Archéologie du ROUGE

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Des fois, ça fait du bien de se relire…

https://raiponces.wordpress.com/2011/05/04/a-coups-de-trique-et-pis-cest-tout/

https://raiponces.wordpress.com/2012/10/03/faites-ne-faites-pas/

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On a plus de courage pour parler, quand on n’a pas encore d’enfant ! J’ai bien fait d’écrire tout cela à l’époque. Car aujourd’hui je n’oserais plus, sans doute.^^

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La vie de mère est une vie de culpabilité.

Bébé comme elle est, les pulsions s’expriment parfois en ma fille à peu près comme elles s’expriment chez le jeune carnassier fou, avant qu’on le domestique : le chat voleur, menteur, mauvais joueur, qui mord, qui crache, qui griffe… Or, sitôt mon cœur se révolte-t-il contre l’un ou l’autre agissement bestial de ma petite, sitôt la conscience de la laideur de ma colère vient-elle par là-dessus me mordre comme une marque au fer rouge. La bête engendre la bête.

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La violence fait partie du logiciel animal, donc aussi du logiciel humain. Car l’homme demeure un animal. Cependant l’homme n’est pas que cela : il doit donc trouver à toute cette violence qui le meut, un usage à sa mesure, un usage qui lui soit propre, c’est-à-dire qui corresponde à ce qu’on est en droit d’attendre d’un être supérieur tel que lui.

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Quand Aldo Sterone s’interroge sur la signification du vieux mythe d’Abraham saisissant un couteau pour égorger son fils, la réponse la plus évidente qu’on puisse lui fournir est encore celle-ci : l’homme recèle en lui les mêmes instincts prédateurs que le plus cruel des carnassiers. Et il n’a inventé les subterfuges infinis de la culture qu’afin de circonscrire l’exercice nécessaire (car vital) de sa bestialité naturelle, à des activités symboliques et à des champs de bataille bien gardés : le sacrifice cultuel ou artistique, le théâtre, l’art de la guerre, la géopolitique, l’Agôn philosophique, ou encore les palais de Justice, le sport, la téléréalité.. etc.

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Le langage binaire pur/impur qui code les cervelles musulmanes et juives (ce sont les règles du Hallal et de la Cacherout) est un langage entièrement fondé sur des délimitations arbitraires. A chaque fois que je ponds un article, je crois que je m’attache à démontrer que ce que l’imaginaire archaïque, du type sémitique/protestant, identifie depuis toujours à l’Impur, n’est impur que de façon très discutable, très arbitraire, très privée

Les arguments sont légions qui permettent de prouver que les barrières mentales des puritains sont absolument des préjugés : c’est-à-dire des constructions mentales ex-nihilo qui ne résistent pas à une demi-heure de déconstruction philosophique digne de ce nom.

La culture chrétienne, jusqu’à nos jours, s’est toujours attachée à jouer intellectuellement avec les barrières mentales archaïques du modèle patriarcal.

La Loi Salique et les lois romaines antiques régissant les droits du Pater Familias n’avaient en effet rien à envier à la Charia (ou aux lois des juifs orthodoxes), sur le plan de la misogynie tyrannique. On ne parlera pas du statut de la femme dans la Grèce antique : il est à peu près similaire à celui de la femme actuellement en Afghanistan.

Il n’est pas faux de dire que le Nouveau Testament fait la part belle à un certain nombre de personnages féminins – des femmes aimantes, libres, et cependant bonnes -, qui ont été par la suite amenés à faire des émules. En effet, les protagonistes du Nouveau Testament, à l’image de Jésus, ont cette particularité d’être présentés aux fidèles comme des modèles à suivre. Ainsi, Jésus et ses saints sont les seuls « Dieux » (si l’on peut dire), à ma connaissance, dont les prêtres invitent les fidèles à les imiter. [Les Dieux antiques, c’était tout le contraire : les imiter c’était être convaincu d’übris, c’était donc encourir des châtiments exemplaires.]

jesus-marie-madeleineÉtranges « dieux », n’est-il pas ?

Cela est facile à observer notamment au musée du Palais Papal à Rome, où l’on peut consulter une collection immense de statues antiques qui représentent des Dieux païens. Des Dieux païens, c’est-à-dire des corps d’hommes et de femmes dénudés, glorieux et joyeux dans leur nudité, qui ne semblent a-priori pas avoir jamais connu la culpabilité d’Adam et Eve.

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Ainsi, établir des interdits arbitraires est le premier rôle de la loi qui, en tant que garante de la paix sociale, vise à réduire l’exercice de la violence bestiale qui est dans l’homme à un certain nombre d’activités-défouloir autorisées. L’art fait partie des grands défouloirs. Le mariage aussi, en ce qu’il se met en travers de tout ce que l’amour peut charrier avec lui de bestial et de tragique – sans pour autant totalement le détruire ou contre-indiquer. D’ailleurs, n’en déplaise aux économistes actuels, il faut toujours faire attention à ce que l’amour de la Liberté, qui est inscrite dans le logiciel humain, ne conduise pas ceux-ci à agir n’importe comment, c’est-à-dire aux dépends de leur voisin. – C’est la base !

Les grands interdits fondateurs qui trouvent leurs défenseurs les plus ardent chez les deux races sémitiques, peuvent donc être conservés y compris à l’intérieur d’une société très évoluée. Car la société la plus évoluée du monde, si elle ne veut pas s’effondrer sur elle-même dans la décadence comme une plante grimpante sans tuteur (ou comme un individu sans squelette), a plus que toute autre besoin de repaires moraux, c’est-à-dire de jalons sur lesquels s’appuyer pour continuer à s’élever (- j’utilise ce terme en référence au titre d’une grande revue intellectuelle d’extrême-droite).

Cependant, oublier que les interdits fondateurs de la société de type sémitique ou patriarcale ne sont que des parti-pris civilisationnels créés par les hommes pour leur propre bien… oublier qu’ils ne relèvent donc pas (contrairement à ce que les religieux enseignent) du commandement supérieur d’un Dieu Tout-Puissant avec qui il est inutile de prétendre discuter… oublier cela, c’est s’exposer à renouer par un autre chemin (qui n’est pas celui de la décadence mais celui de l’obscurantisme), avec les ténèbres.

Comme je l’ai expliqué précédemment dans plusieurs articles, ce dont nous avons besoin, ce n’est pas seulement de frontières. C’est de frontières ET de ponts, pour pouvoir continuer à passer par-dessus. L’un ne va pas sans l’autre, si l’on y réfléchit bien.

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Les interdits des puritains qui refusent la transgression sont aussi stupides que l’idéologie libérale de la transgression qui nie la nécessité des interdits.

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Il y a, dit-on, ceux qui vivent dans le Livre, et ceux qui en écrivent…
Il y a aussi manifestement ceux qui ont un pied de chaque côté.
Pour moi, c’est cette troisième caste seulement la caste des transgresseurs, qui possède le génie.

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La conscience

Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,
Echevelé, livide au milieu des tempêtes,
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,
Comme le soir tombait, l’homme sombre arriva
Au bas d’une montagne en une grande plaine ;
Sa femme fatiguée et ses fils hors d’haleine
Lui dirent : « Couchons-nous sur la terre, et dormons. »
Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts.
Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,
Il vit un oeil, tout grand ouvert dans les ténèbres,
Et qui le regardait dans l’ombre fixement.
« Je suis trop près », dit-il avec un tremblement.
Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse,
Et se remit à fuir sinistre dans l’espace.
Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.
Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits,
Furtif, sans regarder derrière lui, sans trêve,
Sans repos, sans sommeil; il atteignit la grève
Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.
« Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sûr.
Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes. »
Et, comme il s’asseyait, il vit dans les cieux mornes
L’oeil à la même place au fond de l’horizon.
Alors il tressaillit en proie au noir frisson.
« Cachez-moi ! » cria-t-il; et, le doigt sur la bouche,
Tous ses fils regardaient trembler l’aïeul farouche.
Caïn dit à Jabel, père de ceux qui vont
Sous des tentes de poil dans le désert profond :
« Etends de ce côté la toile de la tente. »
Et l’on développa la muraille flottante ;
Et, quand on l’eut fixée avec des poids de plomb :
« Vous ne voyez plus rien ? » dit Tsilla, l’enfant blond,
La fille de ses Fils, douce comme l’aurore ;
Et Caïn répondit : « je vois cet oeil encore ! »
Jubal, père de ceux qui passent dans les bourgs
Soufflant dans des clairons et frappant des tambours,
Cria : « je saurai bien construire une barrière. »
Il fit un mur de bronze et mit Caïn derrière.
Et Caïn dit « Cet oeil me regarde toujours! »
Hénoch dit : « Il faut faire une enceinte de tours
Si terrible, que rien ne puisse approcher d’elle.
Bâtissons une ville avec sa citadelle,
Bâtissons une ville, et nous la fermerons. »
Alors Tubalcaïn, père des forgerons,
Construisit une ville énorme et surhumaine.
Pendant qu’il travaillait, ses frères, dans la plaine,
Chassaient les fils d’Enos et les enfants de Seth ;
Et l’on crevait les yeux à quiconque passait ;
Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles.
Le granit remplaça la tente aux murs de toiles,
On lia chaque bloc avec des noeuds de fer,
Et la ville semblait une ville d’enfer ;
L’ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes ;
Ils donnèrent aux murs l’épaisseur des montagnes ;
Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d’entrer. »
Quand ils eurent fini de clore et de murer,
On mit l’aïeul au centre en une tour de pierre ;
Et lui restait lugubre et hagard. « Ô mon père !
L’oeil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit : ” Non, il est toujours là. »
Alors il dit: « je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et Caïn dit « C’est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l’ombre
Et qu’on eut sur son front fermé le souterrain,
L’oeil était dans la tombe et regardait Caïn.
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Victor Hugo

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A présent, j’ai envie de vous faire découvrir un chef d’œuvre

que vous ne connaissez peut-être pas :

L’Enfant, de Jules Vallès.

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Julles Vallès a beaucoup de points communs avec Jules Renard :

_ D’origine extrêmement humble, il a comme lui été élevé (et traumatisé) par sa mère, une paysanne d’une violence horrible, manipulatrice illuminée et sadique, qui avait la folie des grandeurs,

_ Il a été aimé et protégé par le « Papa » Edmond Goncourt. Ce dernier voulait le faire entrer dans son académie, afin qu’il lui soit versé une rente à vie. Jules Vallès, incorruptible sauvage, a refusé. Goncourt voulait utiliser son argent à aider les littérateurs de talents, de façon à ce qu’ils n’aient pas à prostituer leur plume pour vivre.

_ Enfin, c’était un assoiffé de justice, un saint laïc… un « rouge ».

2 Aout 1893, Journal de Jules Renard :

Il me dit : Ah! monsieur, j’ai connu un homme rouge, rouge, presque aussi rouge que vous.

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PRÉCAUTION LIMINAIRE :

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Il est hors de question de m’identifier grossièrement au personnage de la mère du petit Vallès. Car cette femme est juste un monstre. Simplement, je vous fais part de ces morceaux choisis parce qu’ils m’émeuvent et qu’ils me touchent.

Ils ont pour moi une fonction à proprement parler cathartique (ils me suscitent la terreur et la pitié), qui m’est salutaire.
Je veux vous faire profiter de cela également. Peut-être en tirerez-vous également quelque enseignement, qui sait ?

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EXTRAITS

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À TOUS CEUX
QUI CREVÈRENT D’ENNUI AU COLLÈGE
OU
QU’ON FIT PLEURER DANS LA FAMILLE
QUI, PENDANT LEUR ENFANCE,
FURENT TYRANNISÉS PAR LEURS MAÎTRES
OU
ROSSÉS PAR LEURS PARENTS
Je dédie ce livre.
JULES VALLÈS
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I

MA MÈRE

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Ai-je été nourri par ma mère ? Est-ce une paysanne qui m’a donné son lait ? Je n’en sais rien. Quel que soit le sein que j’ai mordu, je ne me rappelle pas une caresse du temps où j’étais tout petit : je n’ai pas été dorloté, tapoté, baisotté ; j’ai été beaucoup fouetté.

Ma mère dit qu’il ne faut pas gâter les enfants, et elle me fouette tous les matins ; quand elle n’a pas le temps le matin, c’est pour midi, rarement plus tard que quatre heures.

Mademoiselle Balandreau m’y met du suif.

C’est une bonne vieille fille de cinquante ans. Elle demeure au-dessous de nous. D’abord elle était contente : comme elle n’a pas d’horloge, ça lui donnait l’heure. « Vlin ! Vlan ! zon ! zon ! – voilà le petit Chose qu’on fouette ; il est temps de faire mon café au lait. »

Mais un jour que j’avais levé mon pan, parce que ça me cuisait trop, et que je prenais l’air entre deux portes, elle m’a vu ; mon derrière lui a fait pitié.

Elle voulait d’abord le montrer à tout le monde, ameuter les voisins autour ; mais elle a pensé que ce n’était pas le moyen de le sauver, et elle a inventé autre chose.

Lorsqu’elle entend ma mère me dire : « Jacques, je vais te fouetter !

— Madame Vingtras, ne vous donnez pas la peine, je vais faire ça pour vous.

— Oh ! chère demoiselle, vous êtes trop bonne ! »

Mademoiselle Balandreau m’emmène ; mais au lieu de me fouetter, elle frappe dans ses mains ; moi, je crie. Ma mère remercie, le soir, sa remplaçante.

« À votre service, » répond la brave fille, en me glissant un bonbon en cachette.

Mon premier souvenir date donc d’une fessée. Mon second est plein d’étonnement et de larmes.

C’est au coin d’un feu de fagots, sous le manteau d’une vieille cheminée ; ma mère tricote dans un coin ; une cousine à moi, qui sert de bonne dans la maison pauvre, range sur des planches rongées, quelques assiettes de faïence bleue avec des coqs à crête rouge, et à queue bleue.

Mon père a un couteau à la main et taille un morceau de sapin ; les copeaux tombent jaunes et soyeux comme des brins de rubans. Il me fait un chariot avec des languettes de bois frais. Les roues sont déjà taillées ; ce sont des ronds de pommes de terre avec leur cercle de peau brune qui fait le fer… Le chariot va être fini ; j’attends tout ému et les yeux grands ouverts, quand mon père pousse un cri et lève sa main pleine de sang. Il s’est enfoncé le couteau dans le doigt. Je deviens tout pâle et je m’avance vers lui ; un coup violent m’arrête ; c’est ma mère qui me l’a donné, l’écume aux lèvres, les poings crispés.

« C’est ta faute si ton père s’est fait mal ! »

Et elle me chasse sur l’escalier noir, en me cognant encore le front contre la porte.

Je crie, je demande grâce, et j’appelle mon père : je vois, avec ma terreur d’enfant, sa main qui pend toute hachée ; c’est moi qui en suis cause ! Pourquoi ne me laisse-t-on pas entrer pour savoir ? On me battra après si l’on veut. Je crie, on ne me répond pas. J’entends qu’on remue des carafes, qu’on ouvre un tiroir ; on met des compresses.

« Ce n’est rien, vient me dire ma cousine,» en pliant une bande de linge tachée de rouge.

Je sanglote, j’étouffe : ma mère reparaît et me pousse dans le cabinet où je couche, où j’ai peur tous les soirs.

Je puis avoir cinq ans et me crois un parricide.

Ce n’est pas ma faute, pourtant !

Est-ce que j’ai forcé mon père à faire ce chariot ? Est-ce que je n’aurais pas mieux aimé saigner, moi, et qu’il n’eût point mal ?

Oui — et je m’égratigne les mains pour avoir mal aussi.

C’est que maman aime tant mon père ! Voilà pourquoi elle s’est emportée.

On me fait apprendre à lire dans un livre où il y a écrit en grosses lettres qu’il faut obéir à ses père et mère : Ma mère a bien fait de me battre.

