Travail d’écriture

Chez Hazukashi, ai trouvé le texte suivant :

http://hazukashi.fr/jungle-ii/

… la tentative m’a intéressée et m’a laissé penser qu’on pouvait faire mieux.

Je propose le texte suivant comme une vue subjective, d’immersion, prise depuis l’intérieur de la psyché du narrateur premier et principal, _ à savoir un journaliste sans foi ni loi, du genre Citoyen-du-monde métrosexué, œuvrant pour un média occidental quelconque.

Pour re-situer la scène, je rappelle qu’un contact local (un militaire français, un ancien d’Afganistan, du genre grand beau militaire bavard au menton carré), le trimbale dans une jeep dans la jungle de Bornéo, à la poursuite du supposé scoop absolu, _à savoir la rencontre avec le dernier homme d’une espèce disparue, qui n’aurait eu jusqu’à présent absolument aucun contact avec le monde actuel.

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Dans un état de demi-rêve, éberlué par la chaleur, j’écoutai sans mot dire le récit épique et testostéroné de mon chauffeur le militaire. Son visage buriné, assez peu expressif, laissant échapper curieusement une voix jeune et même un peu fluette, semblait vouloir me convaincre d’à quel point la guerre *c’était beau*, *c’était grand*, *c’était bandant*. Tout en tâchant de prendre note intérieure de son récit [comment voulez-vous écrire dans un tape-cul pareil?], je tentai de conserver autant que possible le regard de bon chien concerné et très-humble, ce regard de bleu-bite qui admire et respecte, qu’on attendait de moi.

– Dans la jungle, quand on est seul à la merci d’un seul autre homme, il faut développer avec lui autant que possible une relation de confiance solide et fraternelle. Il ne s’agissait pas que sur une engueulade, il me plante là avec mon petit bardas et mon téléphone non-amphibie. On ne peut pas descendre partout sur le bas-côté de la route pour faire du stop, comme on ferait en présence d’un emmerdeur, sur la nationale 7 ou pour un reportage en Corrèze. Quitter un véhicule de l’armée dans la jungle, c’est dans le meilleur des cas l’échanger pour celui d’un trafiquant. Je ne veux même pas imaginer quelle genre de personnes fréquente ordinairement cette route à travers la bouillasse qui relie Kutching aux plantations illégales de Kalimantan – celles que le National Géographic nous a montrées vues du ciel, qui ravagent le parc national comme une sorte de lèpre, jusque de l’autre côté de l’île -, en passant par plusieurs mines illégales de Souffre et d’Etain.

Tout en tâchant de me concentrer sur les propos du gars qui me racontait sa guerre, mes yeux, fouilleurs impénitents, avec une compulsivité mi-comateuse, s’arrêtaient irrépressiblement sur le grain de peau particulièrement grossier de son visage malpropre, au teint de plomb, aux grands yeux verts, dont les rides prématurées causées par une exposition journalière au soleil des tropiques, formaient une sorte de carte au trésor en parchemin, comme lorsque nous étions enfant.

La piste que nous suivions, taillée, aurait-on dit, au bulldozer à la hâte, sillonnait aléatoirement entre les troncs à moitié arrachés de gros palétuviers roses [NB : Ô combien j’eus tort de partir à l’aventure sans prendre la peine me renseigner sur le nom des arbres ! Comment allais-je faire à présent pour soigner mes descriptions ?]… Cette piste sans queue ni tête qui filait comme un beau diable à travers les verts-obscurs de la jungle, notre jeep qui cahotait à toute vitesse dans cette boue rouge collante typique de l’endroit, pleine de petits gypses brillants, dont nos visages à force se retrouvaient tout maculés… le sourire aux grandes dents de mon guide dans tout cela, qui n’avait que des mots de violence, de sang et de bataille à la bouche… quel beau tableau pour un peintre ! Je pensai d’office à mon pote Nico, le photographe, aux clichés étourdissants dont il aurait gratifié mon papier avec un matériau de base tel que celui-là. Hélas, j’avais pris le parti de voyager léger – dans une perspective d’immersion, un peu comme en apnée, pour mieux m’intégrer au milieu, pour ne pas attirer l’œil et encombrer la mémoire de l’habitant. Je n’avais sur moi que mon i-phone pour ramener quelques clichés de mon voyage à la maison-mère. J’étais venu pour ainsi dire à poil ; mon rédac’ chef allait s’arracher les cheveux et il aurait bien raison.

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7 réflexions sur “Travail d’écriture

    • C’est ça. Je suis folle parce que je ne fais pas comme tout le monde.

      Toi tu trolles comme un taré, ça n’a aucun sens, ça t’envoie dans des impasses existentielles, mais comme tes actions restent dans le cadre de quelque chose de « cool », comme tu continues à te reconnaître dans ta société en faisant ça, alors tu restes content de toi.

      C’est avec des gens comme toi, aussi étriqués d’esprit, aussi suiveurs, aussi peu dénués de courage intellectuel que d’originalité véritable, qui sont conformistes et suiveurs jusque dans le « happening » artistique et la création, c’est avec des gens comme toi que la culture occidentale piétine.

      Même ton rire, même ton rire n’est qu’un ricanement sinistre. Tes playgirls qui écrasent des petits rabbins sous leurs pieds, sont ineptes et sinistres. Ce sont des jeux stériles avec les croyances d’autrui. Rien que ça.

      Même lorsqu’il s’agit de faire le mariole, tu n’as aucun courage et tu restes conformistes à crever : tu écartes frileusement toute situation qui pourrait te rendre ridicule, tu n’oses aucune action dont tu ne te sois assuré auparavant que quelqu’un d’autre l’ai justifiée et même « autorisée », par ses certitudes et ses croyances-propres.

      Mais t’autoriser à toi-même la moindre certitude qui t’appartienne, et qu’on ne puisse t’enlever, sans pour autant qu’il y ait une « loi » secrète à la racine de cela, sans qu’on ne puisse blâmer qui que ce soit d’autre que toi-même si tu te trompes…mais t’autoriser la moindre action dans le cadre d’une incertitude primordiale, comme lorsque dit-on Dieu créa le monde ex-nihilo, et que le monde fut… oh non ! Tu es bien trop peureux et trop légaliste pour cela !

      Tu te plains d’avoir des troubles de l’imagination, en voici la cause, car c’est cela, l’imagination : la création spontanée de quelque chose qui n’avait, avant que d’exister, aucune raison particulière d’être.

      Vois comme rien qu’avec ce petit récit, je te fais déjà peur… vois comme tu as déjà peur pour moi, comme si j’étais en équilibre au-dessus du rien et que je marchais sur un fil. Je fais cela rien qu’avec des mots et une petite histoire de rien du tout, qui raconte à peu près n’importe quoi, et dont moi-même je n’ai à peu près rien à foutre. Toi tu essaies de faire peur en dessinant des drapeaux communistes qui se seraient accouplés avec des croix gammées, et tout ce que tu parviens à engendrer, c’est une soupe informe bonne à donner à des hipsters.

      De la provoc’ socialement acceptable : de la merde.

      Ce qui est imaginé n’a pas plus de « raison » d’exister que de n’exister pas, et pourtant on l’imagine. C’est cela la folie, c’est cela la folie d’oser créer et d’oser être. D’oser être en dépit du fait que nous pourrions très bien n’être-pas.

      « Little boxes ! ♪ » – tu es l’enfant des petites boites, des petites lois et de l’envie de pénal… tu es la sur-chenille, qui n’a pas les couilles de devenir papillon.

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