Rock around the norm

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Dans une société de Droit, de paix et de police, (c’est-à-dire qui ne soit comparable ni au Moyen-Orient, ni au Far-West), seul compte au final qu’il y ait une norme admise, et que les autorités de cette société s’y tiennent. Ensuite il apparaît assez clairement que le degré de civilisation d’une telle société est proportionnel à la conjugaison harmonieuse de deux grands facteurs :

_d’une part la liberté laissée par les autorités aux individus de vivre en s’écartant de ladite « norme »,

_de l’autre la capacité de tels individus à s’écarter de cette norme sans pour autant perdre un certain lien de fidélité intellectuel infrangible à l’égard d’icelle. Cela, afin que la société ne tombe pas dans le chaos et la décadence, par laxisme, par excès de tolérance envers les déviances diverses. Cela aussi afin que la solidité de l’édifice social repose davantage sur l’intelligence de ses membres et leur sens des responsabilités, que sur leur crainte de la vengeance d’autrui ou des forces de l’ordre.

Bien sûr, pour qu’une telle alchimie opère, il faut que les dirigeants d’une telle société parviennent à célébrer conjointement, et le culte de la « norme », et celui de la liberté des individus à s’écarter d’elle (deux activités qui sont de natures contradictoires, bien sûr, mais qui lorsqu’elles se tempèrent l’une-l’autre deviennent deux grandes sources de bienfaits)… – Hélas, l’aspect purement législatif de la chose ne peut venir que dans une seconde mesure seulement, car la liberté n’est pas une chose qui se donne, n’est-ce pas, mais une chose qui se prend. De sorte que si le peuple d’une telle société ne possède pas « l’esprit » de la liberté, ce ne sont pas des lois qui le lui donneront.

Etre civilisé, c’est être avant tout intelligent, individuellement intelligent, c’est donc du travail et de l’effort, et une certaine éducation contraignante en amont : ce n’est pas suivre sa pente naturelle, ni aller par le plus court chemin vers la vérité. En vérité, la Vérité, une fois qu’on l’a synthétisée à l’état pur, ressemble toujours étrangement à l’extrémisme ou à la bêtise… Être très-civilisé (être un dandy), relève donc toujours plus ou moins de l’équilibrisme. Or l’équilibriste n’est pas celui qui a perdu le sens de l’équilibre, (qui est le sens du « juste milieu », du bien et du bon, de la « norme »)  mais celui au contraire qui l’a développé à son plus haut degré.

L’équilibriste intellectuel, ou celui qui se prend pour tel, lorsqu’il a perdu le sens de ce qui est « normal » et de ce qui est vrai, bel et bon, n’est plus ni un équilibriste ni intellectuel, mais un agent dissolvant, une cellule cancéreuse, pour la civilisation qui le fait vivre.

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LA SEULE CHOSE INTERDITE .

Il y a quelques temps, j’avais commencé à développer une théorie selon laquelle peu importait, après tout, si seulement 1% de la population d’une société donnée vivait /stricto sensu/ en conformité avec la norme telle qu’elle était édictée par les prêtres (ou autorités équivalentes) de cette société… peu importait au final, pourvu que cette norme, tout le monde la reconnût pour ce qu’elle était et continuât de la célébrer comme telle.

Selon le même principe, qui est le principe de la non-représentativité des élites, Socrate demanda juste avant sa condamnation à mort à ce que les citoyens continuassent de le célébrer dans les Temples, sur l’acropole (c’est-à-dire dans le ciel des idées), comme un archétype du « citoyen parfait », même s’ils ne désiraient nullement, à l’échelle individuelle, imiter sa conduite et son mode de vie.

Ma théorie, à l’origine, je la faisais achopper ainsi : « La norme est comme un point donné sur une échelle de valeur, comparable au zéro sur une règle graduée, et ce qu’il ne faut pas, c’est déplacer le curseur de la norme »

Mais j’étais loin du compte encore… Et à vrai dire ma théorie ne résistait pas à un examen approfondi. Car après tout, s’il nous importe seulement de vivre dans une société « normée », c’est-à-dire une société régie par des règles fixes – donc susceptibles d’être discutées, critiquées et interrogées – peu importe au final où l’on situe le « zéro » sur la « réglette » ! Seul importe qu’il y en ait un !

