Les inconsolés

Une liste de citations d’auteurs est en cours de construction du côté de chez moi… pour poser des jalons où l’homme inconsolé pourra reposer un peu son âme douloureuse. Seulement, pas un seul des textes que j’ai choisi n’existe sur le web dans la version que je désire, aussi je suis obligée de les copier moi-même, à la main. Cela prendra du temps.

[… Exception faite de mes sélections de textes issues du Nouveau Testament. Celles-là je peux d’ors et déjà vous les donner : elles existent sur le net dans toutes les versions possibles… Je pourrais aussi bien vous enjoindre à lire l’Épitre aux Corinthiens, et celui aux Galates… Ce serait plus rapide… Mais pourquoi donc faire « rapide » ? Le chemin le plus court vers la Vérité, c’est l’Apocalypse. Et contrairement à certains, j’aime la vie. Aussi je ne peux pas vouloir l’Apocalypse.]

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Just a little help for my friends :

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33169149.fyTdqsoO.VaticanStatueofSaintPaulNon, ceci n’est pas Zeus !  Lol !

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Saint Paul et la laïcité dans l’Epitre aux Corinthiens 1 :

10.23 Tout est permis, mais tout n’est pas utile; tout est permis, mais tout n’édifie pas.10.24 Que personne ne cherche son propre intérêt, mais que chacun cherche celui d’autrui.10.25 Mangez de tout ce qui se vend au marché, sans vous enquérir de rien par motif de conscience;10.26car la terre est au Seigneur, et tout ce qu’elle renferme.10.27 Si un non-croyant vous invite et que vous vouliez aller, mangez de tout ce qu’on vous présentera, sans vous enquérir de rien par motif de conscience.10.28 Mais si quelqu’un vous dit: Ceci a été offert en sacrifice! n’en mangez pas, à cause de celui qui a donné l’avertissement, et à cause de la conscience.

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Saint Paul et la liberté dans l’Epitre aux Corinthiens 2 :

3.6 Il nous a aussi rendus capables d’être ministres d’une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l’esprit; car la lettre tue, mais l’esprit vivifie.

3.17 Or, le Seigneur c’est l’Esprit; et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté.
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Saint Paul et l’Esprit des lois qui prime sur la Loi :

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Galates 5 _ Louis Segond

C’est pour la liberté que Christ nous a affranchis. Demeurez donc fermes, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude.

Voici, moi Paul, je vous dis que, si vous vous faites circoncire, Christ ne vous servira de rien.

Et je proteste encore une fois à tout homme qui se fait circoncire, qu’il est tenu de pratiquer la loi tout entière.

[NDLA : Observer la loi toute entière : chose impossible et qui donne des troubles obsessionnels compulsifs, comme chacun sait.]

Vous êtes séparés de Christ, vous tous qui cherchez la justification dans la loi ; vous êtes déchus de la grâce.

Pour nous, c’est de la foi que nous attendons, par l’Esprit, l’espérance de la justice.

Car, en Jésus Christ, ni la circoncision ni l’incirconcision n’a de valeur, mais la foi qui est agissante par la charité.

Vous couriez bien: qui vous a arrêtés, pour vous empêcher d’obéir à la vérité?

Cette influence ne vient pas de celui qui vous appelle.

[…]

12 Puissent-ils être retranchés, ceux qui mettent le trouble parmi vous!

13 Frères, vous avez été appelés à la liberté, seulement ne faites pas de cette liberté un prétexte de vivre selon la chair; mais rendez-vous, par la charité, serviteurs les uns des autres.

14 Car toute la loi est accomplie dans une seule parole, dans celle-ci: Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

15 Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde que vous ne soyez détruits les uns par les autres.

16 Je dis donc: Marchez selon l’Esprit, et vous n’accomplirez pas les désirs de la chair.

17 Car la chair a des désirs contraires à ceux de l’Esprit, et l’Esprit en a de contraires à ceux de la chair; ils sont opposés entre eux, afin que vous ne fassiez point ce que vous voudriez.

18 Si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes point sous la loi.

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[NDLA : C’est ainsi que l’Eglise ne peut en vouloir à ceux qui lui tournent leur dos, même pour lui montrer leur derrière : ainsi, de tels larrons usent encore et toujours de leur Liberté, qui est le bien le plus précieux que Jésus ait donné à ses gens en partage. Ainsi, même en s’opposant à la loi de l’Eglise, ils agissent encore et toujours conformément à l’Esprit de la Loi de Christ, qui est l’esprit de Liberté.

En revanche, celui qui veut s’introduire dans le Saint des Saints pour y tripoter les reliques et trafiquer indûment avec le vin renfermé dans l’autel, celui-là est davantage, bien davantage, perçu par l’Eglise comme un ennemi.

En effet, ce n’est pas tant le paganisme dans son aspect libertaire qui pose problème ici, mais le paganisme dans son aspect « magique », chamanique, ésotérique. Illustration par la suite de ma citation de Saint Paul s’adressant aux Galates : ]

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19 Or, les oeuvres de la chair sont manifestes, ce sont l’impudicité, l’impureté, la dissolution,

20 l’idolâtrie, la magie, les inimitiés, les querelles, les jalousies, les animosités, les disputes, les divisions, les sectes,

21 l’envie, l’ivrognerie, les excès de table, et les choses semblables.

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[NDLA : Le « enivrez-vous, enivrez-vous » de Baudelaire à ce sujet était net. Par l’Ivresse, il ne désignait pas lui non plus uniquement celle de la boisson, il parlait bien sûr aussi des joies éphémères de la chair, mais, ce qui est encore plus important, il identifiait également à ces deux débauches (universellement désignées comme telles – donc quelque peu amoindries dans leur capacité de nuisance à cause de cela) une ivresse d’un troisième type, le type magique (qu’on retrouve aujourd’hui par exemple chez les New-Age, les Surréaliste, les Freudiens), ce rapport au monde halluciné qui ne rend compte de la réalité qu’à travers le miroir des symboles, que trop de gens sérieux prennent pour une chose sérieuse – ce qu’elle n’est pas.

Le chrétien n’est – encore une fois – pas celui qui ne s’enivre pas (il n’est pas celui qui ne pèche pas), mais celui qui est encore capable de distinguer ce qui est un péché (ou une « ivresse » – question de vocabulaire) de ce qui n’en est pas.]

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Causer à Futura_Science

Walter White, à la pointe du traitement contre le cancer...

Walter White, à la pointe du traitement contre le cancer…

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En surfant ce matin on est tombé sur un article de Futura Science. On a eu envie d’y répondre… On se sait pas, on a peut-être une chance d’y être lu, peut-être même d’aider quelqu’un, enfin, de servir à quelque chose… Non pas qu’on ne serve à rien IRL… Mais enfin on a toujours rêvé de faire quelque chose de sa plume… On n’est pas qu’un mammifère, hein… On est aussi une bête à plume… Un ornithorynque, vous dites ?

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Voici l’Article :

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Les dépressions à répétition sont neurotoxiques

Les personnes qui ont connu au moins deux épisodes dépressifs exécutent plus lentement des tâches cognitives courantes nécessitant attention, concentration et rapidité. D’où l’intérêt de prévenir les rechutes dans cette maladie « neurotoxique ».

