REVOIR ANTAN – (La mala educaciòn, première moitié)

Les anciens considéraient donc qu’il était bien plus important de se soucier des enfants une fois qu’ils étaient devenus matures et intelligents, c’est-à-dire une fois leur personnalité formée, que de mettre le nez dans ce qu’il se passait avant.

Or, en effet, quand on est parent soi-même, il est difficile de ne pas songer parfois que le regard d’un homme intelligent ne peut objectivement se poser sur certains grands mystères de la vie, (qui sont aussi des mystères liés à la mort et à l’absurdité de l’existence), sans encourir de se perdre. Il faut être singulièrement armé contre l’Absurde, pour aller chercher des enseignements philosophiques du côté de l’enfance, c’est-à-dire pour prendre les enfants pour maîtres.

Car ce que les enfants nous apprennent la plupart du temps c’est qu’ils préfèrent se développer en réaction à. Comme s’ils se sentaient davantage libres, ou plutôt comme s’ils se sentaient davantage d’appétence à exercer leur liberté, lorsqu’ils avaient été élevés « dans les fers », c’est-à-dire sous la tutelle implacable d’une autorité s’assumant pleinement comme telle, avec une certaine désinhibition, et susceptible de dispenser joies et peines sans trop s’inquiéter de cela.

Il faut au moins l’indifférence toute-puissante d’une femme dominée par ses humeurs, cette capacité qu’ont les mères, aveuglées par leurs hormones, d’être d’autant plus versatiles et impérieuses qu’elles sont aimantes, pour endosser pareille responsabilité envers un autre individu. Les pères en général ont plus de scrupules que les mères à se comporter aussi « naturellement », avec l’implacabilité d’un Dieu.

Voici quelques exemple dûment observés par moi, et tiré d’anecdotes biographiques rapportées par plusieurs hommes célèbres :

_C’est l’injustice des adultes qui donne quasiment toujours aux enfants le goût de la Justice…

_La tendresse des adultes, leur compréhension, leur humanité, n’a, au palais inexpérimenté des enfants, bien souvent aucune saveur lorsqu’elle est dispensée trop gratuitement, sans parcimonie, avec trop d’indifférente largesse… Que savent-ils de son prix, eux qui ne connaissent pas la dureté du monde ?

_C’est-à-dire que la gentillesse, lorsque les enfants n’ont jamais connu qu’elle, et indifféremment, c’est-à-dire lorsqu’ils ne la connaissent pas comme une émanation spécifique aux êtres bons et clairvoyants, à laquelle on les reconnaît, et qui permet de les distinguer des autres, mais comme une tartine de confiture journalière qui écœure, qu’on reçoit de tout le monde et de n’importe qui, « par principe », « parce que les enfants sont formidables »… la gentillesse alors ne fait pas forcément les enfants gentils…

_Il semble parfois que la bonté des parents doivent être administrée à la façon d’un miracle pour que l’enfant l’apprécie à sa juste valeur… Un peu comme une pluie serait bienfaisante si elle venait rafraîchir un sol auparavant séché par les rayons du soleil, mais ferait pourrir les plantes si elle détrempait tout… Attention, ceci est tout sauf un éloge de l’aridité ! [Ceci rejoint plutôt la sagesse antique, qui prônait la modération – c’est-à-dire la compensation – en toute chose.] Il est possible aussi que certaines terres soient davantage faites que les autres – une question de nature – pour accepter un climat aride ou un climat humide.

_Il semble que la mansuétude doive toujours – avec certaines nuances liées au degré de fragilité naturelle de l’enfant – être exercée à l’égard des jeunes par un adulte puissant, – un adulte dont ils aient toujours lieu de craindre intuitivement qu’il puisse manquer un jour de compréhension et de bienveillance à leur égard…

_Et il semble aussi que l’excès des violences des passions contraires exercées sur les enfants par l’intempérance des adultes ait tendance à les rendre démesurément émotifs et sensibles, quand le contraire (un excès de maîtrise émotionnelle) les rendrait plutôt apathiques et indifférents – ces deux sortes d’influences étant à titre égal potentiellement génératrices d’une tristesse profonde, dangereuse pour l’équilibre psychique de l’enfant.