Or le problème de la société post-moderne n’est pas qu’elle « déplace le curseur de la norme », mais qu’elle interdise de le situer ! En effet, si dans la société de nos anciens, le curseur de la norme était placé dans la crèche de Noël sous les étoiles entre le père, la mère, le petit Jésus et le Saint Esprit, après tout peu importait que la majorité des hommes s’en écartent… Les chrétiens ne sont-ils pas des pécheurs, après tout ?

Le problème, dans notre société actuelle, ce n’est pas que la norme ait changé de camp… On ne renie pas totalement l’imagerie sainte de la « Crèche », on ne l’interdit pas comme relevant de la déviance, on ne la pose pas comme étant « anormale »… Non, cette conception « tradi » de la famille existe encore et toujours dans l’imaginaire collectif. Elle est simplement accolée à d’autres, et posée comme étant leur égale. Elle n’est plus la norme, elle est une option parmi tant d’autres, sans qu’aucune possibilité de hiérarchiser entre ces options ne soit plus laissée possible au « consommateur d’options » lambda.

Le problème est plus profond et bien plus pervers encore qu’il n’en a l’air ! Le problème consiste en ce que nul petit enfant né dans les conditions « normales » d’une famille traditionnelle unie, n’est plus autorisé aujourd’hui à dire en classe, ou à la télévision, ou à ses petits camarades, que lui est dans la norme, tandis que les autres, dont les parents sont divorcés, ou de même sexe, ne le sont pas.

La société actuelle postule qu’une famille unie est égale à une famille déchirée/recomposée où bourgeonnent à chaque embranchement des couples homosexuels. Aujourd’hui, s’il n’y a plus de modèle familial, s’il n’y a plus de « norme »… ce n’est pas parce qu’on a autorisé plus de choses aux gens, c’est parce que la notion même qu’il puisse y avoir des « modèle » à suivre et une norme hautement désirable, lorsqu’on parle de construire un foyer, est devenue un tabou.

Or ce sont ses tabous, ses interdits, qui permettent de définir les limites d’une société (ses limites et par-là même ses frontières, donc sa « carte du territoire moral » spécifique). Connaître les lois de la nation où l’on vit, c’est d’abord connaître la liste de tout ce qu’elles n’autorisent pas. Où a-t-on jamais vu des législateur faire des listes de « choses autorisées » ?

Or la seule chose qui est interdite désormais, dans notre société, c’est de dire : « Ceci est la norme ».

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« L’IMPORTAN ÇAI D’AIMMMÉÉÉE!!! » .

Il est intéressant de se demander ce qu’est « la douceur d’un foyer », en quoi consiste l’amour que les parents doivent aux enfants – et réciproquement… Car cette question ouvre des abîmes…

On part toujours du principe qu’il faut « désirer » l’enfant avant de le « faire », qu’il faut « être prêt », et « choisir » le partenaire, l’éducation et le moment. On sous-entend qu’il faut avoir une certaine « situation » financière stable aussi. Un foyer aimant serait donc selon la majorité des gens, un foyer « raisonnable », dont le mode de fonctionnement est entièrement maîtrisé en amont. En somme, une petite entreprise qui ne connaît pas la crise. A quel moment tout cela, au juste, nous parle-t-il d’amour ? – Encore une fois notre société hypocrite utilise ici le concept « vendeur » d’amour pour, de toute évidence, nous refourguer autre chose – qui n’a pas grand’chose à voir avec l’amour en définitive.

Or à présent, je vous propose de comparer deux cas particuliers :

Le foyer le plus aimant (le plus aimant pour ses enfants, mais pas seulement), est-il le foyer où l’on avorte de l’enfant qui vient lorsqu’il ne vient pas dans le contexte attendu, ou parce que l’enfant lui-même ne répond pas aux critères souhaités, ou encore parce que l’on considère que la « passion » qui a poussé le couple parental à forniquer n’est pas suffisante pour fonder un foyer, ou risquerait d’être éteinte si elle cessait d’être stérile… ?

Ou le foyer le plus aimant, le plus accueillant pour sa progéniture, est-il le foyer qui, lorsqu’une femme est tombée enceinte « par accident », alors que les parents n’attendaient pas de petit, ou même n’étaient pas encore en couple avant l’  « accident », a accepté courageusement d’affronter – à l’ancienne ! – ce grand inconnu qu’était « l’accident de parcours » ?

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« MAIS POURQUOI DEVRAIS-JE CHOISIR ENTRE MON BONHEUR ET CELUI DE MON ENFANT ? HEIN ?!! »

_ Tout dépend de ce dont tu as besoin pour être heureuse, connasse.