[…]

Ce sont les conséquences de ces rechutes à répétition qui inquiètent les médecins et chercheurs. S’il est maintenant prouvé qu’il existe un ralentissement psychomoteur chez les personnes déprimées (c’est d’ailleurs l’un des critères de diagnostic de la maladie), rien n’indiquait jusqu’alors que cette altération pouvait persister après l’épisode dépressif.

Des performances altérées à partir de deux dépressions

Pour en savoir plus, des chercheurs de l’Inserm ont mené une étude chez plus de 2.000 patients ayant connu entre un et plus de cinq épisodes dépressifs au cours de leur vie. Afin d’évaluer leurs capacités cognitives, ils ont mesuré la rapidité à exécuter un test simple (le TMT : Trail Making Test) qui consiste à relier des cercles numérotés et placés dans le désordre sur une feuille. Le test a été effectué deux fois chez chacun des patients : pendant l’épisode dépressif, puis six semaines après, alors qu’une bonne partie de ces patients était en rémission complète (sans aucun symptôme dépressif résiduel). Les résultats paraissent dans la revue European Neuropsychopharmacology.

Juste après une première dépression, le temps nécessaire pour réaliser ce test est de 35 secondes. Ces performances sont à peu près identiques chez les personnes qui ont subi un second épisode dépressif. Pour les personnes qui ont dans leurs antécédents trois épisodes dépressifs ou plus, ce temps se rallonge considérablement, et ce même chez les sujets rétablis (1min20 au lieu des 35 s).

« Plusieurs autres variables sont potentiellement explicatives (âge, niveau d’étude, activité professionnelle…) mais si on ajuste les paramètres, nos résultats restent extrêmement robustes » précise Philip Gorwood, qui a mené cette étude (Unité Inserm 894  « Centre de psychiatrie et neurosciences », Clinique des maladies mentales et de l’encéphale – CMME, Centre hospitalier Sainte-Anne).

… ETC.

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Et voici ma RAIPONCE :

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Bonjour, je viens d’ouvrir un compte à Science&Vie car je souhaite participer à ce topic.

Si l’on postule que la dépression consiste en une sorte d’abaissement/de ralentissement de toutes les défenses naturelles de l’organisme (ce qu’il est facile d’observer chez les rats qui ont subi un traumatisme, par exemple), il n’est pas étonnant qu’on constate chez l’homme qu’une baisse de la réactivité immunitaire s’accompagne d’une baisse de la réactivité intellectuelle.

Mais l’homme n’est pas (qu’)un rat, n’est-ce pas ? Pascal a dit, avec une certaine poésie, que l’homme était « un roseau pensant ». Ainsi, pour que chez l’homme le corps exprime quelque chose de l’ordre du « je ne veux plus vivre », il faut nécessairement qu’en amont l’esprit ait en quelque sorte renoncé lui aussi à se battre. L’esprit, chez l’homme, est une force beaucoup plus active que chez le rat – n’importe quel psychanalyste sera d’accord avec moi à ce sujet.

Je voudrais faire remarquer une chose toute simple : lorsque nous répondons à une énigme (les test de QI sont, vous remarquerez, essentiellement composés d’énigmes) et par extension lorsque nous acceptons de relever des défis (ce que les anglo-saxons désignent sous le terme générique de « challenge »), nous nous mettons alors dans des dispositions d’esprit particulières qui sont des des dispositions à proprement parler de « combat ».

En quoi consiste-donc le problème – immunitaire comme intellectuel – des dépressifs, sinon en ce qu’ils se refusent en quelque sorte à « entrer en combat » contre diverses forces extérieures qui les agressent/contre divers systèmes de pensée étriqués qui les aliènent ?

Lorsque les forces extérieures qui nous agressent sont simplement des polluants physiques ou des « radicaux libres », il est loisible de penser que l’homme n’a aucune raison raisonnable de renoncer à se battre. Mais lorsque les forces qui aliènent l’esprit humain et le contraignent à ravaler constamment sa colère sont simplement les forces de l’ordre ou plus encore la pression sociale (a.k.a la pression du groupe, le fait de « vouloir s’intégrer »), alors il faut prendre en compte une donnée nouvelle : c’est alors la Civilisation elle-même (c-à-d les devoirs inhérents au statut de citoyen, de père ou de mère de famille, d’employé.. etc) qui contraint l’homme à s’asseoir sur son orgueil, ses justes revendications, son honneur, son esprit critique, c’est-à-dire à s’asseoir sur son auto-préservation-même !

Si la dépression peut être observée chez les rats, va-t-on pour autant demander aux rats de « verbaliser » leur traumatisme ? Plus encore va-t-on leur demander de s’allonger sur un divan pour réfléchir à la dernière fois où il leur semble qu’ils ont désiré leur mère ?

Il me semble plutôt qu’on a montré en laboratoire que les rats évacuaient leur stress de préférence en s’attaquant les uns les autres (et non en se faisant des bisous). Une expérience à eu lieu à ce sujet, dont les résultats sont lisibles sur votre site, où l’on a vu que les individus-rats confrontés à un stress important, lorsqu’ils étaient laissés seuls dans une boite vide pour l’affronter, développaient toutes sortes de maladies, car leur défenses immunitaires baissaient. Tandis que ceux qui étaient mis en groupe face au même stress, réussissaient à évacuer ce stress (et donc à conserver leurs défenses immunitaires en bon état de marche) en s’attaquant les uns les autres.

Sur le plan épistémologique, le complexe d’Oedipe et les autres mythes freudiens, sont +/- du même ordre que les concepts symboliques « pré-pensés » que nous fournissent l’astrologie ou le Tarot, pour nous représenter ce qu’est un homme. S’il y a en effet des nourritures terrestres pré-mâchées (qu’on appellera notamment de la junk-food), pourquoi n’y aurait-il pas des nourritures intellectuelles pré-pensées ?

Ce sont des mythes consolateurs, ils peuvent avoir une certaine fonction rassurante, ils peuvent permettre à des gens qui doutent du bien-fondé de ce qu’ils font et de la valeur de leur personne, de se raconter des petites histoires à propos d’eux-mêmes qui redonnent un semblant de linéarité discursive (voire une certaine densité héroïque) à leur existence. Mais redonner à des gens qui doutent trop un certain nombre de certitudes imaginaires à propos d’eux-mêmes revient au final à faire le même exact job que n’importe quelle religion.

Certes, le placebo est une technique scientifique, néanmoins je ne suis pas sûre que prendre systématiquement des sornettes pour des médicaments le soit.

L’homme en effet a besoin pour « défendre son bout de beefsteak » (comme on dit), d’avoir confiance en lui-même et en sa propre valeur. Or depuis quand au juste préfère-t-on demander aux hommes de « croire » a-priori en leur propre valeur, plutôt que d’en faire la preuve ?

