Test

A la tombée du jour, je regarde par la fenêtre et je vois. Le même arbre aux feuilles de sang, le même ciel aux couleurs vives, le même soleil qui descend, les nuages à la dérive, et ce qui me choque c’est que je ne les reconnais pas. Je me souviens un automne, je tirais le rêve par la queue. Je faisais semblant d’écrire un roman à la table d’un café vert, derrière les hautes vitres serties de fer, et je me prenais pour une perle enchâssée. Que de luxe de mépris n’ai-je pas rêvé ! Je voyais de là-haut un paysage sublime, et chaque côté du promontoire où je me tenais, il y avait un vrai fleuve qui abouchait une vraie ville. Ce paysage, je ne l’ai pas rêvé, ce paysage est celui de la ville de Lyon, qui est une grande cité double, rouge de tuiles romaines, baignée par deux fleuves, aux nombreux clochers.

Un chaos de sombres pavés, englués ici et là de bitume, écaillait le dos de cette butte. On eût dit le cuir calciné de quelque monstre fossile. Une femme en talon n’eût pu franchir cet espace sans se tordre une cheville. En ce temps-là ces choses m’importaient peu : qu’il pleuve ou qu’il neige, je n’en portais jamais… je préférais de petits chaussons qui me donnaient l’impression d’aller pieds nus. La table en terrasse où je tâchais d’engendrer un chef-d’œuvre, comme elle était posée à même les écailles noires du dragon, au moindre mouvement incontrôlé de ma part, basculait. Nerveuse que j’étais, je trouvais là au moins une raison matérielle de me tenir un peu tranquille.

En attendant de mourir crevée, blindée, pétrie de cette Connaissance triste – à ce que les adultes laissaient paraître, la seule qui vaille – cette Connaissance par la déception dont le commun des enseignants font miroiter aux jeunes impatients le cynique secret, je me disais qu’on pouvait encore jouer un peu à être en vie. J’avais déjà remarqué que l’idée de la possibilité d’un génie heureux, du génie puissant qui exulte, plein de sa propre santé, ce concept fou qu’il y aurait eu une gloire immense à créer, se satisfaisant pleinement d’elle-même, j’avais bien cru comprendre, à entendre la sourde plainte de mes aînés, humble résidu sonore de leurs espoirs meurtris par la pratique du terrible siècle vingtième, que ce délire n’était réservé qu’aux jeunes cons immatures qui ne connaissaient rien à la vie… à ceux qui auraient voulu avoir du talent précisément parce qu’ils n’en avaient pas. Du moins, c’était l’image qu’on me renvoyait habituellement de moi à cette époque, lorsque, manquant de maîtres de qualité, je me prenais naïvement à développer auprès de ceux dont je croyais à tort qu’ils m’avaient été donnés pour m’instruire, un tel projet de vie.

Il y a une cinémathèque de la littérature qui est vraiment grandiose dans le secret du système nerveux des impuissants et des ratés. Les vrais ne se racontent pas tant d’histoires : ils en écrivent, ce qui est très différent. Comme je me grisai à corps perdu à mes imaginations folles, on eût dit à ma fébrilité intense, à la chaleur qui bouillait dans mes veines, que j’avais trouvé le moyen de chevaucher quelque féérie, que j’avais dompté pour en faire ma monture on ne sait quel cheval ailé. J’étais en passe d’incarner personnellement ce qu’il me manquait d’avoir connu pour pouvoir enfin me mettre à écrire.

C’est fou ce visage de cire qu’a la jeune personne enfermée dans les fumigènes de ses fantasmes, les saignements de nez qui s’ensuivent parfois, lorsqu’une émotion est particulièrement forte. Peut-être agissent-ils comme des purgations médiévales, peut-être contribuent-ils à la formation du teint romantique anémié. Plus le front est chaud et plus les mains sont froides. Tout se passe dans la tête. Cependant, le corps est devenu un médium qui ressent à un niveau qui n’est plus vraiment celui de sa propre matérialité. La douleur physique ne fait plus vraiment mal mais la moindre indélicatesse subie est cuisante : un vrai choc dans la poitrine. Il semble que l’être tout-en-désir d’être, acquière sous le ventre de son être moral une sensibilité comparable à celle d’un reptile que charmerait une certaine musique universelle chantée à voix basse depuis les hautes sphères… On vibre alors de je ne sais quelle communion mystique avec la nature, les idées, les lois, les tragédies, la fatalité, l’histoire et les choses, dont il est seulement possible au contact d’une autre paire d’yeux qui brillent, sous le feu de la caresse d’une autre intelligence incarnée, de s’assurer qu’elle relève d’un culte qui existe bel et bien… et qui est même connu universellement, jusque dans les corps simples.

Si, dans ces phases singulières où les extrêmes nous appellent par défaut, nous ne dégagions pas certaines phéromones aptes à avertir le monde de notre très-animale disponibilité à l’émerveillement – s’il n’y avait pas notamment, disséminés à tous les niveaux de la jungle sociale, de ces prédateurs aux aguets qui reconnaissent une proie à de tels signaux -, l’intensité spirituelle inouïe de ce que nous ressentons quand le feu de Dieu s’empare ainsi du cerveau, de la mémoire, et vient transformer à peu près toutes les facultés cognitives, les plus doctes savoirs eux-mêmes, en humanités érotiques… cet état, où la folie est proche, pourrait alors nous amener à croire que nous sommes seuls au monde dans un tel état de conscience. C’est cela qui nous pousse sans doute alors irrésistiblement vers les autres : nos nerfs irrités par le feu d’une passion qui ne demande qu’à s’accomplir, se comportent comme une terre qui a soif. D’où que vienne l’apaisement, il est bon à prendre. Et puis il faut sans doute à celui qui regorge de pareilles richesses de cœur, verser en autrui un peu de son trop-plein, pour que la douleur qui procède à force d’un excès de joie si aiguë, s’apaise. Le fait de se sentir perchés en quelque sorte sur le sommet du monde, en plein dans le Coeur battant du Seigneur dont on dit dans les livres qu’Il nous aime avec une puissance infinie, cela ne peut être étranger à une prégnante sensation de solitude. Il est naturel que le cœur alors veuille la panser avec un peu de compagnie…

Sans ces phases de chaleur, qui semblent tellement inutiles aux avares, nos grands sentiments auraient tendance à nous faire croire qu’ils n’existent que pour nous convertir au mal et nous apprendre dominer le monde en les corsetant.

Je n’aurais sans doute point exulté si fort si j’avais déjà à l’époque trouvé le champ de bataille sur lequel je devais finalement faire mes preuves – et peut-être mourir. Ramenée à la nécessité de mener à bien des affaires tangible, j’aurais eu peur, sans doute, de les faire achopper par trop de précipitation. Hélas, celui qui se sent le héros d’une histoire qui ne vient pas, ne peut avoir peur que celle-ci finisse mal. Sa terrible impatience n’a rien, pas même une belle chute, à gâter. Le fond de ma joie profonde, c’était le désir de vivre à l’état pur que ressent celui qui a été jeté sur la terre avec une foultitude d’images dans la tête, mais qui, désespéré au dernier degré, ne se voit laissé aucune place nulle part pour exercer un destin. Enfin, il faut bien emprunter un peu au bonheur qui nous est dû, lorsqu’on s’aperçoit qu’il tardera sans doute pour l’éternité à trouver un objet. En vrai je rejouais de vieilles pièces dans ma tête. Je revoyais mes grands sujets de honte enfantins – je n’avais rien d’autre encore à moudre – et je façonnais des réponses idéales à des ennemis du passé, déjà disparus, auxquels faute d’esprit je n’avais su répondre à temps. Non, je ne tenais pas encore le boss de mon jeu vidéo mais ça n’allait pas tarder. Faute de moulins à vent on se rabattrait sur des pigeonniers, on filerait des coup de pied aux pigeons pour de faux, comme dans la chanson, en sachant très bien qu’eux s’envolent… Tandis que nous, on reste sur le pavé, là, avec l’envie de vivre au ventre, et jamais le moindre camarade avec qui jouer à ce petit jeu.

