Snobisme de la mort qui tue

J’en ai assez de toute cette hypocrisie générale… Ils veulent du pain et des jeux avec du sang, voilà ce qu’ils veulent nos compatriotes qui se félicitent du comportement d’Israël. Ce ne sont que des décadents qui s’ennuient. L’idée de perpétrer un petit massacre à l’ancienne, en invoquant de vieilles croyances, comme des adolescents se livreraient à une messe noire, pour se donner l’illusion d’être des durs et des puissants, les fait bander.

Ils veulent sacrifier des vierges et des enfants à leurs vieilles lunes, parce qu’écrire et lire des livres ne leur suffit plus.

Vieux dégueulasses en quête d’excitation frauduleuse, salopes hystérisées par l’idée d’appartenir à une race des Seigneurs fantasmée, apprentis poètes maîtres ès-jeux vidéos invocateurs de malédictions antiques… bande de tarés.

Nos élites, incapables d’être présentes au monde pour les challenges qui s’ouvrent à elles dans la vie de tous les jours (aka : faire des enfants, s’en occuper correctement, créer des entreprises à but non uniquement lucratif, créer et défendre des valeurs nouvelles, écrire des choses intéressantes, aider à régler les problèmes sociaux auxquels sont confrontés leurs pays et leurs peuples, relever un peu le niveau général), nos élites ont jeté leur dévolu sur des miroirs aux alouettes qui leur donnent l’illusion (à peu de frais !) d’avoir renoué avec la Vertu et le « Progrès ».

Ils sont comme les petits bourgeois de la génération 68 qui se branlaient sur ce massacreur fou de Mao au lieu d’interroger leurs propres préjugés de classe.

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Voyez un peu les commentaire haineux (signés : « Bernard » et « Aaron ») sous cet article de pur bon-sens-là : http://le-scribe.hautetfort.com/archive/2014/07/12/massacre-en-palestine-5409046.html

Voyez également ce qu’on peut lire ici : http://fdpdelamode.com/post/94196805170/votre-putain-darticle-sur-la-palestine

Mais qu’est-ce que c’est exactement, dites-moi, que ce joli petit numéro de relativisme ? Cela me rappelle quand je ne mangeais pas ma soupe et qu’on me parlait des petits crève-la-faim de Somalie.

Non en fait, voilà à quoi il faudrait plus précisément comparer la « démarche » du Fils-de-pute (je ne fais-là que reprendre sa propre expression)… Laissez-moi vous résumer mon sentiment avec une petite historiette :

Il y avait une fois un petit garçon qui avait un jeune frère un peu débile et pas mal vicieux. Comme ce petit garçon détestait son cadet qui lui faisait honte dans la cour de récréation, il s’amusait lorsqu’on les laissait seuls tous les deux ensemble dans leur chambre, à lui cramer les pieds avec un briquet, à lui donner des coups de poings dans le ventre et à lui faire manger son caca. Il lui disait aussi qu’il avait été engendré par Satan, qu’il méritait qu’on lui fasse du mal et même pire, parce qu’il était un méchant garçon, et comme le petit frère était un peu débile, ça lui faisait faire des cauchemars et il le croyait. D’ailleurs, ce petit cadet était effectivement lui-même un garçon violent et méchant, cela il ne pouvait pas le nier. Un jour, les parents de ces deux charmantes jeunes personnes entrèrent sans crier gare sur le théâtre des opérations et entreprirent de gronder sévèrement l’aîné. Celui-ci argua d’abord que le petit frère était méchant et débile. La maman s’écria : « Débile signifie faible, n’as-tu pas honte de maltraiter quelqu’un de faible ? ». Et le papa surenchérit : « S’il est si méchant, c’est peut-être à cause de toi. » Alors l’aîné trouva un nouvel argument pour défendre sa cause, il se mit à parler avec des larmes dans les yeux de toute la souffrance de tous les pauvres enfants du monde, et en particulier de ceux du voisin, que celui-ci battait comme plâtre à chaque week-end ou presque et qu’on entendait crier à la nuit tombée. Là-dessus il pointa dramatiquement du doigt sa mère et son père en leur disant : « Qu’avez-vous fait pour ceux-là quand ils souffraient?! ». Il s’en étranglait d’émotion.

