La situation au Proche-orient éclairée par ma gauche

Je dédicace cet article tout-spécialement à :

No Country for White Men et Bouteille à L’Amer

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A. Klarsfeld : « pas de différence » « entre le nazisme et le Hamas »

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L’équation Hamas=nazisme est assez juste. Posons qu’elle soit juste, et que l’antisémitisme musulman vaille bien l’antisémitisme nazi. Ce point est très défendable. Moi-même, je pourrais le défendre, en tout cas.

Cela étant donc posé, dans quelle mesure s’attaquer à une communauté de gens (une communauté enfermée, c’est-à-dire à proprement parler un ghetto), une communauté composée de familles, avec des enfants, quand bien même cette communauté aurait des convictions ouvertement antisémites… dans quelle mesure disais-je, avoir recours à des méthodes expéditives et ultra-violentes pour éradiquer ou réduire à néant ou au moins terroriser cette petite communauté d’antisémites ghettoïsés… dans quelle mesure ces méthodes-là, qui sont comparables en tout point à la vieille méthode du pogrom, sont-elles valables, lorsqu’il s’agit de défendre quelque chose qui serait le Bien ontologique, et la lutte éternelle contre ce qui fait l’essence-même du nazisme ?

Ma question sera donc la suivante : peut-on résumer le nazisme à l’antisémitisme, ou bien le nazisme et le fascisme sont-ils /aussi/ susceptibles d’être caractérisés par l’emploi de certaines méthodes ?

– Intolérance, racisme, systématisme idéologique, joie d’écraser le plus faible, ghettoïsation de certaines communautés, mysticisme guerrier, éloge de la violence et de la force, valorisation d’une certaine « race » d’hommes aux dépends d’une autre, organisation méticuleuse et pourrait-on dire industrielle des divers processus visant à éliminer l’ennemi : voici en l’occurrence un certain nombre de critères qui pourraient définir ces « méthodes ».

Mon point de vue à ce sujet est celui d’une personne qui a eu maintes fois à condamner les gauchistes pour la raison suivante : je les trouvais intolérants à l’égard de ceux qu’ils jugeaient intolérants. J’ai entendu à de nombreuses reprises des gauchistes dire : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». Et cela m’a fait réfléchir… Car lorsqu’ils disaient cela, il se trouvait que par ailleurs, en général, ils étaient en train d’entraver ma propre liberté de penser. Je ne leur demandais rien d’autre que de m’accorder ma propre liberté de penser un peu différemment, d’employer, dirons-nous, des chemins intellectuels de traverse, comprenez-vous, et ma liberté de librement discuter avec eux de toutes sortes de choses qu’ils jugeaient tabou… Or à cause de cet axiome (« pas de liberté pour les ennemis.. etc »), ils ne me l’accordaient pas. A cause de cet axiome, ils se comportaient face au petit tabou que je représentais à leurs yeux, en évoquant des problématiques dont ils ne voulaient pas entendre parler, comme de bon gros bourgeois idiots bornés et effarouchés. Eux, les anti-bourgeois par excellence, ils faisaient cela ! Quelle surprise ! Et quelle déception !

C’est ainsi que j’en suis venu à leur répondre la chose suivante : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté, cela vaut aussi pour vous. »

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Ce qui me rend le plus profondément triste, dans toute cette histoire de réacosphère, c’est que je ne suis fondamentalement pas raciste, ni xénophobe, ni rien de ce genre… C’est triste, vous comprenez, de se rendre compte qu’il y a des gens de votre bord, ou plutôt de votre bord supposé, qui fond des blagues sur ce qu’ils appellent les « nègres » qui ne sont pas à prendre uniquement au second degré… Triste, parce que le fait d’avoir quitté la gauche à cause de l’hypocrisie de ses discours, de l’intolérance outrancière et des façons-de-faire totalitaires de ses militants – ce qui est un comble au regard de la tolérance qu’ils professent ! -, du clientélisme grassement patricien qui règne dans les sphères du pouvoir dont elle s’est emparé, à cause enfin de tout ce que la « bourgeoisie-bohème » peut avoir de hideusement et platement, ontologiquement bourgeois, ne fait pas de moi pour autant une nazi et une barbare… bien au contraire ! … Le fait d’avoir tourné le dos à ces supposées gentilles personnes parce que je ne les trouvais ni plus aimables, ni plus admirables, ni plus morales que la moyenne des gens dits « ordinaires », n’aurait pas dû me conduire à ce qu’on m’associe à des gens capables de se vanter d’être des enculés et d’en donner la preuve tous les jours !

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L’idée de l’homme libéral, les bases du libéralisme, les bases de l’antiracisme, les débuts de la civilisation industrielle, l’invention de la « modernité » enfin, à quels temps remontent-ils à votre avis ?

