Nous vaincrons parce que nous sommes les plus morts. (Philippe Muray)

JULES RENARD (Journal)

1er décembre 1906 :

Ceci est un cahier d’avortements.

Comme votre visage se referme dès que je vous parle de moi !

2 décembre 1906 :

_ On pourrait dire de Maupassant qu’il est mort de peur. Le néant l’a affolé et tué. Aujourd’hui, on s’occupe moins du néant. On s’y habitue, et cette évolution dans notre vie est une révolution littéraire.

Pourquoi tant jouir ? Ne pas jouir est aussi amusant, et ça fatigue moins

[ Si ça fatigue moins c’est que ça donne de l’énergie. C’est donc aussi une jouissance. Plus forte. Voilà l’épicurisme d’Onfray. Et le mien. NDL IA ]

[Toujours parlant de Maupassant. NDL IA ] Homme de lettres avant tout, disent ses biographes. Mais non ! Il a voulu gagner beaucoup d’argent, il s’est mis régulièrement au travail chaque matin, surmené, et il refait souvent la même chose. Nous sommes obligés, nous, de faire le triage.

Le néant ne rend rien. Il faut être un grand poète pour le faire sonner.

Il ne voulait pas livrer sa vie : il n’était donc pas assez homme de lettres, car sa vie explique son œuvre, et sa folie en est peut-être la plus belle page.

Son éditeur le conseillait, le poussait, le dirigeait. Flaubert se serait méfié.

Il méprisait la femme, mais il n’y a qu’un mépris qui vaille avec elle : c’est de ne point la b…, et il ne faisait que ça.

Il a refusé la croix, en homme qui se sait glorieux et qui n’en a pas encore assez. Il a accepté les palmes comme fonctionnaire, quand son nom ne disait rien à personne.

Taine l’appelait « le taureau triste ». Il l’était sans doute de se savoir plus taureau que grand poète.

Il n’a pas regardé d’assez près. Il s’est ennuyé trop vite, trop tôt. Il y avait encore bien des choses amusantes à voir.

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JULES RENARD (Journal) :

Année 1895, du 13 au 24 Février, en rafale (sur la page 208 de mon édition BOUQUINS Robert Laffont) :

Achille et Don Quichotte sont, Dieu merci, assez connus, pour que nous nous dispensions de lire Homère et Cervantès.

En littérature, il faut arriver doucement, de peur d’attraper un chaud et froid.

Le vrai ne se distingue du faux, en littérature, que comme les fleurs naturelles des artificielles : par une espèce d’inimitable odeur.

La première fois que je rencontrais Mme Séverine, tout de suite, sans dire un mot, nous prenant les mains, nous nous mîmes à pleurer.

Il faut être honnête et modeste, mais il faut dire qu’on l’est. [Tiens, prends ça Jésus ! – NDL IA]

Ce que devient le mot cochon dans la bouche d’une jolie femme.

Les éditeurs si gentils quand on ne publie pas chez eux.

[Elle] prend à la conversation la part du lion.

Il faudrait, pour meubler ce grand salon, lâcher deux ou trois petits éléphants qui se promèneraient en tous sens.

Ca dura vingt-cinq ans, montre en main.

Un petit particulier humain n’intéresse plus que l’humain général.

Je n’aime à parler qu’avec des gens plus grands que moi et dont la bouche me dépasse, parce qu’ainsi les odeurs montent.

 – Oh ! vos pages courtes ont un succès !… dit Mame Adam, avec l’air d’ajouter : « Oui, mais ça ne nous rendra pas l’Alsace et la Lorraine ! ».
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Les antilibéraux sont les seuls aujourd’hui à pouvoir remettre en marche la machine libérale.
Simple question d’électronique élémentaire. Il n’y a que le – pour attirer le +. Ne mettez que du + et la machine se retrouve débranchée, privée d’électricité. Les égoïstes endormis sur leur tas d’or qui veulent du + et toujours du + se retrouvent bien attrapés.

De sorte que ce n’est pas de leur fait si la machine ne fonctionne pas. C’est Dieu ou la nature qui a voulu ça, – Dieu ou le « cahier des charges » que Dieu a été forcé de suivre pour construire le monde, selon une expression ironique et très bien choisie des Goncourt.

Eux-autres, si ça n’avait tenu qu’a eux, ça aurait pu durer comme ça encore longtemps. Rien à foutre.

« Eurêka ! » s’est écrié Dr Love. Je vais vous rallumer la lumière moi ! Vous allez en avoir du jus. J’ai trouvé le truc !
« Juice ! » – [Cf. la parodie de Jim Carrey]

Certains libéraux (certains riches) ont fini par comprendre. Ils ont écouté Dr Love. Ils ont accepté le deal.
Ce pourquoi ils se sont assouplis.