Voilà à quoi je comparerais personnellement la plaidoirie du « Fils-de-pute-de-la-mode ». A présent, si cela vous amuse, lisez-donc de quelle manière je ferais finir cette histoire-là.

Le père se retrouva sonné par un si grave reproche, il ne sut d’abord que répondre, et ressentit des remords énormes de n’être jamais intervenu pour les enfants du voisin. C’est alors que la mère reprit heureusement ses esprits et répondit calmement : « Mais mon petit chéri, je n’ai que vous comme enfants, et de vous deux, comme ton frère est débile, c’est bien-évidemment toi que je préfère… Que m’importe le sort des enfants du voisin auprès du vôtre ? Et que m’importe le sort de ton frère auprès du tien ? Tu me fais terriblement honte et j’ai beaucoup de peine, quand je te vois te comporter comme un tortionnaire et un voyou ! Comment irais-je à présent tenter de rétablir la paix dans la maison des voisins, quand c’est la honte et le désespoir dans la mienne ? »

Là-dessus, le père reprit enfin ses esprit et trancha. « Assez bavassé, dit-il ! Tu es décidément aussi débile que ton frère. Et ta mère parle comme une folle… C’est une vraie maison de fous ici ! Allez, je vais te foutre une trempe et on passera à autre chose. » Et ce qui fut dit fut fait.

Les voisins, en entendant les cris se regardèrent entre eux et s’exclamèrent : « Mon Dieu quels sauvages! » Et bien qu’ils ne se comportassent pas beaucoup mieux, ils avaient raison.

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9 réflexions sur “Snobisme de la mort qui tue

  1. C’est vrai que le Scribe écrit bien. Fdp fait pas mal trop de fautes d’orthographe. M’enfin Fdp a le mérite de rappeler que quitte à devoir s’indigner on y passerait nos journées, et qu’en définitive on est bien tous des pantins.

    • Le Scribe est un peu pusillanime. Normal, quoi.

      Le Fdp fait exprès de faire des fautes d’orthographe. C’est un être de composition. Il se cache derrière un personnage. Dès lors, tant qu’on n’a pas fait l’effort de comprendre ses motivations, tout ce qu’il dit sonne faux.

      « [Il] a le mérite de rappeler que quitte à devoir s’indigner on y passerait nos journées, et qu’en définitive on est bien tous des pantins. »

      Non, il n’a aucun mérite. Et ce qu’il dit, ce n’est pas cela.

        • Merci ! Vous êtes un connaisseur… puisque ma formulation m’a été effectivement inspirée par la lecture de Jules Renard, qui a un don pour la phrase courte assassine. J’ai mis son Journal à côté de celui des Goncourt, dans mes toilettes. ^^

          Alors, voilà, à présent que vous me posez la question, je me retrouve tout de même dans une position délicate, puisque me voilà conduite à présupposer des intentions cachées d’un auteur que je ne connais pas. Tout ce que je vais donc me borner à vous dire, ce n’est pas réellement ce que le Fdp a derrière le crâne lorsqu’il écrit, mais ce que j’ai dans le cœur lorsque je le lis.

          Ainsi, voyez, j’avoue mettre davantage en cause ma sensibilité dans cette interprétation, que je ne mets en cause celle de l’objet de ma critique.