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Les 21 grammes selon Balzac

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Ainsi, deux jours après, Lucien put rendre à ses amis leur prêt si gracieusement offert. Jamais peut-être la vie ne lui sembla plus belle, mais le mouvement de son amour-propre n’échappa point aux regards profonds de ses amis et à leur délicate sensibilité.

— On dirait que tu as peur de nous devoir quelque chose, s’écria Fulgence.

— Oh ! le plaisir qu’il manifeste est bien grave à mes yeux, dit Michel Chrestien, il confirme les observations que j’ai faites : Lucien a de la vanité.

— Il est poète, dit d’Arthez.

— M’en voulez-vous d’un sentiment aussi naturel que le mien ?

— Il faut lui tenir compte de ce qu’il ne nous l’a pas caché, dit Léon Giraud, il est encore franc ; mais j’ai peur que plus tard il ne nous redoute.

— Et pourquoi ? demanda Lucien.

— Nous lisons dans ton cœur, répondit Joseph Bridau.

— Il y a chez toi, lui dit Michel Chrestien, un esprit diabolique avec lequel tu justifieras à tes propres yeux les choses les plus contraires à nos principes : au lieu d’être un sophiste d’idées, tu seras un sophiste d’action.

— Ah ! j’en ai peur, dit d’Arthez. Lucien, tu feras en toi-même des discussions admirables où tu seras grand, et qui aboutiront à des faits blâmables… Tu ne seras jamais d’accord avec toi-même.

— Sur quoi donc appuyez-vous votre réquisitoire ? demanda Lucien.

— Ta vanité, mon cher poète, est si grande, que tu en mets jusque dans ton amitié ? s’écria Fulgence. Toute vanité de ce genre accuse un effroyable égoïsme, et l’égoïsme est le poison de l’amitié.

— Oh ! mon Dieu, s’écria Lucien, vous ne savez donc pas combien je vous aime.

— Si tu nous aimais comme nous nous aimons, aurais-tu mis tant d’empressement et tant d’emphase à nous rendre ce que nous avions tant de plaisir à te donner ?

— On ne se prête rien ici, on se donne, lui dit brutalement Joseph Bridau.

— Ne nous crois pas rudes, mon cher enfant, lui dit Michel Chrestien, nous sommes prévoyants. Nous avons peur de te voir un jour préférant les joies d’une petite vengeance aux joies de notre pure amitié. Lis le Tasse de Gœthe, la plus grande œuvre de ce beau génie, et tu y verras que le poète aime les brillantes étoffes, les festins, les triomphes, l’éclat : eh ! bien, sois le Tasse sans sa folie. Le monde et ses plaisirs t’appelleront ?… reste ici. Transporte dans la région des idées tout ce que tu demandes à tes vanités. Folie pour folie, mets la vertu dans tes actions et le vice dans tes idées ; au lieu, comme te le disait d’Arthez, de bien penser et de te mal conduire.

Lucien baissa la tête : ses amis avaient raison.

— J’avoue que je ne suis pas aussi fort que vous l’êtes, dit-il en leur jetant un adorable regard. Je n’ai pas des reins et des épaules à soutenir Paris, à lutter avec courage. La nature nous a donné des tempéraments et des facultés différentes, et vous connaissez mieux que personne l’envers des vices et des vertus. Je suis déjà fatigué, je vous le confie.

— Nous te soutiendrons, dit d’Arthez, voilà précisément à quoi servent les amitiés fidèles.

— Le secours que je viens de recevoir est précaire, et nous sommes tous aussi pauvres les uns que les autres ; le besoin me poursuivra bientôt. Chrestien, aux gages du premier venu, ne peut rien en librairie. Bianchon est en dehors de ce cercle d’affaires. D’Arthez ne connaît que les libraires de science ou de spécialités, qui n’ont aucune prise sur les éditeurs de nouveautés. Horace, Fulgence Ridal et Bridau travaillent dans un ordre d’idées qui les met à cent lieues des libraires. Je dois prendre un parti.

— Tiens-toi donc au nôtre, souffrir ! dit Bianchon, souffrir courageusement et se fier au Travail !

— Mais ce qui n’est que souffrance pour vous est la mort pour moi, dit vivement Lucien.

— Avant que le coq ait chanté trois fois, dit Léon Giraud en souriant, cet homme aura trahi la cause du Travail pour celle de la Paresse et des vices de Paris.

— Où le travail vous a-t-il menés ? dit Lucien en riant.

— Quand on part de Paris pour l’Italie, on ne trouve pas Rome à moitié chemin, dit Joseph Bridau. Pour toi, les petits pois devraient pousser tout accommodés au beurre.

— Ils ne poussent ainsi que pour les fils aînés des pairs de France, dit Michel Chrestien. Mais, nous autres, nous les semons, les arrosons et les trouvons meilleurs.

La conversation devint plaisante, et changea de sujet. Ces esprits perspicaces, ces cœurs délicats cherchèrent à faire oublier cette petite querelle à Lucien, qui comprit dès lors combien il était difficile de les tromper. Il arriva bientôt à un désespoir intérieur qu’il cacha soigneusement à ses amis, en les croyant des mentors implacables. Son esprit méridional, qui parcourait si facilement le clavier des sentiments, lui faisait prendre les résolutions les plus contraires.

À plusieurs reprises il parla de se jeter dans les journaux, et toujours ses amis lui dirent : — Gardez-vous-en bien.

— Là serait la tombe du beau, du suave Lucien que nous aimons et connaissons, dit d’Arthez.

— Tu ne résisterais pas à la constante opposition de plaisir et de travail qui se trouve dans la vie des journalistes ; et, résister, c’est le fond de la vertu. Tu serais si enchanté d’exercer le pouvoir, d’avoir droit de vie et de mort sur les œuvres de la pensée, que tu serais journaliste en deux mois. Être journaliste, c’est passer proconsul dans la république des lettres. Qui peut tout dire, arrive à tout faire ! Cette maxime est de Napoléon et se comprend.

— Ne serez-vous pas près de moi ? dit Lucien.

— Nous n’y serons plus, s’écria Fulgence. Journaliste, tu ne penserais pas plus à nous que la fille d’Opéra brillante, adorée, ne pense, dans sa voiture doublée de soie, à son village, à ses vaches, à ses sabots. Tu n’as que trop les qualités du journaliste : le brillant et la soudaineté de la pensée. Tu ne te refuserais jamais à un trait d’esprit, dût-il faire pleurer ton ami. Je vois les journalistes aux foyers de théâtre, ils me font horreur. Le journalisme est un enfer, un abîme d’iniquités, de mensonges, de trahisons, que l’on ne peut traverser et d’où l’on ne peut sortir pur, que protégé comme Dante par le divin laurier de Virgile.

Plus le Cénacle défendait cette voie à Lucien, plus son désir de connaître le péril l’invitait à s’y risquer, et il commençait à discuter en lui-même : n’était-il pas ridicule de se laisser encore une fois surprendre par la détresse sans avoir rien fait contre elle ? En voyant l’insuccès de ses démarches à propos de son premier roman, Lucien était peu tenté d’en composer un second. D’ailleurs, de quoi vivrait-il pendant le temps de l’écrire ? Il avait épuisé sa dose de patience durant un mois de privations. Ne pourrait-il faire noblement ce que les journalistes faisaient sans conscience ni dignité ? Ses amis l’insultaient avec leurs défiances, il voulait leur prouver sa force d’esprit. Il les aiderait peut-être un jour, il serait le héraut de leurs gloires !