_Cependant il est aussi à observer que les enfants dont les mères font si bien leur travail de mère qu’ils sont initiés aux paradoxes tragiques de l’existence comme on serait initié à un jeu hilarant et facile, et qui se retrouvent en situation d’accepter l’autorité parentale avec tant d’aisance que même lorsqu’ils sont punis ils ne lui trouvent jamais rien à redire, ces enfants à la fois sages et joyeux, hélas, dont tous les manuels d’éducation nous vantent peu ou prou l’exemple, il est à observer aussi qu’ils donnent souvent des adultes insensibles, conquérants, au cœur dur. Attila avait une bonne mère, apparemment. Sa biographie réelle, du moins, s’en fait l’écho. :)

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####En dépit de tout cela, les pédagos persistent à prétendre avoir appris tout ce qu’ils savent des enfants eux-mêmes… La question que je me pose est donc la suivante : ont-il bien tout suivi ? n’ont-il manqué aucun cours ? ont-ils compris la consigne ? n’ont-il pas oublié une partie de leurs leçons ?

####Quand Nietzche prétend (lui aussi!) apprendre des enfants, cela donne de tout autres résultats, pourtant.

#### Quand les psychologues-cliniciens de l’enfance parlent de « stade sadique-anal » et autres grossièretés, quand ils cherchent ainsi à percer le mystère de l’enfance par-delà le Bien et le Mal, sans ornières ni (vaines?) pudeurs… n’ont-ils jamais peur, en quelque sorte, de s’attaquer au « code source » de l’humanité ? Pensent-ils réellement pouvoir ainsi décoder la mécanique du vivant sans remuer la merde ? [Excusez-moi, ce n’est pas très poli, mais cela recouvre bien mon sentiment à leur sujet.] Et quand bien même accèderaient-ils vraiment à la mécanique vivante de l’esprit, qu’est-ce qui leur permet de croire qu’ils sont à même de pouvoir la faire fonctionner ? Je trouve curieux que les apprentis-sorciers qui pratiquent cette (pseudo-)science ne ressentent jamais la peur bien naturelle qu’avaient les anciens de pénétrer dans les arcanes du gynécées et des fondations du monde…

Juste une image : vous avez un ordinateur entre les mains avec lequel jusqu’à présent vous n’aviez fait que surfer sur le net, jouer à des jeux vidéos et utiliser un logiciel de traitement de texte, vous savez que les informations inscrites sur l’écran ne sont que la face émergée de l’iceberg, on vous a appris qu’elles sont codées à l’origine en langage binaire. Vous accédez un jour au code source et vous vous avisez de le bricoler « à l’instinct ». Cela fait-il de vous un programmeur ? Combien allez-vous casser de machines, muni simplement de votre cher instinct, avant de devenir programmeur ?

Autant je comprend la curiosité bien naturelle des pédagogues des origines, qui désirèrent un jour mieux se soucier des petits enfants. Je comprends en effet une telle curiosité venant de personnes qui aiment les enfants : jamais vraiment sûrs d’eux-mêmes quant à la bonne conduite à tenir, ils cherchent des indications claires relativement à ce qui est mauvais pour les petits et à ce qui est bon. Autant, disais-je, je comprends le désemparement des gens qui aiment les enfants, face à ce grand mystère qu’est l’origine de la personnalité morale chez l’homme… autant je ne comprends pas qu’une foultitude de docteurs et de savants qui prétendent aimer les enfants et ne vouloir que leur bien, n’aient jamais, lorsqu’ils ont été mis en présence, par la psychologie, de certains termes choquants, lorsqu’ils sont entrés dans des investigations sur l’homme qui aurait normalement dû choquer leur pudeur et leur sensibilité  – (à ce point que Freud lui-même n’aurait pas conseillé d’en exposer les ressors inquiétants et le vocabulaire très crus (à la limite du pornographique) à des enfants et à des femmes… Je ne comprends pas, dis-je, que toutes ces bonnes gens n’aient jamais eu le réflexe antique de fermer les yeux.