          En ce moment je pense beaucoup, avec douleur, aux chrétiens d’Orient. Et je me demande avec une certaine inquiétude, que rien n’apaise, ce que nous pourrions faire pour ces pauvre gens, Chaldéens, Yézidis, Zoroastriens; héritiers émouvants des origines de la religion du Livre (le calendrier Yézidi commence 4 750 ans avant le calendrier chrétien, et 990 années avant le calendrier juif ! – n’est-ce pas quelque chose qui doit inspirer le respect ?). Il y a deux ans de ça, je m’en souviens, la presse parlait déjà de persécutions (en une moins grande ampleur qu’aujourd’hui, toutefois) et je demandais sur Fb à mes contacts ; « Pourquoi le Pape ne dit-il rien ? Pourquoi le Pape, même si elle n’est pas catholique, ne saute-il pas sur l’occasion pour faire valoir ses droits sur la chrétienté la plus vieille du monde, en la prenant charitablement sous sa protection ? Ne serait-ce pas un honneur pour la papauté, que d’épingler cette pauvre petite et néanmoins vénérable chrétienté d’Orient, qui est plus ancienne qu’elle, sur son auguste poitrine ? » Sur Fb, bien entendu, personne n’avait osé préjuger des intentions du pape, et donc personne n’avait daigné me répondre. Un prélat auquel j’avais posé cette question, à cette époque m’avait même snobée !! Puis j’avais posé la question à mon compagnon, qui est l’homme pragmatique par excellence, et il m’avait rappelé que l’Eglise actuelle, à cause de sa politique œcuménique, ne pouvait se permettre de se lancer, en défendant les victimes de l’Islam, dans une guerre contre l’Islam. Il m’avait dit qu’il s’agissait bien-évidemment de diplomatie de haut-vol, et que cette politique œcuménique avait le don par ailleurs de faire enrager les rabbins et les musulmans, puisque sous couvert d’amitié universelle et de main tendue et de charité générale, l’Eglise Catholique et Romaine forçait ses homologues plus belliqueux des deux autres religions du Livre à adopter en Occident vis-à-vis du christianisme, qu’ils auraient bien voulu pouvoir conserver purement et simplement comme un ennemi héréditaire, une attitude d’ouverture inédite, c’est-à-dire une façon-de-faire « Romaine », à proprement parler « occidentale ».

          Hélas, à présent que les massacres et les persécutions contre ceux qui, en Irak, sont nos frères de religion et nos amis culturels, prennent une telle ampleur, comment le Vatican peut-il conserver sa position impartiale ? Il ne le peut pas décemment. Et le voilà lui aussi à deux doigts d’être lancé dans la course à l’armement contre l’Islam – ce qui en puissance pourrait mettre à bas tous ses plans « d’aplanissement civilisateur » initiaux.

          François conserve la face de justesse en parlant de « minorités religieuses opprimées » au lieu de se laisser aller à hurler à la populace en rage, depuis son balcon de la place St Pierre : « Sus aux sauvages avec leur religion impie qui martyrisent des Chrétiens ! »

          Car pour faire bon poids, en des circonstances pareilles, du temps d’avant Vatican II, si le Vatican avait voulu être juste et fidèle à ses propres anciens principes, il aurait bien-évidemment fallu que le Pape appelle aux Croisades. Et là, ce n’auraient plus été seulement deux religions et deux peuples qui se seraient foutus sur la gueule en Israël, mais trois religions et une myriade de peuples – presque tous à vrai dire -, puisque, je vous le rappelle, si la chrétienté était aussi débile que ses deux sœurs de Livre, elle pourrait également réclamer ses droits sur la ville Très-Sainte de Jérusalem (où son Messie fut crucifié, excusez du peu). Lesquelles réclamations nous mèneraient sans aucun doute à la troisième guerre mondiale.

          Aujourd’hui pour la première fois je comprends et je me félicite de Vatican II, et que l’Eglise soit pour ainsi dire, comme le voulait Jésus, « retournée à la nature ». Le monde entier aujourd’hui est notre Eglise Universelle. Et c’est tant mieux !


