France-o-phobie, tu perds ton sang froid

Mémento Mouloud a récemment écrit ceci :

La démocratie moderne ajoute, à son point le plus haut, qu’il n’y a plus d’esclaves, ce qui revient à poser la question de la démocratie en ces termes : quels dispositifs nous permettraient d’être des maîtres sans esclaves ?

Mémento Mouloud s’est fâché il y a quelques temps quand je lui ai écrit sur son blog (intervention censurée depuis) que j’avais appris à l’université que le christianisme était le premier dogme de l’humanité à avoir massivement – dans les temps du Haut Moyen-Âge qui précédèrent la période féodale, très-exactement – mis en œuvre une critique systémique de la pratique de l’esclavage, qui a abouti à une politique d’affranchissement massif de tous ceux qui avaient jusque-là été réduits en esclavage sous l’Empire Romain. On apprend en effet dans nos livres d’Histoire qu’on attribua aux hommes ainsi libérés de leurs chaines antiques, des « alleux », c’est-à-dire des terres dont ils étaient pleinement propriétaires et bénéficiaires. En ces temps-là les petits propriétaires terriens n’étaient pas encore des « serfs » et n’auraient pas accepté de le devenir ; la pratique du servage ne vint que bien plus tard, lorsque le souvenir cruel de ce qu’avait été l’Empire Romain pour les petites gens, et sa virulente critique primo-chrétienne, se furent un peu estompés. « Franc » ne veut en effet pas dire seulement « homme libre » mais aussi « homme affranchi ». Il a osé me répondre, dans un coup de sang, que tout cela était faux et que je mentais. Aventure triste et étrange à la fois.

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Il a encore écrit ceci, dans un billet qu’il dédiait entièrement à sa haine de la démocratie :

Spiritualiser les passions et non les éradiquer à la manière chrétienne (sic.) est donc la seule manière de surmonter un effondrement qui ne cesse de guetter, au confluent de toute mort. […] on ne peut aimer que celui ou celle dont on sait qu’il manie le poignard, contre soi ou contre lui-même, peu importe.

Pour résumer, Mémento Mouloud pense fondamentalement que le christianisme va de pair avec la démocratie (ce qui reste à prouver) et que ces deux doctrines sont des doctrines qui châtrent l’homme, ou faites pour les châtrés de naissance. Place donc aux hors-la-loi et aux transgressifs ! Et mort aux moralistes qui n’ont pas fait leurs preuves… Comme c’est original et comme c’est nouveau ! C’est l’anti-christianisme Nietzchéen dans sa lecture la plus radicalement premier-degré, la plus bête.

Mémento Mouloud qui doit avoir actuellement deux ou trois fois l’âge qu’avait Xir à cette époque, en est donc à peu près au même niveau existentiel et spirituel que ce dernier au moment où – en parfaite racaille postmoderne – il « balançait » des images de moi à poil sur le net. [Je n’expliquerai pas ici la weltanshauung qui était celle de Xir à cette époque dans les détail, cela nous mènerait trop loin : disons qu’il était en mode Danny Balint ; comprennent ceux qui me suivent].

A l’aune de tels propos, je pose seulement une question : prétendre que le christianisme, en péchant par excès de morale, soit une religion par trop rationnelle (il y a ici une contradiction problématique entre les termes religion/rationalité que ne prend pas soin d’interroger M.M mais, il n’est plus à ça près pour alimenter sa haine), est-ce flatter les chrétiens ou bien les assassiner en loucedé par là où leur orgueil pèche ?

Je répondrai pour ma part que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute.

Le christianisme en réalité n’est pas plus rationnel que mes fesses, c’est une religion de bonnes-femmes comme les autres, et sans doute la plus sensiblarde et la plus romantique de toutes, donc il n’y a pas lieu de voir autre chose dans les procédés intellectuels que M.M utilise pour penser le christianisme, que des syllogismes trompeurs, des pièges rhétoriques, beaucoup de mauvaise-foi et beaucoup de rouerie.