Quand vous voyez une folle dans la rue qui court à poil en criant des insanités, la prenez-vous en photo, la montrez-vous à votre petit enfant qui vous accompagne… ou bien vous empressez-vous de la couvrir avec votre manteau et d’appeler les flics/un professionnel de santé ? – Ainsi en va-t-il de cet espèce de délire freudien remplis de mots crus effrayants : quand bien même ce langage dirait-il la vérité (une folle aussi peut fort bien dire la vérité!) sur ce qu’est l’enfance et ce qu’est l’enfantement, n’y a-t-il pas un problème en soi, à l’exposer ainsi sur la voie publique à la vue de tous les passants, et plus grave encore, à le laisser ouïr à des enfants ? – On a là des auto-proclamés scientifiques qui jouent a-priori avec des arcanes secrètes (du moins en sont-ils persuadés)… n’ont-ils jamais peur d’angoisser encore davantage les angoissés avec leurs trouvailles ? … de traumatiser encore davantage leur patients qui sont déjà des gens fragilisés ? … n’ont-il jamais peur, enfin, de souiller les enfants en se mêlant de tripoter ce qu’ils ont de plus caché, en entrant dans un domaine secret de l’intériorité des gens dans lequel jusqu’à Freud personne n’avait censément songé à s’immiscer ? … Enfin, n’ont-ils pas peur, si leurs découvertes sont susceptibles de traumatiser les plus sensibles, que cela les salisse eux-mêmes ? … Se conçoivent-ils eux-mêmes à ce point comme des êtres insensibles ? – On conseille, par exemple, de ne pas donner de cigarettes aux enfants. Cela pour autant signifie-t-il que la cigarette soit bonne pour les adultes ?

Je dis tout cela dans l’éventualité-même que les freuderies recouvriraient une certaine vérité – ici je ne m’attaque même pas à la démolition de tout cela comme à des préjugés -, voyez comme je suis bonne ! Et bien vous le constaterez par vous-même, même (et surtout!) dans cette éventualité-là, il faut bien convenir de ce que les freuderies sont potentiellement dangereuses pour l’humanité qui est dans l’homme  !

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Les spécialistes de la petite enfance cherchent à « développer l’imaginaire, la créativité et l’intelligence sociale du sujet ». Mais parvient-on jamais à un tel résultat lorsque, mu par une haine viscérales des imageries traditionnelles et de la morale qu’elles véhiculent, on ruine par l’exercice tout azimut d’un cynisme gauchiste parfaitement déplacé, toutes les images d’Epinal et autres naïvetés kitsch qui pourraient nourrir les rêves de l’enfant ? Et que penser de ceux qui confrontent constamment les enfants à des problèmes d’adultes sous prétexte de dialoguer avec eux à la mode de Dolto ?
Ceux que les pédagogues n’aiment pas, sont contrariés dans leurs instincts : goût de l’effort.
Les autres sont sociables et communiquent leurs émotions : on ne leur demande rien de plus.
Finalement l’école des pédagogues profite mieux aux enfants de réacs, qui sont mieux structurés. L’éducation reste le fait de mettre un tuteur à une plante.
J’enviais les fils et les filles de bourgeois.

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Peut-être est-ce pour cela qu’aujourd’hui les enfants beaux, liants, imaginatifs et pleins de charme sont, en grande majorité, les plus fainéants : plus personne ne les pousse. Il n’y a plus de Don Juan, il n’y a plus que des mollassons.

Le Moyen-Âge, les âges obscurs, ont toujours eu une prévention contre les caractères sensuels, les belles filles, les gens aptes à jouir, ouverts d’esprit, avec le cœur facile. C’est parce qu’ils sont, enfants, toujours les plus adorés de leurs mères, ce pourquoi personne ne juge jamais bon de leur implanter dans leur « code source » le goût de l’effort. Ils se construisent dans l’idée qu’ils sont parfaits tels qu’ils sont, à l’état de nature. Or l’homme purement naturel ne sera jamais un homme, il sera tôt ou tard rattrapé par sa bestialité. Celui qui a ignoré trop longtemps cela car il était, étant enfant , »caressé comme une belle bête », se retrouvera, une fois adulte, confronté à une société où ceux qui réussissent sont paradoxalement ceux qui se battent depuis toujours contre/avec leur imperfection originelle – ou du moins contre/avec un trait de leur caractère que la société leur a toujours présenté comme étant une imperfection, et qu’ils ressentent pour cela le besoin, où de contrecarrer ou d’affirmer (ce qui en définitive a toujours peu ou prou le même résultat).

