Mégalo menthe-à-l’eau

– Notes pour faire quelque chose dans le style héroïque-fantaisiste.

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Aymonde est une déesse qu’on a envoyée quelque temps sur la terre pour s’incarner.

Cette pratique est relativement usuelle chez les Dieux… bien davantage, du moins, qu’on ne le croit parmi les hommes. Surtout depuis qu’ils sont devenus de tels blagueurs : ils se trouvent chics de ne plus croire en rien !

L’incarnation n’est pas du tout utilisée dans le seul but qu’on pourrait croire : créer une nouvelle religion, lancer un aventurier, un chef de guerre, une grande-prêtresse à la tête d’une nation. Il s’agit en fait la plupart du temps d’une formalité toute simple : on envoie à un moment donné une sorte d’instrument de sondage pour prendre le pouls d’une société. Il s’agit, en toute simplicité, de sonder la température des mœurs du lieu, de voir un peu ce que valent ses hommes… Toujours cette obsession du Jugement moral qui caractérise nos Créateurs… enfin, leurs descendants d’aujourd’hui car nos créateurs sont morts et enterrés depuis longtemps. De même que nous ne sommes plus que les rejetons éloignés des créations originales de nos créateurs.

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Nota bene : Il m’arrivera de dire tantôt que nos Dieux sont les enfants des Dieux des temps héroïques, mais que ces derniers sont morts depuis des lustres, tantôt que les Dieux sont immortels, ce qui donne l’impression que je me contredis. En réalité il n’y a de contradiction ici qu’aux yeux des simples, car s’il fallait expliquer de quelle manière les Dieux s’y prennent pour être immortels tout en continuant à se tuer et s’engendrer les uns les autres, il suffirait de s’en référer à la tradition polythéiste antique. Mais puisqu’il faut bien tout de même éclairer un peu ce paradoxe – pour les besoins de la linéarité du récit -, figurez-vous les Dieux comme des puissances pré-existant à tout, sous une forme pure et fixe (puissances des éléments – terre, eau, feu.. etc – puissances morales – amour, guerre, fidélité.. etc.), qui lorsqu’elles donnent la vie ne font que s’engendrer à nouveau elles-mêmes sous une nouvelle forme et qui lorsqu’elles s’assassinent aboutissent au même résultat. Ainsi on peut imaginer qu’à certaines époques les Dieux existaient dans un Panthéon magnifique où leurs forces étaient sublimées, au meilleur de leur forme, mais que plus tard ils ont continué à exister à travers une descendance qui n’était qu’une nouvelle version d’eux-mêmes, mais amoindrie. Les Dieux en effet ne semblent pas avoir à proprement parler de sens aigu de leur individualité. Chez eux la lignée est tout, et fait office d’identité en quelque sorte. Bref. Ce sont un peu des primitifs au niveau de leur mentalité, par rapport à nous, comme vous le voyez.

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Aymonde naît donc parmi le peuple dans une famille de simples gens de la classe moyenne, sous la forme d’une petite fille gentille mais sans plus, sans dons extraordinaires, ni signe particulier… On n’a pas du tout l’intention à la base de faire en sorte que la chose se sache, on ne veut pas attirer l’attention sur elle : on est dans la procédure de routine, le but n’est pas d’envoyer un avertissement terrifiant, un héros sur la terre ou un monstre des abysses, pour écrire une merveilleuse Odyssée nouvelle qui doit changer la face du monde des hommes et engendrer une nouvelle race. Personne ne fait plus ça.

Les Dieux sont devenus prudents eux aussi, voyez-vous, peut-être que leur race a vieilli. Non pas qu’ils ne croient plus en eux-mêmes, mais eux aussi finalement sont tenus désormais humiliés, en décadence, dans l’ombre pesante de leur propre jeunesse mythique, qu’ils ne songent nullement à surpasser.

Du côté des Dieux on veut seulement, au commencement de cette histoire, comme j’expliquais plus haut, procéder à un petit test de sécurité. La déesse elle-même n’est pas sensée se rappeler de qui elle est durant sa vie sur terre…_ en l’occurrence, on pourrait dire : « de l’avatar de quelle Puissance elle est ».

Si jamais la mémoire devait lui en revenir au cours de son existence de mortelle, ce serait déjà un fort mauvais présage. Un signe des temps. Ce serait le signe que le réveil des puissances primordiales est à l’ordre du jour, c’est-à-dire que les hommes sont très malheureux et que rien ne va plus. Personne ne s’attend plus à ce qu’advienne une chose pareille du côté des hautes-sphères. Là-bas, dans les nuées parallèles où évolue le petit conciliabule des enfants des Dieux, on se figure au contraire que la vie des hommes sur la terre est entrée dans une sorte de longue phase ultime de grande prospérité.