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V

LA TOILETTE

Un jour, un homme qui voyageait m’a pris pour une curiosité du pays, et m’ayant vu de loin, est accouru au galop de son cheval. Son étonnement a été extrême, quand il a reconnu que j’étais vivant. Il a mis pied à terre, et s’adressant à ma mère, lui a demandé respectueusement si elle voulait bien lui indiquer l’adresse du tailleur qui avait fait mon vêtement.

« C’est moi », a-t-elle répondu, rougissant d’orgueil.

Le cavalier est reparti et on ne l’a plus revu.

Ma mère m’a parlé souvent de cette apparition, de cet homme qui se détournait de son chemin pour savoir qui m’habillait.

Je suis en noir souvent, « rien n’habille comme le noir, » et en habit, en frac, avec un chapeau haut de forme ; j’ai l’air d’un poêle.

Comme on dit que j’use beaucoup, on m’a acheté, dans la campagne, une étoffe jaune et velue, dont je suis enveloppé. Je joue l’ambassadeur lapon. Les étrangers me saluent ; les savants me regardent.

Mais l’étoffe dans laquelle on a taillé mon pantalon se sèche et se racornit, m’écorche et m’ensanglante.

Hélas ! Je vais non plus vivre, mais me traîner.

Tous les jeux de l’enfance me sont interdits. Je ne puis jouer aux barres, sauter, courir, me battre. Je rampe seul, calomnié des uns, plaint par les autres, inutile ! Et il m’est donné, au sein même de ma ville natale, à douze ans, de connaître, isolé dans ce pantalon, les douleurs sourdes de l’exil.

Madame Vingtras y met quelquefois de l’espièglerie.

On m’avait invité pendant le carnaval à un bal d’enfants. Ma mère m’a vêtu en charbonnier. Au moment de me conduire, elle a été forcée d’aller ailleurs ; mais elle m’a mené jusqu’à la porte de M. Puissegat, chez qui se donnait le bal.

Je ne savais pas bien le chemin et je me suis perdu dans le jardin ; j’ai appelé.

Une servante est venue et m’a dit :

« C’est vous, le petit Choufloux, qui venez pour aider à la cuisine ? »

Je n’ai pas osé dire que non, et on m’a fait laver la vaisselle toute la nuit.

Quand le matin ma mère est venue me chercher, j’achevais de rincer les verres ; on lui avait dit qu’on ne m’avait pas aperçu ; on avait fouillé partout.

Je suis entré dans la salle pour me jeter dans ses bras : mais, à ma vue, les petites filles ont poussé des cris, des femmes se sont évanouies, l’apparition de ce nain, qui roulait à travers ces robes fraîches, parut singulière à tout le monde.

Ma mère ne voulait plus me reconnaître ; je commençais à croire que j’étais orphelin !

Je n’avais cependant qu’à l’entraîner et à lui montrer, dans un coin, certaine place couturée et violacée, pour qu’elle criât à l’instant : « C’est mon fils ! » Un reste de pudeur me retenait. Je me contentai de faire des signes, et je parvins à me faire comprendre.

On m’emporta comme on tire le rideau sur une curiosité.

La distribution des prix est dans trois jours.

Mon père, qui est dans le secret des dieux, sait que j’aurai des prix, qu’on appellera son fils sur l’estrade, qu’on lui mettra sur la tête une couronne trop grande, qu’il ne pourra ôter qu’en s’écorchant, et qu’il sera embrassé sur les deux joues par quelque autorité.

Madame Vingtras est avertie, et elle songe…

Comment habillera-t-elle son fruit, son enfant, son Jacques ? Il faut qu’il brille, qu’on le remarque, — on est pauvre, mais on a du goût.

« Moi d’abord, je veux que mon enfant soit bien mis. »

On cherche dans la grande armoire où est la robe de noce, où sont les fourreaux de parapluie, les restes de jupe, les coupons de soie.

Elle s’égratigne enfin à une étoffe criante, qui a des reflets de tigre au soleil ; — une étoffe comme une lime, qui exaspère les doigts quand on la touche, et qui flambe au grand air comme une casserole ! Une belle étoffe, vraiment, et qui vient de la grand’mère, et qu’on a payée à prix d’or. « Oui, mon enfant, à prix d’or, dans l’ancien temps. »

« Jacques, je vais te faire une redingote avec ça, m’en priver pour toi !… et ma mère ravie me regarde du coin de l’œil, hoche la tête, sourit du sourire des sacrifiées heureuses.

« J’espère qu’on vous gâte, Monsieur », et elle sourit encore, et elle dodeline de la tête, et ses yeux sont noyés de tendresse.

« C’est une folie ! tant pis ! on fera une redingote à Jacques avec ça. »

On m’a essayé la redingote, hier soir, et mes oreilles saignent, mes ongles sont usés. Cette étoffe crève la vue et chatouille si douloureusement la peau !

« Seigneur ! délivrez-moi de ce vêtement ! »

Le ciel ne m’entend pas ! La redingote est prête.

Non, Jacques, elle n’est pas prête. Ta mère est fière de toi ; ta mère t’aime et veut te le prouver.

Te figures-tu qu’elle te laissera entrer dans ta redingote, sans ajouter un grain de beauté, une mouche, un pompon, un rien sur le revers, dans le dos, au bout des manches ! Tu ne connais pas ta mère, Jacques !

Et ne la vois-tu pas qui joue, à la fois orgueilleuse et modeste, avec des noyaux verts !

La mère de Jacques lui fait même kiki dans le cou.

Il ne rit pas. — Ces noyaux lui font peur !…

Ces noyaux sont des boutons, vert vif, vert gai, en forme d’olives, qu’on va, — voyez si madame Vingtras épargne rien ! — qu’on va coudre tout le long, à la polonaise ! À la polonaise, Jacques !

Ah ! quand, plus tard, il fut dur pour les Polonais, quoi d’étonnant ! Le nom de cette nation, voyez-vous, resta chez lui cousu à un souvenir terrible… la redingote de la distribution des prix, la redingote à noyaux, aux boutons ovales comme des olives et verts comme des cornichons.

Joignez à cela qu’on m’avait affublé d’un chapeau haut de forme que j’avais brossé à rebrousse-poil et qui se dressait comme une menace sur ma tête.

Des gens croyaient que c’étaient mes cheveux et se demandaient quelle fureur les avait fait se hérisser ainsi. « Il a vu le diable, » murmuraient les béates en se signant…

J’avais un pantalon blanc. Ma mère s’était saignée aux quatre veines.

Un pantalon blanc à sous-pieds !

Des sous-pieds qui avaient l’air d’instruments pour un pied-bot et qui tendaient la culotte à la faire craquer.

Il avait plu, et, comme on était venu vite, j’avais des plaques de boue dans les mollets, et mon pantalon blanc trempé par endroits, collé sur mes cuisses.

« Mon fils, » dit ma mère d’une voix triomphante en arrivant à la porte d’entrée et en me poussant devant elle.

Celui qui recevait les cartes faillit tomber de son haut et me chercha sous mon chapeau, interrogea ma redingote, leva les mains au ciel.

J’entrai dans la salle.

J’avais ôté mon chapeau en le prenant par les poils ; j’étais reconnaissable, c’était bien moi, il n’y avait pas à s’y tromper, et je ne pus jamais dans la suite invoquer un alibi.

Mais, en voulant monter par-dessus un banc pour arriver du côté de ma classe, voilà un des sous-pieds qui craque, et la jambe du pantalon qui remonte comme un élastique ! Mon tibia se voit, — j’ai l’air d’être en caleçon cette fois ; — les dames, que mon cynisme outrage, se cachent derrière leur éventail…

Du haut de l’estrade, on a remarqué un tumulte dans le fond de la salle.

Les autorités se parlent à l’oreille, le général se lève et regarde : on se demande le secret de ce tapage.

« Jacques, baisse ta culotte, » dit ma mère à ce moment, d’une voix qui me fusille et part comme une décharge dans le silence.

Tous les regards s’abaissent sur moi.

Il faut cependant que ce scandale cesse. Un officier plus énergique que les autres donne un ordre :

« Enlevez l’enfant aux cornichons ! »

L’ordre s’exécute discrètement ; on me tire de dessous la banquette où je m’étais tapi désespéré, et la femme du censeur, qui se trouve là, m’emmène, avec ma mère, hors de la salle, jusqu’à la lingerie, où on me déshabille.

Ma mère me contemple avec plus de pitié que de colère.

« Tu n’es pas fait pour porter la toilette, mon pauvre garçon ! »

Elle en parle comme d’une infirmité et elle a l’air d’un médecin qui abandonne un malade.

Je me laisse faire. On me loge dans la défroque d’un petit, et ce petit est encore trop grand, car je danse dans ses habits. Quand je rentre dans la salle, on commence à croire à une mystification.

Tout à l’heure j’avais l’air d’un léopard, j’ai l’air d’un vieillard maintenant. Il y a quelque chose là-dessous.

Le bruit se répand dans certaines parties de la salle, que je suis le fils de l’escamoteur qui vient d’arriver dans la ville et qui veut se faire remarquer par un tour nouveau. Cette version gagne du terrain ; heureusement on me connaît, on connaît ma mère ; il faut bien se rendre à l’évidence, ces bruits tombent d’eux-mêmes, et l’on finit par m’oublier.

J’écoute les discours en silence et en me fourrant les doigts dans le nez, avec peine, car mes manches sont trop longues.

À cause de l’orage, la distribution a lieu dans un dortoir, – un dortoir dont on a enlevé les lits en les entassant avec leurs accessoires dans une salle voisine. On voyait dans cette salle par une porte vitrée, qui aurait dû avoir un rideau, mais n’en avait pas ; on distinguait des vases en piles, des vases qui pendant l’année servaient, mais qu’on retirait de dessous les lits pendant les vacances. On en avait fait une pyramide blanche.

C’était le coin le plus gai ; un malin petit rayon de soleil avait choisi le ventre d’un de ces vases pour y faire des siennes, s’y mirer, coqueter, danser, le mutin, et il s’en donnait à cœur joie !

Adossée à cette salle était l’estrade, avec le personnel de la baraque, je veux dire du collège : – Monseigneur au centre, le préfet à gauche, le général à droite, galonnés, teintés de violet, panachés de blanc, cuirassés d’or comme les écuyers du cirque Boutor. Il n’y avait pas de chameau, malheureusement.

Je crus voir un éléphant ; c’était un haut fonctionnaire qui avait la tête, la poitrine, le ventre et les pieds couleur d’éléphant, mais qui était douanier de son état ou capitaine de gendarmerie, j’ai oublié. Il était gros comme une barrique et essoufflé comme un phoque : il avait beaucoup du phoque.

C’est lui qui me couronne pour le prix d’Histoire sainte. Il me dit : « C’est bien, mon enfant ! » Je croyais qu’il allait dire « papa » et replonger dans son baquet.

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XVI

UN DRAME

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Madame Brignolin, une voisine, est devenue une amie de la maison.

C’est une petite créature potelée, vive, aux yeux pleins de flamme ; elle est gaie comme tout, et c’est plaisir de la voir trottiner, rigoler, coqueter, se pencher en arrière pour rire, tout en lissant ses cheveux d’un geste un peu long et qui a l’air d’une caresse ! et elle vous a des façons de se trémousser qui paraissent singulières à mon père lui-même, car il rougit, pâlit, perd la voix et renverse les chaises.

Drôle de petite femme ! Elle a trois enfants.

Elle conduit et élève tout cela avec une activité fiévreuse, elle ne fait qu’aller, venir ; habillant l’un, savonnant l’autre, plantant une casquette sur cette binette, un bonnet sur ce bout de crâne, recousant les culottes, repassant les robes, mouchant celui-ci, nettoyant celle-là. Toujours en l’air !

Le soir, elle sort un peignoir frais et fait un bout de musique, devant un vieux piano à queue ; à la fin de chaque morceau, elle en arrache un boum grave du côté des notes graves et un hi flûté du côté des notes minces. Boum, boum, hi hi…

« Monsieur Vingtras, vous êtes triste comme un bonnet de nuit, c’est que vous ne vous êtes pas fait raser, voyez-vous ! Revenez demain en sortant de chez le coiffeur. Je vous embrasserai ; vous me donnerez l’étrenne de votre barbe. »

Et en même temps elle passe près de lui, met sa main sur sa main, le frôle avec sa jupe. Elle lui prend le bras même, et lui donne sa ceinture à presser.

« Valsons, » dit-elle.

Et avançant, d’un air joyeux, ses petits pieds hardis, le buste rejeté en arrière, les cheveux flottants, elle entraîne son cavalier ; un ou deux tours dans la chambre trop étroite, — et elle va retomber, en riant, sur une chaise qui crie, devant mon père qui ne dit rien.

Puis elle file du côté de la cuisine où l’on a entendu du bruit.

C’est la fillette qui est à terre ; c’est le gamin qui a cassé une cruche ; elle roule comme un tourbillon de mousseline, s’engouffre, disparaît, revient, tapageuse et folle, serrant ses deux mains à plat, penchée pour mieux rire, et secouant sa jolie tête, en racontant quelque aventure salée arrivée à un de ses rejetons.

Elle trouve encore moyen d’effleurer et de bousculer M. Vingtras en passant.

M. Brignolin est rarement là : c’est un savant. Il est associé dans une fabrique de produits chimiques, et il a déjà inventé un tas de choses qui font bouillir ses fourneaux et sa marmite : il est toujours dans les cornues, et j’ai même remarqué que l’on riait quand on disait ce mot-là.

Il y a une cousine dans la maison : mademoiselle Miolan.

Elle a vingt ans : douce, complaisante et pâle, pâle comme la cire, et j’entends dire tout bas qu’elle va bientôt mourir.

Madame Brignolin est pleine de bonté pour elle, nous l’aimons tous ; nous jouons aux cartes et aux dés sur ses genoux ; elle nous fait des cocardes avec des bouts de rubans, — elle est si habile de ses doigts maigres ! elle a dans une poche un portefeuille à coins de nacre, la seule chose qu’elle nous empêche de toucher : « c’est là qu’est mon cœur », a-t-elle dit un jour, et l’on raconte qu’elle meurt d’un amour perdu.

Le jour où madame Brignolin contait cela, mon père était près d’elle. Ma mère était absente. Je tournai la tête : j’entendis un soupir, et, quand je regardai, je vis madame Brignolin qui avait les mains sur celles de mon père et les yeux dans ses yeux ! Il avait l’air gêné, lui ; elle souriait doucement, et elle lui dit :

« Grand bête ! »

Je devinai que je les embarrassais et ils jetèrent sur moi, tous les deux en même temps, un regard qui voulait dire : « Pas devant lui, » ou « Pourquoi est-il là ? » Je n’ai jamais oublié ce « grand bête ! » si tendre et ce geste si doux.

Pour mademoiselle Miolan, on a loué un bout de campagne, où l’on va passer deux ou trois heures le soir, après le collège ; où l’on dépense, quand il fait beau, toute la journée du dimanche.

Les belles heures pour les petits Brignolin et moi !

Les environs de la maison de plaisance ne sont pas beaux, — c’est au bout d’un chemin désert, noir de charbon, jaune de sable, gris de poussière, qui sent le brûlé, a des odeurs de cendre, sur lequel les souliers s’écorchent et les voitures crient. Il y a une mine là-bas et deux briqueteries qui montrent leurs toits plats dans le vide des champs ; — l’herbe est maigre et roussie, elle traîne par places comme des restes de poil sur un dos de chameau ; il y a des débris de coke et de briques, rougeâtres et ternes comme des grumeaux de sang caillé ; mais nous entassons tout cela en forme de portiques et de cabanes, et nous faisons des trous dans la terre ; on y allume du feu, l’on souffle, et la flamme brille, la fumée tourne dans le vent. Cela sent le travail, rappelle Robinson, on est seul dans cette vaste plaine — comme si l’on devait vivre sans le secours des villes : on parle comme des hommes, et comme des hommes on a l’émotion que donne toujours le silence.