_ Moi ? Juste un peu d’amour et d’eau fraîche !

_ Ah ? Bon. Bah c’est ok alors. Annule ce que j’ai dit, tu devrais pouvoir concilier les deux sans problème…

_ Nan, j’déconne… Moi j’suis une artiste, je n’suis heureuse que sur scène, de toute façon.

_ C’est ballot. Mais à toute chose malheur est bon : tu tiens la réponse à ta question, du coup.

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Que penser alors du foyer qui a fait de ce qui à l’origine aurait pu n’être qu’une « pierre d’achoppement », sa pierre fondatrice ?

– Que penser de ceux qui ont changé leur vie, re-dirigé la course de leur vie pour leur enfant, pour le bien de cet enfant en priorité – avant que de songer au leur-propre ?

Comment qualifier leur conduite ?

Un mélange de respect docile, de laisser-aller  et de laisser-faire ? Sans doute. Mais de l’enthousiasme aussi, et de la curiosité, pour la vie qui vient ! De la piété, certainement, envers la grande aventure intimidante, que l’enfant ouvre de par sa venue au monde… Un certain sens du devoir, forcément : envers l’être humain qu’il sera, qui ne demande qu’à exister… – Mais peut-être aussi de la crainte. La piété n’est-elle pas faite de crainte ? La crainte de « manquer » un certain rendez-vous avec le Destin… La crainte d’une certaine Justice supérieure qui, si elle existait… et, même si elle n’existait pas, dont il serait si bon qu’elle existe…

– Il leur faut beaucoup d’inconscience diront certains, mais il leur faut de l’insouciance aussi… de l’optimisme ! et même de la légèreté !

– Je demande à tous : qui ne voudrait pas être né par légèreté ? Naître de Légèreté, n’est-ce pas déjà en soi quelque chose comme un signe de distinction, voire un titre de noblesse ?

– Quelle folie ne faut-il pas pour bâtir en connaissance de cause à celui qui doit naître, que l’on ne connaît pas, pour donner asile aux possibilités inconnues qu’il ouvre, un petit nid de fortune ? … bon gré mal gré, lui accorder la place en ce monde qui lui revient de fait (de fait et non de droit), selon des décrets qui nous dépassent ? – Qui jamais, simple mortel, fut rendu maître d’une telle folie ?

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TANT QU’A CROIRE EN QUELQUE CHOSE…

_ On me dira qu’une telle conception est de nature religieuse. Mais si l’on part du principe que :

1) le psychisme humain a besoin de certitudes (le doute systématique, total, étant techniquement impossible ou engendrant des maladies mentales comme la paranoïa ou la dé-personnification) 2) une fois un certain degré de connaissance atteint, l’homme est obligé de se résoudre à savoir qu’il ne sait rien,

alors, il faut se résoudre à admettre qu’une part des certitudes psychiquement nécessaires à l’homme ne peuvent reposer que sur des croyances – éventuellement des croyances librement choisies, c’est-à-dire des actes de foi (étymologiquement : des déclarations de fidélité à certains principes).

A partir de là, s’il faut absolument fixer sa « fidélité» en quelque principe choisi (pour ne pas encourir le risque qu’elle se fixe tout seule sur des principes que l’on n’a pas choisis), comment ne pas choisir ce principe-là, du devoir envers les enfants, envers ceux qui n’ont pas le choix de ne pas nous aimer, envers la famille ?

_ On me dira qu’une telle conception est de nature religieuse. Mais je pourrai répondre aussi qu’elle est purement rationnelle. Le foyer le plus aimant est-il celui qui répugne à affronter les situations de crise, ou bien celui que la crise en elle-même a fondé, et donc fortifie ? Il n’est pas strictement religieux de poser cette question. C’est aussi une démarche politique. – C’est-à-dire qu’elle concerne en premier lieu la paix sociale et la paix des ménages.

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BIENVENUE A GATTACA

Les meilleurs parents sont-ils ceux qui font primer leur devoir de parents sur la qualité intrinsèque de l’enfant ou ceux qui privilégient leur bien-être propre ? – Vaut-il mieux refuser à tous les coup d’élever un petit trisomique / un handicapé / un enfant dont les gènes le rendent susceptible d’attraper un jour le cancer / un enfant sans particularité attachante et sans génie, et s’assurer de n’engendrer que de jolis petits poupons roses et blonds, sains et riche, aux yeux bleus, doués en maths et aux dents éternellement blanches, qui vivront dans l’idée que s’ils avaient été laids et cons ils auraient été jetés à la poubelle ?

