé sur le plan émotif et sensible – car au lieu de rentrer dans l’humanité, par cet acte définitif il en sort définitivement.

C’est l’histoire de cette petite japonaise qui, ne sentant pas son cœur dans sa poitrine, s’essaya à tuer quelqu’un, pour « voir comment ça faisait ». Geste absurde et infiniment contre-productif ! Quand on est resté trop longtemps éloigné de sa propre sensibilité à force de vie excessivement policée et de peur de déplaire (cette enfant japonaise en est un cas archétypique), ce n’est pas en commettant un acte infiniment choquant que l’on parvient à se retrouver.

Pas besoin d’actes infiniment choquants pour choquer un être infiniment policé ! Au contraire, ce qu’il faut à l’être qui a pour ainsi dire vécu « sous vide » trop longtemps, dans un hygiénisme moral confinant à la perfection maniaque, ce qu’il faut c’est de petits impairs de rien du tout, quasiment insignifiants aux yeux d’autrui, mais qui soient susceptibles de signifier beaucoup pour l’individu lui-même. A cette fin, les anglais ont développé un artéfact très amusant, qui s’appelle « l’humour anglais ».

L’humour anglais

Le ressors principal de l’humour anglais, c’est le ridicule (et la peur du ridicule). Mr Bean est un être infiniment ridicule – à la fois il fait peur, et il est totalement inoffensif ; c’est cela qui est amusant. L’acteur qui joue « Mr Bean », Rowan Atkinson, est par ailleurs un individu infiniment cultivé, issu des hautes strates de la société anglaise et des meilleures institutions scolaires de Grande Bretagne. En se livrant délibérément à ces attitudes « ridicules », Rowan Atkinson permet aux anglais, qui sont particulièrement concernés par la peur du ridicule, de se libérer momentanément de cette peur par le rire – laquelle peur est potentiellement dangereuse pour la société, car aliénante. C’est ce qu’on appelle à proprement parler, un spectacle cathartique.

Dans le sketch du « Ministry of silly walks », les Monty Pythons se livrent, de la même manière que Mr Bean, à des attitudes totalement impensables dans le cadre d’une société policée, qui font à la fois rougir les anglais de honte lorsqu’ils se représentent une telle scène dans la vie réelle, et qui les font aussi éclater de rire car ces attitudes par ailleurs sont sans conséquence dramatique pour ceux qui s’y livrent. Comme on dit, le ridicule ne tue pas. Et voir cela fait du bien.

huitre

Ma fameuse théorie de l’huître !

J’ai parlé d’hygiénisme moral. Tu sais aussi bien que moi que les troubles de l’imagination sont intimement corrélés à un excès d’hygiène intime morale. Un peu comme certaines maladies de l’intestin sont liées au fait que le malade s’est trop souvent, durant sa vie, protégé des « bonnes bactéries » qui permettent à l’intestin de fonctionner – avec par exemple un usage effréné des antibiotiques et de l’eau de javel.

Pourquoi les activités créatrices du cerveau humain ont-elles besoin d’une certaine dose d’impureté – c’est-à-dire d’ouverture à l’impureté ? La raison en est très simple : la création artistique a ceci en commun avec la procréation physique, qu’elle ne peut avoir lieu dans un milieu stérile.

Pour la procréation, que faut-il ? Il faut tout d’abord une matrice, n’est-ce pas ? C’étaient ce qu’entrevoyaient déjà – au niveau symbolique – les alchimistes du moyen-âge, lorsqu’ils cherchaient à créer la pierre philosophale à l’aide d’un ustensile primordial en forme de matrice féminine, qu’ils appelaient la Cornue.

Il faut donc au créateur une matrice avec son petit biotope spécifique, et son hygiène spécifique – qui n’est nullement synonyme d’hygiène aseptisée. Il faut cependant une matrice bien fermée, bien protectrice, comme l’est l’esprit humain lorsqu’il est sain et qu’il se soumet donc à des règles de vie relativement strictes. Une matrice malade, ouverte aux quatre vents, pleine de germes qui n’ont rien à y faire, avec un système de défense immunitaire défaillant, est également impropre à la procréation, soyons bien clairs sur ce point.

On pourrait comparer la matrice en question à une huitre. Sais-tu comment l’on crée une perle à l’intérieur d’une huître ? On y introduit mécaniquement un corps étranger. C’est le travail des défenses immunitaires de l’huitre, pour isoler le corps étranger du corps de l’huître en le couvrant de nacre, qui crée la perle.

Lorsqu’à l’avenir tu te demanderas de quelle nature est cette « chose » qu’il faut introduire dans ta matrice imaginaire pour qu’elle se retrouve « enceinte » d’une perle – c’est-à-dire d’une imagination -, il te suffira de poser la question à l’huître. Elle te répondra qu’il te suffit d’y introduire un corps étranger.

Qu’on se représente ladite nécessité de l’ « introduction » d’un corps étranger dans la matrice, implique qu’il y ait eu, en amont du développement de l’objet-créé, une forme de blessure… Il faut que quelque chose soit rentré dans la matrice et n’en soit plus jamais sorti. Dès lors, on se doute bien que pour que la matrice imaginaire enfante de quelque chose qui ait sa vie-propre, il faut y introduire un matériau réel, quelque chose de plus sérieux qu’une simple imagination.