Les gens naturellement épanouis, à moins qu’on leur fassent valoir la nécessité de combattre au nom de ce qu’ils portent en eux de Lumière pour le monde, ont rarement en eux l’aiguillon moteur qui pousse les autres à se surpasser. Du moins, cela se passe comme ça lorsque l’éducation desdits gens considérés comme épanouis par les « mamans » des petites classes, est laissée lorsqu’ils mûrissent à la faveur de leur bonne nature, et qu’à cause de cela elle n’est pas cultivée.

Autrefois les maîtres d’école qui avaient hérités de la vieille tradition morale catholique (qu’ils fussent factuellement des clercs ou non), avaient tendance à traiter les « bonnes natures » à égalité avec les supposées mauvaises – voire même, ils avaient ce qu’on pourrait appeler un « réflexe sacré », (excessivement productif sur le long terme et avec cela très contagieux), qui consistait à davantage maltraiter les « bonnes natures », et cela pour une raison qui peut se justifier très doctement. Pour qu’une nature donne des fruits, il faut la cultiver, n’est-ce pas ?… Or, cultiver la nature, c’est toujours, dans une certaine mesure, aller à l’encontre de la nature, ou du moins savamment la contrarier… Une bonne nature donnera de bons fruits (c’est l’Evangile qui le dit), d’où l’intérêt de la cultiver plus encore qu’une autre… Mais, comment révéler à une bonne nature quelle est sa nature, et par là-même lui transmettre l’envie impérieuse de se perpétuer et de se multiplier dans l’excellence de son être ? En la contrariant juste ce qu’il faut pour qu’elle se révolte, et comprenne la nécessité absolue dans laquelle elle est de s’affirmer haut et fort comme telle ! J’appelle cela : faire dire au Christ son propre nom. Mais rassurez-vous, c’est chez moi un terme conceptuel qui ne vous demande aucune adhésion de foi aveugle – en l’état, ce n’est pas un culte, c’est juste une habitude de pensée.

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Histoire de l’enfant qui dessinait mal et qui avait les pieds plats.

Mes parents pédagos m’avaient laissé entendre que certaines qualités étaient visibles dans l’enfant, qui laissaient présager des capacités et des qualités de l’homme futur. Ainsi ils avaient toutes sortes de préventions intimes contre certaines caractéristiques de personnalité – et même certaines caractéristiques physiques. Ils ne les auraient pas confiées à un étranger, mais je n’étais pas un étranger. Quand j’étais petite, ma mère me parlait comme elle aurait parlé à sa propre conscience. Heureusement que ma mère était, – femme simple et bonne, ayant un rapport au corps pour ainsi dire archaïque -, à peu près dépourvue de vices sérieux, car elle n’a jamais eu vis-à-vis de moi aucune pudeur. Quant à mon père, c’était sous couvert d’humour qu’il disait toujours la vérité de son âme terriblement froide. Quand il riait avec vous, vous pouviez être certain qu’il riait aussi de vous, et que vous alliez entrevoir des abîmes : votre caractère allait être passé au scanner de son inconsciente méchanceté.

Il y avait ainsi chez moi – et en toute innocence, finalement, pourrait-on dire -, une réelle mise-en-valeur de certaines qualités (qui se trouvaient par rebond être devenues les miennes : chacun veut plaire à ses parents)… C’était essentiellement des qualités de communication, et puis l’instinct du dessin, (dans les dernières années de sa carrière de professeur, mon père s’était spécialisé dans les arts plastiques), l’instinct du bon-goût, l’amour des couleurs et de la danse, l’instinct du jeu d’acteur (mes parents faisaient aussi du théâtre, et donnaient des cours de comédie), l’instinct de la mise-en-valeur de soi, l’aisance dans le mouvement, une certaine capacité à se poser là et à manger l’espace, sans vains piétinements ni gestes parasites, – il fallait de la souplesse et de la sociabilité, enfin, ce qui supposait en tout, et même vis-à-vis des choses intellectuelles, un certain détachement supérieur.