A présent ils demandent du Mir Laine, de la Soupline, pour se sentir à nouveau douillet dans leur tas d’or.
Ils sont prêts à payer cher pour cela. Ils sont même prêts à payer sur leurs convictions. D’autant qu’ils n’en ont jamais eu beaucoup. Ce qu’ils ont surtout c’est une jalousie extrême de ce tout qu’ils possèdent. Or et pouvoir ( c’est la même chose). Ils ne veulent pas partager.

Pour que ces gens-là se soient assouplis, dites-vous bien qu’il faut qu’ils aient été attaqués au niveau du porte-monnaie.
Mais ne croyez pas tout de même qu’ils veuillent partager. ‘Faut pas déconner non plus.

Nous restons des esclaves.
Saint Paul nous avait pourtant prévenus. On était informés.
Mais grâce à l’hypocrisie protestante (c-à-d grâce à la bêtise crasse des barbares saxons et germains), ils ont réussi à entourer Saint Paul d’une gangue de bullshit qui le rend aujourd’hui inaudible.

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NINO FERRER

Paroles de : Les Enfants De La Patrie

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On se réveille un jour de gloire
Parmi des choses, parmi des gens
Et si c’est la cour des miracles
C’est en la prenant qu’on l’apprend.
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Elle, elle est seule, elle est naïve
Le monde est tendre et différent
La mer est calme, on part à l’aventure
Pour le meilleur et pour le pire.
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Voilà le printemps qui se lève
Il en faut vingt pour l’achèvement
Lune et dollars, matraque et rêves
La matraque, c’est ce qui prend plus longtemps.
.

On fait la croix sur ce qui reste
La croix de guerre évidemment
Ensemble il faudra vaincre, ou bien subir
Tout le meilleur et tout le pire.
.

Et puis voilà le soir qui tombe
Après deux heures, après cent ans
C’est une question sans importance
Ce n’est qu’une question de temps.
.

Allons enfants de la Patrie
Allons gaiement vers le destin
Survivre un peu
Apprendre un peu
Sourire un peu
Aimer un peu
Souffrir un peu
Mourir un peu
Pour rien.

 .
*****************************************************
 .
NINO FERRER
Paroles de :

Blues En Fin Du Monde

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Pendant la fin du monde
Il est recommandé
De suivre-z’à la lettre les instructions
De la société chargée des modalités.
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Pendant la fin du monde
Il est déconseillé
De se pencher par la fenêtre ouverte
Sur la voie ferrée de la réalité.
.

La famille est défunte
L’honneur est délabré
Le travail se fait rare
Et les patries sont en danger.
.

Et quand la vague est si grande
Et toi tu es si petite
Il faut nager comme un poisson
Ou poulemouiller comme les moutons.

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Le monologue continu (2)

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J’ai écrit plus tôt quelque chose comme : « le sens de la justice est inné chez les enfants ». En mon for intérieur, je pensais : « Le sens de la justice inné, encore faut-il en avoir le goût ».

La Justice, je m’y connais, ça manque parfois un peu de swag… Comment avoir la classe en toute circonstance quand on est un Juste ? C’est la quadrature du cercle. La Justice est âpre, bien au fond. Alors que les enfants aiment le sucré. Ses pieds sont sales de la poussière du chemin, elle se dévêt sur le chemin de ses maigres oripeaux pour faire pénitence. Pour quelle raison les enfant adoreraient-il cette divinité-là ?

Je le vois bien, lorsqu’ils sont bien dans leur enfance, bien naturels, (en somme bien mal élevés), les gosses n’aiment rien tant que les joies simples… La seule vertu qu’ils connaissent est celle du bonheur. Un type gentil, c’est un type bien dans sa peau, bien tranquille dans ses baskets… un gars heureux. …- Joie de faire l’objet de toutes les attentions, joie de désobéir, joie de bien manger, joie de recevoir des présents, joie de rire de ce qui ne fait pas sens ou du déplaisir d’autrui, la voilà la santé enfantine ! … Qu’on s’étonne après de trouver toujours des parents qui raffolent de leurs enfants malades, et des gamins pétant de vie à moitié abandonnés. Mais c’est que le génie de l’espèce a la tête à l’envers ! – c’est hélas à l’infâme Julius Evola je dois cette idée. Tout l’art d’organiser son propre plaisir, et rien que ça… voilà ce qui occupe et doit occuper l’enfance ! Les seuls enfants moraux sont les enfants en grand danger.

