Féminisme vrai (1)

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Fut un temps où je m’amusais simplement à écrire ici tout ce que je pouvais croire vrai, à un instant t, rien qu’en interrogeant ma conscience, et sans me soucier de la façon dont cela serait perçu, ou de si les propos que ma conscience allait me pousser à tenir étaient ou non choquants ou même répréhensibles… J’aimais cela : non pas forcément pour l’art d’avoir raison, mais simplement pour celui d’évaluer ma conscience… Je voulais éprouver la qualité morale de ce en quoi mon expérience de la vie m’avait amené à croire… Je voulais voir également si entre les multiples certitudes en apparences opposées que j’avais pu avoir à des époques différentes, en des périodes de temps assez éloignées, je voulais voir s’il n’y avait pas la possibilité d’établir des ponts entre tout ça… Je voulais voir si j’étais vraiment aussi multiple et incohérente que je pouvais le paraître aux yeux de certains – qu’aujourd’hui j’appelle les profanes ^^ – car j’avais l’intuition folle qu’en dépit de mes plusieurs virtualité (et de mon sexe féminin), comme tour un chacun, je n’étais qu’un.

On a donc pu lire autrefois sous ma plume des choses assez provocatrices… J’étais un peu désespérée aussi, j’étais fondamentalement seule – une jeune adulte désœuvrée trainant depuis trop longtemps dans sa chambre d’adolescente – ce qui faisait que je n’avais peur de rien. Je ne demandais alors que des sensations fortes et de l’aventure. Le respect de moi-même était une chose qui ne me touchait pas. Quand on n’a que soi-même sur qui veiller, de qui prendre soin, on est finalement bien peu de choses. Il a fallu que la bonne santé et l’honneur d’autres personnes en viennent à dépendre des miens, pour que je retrouve enfin le sens de ma propre dignité que le désœuvrement et le mépris de moi-même m’avaient fait perdre.

En ce temps-là j’écrivais donc des choses dangereuses. Mais que je m’en foutais ! Vous savez, quand on passe son temps à parler dans le vide à des gens qui n’écoutent pas et qui prennent tout ce que vous dites pour du pipi de chat sans conséquence ni profondeur, la perspective de choquer quelqu’un, ou simplement de provoquer quelque remous, rien que par l’usage du langage, semble une perspective utopique, et même un Graal inespéré.

Récemment j’ai vu dans mes stats qu’il y avait un afflux de lecteurs sur l’un de mes vieux articles. La propriété c’est le viol. Tout d’abord je n’en ai rien eu à foutre, je me suis dit qu’il devait y avoir un troll qui linkait cette page comme un forcené, sur tous ses nombreux comptes Facebook… Dans un premier temps mon orgueil a parlé : « Et puis alors ? Quand bien même ? qu’ai-je à me reprocher ? »… Et puis je suis retournée me lire et j’ai eu honte. Pour ce qu’il y avait d’écrit à l’origine dans ce billet, j’aurais bien pu écoper d’un procès. J’ai imaginé que la personne dont je citais le nom se plaigne et je me suis vue retirer d’office mes propos avec de plates excuses. Je me suis trouvée tellement indéfendable rétrospectivement que finalement j’ai fini par supprimer moi-même l’article sans attendre qu’on ne me le demande. Je l’ai remis en ligne aujourd’hui (quatre années et un jour plus tard très exactement – hasard rigolo) après y avoir ménagé quelque corrections.

Ce n’est pas du tout du fonds de l’article dont je rougis aujourd’hui, mais simplement de l’attaque perfide ad-hominem qu’elle contenait à l’époque. Franchement bas.

En ce qui concerne le sens profonds des propos que je tiens dans ce vieil article, puisqu’à la première lecture ils peuvent paraître un peu sibyllins, je m’en rends compte également aujourd’hui, j’ajouterai qu’il est contenu dans le passage suivant d’un autre de mes billet, intitulé : « C’est l’histoire d’un mec… ou pourquoi les femmes sont aussi bavardes » :