Depuis où le critique de la religion nous parle-t-il ici ? Est-il religieux lui-même ? Athée ? Mais il critique aussi l’athéisme ! – Peu importent ses croyances à lui, me dites-vous ? Mais alors suppose-t-on qu’il n’en ait pas ? Avez-vous déjà vu un homme dépourvu de croyances ? Pour que je puisse croire en son objectivité à ce sujet, il faudrait soit que M.M n’ait pas de croyances, soit qu’il assume clairement celles qui sont siennes. Car toute croyance chez un homme, et d’autant plus lorsqu’elle n’est pas assumée (ou pire encore inconsciente), influence son jugement. Avez-vous déjà vu un homme dépourvu de croyances ? Moi pas : un homme pense, et pense en premier lieu à partir de ses croyances-propre (on ne pense jamais qu’à partir de postulats, et nos croyances sont nos premiers postulats), que ce soit pour les suivre ou en les observant avec recul, circonspection et cynisme. Car un homme ne peut penser juste qu’en assumant la mesure que prend sa subjectivité dans ses propres raisonnements. Il lui faut distinguer en premier lieu ce qui chez lui relève de la profession de foi et ce qui relève du raisonnement pur. C’est-là la seule voie possible vers un jugement objectif. Un homme a le droit de dire : je crois. C’est même un courage et une honnêteté de sa part. Tant qu’il ne confond pas ses croyances avec des faits.

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Mémento Mouloud, dans un billet tagué : #finis_franciae, a écrit les passages suivants :

Quand bien même Hollande tomberait à moins de 5 % d’opinions favorables et qu’on le surnomme Flamby président jusque dans les couloirs de crèche, la puissance qu’il déploie au Mali, en Centrafrique, en Irak, en font un maître pour le reste du monde et un punching ball pour les seuls français, populace infâme qui s’imagine importante parce qu’elle râle et s’indigne.

Je ne traiterai pas de la meilleure manière de départager gauche et droite, si même il existe une gauche et une droite, je laisse cela à d’autres, les poncifs ne m’intéressent pas. Comment autant de français choisissent comme un seul homme les dirigeants les plus minables et les plus corrompus avec constance ? Et surtout, finissent par leur obéir comme s’ils avaient affaire aux plus fins légistes, aux esprits les plus distingués ou à une dictature sanglante. D’où vient cette obéissance servile de domestique en livrée ?

Vichy était peut-être venu après la défaite de mai-juin 1940, mais en 2014, il n’y a aucune asthénie militaire mais la veulerie est la même et l’antisémitisme revient. Ce n’est pas la France éternelle, c’est juste le pénultième signal d’un cerveau reptilien de masse. En 1940, de Gaulle avait bien compris que la France ne pouvait pas toujours gagner, en 2014, il faut se rendre à l’évidence, l’idiotie a ses médaillés et la liste des lauréats est infinie, elle porte la mention Made in France.

Dans les commentaire il tient ensuite les (étranges) propos suivants :

Les anglais sont protestants, René, les variations de la foi et des églises, des sectes et des groupuscules ne les gênent pas, seuls quelques élus sont d’ores et déjà sauvés. Nous sommes catholiques et anticléricaux de tradition, ça donne un double idéal paradoxal d’amour pour le prochain qui se retournait en haine meurtrière (depuis 1962, nous n’allons plus jusqu’à la tuerie, ça fait mauvais genre) et de concorde sous la conduite de légistes éclairés (et bien entendu toujours corrompus). La troisième tradition (peut-être que je l’invente mais j’en doute) est souterraine, secrète, elle rassemble des croyants et des athées, elle ne croit pas en l’Etat, au peuple et en la démocratie, elle n’est pas pour autant sceptique, je reprendrai cette phrase « Seigneur, ayez pitié, ayez pitié des fous et des folles ! O Créateur ! peut-il exister des monstres aux yeux de Celui-là seul qui sait pourquoi ils existent, comment ils se sont faits et comment ils auraient pu ne pas se faire »