Quand on est las de cette nature muette et vide, quand le froid de la nuit descend, quand les bruits tombent un à un comme des pierres dans un gouffre, on revient vers la petite maison qui est coiffée de rouge et chaussée de vert.

Il y a un jardinet, deux arbres, des carrés de pensées, un soleil.

Ces pensées, je les vois encore, avec leurs prunelles d’or, et leurs paupières bleues, je sens le velours de leurs feuilles, et je me rappelle qu’il y avait une touffe dont je prenais soin ; il en reste encore des pétales dans un vieux livre où je les avais mises.

Quelquefois la maison s’allume, et nous voyons de loin la lampe qui luit comme une étoile.

Ces dames et mon père improvisent un souper de fruits, avec du lait et du pain noir. On est allé chercher tout cela dans le fond du village. — Quel calme ! J’en ai des larmes de félicité dans les yeux.

Le dimanche, c’est un brouhaha ! Nous portons les provisions. Madame Brignolin met un tablier blanc, ma mère retrousse sa robe, et mon père aide à éplucher les légumes. — On nous jette, à nous, quelques carottes crues à grignoter, et nous aidons pour la cuisine, nous faisons tourner le poulet devant le feu de braise (en arrêtant en route les larmes de jus) : nous embrouillons tout, nous troublons tout, nous cassons tout, personne ne s’en plaint.

C’est un bruit de casseroles et d’assiettes, puis un bruit de mâchoires, puis un bruit de bouchons ! — Au dessert, on goûte au vin blanc mousseux.

On trinque, on retrinque.

C’est toujours à la santé de madame Vingtras qu’on boit d’abord !

Elle répond toute rouge de joie : son sang de paysanne coule plus libre dans cette atmosphère de campagne, avec ces petites odeurs de cabaret et ces vues de fermes dans le lointain !

À peine elle pense à mon pantalon que je dois retrousser, à mes chaussures neuves qui ont des boulets de boue. Madame Brignolin, d’ailleurs, l’en empêche.

« Il faut que tout le monde s’amuse ! » dit-elle en lui fermant la bouche et en la tirant par le bras pour l’entraîner à la promenade ou au jardin.

C’est mon père qui paraît heureux !

Il joue comme un enfant ; c’est lui qui fait le pôt aux quatre coins, qui pousse la balançoire quand on est las de jouer, il chante (il a un filet de voix). Madame Brignolin lance après lui des chansons du Midi.

Ma mère — paysanne — dit : « Ça, c’est des airs de freluquets, » et elle entonne en auvergnat :

Digue d’Janette,
Te vole marigua
Laya !
Vole prendre un homme !
Que sabe trabailla,
Laya !

« Laya ! » reprend madame Brignolin en esquissant à son tour une pose de danse — rien qu’un geste, la tête renversée, le buste pliant et puis tout d’un coup un ramassis de jupes, un rejeté de hanche !

Elle tape du pied, fait claquer ses doigts, et elle a l’air enfin de s’évanouir avec les lèvres entr’ouvertes, par où passe un souffle qui soulève sa poitrine ; elle est restée un moment sans rire, mais elle repart bien vite dans un accès de gaieté qui mêle la cachucha et la bourrée, l’espagnol et l’auvergnat,

La Madone et la fouchtra,
Laya !

« Qu’est-ce que cela veut dire ? » demande M. Brignolin, un positif, qui vient de temps en temps pour le malheur des sauces.

Il essaye des jus concentrés basés sur la chimie, qui sentent le savant et gâtent le dîner.

On joue, — il embrouille le jeu, — ne devine jamais !

Il l’est toujours.

« C’est lui qui l’est ! »

Madame Brignolin dit cela d’une drôle de façon et presque toujours en regardant mon père ; puis elle ajoute en secouant son mari :

« Allons, tu n’es bon qu’à donner le bras ; prends le bras de Madame Vingtras. — Monsieur Vingtras, voulez-vous me donner le vôtre ? — Jacques, toi, tu seras avec Mademoiselle Miolan. »

Pauvre fille ! tandis que nous jouons et faisons tapage, elle est souvent prise d’un serrement de cœur ou d’une quinte de toux qui amène le sang à ses joues, puis la laisse retomber sur l’oreiller qui rembourre sa chaise longue ; — elle sourit tout de même et elle se fâche quand nous voulons nous taire à cause d’elle.

« Non, non, amusez-vous, je vous en prie. Cela me fait plaisir, cela me fait du bien, amusez-vous. »

Sa voix s’arrête, mais son geste continue et nous dit :

« Amusez-vous ! »

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CHÔMAGE

La vie change tout d’un coup.

J’ai été jusqu’ici le tambour sur lequel ma mère a battu des rrra et des fla, elle a essayé sur moi des roulées et des étoffes, elle m’a travaillé dans tous les sens, pincé, balafré, tamponné, bourré, souffleté, frotté, cardé et tanné, sans que je sois devenu idiot, contrefait, bossu ou bancal, sans qu’il m’ait poussé des oignons dans l’estomac ni de la laine de mouton sur le dos — après tant de gigots pourtant !

À un moment, son affection se détourne. Elle se relâche de sa surveillance.

On n’entendait jadis que pif, paf, v’lan, v’lan, et allez donc ! — On m’appelait bandit, sapré gredin ! — Sapré pour sacré ; — elle disait aussi, bouffre pour bougre.

Depuis treize ans, je n’avais pas pu me trouver devant elle cinq minutes — non, pas cinq minutes, sans la pousser à bout, sans exaspérer son amour.

Qu’est devenu ce mouvement, ce bruit, le train-train des calottes ?

Je ne détestais pas qu’on m’appelât bandit, gredin ; j’y étais fait, — même cela me flattait un peu.

Bandit ! — comme dans le roman à gravures. — Puis je sentais bien que cela faisait plaisir à ma mère de me faire du mal ; qu’elle avait besoin de mouvement et pouvait se payer de la gymnastique sans aller au gymnase, où il aurait fallu qu’elle mît un petit pantalon et une petite blouse. — Je ne la voyais pas bien en petite blouse et en petit pantalon.

Avec moi, elle tirait au mur ; elle faisait envoler le pigeon, elle gagnait le lapin, elle amenait le grenadier.

Je vis donc depuis quelque temps, sans rien qui me rafraîchisse ou me réchauffe, comme la gerbe qui moisit dans un coin, au lieu de palpiter sous le fléau, comme l’oie qui, clouée par les pattes, gonfle devant le feu.

Je n’ai plus à me lever pour aller — cible résignée — vers ma mère ; je puis rester assis tout le temps !

Ce chômage m’inquiète.

Rester assis, c’est bien, — mais quand on retournera aux habitudes passées, quand l’heure du fouet sonnera de nouveau, où en serai-je ? Les délices de Capoue m’auront perdu : je n’aurai plus la cuirasse de l’habitude, le caleçon de l’exercice, le grain du cuir battu !

Que se passe-t-il donc ?

Je ne comprends guère, mais il me semble que madame Brignolin est pour quelque chose dans cette tristesse noire de la maison, dans cette colère blanche de ma mère.

Ma mère reste de longues soirées sans rien dire, les yeux fixes et les lèvres pincées. Elle se cache derrière la fenêtre et soulève le rideau, elle a l’air de guetter une proie.

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image-pieuse-ceci-est-mon-corps-ceci-est-mon-sang-1961-941163040_ML« Caïn ? C’est toi ? »

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Féminisme vrai

Réponse à un soixante-huitard

sur la tyrannie des portes closes

(Ceci est une re-publication)

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CITATIONS OCCIDENTALES TAGGED : #PUDEUR :

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Le grand mérite de la pudeur est de donner du prix aux caresses.
Paul Morand ; Journal d’un attaché d’ambassade (1916-1917)

« L’amour véritable s’enveloppe toujours des mystères de la pudeur, même dans son expression, car il se prouve par lui-même, il ne sent pas la nécessité, comme l’amour faux, d’allumer un incendie. »
Honoré de Balzac

« Ce n’est pas par pudeur que je ne montre pas mes enfants à tous les passants. C’est parce que je n’ai pas les moyens de payer la rançon. »
Pierre Desproges ; Fonds de tiroir (édition 1990)

La pudeur est le corset de la vertu, elle l’empêche de tomber.
Citation de Jean Louis Auguste Commerson ; Petite encyclopédie bouffonne (1860)

« Chez nous, quand ça se tait, il faut avoir l’oreille fine pour distinguer la pudeur de l’indifférence. »
Les taiseux  [ Jean-Louis Ezine ]

« Il s’en est allé, le respect des serments. La pudeur n’est plus. »
Tragedies completes  [ Euripide ]

« Tout nous vient de l’orgueil, même la patience. L’orgueil, c’est la pudeur des femmes, la constance du soldat dans le rang, du martyr sur la croix. L’orgueil, c’est la vertu, l’honneur et le génie, c’est ce qui reste encor d’un peu beau dans la vie, La probité du pauvre et la grandeur des rois. »
Alfred de Musset — Premières poésies – La Coupe et les lèvres

« La pudeur sied bien à tout le monde mais il faut savoir la vaincre et jamais la perdre. »
Oeuvres complètes (édition 1859)  [ Montesquieu ]

« Les favoris, les hommes en place mettent quelquefois de l’intérêt à s’attacher des hommes de mérite, mais ils en exigent un avilissement préliminaire qui repousse loin d’eux tous ceux qui ont quelque pudeur. »
[ Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort ]

« La mer est patente et secrète ; elle se dérobe, elle ne tient pas à divulguer ses actions. Elle fait un naufrage, et le recouvre ; l’engloutissement est sa pudeur La vague est hypocrite ; elle tue, vole, recèle, ignore et sourit. Elle rugit, puis moutonne. »
Les Travailleurs de la mer [ Victor Hugo ]

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Ecoute-moi bien vieux débris, j’ai rien contre les bals populaires, je suis pas un calotin, j’ai rien contre la baise, tu te trompes d’interlocuteur. Mais la baise-pour-la-baise, ce n’est pas l’amour. Il ne faudrait pas tout confondre. La plupart des gens baisent aujourd’hui sans amour. La supposée libération sexuelle n’a rien arrangé de ce côté-là. Quand on a soi-disant « libéré » les femmes en 68, on a surtout lancé la mode de les pousser à se forcer à faire l’amour quand elles n’en avaient pas envie, – on leur a filé la frousse de passer pour des bêcheuses, et voilà tout.

Faire la révolution pour se voir accorder le /droit/ d’entrer dans les dortoirs des filles, c’est minable : l’accès aux filles n’est pas un /droit/ et ne l’a jamais été. Une fille ça se courtise, ça se mérite, et ça accorde ou non ses faveurs. Ca n’est pas un self-service avec égalité devant le self-service.

Si vous aviez été en ce temps-là le petit fiancé officiel d’une gentille gonzesse toute simple, qui désirait avoir des enfants, avec qui vous comptiez vous marier, eh bien vous auriez peut-être vu d’un mauvais œil que des hippies qui étaient dans l’air du temps viennent la convaincre de transformer son cul en buffet gratuit pour eux.

Qui gagne quoi à ce petit jeu ?

Au lieu de penser à votre bite, pensez un peu à cette jeune fille, à son avenir à elle… A l’avenir de cette fille qui est peut être belle dans sa prime jeunesse, mais qui va un jour vieillir, comme tout le monde… cette fille qui à un moment donné échange un fiancé qui l’aime – qui l’aime en tant que personne, (pas en tant qu’expérience sexuelle/psychédélique, entre deux champis et une bière) – et qui la respecte (comme on respecte la future mère de ses enfants, avec qui on va vieillir, aux côtés de laquelle on sera enterré) -, contre des relations nombreuses et toutes plus superficielles les unes que les autres, avec des mecs super-charismatiques, soit-disant « libres » dans leur tête, mais qui finiront bien-entendu par la regarder comme une putain, si ce n’est comme une loque humaine…

Vous me direz peut-être que les hommes d’après soixante-huit ne sont plus censés regarder la « femme libérée » comme une prostituée… Mais comme vous l’avez écrit vous-même, le désir masculin n’est pas quelque chose de propre et qui sent la rose. Les hommes seront toujours les hommes, c’est-à-dire des gros porcs attirés par la bidoche comme un courtier est attiré par l’or. Les hommes, tout en ne désirant rien tant que d’obtenir des rabais, ne prêtent des vertus qu’à ce qui se fait rare et cher. C’est-à-dire que plus les dortoirs sont fermés, plus les filles sont désirables derrière la porte.

Ouvrez un dortoir de filles aux quatre vents : il cesse aussitôt d’être « un dortoir de filles », et dès lors il perd l’essentiel de son attrait initial. [ /digression/ C’est le paradoxe de Lévy Strauss concernant la forêt vierge : si vous allez visiter une forêt vierge, elle cesse aussitôt d’en être une – puisque la vraie définition de la forêt vierge, c’est la forêt où l’homme n’a jamais mis les pieds. Ainsi en va-t-il de toute forme d’altérité : aussitôt qu’on considère l’autre comme l’un des siens, et que l’on cesse de le considérer précisément comme un « autre », alors tous les préceptes biblique relatifs à l’hospitalité et au respect dû à « l’autre », s’en retrouvent déplacés. Leur « autre » véritable ne se trouve jamais là où les gauchistes le croient. /fin de la digression/] Ouvrez un corsage de femme aux quatre vents… retirez le corsage, comme en Afrique noire : les seins constamment exhibés perdent alors la plus grande partie de leur qualité érotique sur le marché impitoyable du désir masculin occidental qui cote les appâts des femmes en bourse en fonction de la jalousie avec laquelle ils sont gardés.

Ce n’est pas Dieu qui veut ça. Pas besoin de croire en Dieu pour observer le phénomène dont je parle. C’est l’inhumanité intrinsèque de la Loi Naturelle qui est en cause. [Cette loi naturelle que les babos célèbrent sans arrière pensée – les débiles ! – et dont ils ne se rendent toujours pas compte à l’heure actuelle qu’elle est l’antithèse absolue de l’humanisme.] C’est la loi naturelle à laquelle appartient entièrement le désir masculin. Cette même loi qui veut que le paon fasse le paon… que le loup mange l’agneau… que l’individu le plus maigre et le plus faible d’une meute de loup soit celui auquel on donne constamment des coups, celui qui ne peut jamais se reproduire, celui qu’on laisse toujours le moins se nourrir.

Pour qu’une fille belle et de grande valeur conserve un certain nombre de courtisans à ses pieds dans notre monde – un monde de faux-semblants, qui se ment lui-même sur la nature réelle (libérale, capitaliste, injuste) de l’économie du désir -, il faut qu’elle ait compris cela. C’est-à-dire qu’il faut qu’elle continue envers et contre tout de conserver la porte de son propre « dortoir » pudibondement close. – En dépit de « l’ouverture officielle des portes » telle qu’elle est clamée par les sirènes progressistes des politiques et des journaux. Et cela à seule fin de susciter encore un peu de curiosité primitive aux jeunes hommes – cette curiosité qu’ils sont censés éprouver envers le caractère supposé « inconnaissable » de l’autre sexe, et qui est consubstantielle des sentiments amoureux qui accompagnent normalement la bandaison chez les jeunes.

Sans interdits préliminaires, il n’y a pas de libération possible. L’imagination du désir se nourrit des impossibles, de la tyrannie arbitraires des « portes closes ». Et la jouissance est un chemin, l’amour une quête, qui perd toute puissance et toute humaine vertu, si l’on s’avise de supprimer d’un coup de balais hygiénique tous les écueils traditionnels qui jadis se dressaient entre le chevalier servant et sa Dame.