En d’autres termes, lorsque l’heure est venue pour un homme d’aller à la rencontre de l’altérité et du sentiment d’altérité, en intégrant cette altérité comme une part de lui-même – comme le fait par exemple Rowan Atkinson lorsqu’il joue Mr Bean – il est bien entendu qu’il ne peut le faire uniquement « virtuellement », il doit pour ce faire s’occasionner à lui-même une sorte de petite « blessure » indéfectible.
Pas une de ces blessure dont on meurt, non, mais une blessure comparable à un jour marqué d’une petite croix blanche, par laquelle le sentiment s’écoule.

***

Ce n’est pas pour rien que beaucoup de gens comme nous, victime d’une sorte d’asepsie de leur milieu imaginaire, se croient paradoxalement destinés à créer de grandes choses : un milieu créatif trop fermé n’est après tout qu’un milieu créatif avec des défenses immunitaires puissantes, c’est-à-dire à gros potentiel. Ainsi la meilleure huître, la plus solide et la mieux en vie est sans doute paradoxalement celle qui est la mieux fermée. Et celle qui fait les plus grosses perles est peut-être bien celle dont les défenses immunitaires sont les plus rapides et les plus puissantes.
Il faut simplement que les gens comme nous se donnent la peine d’introduire le petit morceau d’altérité dans leur système qui leur permettra, grâce à leur système précisément, de créer une « perle ».

Travail d’écriture

Chez Hazukashi, ai trouvé le texte suivant :

http://hazukashi.fr/jungle-ii/

… la tentative m’a intéressée et m’a laissé penser qu’on pouvait faire mieux.

Je propose le texte suivant comme une vue subjective, d’immersion, prise depuis l’intérieur de la psyché du narrateur premier et principal, _ à savoir un journaliste sans foi ni loi, du genre Citoyen-du-monde métrosexué, œuvrant pour un média occidental quelconque.

Pour re-situer la scène, je rappelle qu’un contact local (un militaire français, un ancien d’Afganistan, du genre grand beau militaire bavard au menton carré), le trimbale dans une jeep dans la jungle de Bornéo, à la poursuite du supposé scoop absolu, _à savoir la rencontre avec le dernier homme d’une espèce disparue, qui n’aurait eu jusqu’à présent absolument aucun contact avec le monde actuel.

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Dans un état de demi-rêve, éberlué par la chaleur, j’écoutai sans mot dire le récit épique et testostéroné de mon chauffeur le militaire. Son visage buriné, assez peu expressif, laissant échapper curieusement une voix jeune et même un peu fluette, semblait vouloir me convaincre d’à quel point la guerre *c’était beau*, *c’était grand*, *c’était bandant*. Tout en tâchant de prendre note intérieure de son récit [comment voulez-vous écrire dans un tape-cul pareil?], je tentai de conserver autant que possible le regard de bon chien concerné et très-humble, ce regard de bleu-bite qui admire et respecte, qu’on attendait de moi.

– Dans la jungle, quand on est seul à la merci d’un seul autre homme, il faut développer avec lui autant que possible une relation de confiance solide et fraternelle. Il ne s’agissait pas que sur une engueulade, il me plante là avec mon petit bardas et mon téléphone non-amphibie. On ne peut pas descendre partout sur le bas-côté de la route pour faire du stop, comme on ferait en présence d’un emmerdeur, sur la nationale 7 ou pour un reportage en Corrèze. Quitter un véhicule de l’armée dans la jungle, c’est dans le meilleur des cas l’échanger pour celui d’un trafiquant. Je ne veux même pas imaginer quelle genre de personnes fréquente ordinairement cette route à travers la bouillasse qui relie Kutching aux plantations illégales de Kalimantan – celles que le National Géographic nous a montrées vues du ciel, qui ravagent le parc national comme une sorte de lèpre, jusque de l’autre côté de l’île -, en passant par plusieurs mines illégales de Souffre et d’Etain.

Tout en tâchant de me concentrer sur les propos du gars qui me racontait sa guerre, mes yeux, fouilleurs impénitents, avec une compulsivité mi-comateuse, s’arrêtaient irrépressiblement sur le grain de peau particulièrement grossier de son visage malpropre, au teint de plomb, aux grands yeux verts, dont les rides prématurées causées par une exposition journalière au soleil des tropiques, formaient une sorte de carte au trésor en parchemin, comme lorsque nous étions enfant.

La piste que nous suivions, taillée, aurait-on dit, au bulldozer à la hâte, sillonnait aléatoirement entre les troncs à moitié arrachés de gros palétuviers roses [NB : Ô combien j’eus tort de partir à l’aventure sans prendre la peine me renseigner sur le nom des arbres ! Comment allais-je faire à présent pour soigner mes descriptions ?]… Cette piste sans queue ni tête qui filait comme un beau diable à travers les verts-obscurs de la jungle, notre jeep qui cahotait à toute vitesse dans cette boue rouge collante typique de l’endroit, pleine de petits gypses brillants, dont nos visages à force se retrouvaient tout maculés… le sourire aux grandes dents de mon guide dans tout cela, qui n’avait que des mots de violence, de sang et de bataille à la bouche… quel beau tableau pour un peintre ! Je pensai d’office à mon pote Nico, le photographe, aux clichés étourdissants dont il aurait gratifié mon papier avec un matériau de base tel que celui-là. Hélas, j’avais pris le parti de voyager léger – dans une perspective d’immersion, un peu comme en apnée, pour mieux m’intégrer au milieu, pour ne pas attirer l’œil et encombrer la mémoire de l’habitant. Je n’avais sur moi que mon i-phone pour ramener quelques clichés de mon voyage à la maison-mère. J’étais venu pour ainsi dire à poil ; mon rédac’ chef allait s’arracher les cheveux et il aurait bien raison.