Dans la foulée de plusieurs prises de bec fondamentales (dont je n’ai hélas pas conservé de trace) avec Mémento au sujet de la psychanalyse (sujet sur lequel nous sommes les adversaires les plus diamétralement opposés du monde) je me suis autorisée à lui répondre ceci, suite à quoi j’ai été (une fois de plus) censurée énergiquement, et dans le plus complet silence :

« En 1940, de Gaulle avait bien compris que la France ne pouvait pas toujours gagner, en 2014, il faut se rendre à l’évidence, l’idiotie a ses médaillés et la liste des lauréats est infinie, elle porte la mention Made in France. »

LOL ! Cette haine à l’état pur ! xD

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Est-ce que vous avez entendu l’interview qu’Onfray a donné à Philippe Bilger ? Excellente, non ?

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« La troisième tradition (peut-être que je l’invente mais j’en doute) est souterraine, secrète, elle rassemble des croyants et des athées, elle ne croit pas en l’Etat, au peuple et en la démocratie, elle n’est pas pour autant sceptique, je reprendrai cette phrase « Seigneur, ayez pitié, ayez pitié des fous et des folles !  » [Mémento Mouloud]

Si l’on enfermait moins de ces fous éloquents et inoffensifs – les « Idiots », les « Simples » – qui ne « servent à rien » dans la société marchande, (les « simples d’esprit » ne sont pas en mesure de travailler et voilà en général le principal motif de leur actuelle psychiatrisation), et davantage de ces vrais fous dangereux qui dirigent le monde (ces psychopathes qui passent à l’acte tous les jours dans les lieux de pouvoir – qui actionnent à mains nues, sur les places boursières, en toute impunité, un svastika monumental qui ne dit pas son nom), eh bien peut-être que le monde dans lequel nous vivons en serait comme « simplifié », lui aussi.

Peut-être que le monde en serait de nouveau rendu accessible aux petites gens, aux gens doux et gentils, qui ne savent pas manipuler autrui, qui ne savent pas quand on les manipule, qui sont simplement désireux de bien-faire. Peut-être que le monde, du coup, aurait plus de fantaisie, plus de légèreté, qu’on y rirait plus et qu’on y calculerait moins, et que le monde serait moins cette machine matérialiste que nous subissons actuellement, qui écrase, étouffe, torture les âmes (afin supposément d’en tirer « de la croissance » ou de la productivité – mon cul).

Peut-être que si les « Simples » et les « Idiots » n’étaient pas tourmentés comme ils le sont actuellement par les sectateurs de Freud, l’Eglise récupérerait le vivier historique auquel elle a toujours puisé ses Saints. Car les saints sont la vie de l’Eglise. Les prélats ne sont là que comme un corps inerte et pour ainsi dire inintelligent, un corps soumis à une hiérarchie militaire qui n’attend qu’une chose, et c’est de prendre ses ordres de ces « illuminés » et de ces « inspirés » que sont les gentils petits saints.

Dites-vous bien qu’aussi « folles » que puissent paraître mes réflexions, je ne les tire pas de mon chapeau, mais de mes lectures de Michelet (entre autre). Si un certain nombre d’auteurs ne m’avaient pas montré la voie, je n’oserais pas écrire des choses pareilles – j’aurais simplement peur de me faire moquer.

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Sinon, la France n’est pas « finite », comme vous dites. En France on a toujours crié : « Le Roy est mort, vive le Roy ». Ainsi, ce n’est pas parce que Dieu est mort, qu’il n’est pas pour autant ressuscité. Dieu est mort ET ressuscité, cela fait maintenant plus de 2000 ans qu’on le sait.

