Monologue continu & Journal de ma vie imaginaire (éternelle suite)

Je lance une mode ici des billets ébauchés.

Je pose un titre, je fais le brouillon d’un projet… j’explique que tout est déjà présent quelque part ailleurs en substance… que tout a déjà été pensé… qu’il suffirait de trouver du temps (et le talent ^^) pour tout matérialiser… et quand je peux je reviens combler les trous.

Préparez-vous à lire ici le produit de mes rêveries de chaque jour. Je prends parfois des notes sur un calepin quand je sors donner de l’air et du soleil à ma petite ; c’est avec ce genre de matériaux qu’on compose les meilleurs morceaux

.

_________________________________________________________________________________________________________________

René Girard, en bon père de famille chrétien, est le philosophe qui a découvert et exploré l’immense vertu du geste sacrificiel.

Les possibles applications de ses découvertes sont sans nombre.

C’est le sujet de cet article.

_________________________________________________________________________________________________________________

.

_Ci-dessous, un conseil de professionnel à l’intention des auteurs

.

Théophile Gautier disait : plus on dépense, plus on produit. Au lieu de se laisser dépérir de mélancolie comme tant d’autres, de soupirer éternellement après la seule fille qu’il n’avait pas eue (ou après je ne sais quelle pré-adolescente morte de la tuberculose) il multipliait les expériences de toute sorte -, les amours, les combats, les aventures -, pour nourrir son romantisme. C’est une autre façon, tout aussi bonne, de faire marcher son cœur. Les uns creusent sans fin une déception antédiluvienne qui leur fournit du fuel for life jusqu’à l’âge de la retraite. D’autres se souviennent que le cœur est une pompe, et ils donnent d’eux-même sans compter en sachant fort bien que l’ingratitude du monde se chargera toujours de les rétribuer en spleen au-delà de leurs espérances.

.

Pour ceux qui n’auraient pas encore compris, un cœur en état de marche, c’est un cœur qui souffre.

« C’est pas de l’amour ton piège à double tour« ,  chantaient Elie&Jacno. C’en est peut-être pas mais ça y ressemble suffisamment… Bien malin celui qui peut dire ce qui en est.  ^^

.

Je commence en livrant un petit secret de cuisine à ceux qui veulent écrire quelque chose – un livre, un discours, une chanson, peu importe.

Produisez d’abord un premier petit n’importe quoi, au débotté… et ce premier jet, qu’il vous plaise ou non, jetez-le. Faites-le disparaître. D’autant plus s’il est une grande réussite, il vous faut le faire retourner au néant. Considérez cela comme une offrande faite au dieu païen des créateurs – une offrande comparable à celle des Celtes qui avant de boire offraient toujours un peu de vin à la terre. Le sacrifice symbolique il n’y a que ça de vrai.

Une fois débarrassé de ce morceau de vous que vous aimiez, s’il était d’ors et déjà un objet parfait (ce qui n’est pas rare), vous allez vous atteler à en retrouver la substantifique moelle dans votre courage et votre mémoire. Vous allez travailler à retrouver l’impulsion primordiale, et cela va vous prendre du temps. Le résultat sera sans doute très bon.

Si ce morceau jeté au contraire était une sorte d’œuvre-en-enfance, une sorte de poésie en prose remplie de formules ridicules, une malédiction mal torchée avec une étrange cohérence dans le ratage, et la séduction paradoxale d’un style immature, alors vous avez d’autant mieux fait de l’éloigner de vous. C’est par leur imperfection que ce genre de petites choses nous rattachent à des idées morbides : car ce que les oeuvres-en-enfance recherchent, ce n’est pas le sacrifice symbolique, c’est le sacrifice du bonhomme. Ce sont des chants de sirènes qui vous disent de vous jeter vous-même dans la gueule béante de la terre pour faire plaisir à maman. Très ensorcelantes sont les œuvres ratées. Elles parlent de la vie vraie et demandent du vrai sang. Jetez ça. Papa (le dieu païen des créateurs) sera content de le manger.