— D’ailleurs, qu’est donc une amitié qui recule devant la complicité ? demanda-t-il un soir à Michel Chrestien qu’il avait reconduit jusque chez lui, en compagnie de Léon Giraud.

— Nous ne reculons devant rien, répondit Michel Chrestien. Si tu avais le malheur de tuer ta maîtresse, je t’aiderais à cacher ton crime et pourrais t’estimer encore ; mais, si tu devenais espion, je te fuirais avec horreur, car tu serais lâche et infâme par système. Voilà le journalisme en deux mots. L’amitié pardonne l’erreur, le mouvement irréfléchi de la passion ; elle doit être implacable pour le parti pris de trafiquer de son âme, de son esprit et de sa pensée.

— Ne puis-je me faire journaliste pour vendre mon recueil de poésies et mon roman, puis abandonner aussitôt le journal ?

— Machiavel se conduirait ainsi, mais non Lucien de Rubempré, dit Léon Giraud.

— Eh ! bien, s’écria Lucien, je vous prouverai que je vaux Machiavel.

— Ah ! s’écria Michel en serrant la main de Léon, tu viens de le perdre. Lucien, dit-il, tu as trois cents francs, c’est de quoi vivre pendant trois mois à ton aise ; eh ! bien, travaille, fais un second roman, d’Arthez et Fulgence t’aideront pour le plan, tu grandiras, tu seras un romancier. Moi, je pénétrerai dans un de ces lupanar de la pensée, je serai journaliste pendant trois mois, je te vendrai tes livres à quelque libraire de qui j’attaquerai les publications, j’écrirai les articles, j’en obtiendrai pour toi ; nous organiserons un succès, tu seras un grand homme, et tu resteras notre Lucien.

— Tu me méprises donc bien en croyant que je périrais là où tu te sauveras ! dit le poète.

— Pardonnez-lui, mon Dieu, c’est un enfant ! s’écria Michel Chrestien.

Balzac !

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Des circonstances assez rares au fond des provinces avaient inspiré à madame de Bargeton le goût de la musique et de la littérature. Pendant la Révolution, un abbé Niollant, le meilleur élève de l’abbé Roze, se cacha dans le petit castel d’Escarbas, en y apportant son bagage de compositeur. Il avait largement payé l’hospitalité du vieux gentilhomme en faisant l’éducation de sa fille, Anaïs, nommée Naïs par abréviation, et qui sans cette aventure eût été abandonnée à elle-même ou, par un plus grand malheur, à quelque mauvaise femme de chambre. Non-seulement l’abbé était musicien, mais il possédait des connaissances étendues en littérature, il savait l’italien et l’allemand. Il enseigna donc ces deux langues et le contrepoint à mademoiselle de Nègrepelisse ; il lui expliqua les grandes œuvres littéraires de la France, de l’Italie et de l’Allemagne, en déchiffrant avec elle la musique de tous les maîtres. Enfin, pour combattre le désœuvrement de la profonde solitude à laquelle les condamnaient les événements politiques, il lui apprit le grec et le latin, et lui donna quelque teinture des sciences naturelles. La présence d’une mère ne modifia point cette mâle éducation chez une jeune personne déjà trop portée à l’indépendance par la vie champêtre. L’abbé Niollant, âme enthousiaste et poétique, était surtout remarquable par l’esprit particulier aux artistes qui comporte plusieurs prisables qualités, mais qui s’élève au-dessus des idées bourgeoises par la liberté des jugements et par l’étendue des aperçus. Si, dans le monde, cet esprit se fait pardonner ses témérités par son originale profondeur, il peut sembler nuisible dans la vie privée par les écarts qu’il inspire. L’abbé ne manquait point de cœur, ses idées furent donc contagieuses pour une jeune fille chez qui l’exaltation naturelle aux jeunes personnes se trouvait corroborée par la solitude de la campagne. L’abbé Niollant communiqua sa hardiesse d’examen et sa facilité de jugement à son élève, sans songer que ces qualités si nécessaires à un homme deviennent des défauts chez une femme destinée aux humbles occupations d’une mère de famille. Quoique l’abbé recommandât continuellement à son élève d’être d’autant plus gracieuse et modeste, que son savoir était plus étendu, mademoiselle de Nègrepelisse prit une excellente opinion d’elle-même, et conçut un robuste mépris pour l’humanité. Ne voyant autour d’elle que des inférieurs et des gens empressés de lui obéir, elle eut la hauteur des grandes dames, sans avoir les douces fourberies de leur politesse. Flattée dans toutes ses vanités par un pauvre abbé qui s’admirait en elle comme un auteur dans son œuvre, elle eut le malheur de ne rencontrer aucun point de comparaison qui l’aidât à se juger. Le manque de compagnie est un des plus grands inconvénients de la vie de campagne. Faute de rapporter aux autres les petits sacrifices exigés par le maintien et la toilette, on perd l’habitude de se gêner pour autrui. Tout en nous se vicie alors, la forme et l’esprit. N’étant pas réprimée par le commerce de la société, la hardiesse des idées de mademoiselle de Nègrepelisse passa dans ses manières, dans son regard ; elle eut cet air cavalier qui paraît au premier abord original, mais qui ne sied qu’aux femmes de vie aventureuse. Ainsi cette éducation, dont les aspérités se seraient polies dans les hautes régions sociales, devait la rendre ridicule à Angoulême, alors que ses adorateurs cesseraient de diviniser des erreurs, gracieuses pendant la jeunesse seulement. Quant à monsieur de Nègrepelisse, il aurait donné tous les livres de sa fille pour sauver un bœuf malade ; car il était si avare qu’il ne lui aurait pas accordé deux liards au delà du revenu auquel elle avait droit, quand même il eût été question de lui acheter la bagatelle la plus nécessaire à son éducation. L’abbé mourut en 1802, avant le mariage de sa chère enfant, mariage qu’il aurait sans doute déconseillé. Le vieux gentilhomme se trouva bien empêché de sa fille quand l’abbé fut mort. Il se sentit trop faible pour soutenir la lutte qui allait éclater entre son avarice et l’esprit indépendant de sa fille inoccupée. Comme toutes les jeunes personnes sorties de la route tracée où doivent cheminer les femmes, Naïs avait jugé le mariage et s’en souciait peu. Elle répugnait à soumettre son intelligence et sa personne aux hommes sans valeur et sans grandeur personnelle qu’elle avait pu rencontrer. Elle voulait commander, et devait obéir.

[…]