En effet, qu’est-ce qui convaincra mieux un homme de sa propre valeur ? Une petite histoire bien tournée concernant : les circonstances particulières de sa naissance / ce qu’on a voulu pour lui dans son enfance / la façon dont on l’a aimé ? Ou bien des preuves objectives de sa « valeur » intrinsèques qu’il aura données en agissant bien ? Ou bien la possibilité sur un « champ de bataille » objectif de se battre avec courage pour prouver sa valeur ?

J’entends par « champ de bataille » non forcément quelque chose qui ressemble au champ de bataille des rats (qui se mordent et se déchirent aveuglément les uns les autres) mais potentiellement un champ de bataille typiquement humain : c’est-à-dire un champ de bataille intellectuel, social, politique.. etc.

Peut-être même l’homme stressé (et même malade de son stress) a-t-il besoin de quelque chose qui ressemble à une enquête policière résolue… Car l’homme qui souffre par-dessus tout d’être enfermé par la société dans une petite boite, dans sa solitude métaphysique, dans sa petitesse, est celui qu’on prive d’exploiter la part de lui-même qui a le plus besoin de grandeur, d’espoir, de confiance, de beauté… Ainsi, cet homme-là a besoin par-dessus tout de Justice et de Vérité. Or qui par excellence fait la lumière sur les vilaines obscurités et sur les crimes, qui venge le faible, la victime, et découvre les méchants, sinon l’enquêteur de police, sinon le « Sherlock Holmes » ? [Cf : le commentaire d’un autre intervenant ici – très éclairant à cet égard.]

On dit que la quête d’Oedipe est une quête qui ressemble à une enquête policière – mais n’oublions pas qu’Oedipe est avant tout un roi – la pièce originale de Sophocle s’appelle en effet Oidipous Tyrannous -, et un roi qui enquête à propos de lui-même, c’est-à-dire sur son nombril. L’homme qui perd espoir a certes par-dessus tout besoin, en règle générale, de vérité et de justice… Mais n’a-t-il besoin de vérité et de justice qu’à propos de lui-même – et de son nombril ? – Parce que l’homme n’est pas seulement un rat, cela n’est pas certain.

Il y a deux grandes méthodes pour accéder à la vérité : la religieuse, et la scientifique. La première nous propose simplement de croire, la seconde nous demande d’avoir le courage de faire 1+1=2, c’est-à-dire de déterminer si telle proposition est vraie et si telle autre est fausse, selon des critères objectifs, qui sont les critères de la Logique.

Laquelle est la plus satisfaisante – laquelle repose mieux le cœur et l’esprit – selon vous ?

Merci à ceux qui auront eu le courage de me lire jusque là. A bientôt peut-être.

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Ca y est ! J’ai déjà deux mecs (un modo et un habitué) qui sont en #mode_offensif contre mon intervention.

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CES GENS SONT LAMENTABLES

– Si vous voulez assister à une joute mémorable entre moi et des cons, vous savez où cliquer :

Les dépressions à répétition sont neurotoxiques

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Serait-il donc à ce point révolutionnaire, de penser que les gens d’aujourd’hui, qui sucrent leur café aux anxiolytiques, ont besoin de défis et d’exaltations à la hauteur de leur idéalisme ? Au XXe siècle ce furent les idéologies (Rouges contre Capitalistes) qui permirent aux gens de s’ « engager » et de combattre au nom de leurs idéaux, au XIXe ce furent les diverses guerres civiles, la religion et la littérature qui remplirent cet office… Aujourd’hui comment peut-on penser que les pseudo-« challenges » débiles que fournissent aux gens la société du spectacle, la société du tout-marchandise et le jeu politique pipé, suffisent  à remplir un tel vide ?

Il faut bien comprendre que c’était-là tout le fond de mon propos.

Évidemment, qu’ils deviennent lents et mous du bulbe, les gens, soumis à un tel régime ! Crise après crise, l’envie de vivre diminue et tout le reste – intellect premier – suit. Cela coule de source.

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Ca n’est quand même pas bien difficile de voir que je me livre à ce genre de petits jeux de shoot’em up rhétorique afin de soigner ma dépression, merde !

… Le truc c’est que je suis la preuve vivante que ça fonctionne. CQFD

Rock around the norm

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Dans une société de Droit, de paix et de police, (c’est-à-dire qui ne soit comparable ni au Moyen-Orient, ni au Far-West), seul compte au final qu’il y ait une norme admise, et que les autorités de cette société s’y tiennent. Ensuite il apparaît assez clairement que le degré de civilisation d’une telle société est proportionnel à la conjugaison harmonieuse de deux grands facteurs :

_d’une part la liberté laissée par les autorités aux individus de vivre en s’écartant de ladite « norme »,

_de l’autre la capacité de tels individus à s’écarter de cette norme sans pour autant perdre un certain lien de fidélité intellectuel infrangible à l’égard d’icelle. Cela, afin que la société ne tombe pas dans le chaos et la décadence, par laxisme, par excès de tolérance envers les déviances diverses. Cela aussi afin que la solidité de l’édifice social repose davantage sur l’intelligence de ses membres et leur sens des responsabilités, que sur leur crainte de la vengeance d’autrui ou des forces de l’ordre.

Bien sûr, pour qu’une telle alchimie opère, il faut que les dirigeants d’une telle société parviennent à célébrer conjointement, et le culte de la « norme », et celui de la liberté des individus à s’écarter d’elle (deux activités qui sont de natures contradictoires, bien sûr, mais qui lorsqu’elles se tempèrent l’une-l’autre deviennent deux grandes sources de bienfaits)… – Hélas, l’aspect purement législatif de la chose ne peut venir que dans une seconde mesure seulement, car la liberté n’est pas une chose qui se donne, n’est-ce pas, mais une chose qui se prend. De sorte que si le peuple d’une telle société ne possède pas « l’esprit » de la liberté, ce ne sont pas des lois qui le lui donneront.

Etre civilisé, c’est être avant tout intelligent, individuellement intelligent, c’est donc du travail et de l’effort, et une certaine éducation contraignante en amont : ce n’est pas suivre sa pente naturelle, ni aller par le plus court chemin vers la vérité. En vérité, la Vérité, une fois qu’on l’a synthétisée à l’état pur, ressemble toujours étrangement à l’extrémisme ou à la bêtise… Être très-civilisé (être un dandy), relève donc toujours plus ou moins de l’équilibrisme. Or l’équilibriste n’est pas celui qui a perdu le sens de l’équilibre, (qui est le sens du « juste milieu », du bien et du bon, de la « norme »)  mais celui au contraire qui l’a développé à son plus haut degré.

L’équilibriste intellectuel, ou celui qui se prend pour tel, lorsqu’il a perdu le sens de ce qui est « normal » et de ce qui est vrai, bel et bon, n’est plus ni un équilibriste ni intellectuel, mais un agent dissolvant, une cellule cancéreuse, pour la civilisation qui le fait vivre.

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LA SEULE CHOSE INTERDITE .

Il y a quelques temps, j’avais commencé à développer une théorie selon laquelle peu importait, après tout, si seulement 1% de la population d’une société donnée vivait /stricto sensu/ en conformité avec la norme telle qu’elle était édictée par les prêtres (ou autorités équivalentes) de cette société… peu importait au final, pourvu que cette norme, tout le monde la reconnût pour ce qu’elle était et continuât de la célébrer comme telle.