          A présent, revenons-en au fait, que reprochais-je au Fdp de la mode ? Eh bien, c’est tout simple ! Le Fdp de la mode, en mettant sur le même plan toutes les misères des peuples, tous les massacres du monde, que nous dit-il ? Il nous dit en premier lieu qu’il n’y a aucune différence entre le prochain et le lointain. Or bien sûr, c’est faux. Celui qui s’émouvra volontiers de la misère des habitants du Liberia mais qui laissera ses enfants mourir de faim, de toute éternité, sera un bien plus mauvais homme que celui qui, trop occupé à nourrir ses propres enfants, ne se sera pas suffisamment préoccupé du Liberia. Du reste, que cela peut-il bien faire au Liberia que des étrangers, d’honnêtes pères de familles étrangers à son sort, se préoccupent de lui par voie de presse interposée ? Cela va-t-il arranger ses affaires ? Et le Liberia lui-même, se préoccupe-t-il du reste du monde ? Non, il est bien trop occupé à souffrir. Et s’il était riche ? Bah, le Liberia, qui est à la dérive tant politiquement qu’au niveau des mœurs, compte beaucoup trop de gens inaptes à faire d’honnêtes pères de familles, pour jamais devenir riche sans l’aide d’autrui. Et si on offrait – comme par miracle – aux libériens la vie facile et la santé, se préoccuperaient-ils du reste du monde ? Non, sans doute. Il y a lieu penser que les libériens actuels, même s’ils pétaient dans la soie, n’en seraient pas pour autant mieux disposés à faire preuve d’empathie pour la souffrance des autres peuples du monde. Quand on les voit chez eux enjamber des cadavres sans ciller, vivre littéralement dans la merde et se livrer au commerce libre des femmes, des enfants, des fœtus, dans un pays sans moralité, ni autorités, ni lois, rempli de gens à moitié pourris sur pied et de psychopathes, on se dit que leur sensibilité morale est définitivement cramée.

          Il faut bien comprendre que l’empathie, la sensibilité, la générosité et la gratitude, sont le luxe « civilisationnel » des gens qui s’occupent déjà, en premier lieu, correctement d’eux-mêmes et de ceux qu’ils aiment – ou du moins est-ce le luxe de ceux à qui il reste une certaine prétention à le faire, et qui croient profondément que c’est-là le devoir premier de tout homme qui se respecte. C’est-à-dire que la capacité empathie et la sensibilité n’existent paradoxalement que chez les gens qui n’ont pas perdu toute dignité personnelle. L’homme qui aime est celui qui ne se déteste pas lui-même, tout le monde sait ça.

          Quelqu’un qui s’émeut pour la cause d’autrui, et se met à la défendre comme si elle était la sienne, fait en l’occurrence preuve d’une forme d’humanité évoluée dont est incapable le libérien moyen. Le libérien moyen, en effet, à force d’être humilié, n’éprouve plus le sentiment d’être humilié quand c’est le cas. En étant humilié aussi profondément il perd dès lors tout sentiment de son propre honneur… – On ne peut même pas dire qu’il est humble, puisque que celui qui gagne à s’humilier est celui qui possède beaucoup, et non pas celui qui ne possède plus rien, c’est-à-dire même plus la conscience de ce qui est mal.

          Reprocher à la personne qui s’émeut pour autrui de ne pas s’émouvoir pour tout le monde, c’est reprocher de n’être pas Dieu à quelqu’un qui se contente simplement d’avoir un cœur et de le sentir dans sa poitrine.

          Reprocher à quelqu’un qui préfère se ruiner à nourrir et défendre des personnes que son cœur a élu, de ne pas se ruiner à nourrir n’importe quelle personne dans le besoin et à défendre le premier étranger venu qui ne lui a rien demandé, équivaut :
          _ou bien à lui reprocher d’avoir un cœur (car le cœur n’aime pas « dans l’absolu », mais par goût personnel, c’est-à-dire qu’il fait des choix),
          _ou bien à méconnaître purement et simplement ce que c’est que d’avoir un cœur,
          _ou bien à lui demander davantage qu’il n’est humainement possible pour le pousser à se perdre,
          _ou bien à vouloir lui prouver par a+b qu’avoir un cœur est un luxe inutile et absurde.