– Le critère le plus décisif pour fonder un foyer est-il réellement que les parents aient eu le temps et l’argent d’acheter l’attirail déco’ rose ou bleu de leur choix, et la grande maison avec jardin qui va avec ?

– Les meilleurs parents ne sont-ils pas ceux qui, quoi qu’il arrive, indifférents aux revers du sort, dans la joie comme dans la douleur, dans la richesse comme dans la pauvreté, élèvent l’enfant avec dignité, dans la dignité, et dans le respect de sa propre dignité ? – Faut-il transmettre aux enfants que lorsqu’on n’est pas riche, beau et intelligent, la vie ne mérite pas d’être vécue / on ne mérite pas de vivre ? – N’est-ce pas un peu « nazi » sur les bords, de penser comme cela ?

Au demeurant, le petit poupon idéal né dans une famille qui l’a commandé sur catalogue, même une fois devenu le « surhomme » désiré par ses parents (ce qui ne va pas de soi car l’homme est libre de décevoir ses parents, surtout quand c’est la dernière liberté qu’on lui laisse), ne préférerait-il pas que ses parents lui disent un jour : « même si tu n’étais pas « parfait », ou si tu étais « abîmé », nous t’aimerions et nous te soutiendrions quand même dans tes épreuves, car tu es la chair de notre chair », plutôt que : « si tu ne réponds pas à nos critères, de toute façon tu peux toujours retourner dans la poubelle » ?

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L’OEIL D’ANTIGONE ETAIT DANS LA TOMBE, ET REGARDAIT CREON

Parlons franc, voulez-vous ?

Croyez-vous qu’une mère qui avorte simplement parce qu’elle n’avait pas « prévu » de tomber enceinte – c’est-à-dire parce que ce n’était pas dans ses « projets » (de vie ou de carrière) – c’est-à-dire non parce qu’elle ne pouvait pas élever l’enfant, mais parce que la chose lui est arrivée de façon « imprévue », sans qu’elle n’ait eu à cela son mot à dire, et qu’elle aime mieux « maîtriser le cours des choses » plutôt que de lui être soumise –, puisse jamais comprendre ce que c’est que le fait-même d’être une bonne mère ?

Etre une bonne mère, de toute éternité, est, fut et sera, un sacrifice. Qu’on ait prévu la chose ou non n’y change rien. – Un sacrifice, et non pas (seulement) un « plaisir », ou encore un divertissement, ou je ne sais quel « libre choix ».

Car une fois que l’on est mère, on perd à jamais la possibilité de ne l’être pas ! – même lorsqu’on a refusé de « faire le job », on continue de porter avec soi ce refus pour le restant de ses jours : c’est « aliénant » mais c’est ainsi. Il y a pour la femme un avant et un après le fait d’avoir donné la vie à un autre individu, car l’autre individu en question, s’il est en vie, aura toujours le droit de considérer sa mère comme étant sa mère, et s’il est mort, on ne peut pas pour autant lui dénier le fait d’avoir été, et d’avoir été engendré. Vieux vieux décrets. Respect dû aux morts, sépulture, tout ça…

C’est la loi de la chair humaine, qui ne sera jamais simplement de la chair, comme est celle du bœuf chez le boucher, à moins de vouloir finir à penser comme des ogres, comme des monstres, de bêtes pires que les simples bêtes. On ne peut rien changer à cela. Antigone voulait qu’on enterrât son frère, et sur ce point elle avait raison. La chair humaine, même celle d’un individu mort, ne peut être traitée comme n’importe quel déchet ordinaire. Les gens doivent se faire à l’idée que la nature nous contraint depuis les origines, et ce jusqu’à l’heure de notre mort, à nous soumettre à un certain nombre d’états de faits et de décrets arbitraires. La Nature ne respecte pas le Droit humain, mais elle en est la mère, puisqu’on a créé le Droit en réaction à la Nature, en réaction à ce qui en la Nature ne respectait pas l’homme.

– Tout cela fait qu’être mère est en soi un déterminisme, et si vous voulez même – étymologiquement – une « aliénation ». Tout cela fait qu’être mère est donc d’ors et déjà – en soi – une privation de liberté !

Oui, le cordon ombilical est un lien. Oui, même lorsqu’on a coupé ce cordon, un lien affectif indéfectible demeure entre la mère et l’enfant, donc, non, bien sûr, toutes les « aliénations » à proprement parler ne sont pas à combattre.

