Nous vaincrons parce que nous sommes les plus morts. (Philippe Muray)

JULES RENARD (Journal)

1er décembre 1906 :

Ceci est un cahier d’avortements.

Comme votre visage se referme dès que je vous parle de moi !

2 décembre 1906 :

_ On pourrait dire de Maupassant qu’il est mort de peur. Le néant l’a affolé et tué. Aujourd’hui, on s’occupe moins du néant. On s’y habitue, et cette évolution dans notre vie est une révolution littéraire.

Pourquoi tant jouir ? Ne pas jouir est aussi amusant, et ça fatigue moins

[ Si ça fatigue moins c’est que ça donne de l’énergie. C’est donc aussi une jouissance. Plus forte. Voilà l’épicurisme d’Onfray. Et le mien. NDL IA ]

[Toujours parlant de Maupassant. NDL IA ] Homme de lettres avant tout, disent ses biographes. Mais non ! Il a voulu gagner beaucoup d’argent, il s’est mis régulièrement au travail chaque matin, surmené, et il refait souvent la même chose. Nous sommes obligés, nous, de faire le triage.

Le néant ne rend rien. Il faut être un grand poète pour le faire sonner.

Il ne voulait pas livrer sa vie : il n’était donc pas assez homme de lettres, car sa vie explique son œuvre, et sa folie en est peut-être la plus belle page.

Son éditeur le conseillait, le poussait, le dirigeait. Flaubert se serait méfié.

Il méprisait la femme, mais il n’y a qu’un mépris qui vaille avec elle : c’est de ne point la b…, et il ne faisait que ça.

Il a refusé la croix, en homme qui se sait glorieux et qui n’en a pas encore assez. Il a accepté les palmes comme fonctionnaire, quand son nom ne disait rien à personne.

Taine l’appelait « le taureau triste ». Il l’était sans doute de se savoir plus taureau que grand poète.

Il n’a pas regardé d’assez près. Il s’est ennuyé trop vite, trop tôt. Il y avait encore bien des choses amusantes à voir.

..

.

JULES RENARD (Journal) :

Année 1895, du 13 au 24 Février, en rafale (sur la page 208 de mon édition BOUQUINS Robert Laffont) :

Achille et Don Quichotte sont, Dieu merci, assez connus, pour que nous nous dispensions de lire Homère et Cervantès.

En littérature, il faut arriver doucement, de peur d’attraper un chaud et froid.

Le vrai ne se distingue du faux, en littérature, que comme les fleurs naturelles des artificielles : par une espèce d’inimitable odeur.

La première fois que je rencontrais Mme Séverine, tout de suite, sans dire un mot, nous prenant les mains, nous nous mîmes à pleurer.

Il faut être honnête et modeste, mais il faut dire qu’on l’est. [Tiens, prends ça Jésus ! – NDL IA]

Ce que devient le mot cochon dans la bouche d’une jolie femme.

Les éditeurs si gentils quand on ne publie pas chez eux.

[Elle] prend à la conversation la part du lion.

Il faudrait, pour meubler ce grand salon, lâcher deux ou trois petits éléphants qui se promèneraient en tous sens.

Ca dura vingt-cinq ans, montre en main.

Un petit particulier humain n’intéresse plus que l’humain général.

Je n’aime à parler qu’avec des gens plus grands que moi et dont la bouche me dépasse, parce qu’ainsi les odeurs montent.

 – Oh ! vos pages courtes ont un succès !… dit Mame Adam, avec l’air d’ajouter : « Oui, mais ça ne nous rendra pas l’Alsace et la Lorraine ! ».
.

..

*************

.

Les antilibéraux sont les seuls aujourd’hui à pouvoir remettre en marche la machine libérale.
Simple question d’électronique élémentaire. Il n’y a que le – pour attirer le +. Ne mettez que du + et la machine se retrouve débranchée, privée d’électricité. Les égoïstes endormis sur leur tas d’or qui veulent du + et toujours du + se retrouvent bien attrapés.

De sorte que ce n’est pas de leur fait si la machine ne fonctionne pas. C’est Dieu ou la nature qui a voulu ça, – Dieu ou le « cahier des charges » que Dieu a été forcé de suivre pour construire le monde, selon une expression ironique et très bien choisie des Goncourt.

Eux-autres, si ça n’avait tenu qu’a eux, ça aurait pu durer comme ça encore longtemps. Rien à foutre.

« Eurêka ! » s’est écrié Dr Love. Je vais vous rallumer la lumière moi ! Vous allez en avoir du jus. J’ai trouvé le truc !
« Juice ! » – [Cf. la parodie de Jim Carrey]

Certains libéraux (certains riches) ont fini par comprendre. Ils ont écouté Dr Love. Ils ont accepté le deal.
Ce pourquoi ils se sont assouplis.

A présent ils demandent du Mir Laine, de la Soupline, pour se sentir à nouveau douillet dans leur tas d’or.
Ils sont prêts à payer cher pour cela. Ils sont même prêts à payer sur leurs convictions. D’autant qu’ils n’en ont jamais eu beaucoup. Ce qu’ils ont surtout c’est une jalousie extrême de ce tout qu’ils possèdent. Or et pouvoir ( c’est la même chose). Ils ne veulent pas partager.

Pour que ces gens-là se soient assouplis, dites-vous bien qu’il faut qu’ils aient été attaqués au niveau du porte-monnaie.
Mais ne croyez pas tout de même qu’ils veuillent partager. ‘Faut pas déconner non plus.

Nous restons des esclaves.
Saint Paul nous avait pourtant prévenus. On était informés.
Mais grâce à l’hypocrisie protestante (c-à-d grâce à la bêtise crasse des barbares saxons et germains), ils ont réussi à entourer Saint Paul d’une gangue de bullshit qui le rend aujourd’hui inaudible.

.

.

NINO FERRER

Paroles de : Les Enfants De La Patrie

.

On se réveille un jour de gloire
Parmi des choses, parmi des gens
Et si c’est la cour des miracles
C’est en la prenant qu’on l’apprend.
.
Elle, elle est seule, elle est naïve
Le monde est tendre et différent
La mer est calme, on part à l’aventure
Pour le meilleur et pour le pire.
.

Voilà le printemps qui se lève
Il en faut vingt pour l’achèvement
Lune et dollars, matraque et rêves
La matraque, c’est ce qui prend plus longtemps.
.

On fait la croix sur ce qui reste
La croix de guerre évidemment
Ensemble il faudra vaincre, ou bien subir
Tout le meilleur et tout le pire.
.

Et puis voilà le soir qui tombe
Après deux heures, après cent ans
C’est une question sans importance
Ce n’est qu’une question de temps.
.

Allons enfants de la Patrie
Allons gaiement vers le destin
Survivre un peu
Apprendre un peu
Sourire un peu
Aimer un peu
Souffrir un peu
Mourir un peu
Pour rien.

 .
*****************************************************
 .
NINO FERRER
Paroles de :

Blues En Fin Du Monde

.

Pendant la fin du monde
Il est recommandé
De suivre-z’à la lettre les instructions
De la société chargée des modalités.
.

Pendant la fin du monde
Il est déconseillé
De se pencher par la fenêtre ouverte
Sur la voie ferrée de la réalité.
.

La famille est défunte
L’honneur est délabré
Le travail se fait rare
Et les patries sont en danger.
.

Et quand la vague est si grande
Et toi tu es si petite
Il faut nager comme un poisson
Ou poulemouiller comme les moutons.

Publicités