Madame de Bargeton se trouvait alors âgée de trente-six ans et son mari en avait cinquante-huit. Cette disparité choquait d’autant plus que monsieur de Bargeton semblait avoir soixante-dix ans, tandis que sa femme pouvait impunément jouer à la jeune fille, se mettre en rose, ou se coiffer à l’enfant. Quoique leur fortune n’excédât pas douze mille livres de rente, elle était classée parmi les six fortunes les plus considérables de la vieille ville, les négociants et les administrateurs exceptés. La nécessité de cultiver leur père, dont madame de Bargeton attendait l’héritage pour aller à Paris, et qui le fit si bien attendre que son fils mourut avant lui, força monsieur et madame de Bargeton d’habiter Angoulême, où les brillantes qualités d’esprit et les richesses brutes cachées dans le cœur de Naïs devaient se perdre sans fruit, et se changer avec le temps en ridicules. En effet, nos ridicules sont en grande partie causés par un beau sentiment, par des vertus ou par des facultés portées à l’extrême. La fierté que ne modifie pas l’usage du grand monde devient de la roideur en se déployant sur de petites choses au lieu de s’agrandir dans un cercle de sentiments élevés. L’exaltation, cette vertu dans la vertu, qui engendre les saintes, qui inspire les dévouements cachés et les éclatantes poésies, devient de l’exagération en se prenant aux riens de la province. Loin du centre où brillent les grands esprits, où l’air est chargé de pensées, où tout se renouvelle, l’instruction vieillit, le goût se dénature comme une eau stagnante. Faute d’exercice, les passions se rapetissent en grandissant des choses minimes. Là est la raison de l’avarice et du commérage qui empestent la vie de province. Bientôt, l’imitation des idées étroites et des manières mesquines gagne la personne la plus distinguée. Ainsi périssent des hommes nés grands, des femmes qui, redressées par les enseignements du monde et formées par des esprits supérieurs, eussent été charmantes. Madame de Bargeton prenait la lyre à propos d’une bagatelle, sans distinguer les poésies personnelles des poésies publiques. Il est en effet des sensations incomprises qu’il faut garder pour soi-même. Certes, un coucher de soleil est un grand poème, mais une femme n’est-elle pas ridicule en le dépeignant à grands mots devant des gens matériels ? Il s’y rencontre de ces voluptés qui ne peuvent se savourer qu’à deux, poète à poète, cœur à cœur. Elle avait le défaut d’employer de ces immenses phrases bardées de mots emphatiques, si ingénieusement nommées des tartines dans l’argot du journalisme qui tous les matins en taille à ses abonnés de fort peu digérables, et que néanmoins ils avalent. Elle prodiguait démesurément des superlatifs qui chargeaient sa conversation où les moindres choses prenaient des proportions gigantesques. Dès cette époque elle commençait à tout typiser, individualiser, synthétiser, dramatiser, supérioriser, analyser, poétiser, prosaïser, colossifier, angéliser, néologiser et tragiquer ; car il faut violer pour un moment la langue, afin de peindre des travers nouveaux que partagent quelques femmes. Son esprit s’enflammait d’ailleurs comme son langage. Le dithyrambe était dans son cœur et sur ses lèvres. Elle palpitait, elle se pâmait, elle s’enthousiasmait pour tout événement : pour le dévouement d’une sœur grise et l’exécution des frères Faucher, pour l’Ipsiboé de monsieur d’Arlincourt comme pour l’Anaconda de Lewis, pour l’évasion de Lavalette comme pour une de ses amies qui avait mis des voleurs en fuite en faisant la grosse voix. Pour elle, tout était sublime, extraordinaire, étrange, divin, merveilleux. Elle s’animait, se courrouçait, s’abattait sur elle-même, s’élançait, retombait, regardait le ciel ou la terre ; ses yeux se remplissaient de larmes. Elle usait sa vie en de perpétuelles admirations et se consumait en d’étranges dédains. Elle concevait le pacha de Janina, elle aurait voulu lutter avec lui dans son sérail, et trouvait quelque chose de grand à être cousue dans un sac et jetée à l’eau. Elle enviait lady Esther Stanhope, ce bas-bleu du désert. Il lui prenait envie de se faire sœur de Sainte-Camille et d’aller mourir de la fièvre jaune à Barcelone en soignant les malades : c’était là une grande, une noble destinée ! Enfin, elle avait soif de tout ce qui n’était pas l’eau claire de sa vie, cachée entre les herbes. Elle adorait lord Byron, Jean-Jacques Rousseau, toutes les existences poétiques et dramatiques. Elle avait des larmes pour tous les malheurs et des fanfares pour toutes les victoires. Elle sympathisait avec Napoléon vaincu, elle sympathisait avec Méhémet-Ali massacrant les tyrans de l’Égypte. Enfin elle revêtait les gens de génie d’une auréole, et croyait qu’ils vivaient de parfums et de lumière. À beaucoup de personnes, elle paraissait une folle dont la folie était sans danger ; mais, certes, à quelque perspicace observateur, ces choses eussent semblé les débris d’un magnifique amour écroulé aussitôt que bâti, les restes d’une Jérusalem céleste, enfin l’amour sans l’amant. Et c’était vrai.

L’arbitraire de l’usage m’a donné la vie

Ci-dessous vous lirez une réponse au billet d’humeur de Xix : / Prière pour la conservation du bobo / où il est question des expressions langagières : « Con » et « Bobo ». Ces deux insultes, selon l’auteur, sont menacées bientôt de ne plus rien signifier, en vertu de ce qu’elles étaient à l’origine-même dépourvues de sens profond. Il faut croire donc à le lire que ce n’était que justice.

Prière pour la conservation du bobo

[A lire en préambule sur le site où il se trouve, naturellement.]

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Je vais essayer de rendre le plus brièvement possible les scrupules qui m’assaillent à la lecture de cet article… Car je vois que personne d’autre n’en a à part moi. Il faut donc – au nom de je ne sais quelle idéal en lequel personne ne croit plus -, que je me dévoue. On pourrait composer là-dessus tout un traité, et cependant je ferai, rassurez-vous, le plus court possible, car je n’ai aucun intérêt personnel à éclairer le monde de mes lumières, dont au demeurant tout le monde se fout bien.

Sachez, chers camarades, qu’y a un problème de nature quasiment morale dans le fait-même que l’auteur de cet article suppose qu’un mot, et plus encore une insulte, telle que « con » ou « bobo », doive à tout prix comporter une signification absolue, constitutionnelle, à la manière d’un concept philosophique en langue allemande (ou d’un article de loi), pour toucher sa cible et valoir la peine d’exister.

Cela revient à considérer que les mots ne sont rien moins que des chiffres, et que les phrases sont en quelque sorte des équivalents de code-barre. Je vais essayer d’éclaircir ce point le plus simplement possible pour que cette assertion ne passe pas uniquement pour un mot d’esprit – ce qu’elle est aussi – mais soit comprise également dans toute son effrayante profondeur potentielle : au premier degré.

Un exemple seulement. (Car c’est le seul qui tout de suite me vienne à l’esprit, et aussi parce qu’il est aisé de le traduire en langage logique : en « chiffres »). Voyez à cet égard les double et même triple négations dont on usait et abusait dans l’ancien temps pour tenir des propos en apparence tout simples, des propos qui se seraient fort bien accommodés de la forme positive… La double négation, passe encore [« Je ne suis pas mécontent »] : elle équivaut bel et bien à la forme positive en ce qu’en mathématique /moins/ fois /moins/ égale /plus/. Mais la triple ? Dans le cadre notamment de ce qu’on appelle la prétérition, qui est /l’art de faire semblant de ne pas dire quelque chose que l’on exprime en fait/, il y a des cas ou des formes privatives sont employées comme à tort, alors que rien n’indiquait du point de vue de la signification brute de la phrase qu’elle fussent nécessaires. Il y a des fois où l’on trouve réellement des dénis, des défenses et des refus de dire les choses positivement, qui sont comme en trop dans le langage châtié de nos pères, et c’est à s’y casser la tête lorsqu’on est soi-même de cette race inférieure – sans tact et sans discrétion – des logiciens de nature.

Lorsque nous lisons des ouvrages écrits dans cette langue châtiée et scrupuleuse, à la fois clairement consciente d’elle-même, et légèrement enfloutée des circonvolutions nécessaires à la politesse et à la pudeur, que parlaient nos grands-parents, (cette langue qu’on appelle le Français, et avec laquelle Balzac a pourtant écrit ses romans dits « réalistes », qui sont le modèle du Roman pour la terre entière), on s’aperçoit d’une chose qui ne sautait nullement aux yeux de nos aînés, mais qui est susceptible de nous choquer nous (pauvres enfants déracinés que nous sommes de la niaiserie positiviste à l’américaine)… Cette langue, outil pourtant affuté (comme peu le sont) pour servir son objet (: dire l’âme humaine), utilisant non (comme aujourd’hui c’est de cas) des illusions et des pièges rhétoriques, mais réellement des /signifiants/, cette langue donc plus apte que, peut-être, jamais Verbe humain ne le fut, à traiter des choses terriennes les plus complexes, des vibrations les plus subtiles et profondes du sentiment, lorsque nous l’observons à la loupe du professeur Tournesol (comme nous savons si bien le faire aujourd’hui), lorsque nous disséquons le détail étonnant et comme pervers de ses expressions vivantes, nous nous apercevons alors qu’il s’agit d’une langue en apparence beaucoup plus approximative.