Cela, vous le savez très bien au fond. Baiser pour baiser, c’est bousiller tout l’intérêt potentiellement majeur de la chose, c’est bousiller tout l’héritage français de l’amour courtois, c’est en un mot comme en cent, réduire l’amour à la pornographie.

– D’où le caractère par-définition hypocrite, honteusement philistin, de l’esprit soixante-huitard :

—> On fait genre qu’on ne sait pas qu’on est des porcs, au nom de quoi on s’autorise – comme jamais auparavant l’on ne s’était encore autorisé – à se conduire effectivement comme des porcs, mais sans plus permettre à quiconque d’attacher de connotation négative à la chose, ce pourquoi on croit dur comme fer que la merde va se mettre comme par magie à embaumer la rose. Bravo !

C’est tout de même mal connaître la vie que de penser que les meufs qui accumulent les expériences sexuelles soient plus épanouies que les autres. Comme si le désir masculin était quelque chose d’ontologiquement « beau », comme si à chaque jet de sperme sur sa gueule, la fille se retrouvait enluminée comme une icône. Il y a des filles qui y ont cru, figurez-vous – tellement la propagande est bien faite. Mais pas un seul homme n’y croit jamais, bien au fond de lui. Quand il éjacule sur la gueule d’une fille, au fond, bien au fond, c’est un peu aussi comme s’il lui crachait à la gueule. Certes, ça le fait jouir, mais osez prétendre qu’il n’y a pas un fond de mépris là-dedans, et vous serez vraiment la crème des hypocrites – au point de mériter pour de bon qu’on vous crache à la gueule, pour vous rappeler un peu ce que c’est que d’avoir une dignité offensée…

Comme si les filles pouvaient impunément se faire des pendants d’oreilles avec des couilles, sans que cela ne change en rien le regard que les hommes portent sur elles… On sait très bien que les filles qui se refusent davantage suscitent toujours davantage de convoitise ! On le sait ! Et cependant on éduque des jeunes filles dans l’idée que ce n’est pas une fatalité. Parce que soi-disant : « Rien n’est une fatalité », et il ne faudrait pas idéalement que ç’en soit une. A d’autres ! Le seul cas où un homme ne méprise pas un tantinet une femme quand il lui fait l’amour, c’est le cas particulier où il en est réellement, éperdument, amoureux. Or on ne peut être amoureux de quelqu’un dont on ignore superbement, au moment où on lui enfonce quelque chose dans le cul, et la sensibilité-propre, et le passé, et les valeurs morales… ou qu’on a rencontré la veille dans une partouze. Ce qui nous ramène au point de départ.

Avant la « révolution sexuelle », les filles se refusaient, mais sans bien comprendre pourquoi, par obéissance envers leur père et monsieur de curé, « par principe »… Depuis la « révolution sexuelle », celles qui ont conservé un peu de jugeote, la jugeote de ne pas se donner à n’importe qui, de ne pas se donner sans discernement, juste « pour faire des expériences », ce ne sont plus grosso modo que les garces manipulatrices et les Témoins de Jéhova… les « filles malignes » qui-ont-tout-compris-à-la-vie » et les religieuse fanatiques… les intrigantes, les peaux de vache, celles qui capitalisent sur leur cul, sur leurs vices, celles qui savent qu’il faut « créer le désir » en créant la frustration, « faire monter les enchères »… et puis les emburkinées. Voilà, désormais, c’est à peu près tout ! Beau progrès humain.

Finie, aujourd’hui, la possibilité d’une innocence, d’une absence de préméditation dans la pudeur… Les innocentes, depuis 68, elles se contentent de passer à la casserole. Pourquoi cela, me direz-vous ? Eh bien parce qu’elles /ne voient pas le mal/ précisément, pardi !

– Elles ne voient pas le mal, et du coup, bercées par l’hypocrisie générale qui « embaume » le désir masculin comme s’il était destiné à sentir la rose, bercées par les sirènes lénifiantes de cette société – dangereuse sans qu’il n’y paraisse -, où personne n’aura jamais le courage moral de les informer de la véritable nature du désir masculin, elle tombent en plein dedans ! – en plein dedans le mal, c’est-à-dire dans la déchéance physique et psychologique.

– Ce n’est pas tant qu’elles se souillent elle-mêmes en agissant ainsi, entendons-nous bien… Elles ne se « souillent » pas : puisqu’elles ne comprennent pas vraiment de quoi il retourne ; ce sont des innocentes. Le problème c’est qu’un nombre considérable d’hommes, tout au long de leur vie, vont les traiter objectivement comme de la merde pour la façon dont elles se bradent, et qu’elles ne comprendront jamais pourquoi, parce qu’elles ne sauront jamais comment le monde tourne, ce que c’est que l’être humain, comment la société fonctionne… et cela uniquement par la faute des bluettes perverses dans lesquelles leur vertu a été d’abord conservée, puis foutue, meurtrie, trahie.

Elles, il faut bien que vous compreniez, elles, les oies blanches nourrie de mystique des années 70, elle pensent que l’amour, c’est quelque chose de spirituel, et que baiser avec un inconnu c’est en quelque une sorte accéder à un geste pur, de pure folie, de pur courage, un peu comme s’il s’agissait d’aller à la messe de l’amour…. La confiance en l’autre, la liberté, la fuite en avant dans la modernité, la croyance en la possibilité d’un rapport nouveau aux hommes, la beauté de la spontanéité, tout ça.. etc. De vraies oies blanches qu’on mène à l’abattoir avec des promesses de bonheur fleuries !

1

Elle n’a pas encore de plumes la flèche qui doit percer son flanc

Et dans son coeur rien ne s’allume quand elle cède à ses galants.

Elle se rit bien des gondoles, des fleurs bleues, des galants discours,

Des Vénus de la vieille école, celles qui font l’amour par amour.

Des Vénus de la vieille école, celles qui font l’amour par amour.

2

N’allez pas croire davantage que le démon brûle son corps

Il s’arrête au premier étage, son septième ciel, et encore !

Elle n’est jamais langoureuse, passée par le pont des soupirs,

Et voit comme des bêtes curieuses, celles qui font l’amour par plaisir

Et voit comme des bêtes curieuses, celles qui font l’amour par plaisir

3

Croyez pas qu’elle soit à vendre quand on l’a mise sur le dos

On est pas tenu de se fendre d’un somptueux petit cadeau.

Avant d’aller en bacchanale elle présente pas un devis

Elle n’a rien de ces belles vénales, celles qui font l’amour par profit

Elle n’a rien de ces belles vénales, celles qui font l’amour par profit

4

Mais alors, pourquoi cède-t-elle, sans coeur, sans lucre, sans plaisirs ?

Si l’amour vaut pas la chandelle, pourquoi le joue-t-elle à loisirs?

Si quiconque peut sans ambages, l’aider à dégrafer sa robe,

c’est parce qu’elle veut être à la page que c’est la mode et qu’elle est snob.

c’est parce qu’elle veut être à la page que c’est la mode et qu’elle est snob.

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Avant que les bourgeois explosent l’institution du mariage et présentent le travail pour les femmes comme une libération, ils auraient dû demander leur avis à la génération précédente des paysannes et des ouvrières… Le travail des femmes qui s’usent la santé et les nerfs comme des esclaves, sur des tâches ingrates, au mépris de leur féminité, le travail qui éloigne les femmes de leurs enfants, qui fait foirer leur vie de famille, c’est une libération, peut-être ?

Les femmes qu’un monde du travail concentrationnaire, sournoisement partisan (partisan de l’idéologie libérale, qui vénère aveuglément un veau d’or et lui sacrifie aveuglément des vies humaines), empêche d’avoir la quantité de sommeil que leur santé de femme réclame, empêche de rêver, d’avoir une vie intérieure… elles sont libres ces femmes, peut-être ?

Les femmes dont tout le mode de pensée et de vie, dont le mode de fonctionnement relationnel, dans le privé aussi bien que sur leur lieu de travail, est formaté par cette confusion générale – voulue en haut lieu – entre un esclavage de tous les jours auquel on donne honteusement le nom de liberté, et ce que c’est que la liberté véritable… ces femmes-là, elles sont libres, peut-être ?

Elles appellent leur Devoir quotidien de femmes libres, un ordinaire de ruminant voué à l’abattoir, qui consiste pour l’essentiel à courber l’échine devant plus puissant, plus riche que soi, plus enviable, à marcher sur sa propre fierté, à manger de l’humiliation, à fermer son cœur, à recracher des idées reçues, pour progresser dans l’échelle sociale, ou tout simplement ne pas se retrouver à la rue… Et vous, vous pensez qu’il n’y a rien de plus urgent dans des circonstances pareilles que de les inciter à libéraliser encore un petit peu plus leurs mœurs ? Mais vous-voulez donc qu’il n’y ait plus une once de saine intimité réflexive à l’intérieur de ces femmes ? Vous voulez-donc en faire un matériau inerte qui s’évalue, se transforme, s’optimise et se fait-valoir sans merci ? – Mais vous êtes un criminel !

Le mariage était autrefois une institution qui protégeait la femme – qui protégeait sa féminité des outrages du labeur pénible, des outrages de l’absence de temps-pour-soi, des outrages du jeu hiérarchique pipé qui a cours dans la société civile des travailleurs… Tout le monde autrefois savait ça : le mariage était considéré comme une prison pour l’homme, qui n’y trouvait que des devoirs contraignants ou presque, et un lieu de pouvoir à prendre pour la femme. D’ailleurs nos arrières-grands-mères ont massivement vécu plus longtemps que nos arrières-grands-pères. Tandis que l’espérance de vie de la génération pillule+clope & surbooking… figurez-vous qu’elle a sérieusement reculé ! Eh oui c’est comme ça que va la vie en Occident, mon ptit gars, aujourd’hui ! La v’la la belle avancée sociale pour les femmes qui travaillent ! Fières d’êtres les esclaves et les petits capo frustrés et enrégimentés du Grand Capital qui leur prend tout et ne leur rend rien, – à part le gîte, le couvert, les surgelés et la belle auto -, voilà ce que sont devenues les lectrices de Marie-Claire aujourd’hui !

Houellebecq a raison de dire que les soixante-huitards se comportaient comme des nazis, déjà en leur prime jeunesse, lorsqu’ils célébraient la beauté de leurs corps nus et de leur mysticisme de la nature – éliminant par-là même de leurs cercles « idéaux » les gens trop laids…

Les gens trop laids ou trop peu charismatiques, en tout cas mal-aimés, étant généralement moins confiants en la nature que les autres, et par extension en la nature humaine, ils sont également plus mal disposés à entrer dans la confiance aveugle et « ravie de la vie » qu’exige ce type de mystique… Il se sont donc exclus spontanément du mouvement hippie, et cela dès les origines. C’était un cercle vicieux.

Ce que Houellebecq n’a peut-être pas vu, c’est que le parallèle entre le nazime et la pensée soixante-huitarde ne s’arrête pas là. Voyez un peu aujourd’hui quels types de discours tiennent Attali, Bergé, ou même Cohn Bendit…

« Marche sur l’eau, vole comme un oiseau, danse avec le diable – ou crève », c’est cela la morale des gens qui ne daignent jamais que « penser le surhomme », et qui pour cela ont renoncé à penser l’Homme.

Invitation au vol

Cher lecteur,

Si tu trouves que mon précédent article est mal écrit, tu as raison. Simplement, de deux choses l’une, soit tu me donnes de l’argent pour dire ce que je dis, et alors je ferai peut-être l’effort d’enfiler mes ballerines de danseuse. Soit tu disposes toi-même d’un média susceptible de partager mon propos avec le plus grand nombre, et alors je te laisse faire à ma place le boulot de mise-en-forme. Voilà.

Parce que j’ai trop de choses à dire pour le temps qui m’est imparti,
je suis pressée, et il faut parfois faire des choix.
Une fois n’est pas coutume, j’ai sacrifié l’esthétique.
Dis-toi, s’il faut te rassurer, que les premiers chrétiens, en leurs temps, ont été forcés eux aussi de se résigner à cette extrémité pour passer au-travers de la décadence du Bas-Empire.

Bien à toi,

@+++++++++

Cartouches dans ton chargeur. Chaleur dans ta poitrine.

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Charité bien ordonnée commence par soi-même. Jamais un donneur du sang, si généreux soit-il, ne devra donner tout son sang ! La vie est un équilibre fragile !

Au demeurant, quand on a le VIH (c-à-d une dysfonction du système immunitaire) on ne peut plus donner son sang.

Un jour la nature a eu l’idée de foutre une membrane protectrice autour d’un noyau : la première cellule était née !

Définition de l’organisme vivant : possède son propre système moteur au lieu de suivre le cours des choses. Il a une intériorité et une peau.

Le gars qui n’a pas de peau est un écorché ou un grand brûlé : la septicémie le guette. Le « corps de l’état » ne peut pas ne pas avoir de peau.

Pour faire preuve d’hospitalité, il faut avoir une maison. Une maison suppose des murs, une nation aussi.

Le devoir d’hospitalité ne vaut que pour les propriétaires. Vous tuez la propriété : vous tuez l’hospitalité.

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– Tu es mon pauvre !
– Aaaaargh ! NoOoOon !

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Que l’africain n’aime pas qu’on le perçoive comme un faible est une chose.
Que le gauchiste ne veuille pas dire à l’africain :
« Je te fais la charité et je te protège car je te vois comme un faible et qu’il faut protéger le faible » – en est une autre.

Car il faut protéger le faible – c’est la base de la Civilisation

Ce qu’il ne faut pas c’est que le faible se figure que les gens gentils, les gens bon, sont automatiquement des petites bites et des faibles, et que s’ils étaient forts ils se conduiraient autrement.

Sinon cela revient à couver la barbarie dans le sein de la Civilisation.

Quand la Civilisation nourrit la Sauvagerie qui veut la déchirer, c’est exactement comme lorsqu’un parlement vote pour Hitler. #PointGodwinPowa

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– Tu fais le Bien !
– Aaaarrrgh ! Gasp ! Ciel ! Doux Jésus ! NooOooOoon ! Il ne fallait pas que cela soit diiiîîît !

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Considérer l’autre comme un « pauvre » et un « faible », et penser qu’il mérite le respect et la protection pour cela, c’est une conception, au choix : judéo-chrétienne ou marxiste-de-gauche. Dans les deux cas, on reste dans une conception typiquement occidentale.

Il s’agit, en gros, de ne pas crucifier Jésus symboliquement une seconde fois.

Une fois qu’on a admis cela (mais je sais, hélas, que rien que ça, c’est dur à faire admettre à tout le monde!), il faut bien se rendre compte que les « migrants » ne partagent pas forcément (euphémisme) notre conception.

En effet, qu’est-ce qui se passe quand un humaniste accueille chez lui quelqu’un pour qui la raison du plus fort est toujours la meilleure ? – On a affaire-là à un mouton qui accueille en quelque sorte un loup chez lui.

Nous accueillons objectivement chez nous des gens qui, s’ils étaient du bon côté du manche, et si nous étions nous les réfugiés, nous écraseraient sans scrupule car chez eux le « Grand Seigneur » est toujours celui qui se comporte comme un lion cruel et féroce.

Il faut bien comprendre que là où nous nous faisons preuve de ce que nous nommons charité et humilité, ou encore « humanisme » et « ouverture d’esprit », les africains de leur côté, quand ils ont conservé leur mentalité traditionnelle, ne voient que de la faiblesse.

Le plus fascinant dans la situation actuelle, c’est que les bienpensants se figurent qu’il est raciste de parler ainsi. Alors qu’en fait ce sont les bienpensants les racistes. Puisqu’ils ont oublié ce qu’était la mentalité des sociétés traditionnelles et qu’ils refusent de la voir pour ce qu’elle est – c’est-à-dire qu’ils s’illusionnent de toutes leurs forces pour prêter aux africains des préoccupations occidentales qu’ils n’ont pas.