Il est sympa il nous explique ce qu’il fait

A lire ici : http://blh-land.fr/subversion/

I. RAPPEL

1. Il y a toujours eu de la subversion (cf Genèse : le serpent est rusé, menteur, persévérant) et il y en aura toujours car elle est d’abord une technique visant à détruire des « choses » en elles-mêmes fort respectables ou précieuses.

– Subversion vient du latin subvertere = bouleverser , renverser.

– Etymologiquement = renversement de l’ordre établi, action de subvertir, de séduire, d’égarer.

LA SUBVERSION est « contre », son but : affaiblir le pouvoir en place afin de le rendre plus vulnérable.

LA PROPAGANDE est « pour », son but : rallier l’opinion à certaines idées, à une cause.

2. Toutes les grandes révolutions de l’Occident ont débuté par une crise intellectuelle et morale, fruit de la subversion.

La civilisation occidentale est la synthèse de trois influences : Athènes, Rome et Jérusalem.

Ces trois composantes de notre civilisation ont connu chacune leur « maladie » ou subversion.

– Aux Grecs nous devons la notion de personne, conception que chaque homme est unique, doté de liberté et responsabilité, animé d’exigences morales. La maladie grecque, c’est l’individualisme exacerbé qui provoque la dissolution de la cité.

– A Rome nous devons la notion d’Etat fondé sur le droit. (Les rapports des hommes sont codifiés, et l’Etat assure le respect du droit.). La maladie romaine, c’est l’étatisme totalitaire.

– Les prophètes juifs (dont le christianisme accomplira la promesse) ont apporté le dynamisme spirituel, le sens d’un progrès dans l’Histoire. La maladie juive, c’est le faux messianisme, la croyance que le salut de l’humanité sera atteint dans l’ordre temporel.

La liberté de la personne, le sens d’un Etat protecteur et l’espérance chrétienne sont des biens précieux consubstantiels à notre civilisation. Le risque de leur dévoiement ou de leur excès existe ici comme pour tout bien. La subversion s’attache à le provoquer.

II. LA METHODE SUBVERSIVE

1. Les leviers de la subversion.

La méthode subversive consiste à exciter les instincts pour mener les intelligences.

a) Quatre « instincts » servent de leviers pour la subversion :

S’ils s’élèvent ils donnent la culture et la civilisation
– l’instinct de combat se meut alors en vertu de force, en héroïsme, en esprit chevaleresque, etc ;
– l’instinct de nourriture inspire au génie humain tout ce qu’il a pu concevoir pour survivre ;
– l’instinct sexuel est harmonieusement mis au service de l’amour humain ;
– l’instinct parental ou maternel crée le désir d’enfants.

S’ils s’abaissent ils génèrent la dégradation et la décadence

– l’instinct de combat se meut en violence de plus en plus « bestiale »;
– l’instinct de nourriture ne suggère plus que la convoitise matérialiste des biens de la société marchande;
– l’instinct sexuel suscite le « sexualisme », sexualité tournée vers le seul plaisir;
– l’instinct parental ou maternel est étouffé par l’égoïsme et dévié vers des ersatz).

Il s’agit d’ « exciter » et non de faire comprendre ! Il s’agit de provoquer des réflexes conditionnés (voir travaux de PAVLOV), réflexes qui doivent se produire quand surgit le signal. Ce signal est le mot (ou l’image !). Sa signification compte moins que sa résonance dans le subconscient.

b) Les mots (ou images) peuvent être classés en 4 catégories :

– ADHESION ex : liberté, égalité, droits de l’Homme, démocratie, science, progrès, etc
– REPULSION ex : réac, facho, royco, catho, intégriste, ordre moral, papiste, inquisition, croisade, nazis etc.
– TEMOIGNAGE ex : 1789, Révolution, Dreyfus, SOS Racisme, etc
– CONFORMISATION ex : solidarité, exclus, humanitaire, etc.

A partir d’un tel arsenal il devient possible de rédiger des slogans, des discours, des tracts ou des articles « subversifs ».

2. Les objectifs tactiques de l’action subversive.

Ils sont négatifs (toujours l’aspect « contre »). Ils sont triples :

a. DEMORALISER (décourager)

– Il s’agit d’anéantir le courage de ceux qui défendent une cause, une institution, des valeurs, etc.
– Il s’agit d’anéantir le courage des combattants plus que les combattants eux-mêmes.
– Cette démoralisation s’effectue par l’attaque des valeurs pour lesquelles l’ « adversaire » combat.

– par la culpabilisation :

ex : Eglise = obscurantisme ; Pie XII = pape favorable aux nazis ; Jean-Paul II= criminel contre l’humanité ; le refus du préservatif = manque d’esprit civique ; être contre l’avortement, c’est mépriser les femmes ; etc. « Ceux qui ont de la fourrure sur le dos ont du sang sur les mains »

– en donnant à l’ennemi l’impression de la solitude, que « tout le monde » est contre lui :
ex : « C’est dépassé » ; ne plus « être dans le coup », de son temps, etc

– en donnant à l’ennemi l’impression de l’inutilité de la lutte :
ex : de toutes façons « c’est trop tard », « c’est fichu », « on ne remontera plus le courant », etc

b. DISCREDITER (souiller, ridiculiser, dénaturer).