Selon le même principe, qui est le principe de la non-représentativité des élites, Socrate demanda juste avant sa condamnation à mort à ce que les citoyens continuassent de le célébrer dans les Temples, sur l’acropole (c’est-à-dire dans le ciel des idées), comme un archétype du « citoyen parfait », même s’ils ne désiraient nullement, à l’échelle individuelle, imiter sa conduite et son mode de vie.

Ma théorie, à l’origine, je la faisais achopper ainsi : « La norme est comme un point donné sur une échelle de valeur, comparable au zéro sur une règle graduée, et ce qu’il ne faut pas, c’est déplacer le curseur de la norme »

Mais j’étais loin du compte encore… Et à vrai dire ma théorie ne résistait pas à un examen approfondi. Car après tout, s’il nous importe seulement de vivre dans une société « normée », c’est-à-dire une société régie par des règles fixes – donc susceptibles d’être discutées, critiquées et interrogées – peu importe au final où l’on situe le « zéro » sur la « réglette » ! Seul importe qu’il y en ait un !

Or le problème de la société post-moderne n’est pas qu’elle « déplace le curseur de la norme », mais qu’elle interdise de le situer ! En effet, si dans la société de nos anciens, le curseur de la norme était placé dans la crèche de Noël sous les étoiles entre le père, la mère, le petit Jésus et le Saint Esprit, après tout peu importait que la majorité des hommes s’en écartent… Les chrétiens ne sont-ils pas des pécheurs, après tout ?

Le problème, dans notre société actuelle, ce n’est pas que la norme ait changé de camp… On ne renie pas totalement l’imagerie sainte de la « Crèche », on ne l’interdit pas comme relevant de la déviance, on ne la pose pas comme étant « anormale »… Non, cette conception « tradi » de la famille existe encore et toujours dans l’imaginaire collectif. Elle est simplement accolée à d’autres, et posée comme étant leur égale. Elle n’est plus la norme, elle est une option parmi tant d’autres, sans qu’aucune possibilité de hiérarchiser entre ces options ne soit plus laissée possible au « consommateur d’options » lambda.

Le problème est plus profond et bien plus pervers encore qu’il n’en a l’air ! Le problème consiste en ce que nul petit enfant né dans les conditions « normales » d’une famille traditionnelle unie, n’est plus autorisé aujourd’hui à dire en classe, ou à la télévision, ou à ses petits camarades, que lui est dans la norme, tandis que les autres, dont les parents sont divorcés, ou de même sexe, ne le sont pas.

La société actuelle postule qu’une famille unie est égale à une famille déchirée/recomposée où bourgeonnent à chaque embranchement des couples homosexuels. Aujourd’hui, s’il n’y a plus de modèle familial, s’il n’y a plus de « norme »… ce n’est pas parce qu’on a autorisé plus de choses aux gens, c’est parce que la notion même qu’il puisse y avoir des « modèle » à suivre et une norme hautement désirable, lorsqu’on parle de construire un foyer, est devenue un tabou.

Or ce sont ses tabous, ses interdits, qui permettent de définir les limites d’une société (ses limites et par-là même ses frontières, donc sa « carte du territoire moral » spécifique). Connaître les lois de la nation où l’on vit, c’est d’abord connaître la liste de tout ce qu’elles n’autorisent pas. Où a-t-on jamais vu des législateur faire des listes de « choses autorisées » ?

Or la seule chose qui est interdite désormais, dans notre société, c’est de dire : « Ceci est la norme ».

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« L’IMPORTAN ÇAI D’AIMMMÉÉÉE!!! » .

Il est intéressant de se demander ce qu’est « la douceur d’un foyer », en quoi consiste l’amour que les parents doivent aux enfants – et réciproquement… Car cette question ouvre des abîmes…

On part toujours du principe qu’il faut « désirer » l’enfant avant de le « faire », qu’il faut « être prêt », et « choisir » le partenaire, l’éducation et le moment. On sous-entend qu’il faut avoir une certaine « situation » financière stable aussi. Un foyer aimant serait donc selon la majorité des gens, un foyer « raisonnable », dont le mode de fonctionnement est entièrement maîtrisé en amont. En somme, une petite entreprise qui ne connaît pas la crise. A quel moment tout cela, au juste, nous parle-t-il d’amour ? – Encore une fois notre société hypocrite utilise ici le concept « vendeur » d’amour pour, de toute évidence, nous refourguer autre chose – qui n’a pas grand’chose à voir avec l’amour en définitive.

Or à présent, je vous propose de comparer deux cas particuliers :

Le foyer le plus aimant (le plus aimant pour ses enfants, mais pas seulement), est-il le foyer où l’on avorte de l’enfant qui vient lorsqu’il ne vient pas dans le contexte attendu, ou parce que l’enfant lui-même ne répond pas aux critères souhaités, ou encore parce que l’on considère que la « passion » qui a poussé le couple parental à forniquer n’est pas suffisante pour fonder un foyer, ou risquerait d’être éteinte si elle cessait d’être stérile… ?

Ou le foyer le plus aimant, le plus accueillant pour sa progéniture, est-il le foyer qui, lorsqu’une femme est tombée enceinte « par accident », alors que les parents n’attendaient pas de petit, ou même n’étaient pas encore en couple avant l’  « accident », a accepté courageusement d’affronter – à l’ancienne ! – ce grand inconnu qu’était « l’accident de parcours » ?

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« MAIS POURQUOI DEVRAIS-JE CHOISIR ENTRE MON BONHEUR ET CELUI DE MON ENFANT ? HEIN ?!! »

_ Tout dépend de ce dont tu as besoin pour être heureuse, connasse.

_ Moi ? Juste un peu d’amour et d’eau fraîche !

_ Ah ? Bon. Bah c’est ok alors. Annule ce que j’ai dit, tu devrais pouvoir concilier les deux sans problème…

_ Nan, j’déconne… Moi j’suis une artiste, je n’suis heureuse que sur scène, de toute façon.

_ C’est ballot. Mais à toute chose malheur est bon : tu tiens la réponse à ta question, du coup.

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Que penser alors du foyer qui a fait de ce qui à l’origine aurait pu n’être qu’une « pierre d’achoppement », sa pierre fondatrice ?

– Que penser de ceux qui ont changé leur vie, re-dirigé la course de leur vie pour leur enfant, pour le bien de cet enfant en priorité – avant que de songer au leur-propre ?

Comment qualifier leur conduite ?

Un mélange de respect docile, de laisser-aller  et de laisser-faire ? Sans doute. Mais de l’enthousiasme aussi, et de la curiosité, pour la vie qui vient ! De la piété, certainement, envers la grande aventure intimidante, que l’enfant ouvre de par sa venue au monde… Un certain sens du devoir, forcément : envers l’être humain qu’il sera, qui ne demande qu’à exister… – Mais peut-être aussi de la crainte. La piété n’est-elle pas faite de crainte ? La crainte de « manquer » un certain rendez-vous avec le Destin… La crainte d’une certaine Justice supérieure qui, si elle existait… et, même si elle n’existait pas, dont il serait si bon qu’elle existe…

– Il leur faut beaucoup d’inconscience diront certains, mais il leur faut de l’insouciance aussi… de l’optimisme ! et même de la légèreté !