Dans le langage de nos grands-parents, un « sauvage » c’était précisément ça : un homme qui ne connait pas d’autre loi que celle de la jungle.

Je comprends qu’on s’apitoie sur les personnes qui ne savent pas que gentillesse n’équivaut pas forcément à faiblesse. Je le comprends, car il s’agit de la plus grande des misères intellectuelles.

Cependant je ne comprends pas qu’on ne se méfie pas par ailleurs des gens qui ont une telle mentalité !

Car si cette mentalité n’était encore que l’apanage des pauvres migrants, je dirais que nous avons les moyens de leur inculquer nos valeurs qui sont supérieures et meilleures.

Hélas les gens qui ont des valeurs supérieures et meilleures n’ont plus le droit de le dire : c’est devenu TABOU.

C’est devenu le nouveau TABOU majeur de nos sociétés. Et ce tabou a été institué par des élites nouvelles qui hélas ont beaucoup plus de points communs intellectuels avec les « migrants » qu’avec ceux qui les accueillent.

Soixante-huitards, Pro-Israël, Gnostiques/Théosophes/Rosicruciens/Kabbalistes, New-Age, Défenseurs aveuglés de la Nature.. etc.

Tous ces gens ne voient aucun mal à concevoir l’homme comme un « bel animal ». Leurs conceptions ont en commun de n’offrir aucun rempart intellectuel à l’homme, aucune défense contre la prédation.

Pour eux le « sauvage » ne peut être que bon. Et la « sauvagerie », la « barbarie », dans l’acception ancienne, n’existent pas.

La vision-du-monde des nouveaux maîtres du monde ne permet pas de penser la barbarie.

Les bienpensants ne savent que transformer la connotation négative qui était attachée à ces mots en connotation positive.

Or ignorer le mal (au sens éthique pur, nul besoin ici de recourir au religieux) n’a jamais été un moyen efficace de faire le bien.

La connotation négative autrefois attachée aux termes : « sauvage », « barbare », « loup », servait simplement à désigner conceptuellement les ennemis de la Civilisation.

Quand les anciens disaient « l’homme est un loup pour l’homme », ils ne s’en faisaient pas une raison. Ils le déploraient. Car la Civilisation c’était l’art de savoir que : les brutes n’ont pas toujours raison et que ce n’est pas parce que quelqu’un est faible qu’il ne faut pas l’écouter.

Bien sûr, le plus faible n’a pas toujours raison non plus – et la pauvreté n’est pas une vertu en soi – mais c’est un autre débat.

Il faut savoir raison garder et de la mesure avant toute chose. Les Grecs antiques appelaient la démesure l’Übris.

Et c’est l’Übris (et non l’injustice en soi) qu’il tenaient pour l’ennemi suprême de la Civilisation.

Marianne (bien avant que d’être un dérivé kabbalistique de « marane »), est l’héritière n°1 actuelle d’Athènes.

La Civilisation, c’est Athènes et c’est Rome. _ Jérusalem c’est tout ce qu’on veut mais ça n’est pas la Civilisation.

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Ouais le ciel t’aidera mais ne compte pas trop dessus quand même…

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Qui est-ce qui, sur terre, protège (ou du moins tente de protéger) tout humain au titre de son humanité ?

Est-ce Dieu ?

Dans l’hypothèse que Dieu existe, si Dieu pouvait faire le bien tout seul, il pourrait se passer de nous et des religions.

Donc même dans l’hypothèse que Dieu existe, Dieu n’est pas en mesure de faire respecter l’humanité qui est dans l’homme. Du moins il ne le peut pas seul : il a besoin des hommes pour cela.

Dans l’hypothèse que Dieu n’existe pas, même constat : seuls les hommes peuvent protéger ce qu’il y a d’humain dans l’homme.

Conclusion : les hommes sont, dans tous les cas, chargés d’écrire des lois pour « faire régner le Bien » et protéger les faibles. Et en l’absence d’une telle veille, d’un tel souci d’humanité chez l’homme, la nature reprend ses terribles droits.

Le « circumvulus de dévorement » qui caractérise la loi naturelle peut fort bien se passer de nous. Il peut aussi nous préférer des formes de vie plus primitives mais plus résistantes, comme le virus de la grippe (qui est « la vie » aussi) ou les rats. Le symbole du zvastika, ou le signe de ralliement de l’aube dorée en Grèce, sont des « circumvulus de dévorement ». Les nazis, en l’espèce, défendent un ordre naturel qui – et pour cause ! -n’a nullement besoin d’être défendu !

Mais revenons à nos moutons. Je repose ma question première : qui fait la loi sur terre et qui la fait appliquer ? Sur terre, c’est aux hommes de « faire la loi », de « faire le bien », puisque personne d’autre qu’eux ne peut s’en charger.

Or, que leur faut-il aux hommes, pour faire régner la loi ? – Des tribunaux, bien sûr. Et des Lois.

Pour écrire les lois ? – Un système législatif. Pour faire appliquer les lois et seconder les tribunaux ? – Un exécutif.

Qu’est-ce qu’un pouvoir législatif secondé d’un pouvoir exécutif ? – C’est un état.

Qu’est-ce qu’un état ? C’est un territoire. Qui a ses lieux de pouvoir, ses hommes de pouvoir et ses frontières aussi.

Là où il n’y a pas de nation, il n’y a pas d’exécutif faisant appliquer la loi, donc cela devient un espace hors-la-loi – un no man’s land.

Pourquoi des frontières ? Parce que de la même manière qu’on ne peut être Juge et parti, on ne peut régner sur le monde entier sans en léser au moins la moitié : le monde est plein d’irréductibles ennemis.

C’est une très mauvaise idée de renoncer à l’idéal de la démocratie.

Car la démocratie c’est l’institution d’un dialogue permanent au sein des élites. Qui dit dialogue dit acceptation de la diversité des points de vue.

On n’est évidemment pas pour l’acceptation de la diversité des points de vue dans le gouvernement mondial qui se profile. Puisque ce gouvernement mondial est porté par des gens qui se figurent qu’il n’y a (et ne doit y avoir) qu’une Loi. La Loi Divine (ou supposée telle), évidemment.

Or il ne peut il avoir sur la terre de loi qu’humaine. Cf ce qui a été développé précédemment. [Encore une fois, le bien des hommes est entre les mains des hommes seulement.] Et les hommes sont faillibles, et la pensée des hommes est avant tout un ensemble de fruits divers qui ont poussé dans l’histoire, sur les arbres de Nations.

Notre conception de la loi, qui doit protéger les pauvres et les faibles, est une conception à la fois supérieure et typiquement occidentale. L’abandonner c’est perdre l’Humanité toute entière.

Ne pas la défendre pour ce qu’elle est : judéo-chrétienne ET supérieure, c’est perdre l’Humanité entière, oui.

Mais cette conception de ce que doit être la justice civile n’est supérieure que sur le plan moral.

Oublier la morale n’aidera donc pas « la race blanche », contrairement à ce que croient les bas-du-front.

Et ne parler que de « race blanche » sans parler de morale, nous perdra.

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« Faut pas que tu restes là, de toute façon, monsieur.
Il faut aller mourir maintenant, là ! »

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Des gens se croient spirituels en disant que l’Occident mérite son sort :

_ soit qu’il ait trop péché et qu’il doive expier (mais je souhaite à ces gens d’être suffisamment excellents eux-mêmes pour avoir aux yeux de leur Dieu le droit qu’ils s’accordent, de punir et éradiquer du globe la seule société au monde qui ait jamais eut le souci d’accorder des Droits à l’Homme) …

_ soit au contraire qu’il n’ait pas assez péché : « Fallait pas tendre l’autre joue », et que les lois de la nature le rattrapent par un fatidique retour du baton …

Enfin bref, vous aurez compris que quand on veut noyer son chien on l’accuse de la rage…

On s’en prend avec rage au : « Aime ton prochain comme toi-même ». Mais, réfléchissez, était-ce bien nécessaire ? N’y avait-il rien de plus urgent au monde a déconstruire, non ?

En vérité cette sagesse est inattaquable, sauf par les esprits viciés et vicieux : car pour aimer son prochain comme soi-même, il faut d’abord s’aimer soi-même. A défaut d’un prérequis d’amour-propre, la sentence n’est plus intelligible, elle se trouve pour ainsi dire dévaluée.

En réalité, l’Europe, je vais vous faire une confidence, c’était un chouette de beau projet. Si ça s’était passé comme prévu, comme l’avaient imaginé Giscard ou les Verts par exemple, l’Europe serait redevenue la première puissance mondiale haut la main. C’était sa destinée, hein, et ça il faut le savoir. Mais vous comprenez que les restes du monde auraient préféré crever cent fois – et c’est d’ailleurs je crois l’option qu’ils ont choisie – plutôt qu’un tel scénario se réalise. Trop de comptes à régler avec l’ancienne puissance coloniale, même du côté des Américains. Auraient pas pu repasser sous la tutelle des gentils missionnaires. Ont préféré faire faire hara kiri au monde entier. Malins, les gars !

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Ca sent quand même le vieux règlement de compte. Moi j’dis ça j’dis rien.

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Demander à tous les européens de mourir pour faire plaisir au petit Jésus, c’est dans les faits – et quoi qu’on pense du petit Jésus -, s’en prendre au petit Jésus. Ici y’a des rageux qui sortent du bois, moi je dis ça je dis rien…

Le monde entier est jaloux de nous. Et des puissants – jaloux également (à cause de ce que leur aïeul n’était pas le bienvenu chez Madame-la-Marquise) – aident les pauvres du monde entier à les venger de nous.

Madame la Marquise avait parfaitement raison, soit dit entre nous, de ne pas recevoir ces grossiers boutiquiers – américains ou autres. Des gens pour qui le comble de la distinction consiste à manger un fruit avec une fourchette !

Des gens pour qui ni l’élégance des paroles, ni celle des actes, ni même celle du maintien, n’ont jamais eu aucun sens qui vaille ! – Là où y’a d’la gène y’a pas d’plaisir a toujours été leur credo principal.

Des gens pour qui tout se monnaye : une médaille d’honneur, un service rendu, une poignée de main, une gorgée de bière, aussi bien qu’une nuit passée avec une dame du monde !… Des gens, enfin, qui lorsque vous leur parlez de la liberté ou de la vie qui n’ont pas de prix, vous demandent quand même de donner votre estimation !

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Je… je crois que j’ai chopé un sale truc là. Ouille qu’est-ce que ça démange !

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[Les schleus sont à peu près aussi gourds ne ce domaine que leurs supposés rivaux de la dernière guère mondiale, soit-dit en passant. Le même besoin de tout chiffrer les possède (ils leur ont peut-être refilé – ou c’est l’inverse, on ne sait plus) : ils ont en commun de prendre ce trait de caractère d’épicier, cette manie de l’équation, pour le nec plus ultra de l’intelligence.

Alors que le « chiffrage en système » des images, des rêves, des poèmes, n’est que l’artéfact éternel de la décadence… la seule ressource à la disposition des hommes asséchés qui ne comprennent rien à la poésie… une béquille de collégien, rien d’autre, pour faire illusion quand on est dépourvu d’inspiration et d’imagination…

– De quel droit, enfin, se sont-ils arrogés la lourde tâche de juger leur rivaux, – leurs rivaux, siamois en « J’aurais voulu être un artiste« , qu’ils avaient tant et si bien travaillé le siècle précédent à fasciner dans le miroir du Diable ?

– Hitler ? Un cas-social infect. Un faciès de voleur, de frustré, de menteur… Comment des gens qui faisaient supposément tant de cas de leur blondeur ont-ils pu écouter une pauvre cloche comme ça ?

– Il faut tout de même savoir que jamais nos ancêtres n’ont fait tant de cas de la blondeur que n’en font aujourd’hui, influencés par l’extraordinaire vulgarité de la mode actuelle, nos jeunes (et moins jeunes) gens. Ne me dites pas le contraire. Je vois bien à quoi ressemblent les mannequins, les modèles… Les nazis faisaient au marbre ce qu’on fait aujourd’hui à la chair.

– En vérité, les personnes que de toute ma vie j’ai vu les plus influencées dans leur jugement des êtres par la couleur de leurs cheveux étaient des arabes et assimilés, mais ne nous égarons pas…

– Oui, pour en revenir à Hitler, en voilà encore un, de rustre, en voilà encore une, d’imagination mièvre, influencée par la mode et limitée au cliché ! En voilà encore un, de clampin illustre, qui était particulièrement mal placé pour statuer à un si grave tribunal ! 

– Car lorsqu’on n’a aucune définition personnelle de l’Esprit et de la Grâce, car lorsqu’on croit que l’Esprit et la Grâce sont des concept religieux, car lorsqu’on est un australopithèque, enfin, on ne se mêle pas de régler des problèmes de civilisation ! Fin de la digression. ]

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#Fais ton alya en Libéria
#Fais ton Raël en Israël

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Un exemple de grand faible ayant marqué l’histoire : Hitler, s’avisant que son royaume perdait du terrain face à l’avancée d’un autre pouvoir, n’a trouvé rien de mieux à faire que sacrifier sa propre humanité pour leur donner raison.

Règle d’or : on ne sacrifie jamais ni son sens du devoir, ni son humanité, ni son honneur. Ni à ses ennemis, ni à ses amis, ni même à sa famille.

Si chacun en faisait autant, on ne serait pas obligé aujourd’hui de choisir entre le sens de l’honneur et la vie sociale.

Et qu’on ne me parle pas des arabes qui placent leur honneur sous les gounelles de leurs femelles ! Eux-mêmes savent au fond qu’ils dépassent la mesure du raisonnable. J’en suis persuadée. Et s’ils ne le savent pas, c’est à nous de le leur apprendre !

Je ne suis en effet pas contre la colonisation quand il s’agit de faire sortir des territoires entiers de la barbarie.

Mais la bonne colonisation passe par l’instruction scolaire et le souci de l’autre. Rien à voir avec ce qu’ont toujours fait les anglosaxons.

Voyez ce qu’est devenu le Libéria, cette tentative de ré-enraciner les anciens esclaves américains dans un pays factice, tranché à la grosse, volé à des locaux qu’on maltraite… [tiens, ça ne vous rappelle rien ?] C’est aujourd’hui sans doute le pire endroit du monde. Les gens y sont à peine humains. Des morts vivants ou presque.

Les anglosaxons, ces serpents indifférents à la dignité humaine des monceaux de gens qu’ils manipulent au service de leur grossier pragmatisme prédateur, ces serpents, ce sont eux aujourd’hui qui nous rebattent les oreilles avec le respect-des-autres-cultures et l’antiracisme en mousse de la société hors-sol !

Respect des autres cultures mes fesses ! Est-ce qu’il fallait respecter les rites Aztèques, selon vous ?!

Surtout, ce qu’il faut bien comprendre c’est que les blancs de type germain et saxon n’ont pas à être ressuscités. Car ils sont tout ce qu’il y a de moins morts. Liste FORBES : les noms anglo-saxons et germains dominent.

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Le problème c’est que les protestants ne sont pas vraiment chrétiens… si on aime la théologie, je veux dire. Eux, par exemple, ils n’aiment pas.

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LOL ! Cte jeu de dupe ! – Non mais du pt de vue des échecs c 1 beau mouvement.

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Non, pour information, les juifs n’ont pas « inventé le bien et le mal ». Cette idée n’a besoin de personne pour la déconstruire, elle fait cela très bien toute seule : elle est parfaitement ridicule.

Non, Nietzsche ne liquide pas le bien et le mal. Ceci est l’une des plus grandes contre-vérités du monde et l’une des mieux établies.

En réalité Nietzsche ne fait rien d’autre que dire tout au long de son œuvre : « Dieu est mort et Dieu est ressuscité ». – La belle affaire !

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Diviser la tête pour mieux verser du mou de veau dedans

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Quand on pense qu’en France des gens qui ont les même positions de fond sur les sujets brûlants de l’actualité ne peuvent s’unir face à leurs ennemis communs parce qu’ils sont encore séparés dans leur tête par le mur de Berlin !