– Il s’agit de discréditer l’autorité de l’adversaire. C’est d’autant plus facile que toute autorité est contraignante; on peut donc donner d’elle une image de société (ou d’institution) répressive.

ex : l’ « autoritarisme » de l’Eglise en matière de moeurs.

– Ce discrédit de l’autorité peut aisément devenir une invitation à la désobéissance(civile, souvent, militaire, rarement).

– Ce discrédit est obtenu de diverses façons :
– En faisant du moindre fait divers (ou propos) un scandale planétaire (ex : affaire Gaillot, affaire du Préfet ).
– En dénaturant le message de l’adversaire (ex : propos du Pape sur l’amour humain).

– En ridiculisant (ex : « le Pape est un homme en robe et il se dit contre les travestis !»).

– En souillant l’adversaire par des propos scabreux et diffamatoires afin d’affaiblir son autorité morale.

– En faisant ignorer le message de l’adversaire.

c. NEUTRALISER (culpabiliser, faire peur)

Le but est ici d’empêcher toute réaction en faveur de ce qui est visé. Il faut créer une apathie chez ceux qui réprouvent les menées subversives. Cela est obtenu:

– en isolant et en réduisant les groupes capables de s’opposer (autrement dit en les divisant, en accentuant les divergences).
– en se servant des lois en vigueur contre tel ou tel événement aussi anodin soit-il.(les ligues anti-racistes…)
– en faisant peur pour paralyser (démonstrations de force, voire de violence afin d’obtenir une « panique muette »).

III. LA LUTTE CONTRE LA SUBVERSION

1) connaître ses méthodes ; savoir les reconnaître.

2) contre la démoralisation : ne pas rester seul ; entourer les autres.

3) contre le discrédit : connaître en vérité son propre message et savoir en parler.

4) contre la neutralisation : savoir faire jouer les réseaux de sympathies et d’amitiés et connaître les méthodes d’action.

5) contre la subversion en général savoir témoigner de l’ordre naturel et chrétien car la meilleure façon de lutter contre le faux est de promouvoir le vrai, de lutter contre le laid de promouvoir le beau, de lutter contre le mal de promouvoir le bien.

(à suivre)

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Pour vous assurer que vous êtes bien chez lui, il vous suffit de lire ses poèmes :

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Un exemple :

Ici : http://blh-land.fr/poesie/errances/

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 Trahison

J’allai sur la place aux courts pavés noircis
Pour épancher mon cœur et nourrir mon âme
Au sein des mille étoiles et du Dieu bienfaiteur,
Lui, le maître du monde et même de son malheur;
Je voulais qu’il fustige et condamne ce drame,
Iago se jouant d’Eros, en mon sein obscurcis.

J’allai sur la place et entrai dans l’église
Où le sombre et le froid se riaient des fidèls,
Déserteurs des lieux saints, amoureux des bordels
Où le gueux lui-même s’y plaît et s’y enlise.

J’voulais y d’mander, à celui qu’est seul là-haut,
Oublié dans son coin, le Fils triste et terne;
J’voulais qu’y m’raconte et éclaire ma lanterne
Lui qu’a tant souffert que s’en est pas très beau,

Pourquoi donc ses brebis se battent-elles si souvent,
Pourquoi l’amour s’débine et vide tout son troupeau
Et pi aussi qu’la trahison empire de nouveau
Eclatant tous les corps,éparpillés au vent.

Et pourquoi l’amitié joue t’elle au funambule,
Jonglant sur les mots, les mots la détruisant,
L’un se riant de l’autre qui fuit en gémisant,
Après disant bonjour sans aucun préambule.

J’voulais qu’il m’explique le fils de Dieu fait homme,
Pourquoi les corps s’attirent et les âmes se rejettent,
Pourquoi les corps se fuient et les âmes se plaisent…
J’voulais qu’il me dise ma solitude en somme.

Mais y m’a rien dit, l’éternel recrucifié.
P’tre que ses yeux mi-clos et son trait de lance
Valaient bien mieux qu’ma prière en défaillance,
Mon humeur exacerbée, mon sang mortifié.

Faut-il aimer l’bon Dieu ou encore le haïr?
Quoi! Il t’a pas aidé? Tu t’es laissé avoir?
La tête me tournait sous les étoiles du soir,
Me demandant qui, cette fois, allait me trahir.

 

Le lointain et le prochain

Philippe Muray a fait remarquer qu’aujourd’hui l’homme occidental avait une passion pour le lointain, telle que son prochain pouvait crever la dalle dans la pièce à côté sans qu’il ne s’en émeuve outre-mesure.

Voilà qui à première vue rend les Évangiles caduques. Pour Jésus le grand tort originel des hommes n’est-il pas de ne toujours penser qu’à leur gueule ? Et ne leur dit-il pas qu’ils seraient de meilleurs gens s’ils allaient se saigner aux quatre veines pour le bien-être du premier galeux venu ?

C’est ainsi du moins qu’on s’accorde aujourd’hui de tous côtés à interpréter la parole du Christ. D’ailleurs, une lecture rapide des Evangiles nous amène facilement à de telles conclusions. Pourvu qu’on ait mauvais fond ou qu’on soit mu par de mauvaises intentions, on n’y trouve jamais qu’une exhortation à s’aller faire trouer la paillasse au nom de principes abstraits qui ne nourrissent personne.