Les enfants désirent peut-être être écoutés, compris, mais enfin ils le désirent davantage lorsqu’ils ne le sont pas. Ils détestent peut-être l’injustice, ou disent la détester, mais uniquement lorsqu’ils l’expérimentent ! Avez-vous jamais vu un enfant se plaindre de ce qu’il recevait un traitement de faveur, au motif que ce traitement de faveur était une injustice pour les autres ? … – Hum. Cet enfant-là, c’était moi. Donc bon, il faut croire tout de même que cela existe. Mais je sais bien, au fond, que lorsqu’un enfant refuse d’être favori des adultes, c’est avant tout parce que cela fait de lui un paria parmi les autres enfants. L’injustice dont on est le bénéficiaire, lorsqu’elle se retrouve punie, finit par être perçue comme un crime. Lorsqu’elle n’est jamais punie, en revanche, elle devient une chance, voir un critère d’élection.

Il faut bien vous dire qu’en dehors des rares cas où ils éprouvent le besoin d’exprimer des problèmes de conscience complexes, pour qu’on aille les sauver des enfers de leurs souffrances intime, ce ne sont pas les grandes démonstrations générale de subtilité empathique qui impressionnent les enfants. Parlez-leur de leurs problèmes, ils vous trouveront grand clerc. Parlez-leur des vôtres, ils vous trouveront faible et chiant. … Hum. Après tout, ne sont-ce pas l’ensemble des hommes vulgaires qui, réagissant également ainsi, mériteraient d’être appelés des enfants ?

Si vous voulez donner à votre enfant l’impression qu’il est votre Seigneur et maître, et que vous êtes par nature un minus, un vassal, vous n’avez qu’à lui expliquer en quoi, parfois, la joie et la santé des autres, vous blessent. Essayez de faire la même chose en face d’une racaille, il y a des chances qu’indépendamment de tous vos éventuels mérites et de vos supériorités intellectuelles, vous le persuadiez définitivement, sans aucun recours possible, que vous êtes de la race de ses esclaves.

Les enfants aiment que l’on soit tout miel et tout sucre, mais à la condition seule d’ignorer superbement tous les aspect sombres de la vie. Or il est évident que la vie est faite de déplaisirs et de larges parts d’ombre. Mentez aux enfant à ce sujet : ils vous adoreront ! – et conséquemment par la suite, lorsqu’ils découvriront le monde, ils le détesteront. Un peu trop facile de dresser ainsi un gosse, en lui laissant accroire que le monde entier lui appartient – à lui et à lui seul ! -, à être de toute éternité un prédateur de toutes les joies des autres.

Un bon parent prépare son enfant à appréhender la complexe et douloureuse réalité du monde, à composer avec elle, bref à comprendre l’environnement dans lequel il sera amené à évoluer sa vie durant. A défaut de quoi l’enfant de qui l’on encourageait tous les übris dans le foyer natal, se retrouvera fort dépourvu lorsqu’au jour d’en sortir, il découvrira que le monde entier juge durement ses comportements égoïstes et prédateurs, et que seuls les individus capables de gérer harmonieusement leur rapport à la frustration sont agréables à leur prochain. Il est à parier que l’enfant gâté ne sera jamais plus heureux, de toute sa vie, ailleurs que dans le souvenir de ce foyer premier, où on le laissait se conduire en déviant sans jamais le juger. Même de la part de la mère la plus maternelle qui soit, il serait criminel de croire qu’il suffit de flatter et de gâter les enfants jusqu’à l’obésité morale, pour les élever correctement.

Voilà ce que je vous propose. Imaginez, pour un personnage de roman, le type d’un enseignant qui ne serait que miel et que sucre, qui ne connaîtrait et ne voudrait connaître dans la vie que la joie et la sérénité, qui fermerait donc ses yeux et ses oreilles à tout le reste (donc accessoirement à la souffrance de ceux qui souffrent), et aromatiserait ses lèvres à l’eau de rose lorsqu’il dispenserait sa sagesse particulière, qui serait une sagesse du bonheur facile, de la gaudriole et de la légèreté. Je ne vois qu’un conte arabe, éventuellement, pour nous proposer ce type de gars comme le type du gars gentil. 100% de chance, si vous lisez mon blog, que vous fassiez de votre personnage au mieux une espèce de larron, un bateleur, un illusionniste, au pire le Diable en personne avec sa cohorte de démons.

[APPARTE. Ceci explique pourquoi tant de gens – en particulier des cathos et des feuges – voient Onfray comme une nouvelle version du Diable. C’est son usage effréné du mot « jouir » et sa défense acharnée de l’Epicurisme qui fait friser leur matière grise. Réflexe culturel, de catéchumènes, de leur part, qu’ils n’arrivent malheureusement pas à dépasser. Pourtant, dans ce cas-là, ce sont les critiques de Onfray qui sont dans l’erreur, car il est risible de leur part de penser que Onfray puisse être un enfant ou une racaille. Son « jouir » n’est pas un jouir par l’estomac, l’égotisme forcené, la cécité au malheur d’autrui ou le divertissement, cela crève les yeux. Tout philosophe a un usage du vocabulaire qui lui est propre, et avant d’aborder la pensée d’un penseur, il faut se mettre à sa page. Il est malhonnête de la part des critiques d’interroger un homme sur le sens de ses paroles en lui refusant d’attribuer aux mots qu’il emploie un sens autre que celui qu’ils ont l’habitude de leur attribuer. FIN DE L’APPARTE]