– Je demande à tous : qui ne voudrait pas être né par légèreté ? Naître de Légèreté, n’est-ce pas déjà en soi quelque chose comme un signe de distinction, voire un titre de noblesse ?

– Quelle folie ne faut-il pas pour bâtir en connaissance de cause à celui qui doit naître, que l’on ne connaît pas, pour donner asile aux possibilités inconnues qu’il ouvre, un petit nid de fortune ? … bon gré mal gré, lui accorder la place en ce monde qui lui revient de fait (de fait et non de droit), selon des décrets qui nous dépassent ? – Qui jamais, simple mortel, fut rendu maître d’une telle folie ?

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TANT QU’A CROIRE EN QUELQUE CHOSE…

_ On me dira qu’une telle conception est de nature religieuse. Mais si l’on part du principe que :

1) le psychisme humain a besoin de certitudes (le doute systématique, total, étant techniquement impossible ou engendrant des maladies mentales comme la paranoïa ou la dé-personnification) 2) une fois un certain degré de connaissance atteint, l’homme est obligé de se résoudre à savoir qu’il ne sait rien,

alors, il faut se résoudre à admettre qu’une part des certitudes psychiquement nécessaires à l’homme ne peuvent reposer que sur des croyances – éventuellement des croyances librement choisies, c’est-à-dire des actes de foi (étymologiquement : des déclarations de fidélité à certains principes).

A partir de là, s’il faut absolument fixer sa « fidélité» en quelque principe choisi (pour ne pas encourir le risque qu’elle se fixe tout seule sur des principes que l’on n’a pas choisis), comment ne pas choisir ce principe-là, du devoir envers les enfants, envers ceux qui n’ont pas le choix de ne pas nous aimer, envers la famille ?

_ On me dira qu’une telle conception est de nature religieuse. Mais je pourrai répondre aussi qu’elle est purement rationnelle. Le foyer le plus aimant est-il celui qui répugne à affronter les situations de crise, ou bien celui que la crise en elle-même a fondé, et donc fortifie ? Il n’est pas strictement religieux de poser cette question. C’est aussi une démarche politique. – C’est-à-dire qu’elle concerne en premier lieu la paix sociale et la paix des ménages.

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BIENVENUE A GATTACA

Les meilleurs parents sont-ils ceux qui font primer leur devoir de parents sur la qualité intrinsèque de l’enfant ou ceux qui privilégient leur bien-être propre ? – Vaut-il mieux refuser à tous les coup d’élever un petit trisomique / un handicapé / un enfant dont les gènes le rendent susceptible d’attraper un jour le cancer / un enfant sans particularité attachante et sans génie, et s’assurer de n’engendrer que de jolis petits poupons roses et blonds, sains et riche, aux yeux bleus, doués en maths et aux dents éternellement blanches, qui vivront dans l’idée que s’ils avaient été laids et cons ils auraient été jetés à la poubelle ?

– Le critère le plus décisif pour fonder un foyer est-il réellement que les parents aient eu le temps et l’argent d’acheter l’attirail déco’ rose ou bleu de leur choix, et la grande maison avec jardin qui va avec ?

– Les meilleurs parents ne sont-ils pas ceux qui, quoi qu’il arrive, indifférents aux revers du sort, dans la joie comme dans la douleur, dans la richesse comme dans la pauvreté, élèvent l’enfant avec dignité, dans la dignité, et dans le respect de sa propre dignité ? – Faut-il transmettre aux enfants que lorsqu’on n’est pas riche, beau et intelligent, la vie ne mérite pas d’être vécue / on ne mérite pas de vivre ? – N’est-ce pas un peu « nazi » sur les bords, de penser comme cela ?

Au demeurant, le petit poupon idéal né dans une famille qui l’a commandé sur catalogue, même une fois devenu le « surhomme » désiré par ses parents (ce qui ne va pas de soi car l’homme est libre de décevoir ses parents, surtout quand c’est la dernière liberté qu’on lui laisse), ne préférerait-il pas que ses parents lui disent un jour : « même si tu n’étais pas « parfait », ou si tu étais « abîmé », nous t’aimerions et nous te soutiendrions quand même dans tes épreuves, car tu es la chair de notre chair », plutôt que : « si tu ne réponds pas à nos critères, de toute façon tu peux toujours retourner dans la poubelle » ?

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L’OEIL D’ANTIGONE ETAIT DANS LA TOMBE, ET REGARDAIT CREON

Parlons franc, voulez-vous ?

Croyez-vous qu’une mère qui avorte simplement parce qu’elle n’avait pas « prévu » de tomber enceinte – c’est-à-dire parce que ce n’était pas dans ses « projets » (de vie ou de carrière) – c’est-à-dire non parce qu’elle ne pouvait pas élever l’enfant, mais parce que la chose lui est arrivée de façon « imprévue », sans qu’elle n’ait eu à cela son mot à dire, et qu’elle aime mieux « maîtriser le cours des choses » plutôt que de lui être soumise –, puisse jamais comprendre ce que c’est que le fait-même d’être une bonne mère ?

Etre une bonne mère, de toute éternité, est, fut et sera, un sacrifice. Qu’on ait prévu la chose ou non n’y change rien. – Un sacrifice, et non pas (seulement) un « plaisir », ou encore un divertissement, ou je ne sais quel « libre choix ».

Car une fois que l’on est mère, on perd à jamais la possibilité de ne l’être pas ! – même lorsqu’on a refusé de « faire le job », on continue de porter avec soi ce refus pour le restant de ses jours : c’est « aliénant » mais c’est ainsi. Il y a pour la femme un avant et un après le fait d’avoir donné la vie à un autre individu, car l’autre individu en question, s’il est en vie, aura toujours le droit de considérer sa mère comme étant sa mère, et s’il est mort, on ne peut pas pour autant lui dénier le fait d’avoir été, et d’avoir été engendré. Vieux vieux décrets. Respect dû aux morts, sépulture, tout ça…

C’est la loi de la chair humaine, qui ne sera jamais simplement de la chair, comme est celle du bœuf chez le boucher, à moins de vouloir finir à penser comme des ogres, comme des monstres, de bêtes pires que les simples bêtes. On ne peut rien changer à cela. Antigone voulait qu’on enterrât son frère, et sur ce point elle avait raison. La chair humaine, même celle d’un individu mort, ne peut être traitée comme n’importe quel déchet ordinaire. Les gens doivent se faire à l’idée que la nature nous contraint depuis les origines, et ce jusqu’à l’heure de notre mort, à nous soumettre à un certain nombre d’états de faits et de décrets arbitraires. La Nature ne respecte pas le Droit humain, mais elle en est la mère, puisqu’on a créé le Droit en réaction à la Nature, en réaction à ce qui en la Nature ne respectait pas l’homme.

– Tout cela fait qu’être mère est en soi un déterminisme, et si vous voulez même – étymologiquement – une « aliénation ». Tout cela fait qu’être mère est donc d’ors et déjà – en soi – une privation de liberté !