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« AIMEZ SANS VOUS SACRIFIER », ou la nouvelle pilule qui fait perdre du poids sans régime.

Demandez à toutes les mères moyennement éduquées, d’origine populaire ou immigrées, de votre entourage, rencontrées dans une salle d’attente ou même dans la rue, demandez à celles que l’on n’a pas formées à s’autocensurer pour complaire à l’idéologie dominante, ou dont la langue de bois n’est pas encore suffisamment « au-point », demandez-leur en toute simplicité si être mère n’est pas un sacrifice ! – Pourvu que vous vous montriez simplement disposés à les écouter, elles se feront un plaisir de se répandre en plaintes et en protestations : elles vous diront sans vergogne combien elles voudraient davantage s’occuper d’elles-mêmes, se « faire plaisir », être libres, et combien leurs enfants et leurs maris sont cause de tous leurs maux, et vous entendrez leur interminable et perpétuelle litanie.

Cela n’est pas très esthétique, mais c’est la vérité, et c’est la vie. Il n’y aurait aucun mérite à faire ce qu’elles font si la formule : « C’est que du bonheur !» n’était pas mensongère.

Toutes les souffrances cependant, n’en déplaisent aux psychanalystes, n’ont pas à être « solutionnées », car la vie-même est une souffrance – la vie, quoi qu’il arrive, est une histoire qui finit mal. En prenant acte de cela, Schopenhauer ne pouvait mathématiquement pas se tromper. Toute personne, au demeurant, qui entreprend d’échapper au tragique constitutionnel de l’existence sera rattrapée par lui plus rapidement et plus sévèrement qu’aucune autre. A cela il y a, tous les observateurs de l’homme le savent, une sorte de loi supérieure, de fatalité.

Mais n’est-ce pas pour cela justement – et pour nulle autre raison –, aussi longtemps que les mères acceptent de couvrir leurs plaintes laides et honteuse de quelque sourdine cosmétique, et leurs récriminations sauvages de quelque voile de pudeur, que la fonction de mère est vénérable et belle ?

Les vraies belles et bonnes choses de ce monde ont souvent cela en commun qu’elles nous demandent, pour leur accéder, de payer de la privation d’une partie de nos potentiels. On ne fait pas de poussins sans casser des œufs.

Oui, je le dis clairement, aimer c’est se sacrifier. Ou du moins c’est être prêt à le faire. Etre une mère, c’est accepter de ne plus être une jeune fille. Etre des parents, c’est accepter de ne plus être des enfants. Eduquer c’est accepter de représenter l’autorité. Représenter l’autorité c’est accepter de devenir à son tour le garant de la norme. Et pour engendrer un homme intellectuellement libre, il faut auparavant lui imposer une enfance « normée », c’est-à-dire lui transmettre un certain nombre de préjugés, qu’à l’âge adulte seulement il sera autorisé à remettre en cause. Il n’y a rien au-delà de ça. On n’aime pas ses enfants par loisir ou pour y gagner quelque chose. Si l’on gagne parfois deux-trois bricoles à se dévouer à ceux que l’on aime, c’est que le hasard le veut bien. Mais il est assez courant que celui-ci ne le veuille pas. Ce n’est pas pour autant qu’on doive démissionner.

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MATRONES CRUELLES, vampirisme, jeunesse éternelle, décadence.. etc.

Je vous demande à présent de songer une seconde à ces mères bourgeoises qui ne veulent pas voir leurs filles être enceinte trop jeune, sous prétexte de protéger leurs études et leur avenir de femmes « actives » et « libérées ». Représentez-vous cela dans un monde où vie active rime essentiellement avec servitude, et où il n’y a pas plus de femmes actives libérée en France qu’il n’y avait d’hommes libres dans les camps autrefois surmontés de l’inscription « Arbeit Macht frei ».

Songez à présent s’il vous plaît, faites-le pour moi, à l’ironie du sort qui veut que ces bourgeoises féministes aient eu elles-mêmes la plupart du temps une vie oisive et facile, aient eu accès aux plus hautes études et aux meilleures places en grande partie grâce à leur extraction sociale… Imaginez que ce sont ces femmes-là qui ont le front d’expliquer à leur femme de ménage que le travail libère la femme, tandis qu’elles sirotent tranquillement un thé au jasmin, bien confortablement assises devant un catalogue de papiers-peints et moquettes murales hors-de-prix.