« Elle aurait voulu conclure en disant que tout cela démontrait qu’à l’origine de la recherche du mal en amour, contrairement à ce que croyaient les puritains, il n’y avait non pas l’amour du mal, mais l’amour du bien. Elle aurait voulu faire comprendre cela au monde : que l’amour n’était rien d’autre qu’une quête du sublime, et que le sublime ne pouvait passer que par la conversion du mal en bien, ce pourquoi cette quête nécessitait un passage dangereux, le passage à travers le mal, qui était un peu comme l’épreuve du feu de l’amour, d’à travers laquelle on ne ressortait jamais que cramé ou grandi. Elle aurait voulu tenir un puritain, là, devant elle, en avoir un à sa portée, pour lui expliquer que le mal en tant que tel n’avait jamais eu et n’aurait jamais aucun attrait intrinsèque, et qu’il était donc inutile et malsain de se focaliser sur lui comme sur une entité distincte, possédant sa puissance propre, alors qu’en vérité il tirait toute sa puissance du bien. Mais elle ne put pas faire cela.  »

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Pour approfondir le sujet de ces puritains qui décolorent le monde en noir&blanc, permettez-moi de vous renvoyer à : « Faire le point sur les égorgeurs du Levant« . Je vous copie-colle l’essentiel à retenir de cet article pour bien saisir mon point de vue sur les ferments (diaboliques! ~’*,,*’~) de notre société qui en quelque sorte « légitiment » le viol par derrière, tout en l’interdisant formellement par devant :

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En Occident, il y a des gens bien, […] et puis il y a toute une gangue de merde humaine autour de ceux-là, qui cherche comme une foule de cancres ligués contre une poignée de bons élèves, qui cherche de toutes ses force à les faire taire et à les étouffer. Une gangue composée d’espèces de « sceptiques » jaloux, qui ne vivent que pour prouver que la perfection n’est pas de ce monde, qui n’existent que pour décourager toute personne s’efforçant de faire au mieux, et de devenir meilleure que les autres… Ils agissent ainsi parce que les gens de bien leur font honte, sans doute… honte de leurs propres incapacités, de leurs propres erreurs.

La gangue de ceux qui se confortent les uns les autres dans l’idée qu’on ne peut rien attendre de bon de l’homme, voilà ce qui étouffe les âmes libres qui tentent de conserver leur intégrité.

Voulez-vous savoir quel dogmes par excellence correspondent à cette définition ? Que vous le vouliez ou non, moi je vais vous le dire. Ceux qui par excellence ne veulent pas croire qu’on puisse attendre quelque chose de bon de l’Homme*, ceux qui par excellence sont sceptiques et défaitistes vis-à-vis de l’Homme*, ce sont ceux qui ont en commun de lire la Bible au pied-de-la-lettre : les protestants, les juifs et les musulmans. CQFD.

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*Dans « l’Homme », j’inclus bien sûr la femme, puisque la femme appartient au genre humain.

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Vous remarquerez que la dernière phrase du texte sur les égorgeurs du Levant est un astérisque. Il y a beaucoup plus dans cet astérisque à mes yeux, qu’il n’y paraît aux vôtres. Je pense donc que l’astérisque en question mérite d’être en bonne et due forme développé.

Laissez-moi prendre un exemple médiéval de ce que les_gens(MarqueDéposée) des deux sexes – lectrices auto-proclamées féministes de Elle et Marie-Claire et bons vieux misogynes « à la Zemmour » confondus – tendent habituellement à penser de ce qu’est la femme :

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La bourgeoise de Bath est un des contes de Canterbury (XIVème siècle). Il narre l’histoire d’un chevalier condamné à mort pour avoir violé une jeune fille. Il obtient un sursis pendant lequel il devra découvrir ce que veulent les femmes. Après bien des aventures, il trouve enfin la réponse, les femmes veulent universellement dominer leurs maris et leurs amants :

« (…)Que Jésus nous donne
Des maris dociles, jeunes, actifs au lit,
Et la grâce de pouvoir surenchérir.
Veuille Jésus, aussi, raccourcir la vie
Des maris rebelles au règne de leur femme
Quant aux vieux grincheux, lents à la dépense,
Que Dieu leur fasse vite attraper la peste. »

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Pour ma part, si jamais j’ai le malheur de tomber dans mon entourage sur une femme qui pense de cette façon, je ne la prendrai absolument pas pour une femme libre… mais pour une immonde grognasse.