Le caractère vivant des vieilles expressions langagières conventionnelles, semble même tenir beaucoup à la qualité approximative en question de leur constitution. Ce qui relève de la convention est toujours un peu arbitraire, or qui dit arbitraire dit pas totalement logique.

*** Petit clin d’œil au lecteur. N’oubliez jamais qu’il y a des gens qui haissent l’ARBITRAIRE au point où ils s’en font les persécuteurs jusque dans les subtilités les plus cachées de la langue, et sachez qu’en France, ces gens-là, s’ils ne sont pas la majorité, sont au moins au pouvoir. Il y a de cette particularité intellectuelle, ardemment révolutionneuse, et par-là même coupeuse de tête, dans la définition-même de l’esprit français. ***

Ce caractère de légère imperfection dans la logique interne de la constitution des expression vivantes, qu’elles soient ramassées en un seul mot à la fois bien senti et bien pauvre et rendu par-là-même comme impossible à interroger (telle qu’est l’insulte de : « con »), ou composées d’une périphrase précieuse, à la fois alambiquée et débile, qui colle aux dents… ce caractère inattaquable, car piégeux, qui rend stupide celui qui pense pouvoir rendre l’expression stupide rien qu’en la désossant, justement parce qu’elle échappe à la raison… mais c’est à proprement parler : le triomphe de l’usage !

C’est parce qu’il heurte l’étymologique, la grammaire, la syntaxe, la naïveté des enfants, la morale des pudibonds ou tout simplement le bon-sens, que l’USAGE touche à son but comme une flèche experte.

Une fois que l’une de ces compositions langagières en apparence mal branlée – en réalité lourde de tout un poids de non-dits charriés dans sa course – est lancée dans le feu de l’usage, c’est son grain d’illogisme – son grain de folie – qui semble conférer au mot davantage de force de cohésion, et donc de réalité. Ainsi un train chargé à bloc lancé sur des rails tire de sa pesanteur-même une vitesse supplémentaire qu’on appelle la force d’inertie.

Le poids d’un non-dit – un non-dit est nécessaire en ce qu’il prouve l’indicible -, c’est le poids du sentiment et de la pudeur. C’est le poids du cœur, comme à la pesée des âmes égyptienne. Et ce poids de l’absence, du manquant, qui pourrait paraître infime à des infirmes du sentiment, à des moins-que-rien, qui engendre l’apparence d’imperfection de la surface visible du monde de la langue, mais qui est la seule vraie perfection à notre portée dans ce domaine lorsque nous en maîtrisons les effets, il faut peut-être y voir une analogie avec le poids de la matière noire dans l’univers, qui est dit-on le poids de ce qu’on ne voit pas, et qui paraît-il est bien supérieur au poids de ce que l’on voit. Celui-ci serait, à ce que certains scientifiques en disent, responsable de la force de gravité.

La gravité qui est contenue en creux dans l’impuissance constitutive des insultes, on ne la sent que si l’on a un cœur. Mais si l’on n’a pas de cœur, on ne comprend rien.

C’est la réalité-même que recouvre l’expression « avoir un cœur » (expression terriblement impuissante – comme c’est le cas de toutes les grandes et belles expressions – lorsqu’elle est regardée sans cœur, c’est-à-dire lorsqu’elle est disséquée à la loupe du professeur Tournesol et ainsi rendue à sa triste matérialité verbeuse) qui est en jeu ici.
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COMMENTAIRES :
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  • Notre bon Steppenwolf – bravo à lui car c’est lui qui a la plus longue ! – vient d’assommer le débat par la longueur de prose. Je propose au CGB d’adopter une résolution qu’on pourrait baptiser « Loi Steppenwolf » et qui limiterait à 20 lignes maximum en prose tout commentaire, ou alternativement 40 lignes mais en versification régulière, type sénaire iambique avec césure possible. Pour avis des mâles alpha du CGB…

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  • Plusieurs projets de loi ont été étudiés par le comité de rédaction. A vrai dire, la taille des commentaires est déjà limitée, mais nous ne pouvons rien contre la tactique employée ici du commentaire saucissonné et livré en plusieurs fois, entrecoupé de […]. Nous ne pouvons compter que sur la délation d’honnêtes et attentifs citoyens comme vous, Anonyme. Merci.

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  • Si tu as quelque chose à me dire, ou des coms à supprimer, tu n’as qu’à le faire franchement, au lieu de créer des commentateurs fantômes pour te donner la réplique.

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  • Ah ! Je reconnais Léstat sous cette paranoïa… Léstat, c’est toi ?
    Bon, un peu d’humour Steppenwolf. Moi, les commentaires longs ne me dérangent pas (j’ai une molette sur ma souris qui me permet de les faire défiler). J’avoue avoir essayé de vous répondre avant d’abandonner : non seulement je ne suis pas certain de vous avoir saisi, mais en plus je ne vois pas bien comment vous rattachez votre réflexion à ce que j’ai pu faire ou dire.

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  • Oui, bien sûr que je suis Lestat. Cela va de soi. ^o^

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    Pour ce qui est de comment ratacher ma réflexion à la vôtre (qui serait plutôt une cogitation : a.k.a l’art d’agiter des idées et de les frotter les unes aux autres en pensant produire de la lumière), je vais prendre la peine de vous aiguiller un peu.

    Tout votre article consiste à essayer d’établir des définitions correctes des mots « bobo » et « con » – des définitions susceptibles d’être universellement acceptés du type de celles qu’on écrirait dans un équivalent français de l’Urban Dictionnary. Le fait est que vous n’y parvenez pas. Mais qu’en déduisez-vous ?

    Pour ce qui est du mot « con », on sent bien que vous ne l’affectionnez pas, aussi s’il en vient à perdre toute saveur et toute férocité à l’emploi, ce n’est pas vous qui le pleurerez. La légende que vous inscrivez sous la photo de Guy Bedos, à cet égard, est claire. C’est elle d’ailleurs qui m’a fait tilter en premier. On sent là-dedans chez vous un certain esprit de caste à la Cabu, « anti-beauf », qui est plutôt disgracieux.

    En revanche, vous demandez à ce que, malgré son égale insignifiance (à vos yeux), le mot « bobo » soit : « sauvé ». En effet, un terme insignifiant pour pointer du doigt des gens insignifiants… c’est une chose qui a le mérite de faire ton sur ton. Pourquoi ne pas s’en satisfaire ?

    Sauvé de quoi, me demandais-je alors ? Sauvé de ce qu’à votre sensibilité émoussée, les termes « bourgeois » et « bohème » accolés ne représentent pas en soi une insulte ?

    […]

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    […]

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    Je vous ferai remarquer que « Bohème » fut en soi d’abord une insulte, les Bohèmes étaient des gens de mauvaise vie, oscillant entre les bas-fond de Paris et le grand monde, des putains, des drogués, toutes sortes de gens qui vivaient en pique-assiette, qui s’enorgueillissaient d’avoir connu Untel, qui mouraient jeunes, ne laissant rien, perclus de maladies vénériennes et de mauvais alcool, et qui lorsqu’ils faisaient des enfants les laissaient pourrir dans le caniveau faute de famille et d’argent. Ces gens, qui n’eurent de postérité que celles que des auteurs qui ne vivaient nullement comme eux voulurent bien leur faire, reprirent nihilistement à leur compte le terme dont les bourgeois usaient pour les désigner. Le plus grand des « Bohèmes » à ce que relatent les mémoires de la vie parisienne du XIXe, fut un certain Murger, qui contrairement à bien des grands hommes véritables, eut un monde fou à son enterrement. Comme il avait été toute sa vie un parfait narcisse, cynique et égoïste, comme il avait mangé à tous les râteliers, tout le monde chanta sa gloire sur le moment mais il n’avait aucun ami véritable, aucun vrai familier. On s’amusa beaucoup à ses obsèques, et puis aussitôt enterré il fut oublié.