Oui, le cordon ombilical est un lien. Oui, même lorsqu’on a coupé ce cordon, un lien affectif indéfectible demeure entre la mère et l’enfant, donc, non, bien sûr, toutes les « aliénations » à proprement parler ne sont pas à combattre.

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« AIMEZ SANS VOUS SACRIFIER », ou la nouvelle pilule qui fait perdre du poids sans régime.

Demandez à toutes les mères moyennement éduquées, d’origine populaire ou immigrées, de votre entourage, rencontrées dans une salle d’attente ou même dans la rue, demandez à celles que l’on n’a pas formées à s’autocensurer pour complaire à l’idéologie dominante, ou dont la langue de bois n’est pas encore suffisamment « au-point », demandez-leur en toute simplicité si être mère n’est pas un sacrifice ! – Pourvu que vous vous montriez simplement disposés à les écouter, elles se feront un plaisir de se répandre en plaintes et en protestations : elles vous diront sans vergogne combien elles voudraient davantage s’occuper d’elles-mêmes, se « faire plaisir », être libres, et combien leurs enfants et leurs maris sont cause de tous leurs maux, et vous entendrez leur interminable et perpétuelle litanie.

Cela n’est pas très esthétique, mais c’est la vérité, et c’est la vie. Il n’y aurait aucun mérite à faire ce qu’elles font si la formule : « C’est que du bonheur !» n’était pas mensongère.

Toutes les souffrances cependant, n’en déplaisent aux psychanalystes, n’ont pas à être « solutionnées », car la vie-même est une souffrance – la vie, quoi qu’il arrive, est une histoire qui finit mal. En prenant acte de cela, Schopenhauer ne pouvait mathématiquement pas se tromper. Toute personne, au demeurant, qui entreprend d’échapper au tragique constitutionnel de l’existence sera rattrapée par lui plus rapidement et plus sévèrement qu’aucune autre. A cela il y a, tous les observateurs de l’homme le savent, une sorte de loi supérieure, de fatalité.

Mais n’est-ce pas pour cela justement – et pour nulle autre raison –, aussi longtemps que les mères acceptent de couvrir leurs plaintes laides et honteuse de quelque sourdine cosmétique, et leurs récriminations sauvages de quelque voile de pudeur, que la fonction de mère est vénérable et belle ?

Les vraies belles et bonnes choses de ce monde ont souvent cela en commun qu’elles nous demandent, pour leur accéder, de payer de la privation d’une partie de nos potentiels. On ne fait pas de poussins sans casser des œufs.

Oui, je le dis clairement, aimer c’est se sacrifier. Ou du moins c’est être prêt à le faire. Etre une mère, c’est accepter de ne plus être une jeune fille. Etre des parents, c’est accepter de ne plus être des enfants. Eduquer c’est accepter de représenter l’autorité. Représenter l’autorité c’est accepter de devenir à son tour le garant de la norme. Et pour engendrer un homme intellectuellement libre, il faut auparavant lui imposer une enfance « normée », c’est-à-dire lui transmettre un certain nombre de préjugés, qu’à l’âge adulte seulement il sera autorisé à remettre en cause. Il n’y a rien au-delà de ça. On n’aime pas ses enfants par loisir ou pour y gagner quelque chose. Si l’on gagne parfois deux-trois bricoles à se dévouer à ceux que l’on aime, c’est que le hasard le veut bien. Mais il est assez courant que celui-ci ne le veuille pas. Ce n’est pas pour autant qu’on doive démissionner.

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MATRONES CRUELLES, vampirisme, jeunesse éternelle, décadence.. etc.

Je vous demande à présent de songer une seconde à ces mères bourgeoises qui ne veulent pas voir leurs filles être enceinte trop jeune, sous prétexte de protéger leurs études et leur avenir de femmes « actives » et « libérées ». Représentez-vous cela dans un monde où vie active rime essentiellement avec servitude, et où il n’y a pas plus de femmes actives libérée en France qu’il n’y avait d’hommes libres dans les camps autrefois surmontés de l’inscription « Arbeit Macht frei ».

Songez à présent s’il vous plaît, faites-le pour moi, à l’ironie du sort qui veut que ces bourgeoises féministes aient eu elles-mêmes la plupart du temps une vie oisive et facile, aient eu accès aux plus hautes études et aux meilleures places en grande partie grâce à leur extraction sociale… Imaginez que ce sont ces femmes-là qui ont le front d’expliquer à leur femme de ménage que le travail libère la femme, tandis qu’elles sirotent tranquillement un thé au jasmin, bien confortablement assises devant un catalogue de papiers-peints et moquettes murales hors-de-prix.

Ces femmes nanties, protégées depuis l’enfance de bien des réalités, en un mot naïves, à la strate sociale desquelles appartinrent l’écrasante majorité des féministes les plus influentes, ces femmes, lorsqu’elles ont travaillé (ce qui n’est pas toujours le cas!) auraient encore pu choisir de ne jamais le faire (pour elles, travailler était un divertissement et une option!). Qui est encore dans leur cas aujourd’hui ? Paris Hilton et consoeurs, peut-être ? Je ne sais même pas si Paris Hilton n’est pas finalement +/- contrainte de vendre son image pour faire de la pub aux hôtels de son père…

Car ces « jeunes personnes », bonnes bourgeoises françaises, qui ont rejoint autrefois MLF et compagnie, étaient alors inconsciemment protégées par l’ordre patriarcal bourgeois qui tenait encore debout à cette époque, aussi elles ont toujours eu la possibilité de se marier avec un homme fortuné… – et, le fait est que beaucoup ont suivi cette voie toute tracée du mariage bourgeois… en se plaignant beaucoup, certes, mais sans poser de problème à personne, bien au contraire, puisqu’elles ne faisaient que suivre un phénomène de mode, ce qui ne pouvait que les rendre au final plus prisées et plus désirable en leur temps !

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LE TRAVAIL REND LIBRE, surtout les pauvres.

A présent, quelle femme inactive, sans profession connue, sans cursus particulier, sans activité « créatrice » ou humanitaire de façade, et sans « plan de carrière », à moins d’être une riche héritière (et encore!), peut se contenter de se marier aujourd’hui à un homme et d’en vivre, sans passer +/- pour une pute ? Il n’y a plus grand’monde aujourd’hui parmi la gente féminine, du bas en haut de l’échelle sociale – en-dehors des milieux tradi-catho (et autres communautés religieuses, sectes diverses et Islam compris) – pour se vanter de bénéficier du statut symbolique de : « mère au foyer ». Surtout lorsqu’il ne s’agit pas de participer au concours de la mère de famille la plus overbookée de la famille la plus nombreuse (et la plus religieuse). On préférera toujours dire que l’on fait autre chose que d’ « être maman », même si l’autre chose n’est qu’un simple hobby ou une couverture.