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Curieusement, et bien que la chose doive faire sourire n’importe quel humain doué d’un fond d’intelligence, du côté du Divin, on s’imagine réellement une chose pareille ! On se dit que l’espèce humaine a en quelque sorte accédé à l’âge de raison, à l’âge de la sagesse, qui est aussi celui de la liberté et de l’indépendance…

_Si pour l’homme, la raison de l’existence n’est qu’une question insoluble et que cela le satisfait, grand bien lui fasse ! Certes aucun Dieu ne se satisferait jamais d’une raison comme celle-là ! 

Et, bien au fond, pour être tout-à-fait honnête, on est  – en haut lieu – fort heureux de cet état de fait, pour ne pas dire soulagé. La civilisation humaine ayant depuis quelques temps évolué en courbe exponentielle, au-delà de toute espérance, dans une direction qui, à vrai dire, a pris de court un peu tout le monde, si elle trouvait le moyen de tourner à nouveau son visage éploré en direction des héritiers actuels des grands responsables originels de sa terrible et déprimante Condition, les héritiers en question seraient bien en peine de lui révéler quelle est la marche à suivre. Eux-même, s’ils se retrouvaient à devoir être des mortels du jour au lendemain, en seraient bien ennuyés.

Ainsi les anges éternels qui vivent dans les Cieux parallèles où réside toute la Vérité de ce monde (dont le nôtre, ainsi que la montré Platon, n’est qu’un vague reflet terni), pensent en quelque sorte avoir accompli tout ce qu’il y avait à accomplir (et au-delà!) avec notre pauvre humanité condamnée. En effet, comme l’a fort bien exprimé Schopenhauer, nous-autres sommes destinés au trépas, ainsi le pire est toujours à venir, et nous n’avons jamais devant nous que la perspective de la déception, et de la pourriture…

Nous autres les hommes, nos Divins Maîtres pensent-ils, en perdant notre piété farouche, hallucinée, des premiers âges, avons aussi perdu en démesure, en ambition, en folie… On se dit, dès lors, du côté de l’Eternel, qu’on peut bien nous laisser désormais un peu seuls à nous-mêmes, nous débrouiller avec les ersatz de puissance qui nous restent si cela nous amuse.

« S’ils parviennent », se disent-ils, « à se satisfaire du sinistre lot qui est le leur – la mortelle condition, la frustration permanente, le deuil et la responsabilité des uns envers les autres – en se passant des divines ivresses de la Foi et des Passions qui réifient le réel dans sa prime dimension mythique, ils peuvent naturellement être laissés libres de gérer le peu qu’il leur reste de destin, en toute autonomie. »

Car ainsi dépouillés des anciens liens magiques qui nous faisaient interagir avec nos Créateurs, nous ne sommes plus guère dangereux pour ces derniers. Les athées ne dérangent pas les Dieux dans l’éternelle félicité et l’éternelle satiété qui les caractérise, hélas.

En somme, on pense dans les jardins du dessus des nuages, que plus personne ne sera désormais amené sur la terre à se prendre pour un Dieu. Puisque les humains ont oublié comment on invoquait le Divin, et ont définitivement renoncé à croire à la Magie, qui parmi eux saurait encore en exprimer et le désir et le besoin ? « Les temps héroïques sont finis là-bas », les Dieux se disent-ils, « et il est l’heure pour cette bonne espèce raisonnable qui est déjà allée trop loin dans la brûlure de la lucidité, de vivre enfin en paix et de se reposer comme les autres bêtes de ses inefficaces efforts pour échapper à une condition soumise ».

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A vrai dire, cela faisait déjà un bon petit bout de temps qu’on envoyait des Dieux sur la terre et que rien ne se passait. Tout le monde (mis à part quelques divinités marginales peut-être) s’en félicitait d’ailleurs : on n’avait pas vraiment envie de gérer l’avènement d’une poussée irrationnelle, si elle advenait dans la société post-moderne… En fait on pensait qu’il était strictement impossible aux hommes dans l’état actuel de leur conscience d’eux-mêmes de basculer dans cet état de la matière qui la fait communiquer avec le virtuel. Voilà déjà plus d’un siècle que les hommes élisaient leurs célébrités uniquement parmi eux, et dédaignaient les personnes qui avaient de la fibre divine.