Quand on songe aux origines de notre décadence actuelle, que bien des réacs aujourd’hui identifient à une maladie morale auto-immune spécifique aux peuples les plus fortement imprégnés de christianisme : l’exotisme d’un Châteaubriant, les rêves d’Orient d’un Nerval, d’un Flaubert, l’universalisme exalté d’un Diderot, on songe volontiers que nos grands hommes se sont offerts, pour leur plaisir, le luxe d’un voyage en esprit hors de leurs préjugés de caste et de leurs barrières culturelles, et nous ont laissé à nous, leurs héritiers, de payer le billet retour. Alors que les anciennes voies de la civilisation sont désormais en partie détruites, que nous sommes exilés, asservis, dans un monde où la France d’où nos Pères sont partis conquérir le monde, n’existe pour ainsi dire plus, alors que nous sommes déjà bien moins riches, la possibilité d’acheter le billet-retour en question ne va pas de soi – d’autant plus que ces Pères, bien loin de nous languir d’eux, parce qu’ils nous ont laissé tant de dettes, nous les haïssons secrètement.

J’ai entendu dire que la France était morte désormais, et que c’était tant mieux. Car l’universalisme à la Française ne pouvait mener l’Occident qu’à sa ruine : en dispersant ses force-propres au service des forces de ses ennemis… en encombrant ses bras, alors qu’ils devraient être en train de manier le bouclier et l’épée, de soucis moraux par trop luxueux, dont ses adversaires se passent fort bien… en crucifiant, enfin, pour dire les choses crûment, la civilisation elle-même sur la croix qu’elle vénère.

Voilà ce que j’entends partout, chez les gens qui réfléchissent. « Jamais on n’a été aussi chrétien qu’aujourd’hui en Occident ! » Voilà ce qui chez ceux qui craignent de voir l’Occident mourir, semble aller de soi.
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Moi, ce que je voudrais qu’on fasse, c’est qu’on étudie un peu au cas par cas ces gauchistes qu’on dit porter la croix du Christ sur leurs frêles épaules… Je voudrais qu’on observe pour de bon les ressors qui meuvent ces gens supposément trop-excellents, qu’on postule alourdis par un héritage catho excessivement pesant. Je voudrais qu’on se penche un peu sur la nature réelle de ces hommes de gauche dont leurs adversaires politiques soutiennent qu’ils se saignent aux quatre veine au bénéfice de leurs ennemis. Font-ils vraiment cela ? Bigre ! Sont-ils alors vraiment des saints ?

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Chez les RESF

Monsieur et madame X. sont des militants d’extrême gauche, ils ont derrière eux deux vies consacrées au militantisme écologiste, au syndicalisme et à la pédagogie (sur la ligne de Philippe Meirieu). A présent qu’ils sont à la retraite, il aident, avec RESF, des Roms à s’installer en France et à obtenir des papiers.

Que Jésus a-t-il dit ? 5.43 Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. 5.44 Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis*

Qui monsieur et madame X. considèrent-ils comme leurs ennemis ? – Certainement pas les Roms ! Accepteraient-ils qu’on leur dise qu’en aidant les Roms, ils aident des gens qui les haïssent profondément et qui détruiraient volontiers, s’ils le pouvaient, leur civilisation et tout ce qu’ils aiment ? Non, ils ne l’accepteraient pas ! Dès-lors, peut-on dire qu’en aidant les Roms, ils ont ce mérite plus-que-parfaitement chrétien d’aimer et d’aider en connaissance de cause ceux qui sont de toute éternité leurs ennemis ? Non, bien-évidemment.

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Chez les Antifa

Tels jeunes gens sont des « Antifa », des chasseurs de skins. Ils se disent « de gauche », c’est-à-dire pour la tolérance et contre l’intolérance. En conséquence de quoi on les voit se déplacer en meute dans les banlieues des villes, des barres de fer à la main, car ils sont à la recherche des intolérants pour leur casser la gueule.

Cela, ce sont les paroles de Jésus : Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? 5.47 Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même? 5.48 Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.
Quand Jésus parle ainsi, ce qu’il fustige, c’est la grégarité, n’est-ce pas ?

Or qu’y a-t-il au monde de plus grégaire qu’un Antifa ? L’Antifa, au nom de sa lutte pour la tolérance, ce qui est un comble, s’accorde tout à lui-même, y compris le droit d’intolérer, et refuse tout, jusqu’à ses droits les plus élémentaires d’être humain, à celui qu’il considère comme l’ennemi de sa conception pour le moins socialement codée (cabalistique, pourrait-on même dire) de ce qu’est la tolérance. Si cela n’est pas le comble de l’hérésie !

Avez-vous seulement déjà vu un Antifa serrer la main à un skin pour lui dire bonjour ?

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F. Hollande vs E. Todd
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http://www.dailymotion.com/video/xjz0gs_todd-vs-hollande-ko-en-moins-d-une-minute_news

Hollande : La vraie identité du Parti Socialiste, et des socialistes européens, puisque pour faire l’Europe il faut quand même le faire avec d’autres, c’est d’organiser un continent capable d’assurer l’échange, parce qu’on n’est pas là simplement pour empêcher les plus pauvres que nous de faire venir leurs produits, parce que si c’est ça le protectionnisme, pas pour nous ! Parce qu’est-ce que ce serait comme conception, finalement, de la solidarité à l’égard du Sud, si par rapport à des produits fabriqués par le Sud…

Todd : Ça c’est la rhétorique habituelle de gauche pour ne rien faire !