Il faut voir à cela une excellente raison : le travail (sous-entendu le travail rémunéré, « professionnel », issu d’un « cursus », ayant des implications sociologiques clairement « pistables », recouvrant des « objectifs » et des « projets » clairement exprimables en langage entrepreneurial et administratif et dûment recensés quelque part), LE TRAVAIL est devenu la nouvelle religion de notre société auto-proclamée libre. C’est seulement à l’aune de la classification fournie par le monde_du_travail que vous êtes désormais autorisé chez nous à répondre à la question : « Qui êtes-vous ? ». Cette question n’est d’ailleurs plus admise que sous la forme suivante : « Que faites-vous dans la vie ?» Au-delà de ça, on vous renvoie aux médecins – en rééducation mentale pour être plus précis. Arbeit Macht Frei, donc.

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RATIONALISATION DE LA TORTURE, (de : tripalium, tout ça…)

Songez un instant que les femmes qui ont élaboré la critique de la société patriarcale ont connu – pour celles qui sont encore en vie – l’époque du plein-emploi, et se sont vues proposer durant leur jeunesse des professions aussi diverses que gratifiantes, sans jamais encourir le risque de s’user la santé à des métiers dangereux, mal-payés et ingrats (par ex : serveuse de bar la nuit à moitié « au black », ouvrière dans une industrie utilisant des produits chimiques dangereux, caissière de supermarché/femme de chambre de Novotel en proche banlieue parisienne, hôtesse d’accueil debout en talons sur le pavé, prospectus en main devant un commerce quelconque, payée en fonction du nombre de visiteurs « accrochés ».. etc.).

Or ces métiers auxquelles les « femmes libérées » de la génération de mes parents ont eu accès, même ceux les plus prisés, qui font encore rêver la jeunesse – journaliste, pubard, cadre sup’, « créatif » – ont à peu près tous perdu aujourd’hui bonne part de leur intérêt intrinsèque à cause de la vaste entreprise de « rationalisation des tâches » qui sévit dans à peu près tous les secteurs (surtout dans les secteurs où beaucoup d’argent est investi), cela conforté par le fait que le taux de chômage élevé pousse les employés à accepter de montrer toujours davantage de soumission aveugle à l’ordre établi pour conserver leur place.

Nous vivons une situation de crise fort profitable à ceux qui exploitent le travail d’autrui, mais où les travailleurs, surtout dans le tertiaire, sont devenus des clones, aux qualifications floues, tous interchangeables, dans la mesure où l’actuelle organisation bureaucratique, hyper-hiérarchisée, débilitante du travail, (où il faut rendre des compte pour tout, où l’on ne développe plus que des projets dont l’intérêt doit être immédiatement visible, c’est-à-dire des projets à court-terme) a à peu près éliminé toute possibilité que les atomes rémunérés qui habitent les grandes villes développent désormais de vrais savoir-faire, c’est-à-dire des savoir-faire sur lesquels leur paie serait indexée. Par extension cela leur interdit de jamais se rendre véritablement indispensables, ce qui veut dire utiles à la société en tant que personnes, et non comme simples maillons d’une chaîne qui pourrait se passer d’eux.

Les employés d’aujourd’hui qui ont du mal à s’appeler eux-mêmes des « travailleurs », peut-être parce que, contrairement à l’ouvrier, ils ne tiennent jamais entre leurs mains le résultat de leurs efforts, sont maintenus constamment en grande compétition par le taux de chômage élevé, et cet état de fait ayant miné définitivement quasi-tous les anciens systèmes de solidarités entre les travailleurs (sans parler des demandeurs d’emploi qui sont les nouveaux « intouchables »), les ambiances au travail dans notre pays sont devenues de véritables poisons. L’air y est pour ainsi dire devenu irrespirable pour les âme sensibles ; on y porte des masques pour se protéger de la nuisance d’autrui.

Est-ce pour qu’elles aient accès à toutes ces réjouissances sans nombre que ces mémères-la-morale emperlouzées qui nous servent le féminisme à toutes les sauces de leur repas copieux, empêchent leurs filles de se reproduire ? Est-ce pour qu’elles puissent avoir l’honneur de vivre cela que, fortes de leur pouvoir de matrones, elles se permettent de stériliser à volonté des jeunes femmes qui sont souvent majeures, comme on ferait pour des animaux de compagnie, comme on ferait en Suède pour des cas-sociaux ou des handicapées ?

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QUAND PLOUTOS DECIDE DE QUI DOIT VIVRE et de qui doit mourir

Songez à présent à ces mères qui n’ont rien à foutre de sérieux de leurs journées, à part éventuellement de la charité ou du militantisme… et demandez-vous pourquoi en général ce sont ces femmes-là (et non la « mama » italienne de la banlieue dégueulasse de Naples) qui n’envisagent jamais qu’elles pourraient fort bien, en tant que grand-mères, s’occuper elles-même de l’enfant à naître, en attendant que la jeune maman finisse ses études et mûrisse… Songez seulement que ces grosses vaches égoïstes mettent en danger la santé physique et mentale de leurs filles, simplement au final pour préserver leur propre liberté de ne rien foutre… Songez un peu qu’en l’espèce, elles sacrifient un enfant, (l’enfant d’une femme jeune et en bonne santé, qui aurait donc toutes les chances d’être en bonne santé lui-même, qui recevrait sûrement un héritage culturel et financier, qui serait entouré, aimé et gâté), et le libre-arbitre de leur progéniture – pourtant déjà majeure dans bien des cas ! – à leur fainéantise, à leur effrayante grégarité, à leur conformisme inconscient et au plus cruel des égoïsme… !

– Mais la fille enceinte, pense-t-on jamais dans ces cas-là à la consulter honnêtement au sujet de son propre devenir ? Ne lui demande-t-on pas son avis que dans la seule mesure où l’on sait pertinemment qu’elle suivra – elle aussi, à son tour – aveuglément son intérêt matériel (et accessoirement sa peur d’être rejetée) ? … – Mais peut-être bien que la fille enceinte, au fond, préfèrerait tout plaquer pour devenir une mère ! Qu’en sait-on ? En le secret d’elle-même, peut-être bien n’accepte-t-elle d’avorter que sous la contrainte familiale et sociale ? Peut-être a-t-elle peur qu’on la traite mal : comme une fainéante et une éternelle mineure, si elle arrêtait ses études ? Peut-être a-t-elle peur d’être exclue et regardée de travers à son école, si elle s’y rendait avec un gros ventre ? Peut-être n’ose-t-elle pas penser ce qu’elle pense de sa mère et par extension de la société toute entière ? A sa place, dans sa position vulnérable, et sans éducation politique digne de ce nom, oseriez-vous ?

Songez-vous que ces filles, qu’on destine – mais que c’est ironique ! – à être des « femmes libérées » sont en l’espèce rendues semblables à des esclaves antique, car la réalité de leur situation est qu’elles ne gagnent pas assez d’argent elles-mêmes pour qu’on les consulte sérieusement au sujet de leur propre droit à engendrer et à fonder une famille ? …

Maintenant ajoutez ce petit détail qui tue : la mère est généralement mue en-dessous de tout cela, par une peur panique de se voir vieillir – de devenir grand-mère – en laissant sa fille grandir et devenir adulte à son tour… Ajoutez ce petit point de détail et là, je pense que vous avez en main de quoi dresser un joli petit panorama de l’abjection dont il est question ici.