Les parents qui furent alloués à Aymonde sur la terre étaient certes un peu exaltés, un peu mystiques, – donc eux-même déjà un peu « inadaptés » – mais c’était le pré-requis dans un pareil cas : on n’a pas encore le droit en haut lieu d’envoyer des Dieux naître chez des gens qui n’ont rien demandé. Évidemment, la société occidentale en était à un tel point de rationalité pépère qu’il devenait même difficile de trouver cette engeance-là en son sein : les mystiques. [En Orient et en Afrique on en trouvait encore beaucoup, mais les Dieux ne pouvaient pas « sonder » que ces sociétés-là. Et paradoxalement ces sociétés n’ayant pas accédé comme l’Occidentale à la maîtrise des derniers concepts philosophiques, ni aux outils scientifiques les plus pointus, ni aux véritables instruments de pouvoir qui agitaient le Siècle, les Dieux s’en désintéressaient peu à peu.] Aussi on se rabattit sur la première paire de hippies sincères, pas trop acculturés et pas trop tarés qui se proposait dans le cœur de la France.

Aussi longtemps que sa vie de déroulerait de façon normale, la réalité de l’être d’Aymonde ne devait pas se révéler au grand jour… et, selon toute vraisemblance, dans la situation où en était l’Europe à ce moment-là _ quelque chose comme une routine pacifique, une blague bienveillante _ elle ne se révèlerait pas. C’est-à-dire qu’il était à peu près évident à l’époque que les temps héroïques étaient révolus. Quoiqu’en pensaient encore quelques paranoïaques désaxés, les hommes _ qui avaient pourtant été, deux siècles seulement auparavant, des eschatologues de l’espèce la plus sérieuse_ étaient désormais sortis de l’Histoire, et donc l’Apocalypse n’était plus du tout à l’ordre du jour. Mais l’époque, comme une chaine de volcans trop profondément endormie, grondait d’un feu souterrain plus pressant qu’on ne l’eût pu croire vu du ciel. Les barrières étaient nombreuses et la pression d’autant plus forte, car la nostalgie des temps héroïques peut prendre des formes héroïques. Et il y a des siècles de bassesse qui n’ont de l’humilité que la robe.

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AYMONDE S’ADRESSE AUX  DIEUX PAR LE TRUCHEMENT DE LA PERSONNE DE CEUX QU’ELLE PREND POUR DES PRÊTRES :

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Trop tard, mes petits amis ! A présent vous voulez me réhabiliter, mais je sais bien que c’était dans les premiers temps que j’avais raison, puisque ce sont ces premiers temps qu’à présent vous venez m’acheter _ cette essence sacrée est pour vous de l’ordre du combustible fossile. Vous en avez besoin pour vous perpétuer dans l’erreur. Alors qu’elle est toute la vie dans mes veines. Cela prouve bien combien ma vie, vous la haïssez.

Ô ne croyez pas que je ne vois pas que vous me regardez comme on regarde un puits !

Autrefois, quand je suis venue parmi vous, pour être traitée en sœur, en simple semblable, et que je détenais la force, quand j’étais moi-même la force vive, vous n’avez pas voulu de moi. Vous n’aviez manifestement pas reçu les yeux qu’il fallait pour me voir, ni le cœur qu’il fallait pour m’aimer… J’ai suscité en vous une forme étrange de répugnance. Vous n’étiez même pas capables de ne pas me briser, de ne pas me faire saigner, quand je vous faisais les plus beaux présents… Alors que c’était-là le minimum de ce que votre tradition laissait attendre de vous.

C’est par votre faute que je sais aujourd’hui que j’étais dans le juste autrefois, puisqu’aujourd’hui cet autrefois est devenu mon fond de commerce, puisque vous me l’achetez à prix d’or, sous la forme inerte d’un souvenir – le souvenir que j’ai d’avoir un jour existé.

Autrefois, quand vous m’avez rencontrée au détours d’un sentier, vous m’avez prise à chaque reprise pour votre subalterne _ et cependant je portais la couronne ! – Ce que vous nommiez « Subalterne », était la couronne. Toutes les valeurs d’alors étaient inversées. Grille facile. La couronne… celle-là même qu’aujourd’hui vous convoitez ! Mais alors, quand pourtant je vous en suppliais, vous ne m’avez jamais reconnue. Aussi la couronne ne sera jamais à vous.

Vous avez méprisé la vitalité en moi, comme si la vitalité était l’apanage des pauvres et des serviteurs… Et la richesse que j’ai vue en vous _ car je croyais en vos mirage, et plus encore je les aimais d’un amour émerveillé _ n’était rien d’autre que la mort… et le désir de ma mort. Car je faisais naître en vous un accès brutal d’Envie, et c’était la sécheresse en vous qui criait famine, et vous étiez jaloux de cette puissance.

Vous avez préféré m’humilier et me moquer en ce temps-là, comptant qu’à ce rythme-là mon innocence ne durerait guère… _ vous m’avez traitée comme une vulgaire pièce de bétail, vous m’avez ri au nez, bousculée sans vergogne, vous m’avez parlé un langage de brutes, à moi que cette couronne rendait pourtant si délicate, si tendre, si fragile ! _ Oh, vous escomptiez me diminuer prestement… Làs, il n’en a rien été ! J’ai augmenté, pareille à un fleuve de feu souterrain sous la pression. J’ai augmenté et j’ai grandi.