.

__________________________________________________________________________________________________________________

.

_De la loi du cœur

.

Souvenez-vous toujours que le cœur est une pompe : on ne le sent jamais battre dans la poitrine que lorsqu’il est brisé. Sa présence, c’est la présence de l’Absence. Selon la loi du cœur, le jaillissement des émotions chez l’homme survient quand il est confronté au vide, à l’Absence. Ce qu’il faut pour que ce jaillissement ait lieu, ça n’est non pas comme certain amateurs de paysages post-apocalyptiques le croient, de cultiver le vide. Le vide étant pour le cœur en quelque sorte l’espace de la conquête, trop de vide demande trop d’ambition, trop de force d’empathie, aux simples hommes qui n’ont souvent pas un cœur assez grand :  un amoncellement de grandes tragédie les conduit à se refermer plutôt qu’à s’épandre.

Ce qu’il faut, c’est cultiver la possibilité d’une charité, ce qu’il faut à l’humanité ce sont des générations d’hommes de cœur – ceci est un lieu commun mais les lieux communs ne sont-ils pas des lieux de vie ? Or les hommes de cœur ne naissent pas abandonnés aux corbeaux dans les champs de ruine. Ils naissent entre les bras des parents aimants, ils naissent là où sont dispensées les petites attentions secrètes, ils naissent en faisant l’objet de soins délicats – les soins délicats supposant toujours en amont un certain sens du sacrifice -, ils naissent parmi les livres, les fleurs, ils naissent de l’attente d’un monde meilleur, de l’espoir et de la patience résignée de ceux qui placent tous leurs propres jetons sur la tête de leurs successeurs sur la terre, ils naissent au coin d’un feu quelconque, d’un feu qui aura selon toute probabilité brûlé auparavant nombre de vies humaines, mais qui, lorsqu’il est domestiqué dans l’âtre, réchauffe.

Un cœur fort est un cœur qui paradoxalement peut se surmonter lui-même, car faire preuve de charité c’est surmonter ses propres problèmes (condition sine qua non pour commencer à s’intéresser aux autres).  Celui qui a un cœur grand est donc par ailleurs celui peut aller au charbon sans peur car, fort d’avoir été aimé dans l’enfance, il cicatrise vite et bien.

Selon la loi du cœur, plus vous vous dépensez et plus vous finissez par avoir. Car plus vous donnez de vous plus vous êtes rétribué en déception, en réalisme, en lucidité, en tristesse. Or la tristesse de découvrir la substance imparfaite du monde est LA source fondamentale de toute richesse : elle provoque toutes les émotions, toutes les sensations, elle est donc la source de toute connaissance du monde, et de toute appropriation d’icelui.

.

__________________________________________________________________________________________________________________

Une lecture d’anthologie pour ceux qui veulent apprendre le Romantisme :

La légende du gilet rouge

__________________________________________________________________________________________________________________

.

_Le mot Civilisation ne désigne-t-il rien ?

.

Dans mon avant-dernier billet, une question avait été posée à Nietzsche par Monsieur de La Palisse et Churchill.

Si le principe-même qui consiste à élire des représentants du peuple, suppose l’instrumentalisation partisane et la trahison des aspirations du peuple, est-il possible de concevoir un système de gouvernement qui possiblement serve les intérêts du peuple ? Le peuple étant constitué de toutes les personnes qui n’ont pas le pouvoir, est-il possible de concevoir un Pouvoir qui se soucie d’autre-chose que de sa conservation-propre ?

Autrement-il, l’intérêt général, but officiel de toutes les institutions créées de cerveau d’homme, est-il une fiction ? Auquel cas la Civilisation, ce cocon protecteur filé de main d’homme censé préserver l’homme de redevenir une bête comme les autres, une bête servante du circumvulus de dévorement (expression des Goncourt) qu’est l’ordre naturel, la Civilisation est-elle une chimère, un mensonge, une illusion… un non-lieu ?

***

La suite dès que je peux.

Publicités