    C’est un manque de culture caractérisé que de ne pas comprendre la pique féroce cachée dans cette juxtaposition contre-nature : bourgeois et bohème. Posez-vous la question de ce qu’un Théophile Gautier, un Baudelaire, un Rimbaud (grands anti-bourgeois par excellence – et faux bohèmes) en auraient pensé, si vous ne me suivez pas…

    De même, on a l’impression de lire un Pierre Perret qui s’ignore, lorsque vous dites ne pas comprendre le caractère offensant en soi du mot « con ». J’entends d’ici le vieux féministe baveux s’écrier qu’une telle identification n’a pas lieu d’offenser qui que ce soit car le sexe féminin est une fleur de chair qui embaume (et tout le tintouin). Juste répugnant.

    Pour conclure, une petite histoire édifiante en guise d’illustration :

    Imaginez un cercle d’amis ancien et fraternel. Au milieu d’eux se trouve un tempérament faible et envieux, qui arrivé à un âge où il faut faire des choix, tourne le dos à ses idéaux de jeunesse pour suivre quelque bas intérêt. Il devient riche et refuse assistance et soutien au plus démuni de ses camarades. Quand celui-ci s’aperçoit de quelle genre de personne est devenu son vieux compagnon, faute de mieux, il lui lance cette impuissante injure : « Pauvre con ! ». Alors le traître fait la nique à son interlocuteur en tenant le raisonnement suivant :

    _ »Pauvre con », qu’est-ce que cela veut dire ? Peut-on faire injure à quelqu’un en l’accusant d’être pauvre ? La pauvreté n’est pas une infamie en soi. D’ailleurs je ne suis pas pauvre, en quoi cela me concerne-t-il ? Mon offenseur est plus pauvre que moi ! … Quant à me traiter de con, j’en suis bien aise : j’aime beaucoup les cons, les chattes, les femmes et tous leurs attributs naturels. J’en aurai plus que celui qui m’insulte !

    L’autre s’avance d’un pas et lui met son poing dans la gueule. Qui a raison ?

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    C’est plus clair, et ça confirme la sensation de quiproquo que j’ai pu avoir. Il me semble que vous m’avez scrupuleusement compris à l’envers. Je n’ai justement pas l’impression de marteler une définition « correcte », absolue et universelle de ces noms d’oiseaux. Je procède au contraire par circonvolutions, façon d’admettre que ces notions sont changeantes avec le temps et que leur dénomination peut s’émousser. Comme vous dites, un « bohème » n’a pas la même connotation en 1800 qu’aujourd’hui, tout comme un « artiste », que l’on préférait éviter d’avoir dans sa famille à une époque alors qu’aujourd’hui c’est le must.
    Et c’est bien mon propos : le « con » dans un film des années 50 ou 60, ou le « con » de Coluche, me semblent plus précis et incisifs que « le con » d’un Bedos, d’un Christophe Alévêque ou d’un Guy Marchand (que j’ai déjà entendu employer le mot avec grande pédanterie lors d’une interview). Leur « con » à eux est un flou artistique derrière lequel ils hébergent leur propre connerie. La ficelle est usée. Celui qui continue à faire un sketch sur « les cons » aujourd’hui arrive trop tard, tout comme quelqu’un qui, en 2015, croirait blesser son ennemi en le traitant de « bohémien ! » viserait à côté et n’aurait pas saisi que la perception générale de ce terme s’est déplacée.

    Vous comprenez ensuite que « bobo » est insignifiant à mes yeux, alors même que mon article est une réhabilitation du terme. Titre : « Prière pour la conservation du bobo » ! et pourquoi donc demanderais-je à conserver le terme, sinon parce que je le trouve ENCORE signifiant dans un contexte où je crains qu’on l’évince, qu’on le remplace, qu’on le remise ? Comme le dit un commentateur, on entend désormais des choses comme « on est tous le bobo de quelqu’un d’autre », « on l’est tous un peu à un degré divers », façon de dire que la désignation ne vaut rien puisqu’elle s’applique à n’importe qui… Eh bien non, on n’est pas tous le bobo de quelqu’un d’autre ! Le bobo est une mentalité précise. Et si le terme ne résonne plus assez à vos sens, laissez-moi prendre ma machette pour le tailler et vous le planter à nouveau dans l’oreille. C’est tout. Et à vous lire, j’ai l’impression que vous plaidez exactement dans le même sens.

    « On sent là-dedans chez vous un certain esprit de caste à la Cabu, « anti-beauf », qui est plutôt disgracieux » => là je ne comprends plus ! Bedos n’est-il pas la parfaite version « one man show » de Cabu, ayant consacré sa carrière à épingler le même beauf, imaginaire à 80 %, raciste basique et si français ? A ce titre, égratigner Bedos devrait vous convenir. Zut à la fin ! Si votre ancien ami vous a mis son poing dans la gueule, ce n’est pas ma faute après tout.

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  • Oui, zut, messieurs ! En matière d’insulte, veuillez consulter cette référence universelle avant de prétendre ! (http://www.culturalgangbang.com/2014/12/lart-menace-de-linsulte.html )

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    _ « façon d’admettre que ces notions sont changeantes avec le temps et que leur dénomination peut s’émousser. »
    Ce qui s’émousse, ce ne sont pas les mots. Sans quoi il suffirait d’inventer novlangue pour rajeunir la langue. Or penser qu’il suffit de prendre des mots neufs pour dire des choses neuves, c’est un peu comme penser que la chirurgie esthétique rajeunit.

    Ce qui est émoussé c’est la vitalité du causeur, de celui qui écrit : c’est son envie de dire quelque chose de signifiant.

    _ « Comme vous dites, un « bohème » n’a pas la même connotation en 1800 qu’aujourd’hui »

    Et que veut-il dire, ce mot, aujourd’hui ? Veut-il dire quelque chose de nouveau ? Quelque chose qui soit totalement étranger au XIXe siècle et à ses conventions bourgeoises ? Mais le mot « bohème » suppose la convention bourgeoise, il en a besoin pour exister ! Comme l’ombre a besoin de la lumière.

    La raison pour laquelle on ne comprend plus le sens du mot bohème, la raison pour laquelle il a perdu de sa causticité, ce n’est pas parce qu’il est ancien, c’est parce qu’aujourd’hui les bourgeois ne veulent tellement plus être appelés des bourgeois, que le mot « bourgeois » en a été privé de sa signification. Plus exactement, ce mot est devenu inutilisable en la compagnie des bourgeois car il renvoie désormais chez eux à un véritable tabou.

    On prétend aujourd’hui chez les bourgeois que les conventions bourgeoises n’existent plus, qu’elles sont passées d’actualité (c’est cette prétention vaine à constamment « choquer les conventions bourgeoises » qui caractérise aujourd’hui la bourgeoisie). Mais en réalité, ces gens en sont tellement plein, de leurs « conventions », qu’ils ne connaissent plus que ça. J’en prends pour preuve que ces gens n’ont jamais d’idées à eux susceptibles d’être interrogées et discutées : essayez seulement de reformuler leurs propos politiques avec d’autre mots que les leurs, ils ne les reconnaissent jamais.

    Ils n’ont jamais en lieu et place d’opinions personnelles et de goûts, que des codes, des codes qu’il faut posséder pour demeurer en leur compagnie ou bien être regardé avec effroi et exclu. Or c’est cela la vraie définition profonde de la bourgeoisie : la culture du préjugé.