Pareils qu’ils sont à des enfants, rares sont les gens qui aiment la justice en dehors des cas particuliers d’injustice qui les renvoient aux fois où ils l’ont rencontrée à leurs dépens. La justice en elle-même et pour elle-même, n’est guère aimable, et on ne l’appelle guère que lorsqu’on espère d’elle une défense ou une protection contre quelque danger imminent. Après ça, la question de savoir si le sens de ce qui est juste ou injuste est inné ou non apparaît quelque peu subsidiaire… néanmoins je crois m’être trompée en le prétendant. Il y a beaucoup de gens sur la terre qui croient réellement qu’être juste c’est rendre au Juste et au méchant la monnaie de leur pièce. Cette conception de la justice est la plus intuitive et la mieux partagée tout autour du monde, c’est la Justice primitive, et cependant elle ne coïncide pas exactement avec la conception chrétienne.

« Trop juste », en français, cela veut aussi dire : « pas assez ».

Voilà pourquoi en France on tient si fort à ce que ce ne soit pas la victime qui rende justice dans le tribunal. C’est un vieux principe à l’origine sensé contrecarrer l’oeil-pour-oeil-dent-pour-dent. C’est peut-être grâce à ce principe que, malgré la nature violente, irascible et rancunière du Français, la France n’est pas un pays des Balkans.

Une loi pour tous, qui soit susceptible de départager chacun, sans égards de traitement pour personne, c’était le mot d’ordre. Hélas on a récemment introduit de graves biais dans la balance, qui la faussent. La Justice ayant pour devoir et nécessité d’être aveugle, catastrophe en la demeure lorsque les magistrats se mêlent d’idéologie. Les pires des magistrats étant sans conteste à trouver parmi les bourgeois anti-bourgeois style 68. Rien de plus dangereux qu’un juge de profession qui prétend qu’il ne faut juger personne ou que la morale c’est pour les cons.

N’importe quel homme un peu plus évolué que les autres devine – et peu importe je crois sa culture d’extraction – que l’oeil-pour-oeil dent-pour-dent est une spirale infernale qui condamne tout le monde et ne sauve personne à la fin des fins. Dans une perspective religieuse (et logique) elle aboutit paradoxalement à ce qu’au Jugement Dernier on se retrouve face l’impossibilité technique de distinguer moralement par leurs actions les âmes qui ont vécu.

Celui qui cherche un Pur parmi les hommes, finit toujours par se dire : « La vie est une telle chienne! Ce qu’il aurait fallu, à la base, c’est ne pas collaborer – ne pas collaborer à la vie ! »

La figure de l’intellectuel, comme une improvisation libre sur la figure du collabo… N’est-ce pas Soral qui a fait remarquer de Marc-Edouard Nabe s’amusait à se grimer en Brasillach ?

Extension du domaine de la lutte. Le titre se suffit à lui-même et j’ai oublié le livre.
Partout l’ADN du nazisme répandu dans la vie civile, depuis la guerre. Dans la mode en premier lieu, petits soldats du bitume, froides lianes de marbres, beautés lisses, évoluant supposément librement sur un socle de béton… puis dans l’architecture dite moderne, ses angles droits, son absence de superflu, son gigantisme prométhéen.. etc… Toute l’esthétique du XXIe, y compris l’esthétique intellectuelle, art contemporain y compris, tentant de réduire scientifiquement la vie humaine à ses supposées structures mécaniques… ainsi la méthode systématisme suicidaire utilisée partout, excluant toute autre forme de vision, en particulier poétique, dans les œuvres de pensées et d’écriture… l’ésotérisme new-age et ses ferments paranoïaques, conservés depuis l’époque nazie comme charpente du vivant dans du formol, captant de plus en plus de dévots… ainsi de suite. Jünger l’avait prédit. Et avec quel lyrisme, et avec quelle pesanteur de sérieux et de terreur mêlés !

La collaboration vue comme seule issue possible pour l’être pensant, puisque le nazisme est partout, donc la résistance impossible.

Au regard de tout ça une seule question se pose donc : Y’a-t-il la possibilité d’une île ?

Oui, si conformément au modèle chrétien de la Justice, on prend un peu sur soi de temps en temps, au lieu de rendre coup sur coup la colère et la haine. Figurez-vous que je ne parle pas ici de la répression de la racaille – qui doit bel et bien être réprimée, la racaille étant antichrétienne -, mais du nihilisme ambiant – qui doit être réprimé également. On est chrétien ou on ne l’est pas. Ce n’est pas parce qu’on vit dans le béton que l’on se doit de porter le béton à la boutonnière. Car c’est de l’oeil-pour-oeil-dent-pour-dent, que de dire à la modernité : « puisque tu m’aliènes, je me comporterai comme un alien ». C’est-là un idéalisme blessé qui se veut volontairement sans issue.