Hollande : Non ! non ! Je pense que c’est quand même très important de défendre…

Todd : …de défendre le sous-prolétariat indien, c’est vrai. Mais ça n’est pas ce qu’attend votre électorat.

Hollande : Enfin ! Je suis désolé, mais je crois qu’on a aussi une mission internationaliste, on n’est pas là, simplement, pour être des protecteurs de nos propres…

Todd :…citoyens !

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Osera-t-on prétendre, chez les réacs&companie, qu’un François Hollande, lorsqu’il défend les intérêts des chinois ou des indiens au lieu de défendre ceux du peuple qui l’a élu à la Présidence de la République, osera-t-on dire que François Hollande en l’occurrence se conduit d’une manière « trop-chrétienne » ?!

  • Mais à ceux-là qui oseront prétendre une telle chose, je les renvoie encore une fois à la parole de Jésus : Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. 5.44 Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis

Qui sont les vrais ennemis de monsieur Hollande ? Sont-ce les chinois ou les indiens, en vérité ? Que nenni ! Ses véritables ennemis, ceux qu’il a réellement lieu de craindre, ce sont, en vrac : l’UMP, le FN, ses rivaux du PS, les électeurs qui ne le rééliront pas.. etc.

Les chinois et les indiens – surtout ceux qui trempent dans la Phynance internationale – apprécient sans doute davantage la politique de monsieur Hollande que ne l’appréciera jamais aucun français. Ce sont donc peut-être eux, figurez-vous, ses seuls et derniers amis.

  • Bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent,

Qui sont ceux qui haïssent François Hollande, le maltraitent et le persécutent ?

– LES FRANCAIS bien sûr ! – Les français qu’il devrait pourtant, en dépit de cela, au nom du Christ, aimer.

CQFD

  • 5.46 Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? 5.47 Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même?

A présent revoilà le grand passage des Evangiles contre la grégarité.

Savez-vous seulement comment fonctionnent les partis politiques comme le PS ? Ils fonctionnent en vase clos. Les gens de gauche ne discutent qu’entre gens de gauche, et ne font la guerre qu’entre eux également. Ils ne fréquentent pour ainsi dire JAMAIS leurs véritables opposants. Et c’est bien-là l’un de leur plus grand tort, et sans doute l’origine primordiale de leur grande « déconnexion » des réalités.

Au PS, comme dans tous les partis politiques, c’est le grand règne de l’entre-soi.

A présent pourquoi un nul tel que François Hollande a-t-il été choisi par ses pairs pour être mis à la tête du PS ? Pas parce que c’était le plus intelligent, ni parce que c’était celui qui avait le plus d’idées personnelles, bien au contraire. La raison pour laquelle François Hollande se retrouve aujourd’hui à cette place qui ne lui convient pas, ce n’est pas parce qu’il est très-aimé et très-aimable, mais parce qu’il est suffisamment insignifiant, « politique » au sens négatif du terme, c’est-à-dire doué pour la cautèle, pour ne jamais s’être fait trop d’ennemis dans son propre parti. Si François Hollande se retrouve chef de l’Etat actuellement, c’est donc précisément parce qu’il est l’être grégaire par excellence !
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Melle X. a  des parents qui sont des Citoyens du Monde. Ils n’ont jamais mis d’argent de côté pour lui financer ses études mais ils ont des rêves plein la tête. Elle entend des « réacs » dire que les gens de gauche pèchent à force de trop ressembler à Jésus. Vu de l’extérieur, peut-être cela paraît-il vraisemblable, ou logique, puisque les gauchistes ont tendance à prendre la défense de gens qui sont effectivement les ennemis de l’Occident. Cependant les parents de Melle X. n’aiment pas trop entendre parler de l’Occident : ils se considèrent en effet avant tout comme des Citoyens du Monde.

Melle X. de son côté n’a pas vraiment l’impression d’avoir été élevée par de dignes héritiers de la parole de Jésus, puisque lorsqu’il lui est arrivé de parler de Jésus à ses parents, ils se sont moqués d’elle avec leurs amis, ils l’ont tournée en ridicule et lui ont dit qu’elle faisait sa crise d’adolescence.

Melle X. ne ressemble pas à ses parents. Parfois – souvent, même -, en Occident, des parents engendrent des enfants qui ne leur ressemblent pas. Ce n’est pas la règle générale de par le monde, mais ça l’est presque chez nous. Ce n’est pas si étonnant, si l’on y songe, pour des gens qui placent le libre arbitre et le droit de disposer librement de soi-même au-dessus de tout. Il faut bien se souvenir que l’Occident s’est construit sur cette idée primordiale que devenir un Homme-réalisé, pour un individu, consistait à se faire l’égal des demi-Dieux antiques, l’égal d’un Ulysse, en affrontant et en vainquant les divers déterminisme qui l’aliènent – ce que les anciens appelaient le Fatum.