    Je pense qu’il faut voir dans ce phénomène que je vous explique, de la bourgeoisie post-moderne qui ne veut ni dire son nom, ni même le reconnaître, la plus grande source de maux intellectuels de la société française actuelle. Nous vivons sans doute dans la société la plus bourgeoise qui ait jamais existé, car la plus matérialiste, la plus près de ses sous, la moins idéaliste, la moins généreuse depuis la Création.

    La raison pour laquelle « Bohème » est un mot qui a perdu de sa force, ce n’est donc pas parce qu’il est démodé, c’est au contraire parce que l’univers de sens auquel il appartient est devenu tabou tant il juge notre monde d’un œil sévère.

    Si les bo-bo pouvaient se souvenir littérairement de ce que veut dire le mot Bohème, s’ils étaient capables d’aller voir ce que signifiait l’adjectif « bourgeois » pour un dandy comme Théophile Gautier, s’il avaient pour comprendre de telles choses l’honnêteté suffisante (« Comprendre c’est égaler » a paraît-il dit Raphaël), et s’ils avaient encore le brin de dignité, de sens de l’honneur nécessaire pour se juger eux-mêmes, leur cervelle se mettrait à bouillonner tant et si bien qu’ils devraient choisir entre perdre volontairement la raison ou cesser d’être ce qu’ils sont : d’immondes bourgeois égoïstes, valets du capital hypocrites, pas même protecteurs de leur propre famille (ce qu’était encore l’humble et borné patriarche de la famille bourgeoise traditionnelle).

    […]

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    […]

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    A ce propos, nos Bo-bo ont tout de même emprunté une part de leurs us et coutumes à la Bohème historique : la drogue, le laisser-aller général, la fainéantise, l’égoïsme prétentieux de se croire original, la recherche à tout prix du plaisir, même dégradant, et bien souvent aussi l’absence de piété filiale, l’abandon de l’éducation de leurs enfants aux bons soins de « l’égalité des chances républicaine » (autant dire du hasard du caniveau).

    Donc, pour bien enfoncer le clou, j’affirme en dépit de vous que sisi, « Bourgeoisie-Bohème » est forcément un terme à connotation dix-neuvièmiste, qui nous renvoie forcément aux intérieurs cul-cul la praloche des vaudeville de Feydeau, au poème de Rimbaud, aux rodomontades de Baudelaire contre les bourgeois, à la chanson mensongère d’Aznavour (.. etc.), ce qui fait que les termes qui la composent ne peuvent pas avoir changé de sens depuis 1800, puisqu’au contraire ils supposent une nostalgie un peu niaise de ceux qui l’emploient pour cette période de l’histoire. Ce dont témoignent d’ailleurs les prénoms dits « anciens » que les gens de cette génération donnent à leurs enfants.

    C’est juste la haine du sens, mêlée d’acculturation, qui caractérise notre époque, cette moutonnerie terrible des gens qui n’ont pas le temps de penser parce qu’ils bossent, conjuguée aux frileux efforts des « mentalités ârtistes » et des « modernoeuds » – qui ont toujours peur de dire quelque chose de sensé – pour se rendre spirituels en disant des énormités, c’est juste cette société pleine de lâcheté et de fainéantise intellectuelle, qui anesthésie le terrible potentiel de nuisance de cette expression à l’égard précisément de ces deux castes, masse finalement assez homogène de fades gens.

    _ « Et c’est bien mon propos : le « con » dans un film des années 50 ou 60, ou le « con » de Coluche, me semblent plus précis et incisifs que « le con » d’un Bedos, d’un Christophe Alévêque ou d’un Guy Marchand (que j’ai déjà entendu employer le mot avec grande pédanterie lors d’une interview). »

    Encore une fois, le mot lui-même n’est responsable de rien. C’est l’âme qui est malade.

    _ « Leur « con » à eux est un flou artistique derrière lequel ils hébergent leur propre connerie. La ficelle est usée. »

    Les plus beaux des hôtels peuvent héberger des cons finis. Faut-il pour autant démolir ces hôtels (autels) ?

    La ficelle est usée, dites-vous… Quelle ficelle ? Celle de l’humanité ? – Je n’achète pas cette conception.

    Encore une fois, ce n’est pas de créer de nouveaux mots cousus de ficelle neuve qui changera quelque chose à la bêtise de ceux qui ne les comprennent pas.

    _ « Celui qui continue à faire un sketch sur « les cons » aujourd’hui arrive trop tard, »

    En vertu de quoi dites-vous ça ? L’humour réside rarement dans le sujet lui-même… En général il doit tout à la façon dont il est traité.

    _ « tout comme quelqu’un qui, en 2015, croirait blesser son ennemi en le traitant de « bohémien ! » viserait à côté et n’aurait pas saisi que la perception générale de ce terme s’est déplacée. »

    Ha ha ! Que vous êtes donc superficiel ! Les vrais héros s’amusent tout seul ! Qu’importe la (supposée) « perception générale » quand on sait parfaitement bien soi-même ce que l’on dit ?

    […]

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    […]

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    Soit votre ennemi ne se sent jamais offensé par les insultes d’autrui que lorsque « la perception générale » a compris dans quelle mesure il était insulté, (que lorsque l’insulte a été entendue par des tierces personnes et reprise comme un bon mot) et alors votre ennemi est vraiment un moins-que-rien, il ne mérite même pas d’être votre ennemi, car il n’a aucun sentiment personnel de sa dignité, c’est une bite d’amarrage, une légumineuse : il indexe son honneur sur son niveau dans les sondages d’opinion.

    Ou bien votre ennemi a de la sensibilité, et il comprend fort bien tout de poids de pathos, tout le poids de « gravité », pour reprendre une expression précédente, que vous avez mis dans ce mot. Et alors vous partagez avec lui une certaine conscience supérieure de ses fautes, tel l’œil dans la tombe qui regardait Caïn.

    Mais soyons un peu pragmatiques, si vous avez un ennemi et qu’il vous prend l’envie de l’insulter en utilisant un mot que de sa vie il n’aurait jamais cru pouvoir être utilisé comme une insulte, si vous le faites bien, c’est-à-dire avec conviction, si le terme est bien choisi, qu’il renvoie à une certaine réalité sur lui que vous connaissez et qu’il sait que vous connaissez, il y a toutes les chances que l’effet de surprise – l’aspect « spirituel » de la chose – joue en votre faveur. C’est cela, (entre autre), qu’on appelle : « avoir de l’esprit ». Hum.

    Exemple : Vous êtes en rupture avec une petite amie. Vous cherchez à lui faire mal.
    Vous vous souvenez des nombreuses fois où il vous a été donné de la voir au réveil, dépeignée, habillée n’importe comment, avec ce qui lui avait passé par la main la veille au soir, et du mascara jusqu’au milieu des joues.
    Il vous suffit de faire une allusion (anodine pour quiconque d’autre qu’elle) à ces moments d’intimité partagée, et de la traiter de bohémienne (sous-entendu : prétendre avec un certain sérieux qu’elle est une personne sale, une « romano’), pour la blesser mortellement.

    Tout est dans la façon, le passif, et le contexte. Ce ne sont jamais les grossièretés qui blessent le plus.
    Imaginez que la fille soit d’origine roumaine… imaginez qu’elle soit d’origine roumaine par sa mère et que sa mère soit morte… Imaginez que sa mère ait réellement été une personne malpropre… Vous faites un strike. Si elle est dépressive, elle peut avoir envie de se suicider pour un « mot d’esprit » comme celui-là.

    Certes, il faut avoir un cœur pour comprendre toutes ces subtilités, je vous le concède.

    _ « Comme le dit un commentateur, on entend désormais des choses comme « on est tous le bobo de quelqu’un d’autre », « on l’est tous un peu à un degré divers » »

    En quoi est-ce faux ? Et en quoi ce fait dévalue-t-il l’expression ?