Cela engendrait chez eux des intolérances curieuses : à l’occasion, il m’a été donné de remarquer que ma mère avait des a-priori viscéraux – de ces a-priori pour ainsi dire religieux, qu’on appuyait volontiers de théories New-age – à l’égard des enfants qui étaient daltoniens, ou qui avaient les pieds plats. Mon père, lui, ne cachait pas sa colère à l’égard des enfants dont la colonne vertébrale était raide, et qui ne savaient pas se détendre. Mais le pire, le plus récurrent, parmi ces critiques, je crois que je l’ai toujours entendu à propos des enfants qui dessinaient mal : étant donné qu’on pratiquait volontiers la divination psychologique dans les dessins d’enfants, je n’ose dire ce qui était pensé chez moi de celui qui faisait encore ce qu’on appelait des « hommes têtards » à l’age de 6 ans.

L’ironie du sort les a jugés. Bien des années après, quand j’étais devenue trop différente d’eux, et ma parole parfaitement incompatible avec leurs théories, et que leur amour supposément inconditionnel pour moi en souffrait, la seule personne auprès de qui j’ai trouvé une tolérance et un intérêt qui surpassait le leur me concernant, fut un garçon au maintien particulièrement raide. Elevé dans un puritanisme moral protestant qui était diamétralement opposé au puritanisme hippie dans lequel j’avais moi-même grandi, il avait le regard glacé, les pieds plats, était daltonien, gaucher, et dessinait excessivement mal. Ce fut le seul qui parmi tant de gens de prime abord plus « sympas », voulut bien me tendre véritablement la main, et me parler le langage qui convenait à mon âme. Cela alors même que j’étais devenue une curiosité psychologique telle que j’évitais à l’époque spontanément de regarder les enfants dans les yeux, tant, de par la profondeur fatale de mon jugement, je craignais superstitieusement de les corrompre. [J’arrête ici cette histoire pour l’instant.]

 

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Quand l’école a une mentalité de mère poule, quand elle en vient à vouloir que les enfants apprennent à lui confier leurs émotions et sensations… comme si les émotions et les sensations étaient toujours bonnes… comme si c’était de l’or en barre, des perles… mais qu’elle ne se hasarde plus jamais à contrarier chez les enfants le produit de leur intuition, alors il ne faut pas s’étonner de ce que les nouvelles générations qui sont passées entre ses mains adoptent par la suite de leur évolution dans le monde, une tournure d’esprit violente et « moyennâgeuse » !

En effet, ceux qui ont été maltraités par l’école parce qu’on les disait pas suffisamment émotifs (alors qu’ils étaient peut-être seulement plus pudiques), ceux que l’école a jugé inférieurs parce qu’ils étaient tout simplement peu imaginatifs, peu fantaisistes, peu affectueux ou peu empressés de plaire, ceux-là qui sont les sévères et les avares, seront récompensés par la suite, car ils auront appris à ne pas se laisser berner par les chants des sirènes… et plus encore, ils seront vengés des autres – qui étaient pourtant à l’origine hélas souvent effectivement les « meilleures natures » – en ce que ces autres n’auront eux jamais reçus de l’école les clefs du savoir qui permettre de se battre, de s’affirmer, enfin de s’élever.

Quand les sévères sont vengés des beaux, oui j’appelle cela le Moyen-Âge. C’est l’Ecclésiaste contre Jésus. C’est le ressouvenir de la Loi des Pères sévères contre la tentation que les âmes avides d’absolu ont de s’incarner.

Dans un pays paysan, où la tentation protestante se fait sentir, où le labeur et l’humilité sont bien plus valorisés que la beauté physique, une handicapée (atteinte d’un type d’acrocéphalosyndactylie, une absence de croissance des os qui, si pas traitée, comprime le cerveau chez l’enfant lorsqu’il grandit) – dotée d’un bon mental, ayant acquis un bon niveau scolaire – a toute son enfance durant été corsetée, sciée, coupée, recollée, on lui a mis la tête dans des boites, et elle a manqué plusieurs fois d’être aveugle… Elle désire malgré tout avoir un enfant, en dépit du risque accru d’engendrer quelqu’un comme elle, et elle engendre effectivement un garçon porteur de la même maladie : sa résolution se comprend dans la seule mesure où l’on peut effectivement voir une source d’enseignement dans la torture du « corsetage » aggravé, et où la culture de cette femme ne valorise pas le « naturel ».

La chose a ses pour et ses contres… Mais je crois que si cette femme rencontrait Aphrodite, elles n’auraient pas grand’chose à se dire, et seraient toutes deux très gênées.

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