Melle X. est à proprement parler « différente », simplement parce qu’elle est indépendante d’esprit. Mais ne lui a-t-on pas toujours dit par ailleurs qu’il fallait absolument être « différent » pour être quelqu’un de bien ? Ce n’est pas par esprit de contradiction qu’elle est devenue indépendante d’esprit, bien au contraire. Si elle est devenue un beau jour un esprit libre et anticonformiste, c’est avant tout parce que ses parents de gauche lui ont toujours appris qu’il fallait l’être. Pourquoi à présent qu’elle a réalisé ce vœu que ses parents avaient autrefois formulé pour elle –  qu’elle soit douée d’esprit critique – faut-il qu’elle en souffre autant ?

Jésus aussi a dit avoir souffert non parce qu’il avait été désobéissant à ses maîtres, les prêtres et les Prophètes, mais au contraire parce qu’il avait trouvé le moyen d’obéir à leurs lois bien mieux qu’eux-mêmes ne savaient le faire.

Melle X. a parfois eu l’impression, bien qu’elle soit leur fille biologique et légitime, que si elle se mettait à penser franchement différemment de ses parents, ils ne la regarderaient plus du tout comme leur enfant, mais comme une étrangère.

Car la véritable famille de monsieur et de madame X., c’est leur famille politique.

Cela lui est déjà plusieurs fois momentanément arrivé avec eux. Après coup on effaçait tout, y compris ce qu’elle avait dit, et tout recommençait comme avant, on retournait dans le mensonge sirupeux et rose… Ce pourquoi elle a souvent préféré revenir sur ses propos et laisser la place au doute, plutôt que de persévérer dans ce en quoi son cœur croyait… C’est ainsi qu’elle a pris l’habitude de laisser à répétition le poison du doute systématique saccager tous ses maigres efforts de construction personnelle.

Melle X. est à présent quasi constamment plongée dans un doute métaphysique très profond, dans lequel elle abîme son esprit et se perd. Et elle fait cela afin de conserver un semblant de lien affectif avec sa maman. Pour que sa maman continue de la regarder comme avant, comme sa digne héritière et son enfant prodigue. Hélas, cela ne lui vaut rien. Elle fait l’enfant, elle joue les convalescentes, pour ne pas faire peur à sa maman, mais en jouant à cela, elle redevient peu à peu pour de bon une enfant, et devient peu à peu réellement malade…

Il ne fait pas bon être l’ennemi et l’Etranger métaphysique de ces gens-là.

Depuis qu’elle exprime des opinions un peu divergente des leurs, cependant qu’elle habite encore dans la maison de ses parents, Melle X. est l’objet de dénigrements constants et on la traite comme une enfant et une malade, alors qu’elle est pourtant majeure depuis peu. Melle X. ne trouve pas d’emploi car dans la région où elle habite il n’y a pas d’emploi pour les jeunes. Melle X. dit qu’il faut protéger le Made in France pour sauvegarder des emplois en France, mais quand elle dit cela ses parents lui font les gros yeux.

Ses parents se disent inquiets pour la santé de Melle X. qui s’enferme dans sa chambre, ne fait rien comme tout ne monde et ne suit aucun chemin balisé. Pour les rassurer, Melle X. a accepté d’être suivie par un psy, chez lequel elle se rend toutes les semaines.

Melle X. a confié au psy qu’elle écrivait sur le net. Elle lui a dit qu’elle fréquentait un forum d’obédience catho d’extrême-droite et qu’elle se faisait un peu maltraiter par ces gens-là. Elle a donné pour explication d’un tel phénomène, que ces gens étaient issus de milieux très différents du sien. Ayant reçu une éducation toute-différente, ils ne peuvent pour la plupart pas comprendre son parcours à elle, et ses motivations. Elle a aussi justifié sa persévérance dans une telle voie en arguant qu’elle préférait encore cette maltraitance-là à celle dont elle était victime dans sa propre maison. A la différence de ses parents, ces gens étant des étrangers et originellement des ennemis, leur mépris et leur méchanceté – à eux – est au moins partiellement défendable.

Elle a dit enfin que ses ennemis avaient au moins le mérite de ne pas lui dire que ses propos étaient dénués de sens, et de parler le même langage qu’elle. Alors que les parents de Melle X. ne lui laissent jamais ne serait-ce que développer ses idées : ils s’arrêtent au vocabulaire.

Le psy a froncé les sourcils, il s’est gratté la tête, et il a demandé à Melle X. : « Mais enfin, pourquoi restez-vous à fréquenter ces gens, puisqu’ils vous détestent ? » Melle X. a répondu en citant les Evangiles :

5.43 Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. 5.44 Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, 5.45 afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. 5.46 Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? 5.47 Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même? 5.48 Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.

Le monsieur psychologue a écarquillé les yeux puis hoché la tête avec déception. Il a dit que ça n’allait pas du tout. Il s’est même mis un peu en colère et a dit à Melle X. qu’elle n’était pas sérieuse. Il lui a finalement proposé de faire venir ses parents dans son cabinet pour discuter d’un éventuel internement en clinique psychiatrique. Histoire d’éloigner quelques temps Melle X. de sa famille et qu’elle y voie plus clair.

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Pourquoi que tu restes avec ces gens ? Tu vois bien qu’ils te détestent !

5.43 Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. 5.44 Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, 5.45 afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. 5.46 Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? 5.47 Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même? 5.48 Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.

Snobisme de la mort qui tue

J’en ai assez de toute cette hypocrisie générale… Ils veulent du pain et des jeux avec du sang, voilà ce qu’ils veulent nos compatriotes qui se félicitent du comportement d’Israël. Ce ne sont que des décadents qui s’ennuient. L’idée de perpétrer un petit massacre à l’ancienne, en invoquant de vieilles croyances, comme des adolescents se livreraient à une messe noire, pour se donner l’illusion d’être des durs et des puissants, les fait bander.