_ Non seulement vous n’avez pas une seule fois honoré ma délicatesse quand elle ne faisait rien d’autre que se montrer dans toute son ingénuité inoffensive, mais vous m’avez giflée et craché dessus pour la vérité toute crue qui sortait de ma bouche, comme si je vous l’avais usurpée, cette vérité, comme si vous aviez dû en être les dépositaires unique, qu’il était inadmissible qu’elle sorte d’une bouche étrangère… comme si nous ne pouvions pas la partager.

Et comme je ne savais pas moi-même encore que mes mots était ceux de la vérité, car je n’avais pas encore été informée de qui j’étais, je n’étais même pas en capacité de comprendre ce qu’il m’arrivait, c’est-à-dire de me faire une raison de toute cette violence… J’étais celle qu’on disait folle, mais qui en vérité, seule voyante, marchait sans comprendre au milieu du royaume des fous.

Quand j’étais parmi vous, vous ne m’avez pas reconnue. A présent que je comprends, soyez maudits ! Je ne serai jamais votre sœur ; j’ai trouvé la fraternité entre d’autres bras. Les bras des simples mortels auxquels désormais j’appartiens. Le divorce entre nos deux parties est consommé… A présent c’est la voix des racines qui parlera par ma bouche, autant dire la voix du sang.

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Pause Noël

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J’ai décidé d’arrêter de bloguer pendant les fêtes…  avec les préparatifs de Noël, je n’ai plus suffisamment de temps libre pour écrire. Et puis, dans ma position, jouer les geeks à cette période de l’année serait une attitude un peu immature.

C’est qu’il faut bien devenir adulte un jour ! Chez les filles ça doit se faire plus tôt ; ne vous inquiétez pas si vous êtes en retard sur moi, les gars.

Je vous souhaite donc à tous, chers lecteurs, un joyeux solstice,

Des bises… @++++

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Pour ceusses qui n’auraient pas suivi le grand débat en novembre, un cadeau bonus :

Un spécial « Contre la musique » avec Steppenwolf dans les commentaires du CGB à l’adresse suivante :

–> http://www.culturalgangbang.com/2014/11/latonalisme-contre-les-heures-sombres.html#comment-form

A consulter ne serait-ce que pour l’article de Beboper, qui est excellent, comme d’habitude.

Féminisme vrai (2)

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Céans, plutôt que de me répandre en longs discours, je me contenterai de livrer à votre expertise de lecteurs d’élite* une petite curiosité glanée sur le net.

Il faut que vous sachiez qu’il y a, depuis quelques temps, un drôle de young angry white man pseudo-nommé Steppenwolf qui pond sur le CGB des commentaires-fleuves d’un goût très particulier. On apprend sous l’article intitulé Révisionnisme Orgasmique qu’il vient d’ouvrir un blog. Celui-ci ne comporte pour l’instant qu’un seul article, qui concerne précisément le sujet qui nous intéresse, aussi je vous enjoins chaleureusement à aller le consulter : Ici .

Ce sera tout pour l’instant, à vous les studios.

(* je reprends cette terrible expression en la mémoire de quelqu’un que les réacosphériques de moins de 4 ans de blogging ne peuvent pas connaître… ^^)

Féminisme vrai (1)

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Fut un temps où je m’amusais simplement à écrire ici tout ce que je pouvais croire vrai, à un instant t, rien qu’en interrogeant ma conscience, et sans me soucier de la façon dont cela serait perçu, ou de si les propos que ma conscience allait me pousser à tenir étaient ou non choquants ou même répréhensibles… J’aimais cela : non pas forcément pour l’art d’avoir raison, mais simplement pour celui d’évaluer ma conscience… Je voulais éprouver la qualité morale de ce en quoi mon expérience de la vie m’avait amené à croire… Je voulais voir également si entre les multiples certitudes en apparences opposées que j’avais pu avoir à des époques différentes, en des périodes de temps assez éloignées, je voulais voir s’il n’y avait pas la possibilité d’établir des ponts entre tout ça… Je voulais voir si j’étais vraiment aussi multiple et incohérente que je pouvais le paraître aux yeux de certains – qu’aujourd’hui j’appelle les profanes ^^ – car j’avais l’intuition folle qu’en dépit de mes plusieurs virtualité (et de mon sexe féminin), comme tour un chacun, je n’étais qu’un.