Ils remontent à l’époque des Lumières (XVIIe) et au XVIIIe siècle, qui coïncident, de mémoire de nombre de grands et illustres hommes, avec un pic civilisationnel (Cf : Michelet et les Goncourt, entre autre)… Le XVIIIe siècle, moins riche littérairement parlant que le XIXe, fut, en particulier chez les gens bien nés, un siècle où l’on s’est attaché à « bien vivre ». Ce fut un siècle de grande liberté de mœurs, mais où l’on rechercha d’abord l’intelligence du plaisir et les plaisirs de l’intelligence… c’est-à-dire que la préoccupation centrale des gens du XVIIIe ne fut non pas comme aujourd’hui de s’abîmer dans la quête du plaisir-pour-le-plaisir, mais seulement de s’élever suffisamment pour connaître la griserie des plaisirs élevés.

L’on y pratiquait une galanterie à la fois libre et fine, ce fut un siècle de liberté d’esprit réelle enfin, où l’on visait, à titre de distinction sociale, non le prestige du bling-bling et de l’air canaille (pour ne pas dire de lair racaille), mais la hauteur de vue et la grandeur d’âme. Dans la bonne société de cette époque, on pratiquait l’art d’être une « Belle âme » et un « Honnête homme », on cherchait dans les salons à atteindre par l’esprit un idéal d’égalité théorique entre tous les hommes, c’est-à-dire qu’on s’exerçait à adopter sur l’humanité en général un regard visionnaire, qui dépassât les préjugés ordinaires relatifs à l’extraction sociale et raciale.

C’est cela que les Russes appelèrent à l’époque les « Idées nouvelles ».

C’est pourquoi, dans les salons les plus illustres, il arrivait couramment qu’on se mélangeât entre gens d’extraction fort différente… On s’attachait notamment, lorsqu’on était une personne de qualité, de si haute extraction que ce fût, à donner la preuve de cette réputée « qualité » en ne faisant pas honte de lui-même à son voisin, lorsqu’il était de condition inférieure. La noblesse se reconnaissait en ce temps-là à ce genre de délicatesses-là – qui de toute façon n’ont jamais été l’apanage du peuple.

Il fallait s’exercer à juger les propos de son interlocuteurs non d’après la condition de cet interlocuteur, mais d’après la qualité et la virtuosité des propos eux-mêmes. En sorte que la France était devenue la patrie d’élection de la vivacité d’esprit et du courage rhétorique… Voyez à ce propos l’esprit général de liberté et d’égalité tel qu’il règne dans une œuvre telle que le Cyrano de Rostand et dites-vous qu’au XVIIIe siècle un tel esprit s’était pour ainsi dire répandu à grande échelle sur la France…

Lisez La Bruyère (XVIIe siècle – dit le Grand Siècle, ou l’âge classique), et vous comprendrez que la modernité occidentale (pléonasme) est née de l’esprit de modernité, c’est-à-dire de la libération de l’expression de ce qu’il y avait de meilleur et de plus humain dans l’homme.

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Actes antisémites et antimusulmans en France: Washington inquiet de la montée du nationalisme…

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Bande de cons. Ingérence funeste. Cochons d’idiots.

Parce que les muzz et les feuges tradi, ils en ont quelque chose à foutre de la France ? Et les amerlocs, y z’en on quéquechose à foute ?

Personne n’en a rien à foutre de la France, dans cette histoire.

La nation française, dont le peuple est sans doute l’un des plus ontologiquement tolérant du monde, va passer aux yeux de ces ségrégationnistes en substance que sont les anglo-saxons, pour une nation d’intolérants, parce que sa tolérance-même, devenue excessive, en est venue à lui jouer des tours ces derniers temps, et qu’elle se défend un peu.

Aux US, par exemple, les couples mixtes sont extrêmement rares. Chacun développe sa petite intolérance dans son coin et joue les hypocrites lorsqu’il rencontre « l’autre ». Chez nous tout le monde se mélange, tout le monde discute, alors forcément que ça crée des heurts !

Bien sûr que lorsqu’on s’intéresse réellement à ce qu’est la feugitude, on se rend compte que la feugitude est un racisme. Lorsqu’on ne s’intéresse pas à son voisin, c’est plus facile d’être « tolérant ».

Les américains sont des incultes. Ils disent aimer les feuges, mais la plupart ne connaissent strictement rien à la religion juive. En France, ou du moins à Paris, tout le monde a des amis (voire des ancêtres) juifs, et tout le monde s’efforce d’avoir un esprit critique. Nous avons chez nous un rapport à tout cela qui est intelligent, qui est impliqué, et même, pour certains, qui est un peu torturé. Nous ne sommes pas des américains !