Ils veulent sacrifier des vierges et des enfants à leurs vieilles lunes, parce qu’écrire et lire des livres ne leur suffit plus.

Vieux dégueulasses en quête d’excitation frauduleuse, salopes hystérisées par l’idée d’appartenir à une race des Seigneurs fantasmée, apprentis poètes maîtres ès-jeux vidéos invocateurs de malédictions antiques… bande de tarés.

Nos élites, incapables d’être présentes au monde pour les challenges qui s’ouvrent à elles dans la vie de tous les jours (aka : faire des enfants, s’en occuper correctement, créer des entreprises à but non uniquement lucratif, créer et défendre des valeurs nouvelles, écrire des choses intéressantes, aider à régler les problèmes sociaux auxquels sont confrontés leurs pays et leurs peuples, relever un peu le niveau général), nos élites ont jeté leur dévolu sur des miroirs aux alouettes qui leur donnent l’illusion (à peu de frais !) d’avoir renoué avec la Vertu et le « Progrès ».

Ils sont comme les petits bourgeois de la génération 68 qui se branlaient sur ce massacreur fou de Mao au lieu d’interroger leurs propres préjugés de classe.

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Voyez un peu les commentaire haineux (signés : « Bernard » et « Aaron ») sous cet article de pur bon-sens-là : http://le-scribe.hautetfort.com/archive/2014/07/12/massacre-en-palestine-5409046.html

Voyez également ce qu’on peut lire ici : http://fdpdelamode.com/post/94196805170/votre-putain-darticle-sur-la-palestine

Mais qu’est-ce que c’est exactement, dites-moi, que ce joli petit numéro de relativisme ? Cela me rappelle quand je ne mangeais pas ma soupe et qu’on me parlait des petits crève-la-faim de Somalie.

Non en fait, voilà à quoi il faudrait plus précisément comparer la « démarche » du Fils-de-pute (je ne fais-là que reprendre sa propre expression)… Laissez-moi vous résumer mon sentiment avec une petite historiette :

Il y avait une fois un petit garçon qui avait un jeune frère un peu débile et pas mal vicieux. Comme ce petit garçon détestait son cadet qui lui faisait honte dans la cour de récréation, il s’amusait lorsqu’on les laissait seuls tous les deux ensemble dans leur chambre, à lui cramer les pieds avec un briquet, à lui donner des coups de poings dans le ventre et à lui faire manger son caca. Il lui disait aussi qu’il avait été engendré par Satan, qu’il méritait qu’on lui fasse du mal et même pire, parce qu’il était un méchant garçon, et comme le petit frère était un peu débile, ça lui faisait faire des cauchemars et il le croyait. D’ailleurs, ce petit cadet était effectivement lui-même un garçon violent et méchant, cela il ne pouvait pas le nier. Un jour, les parents de ces deux charmantes jeunes personnes entrèrent sans crier gare sur le théâtre des opérations et entreprirent de gronder sévèrement l’aîné. Celui-ci argua d’abord que le petit frère était méchant et débile. La maman s’écria : « Débile signifie faible, n’as-tu pas honte de maltraiter quelqu’un de faible ? ». Et le papa surenchérit : « S’il est si méchant, c’est peut-être à cause de toi. » Alors l’aîné trouva un nouvel argument pour défendre sa cause, il se mit à parler avec des larmes dans les yeux de toute la souffrance de tous les pauvres enfants du monde, et en particulier de ceux du voisin, que celui-ci battait comme plâtre à chaque week-end ou presque et qu’on entendait crier à la nuit tombée. Là-dessus il pointa dramatiquement du doigt sa mère et son père en leur disant : « Qu’avez-vous fait pour ceux-là quand ils souffraient?! ». Il s’en étranglait d’émotion.

Voilà à quoi je comparerais personnellement la plaidoirie du « Fils-de-pute-de-la-mode ». A présent, si cela vous amuse, lisez-donc de quelle manière je ferais finir cette histoire-là.

Le père se retrouva sonné par un si grave reproche, il ne sut d’abord que répondre, et ressentit des remords énormes de n’être jamais intervenu pour les enfants du voisin. C’est alors que la mère reprit heureusement ses esprits et répondit calmement : « Mais mon petit chéri, je n’ai que vous comme enfants, et de vous deux, comme ton frère est débile, c’est bien-évidemment toi que je préfère… Que m’importe le sort des enfants du voisin auprès du vôtre ? Et que m’importe le sort de ton frère auprès du tien ? Tu me fais terriblement honte et j’ai beaucoup de peine, quand je te vois te comporter comme un tortionnaire et un voyou ! Comment irais-je à présent tenter de rétablir la paix dans la maison des voisins, quand c’est la honte et le désespoir dans la mienne ? »

Là-dessus, le père reprit enfin ses esprit et trancha. « Assez bavassé, dit-il ! Tu es décidément aussi débile que ton frère. Et ta mère parle comme une folle… C’est une vraie maison de fous ici ! Allez, je vais te foutre une trempe et on passera à autre chose. » Et ce qui fut dit fut fait.

Les voisins, en entendant les cris se regardèrent entre eux et s’exclamèrent : « Mon Dieu quels sauvages! » Et bien qu’ils ne se comportassent pas beaucoup mieux, ils avaient raison.