Les femmes ne sont pas exemptées de se comporter comme des êtres humains, c’est-à-dire de faire preuve de charité et d’empathie. Tout vrai féminisme devrait commencer par là : il ne s’agit pas de dire que les femmes sont des hommes comme les autres au sens où elles doivent porter elle aussi le pantalon, la pipe et la bite, mais au sens où : /On ne naît pas homme, on le devient/.

La phrase de Simone de Beauvoir : « On ne nait pas femme, on le devient. » est un immondice intellectuel sans nom. Elle exclut encore une fois, mine de rien, et sans y paraître, les femmes de l’humanité en supposant que ce que l’on est en droit d’attendre d’elles dans le ciel des idées est ontologiquement différent de ce que l’on est en droit d’attendre dans l’absolu des hommes.

Alors, bien sûr, le fait est que notre société attend des hommes qu’ils se soumettent à qui porte l’argent, à qui porte puissance, à qui consomme le plus et le mieux, et sait offrir les meilleurs accessoires (bling-bling en métal précieux ou bling-bling intellectuel) au statut social qu’il veut pour son égo. Notre société veut ainsi des hommes « libres » qui portent toutes sortes de bijoux (des colliers de chiens) sur lesquels on peut lire leur degré de compréhension amoureuse et soumise au système. Nous vivons dans une société où le winner est celui qui fait sienne – avec émerveillement et joie, s’il vous plaît ! – la devise suivante : « tout se transforme – même les vices et les tares -, tout a un prix – pourvu qu’on trouve acheteur -, tout se consomme – pourvu qu’on en crée le besoin -, tout se vend – le prix se négocie. »

Une femme qui entre dans ce moule a évidemment toutes ses chances de « winner » (verbe transitif). Et il n’est pas faux de dire que les femmes ont des capacités plus grandes que les hommes à entrer dans ce moule par les temps qui courent. La raison n’en est pas bien compliquée : on a ici affaire à un système qui demande des esclaves, c’est-à-dire des gens doués de mentalités serviles. La femme a été habituée à servir l’homme et à être considérée comme une mineure pendant des millénaires (voire des millions d’années) : elle a une facilité plus grande à adopter un esprit servile, c’est-à-dire à soumettre sa dignité et son esprit critique à un maître. Tandis qu’on éduque encore traditionnellement chez nous l’individu de sexe masculin pour qu’il devienne maître de lui-même, doué d’esprit critique et libre.

Dans notre monde, devenir l’égale des hommes, pour une femme, équivaut en gros à accéder à un statut de salarié-consommateur indépendant qui nécessite systématiquement (ou presque) un esprit servile. Or il est bien évident que le philosophe et l’humaniste ne peuvent vouloir pour l’être humain, c’est-à-dire pour l’homme comme pour la femme, d’une telle destinée servile. Ces exigences que ma société a à mon propre endroit, je ne les souhaite pas même à mon pire ennemi, (car elles ne pourraient le rendre que plus méchant).

Lorsqu’un esprit philosophique véritable, un humaniste au sens plein du terme, pose la question suivante : « Que devons-nous attendre des femmes ? », il me semble qu’il ne peut rien vouloir de mieux pour ses sœurs en humanité que de les voir développer elles aussi une certaine élévation intellectuelle et morale, une forme de grandeur dans le courage des idées et la puissance des sentiment, une certaine sensibilité esthétique, un certain sens de la tendresse et de vraies capacités de fraternité vis-à-vis de leurs semblables des deux sexes. Ce qui signifie, dans tous les cas, – et même s’il n’était encore question, pour l’humaniste, de rien de plus que de trouver femme à aimer, à courtiser, à épouser ou à peindre -, qu’on ne peut pas non plus vouloir pour les femmes qu’elle aient un esprit servile. Comme le montre le poème moyennâgeux préalablement cité, l’esprit servile est bas, utilitariste et méchant. Quel homme a-t-il intérêt à offrir son cœur à quelqu’un de vil, de bas, de méchant ? Les gens sans cœur ne savent que faire de celui des autres, et quand il leur est donné loisir de le déchirer ils ne s’en privent jamais.

Ainsi, on ne peut idéalement attendre des femmes autre chose que de leur voir développer à leur tour les qualités de cœur et d’esprit que l’on attend d’ors et déjà des hommes.

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[La suite au prochain article _ celui-là commence déjà à se faire long]

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