Ces femmes nanties, protégées depuis l’enfance de bien des réalités, en un mot naïves, à la strate sociale desquelles appartinrent l’écrasante majorité des féministes les plus influentes, ces femmes, lorsqu’elles ont travaillé (ce qui n’est pas toujours le cas!) auraient encore pu choisir de ne jamais le faire (pour elles, travailler était un divertissement et une option!). Qui est encore dans leur cas aujourd’hui ? Paris Hilton et consoeurs, peut-être ? Je ne sais même pas si Paris Hilton n’est pas finalement +/- contrainte de vendre son image pour faire de la pub aux hôtels de son père…

Car ces « jeunes personnes », bonnes bourgeoises françaises, qui ont rejoint autrefois MLF et compagnie, étaient alors inconsciemment protégées par l’ordre patriarcal bourgeois qui tenait encore debout à cette époque, aussi elles ont toujours eu la possibilité de se marier avec un homme fortuné… – et, le fait est que beaucoup ont suivi cette voie toute tracée du mariage bourgeois… en se plaignant beaucoup, certes, mais sans poser de problème à personne, bien au contraire, puisqu’elles ne faisaient que suivre un phénomène de mode, ce qui ne pouvait que les rendre au final plus prisées et plus désirable en leur temps !

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LE TRAVAIL REND LIBRE, surtout les pauvres.

A présent, quelle femme inactive, sans profession connue, sans cursus particulier, sans activité « créatrice » ou humanitaire de façade, et sans « plan de carrière », à moins d’être une riche héritière (et encore!), peut se contenter de se marier aujourd’hui à un homme et d’en vivre, sans passer +/- pour une pute ? Il n’y a plus grand’monde aujourd’hui parmi la gente féminine, du bas en haut de l’échelle sociale – en-dehors des milieux tradi-catho (et autres communautés religieuses, sectes diverses et Islam compris) – pour se vanter de bénéficier du statut symbolique de : « mère au foyer ». Surtout lorsqu’il ne s’agit pas de participer au concours de la mère de famille la plus overbookée de la famille la plus nombreuse (et la plus religieuse). On préférera toujours dire que l’on fait autre chose que d’ « être maman », même si l’autre chose n’est qu’un simple hobby ou une couverture.

Il faut voir à cela une excellente raison : le travail (sous-entendu le travail rémunéré, « professionnel », issu d’un « cursus », ayant des implications sociologiques clairement « pistables », recouvrant des « objectifs » et des « projets » clairement exprimables en langage entrepreneurial et administratif et dûment recensés quelque part), LE TRAVAIL est devenu la nouvelle religion de notre société auto-proclamée libre. C’est seulement à l’aune de la classification fournie par le monde_du_travail que vous êtes désormais autorisé chez nous à répondre à la question : « Qui êtes-vous ? ». Cette question n’est d’ailleurs plus admise que sous la forme suivante : « Que faites-vous dans la vie ?» Au-delà de ça, on vous renvoie aux médecins – en rééducation mentale pour être plus précis. Arbeit Macht Frei, donc.

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RATIONALISATION DE LA TORTURE, (de : tripalium, tout ça…)

Songez un instant que les femmes qui ont élaboré la critique de la société patriarcale ont connu – pour celles qui sont encore en vie – l’époque du plein-emploi, et se sont vues proposer durant leur jeunesse des professions aussi diverses que gratifiantes, sans jamais encourir le risque de s’user la santé à des métiers dangereux, mal-payés et ingrats (par ex : serveuse de bar la nuit à moitié « au black », ouvrière dans une industrie utilisant des produits chimiques dangereux, caissière de supermarché/femme de chambre de Novotel en proche banlieue parisienne, hôtesse d’accueil debout en talons sur le pavé, prospectus en main devant un commerce quelconque, payée en fonction du nombre de visiteurs « accrochés ».. etc.).

Or ces métiers auxquelles les « femmes libérées » de la génération de mes parents ont eu accès, même ceux les plus prisés, qui font encore rêver la jeunesse – journaliste, pubard, cadre sup’, « créatif » – ont à peu près tous perdu aujourd’hui bonne part de leur intérêt intrinsèque à cause de la vaste entreprise de « rationalisation des tâches » qui sévit dans à peu près tous les secteurs (surtout dans les secteurs où beaucoup d’argent est investi), cela conforté par le fait que le taux de chômage élevé pousse les employés à accepter de montrer toujours davantage de soumission aveugle à l’ordre établi pour conserver leur place.