On a donc pu lire autrefois sous ma plume des choses assez provocatrices… J’étais un peu désespérée aussi, j’étais fondamentalement seule – une jeune adulte désœuvrée trainant depuis trop longtemps dans sa chambre d’adolescente – ce qui faisait que je n’avais peur de rien. Je ne demandais alors que des sensations fortes et de l’aventure. Le respect de moi-même était une chose qui ne me touchait pas. Quand on n’a que soi-même sur qui veiller, de qui prendre soin, on est finalement bien peu de choses. Il a fallu que la bonne santé et l’honneur d’autres personnes en viennent à dépendre des miens, pour que je retrouve enfin le sens de ma propre dignité que le désœuvrement et le mépris de moi-même m’avaient fait perdre.

En ce temps-là j’écrivais donc des choses dangereuses. Mais que je m’en foutais ! Vous savez, quand on passe son temps à parler dans le vide à des gens qui n’écoutent pas et qui prennent tout ce que vous dites pour du pipi de chat sans conséquence ni profondeur, la perspective de choquer quelqu’un, ou simplement de provoquer quelque remous, rien que par l’usage du langage, semble une perspective utopique, et même un Graal inespéré.

Récemment j’ai vu dans mes stats qu’il y avait un afflux de lecteurs sur l’un de mes vieux articles. La propriété c’est le viol. Tout d’abord je n’en ai rien eu à foutre, je me suis dit qu’il devait y avoir un troll qui linkait cette page comme un forcené, sur tous ses nombreux comptes Facebook… Dans un premier temps mon orgueil a parlé : « Et puis alors ? Quand bien même ? qu’ai-je à me reprocher ? »… Et puis je suis retournée me lire et j’ai eu honte. Pour ce qu’il y avait d’écrit à l’origine dans ce billet, j’aurais bien pu écoper d’un procès. J’ai imaginé que la personne dont je citais le nom se plaigne et je me suis vue retirer d’office mes propos avec de plates excuses. Je me suis trouvée tellement indéfendable rétrospectivement que finalement j’ai fini par supprimer moi-même l’article sans attendre qu’on ne me le demande. Je l’ai remis en ligne aujourd’hui (quatre années et un jour plus tard très exactement – hasard rigolo) après y avoir ménagé quelque corrections.

Ce n’est pas du tout du fonds de l’article dont je rougis aujourd’hui, mais simplement de l’attaque perfide ad-hominem qu’elle contenait à l’époque. Franchement bas.

En ce qui concerne le sens profonds des propos que je tiens dans ce vieil article, puisqu’à la première lecture ils peuvent paraître un peu sibyllins, je m’en rends compte également aujourd’hui, j’ajouterai qu’il est contenu dans le passage suivant d’un autre de mes billet, intitulé : « C’est l’histoire d’un mec… ou pourquoi les femmes sont aussi bavardes » :

« Elle aurait voulu conclure en disant que tout cela démontrait qu’à l’origine de la recherche du mal en amour, contrairement à ce que croyaient les puritains, il n’y avait non pas l’amour du mal, mais l’amour du bien. Elle aurait voulu faire comprendre cela au monde : que l’amour n’était rien d’autre qu’une quête du sublime, et que le sublime ne pouvait passer que par la conversion du mal en bien, ce pourquoi cette quête nécessitait un passage dangereux, le passage à travers le mal, qui était un peu comme l’épreuve du feu de l’amour, d’à travers laquelle on ne ressortait jamais que cramé ou grandi. Elle aurait voulu tenir un puritain, là, devant elle, en avoir un à sa portée, pour lui expliquer que le mal en tant que tel n’avait jamais eu et n’aurait jamais aucun attrait intrinsèque, et qu’il était donc inutile et malsain de se focaliser sur lui comme sur une entité distincte, possédant sa puissance propre, alors qu’en vérité il tirait toute sa puissance du bien. Mais elle ne put pas faire cela.  »

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Pour approfondir le sujet de ces puritains qui décolorent le monde en noir&blanc, permettez-moi de vous renvoyer à : « Faire le point sur les égorgeurs du Levant« . Je vous copie-colle l’essentiel à retenir de cet article pour bien saisir mon point de vue sur les ferments (diaboliques! ~’*,,*’~) de notre société qui en quelque sorte « légitiment » le viol par derrière, tout en l’interdisant formellement par devant :

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En Occident, il y a des gens bien, […] et puis il y a toute une gangue de merde humaine autour de ceux-là, qui cherche comme une foule de cancres ligués contre une poignée de bons élèves, qui cherche de toutes ses force à les faire taire et à les étouffer. Une gangue composée d’espèces de « sceptiques » jaloux, qui ne vivent que pour prouver que la perfection n’est pas de ce monde, qui n’existent que pour décourager toute personne s’efforçant de faire au mieux, et de devenir meilleure que les autres… Ils agissent ainsi parce que les gens de bien leur font honte, sans doute… honte de leurs propres incapacités, de leurs propres erreurs.