Figurez-vous pourtant que même si vous croyez que votre misère est sans issue, pour autant il ne faut pas faire de votre misère un étendard. Ce n’a jamais été la misère qui a fait de beaux étendards, n’en déplaise aux communistes et aux nihilistes russes qui pensaient ainsi, mais l’art de la connaître sans la laisser gagner. C’est l’art de rester digne, même les deux pieds dans la merde (ou le béton), qui est beau. Pas l’art de s’y laisser engluer jusqu’au cou. On n’est pas obligé de collaborer à tout ce que le monde moderne a d’intrinsèquement nazi. Même si la mode nous dit que tout cela est ardemment désirable parce que demande beaucoup de courage de soumission… Si tu es plus malin que la mode, c’est la mode qui te suivra et non l’inverse. Les gens qui se soucient de la mode aujourd’hui sont des beaufs, des gens dépourvus de liberté de penser, de créativité et d’imagination. C’est-là d’ailleurs l’image qu’elle renvoie de vous-autres qui la suivez, la mode actuelle.

On peut souffrir de certains états de faits sans pour autant être obligé de reproduire les injustices subies. Qui nous force à nous « intégrer » à la société jusqu’à perdre notre âme ? Qui force Où-est-le-bec à être défaitiste et méchant ? Son désir d’avoir la classe ? Pourquoi ne pas s’intégrer qu’à moitié ? Qui nous force à être tout-d’une-pièce, comme un blockhaus ? A être IN ou OUT ? Qui nous force à plaire aux autres blockhaus ? – L’esthétique ? Je ne crois pas. Penser sous forme de systèmes n’est pas si esthétique que cela : le dandysme c’est avant tout le courage de l’originalité, du contre-pied, de la nuance… cela demande de la finesse, de l’ingéniosité. Le systématisme est facile, mais la beauté est difficile, chers amis.

Quant au nazisme qui serait partout, je vais vous révéler quelque chose de terrible. Avant le nazisme, le nazisme était déjà partout, seulement on ne s’en apercevait pas, parce qu’on ne connaissait pas encore son nom. A présent, assez d’épouvantements de pucelles, et un peu de courage d’agir, bon sang de bois !

Le monologue continu

Vous entendrez parfois, chez la grand’bourgeoise, catho ou feuge, chez la femme américaine ou la femme chinoise, un réjouissement désinhibé à cette idée que le prince charmant éventuel, en supplément de posséder toutes qualités physiques et morales requises, dispose de quelque puissance, de quelque apanage de famille, un nom qui le pose là… enfin soit riche.

Ces personnes-là, et leurs amoureux, leurs fils, enfin les hommes qui admettent et corroborent leur vision du monde – une sorte de matérialisme modéré qui peut se résumer à l’art de « savoir-tirer-parti-des-opportunités » -, ne sauraient deviner ou prévoir les scrupules qui animent les êtres de ma race.

Même si j’ai cette caractéristique – que je partage avec Fréhel ^^ – et qui m’a causé, hélas, bien des inimitiés de quiproquos – d’avoir un peu navigué (oh ! uniquement par souci de m’instruire !) entre les deux monde, je reste tout de même du bord de celles qui, si elles découvraient par hasard que leur amant, qu’elles croyaient jusque-là « une personne normale », est puissant et riche, pourraient s’en retrouver tentées de le quitter immédiatement. Ce cas de figure ne m’est jamais arrivé bien sûr, car je détecte toujours instinctivement la véritable nature sociologique des personnes (comprendre : la caste à laquelle ils appartiennent et par extension le genre de mère qu’ils ont eue), indépendamment du rôle professionnel qu’ils jouent dans notre société moderne où le jeu de carte a été quelque peu brouillé.

De la même manière, les « autres » aussi, ils me « détectent ». C’est de bonne guerre.

Un garçon qui s’est fait passer pour le marquis de Carabas, mais qui n’est qu’un humble fils de meunier, se retrouve immédiatement recueilli, consolé par moi. N’est-il pas plus qu’un autre « l’un des miens »? Celui-là me fait rire et me rassure. En revanche, un garçon qui veut se faire passer pour mon égal et dont il s’avère que par, son hérédité, il est un mélangé impur de toutes sortes de mystérieuse familles bourgeoises, enrichies dans les grands comptoirs européens, ainsi que de quelques reliquats de la plus haute noblesse, celui-là m’inquiète. En premier lieu parce qu’ayant lieu de se flatter d’origines aussi illustres, ses motivation à me mentir sont moins claires que pour l’autre à mes yeux. Je comprends qu’on mente à une femme pour l’impressionner, parce qu’on se sent petit. Je comprends moins qu’on s’adresse à une femme aimée comme le loup déguisé en lapin s’adresse au lapin. Serait-ce même pour tester le degré de cupidité de la future compagne, et quand bien même le grand Prince voudrait-il jouer au crapaud couronné des histoires, il y a dans cette démarche un je ne sais quoi de malhonnêteté tordue qui me crispe.