Chez nous, le juif ce n’est pas « l’Autre ». Ce n’est pas l’Autre à qui on doit hospitalité et respect. Chez nous, le juif, c’est un membre de la famille. On a le droit de l’engueuler et de lui remonter les bretelles. Chez nous, le juif, c’est l’un des nôtres. On lui parle sur un pied d’égalité, et il a le droit lui aussi de nous dire qu’on est des cons. Chez nous, la voilà la règle du jeu !

Je vois pas pourquoi il faudrait se gêner entre gens d’une même famille. Là où y’a de la gêne, c’est qu’il y a de l’incommunicabilité et de l’ignorance. Les lois religieuse relative à l’hospitalité, elles n’entrent pas en vigueur vis-à-vis de feuges qui sont d’ors et déjà chez eux en France !

Nos feuges français ne sont ni nos « pauvres » ni des étrangers métaphysiques qui auraient tout à nous apprendre ! Deal with it.

Chez nous on ne considère pas que leur place est ailleurs. On ne rêve pas de les mettre à la porte et de les ghettoïser dans un pays qui serait à eux, comme ces hypocrites de protestants.

Chez nous, on considère que le communautarisme est une idéologie qui crée des ghettos et que c’est dans les ghettos que fermente la haine raciale que le communautarisme prétend solutionner.

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4 réflexions sur “La situation au Proche-orient éclairée par ma gauche

  1. J’ignore le but de la dédicace, entête d’un article qui mentionne les enculés de la fachosphère.

    Sinon, globalement d’accord avec l’article, si ce n’est que je me demande si les palestiniens étaient antisémites avant l’invasion et le massacre?

    • Oui, très-certainement. And so what ?
      Céline et les Goncourt aussi. Vous voulez les massacrer ?

      +++

      Le but de la dédicace c’est de prendre BAM à témoin (comme d’hab’ : BAM est mon témoin privilégié) et sans doute effectivement de dire aux autres que ce sont des enculés. ^^

  2. Le monde anglo-saxon craint l’émergence d’un antisémitisme idéologique essentiellement parce qu’il est indissociable du packaging anti-libéral, le plus visible et bruyant des antisémitisme, mais pas nécessairement le plus meurtrier puisque comme vous l’énoncez plus bas : « Chez nous, le juif, c’est un membre de la famille. On a le droit de l’engueuler et de lui remonter les bretelles. »

    L’universalisme et l’assimilationnisme français nous rendent les juifs du quotidien beaucoup plus familiers que dans le reste du monde anglo-saxon et nordique où ils ne restent qu’une vague abstraction communautaire à respecter par principe (Robert O Paxton signale que les déportations de juifs au cours de la 2eme GM étaient moins industriels dans le sud de l’Europe)

    • Vous parlez des déportations… -_- Sujet lourd.

      Pourquoi ne pas parler un peu (aussi) de ces Français de la « zone libre » qui pendant la guerre ont abrité de petits juifs dans leurs maisons pour les protéger ? Beaucoup de gens ont fait cela dans les campagne françaises de la moitié sud de la France (la zone libre recouvrait la moitié sud de la France, c’est comme ça). En France, rétrospectivement, on trouve cette attitude normale, on se dit que c’était leur attitude, à ces gens, qui était « normale », et non pas celle des collabos.

      Mais en Chine ? Qu’aurait-on fait ? En Chine ou au Japon, collaborer avec le pouvoir lorsqu’il commet des atrocités, c’est faire preuve de cette obéissance « normale » qu’on exige du « citoyen » lambda vis-à-vis des décisions prises en haut lieu, quelles qu’elles soient (pour autant qu’on puisse encore parler de citoyenneté en l’occurrence).

      Mais en Inde ? En Inde, celui qui souffre, c’est celui qui devait de toute éternité souffrir, alors…

      Mais chez les Incas ? Chez les Incas on aurait sans doute dit que les nazis étaient des Dieux et qu’il fallait les laisser se nourrir de chair humaine comme ils l’entendaient.

      Au fait, y a-t-il eu beaucoup de phénomènes équivalents, dans l’histoire, à cette vague de relogement/protection des petits juifs persécutés au sein des familles paysannes autochtones françaises ?

      Y’a-t-il des familles Israëliennes qui prennent des petits enfants gazaouis (ou autre) chez elles pour leur donner à manger et les protéger des soldats de Tzahal ?

      Contrairement à ce qu’on pense en France, être, comme St Martin, présent pour celui qui en a besoin quand il en a besoin, et même si celui-ci est un étranger, ne va pas de soi. C’est-là en France ce qu’on attend d’un être humain véritable, mais dans ce cas il ne doit pas y avoir tant d’êtres humains véritables que cela sur la terre actuellement. Je me demande si le peuple américain d’aujourd’hui, encouragé comme il est dans ses pulsions narcissiques et dominatrices, serait capable à grande échelle de ce genre de chose…

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