Nous vivons une situation de crise fort profitable à ceux qui exploitent le travail d’autrui, mais où les travailleurs, surtout dans le tertiaire, sont devenus des clones, aux qualifications floues, tous interchangeables, dans la mesure où l’actuelle organisation bureaucratique, hyper-hiérarchisée, débilitante du travail, (où il faut rendre des compte pour tout, où l’on ne développe plus que des projets dont l’intérêt doit être immédiatement visible, c’est-à-dire des projets à court-terme) a à peu près éliminé toute possibilité que les atomes rémunérés qui habitent les grandes villes développent désormais de vrais savoir-faire, c’est-à-dire des savoir-faire sur lesquels leur paie serait indexée. Par extension cela leur interdit de jamais se rendre véritablement indispensables, ce qui veut dire utiles à la société en tant que personnes, et non comme simples maillons d’une chaîne qui pourrait se passer d’eux.

Les employés d’aujourd’hui qui ont du mal à s’appeler eux-mêmes des « travailleurs », peut-être parce que, contrairement à l’ouvrier, ils ne tiennent jamais entre leurs mains le résultat de leurs efforts, sont maintenus constamment en grande compétition par le taux de chômage élevé, et cet état de fait ayant miné définitivement quasi-tous les anciens systèmes de solidarités entre les travailleurs (sans parler des demandeurs d’emploi qui sont les nouveaux « intouchables »), les ambiances au travail dans notre pays sont devenues de véritables poisons. L’air y est pour ainsi dire devenu irrespirable pour les âme sensibles ; on y porte des masques pour se protéger de la nuisance d’autrui.

Est-ce pour qu’elles aient accès à toutes ces réjouissances sans nombre que ces mémères-la-morale emperlouzées qui nous servent le féminisme à toutes les sauces de leur repas copieux, empêchent leurs filles de se reproduire ? Est-ce pour qu’elles puissent avoir l’honneur de vivre cela que, fortes de leur pouvoir de matrones, elles se permettent de stériliser à volonté des jeunes femmes qui sont souvent majeures, comme on ferait pour des animaux de compagnie, comme on ferait en Suède pour des cas-sociaux ou des handicapées ?

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QUAND PLOUTOS DECIDE DE QUI DOIT VIVRE et de qui doit mourir

Songez à présent à ces mères qui n’ont rien à foutre de sérieux de leurs journées, à part éventuellement de la charité ou du militantisme… et demandez-vous pourquoi en général ce sont ces femmes-là (et non la « mama » italienne de la banlieue dégueulasse de Naples) qui n’envisagent jamais qu’elles pourraient fort bien, en tant que grand-mères, s’occuper elles-même de l’enfant à naître, en attendant que la jeune maman finisse ses études et mûrisse… Songez seulement que ces grosses vaches égoïstes mettent en danger la santé physique et mentale de leurs filles, simplement au final pour préserver leur propre liberté de ne rien foutre… Songez un peu qu’en l’espèce, elles sacrifient un enfant, (l’enfant d’une femme jeune et en bonne santé, qui aurait donc toutes les chances d’être en bonne santé lui-même, qui recevrait sûrement un héritage culturel et financier, qui serait entouré, aimé et gâté), et le libre-arbitre de leur progéniture – pourtant déjà majeure dans bien des cas ! – à leur fainéantise, à leur effrayante grégarité, à leur conformisme inconscient et au plus cruel des égoïsme… !

– Mais la fille enceinte, pense-t-on jamais dans ces cas-là à la consulter honnêtement au sujet de son propre devenir ? Ne lui demande-t-on pas son avis que dans la seule mesure où l’on sait pertinemment qu’elle suivra – elle aussi, à son tour – aveuglément son intérêt matériel (et accessoirement sa peur d’être rejetée) ? … – Mais peut-être bien que la fille enceinte, au fond, préfèrerait tout plaquer pour devenir une mère ! Qu’en sait-on ? En le secret d’elle-même, peut-être bien n’accepte-t-elle d’avorter que sous la contrainte familiale et sociale ? Peut-être a-t-elle peur qu’on la traite mal : comme une fainéante et une éternelle mineure, si elle arrêtait ses études ? Peut-être a-t-elle peur d’être exclue et regardée de travers à son école, si elle s’y rendait avec un gros ventre ? Peut-être n’ose-t-elle pas penser ce qu’elle pense de sa mère et par extension de la société toute entière ? A sa place, dans sa position vulnérable, et sans éducation politique digne de ce nom, oseriez-vous ?