La gangue de ceux qui se confortent les uns les autres dans l’idée qu’on ne peut rien attendre de bon de l’homme, voilà ce qui étouffe les âmes libres qui tentent de conserver leur intégrité.

Voulez-vous savoir quel dogmes par excellence correspondent à cette définition ? Que vous le vouliez ou non, moi je vais vous le dire. Ceux qui par excellence ne veulent pas croire qu’on puisse attendre quelque chose de bon de l’Homme*, ceux qui par excellence sont sceptiques et défaitistes vis-à-vis de l’Homme*, ce sont ceux qui ont en commun de lire la Bible au pied-de-la-lettre : les protestants, les juifs et les musulmans. CQFD.

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*Dans « l’Homme », j’inclus bien sûr la femme, puisque la femme appartient au genre humain.

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Vous remarquerez que la dernière phrase du texte sur les égorgeurs du Levant est un astérisque. Il y a beaucoup plus dans cet astérisque à mes yeux, qu’il n’y paraît aux vôtres. Je pense donc que l’astérisque en question mérite d’être en bonne et due forme développé.

Laissez-moi prendre un exemple médiéval de ce que les_gens(MarqueDéposée) des deux sexes – lectrices auto-proclamées féministes de Elle et Marie-Claire et bons vieux misogynes « à la Zemmour » confondus – tendent habituellement à penser de ce qu’est la femme :

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La bourgeoise de Bath est un des contes de Canterbury (XIVème siècle). Il narre l’histoire d’un chevalier condamné à mort pour avoir violé une jeune fille. Il obtient un sursis pendant lequel il devra découvrir ce que veulent les femmes. Après bien des aventures, il trouve enfin la réponse, les femmes veulent universellement dominer leurs maris et leurs amants :

« (…)Que Jésus nous donne
Des maris dociles, jeunes, actifs au lit,
Et la grâce de pouvoir surenchérir.
Veuille Jésus, aussi, raccourcir la vie
Des maris rebelles au règne de leur femme
Quant aux vieux grincheux, lents à la dépense,
Que Dieu leur fasse vite attraper la peste. »

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Pour ma part, si jamais j’ai le malheur de tomber dans mon entourage sur une femme qui pense de cette façon, je ne la prendrai absolument pas pour une femme libre… mais pour une immonde grognasse.

Les femmes ne sont pas exemptées de se comporter comme des êtres humains, c’est-à-dire de faire preuve de charité et d’empathie. Tout vrai féminisme devrait commencer par là : il ne s’agit pas de dire que les femmes sont des hommes comme les autres au sens où elles doivent porter elle aussi le pantalon, la pipe et la bite, mais au sens où : /On ne naît pas homme, on le devient/.

La phrase de Simone de Beauvoir : « On ne nait pas femme, on le devient. » est un immondice intellectuel sans nom. Elle exclut encore une fois, mine de rien, et sans y paraître, les femmes de l’humanité en supposant que ce que l’on est en droit d’attendre d’elles dans le ciel des idées est ontologiquement différent de ce que l’on est en droit d’attendre dans l’absolu des hommes.

Alors, bien sûr, le fait est que notre société attend des hommes qu’ils se soumettent à qui porte l’argent, à qui porte puissance, à qui consomme le plus et le mieux, et sait offrir les meilleurs accessoires (bling-bling en métal précieux ou bling-bling intellectuel) au statut social qu’il veut pour son égo. Notre société veut ainsi des hommes « libres » qui portent toutes sortes de bijoux (des colliers de chiens) sur lesquels on peut lire leur degré de compréhension amoureuse et soumise au système. Nous vivons dans une société où le winner est celui qui fait sienne – avec émerveillement et joie, s’il vous plaît ! – la devise suivante : « tout se transforme – même les vices et les tares -, tout a un prix – pourvu qu’on trouve acheteur -, tout se consomme – pourvu qu’on en crée le besoin -, tout se vend – le prix se négocie. »

Une femme qui entre dans ce moule a évidemment toutes ses chances de « winner » (verbe transitif). Et il n’est pas faux de dire que les femmes ont des capacités plus grandes que les hommes à entrer dans ce moule par les temps qui courent. La raison n’en est pas bien compliquée : on a ici affaire à un système qui demande des esclaves, c’est-à-dire des gens doués de mentalités serviles. La femme a été habituée à servir l’homme et à être considérée comme une mineure pendant des millénaires (voire des millions d’années) : elle a une facilité plus grande à adopter un esprit servile, c’est-à-dire à soumettre sa dignité et son esprit critique à un maître. Tandis qu’on éduque encore traditionnellement chez nous l’individu de sexe masculin pour qu’il devienne maître de lui-même, doué d’esprit critique et libre.