Ces choses-là n’arrivent pas, auraient simplement dit mes arrières-grand-mères. Comprendre : elles n’arrivent pas sans qu’il y ait baleine sous gravillon.

En réalité, soyons honnêtes jusqu’au bout, l’opportunité de marier un Prince ne s’est jamais présentée à moi. Ce n’a jamais été qu’une perspective conceptuelle entrevue, et qui m’a fait intimement rire. Car je ne suis pas aussi sotte que Cendrillon – il faut être sotte comme une oie blanche, ou éperdument résolue à se faire manger, comme était la petite chèvre de monsieur Seguin, pour se faire manger par le loup. Les loup ne mangent pas les gens de mon espèce : ils sentent bien que nous autres, ne sommes pas comestibles. Je suis une chèvre devenue un peu trop combattive pour être seulement une chèvre.

Développons un peu. Une femme qui ne possède rien en son nom propre et qui séduit un homme qui lui fait accéder à une caste supérieure à celle de ses propres parents, est non seulement une femme qui va attirer la suspicion de tous les côtés, mais une femme qui, si elle est honnête, va accepter de jeter elle-même, en son for intérieur, et quoi qu’elle en dise, une certaine dose suspicion – de doute – donc de salissure – sur la qualité de son propre amour. Il faut en effet, selon mes standards à moi – qui sont les standards de mon milieu d’extraction – que l’amour d’une femme soit bien fort pour qu’il n’ait pas à craindre de souffrir (en tant qu’amour) de rejoindre opportunément des intérêts matériels. S’il n’y avait que des femmes comme moi, il est vrai que les hommes riches, en particuliers les parvenus, ne pourraient jamais épouser que leurs semblables, ou des femmes encore mieux parvenues qu’eux.

Mieux vaut, selon mon sentiment, si l’on épouse quelqu’un de plus aisé que soi, donc un bienfaiteur, mieux vaut ne pas l’aimer du tout, et être au clair avec ça. Sans quoi on se fera toujours l’effet à soi-même d’avoir instrumentalisé ce qu’on avait de ressort le plus sacré – le cœur – en somme d’avoir mis à l’encan – contre une garde-robe et le manger – le plus inviolable tabernacle. Un tabernacle par définition étant de l’ordre de ce qui ne devrait jamais souffrir de collusion avec le domaine matériel.

Ceci explique amplement l’impression de pourriture – cette odeur si caractéristique d’os blanchis et de mousse -, que l’on respire dans la sacristie romane ou gothique – ce « débarras » de l’église où enfants de chœur et curés de village, entre deux futs de colonne brisés, revêtent leurs aubes… Ceci explique amplement disais-je l’impression générale de pourriture qui se dégage des institutions catholiques. Là est leur signature, là aussi paradoxalement siège leur noblesse. Je m’explique. Et je vous explique par la même occasion ce qu’un protestant – ni un japonais, ni aucun religieux d’une autre religion du monde – ne comprendra jamais.

Selon la théologie catholique la plus pure, ce que défendent les curés ne peut être défendu par personne – nul homme vivant, ni pêcheur – car nous en sommes tous indignes. Il est dit dans la sagesse catholique que nous portons tous en nous-même une parcelle de sacré, c’est-à-dire d’infini, d’immatériel, dont nous sommes tous autant que nous sommes, indignes. Puisque de par notre condition mortelle nous sommes attachés par tous les aspects de nos personnalités, de nos façons de survivre, à notre propre finitude. C’est le souvenir de cette croix, ce combat, entre l’idée du bien et son caractère irréalisable, ce ‘Bien’ impossible à rencontrer dans le réel, impossible à matérialiser, et qu’on ne veut pas matérialiser car ce serait le corrompre, car alors il nous échapperait – c’est le souvenir de ce paradoxe, que doivent cultiver les prélats. Autant dire que les prélats sont habitués depuis toujours à l’idée de leur propre indignité ; c’est en effet la première chose dont on leur demande toujours de se souvenir ! – ne serait-ce que par égard pour les gens du Siècle. L’Eglise est comme la fille belle et aimante qui doit manger pour vivre, et qui n’a que sa beauté pour parvenir à cela. Comment va-t-elle faire sans corrompre précisément ce qui la rend belle et aimante ? Elle n’a qu’un corps – qu’elle ne doit pas vendre -, à vendre. C’est une situation vicieuse et viciée. Il n’y a que le savoir, la mémoire de ce qu’elle est venue faire sur la terre par le truchement de son corps, et de l’origine du mérite qu’on lui prête, même si elle en a démérité moult fois, qui soit susceptible de la sauver. Si l’Eglise apparaissait incarnée sous la forme d’une femme, d’une belle jeune fille, aux prêtres (mâles et femelles) chargés de professer n’importe quelle religion du Livre, et s’il était laissé toute liberté d’action à ces prêtres sur elle, il n’est pas antichrétien de dire qu’il y aurait toutes les chances qu’elle soit persécutée, torturée et tuée – car elle serait l’archétype de la femme impure. Dans un second temps seulement, elle serait sans doute réhabilitée, mais à l’échelle de la vie de la jeune fille qui nous intéresse, qu’importe ?