Songez-vous que ces filles, qu’on destine – mais que c’est ironique ! – à être des « femmes libérées » sont en l’espèce rendues semblables à des esclaves antique, car la réalité de leur situation est qu’elles ne gagnent pas assez d’argent elles-mêmes pour qu’on les consulte sérieusement au sujet de leur propre droit à engendrer et à fonder une famille ? …

Maintenant ajoutez ce petit détail qui tue : la mère est généralement mue en-dessous de tout cela, par une peur panique de se voir vieillir – de devenir grand-mère – en laissant sa fille grandir et devenir adulte à son tour… Ajoutez ce petit point de détail et là, je pense que vous avez en main de quoi dresser un joli petit panorama de l’abjection dont il est question ici.

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LE DROIT A L’AVORTEMENT ICI N’EST MEME PAS REMIS EN CAUSE

Par souci de clarté, je précise que je suis personnellement contre l’interdiction systématique de l’avortement. Plus encore, je vous le dis sincèrement, si j’avais été enceinte d’un trisomique, je ne sais pas si je l’aurais gardé. Je pense juste que l’avortement est une pratique lourde d’implications morales, inquiétante car de nature eugéniste, et qui en tant que telle, ne doit certainement pas être prise à la légère, et nécessite d’être strictement encadrée. Notamment parce que sa banalisation pourrait aisément donner lieu à des dérives fascistes.

Le droit à l’avortement ici n’est même pas remis en cause. Simplement, ce que j’aimerais qu’on interroge, ce sont les critères de sélection mis à l’honneur dans notre société au moment de décider de qui doit vivre et de qui ne le doit pas.

Si l’on ne voit pas qu’on sacrifie trop souvent sa progéniture à venir, en Occident, parce qu’on n’a pas encore rassemblé autour de soi toute la panoplie consumériste du « bon parent » en situation familiale idéale, selon l’avis de la Confédération Internationale des Boutiquiers, d’Uncle Ben’s, de L’Association pour sa Santé Bucco-dentaire, de Cosmopolitan, de Maison&Travaux, et d’après les diverses fictions tendance qui nous vantent un certain « standard » de vie à crédit, alors on ne voit rien.

Le fait est que ceux qui avortent sont trop souvent ceux qui précisément ne le devraient pas, et cela pour une raison qu’il est très facile d’expliquer tant elle coule de source. Je l’emprunte à Nietzsche, quand il se faisait la réflexion suivante au sujet de la peine de mort (reformulation de mémoire) :

Si un homme voulait mourir sur l’échafaud parce qu’il se jugeait indigne de la vie, alors sans doute cet homme-là serait-il celui qui paradoxalement mériterait le moins une telle punition.

Selon la même logique, avorter parce qu’on pense que l’on ne parviendra pas à rendre son enfant heureux, c’est encore posséder le souci de rendre son enfant heureux – et même dirais-je, le posséder à un très haut degré, à un degré nettement plus haut que la moyenne… Or, vouloir de toute force rendre son enfant heureux, c’est tout ce que l’on demande à un bon parent. On ne lui demande pas de faire de promesses à ce sujet, ni même d’apporter des gages de sa réussite. Ni surtout d’être en mesure d’acheter à l’enfant tout ce que l’enfant veut. Un parent qui se retrouve ruiné, à faire des ménages, pour nourrir son enfant, se retrouve sans doute par-là même en situation de transmettre à cet enfant une sagesse importante, au moins il lui donne un exemple très beau et très convainquant, concernant le sens de la vie et plus encore le sens du Devoir. Personne au-delà de ça n’a jamais trouvé la recette infaillible pour fabriquer un homme heureux.

Je conçois par exemple très bien qu’une jeune fille violée veuille avorter, et je ne me hasarderais jamais pour ma part à prétendre qu’il faille absolument le lui interdire : cela doit être vraiment très difficile d’élever dignement le rejeton d’un traumatisme, d’une terrible colère et d’un profond dégoût. Cet état de fait ne m’empêchera jamais pour autant (bien au contraire, même) d’admirer la femme qui possède la force en elle, la force d’amour gigantesque, pour faire une telle chose, c’est-à-dire pour ne pas se venger sur l’enfant du violeur, du violeur lui-même. Car il en va ainsi de toutes les grandes choses : elles ont toutes été, à un moment donné, statistiquement parlant, en plus grand péril que les choses « petites » et « ordinaires », de ne pas être.

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