Dans notre monde, devenir l’égale des hommes, pour une femme, équivaut en gros à accéder à un statut de salarié-consommateur indépendant qui nécessite systématiquement (ou presque) un esprit servile. Or il est bien évident que le philosophe et l’humaniste ne peuvent vouloir pour l’être humain, c’est-à-dire pour l’homme comme pour la femme, d’une telle destinée servile. Ces exigences que ma société a à mon propre endroit, je ne les souhaite pas même à mon pire ennemi, (car elles ne pourraient le rendre que plus méchant).

Lorsqu’un esprit philosophique véritable, un humaniste au sens plein du terme, pose la question suivante : « Que devons-nous attendre des femmes ? », il me semble qu’il ne peut rien vouloir de mieux pour ses sœurs en humanité que de les voir développer elles aussi une certaine élévation intellectuelle et morale, une forme de grandeur dans le courage des idées et la puissance des sentiment, une certaine sensibilité esthétique, un certain sens de la tendresse et de vraies capacités de fraternité vis-à-vis de leurs semblables des deux sexes. Ce qui signifie, dans tous les cas, – et même s’il n’était encore question, pour l’humaniste, de rien de plus que de trouver femme à aimer, à courtiser, à épouser ou à peindre -, qu’on ne peut pas non plus vouloir pour les femmes qu’elle aient un esprit servile. Comme le montre le poème moyennâgeux préalablement cité, l’esprit servile est bas, utilitariste et méchant. Quel homme a-t-il intérêt à offrir son cœur à quelqu’un de vil, de bas, de méchant ? Les gens sans cœur ne savent que faire de celui des autres, et quand il leur est donné loisir de le déchirer ils ne s’en privent jamais.

Ainsi, on ne peut idéalement attendre des femmes autre chose que de leur voir développer à leur tour les qualités de cœur et d’esprit que l’on attend d’ors et déjà des hommes.

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[La suite au prochain article _ celui-là commence déjà à se faire long]

Raiponce à « Talents différents » (lol!)… #la_dépression_chélé_surdoués

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ICI : http://www.talentdifferent.com/la-depression-existentielle-par-james-t-webb-1184.html#comment-21765

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Mais arrêtez de vous la raconter ! Ce sont les gens normaux qui se sentent triste d’apprendre qu’ils vont mourir et que la vie est une chose absurde. Les autres sont les vraies aberration. On a un coeur et une conscience ou l’on n’en a pas. Que cela arrive tôt ou tard dans la vie, j’ai envie de dire, n’est-ce pas un peu la même chose ?

Je plains ces pauvres gosses qui ont une bouche pour dire la vérité et des yeux pour la voir, auxquels on refile toute cette « littérature » pseudo-scientifique de gonzesse farcie de dogmes freudiens, – c’est-à-dire d’a-prioris bourgeois sur lesquels on a fixé les cache-misères d’une novlangue -, des concepts symboliques dignes des heures les plus mystique de l’antiquité babylonienne… Bref je plains ces pauvres gosses qui se retrouvent en situation de devoir accepter la « compréhensivité » forcée de toutes ces femmes savantes, ces bourgeoises à lunettes, qui occupent la plupart du temps les postes confortables de psychologues pour enfants et d’éducatrices.

Mais que ces enfants leur disent une bonne fois pour toutes leurs quatre vérités, à ces réducteurs de tête, et qu’on les laisse à leur mélancolie pleine de sens, si l’on n’a rien à leur proposer en échange que de la « positivité » de mascarade à l’américaine et des solutions made in société du commerce, où tout s’exploite, tout se transforme, tout se vend.

Quand l’âme émet un cri, cela devrait au moins inspirer un peu de recueillement aux moutons qui paissent en paix sur la terre sans jamais se rendre compte de rien. La colère des êtres humains qui ont des yeux pour voir dans ce monde d’aveugles et de borgnes, où tout le monde se trahit sans cesse, se ment, et s’instrumentalise dans la joie et la bonne humeur, devrait au moins être suffisamment respectée pour qu’on ne vienne pas expliquer dans des livres qu’elle est une anomalie, une maladie ou je ne sais quoi de tel.

La supériorité morale est une chose qui existe. Mais nous vivons dans un monde qui entend tout niveler par le bas, c’est-à-dire par les instincts, le bas-ventre, les tripes. Et puis l’on n’a plus le droit de nos jours de prétendre que les gens soient inégaux à la naissance, n’est-ce pas ? Il faut faire comme si tous les êtres humains avaient la même valeur ! A partir de là comment voulez-vous que les êtres supérieurs ne soient pas suicidaires.