          Je reviens à présent à mes Chrétiens d’Orient…


          Que le Fdp me demande-t-il au sujet de mes chrétiens d’Orient ? De relativiser leur malheur, en me faisant remarquer qu’il n’est pas pire que celui de tant d’autres minorités ethniques de par le monde ? Je ne crois pas.

          Je pense au contraire que le Pdp a parfaitement confiance en mon bon cœur : si, en tant que simple lecteur, je m’attarde sur son article, c’est que d’une façon ou d’une autre son appel à la compassion générale m’a ému.

          Le Fdp ne pense pas une seule seconde que je vais cesser d’enterrer mes morts au prétexte qu’il y a des tas de morts étrangers qui pourrissent au soleil sans sépulture.

          Le Fdp ne pense pas non plus une seule seconde que je vais endosser subitement une robe de bure et partir sur les routes réparer le tort que j’ai fait à tous les miséreux du monde que je ne connaissais pas jusque là et que ma méconnaissance cruelle m’avait conduite à ne pas secourir.

          Alors quel est son but ?

          C’est maintenant que ça devient intéressant, n’est-ce pas ? ^^


          Revenons à mon entrée en matière, où j’avouais que je préférais qu’on m’imputât à moi-même, c’est-à-dire à ma propre sensibilité, mes conclusions concernant les derniers tenants et aboutissants du texte du Fdp, qu’on ne les imputât au Fdp lui-même, dont j’ignore les motivations profondes. Elles ont toute leur place ici.


          Il y a une seconde communauté opprimée dont le sort m’inquiète et me fait mal actuellement. Cette communauté, vous vous en doutez sûrement, est celle des Gazaouis opprimés et encerclés par Israël.

          Les chrétiens d’Orient sont chrétiens comme moi. Les Yézidis m’émeuvent car ils me parlent de légendes orientales pré-judaïques et pré-chrétiennes qui me sont infiniment chères. En revanche, les Gazaouis, que sont-ils pour moi ? Même pas de vagues cousins, contrairement aux juifs. Et quand bien même ! Vus d’ici, leur façon de vivre et leur religion me parlent beaucoup moins.

          Que me dit le Fdp à leur propos ?

          Il me dit : « Puisque tu ne peux pas aimer tout le monde, comme tu le dis si bien, voilà l’occasion pour ton cœur de faire un choix. »

          Moi je demande alors : « Pourquoi devrais-je donc, entre pleurer la mort du petit gazaoui et pleurer celle du petit chrétien, faire un choix ? Ne puis-je pas pleurer tous les enfants morts en même temps ? Mon cœur ne peut-il pas défendre à travers eux-tous une seule et même grande cause ? »

          C’est là que j’entends le Fdp me souffler ceci à l’oreille :

          « Tous les jours des hommes meurent – comme chacun sait, l’homme est mortel. Tous les jours des enfants meurent. Les uns meurent sans raison, de façon absurde, sans qu’on n’y puisse rien faire, ils sont tués par la nature, comme ces enfants tués par le virus Ebola. Les autres enfin sont tués de main d’homme. Certains de ces enfants sont les enfants de tes amis, les autres sont ceux de tes ennemis. Que peux-tu faire pour eux tous, pris indifféremment ? Rien. Que peux-tu faire pour les enfants de tes ennemis qui deviendront tes ennemis à leur tour et que tu devras de toute façon combattre ? Rien. Que peux-tu faire pour les enfants de tes amis ? Beaucoup de choses, en aidant tes amis. »

          En l’occurrence, que dois-je comprendre alors ? Je comprends évidemment qu’il faut laisser mes amis s’occuper tranquillement du sort des petits gazouillis qui seront demain des fondamentalistes musulmans tueurs de petits enfants chrétiens !

          Voilà ce que je ne peux pas m’empêcher d’entendre à travers le discours du Fdp de la mode, et si vous suivez mon raisonnement, ça n’est pas aussi subjectif que cela.