Rendre étanches les clans idéologiques, comme cela a été fait intensément au XXe siècle, cela revient à considérer que les rivaux ne peuvent s’aimer par-delà la politique et les religions.

C’est criminel parce que cela revient à tuer l’amour – et l’émulation intellectuelle – dans leur substance-même qui est :  un attrait supérieur pour l’altérité.

Cela revient donc à créer du faux sacré (du faux débat & de la conclusion politique pipée) et à tuer le vrai.

Les idéologies sont des instruments bien pratiques pour qui veut empêcher les peuples de s’assembler en nations cohérentes : les idéologies ça passe par-dessus les nations, et ça peut être utilisé pour en faire exploser les cadre législatifs et policiers.

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Dieu pour tous, tous aux abris.

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S’il n’y a qu’un Dieu pour tout le monde, alors c’est comme si Dieu était un fleuve et que les rivaux étaient de chaque côté.

« Nous sommes tous frères ! » – Oh c’te blague ! … Connaissez-vous l’histoire de Romulus et Rémus ? Et Abel et Caïn ? … Non parce que j’en ai des tas d’autres à votre service, des histoires comme ça.

En fait, la géopolitique avec un Dieu unique, à moins de finir en dindon farci de Noël, il faut la penser  strictement comme si l’on était athée.

[Je me demande à ce sujet où ils en sont, au Vatican… non pas que je m’inquiète de l’infaillibilité papale, hein… mais bon.]

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Quand tous les hommes vivront d’amour,
Il n’y aura plus de misère,
Et nous serons morts et pulvérisés, ainsi que toute notre descendance, il n’y aura même plus de cimetières parce que la guerre nucléaire aura servi de juge de paix, mon frère.
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On peut concevoir l’autorité/l’arbitraire de deux manières : source de bienfaits ou éternel ennemi du bonheur. La vérité secrète, c’est que l’arbitraire/l’autorité est ces deux choses à la fois. Simultanément.
L’épanouissement total, la liberté totale, comme la désiraient les hippies – comme la désirait Néron, lorsqu’il se prenait pour un Dieu, est une chose hors d’accès pour l’être humain. Etre humain c’est connaître la finitude – c’est accepter d’en rabattre un peu, c’est se tenir à carreau, même pour des prunes, enfin bref’ c’est la « condition mortelle ».
L’ennemi de la Civilisation, c’est l’hubris – les Grecs antiques, qui sont à l’origine intellectuelle de l’Occident, le savaient.
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« De toute façon, la démocratie est sans issue« , dit-il.
– Comme ta mère ?
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Voilà pourquoi c’est une très mauvaise idée de renoncer à l’idéal de la démocratie. Parce que la démocratie, c’est comme l’apprentissage de la marche : c’est l’idée qu’il faut prendre le risque de la  chute, du lâcher prise, de l’abandon des petites prérogatives mesquines, lorsqu’on veut aller de l’avant. La démocratie, n’en déplaise aux esprit immatures qui ne comprennent que la dévotion veule et vénale à tout ce qui brille, n’est pas une une culture de la pompe dorée et du hiératisme pharaonique, mais une culture du respect de cette idée folle que celui avec qui on n’est pas d’accord puisse avoir raison.
C’est la remise en jeu du pactole par ceux qui mettent éventuellement la main sur la banque, pour que la partie de Monopoly puisse continuer. C’est accepter par avance qu’ils vont un jour perdre le pouvoir, pour ceux qui  atteignent à ses sphères. C’est la rupture de la routine prévue à l’avance, à répétition, permettant un rééquilibrage des forces pour une meilleure adaptation de l’organisme politique aux aléas des actualités et une meilleur réactivité de la nation aux embûches qui se dressent devant elle au quotidien.
Autant dire qu’on est sorti de ce paradigme depuis longtemps. Le lâcher-prise, à nos puissants du jour, ça n’est manifestement pas leur truc. Il ne conçoivent même pas que des gens aient pu un jour envisager de jouer à ce jeu sans tricher. Ils laissent le souci d’ouverture d’esprit, de compréhension de l’autre, et d’adaptation au réel aux péquins – autant dire aux naïfs, à ceux qu’on encule. Ils n’ont pas compris que ce n’était pas un projet d’avenir que d’enculer tous les facteurs naturels du progrès humains, c’est-à-dire tous les gens qui n’ont pas une structure mentale de primitif, d’esclave, d’épicier ripoux ou de nègre incrédule.
Ils rient des gens intelligents qu’ils ont pris au piège de leur propre intelligence, mais en réalité ils devraient pleurer. Ils sont les fossoyeurs du vrai esprit moderne et du projet de modernité originel. Quand tu tues la personne que tu admires sans pour autant parvenir à l’égaler, c’est un peu comme si tu te tuais toi-même ; en fait c’est pire : tu te tires simplement une balle dans les ailes.
Toute idée, – c’est la vérité nue ! -, lorsqu’elle acquière le monopole, devient stérile et bête.
Stérile car la fertilité c’est la sexuation : + et -.
Si des gens intelligent ont cru un jour avec sincérité dans la démocratie, même si la démocratie ne leur promettait pas de devenir les rois mangeurs du monde, c’est parce qu’il ne s’agissait rien moins, en toute objectivité, que du meilleur système possible. En l’état actuel des mentalités, vu comme nous avons régressé, le système démocratique est hélas devenu quelque chose comme une utopie impossible. Mais dites-vous bien que ce n’a pas toujours été le cas.
Ainsi, l’acceptation de la démocratie, c’est l’acceptation d’un pouvoir que chacun peut prendre, mais dont personne n’est le maître. Pas facile à admettre, cela, pour les esprits obtus et manipulateurs qui ont le démon de vouloir connaître l’avenir… et qui veulent qu’il soit sans-surprise, pour pouvoir mener rondement leurs petites affaire… et toujours bien rangé comme une boutique, en ordre de dépenses et de recettes. Cependant l’instabilité politique est la condition-même d’une continuation de l’histoire et de la mémoire, car lorsqu’on s’arrête de se remettre en question dans la vie, on s’abîme.
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# Mais RESPECTE TON PERE, on te dit !
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Pour en revenir au respect de la figure paternelle (dans la famille comme dans la société) : nous devons intégrer la nécessité vitale du maintien de l’ordre, donc d’un arbitraire exécutif, enfin d’une figure d’autorité armée. Car rien qu’au niveau d’un simple individu, intégrer le respect de l’ordre, ça veut dire savoir se tenir droit tout seul.
Lorsqu’il apprend à marcher, l’homme s’adapte aux lois de la gravité et s’appuie sur elles (il ne cherche pas à les détruire). Lorsqu’il veut devenir équilibriste il doit encore mieux apprendre à connaître ces lois. Pas de marche en avant sans gestion de la contrainte et prise en compte d’icelle.
Celui qui prétend ignorer les lois de la gravité se voit toujours rappeler à l’ordre violemment.
« Je vole !  » – dit le soixantehuitard. « Je vous mets au défi de prouver que je ne peux pas voler » – dit le mystique procédurier. Moi, je prends la parole pour dire ce que répond toujours la nature dans ces cas-là : « BOUM ! »
Jouer imprudemment avec la contrainte, c’est bien. Aussi longtemps qu’on a papa-maman derrière pour remplir le rôle de garde-chiourme et penser les plaies. Mais quand les garde-chiourme se retrouvent interdits d’agir, relégués à des fonctions décoratives, mis au pilori lorsqu’ils donnent leur humble opinion, alors cela devient beaucoup plus grave.
Parce qu’alors ce ne sont plus des hommes qui apportent une réponse aux excès d’autres hommes. C’est la Nature, seule interlocutrice encore en lice, qui répond. Et la Nature elle ne répond pas : « Attends, je vais te construire un avion ». Elle répond : « BOUM ! Dans le mur ta face ! »
La haine pure de toute contrainte conduit l’homme à la mentalité servile, qui est la recherche d’un maître pour se faire battre. Quand on refuse les maîtres tolérants et gentils, parce qu’ils sont trop faciles à faire déchoir, on se retrouve à affronter la noire méchanceté du monde – dont jamais personne ne voit le fond. La mentalité servile, qui est l’impossibilité de se conduire bien tout seul sans y être forcé, pousse ceux qui en sont la proie, par rebond, à la vénération des pires instances dirigeantes. Car notre dernier maître, notre suprême maître, celui dont on ne viendra jamais à bout parce qu’on ne le peut pas, est LA MORT. Quand on a ridiculisé toutes les autres figures de l’autorité, il ne reste plus qu’à vénérer la mort. Voilà actuellement où l’on en est.
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Ouh là là ! Putain, com’ chuis vénère, d’un coup !
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« Vous avez du génie », qu’il dit, l’autre, à Maïtena Biraben. C’est à des petits détails comme ça qu’on voit à quel point on est dirigés par des australopithèques. Les gars, ils se sentent une parenté avec l’Afrique, mais ils ont raison ! Ce sont des putains d’étrangers au monde civilisé, qui ne comprennent rien à rien ! Ils ne seraient pas là où ils sont, isolés de tous et de tout par l’argent, y’aurait-il encore un personnage public indéboulonnable de l’assentiment duquel la bonne marche de leurs affaires dépendrait, ce type aurait-il la basse rouerie d’un Raël, la tchatche dysorthographique d’un Jean-Claude Convenant, voudrait-il même se faire appeler Pharaon, ce gars les fanatiserait jusqu’au délire !… façon Marlon Brando en toc, roi-nègre chez les illuminés… Suffirait d’un pied sur la nuque et ce serait pour eux THE révélation mystique.
Non, c’est fou quand même d’aimer l’art à ce point – si ça brille, c’est bien que ça doit être de l’or ! – et d’être à ce point incapable de le comprendre… L’art pour l’art, en fait le truc c’est que ça demande juste un poil de désintéressement. Le désintéressement, oui je sais, pour certain c’est une notion très difficile d’accès.
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Antielfique, moi ? Naaah ! Quelle drôle d’idée !
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Ne pas compter son temps, ne pas compter sa peine, être juste focalisé sur une aspiration à quelque chose de noble, de plus grand que soi, qui enveloppe, qui émeut et qui dépasse, avoir envie de s’oublier là-dedans. Surtout, même si à l’origine on était venu pour ça, ne pas rester dans cette galère pour la seule gloire de complaire ou déplaire à je ne sais quelle figure d’autorité rivale, censée détenir le Sens caché, la Révélation, la Loi… gloire immature que celle-là, ridicule et débile. Mieux vaut cent fois trouver amusant de se lier pour la vie avec l’option intellectuelle qui était simplement la plus absurde, la plus impraticable… Mais partir « gagnant » parce qu’on est sûr de suivre le droit chemin, alors là quel dégoût ! Surtout, à la base, avoir renoncé à quelque chose qui serait le gros lot en bout de course, un but suprême… il n’y en a pas. Puis avoir laissé d’office le bonheur aux gens qui ne se posent pas les bonnes questions… Ce sont des pré-requis. Être là avant tout parce qu’on ne pouvait décemment pas être ailleurs, et non pas réellement parce qu’on était appelé par des voix, mais parce que c’était une question d’amour-propre… La vanité de faire tout pour devenir le meilleur des hommes, le regard plus pointu, le compétiteur le plus énervant : oui ! La vanité de se penser d’ors et déjà comme quelqu’un de meilleur, qui « mérite » ce qu’il va avoir, qui n’est responsable de rien : non ! Oh quelle horreur ! … encore un coup à devenir psychopathe.