Nietzsche lui-même a conçu son Zarathoustra de telle sorte qu’il puisse être lu comme un cinquième évangile (c’est-à-dire non comme une remise en cause totale du corpus religieux ancien, mais simplement comme un énième ajout à celui-ci, dans le respect des règles paradoxales très spécifiques qui y ont toujours régné).

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Pour ce qui est de Hollande, Zemmour a excellemment analysé le phénomène. Hollande est monté sur le trône de France comme on serait monté à la tête de n’importe quel gouvernement européen, or le trône de France est lié de toute éternité à une fonction sacrée. Une certaine colombe invisible, à un moment donné, lui a effleuré la tête de la Sainte Ampoule. Même si cela paraît déraisonnable, c’est ainsi qu’il faut raisonner pour comprendre ce qui lui arrive et la façon dont les français le traitent. Un certain nombre d’âmes veille à ce que cela soit ainsi, et par la force de leur croyance, conservent à cette fonction sacrée un « charme actif ». Hollande a donc posé une couronne sur sa tête qui agit positivement sur lui, qui s’est emparée de la substance de sa personnalité et de ses actes pour les transformer en signes des temps et en symboles, voués à avoir des répercussions dans la société. C’est ainsi que le sacré de tout temps accomplit son travail : il se nourrit du vulgaire et le transcende. Hollande ne peut simplement se contenter d’être vulgaire, « normal », un « homme ordinaire », ou bien il le sera à ses propres dépens – à ses dépens mais par répercussion dans l’intérêt de la nation.

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Personnellement, j’apprécie beaucoup le travail actuel que la personnalité de Hollande accomplit sur les esprits français. En ressemblant ainsi à s’y méprendre à un petit père Ubu grotesque et ridicule, il aide le peuple français à accepter de réaliser cette horreur toute simple : qu’il est gouverné par des marionnettes du grand capital, et que la Démocratie, la République, à proprement parler ne sont plus que des mots creux et des vœux pieux.

Cela faisait longtemps que cela marchait ainsi, en fait. C’est seulement parce que Hollande ressemble autant à un « poupon » qu’on accepte enfin de comprendre pleinement à quel point il est – comme était avant lui Sarkozy, mais en donnant encore un peu l’illusion d’être un homme de pouvoir – une marionnette.

Tous les autres chefs d’état d’Europe sont des marionnettes, vous en conviendrez bien aisément avec moi, Mémento Mouloud. La seule différence entre le peuple français et les autres peuples européens, c’est que le peuple français est en train de se fédérer contre cette idée d’être gouverné par une marionnette, et que c’est le seul peuple au monde actuellement, je crois, à faire cela aussi clairement, aussi franchement, sans chercher d’autres raisons à son malheur.

Car ce n’est pas après Hollande que les français en ont, Mémento. Hollande ne serait pas notre président, mais quelque chose d’autre – je ne sais, un expert politique ou un commentateur par, exemple – il est probable que les gens le trouveraient touchant et l’aimeraient bien. Or Hollande est notre président, et ce qu’expriment les français lorsqu’ils jettent des tomates à la tête de Hollande (sans aller plus loin, notez bien : sans renverser le gouvernement à coups de pioches et de pelles et sans trancher le cou de tous les politiciens véreux), ce qu’ils expriment c’est leur désir de revoir un jour la fonction présidentielle retrouver son lustre d’antan… C’est-à-dire que ce qu’ils exigent, c’est que leur vote n’aille plus à une marionnette dénuée de pouvoir et de marge de manœuvre réelle, mais de pouvoir voter à nouveau pour un vrai homme de pouvoir, c’est-à-dire que la France soit à nouveau une République libre de ses choix – un vrai pays! – et non plus une sorte de principauté caritative symbolique mise sous tutelle.

Hollande l’homme, avec tout ce qu’il s’est gavé et continuera à se gaver, rassurez-vous, s’en remettra.

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