Les deux dernières grandes saintes qui parlent en France à la conscience collective (les cathos pratiquants exceptés) sont, je crois bien, Jeanne d’Arc et la petite Sainte Thérèse de Lisieux. Elles deux expriment bien cette idée centrale de la Vérité religieuse, rare, précieuse, trop miraculeuse donc trop fragile, martyrisée par la triste réalité des institutions de la religion.

Le caractère réel de l’Eglise équivaut évidemment à sa perpétuelle compromission à travers les siècles, car il n’y a rien d’ontologiquement pur qui vive – la vie n’est jamais la pureté – ceci fait partie intégrante du message chrétien -, or le devoir numéro un de l’Eglise, (en cela elle est pareille à l’animal qui se bat et dévore son semblable dans la jungle), est de survivre, de se perpétuer dans l’être, à travers les invasions, les révolutions et les tyrannies, et non d’être pure, afin que l’art et le savoir qu’elle porte se transmette, comme on veut que se transmette le gène d’une espèce, pour qu’il ne bascule pas irrémédiablement dans le domaine du rêve, en un mot qu’il ne disparaisse pas de la réalité.

C’est ainsi que, paradoxalement, selon un système de discussion infiniment tragique qui prête largement le flanc à la critique, Sainte Thérèse est une martyre de l’Eglise non pas seulement au sens commun du terme, mais aussi au sens où c’est sa vocation de nonne en elle-même, ainsi que le caractère vicié de ses consœurs, qui ont joué le plus mauvais rôle – celui du pharisaïsme &Co – dans son chemin de croix. Quant à Jeanne d’Arc face aux cochons d’anglais, face aux puritains, aux faibles, aux cauteleux, aux politiques, aux hypocrites, tous revêtus de robes sacerdotales, et investis de pouvoirs temporels dont elle ne disposait pas, elle est une métaphore tellement criante de tant de choses éternelles appartenant au domaine de la Vérité, qu’il est inutile pour moi de l’éclairer à vos yeux par de vains discours : c’est elle qui éclaire, à titre d’illustration édifiante, mon propos.

Mais revenons à nos moutons.

Qu’il est curieux de voir comment nous autres les filles descendantes des communistes et des pauvres gens, chez qui le souvenir des vertus (inventées ou réelles) de nos ancêtres, est resté comme un blason, comme une tradition de famille, avons hérité de tout autres réflexes que ceux des bourgeoises et des feuges. Autrefois mes proches, – parents, cousins, anciens amis -, s’étant plus ou moins inconsciemment composés la croyance que j’aimais un homme riche (ce qui en réalité n’a jamais été mon cas, soit dit en passant, et de toute ma vie, mais passons), se sont mis à me regarder de biais, et en tordant la bouche. J’ai senti que l’on pensait de moi que j’étais devenue une sorte de catin et j’ai trouvé leur suspicion si risible et si malvenue – elle en disait tant sur le fond misérablement envieux de leur caractère ! – qu’en effet j’ai aimé, pour les emmerder, leur laisser accroire que j’avais accédé à un degré d’aisance supérieur au leur, ainsi qu’à toutes sorte d’habitus bourgeois, de codes secrets servant de signes de reconnaissance dans la bonne société, leur ayant été jusqu’à présent toujours profondément inaccessibles et étrangers.

Leurs mauvaise pensées les défiguraient bien davantage qu’elles ne me ridiculisaient moi – eux, ne m’ayant jamais écouté quand je leur parlais de moi, n’ayant donc jamais pris la peine d’apprendre à vraiment me connaître – ainsi elles me vengeaient bien d’eux ! Néanmoins, ironie de l’affaire, ces gens fiers de leurs origines obscures, étaient tous autant qu’ils étaient, dans les faits, bien plus riches que moi, puisqu’ils gagnaient de l’argent et possédaient des choses, ce qui n’est, n’a jamais été, et peut-être même ne sera jamais mon cas. Ma grand-mère m’a tout-de-même posé la question de ma retraite – ‘Et ta retraite ? il faut travailler pour ta retraite !’ – Comment faire comprendre à ces gens que je n’ai jamais prévu de ma vie d’arriver un jour à l’âge de la retraite ? Attention, par contre, je n’ai pas pour autant l’intention d’en priver les autres ! Je ne suis pas ultralibérale ou darwiniste-dingue pour faire des généralités de mon cas !