Pourquoi l’art pour l’art ? Parce qu’à la base il fallait suivre la voie originale, la voie tracée par les maîtres, parce qu’on avait des Pères à décapiter, enfin une intuition quelconque, éthique ou esthétique, un héritage à défendre… parce qu’on avait quelque chose qui tenait à cœur, un vieux défi, une colère rentrée, parce qu’il fallait en découdre avec le Fatum, parce que ce qu’on avait en magasin c’était du tonnerre de Dieu, parce que c’était une croix qu’on se sentait vaniteusement les épaules de le porter.
‘faut déjà ne plus se soucier des modes, pour créer quelque chose qui relève véritablement de la propriété intellectuelle – dur dur à concevoir, ça, pour des gens qui se tordent le cou en société pour savoir ce qui se fait ce qui ne se fait pas… Avoir du goût, c’est posséder une conception personnelle de ce qui est bel et bon, et pas se laisser imposer une doxa par des prêtres des convenances. C’est être porté par son propre esprit, pas avoir peur de son ombre lorsqu’on commence à dire des choses qu’on n’avait pas prévues. C’est défendre quelque chose à soi que les autres n’ont pas, si possible seul contre le reste du monde, et non pas penser en bande. Et surtout tenir si bien son dada qu’on ne doive plus ce dada à personne. Rien à voir avec de la sorcellerie !  – tellement pathétique qu’ils le croient.
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#La vie est un équilibre fragile, non une quête d’amour éperdue.
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Aucune jouissance véritable n’est donnée pour rien à l’homme en ce monde. – Oh, je ne dis pas pour autant que cela s’achète ! – Non, cela ne s’achète même pas… en tout cas pas à prix d’argent. C’est une autre sorte de monnaie que le bonheur demande… Car toute liberté, toute joie en ce monde, tout miracle, a exigé son comptant de sacrifice en territoire d’Idéal. Ce qui veut dire que des gens qui méritaient moins que quiconque de souffrir ont versé sans répit sur des centaines de générations dans une terre qui n’était parfois même pas la leur, de la sueur, du sang, et des larmes. Ils sont tombés mainte fois à genoux dans la poussière sans pour autant être exhaussés. Ca ne les a pas découragés pour autant, parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire sur la terre de toute façon que de continuer à agir pour le mieux et à y croire… Nous autres européens, nos ancêtres ont conquis leurs libertés et leurs droits de haute lutte. Mes ancêtres à moi ont trimé, ont été traités peut-être pire que des bêtes, mais n’en ont pas moins continué toujours à lutter pour ne pas se conduire précisément comme des esclaves et comme des bêtes. Peut-être voulaient-il faire mentir leurs oppresseurs, mais qu’importe ? Ceux qui ont peut-être le plus mal vécu ne sont pas pour autant ceux qui se sont le plus mal comportés. Certains d’entre eux pensaient, peut-être. Certains étaient peut-être plus libres intérieurement qu’on ne le croit. Nous ne le saurons pas. Autrefois, on éduquait les enfants pour se tenir droit quoi qu’il en coûte, et jusqu’au cœur de l’injustice la plus criante, et même si leurs efforts devaient ne pas porter de fruits, même s’ils devaient être inconnus ou sans témoins ou oubliés. Se souvient-on, d’ailleurs, de qui furent les pauvres misères dont on conserve parfois les os dans les églises ? Qui peut croire au demeurant que ce soit la « véracité » de ces reliques qui importe ? – Quelle est-elle, au juste, la seule Véracité qui importe ?
Les autres, s’ils vivent dans des pays arriérés, doivent en faire autant. Ces règles sont éternelles et ne sont pas écrites par les hommes.
lls doivent retrousser leurs manches pour faire de leurs pays d’origine des espaces habitables. Et non transformer la terre entière en un espace hostile pour tout le monde.
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Parce qu’un honnête homme, ça trime comme un forçat… non ?
Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : la seule volonté de travailler comme une bête de somme ne suffit pas. J’en veux pour preuve que les fainéants ne font pas actuellement tant de mal que n’en font les Stakhanovistes et autre « pro-actifs » dans le monde. Gaston Lagaffe mériterait qu’on lui érige des temples. Et Dieu nous préserve du terrorisme des agités du bocal vide ! Le travail salarié d’une vie entière est une ébriété dont on ne ressort pas vivant, – au même titre que l’opium, la vie file comme en rêve. Elle permet à l’homme d’oublier les vérités les plus élémentaires le concernant. Il va droit à la morgue en se dépêchant, sans passer par la case « que-fais-je-du-temps-qui-m’est-aloué? ». C’est bien pratique.
Une nation de laborieux mangeurs de télévision ne fait en effet pas une grande nation. Car une grande nation, c’est une nation dont le peuple a une âme collective, est également composé d’âmes individuelles, et dont tout cela se met harmonieusement en marche. Or notre « modernité » (qui n’en est plus une) ne va de l’avant que sur le papier, ou du moins elle n’avance plus que dans les seuls domaines techniques et les innovations scientifiques. Malheureusement, lorsque l’évolution humaine au sens élevé du terme, l’évolution de la qualité d’humanité qui est dans les hommes, ne suit pas le perfectionnement des outils que ces hommes utilisent, on sort de l’histoire, et on retourne à la pré-histoire, sans autre forme de procès.
Dépersonnalisation par la Bagnole.
L’outil n’est pas seulement un moyen d’emprise sur le monde. Il peut très bien aussi éloigner l’homme de lui-même, c’est-à-dire lui faire perdre pied avec la réalité. Tenez, la voiture : certains, (je pense en particulier à la génération « sur la route » ), certains l’utilisent pour avaler du paysage, s’approprier leur environnement immédiat et moins immédiat, comme ils le feraient d’un prolongement de leur curiosité enfantine et des fourmis qu’ils ont dans les jambes. D’autres en revanche (et ils sont la majorité) n’utilisent les automobiles que pour se rendre à heure fixe toujours au même endroit, à leur turbin, en empruntant des voies ignobles, des périphériques mornes, sur lesquels il faut fermer les yeux de l’âme pour ne pas les voir – car si on les voyait pour ce qu’ils sont, on n’oserait plus les emprunter. Ces derniers, quand ils entrent dans l’habitacle, suivant un rituel hypnotique qui en vient à les posséder, qui les dissuade souvent, même pour des courses minimes, d’utiliser tout d’autre moyen de locomotion, parce qu’il les rassure par un sentiment de familiarité extrême, régressif, et leur donne une illusion factice de maîtrise… Ces derniers-là se retrouvent comme éloignés de la possibilité d’aborder à nouveau le monde « de plein pied ». Ils ne peuvent plus voir la campagne comme l’indien la voit lorsqu’il se tient debout sur la terre des hommes, comme le chien la sent lorsqu’il pisse joyeusement sur les arbres qui lui plaisent. Car au-travers de leurs vitres courbes, la campagne ressemble déjà à une virtualité. Ils avancent immobile et assis, dans une bulle, sans même plus craindre la mort qui constamment les frôle… et on s’étonne que ces gens votent PS !
Sociétal pour demeurés
Il faut que les crasses bourgeoises qui composent nos élites actuelles soient vraiment bien acculturées, bien primaires, pour avoir cru un seul instant qu’on pourrait combler le manque général de progrès humain, sensible, intellectuel et moral, l’absence d’originalité intrinsèque, le profond défaut d’imagination de notre époque, par des innovations sociétales. Comme si autoriser la sodomie allait nous faire renouer avec la Haute Civilisation ! Pour ces gens, l’idée de Haute Civilisation ne renvoie manifestement pas aux Lumières, aux belles personnes se dessillant les yeux réciproquement dans la politesse et la bonne humeur, inventant une compassion nouvelle sans donner le moins du monde l’impression de se forcer, enfin aux salons du XVIIIe siècle français ; non, pour eux, la reine des cités florissantes demeure la féroce Babylone de l’âge du bronze (à savoir, dans leur imaginaire, une vieille colère, un repoussoir, une vieille honte). Pour eux, Civilisation égale perversité administrative, système pyramidal et débauche. Et voilà tout ce à quoi ils nous destinent, comme faîte et aboutissement de nos humbles destinées nationales ? Il faut qu’ils ne soient pas beaucoup moins arriérés que les fanatiques islamistes pour penser les choses ainsi.
Moyenne intellectuelle de la société mondiale de la bouse et du petit commerce
Enfin, ces gens sont au niveau de la moyenne mentale de la population de leur empire international, je suppose… ce qui, si l’on embrasse du regard la populeuse Chine rurale, les bouseux d’Indonésie, d’Inde, d’Afrique, et même d’Amérique et d’Australie, nous ramène décidément en arrière de quelques milliers d’années, je dirais à vue de nez à un stade de complexité culturelle qui découvre juste l’usage du papier – mais pour s’essuyer les fesses exclusivement.
Arbeit macht frei, c’était à comprendre à quel degré ? J’ai jamais su.
Le seul travail des bras, évidemment, ne garantit pas à l’homme de demeurer un homme. La courbe du chômage n’est pas l’indicatif de tout. Si l’homme ne veut pas attenter à l’humanité qui est en lui, il devra aussi travailler à ne jamais développer cette mentalité typique des esclaves qui consiste à adorer la force et à ne comprendre que les rapports de forces. Cela demande bien plus, vous vous en doutez, que de régler les maigres soucis matérialistes de notre basse prospérité.
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Voyons un peu à présent, si cela vous plait, jusqu’où va se nicher l’amour bas de la force-pour-la-force, et le culte du rapport de force – et jusqu’à quel point cette mentalité barbare empoisonne les rapports entre les êtres dans notre société.

La réflexion qui suit est une dédicace spéciale à Eric Zemmour.

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Dans le registre de l’amour de la force (et du mépris de la faiblesse chez autrui), j’ai identifié un gros nœud gordien spécifique à la condition féminine.
On accuse souvent la femme qui parle comme un homme, qui veut fraterniser avec les hommes, et qui se pense d’abord elle-même comme étant un être humain, on accuse souvent cette femme qui ne prend pas la peine de développer les armes de la séduction bestiale propres à l’attrait particulier de son sexe, de couper les moyens sexuels des mâles. Or j’ai remarqué que, contrairement à ce à quoi on aurait pu s’attendre de prime abord, j’ai remarqué qu’un tel état de fait était le plus souvent reproché à la femme non comme un excès de force, mais comme une situation de faiblesse.
Ne le nions pas, cette réalité de la « débandaison » que les mâles déplorent est parfaitement observable – et dans les deux cas que je vais développer, qui sont pourtant fort éloignés l’un de d’autre :
Les grands chevals secs
Il y a d’abord le cas de la femme qui a complètement gommé la femme en elle, qui est alors devenue « hommasse ». Cette personne a développé d’autres armes sociales que celles avec lesquelles elle était a priori venue au monde. Et dans ce cas précis, il se trouve que le fait qu’elle demeure un individu de sexe féminin est en soi pour elle une cause de faiblesse, puisqu’elle se retrouve à vouloir rivaliser avec les hommes virils sur le terrain de la virilité sans pour autant en posséder tous les attributs. Dans son cas précis, le fait de ne pas « faire bander les hommes » lui sera toujours reproché comme étant son point faible en tant que femme. Tandis qu’en tant qu’homme, on ne lui reprochera non pas tant sa force « virile » que la faiblesse qu’il y à être un homme incomplet. Situation inconfortable pour le moins.
… et les autres !
Il y a ensuite un deuxième cas à mon avis un peu plus intéressant, car encore un peu plus compliqué, qui est le cas de la femme féminine qui ne se soucie nullement de sa féminité. Celle qui se sent pleinement femme, n’a en effet pas besoin de « faire la femme » ou de « jouer à la femme », comme le font les petites filles. Celle qui considère ses attributs féminins comme relevant de l’inné – quelque chose de naturel, donné par la Providence, à quoi l’on ne peut rien changer – peut très bien se mettre à penser par ailleurs, et à parler, « comme un homme », c’est-à-dire franchement, librement, sans tabous. Elle peut le faire sans pour autant que cela n’entre en contradiction profonde, dans sa conscience d’elle-même, avec sa sexualité. Car, à ses propre yeux, les évolutions intellectuelles au travers desquelles elle passe, et à cause desquelles la façon dont elle se donne à percevoir aux autres se modifie, seront identifiées comme relevant d’un acquis délibéré, d’une construction de vie, d’un apprentissage. Or l’inné et l’acquis, même lorsque leur influence est contradictoire (et leur influence est généralement contradictoire dans les êtres) peuvent très bien se superposer sans heurts à l’intérieur d’une même personne. N’est-ce pas également ce qui se passe chez tous les hommes de sexe masculin dont la pensée sort de l’enfance, sort de l’adolescence, puis lorsqu’elle se dégage de la question sexuelle, mûrit ?
Dans l’esprit de cette seconde catégorie de femme (contrairement à la première), il n’y a aucune contradiction foncière entre le fait d’être une femme et le fait de penser comme un homme – puisque dans l’esprit de ces femmes, les femmes sont des hommes aussi (l’inverse n’étant pas vrai).
« La bandaison papa ça se commande pas… ♪ »
Malgré tout, il se trouve que les hommes vont avoir du mal à occulter totalement leur gêne devant un tel paradigme – et devant ce caractère typique de parfaite homogénéité, désinhibée et naïve, avec lequel il se déploie généralement dans les sensibilités pleinement féminines. Pour eux, c’est faire la part trop belle à la femme que de lui permettre à la fois d’être désirable, avec tous les privilèges que cela comporte, et de recevoir de la considération pour ce qu’elle dit comme si elle était un homme à part entière. Cela même se trouve être pour eux souvent une impossibilité, car il leur est difficile de bander, s’ils sont hétéros, pour autre chose que que ce qu’ils perçoivent comme « leur altérité » – ainsi, même là où il n’y aura pas d’altérité intellectuelle a-priori chez la femme, ils auront besoin de continuer à s’en imaginer une, pour alimenter leur libido.
« J’aime pas te voir avec des ciseaux. »
La tendance générale va être de reprocher à ce genre de femme, encore une fois, un certain type de faiblesse : on va lui reprocher également d’être castratrice, mais pas de la même façon qu’à l’autre. On va lui dire qu’elle ne peut pas être désirable si elle ne vient pas au-devant des hommes armée des attributs habituels de la féminité, qui sont en quelque sorte des crocs, des griffes et des chatteries… puisque dans l’imaginaire viril, la féminité est toujours rattachée à une certaine bestialité.
En effet, la femme pleinement humaine ne peut plus décemment être aussi bestiale que les autres – elle va faire preuve d’humanité, de compassion, là où la séductrice se contenterait de tirer sadiquement les ficelles du désir sans même savoir ce qu’elle fait.
On va alors lui reprocher sa douceur-même, sa compassion, son sens de l’amitié, sa générosité, comme autant de tue-l’amour… Parfois, on pensera vraiment ce que l’on dit (dans le cas notamment des garçons les plus immatures ou les moins confiants en eux-mêmes)… mais le plus souvent on s’efforcera de rejeter froidement la femme, même si elle ne dégoûte pas pour de vrai, dans le seul but de la châtier. Le but n’étant pas au fond de demander à la jeune personne de faire des efforts supplémentaires pour se rendre désirable (elle n’en n’a pas forcément besoin, et cela sera de toute façon perçu comme une nuisance supplémentaire), mais d’interdire purement et simplement à la belle entreprenante, bardée de ses sentiments nobles, de ses justes idées, de ses purs élans du cœur, d’obtenir le beurre et l’argent du beurre, c’est-à-dire tous les avantages propres à la condition féminine augmentés des avantages de la condition masculine, sans les inconvénients. Une telle concentration de toutes les richesses humaines naturelles en une seule personne est généralement perçue par le restant de l’humanité entière comme une criante injustice, – à réparer.
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Mais revenons, s’il vous plait, [je sais que la parenthèse est un peu longue] au sujet initial, qui était une analyse des méfaits de la mentalité servile sur les relations humaines.
La mentalité servile appliquée aux rapports amoureux, c’est quelque chose que nous connaissons tous : l’attrait irrépressible pour la force brutale ou le caractère vicieux chez autrui, et la gentillesse perçue à tort comme un aveu de faiblesse, ou la faiblesse en elle-même perçue comme une infamie.
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« SAVOUARE AYMEEEEEER ! ♪ »
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Quand on veut, pour pouvoir aimer pleinement une femme, et n’avoir aucun regret d’en prendre soin, que cette femme ait pour elle toutes les ressources de santé de la bêtise, du vice et de la bestialité, on admet tacitement éliminer la possibilité d’accepter comme partenaire toutes les jeunes personnes qui, de par un excès de sensibilité, donnent l’impression de « puer la faiblesse ».