          Cependant, il y a encore, à mes yeux, un binz’.

          En me suggérant ainsi, en somme, qu’il faut bien qu’il y ait des enfants qui meurent, et en me donnant à titre d’exemple l’absurdité des morts causés par Ebola, le sieur Fdp me ravale en quelque sorte – moi qui suis un être humain – au niveau de la cruauté sans fond qui est celle de la nature.

          Or je ne suis pas la nature et je n’ai pas à prendre l’initiative de participer de l’ordre de la nature… Je suis un être humain !

          L’ordre naturel est celui qui, avec le temps, me fera courber la tête, et rabaissera ainsi mon sort à égalité avec celui de la fleur qui dépérit au soleil. La nature ne fait aucune différence entre le genre humain et le genre végétal, tandis que moi, cette différence m’éclate aux yeux, je la vois ! Ainsi, mon devoir est de participer de l’ordre humain que moi seule, en tant qu’être humain, je puis défendre ! – et que la nature ne défendra pas à ma place si je ne le défends pas !

          Je n’ai pas à participer d’un ordre qui se passe très bien de moi pour exister.

          Aussi, si je veux défendre la nature (au sens écologiste du terme), je le ferai non pas réellement au nom de la nature (ce serait absurde ! – la nature, quel est son nom au juste ? avant moi, elle n’avait pas de nom puisque c’est moi, l’homme, qui le premier l’ai nommée !), mais au nom de l’humanité qui est en moi. Car en défendant la nature, j’adopterai tout le contraire d’une attitude « naturelle » (les animaux protègent-ils la nature ? non, ils chassent sans se poser de question). Car en défendant la nature, je ferai au contraire preuve d’humanité.

          Ainsi, c’est par compassion et anthropomorphisme que je veux qu’on protège de la disparition des petits koalas qui seraient au demeurant bien incapables eux-mêmes d’éprouver de la compassion pour moi si j’étais en voie d’extinction.

          Mais si je veux « protéger la nature », je ne le ferai certainement pas en défendant Ebola – même si, comme tant d’autres cataclysmes, ce virus est une chose parfaitement naturelle.


          J’ai dit qu’il y avait un « binz » dans les suggestion larvées du Fdp… en fait il n’y en a pas qu’un.

          J’ai dit que les petits Gazaouis n’étaient rien pour moi en comparaison des petits enfants chrétiens… c’est faux bien-sûr.

          Pourquoi, est-ce faux ? Parce que quand bien même je n’aurais pas été particulièrement émue s’ils étaient tous morts de la grippe (j’aurais tout de même été émue de l’apprendre en le lisant dans les journaux, mais peu importe, ceci est un postulat), le fait que ce soit au nom du bien-être du peuple juif qu’ils doivent être sacrifiés (parce qu’en l’occurrence je crois qu’on peut parler de sacrifice) me choque profondément.

          Pourquoi cela me choque-t-il ? Parce que : le peuple juif !

          Je ne suis pas antisémite, moi, à la base.

          A la base, je suis philosémite, ce qui implique qu’enfant j’ai pleuré des larmes amères et glacées, d’effroi, de pitié, de compassion et de désir de venger ces pauvres victimes, en regardant des documentaires sur la Shoah. Ce qui implique que je me suis abondamment identifiée au peuple juif, durant au moins toute mon adolescence, quand je croyais voir dans les gens qui voulaient m’humilier et me faire du mal sans raison des nazis en puissance. Ce qui implique que j’ai fait mien depuis toujours le malheur de ces gens, et que la seule peur que j’ai eue durant longtemps a été de n’être pas à leur hauteur. Ce qui implique que leur enseignement a toujours constitué dans mon inconscient un repère moral, l’idée de la supériorité morale de ces gens, même au cœur de la plus profonde misère, m’ayant à plusieurs reprise réconfortée lorsque j’étais moi-même infiniment humiliée aux yeux de la majorité des hommes.