Car, si je mettais en avant ma façon d’être, – ce que je fais malgré moi en étant droit dans mes bottes, et digne -, je pourrais leur faire accroire que je conteste tout système de protection sociale. Ce qui n’est absolument pas mon cas. J’ai été trop habituée à entendre que je n’étais pas « normale », pas comme les autres, pour maintenant vouloir que tout le monde fasse comme moi. Que les exceptions confirment la règle et les moutons seront bien gardés.

Même ma grand’mère, qui a pourtant connu des conditions de vie terrible, n’a jamais pu comprendre, malgré tous les indices intentionnellement laissés, que j’étais pour ainsi dire morte à quinze ans. Déjà à cet âge je pensais que j’étais totalement dépourvue d’avenir. Depuis je considère tout ce qu’il m’advient comme du rab – et c’est un sentiment aux reflets dorés, donc la texture est pour ainsi dire très luxueuse. Je me projette fort mal dans l’avenir depuis cette époque où, portée par une démarche d’extrême rationalisation, telle l’Hippolyte du roman de Dostoïevski, j’avais fermement résolu d’en finir, et où j’ai constaté qu’une donnée d’ordre quasiment biologique, une envie de vivre totale et totalement déraisonnable, dont je n’avais lieu ni de me vanter, ni de tirer des conclusions philosophiques, en somme quelque chose comme un narcissisme à toute épreuve, m’en empêchait formellement.

Si je dois vivre longtemps dans de telles conditions – alors que je n’ai tout de même jamais fait ce qu’il fallait, comparément aux autres, pour assurer ma survie – ce sera une belle farce : une sorte de petit miracle à mon humble échelle. Comme si j’avais été prise en charge directement par la Providence, faute d’autre soutien… Ma mégalo aime à le percevoir ainsi. Alors, si je vis longtemps, par exception, je serai une personne à qui l’existence aura donné plus que prévu. Certes, mon art de vivre n’est pas du genre de ceux qu’on peut décemment souhaiter à autrui, sachant par quoi je suis passée. Aussi, je ne fais pas de politique au même sens que ceux qui ne désirent jamais qu’universaliser leur propre façon de vivre, de voir, de sentir, en somme leur propre confort. Il faut dire que je n’aime pas particulièrement le confort – au moins le confort intellectuel… le confort d’un bon fauteuil, c’est autre chose. Mais je ne suis pas une nazie pour vouloir à tout prix en priver les autres ! – Le confort intellectuel, c’est la santé mentale, ne l’oublions pas. De sorte que le : « aime ton prochain comme toi-même », même si je le révère, je l’ai personnellement dépassé… et non pour moi, mais pour le bien de mon prochain avant tout. Vous ne voudriez pas que j’exige de vous ce que j’exige de moi-même, croyez-moi. Autrefois je pensais qu’il était vaniteux et égoïste de ne pas faire profiter les autres de ma souffrance, en leur demandant de m’accompagner partout dans les questionnements divers qui me déchiraient. Je pensais que si les gens étaient en bonne santé, que c’était parce qu’ils avaient d’ors et déjà la solution de tous mes problèmes. Il y avait un gros fond d’envie et de ressentiment là-dedans. Or, ça c’était avant. Aujourd’hui je préfère me considérer comme quelqu’un qui fait du zèle dans son coin par choix et par goût personnel, sans jamais tourner le dos au bien commun, certes, mais sans jamais oublier que de toute façon je n’étais pas apte à faire autre chose que ce que je fais. Quand on a le goût des plaisirs difficiles et des quêtes chevaleresques, quand on va sciemment dénicher les démons et qu’on prend son pied à leur tordre le cou, on ne somme pas pour autant le commun des mortels d’aller se jeter tout le temps dans les mêmes imbroglios. Il est certains que nous ne sommes pas tous doués pour les mêmes travaux. Je ne pourrais pas vivre comme ils vivent, d’ailleurs…

Heureusement que j’ai découvert qu’on pouvait faire ce que je fais ! – Sans cela, je ne sais pas où je serais. Il est certain que selon les critères des autres, je n’étais pas viable. Allez, je ne leur en veux pas. Comment en voudrais-je à autrui d’avoir pu survivre là où j’ai passé mon chemin ? Si j’avais pu faire comme eux, je serais encore à leurs côtés, même au prix de bien des souffrances. Car la plus grande partie des années passées, c’est-là tout ce que j’ai jamais désiré.

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