    Vous pouvez remplacer « bobo » par salaud. Ca reste vrai. Néanmoins, une telle chose, même dûment observée, ne justifie nullement qu’on ne comporte comme un salaud.

    Être un salaud serait-il la chose la plus banale au monde, cela ne retirerait pas son droit à la femme trompée de se plaindre de son « salaud », cela ne retirerait pas non plus au terme « salaud » son caractère insultant lorsqu’il est proféré à tort, et surtout, surtout, un salaud qui prétendrait avoir le droit de l’être parce que tout le monde en est plus ou moins un, serait doublement un salaud – ce serait la crème des ordures.

    […]

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    […]
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    « façon de dire que la désignation ne vaut rien puisqu’elle s’applique à n’importe qui… »

    Encore le même biais logique ! Ce qui s’applique à tout le monde lorsqu’on observe l’humanité dans son détail, avec philosophie, n’est pas pour autant dénué de valeur ou de sens. Par exemple, nous somme tous faillibles et mortels ; ça ne fait par pour autant de la mort et de la faillite des choses anodines.

    C’est seulement le monde est regardé par l’analyste d’un regard surplombant, en usant d’une grille abstraite, en cherchant à faire rentrer de force les gens dans des cases sans aucun égard pour les gens en question, qu’on peut dire que les « cases » en question sont surfaites. Mais c’est toujours l’âme de celui qui voit qui est jugée ici, non les dénominations qu’il emploie.

    _ »Le bobo est une mentalité précise. »

    Oui. Mais une mentalité qu’on est tous susceptibles d’avoir (en France du moins).

    _ »Et si le terme ne résonne plus assez à vos sens, laissez-moi prendre ma machette pour le tailler et vous le planter à nouveau dans l’oreille. »

    Vous n’y avez absolument pas réussi. Je ne sais pas plus ce que ce mot veut dire après vous avoir lu. Un seul passage est intéressant : c’est quand vous dites que le bobo est quelqu’un qui n’entretient aucune relation avec le matériel, ni avec le spirituel. C’est intéressant mais ce n’est absolument pas développé. On dirait que vous ne vous appropriez pas cette idée, que vous l’avez prise à quelqu’un d’autre.

    _ « là je ne comprends plus ! Bedos n’est-il pas la parfaite version « one man show » de Cabu, ayant consacré sa carrière à épingler le même beauf, imaginaire à 80 %, raciste basique et si français ? »

    Ce point est complexe à développer. Mais le fait est que vous dites exactement la même chose que Bedos en prétendant vous moquer de lui

    « Rien d’pu con qu’un con qui sait pas qu’y est con ! », on ne sait pas si c’est une phrase qui se moque des cons ou de ceux qui emploient le mot : « con ». Il semble que les deux soient réunis comme une seule et même entité dans son esprit, et qu’il joue à faire le con qui ne sait pas qu’il est con en disant que les cons sont ceux qui sont cons sans savoir qu’ils sont cons.

    C’est la vieille blague du Crétois dans laquelle vous nous piégez-là. ^^

    Sachez qu’elle est piégeuse, mais qu’elle ne résout rien.

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  • Pardon pour le « zut ». Je me suis emporté. Je… Je ne sais pas ce qui m’a pris…

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  • Angoissant, quand ça arrive sans crier gare.

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    Steppenwolfy a des tendances à la somme, il les reconnaît lui-même. Mais à tout prendre, je préfère un long solo plus ou moins free sur un thème, un solo qui pose ses couilles sur le comptoir, plutôt qu’un commentaire à la con, genre énigmatique et sous-entendu, posé comme une crotte sur le trottoir d’un article (sortirai-je entier de ces métaphores débiles ?).
    Moi, ce que j’aime bien dans son truc, c’est l’idée qu’une langue (que dis-je ? la plus belle langue du monde, la nôtre) ne doive pas rendre de compte à la sèche logique ni à la rationalité à verre doseur. J’aime qu’une lange soit capricieuse, comme la belle salope qu’elle est, toujours à te poser des pièges que toi, gros balourd, tu enquilles comme à la foire ! J’aime qu’elle exige de ses amants (nous) une attention totalitaire, absolue, permanente, sous peine de passer pour un inculte, c’est à dire un gros dégoutant. Se servir d’une langue, merde, ça doit être plus compliqué et délicat que conduire une bagnole, avec régulateur de vitesse, air bag, anti patinage et GPS branché dans le fion ! Avec le français, tu es distrait un quart de seconde, tu te ramasses : le cauchemar des modernes, on comprend pourquoi. S’agit pas d’avoir passé sa scolarité collé au radiateur de fond de classe, de n’avoir jamais ouvert un livre et de prétendre, en plus, causer Molière dans le texte : le baragouin et le salmigondis sont là pour te servir de bagage, hé cancre ! Et comme le dit je ne sais plus quel con : entre un chômeur de longue durée et un chômeur de très très longue durée, la différence, c’est la maîtrise de la langue !

    (Ceci dit, Steppy, aucune chance que Xix crée un faux commentaire anonyme pour te dire d’aller te faire foutre, si l’envie lui en prenait. Tu connais mal le mec…)

Sonnet pour l’Aube

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Nul n’a vu de beauté qui n’a vu mon enfant
Quand par-dessus le mont l’aube fraîche et dispose
Au regard doux et clair dans son ciel de peau rose
De son front pur la bise irrésistible fend

Quand du piquant matin retentit l’oliphant
A l’heure où la fleur bleue de ses yeux est éclose
Et que contre mon sein sa tendre joue se pose
Et que mes rêveries vont bientôt s’effaçant
.

Nul n’a comme cet ange emprise sur les ombres
Quand tinte son appel je dois me réveiller
Des trames du sommeil rompre les charmes sombres

A son soleil ma nuit doit mourir consumée
Ô trompettes sacrées ébranlez mes décombres !
L’heure de l’aube est celle où je dois me lever

[Version corrigée 3.0]

Communiqué de Raiponce

Mes chers petits,

Je sais via mon tableau de stats que vous êtes assez nombreux désormais à attendre de nouvelles publications de ma part. Je n’oublie pas non plus certains blogueurs pour lesquels ma veille discrète, indéboulonnable, en ces lieux en apparence désolés et déserts, représente une sorte de présence rassurante, de réconfort apaisant. Hélas, le temps passe et il me faut, comme je le disais déjà il y a quelques temps, mûrir un peu. Ma récente maladie (une grippe carabinée qui m’a complètement coupé les pattes, chose dont je n’ai pas l’habitude, moi qui, depuis que je suis adulte, ne suis pour ainsi dire jamais malade) m’a permis d’accomplir quelque chose dont ma volonté seule autrefois aurait été bien incapable : j’ai pu complètement couper les liens qui jusque-là me retenaient aliénée mentalement au web. Je veux profiter de cette nouvelle liberté pour tenter de faire quelque chose en grand. Lire Balzac d’abord, pour consolider mes bases, puis de l’Héroic Fantasy dans un second temps, et enfin me mettre à la rédaction de quelque ouvrage susceptible d’être publié. C’a toujours été mon but, il ne faut donc pas, si je ne veux pas perdre pieds sur la corde où mon psychisme tient en équilibre, que je l’abandonne : apprendre à écrire dans un premier temps, me forger un vrai talent, enraciné dans mes maîtres, et puis aller au-devant de la Fortune pour lui proposer ma contribution au grand schmilblick général. Voilà.

Si vous voulez me faire plaisir, mes chers petits, et si vous ne savez pas quoi faire de beau de votre peau, je vous enjoins chaleureusement à m’imiter. Si je n’arrive à rien par moi-même, je pourrai toujours me dire à la fin des fins que j’aurai eu l’honneur de faire naître la Vocation chez d’autres êtres, meilleurs et plus forts que moi.

Bien à vous tous,

Pour l’Honneur, pour la Patrie et pour la branlaison du cerveau,

Rayponce_Mimi