C’est que ces messieurs identifient l’humanité qui est dans la femme à une sorte de maladie ! – Et ils veulent bien donner la charité pour les malades… mais à la seule perspective de trouver un caractère chez leur femelle procréatrice qui ne serait un caractère en acier trempé, ils frémissent de dégoût ! C’est vrai, ça ! Où irait le monde, si on accordait le droit à la maternité à des femmes qui ne sont ni méchantes, ni viles, ni dotées d’œillères rigides ? Car il est évident que la rouerie la plus sordide et la capacité à l’indifférence la plus éhontée, sont des critères de sélection extrêmement répandus lorsqu’il s’agit pour les hommes « positifs » de trouver une épouse légitime. Peut-être qu’à la perspective de rater leur vie en compagnie de ce genre de femme, ils se sentent moins angoissés que s’ils devaient le faire en la compagnie d’une personne qui en a quelque chose à foutre, ou qui risque d’essayer de leur parler, de pleurer sur leur épaule, de demander de la tendresse… Je ne sais pas.
Or moi, figurez-vous que je n’ai jamais cru en la nécessité absolue d’une telle configuration.
Je ne pense pas que l’on gagne jamais en grandeur à faire taire ceux qui ont envie de s’exprimer et à  réduire les têtes. Les hommes n’ont pas à demander, pour se sentir plus désirables, pour se sentir mieux à l’aise dans leur vie de merde et dans leurs pauvres baskets à la con, à ce que les demoiselles épargnent leur susceptibilité en se faisant toutes palotes et toutes maigrichonnes, en perdant un maximum de confiance en elles-même et en envergure… Ils n’ont pas à exiger que pour leur faire oublier la piètre opinion qu’ils ont d’eux-mêmes, les jeunes filles donnent l’impression de se mépriser elles-mêmes encore plus. Ce n’est pas parce que les vies qui ne brillent pas de ces petits gandins leur font honte, qu’il faut, pour ne pas faire d’ombre à l’ombre, que leurs dulcinées se défassent de la gaieté de leur jeunesse, de leurs qualités morales, c’est-à-dire de leurs propres attraits !
Je ne considère pas que la place que les gens prennent en terme de liberté intérieure soit comme la place qu’ils prennent avec leur fessier sur un banc lorsqu’ils ont engraissé. Je pense que le domaine du Verbe et de l’intelligence est un domaine virtuel où les étendues susceptibles d’être conquises sont énormes, et peut-être même infinies. Je pense que les lois qui régissent le domaine de l’imagination, de la pensée et du rêve ne sont pas les lois kilométriques qui régissent la géographie. Je pense que les personnes de valeur, entre elles, même lorsqu’elles s’affrontent, ne se font jamais d’ombre, mais s’éclairent réciproquement, s’augmentent, se densifient les uns les autres par un jeu d’émulation, comme lorsqu’on met plusieurs ordinateur en réseau pour faire une machine plus puissante que la somme de ses partie.
Je pense que l’esprit humain est en lui-même déjà un prisme, qui produit des lumières qui ne demandent elles-même qu’à être à nouveau, indéfiniment, réfléchies. Je pense qu’il n’y a pas concurrence entre les richesses immatérielles comme il y a concurrence entre les propriétés privées. Je pense que quelqu’un qui s’empare d’une idée n’est pas comme quelqu’un qui s’empare d’un terrain : ce qu’il prend avec lui ne disparait pas pour autant du capital d’autrui. Ainsi en va-t-il du concept qu’un intellect s’approprie à fond : il n’est perdu pour personne, bien au contraire !
Je pense qu’il n’y a pas lieu de se méfier des gens pleins d’ambition nobles et de hauteur de vue, car ces gens sont également ceux qui en général en société ont le plus de douceur, de politesse, de respect pour l’autre, de savoir vivre. Plus une personne est exceptionnelle, normalement, mieux elle sait se domestiquer elle-même pour ne pas  déranger son voisin par l’exercice de son exception. Et quand bien même ? … Je ne crois pas non plus que l’enthousiasme d’une personne qui veut accaparer l’attention parce qu’elle a réellement quelque chose d’important à dire, soit à désigner comme une simple nuisance. « Vous ne m’aurez pas toujours », disait Jésus. Et on n’a pas toujours à côté de soi quelqu’un qui a le feu sacré.
Je crois que le seul véritable savoir-vivre – ou le seul véritable art de rester, en dépit des avanies de l’existence, un être ouvert, aimable et gentil – consiste à rester, comme un enfant qui attend Noël en juillet, à rester disponible à l’avènement des grandes et exceptionnelles choses… et même si l’ennui seul répond à l’appel, à ne jamais se fermer totalement à la possibilité de les voir arriver, est tout ce qui compte. Aussi, je ne pense pas qu’il faille forcément que la femme soit réduite à faire le socle, l’enluminure, le pilier, pour mettre l’homme en valeur. J’observe que les grands hommes ont souvent été portés dans les hautes sphères de l’esprit où ils évoluaient par l’inspiration que leur avait donné l’amour d’une grande dame. Dans ces cas-là on aurait mieux fait de comparer la femme à une musculeuse monture héroïque, à un un Deus ex machina inespéré, au cheval ailé du char solaire, plutôt qu’à une feuille d’Acanthe.
Je pense qu’il n’y a de piédestal qui vaille, pour un homme, que le piédestal fraternel de ceux qui reconnaissent son talent et l’admirent. Or être admiré par des sots est une offense à l’homme de goût, et de la même manière n’être entouré que par des femmes mesquines et bornées devrait inspirer de la honte aux hommes qui prétendent sortir du lot.
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Ah les salauds !
Il y a bel et bien de la mentalité d’esclave en germe, chez l’homme (et en particulier chez l’homme moderne), dans son rapport à la femme. En effet, les hommes que je rencontre en mon siècle me font l’effet d’être majoritairement trop faibles eux-mêmes, trop fragilisés dans leur sécurité narcissique, pour ne pas se sentir comme diminués dans leur propre faculté à être présents au monde, lorsqu’ils se trouvent en présence d’une femme douée d’une certaine aura intellectuelle, non feinte, non mise-en-scène, non instrumentalisée dans un but précis, non courtisane ou opportuniste. Comme si un certain côté « factice » et plat chez la femme, lorsqu’elle cause, leur donnait plus de latitude pour l’aimer. Comme si lorsque la femme était intellectuellement aimable pour de bon, le sentiment se sentait quelque peu entravé par cela, à l’étroit, comme s’il ne fallait pas lui demander de se fixer sur un objet réel. Comme si, enfin, lorsque l’intelligence chez les femmes n’étaient pas qu’un vernis pour briller, qu’une breloque sans grande valeur dont on peut se dépouiller au besoin, ou qu’une sale manie d’érudition creuse prise malgré soi dans les couloirs obscurs des études universitaire, comme si lorsqu’il s’agissait d’un véritable attachement à des idées personnelles, comme s’il fallait que cela soit perçu comme un manque de respect. Et, le plus curieux, c’est qu’en lisant les Goncourt, je me suis rendue compte que ces inhibitions mesquines auxquelles j’étais habituées chez la gente masculine de mon époque n’avaient peut-être pas toujours existé à un tel degré.
Il faut voir un peu les monstrausores (et je ne parle pas-là d’envergure seulement intellectuelle) dont les Balzac, les Victor Hugo, les Musset, les Châteaubriant, vantaient les charmes. Ah ils n’avaient peur, comme l’autre affreux docteur des âmes, du noir continent des folles-en-Dieu et des hystérique solaires, c’est moi qui vous le dis !
—> Je cherche à placer ici un extrait du Journal des Goncourt que je ne retrouve plus.
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REVOIR ANTAN et puis mourir.

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Aujourd’hui, c’est triste à dire, mais sous ses dehors faussement féministe, notre société a en réalité terriblement peur de la féminité, et elle contraint les femmes à ne pas s’aimer en tant que femmes. On leur permet de désirer être tout ce qu’elle peuvent imaginer être dans leurs rêves les plus fous ; dans les faits on les force à désirer être tout qu’elles ne sont pas. On leur permet tous les délires de grandeur sauf le seul dans lequel elles pourraient prendre réellement corps, et tremper un peu la labilité habituelle de leur caractère. On ne leur permet pas de se rêver en parfaites femelles, on ne leur permet pas de jouer leur meilleur rôle… On ne leur permet pas d’accomplir leur vocation de déesse du feu domestiqué, de maîtresse du pays intérieur – le pays du rêve -, d’administratrice de l’âme de ces messieurs, de génératrice secrète des images qui peuplent leurs jeux d’esprit.
Pourtant, si l’on voulait bien larguer de nouveau les amarres, l’expansion intellectuelle serait potentiellement continue dans ce domaine où la conquête n’a pas de limites : le domaine de la liberté intérieure… En voilà encore une, par exception, d’aventure humaine qui a encore de l’avenir ! Mais c’est paradoxalement la part de leur être la moins désireuse d’indépendance, la moins « libre », la moins « rebelle », la plus réactionnaire, la plus conservatrice, la plus obscurément religieuse enfin, qu’il faudrait aux femmes développer pour régner à nouveau sur une telle sphère… Car la femme est la gardienne et la bénéficiaire traditionnelle d’un grand secret triste : le secret nietzschéen de l’éternel retour des droits de la nature et de la nuit. Seulement il lui faut rentrer à nouveau dans son costume traditionnel pour accéder à ses droits sur le Mystère. Pas besoin de maigrir pour cela : accepter de cesser de s’agiter pour rien dans le vide sidérant suffit. Croyez-moi sur parole : ces pouvoirs magiques des femmes, dont la puissance a longtemps été mise en veilleuse par les grands mouvements de Renaissances des hommes, ont devant eux aujourd’hui une voie royale à emprunter.
La femme qui a des lettres, rien qu’en endossant un tablier, peut maintenant être une prêtresse… Nous vivons aujourd’hui dans un monde qui est de plus en plus crédule, gourmand en opiums, féru d’illusionnements mystiques, et qui serait donc facile, pour quelqu’un qui voudrait bien donner un peu d’amour à tout ce pauvre populo errant en carence affective, à mener par le bout du nez.
La féminité est une chose d’essence paradoxale et qu’on ne peut synthétiser autrement que par l’usage des paradoxes. Cependant il y a tout de même quelques grands traits de caractère propre à la maîtresse femme – celle qui est en pleine possession de ses attributs traditionnels sacrés -, qui sont susceptibles d’être exprimés ici. Tenez, il y a ce rapport intime de ce qu’on appelait autrefois « la femme honnête » avec l’économie du don. Aujourd’hui on ne conçoit pas autrement le stéréotype de la femme au foyer que comme une menace dégoûtante et poisseuse pour la société du commerce. Cela est ainsi pour une excellente raison ! En effet l’économie dans laquelle évolue l’épouse bourgeoise à l’ancienne (celle qui donc ne travaille pas) est exclusivement une économie du don. Elle ne s’occupe pas de ses enfants en échange d’un salaire, mais pour la beauté du geste, (que ce soit par devoir, par amour, ou par convention), elle se donne corps et âme à son mari sans contrepartie, (contrairement à la maitresse, elle ne monnaye pas ses charmes), elle tient parfois les cordons de la bourse du ménage, mais sans pour autant que l’argent lui appartienne forcément en son nom propre, elle se fait offrir des tas choses mais s’en achète rarement. Son état ordinaire, qui est un état de disponibilité, de gracieuseté, de bons services, lui demande certes un certain don pour la patience, pour les travaux manuels, humbles et minutieux, mais sa vie est aussi une orgie de temps libre ! Or, quel bien est plus précieux que le temps? Il faut ajouter à cela que la vie entière de la « femme honnête » dans son milieu naturel, comme celle d’une idole votive, consiste en la jouissance permanente de petites offrandes de la part des mâles : la règle en sa présence, ce sont les menues politesses, les galanteries, les égards, les délicates attentions…. Son mariage est également la garantie d’un tout-plein de sécurité, de tranquillité : autant dire pour la femme la santé du corps et la santé de l’esprit. [Clope + pillule + névrose + stress = ma génération qui vivra en moyenne moins longtemps que celle de ma grand-mère.] C’est enfin la certitude pour elle de ne jamais se retrouver abandonnée, livrée à l’infamie de la solitude. [Je n’ai jamais vu une femme qui était faite pour la solitude, quand il est connu que certains hommes la supportent très bien.]
Bien sûr la bonne-maman bourgeoise ne saura jamais ce qu’est l’agression permanente du stress du challenge qui prévaut dans le monde du travail salarié. Mais le calme, le luxe, la volupté, ne valent-ils pas le sacrifice de cette grande connaissance-là ?… Parfois bien sûr, certaines femmes au foyer finissent par comprendre cette vérité cachée : que dans leur situation, si leur mari est très gentil, elles peuvent jouir de tous les avantages de penser et de vivre en femmes libres (comprendre, comme des adolescentes écervelées), sans en encourir le moindre des inconvénient. Évidemment, une femme qui a du temps pour penser est une femme qui a le temps de s’ennuyer des plaisirs ordinaires, et qui peut parfois en venir à rechercher les plaisirs extraordinaire – il faut toujours se méfier de l’eau qui dort. Parfois, on le sait assez, c’est le mari, dans le ménage à l’ancienne, qui n’est pas si gentil ni si compréhensif qu’il le devrait… hélas, il existe, celui qui se paye « sur la bête » de sa fonction de mari nourricier… ou bien c’est la femme qui pousse vraiment le bouchon trop loin, qui fait la folle, qui fait honte à sa famille, et alors dans une société où la figure patriarcale est encore respectée, il y a normalement un retour du bâton qui est au centuple. Dans une certaine mesure, à condition de ne pas basculer du côté de chez les Talibans, c’est l’inévitable revers de la médaille… et dans la mesure où l’on aime un minimum l’ordre et où l’on ne veut pas pour du chaos comme modèle familial, je suis navrée d’admettre que c’est le prix à payer, et que cela se comprend.
On n’est jamais à l’abri, c’est sûr, de se retrouver enfermée dans la cage sa propre liberté intérieure, comme un joli petit oiseau dépourvu de bras, lorsqu’on compte sur autrui pour faire bouillir la marmite et régler tous les détails bassement matériels du quotidien. Mais cet avertissement vaut tout aussi bien pour un roi fainéant que pour une femme ! Comme quoi l’idée que l’on se fait de l’indignité de la condition traditionnelle féminine en Occident est une chose toute relative.
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On n’a pas non plus une réputation de « sexe faible » pour rien.
Le schéma est pourtant simple. Il se trouve aujourd’hui une grande quantité de femmes qui sont « libres » de se faire malmener tout le temps par l’agitation stérile et angoissante de leur vie de femmes libres, comme il se trouvait autrefois tout plein de femmes soumises qui étaient surtout soumises à leur petit confort, de femmes dépendantes qui l’était à la façon dont la perle est dépendante de son écrin, dont est dépendant le chat d’appartement de son radiateur et de ses croquettes. Et il faut ajouter à cela que pour compenser les terribles martyres (à la Camille Claudel) de la jalousie intellectuelle des hommes (une jalousie qui existe encore plus que jamais… comme quoi les lois ne refont pas les gens…), certaines femmes considérées autrefois comme des éternelles mineure par leurs maris, ont pu exploiter largement les petits a-côtés ambivalents de ce statut bâtard, pour se payer impunément de bonnes tranches de rigolade.
Enfin, je remarque que chez la femme qui a fait de longues études pour gagner sa croûte, il n’y a pas autant d’amour sincère des lettres, des beaux-arts et des grandes œuvres, qu’il n’y en avait chez celles qui jadis dérobaient le savoir aux hommes comme l’auraient fait de petits Prométhées. Les filles les plus spirituelles restent celles qui ont le plus de culot – or j’en ai vu peu de cette race qui aimaient aller à l’école. Quant à évaluer si les universitaires d’aujourd’hui sont plus érudites que les poétesses de jadis, pour ma part je ne m’y risquerais pas, et de toute façon j’ai toujours préféré les gens qui se cultivaient eux-même comme on cultive un beau jardin rempli de fleurs choisies, à ceux qui se forçaient à engraisser du ciboulot comme on retourne un champ de maïs de la Beauce.
On ne connaît plus ça aujourd’hui, la féminité pas honteuse d’elle-même. Je crois qu’elles nous feraient un peu peur, si nous les revoyions, certaines des femmes illustres de notre temps jadis. Les véritables femmes-enfant conservent encore de nos jours par-ci par-là des petites expressions de folie. C’est normal : la folie est la redevance habituelle que payent ceux qui font des excès de rêve.
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On n’est pas sérieux quand on a deux-mille ans
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Non, il ne s’est jamais agi pour nos aïeux d’enfermer une pauvre chose sans âme dans un harem ! Il n’y a jamais eu de harems chez nous et les femmes chrétiennes ont toujours été gratifiées d’une âme.
Il s’agissait seulement de demander à une femme qu’on épousait de s’illustrer dans l’art de faire ce que la nature l’avait dotée pour faire – manger, dormir, gazouiller avec ses enfants, arranger sa maison, se livrer à de menus hobbies, flemmasser -, parce que c’était sa vocation et que personne ne songeait à penser l’ordre du monde autrement. Cela, dites-vous bien, sans aucune contrepartie sonnante et trébuchante. Une telle simplicité aujourd’hui nous dépasse. Nous aurions peur de vivre sans but précis, de n’être pas payées, à couler des jours heureux sans « projets » ni ambition surréelles. Nous aurions peur d’être surprises à contempler le paysage, à « ne rien faire ». Nous sommes des divertis épileptiques. Nous n’avons, pour la plupart, plus de notion de ce qui était le rapport des anciens à la texture du temps.
Une épouse, quand on était un homme, il fallait en avoir une. C’était aussi bête que ça. Souvent la bourgeoise, comme la matrone, prenaient des amants. Cela était convenu. On ne parlera même pas de la dame noble, dont l’ancien rôle courtois consistait purement et simplement à entretenir des flirts avec les messieurs dont elle voulait augmenter sa clientèle et celle de son mari… – les désirs charnels de ces dames pouvaient être des ordres ! Dans la société d’autrefois, dans la mesure où le mariage était conçu comme une sécurité sociale avant tout – la seule sécurité sociale avant l’invention de la sécurité sociale – on avait encore la dignité de ne pas confondre avec le petit poison d’amour, cette chose on-ne-peut-plus nécessaire et sérieuse qu’était un toit sur la tête, une famille, un nom. Les vieux avaient plus que du bon-sens, ils avaient du savoir-vivre… et de l’indulgence pour la part la plus fragile en eux.
Il n’y a rien de plus fragile dans les êtres, de plus facile à malmener, que la part de leurs souhaits les plus profonds, que la part de leurs vœux les plus païens. Elle est difficile à exaucer sans que l’équilibre social qui maintient les fonctions vitales des gens à flot ne s’en retrouve malmené. Et il faut beaucoup d’indulgence entre les êtres pour qu’un peu de bonheur ici-bas soit accessible. Car le plaisir étant le fruit du mariage du désir et de la contrainte du désir, il faudrait accorder aux individu, pour faire leur bonheur, à la fois la joie de se voir interdire leur joie et la joie de se l’accorder.