On dit : « Mais leur problème est qu’ils ont trop de potentiels, qu’ils ne peuvent pas réaliser tous ces potentiels. Un tel pourrait être peintre, astrophysicien, biologiste, violoniste et acteur, il ne peut pas faire tout ça. » On oublie qu’avec quelques connaissances historiques, on est parfaitement en mesure d’expliquer pourquoi aujourd’hui un Pic de la Mirandole, réunissant tous les savoirs et les savoir-faire de son époque en sa seule personne, est devenu impossible. Cela vient de la nature-même du savoir total dont est de nos jours dépositaire l’humanité : c’est devenu une masse d’informations sans commune mesure avec ce que c’était du temps de la Renaissance. Ce n’est pas la nature des hommes à la Pic de la Mirandole qui a changé, c’est la nature de la matière qu’ils ont à ingurgiter, qui s’est multiplié en quantité dans des proportions dantesques. Nous vivons une ère de l’hyper-spécialisation, ce qui en vient à quasiment interdire l’idéal qu’avait la Renaissance de l’Honnête Homme, ce dépositaire de tous les arts, de toutes les vertus, aussi bien matheux que poète, maîtrisant toutes les règles des proportions du beau classique, aussi bien en sculpture, qu’en peinture, qu’en musique. On pensait en effet du temps de Léonard de Vinci, en accord avec la tradition platonicienne, que le sens esthétique et le sens éthique étaient peu ou prou une seule et même belle chose, ce qui induisait que les meilleurs d’entre les hommes, ceux qui devaient diriger la cité, s’ils étaient doués de courage et de fermeté morale, ne pouvaient pas ne pas également posséder un sens accru du bon et du beau : ainsi, dans une telle vision, l’homme politique, le philosophe, l’auteur dramatique, l’amateur d’art, le théologien, le médecin des corps comme celui des esprits et de l’âme, le connaisseurs des cieux, des sciences naturelles et le poète, ne pouvaient qu’être ontologiquement une seule et même chose… simplement prise en ses multiples virtualités.

Mais nous sommes arrivés aux temps de la science-reine, et les liens sacrés qui tenaient jadis a-priori, dans toutes les sagesses populaires, toutes les sortes de connaissances intriquées entre elles sur le plan du sens (aka : la signification) comme sur celui des sens (aka : l’émotionnel, le domaine sensible), ont été distendus, puis rompus.

On considère aujourd’hui qu’on ne peut pas « sentir » la qualité d’une équation comme on sent l’arôme d’une fleur ou la qualité d’une pièce de chant ou de théâtre, et que le mathématicien est fondamentalement un être froid et absent au monde qui ne peut s’intéresser à la politique. Cela aurait paru absurde aux athéniens antiques, pourtant cette croyance, nous la considérons comme étant notre réalité. [Comme quoi la réalité, les évidences, changent selon les époques.]

Or il advient en effet que nos contemporains matheux, pour l’écrasante majorité d’entre eux, ne s’intéressent selon toute apparence ni à tout ce qui relève de l’éthique ni à tout ce qui de nos jours, dans notre société, est considéré comme relevant de l’esthétique. Mais cela n’est pas du tout parce que les mathématiciens ne seraient pas des personnes sensibles, ou auraient une émotivité gâtée. _ Les autiste, bien souvent, lorsqu’ils sont intelligents par ailleurs, et même surtout lorsqu’ils sont suprêmement intelligents, ne sont pas inémotifs, bien au contraire, ils sont simplement forcés de couper court arbitrairement à leur émotivité dans les cas où elle est ardemment sollicitée par le monde extérieur, parce qu’elle est précisément trop sensible, et qu’elle leur envoie des signaux trop puissants, déchirants car d’une intensité trop forte pour leurs nerfs. _ Cela n’est ainsi que parce que nous vivons dans une société toute névrosée, aux yeux de laquelle le sens des choses a été irrémédiablement morcelé, qui est en deuil du sens de la vie et de la légitimité à être de toute chose, et où l’on refuse à ceux qui ont des sens plus poussés que les autres, qui leur permettent de sentir des vérités inaccessibles aux autres (notamment cette vérité de l’insignifiance de toute chose dans la société matérialiste dans laquelle nous vivons), d’enseigner à la société autrement qu’en se ruinant le moral et la santé psychique dans des activités hyper-spécialisées qui les diminuent, les aliènent et les réduisent à des minuscules petites boites humiliantes, sans commune mesure avec la grandeur de leur être, qui ne demande qu’à s’informer et à nous informer au-delà.

Ce sont des ponts entre les matières, _des ponts !_, dont on a besoin, et non pas encore et toujours de creusements plus profonds, plus spécialisés, plus myopes, donc plus éloignés les uns des autres, à l’intérieur de matières anciennement sœurs qui ne communiquent désormais jamais plus entre elles.