          Ce qui implique que lorsque j’étais seule devant l’adversité, et que des gens insensibles partout me traitaient durement, comme une sorte d’étrangère métaphysique, alors que je voulais seulement être aimée et bien-faire, j’aimais à songer que quelque part existaient des gens qui connaissaient mon malheur, qui auraient sympathisé avec moi s’ils m’avaient connue, et qui m’auraient peut-être apporté le soutien dont je manquais tant.

          En lisant des blagues juives où il était question de pauvres petits persécutés qui trouvaient le moyen de se sortir de situations inextricables par un jeu d’esprit ou un bon mot… en me remémorant l’Ancien Testament, où des jeunes filles en apparence fragiles réussissaient à trancher la gorge à un tyran et à libérer leur peuple de son emprise… en apprenant un peu la numérologie et la cabalistique, que je trouvais des jeux infiniment stimulants pour l’esprit, et que je voyais comme une musculation intellectuelle qui allait me permettre à terme de dénouer les liens par lesquels on m’avait aliénée… en faisant tout cela, je plaçai en la mystique juive beaucoup de mes espoirs et beaucoup de ma confiance.

          Ces gens-là, ou plutôt leurs descendants, pouvaient-ils concevoir qu’une « goya » pusse leur vouloir tant de bien, ou bien étaient-ils tellement imbus de leur « élection » que la possibilité d’une grandeur morale équivalente à la leur chez autrui leur était impensable ?

          En sortant de ma province et en « montant à Paris », j’ai rencontré /des juifs/ par la suite… et il est un euphémisme assez touchant de dire que j’ai été déçue. ^o^


          Mais revenons à nos moutons.

          Comment le sort des Gazaouis me serait-il indifférent ? Puisqu’ils sont les victimes de cette Cause Juive qui a tant compté pour moi – et tant réglé ma vie – par le passé ?

          C’est là qu’il est temps pour moi de vous renvoyer à mon petit récit où il est question d’un petit garçon choyé et aimé de sa mère, qui se livre à des atrocités sur son frère, et qu’on sermonne non en invoquant directement le sort du frère en question, mais en rappelant l’enfant aimé et choyé au souvenir de son Devoir moral, et des attentes qu’on avait pour lui, et de l’honneur de la famille toute entière, qui reposait sur ses épaules, et dépendait de sa conduite.


          En conclusion générale, je ferai remarquer ceci :

          Ce n’est pas tant pour les gens auxquels nous portons éventuellement secours dans nos bonnes œuvres, que nous devons agir bien, mais avant tout pour nous secourir nous-mêmes, et je ne dis pas cela dans un sens qui serait strictement religieux, c’est-à-dire dans l’attente d’un éventuel paradis, mais je le dis car nous devons sauvegarder notre propre dignité ici-bas, et ne pas perdre la délicatesse morale qui fait de nous des êtres humains à part entière, et ne pas perdre de notre valeur intrinsèque et par répercussion souiller l’honneur de ceux qui nous aiment.

          A vous les studios.


          P.S : In vino veritas, j’ai écrit ceci avec deux ou trois bières dans le nez, ce qui explique l’aspect un peu délayé de l’ensemble. Cette fois-ci on ne pourra pas dire que je me serai exprimée en aphorismes et symbolismes mystérieux.

  2. J’ai bien fait de poser la question. Ces deux trois bières n’auront pas été sifflées pour rien, merci pour vos lumières ; particulièrement concernant l’homme et la nature, vos mots me sont déjà utiles. Et je ne savais pas qu’il faut s’aimer pour aimer, du coup j’y vois différemment…

        • Ok. Je comprends.

          Mais un journal, cela a de commode qu’on peut le grignoter un peu chaque jour dans le désordre, contrairement au grand roman dont il faudrait à chaque fois se donner une petite indigestion. ^^

          [Je sors de Jules Renard et je lui emprunte son style. ^^]

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