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LE DROIT A L’AVORTEMENT ICI N’EST MEME PAS REMIS EN CAUSE

Par souci de clarté, je précise que je suis personnellement contre l’interdiction systématique de l’avortement. Plus encore, je vous le dis sincèrement, si j’avais été enceinte d’un trisomique, je ne sais pas si je l’aurais gardé. Je pense juste que l’avortement est une pratique lourde d’implications morales, inquiétante car de nature eugéniste, et qui en tant que telle, ne doit certainement pas être prise à la légère, et nécessite d’être strictement encadrée. Notamment parce que sa banalisation pourrait aisément donner lieu à des dérives fascistes.

Le droit à l’avortement ici n’est même pas remis en cause. Simplement, ce que j’aimerais qu’on interroge, ce sont les critères de sélection mis à l’honneur dans notre société au moment de décider de qui doit vivre et de qui ne le doit pas.

Si l’on ne voit pas qu’on sacrifie trop souvent sa progéniture à venir, en Occident, parce qu’on n’a pas encore rassemblé autour de soi toute la panoplie consumériste du « bon parent » en situation familiale idéale, selon l’avis de la Confédération Internationale des Boutiquiers, d’Uncle Ben’s, de L’Association pour sa Santé Bucco-dentaire, de Cosmopolitan, de Maison&Travaux, et d’après les diverses fictions tendance qui nous vantent un certain « standard » de vie à crédit, alors on ne voit rien.

Le fait est que ceux qui avortent sont trop souvent ceux qui précisément ne le devraient pas, et cela pour une raison qu’il est très facile d’expliquer tant elle coule de source. Je l’emprunte à Nietzsche, quand il se faisait la réflexion suivante au sujet de la peine de mort (reformulation de mémoire) :

Si un homme voulait mourir sur l’échafaud parce qu’il se jugeait indigne de la vie, alors sans doute cet homme-là serait-il celui qui paradoxalement mériterait le moins une telle punition.

Selon la même logique, avorter parce qu’on pense que l’on ne parviendra pas à rendre son enfant heureux, c’est encore posséder le souci de rendre son enfant heureux – et même dirais-je, le posséder à un très haut degré, à un degré nettement plus haut que la moyenne… Or, vouloir de toute force rendre son enfant heureux, c’est tout ce que l’on demande à un bon parent. On ne lui demande pas de faire de promesses à ce sujet, ni même d’apporter des gages de sa réussite. Ni surtout d’être en mesure d’acheter à l’enfant tout ce que l’enfant veut. Un parent qui se retrouve ruiné, à faire des ménages, pour nourrir son enfant, se retrouve sans doute par-là même en situation de transmettre à cet enfant une sagesse importante, au moins il lui donne un exemple très beau et très convainquant, concernant le sens de la vie et plus encore le sens du Devoir. Personne au-delà de ça n’a jamais trouvé la recette infaillible pour fabriquer un homme heureux.

Je conçois par exemple très bien qu’une jeune fille violée veuille avorter, et je ne me hasarderais jamais pour ma part à prétendre qu’il faille absolument le lui interdire : cela doit être vraiment très difficile d’élever dignement le rejeton d’un traumatisme, d’une terrible colère et d’un profond dégoût. Cet état de fait ne m’empêchera jamais pour autant (bien au contraire, même) d’admirer la femme qui possède la force en elle, la force d’amour gigantesque, pour faire une telle chose, c’est-à-dire pour ne pas se venger sur l’enfant du violeur, du violeur lui-même. Car il en va ainsi de toutes les grandes choses : elles ont toutes été, à un moment donné, statistiquement parlant, en plus grand péril que les choses « petites » et « ordinaires », de ne pas être.

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Sad Sade

Ma façon de penser, dites-vous, ne peut être approuvée. Eh, que m’importe! Bien fou est celui qui adopte une façon de penser pour les autres! Ma façon de penser est le fruit de mes réflexions; elle tient à mon existence, à mon organisation. Je ne suis pas le maître de la changer; je le serais, que je ne le ferais pas. Cette façon de penser que vous blâmez fait l’unique consolation de ma vie; elle allège toutes mes peines en prison et j’y tiens plus qu’à la vie. Ce n’est point ma façon de penser qui a fait mon malheur, c’est celle des autres.

A. F. de Sade (Novembre 1783)

Marrant. Ces propos de Sade me rappellent ceux de ce bouffon et faire-valoir que j’ai créé tantôt dans l’un de mes articles… Vous savez, celui qui disait :

« Pourquoi donc s’acharner ainsi à vouloir convaincre les autres en discutant ? Comme vous le savez, je vais rester sur mes positions, et vous sur les vôtres… »
« Pourquoi les gens cherchent-ils toujours à avoir raison ? Que m’importe à moi si j’ai tort ? Je m’en porte fort bien !« 

A ce faire-valoir, on répondait la chose suivante :

« Personne ne parle jamais pour avoir tort et si les hommes n’avaient aucune prétention à la vérité, ils ne parleraient tout simplement pas, ils n’auraient même jamais développé l’usage de la parole. »
« Si l’on doit parler, ce n’est pas pour plaire à autrui bien sûr, c’est d’abord pour se plaire à soi-même, parce qu’on a des valeurs ! Avoir des valeurs, c’est défendre une cause noble. Quelle cause est plus noble que celle de la Vérité ? Quelle cause plus ignoble que celle du mensonge ? Si je parle, c’est parce que je me sens obligé, au nom de mes valeurs, de défendre la Vérité. Si je parle, c’est parce que je suis bien persuadé d’avoir raison. D’ailleurs, persuadé n’est pas un bon mot. Je ne suis pas persuadé au sens où il s’agirait d’une croyance. J’ai raison : c’est un fait. Quand on a raison, c’est toujours un fait. Et c’est parce que c’est un fait que c’est démontrable, et c’est parce que c’est démontrable que je m’attache à le démontrer. Voilà, j’ose le dire : je parle parce que j’ai raison. Et si je croyais que j’avais tort, ou si vous parveniez à me prouver que j’ai tort, je ne parlerais plus.« 

Sade reproche-t-il à autrui de lui faire des reproches, parce qu’il est heureux en ayant tort ? C’est absurde ! Rien que faire reproche à autrui de faire des reproches à autrui, est déjà stupide et contre-productif… [« Il est interdit d’interdire », belle morale, ô combien enrichissante !] Quant à se plaindre de ce qu’on lui dise qu’il ait tort… – comment peut-il s’en plaindre s’il l’admet déjà tacitement lui-même ? On ne peut se plaindre des accusations d’autrui, lorsqu’ils nous disent que nous avons tort, que lorsqu’on est persuadé soi-même d’avoir raison. Si l’on a renoncé à avoir raison, on n’a normalement plus à se soucier ni à se plaindre de ceux qui y prétendent encore… les sages ne nous font plus aucune ombre, quand on a renoncé à toute sagesse, me semble-t-il…. Enfin, ce que je dis est tellement évident,… crève tant et tant les yeux… c’est bien à cause de cela qu’on n’y vient jamais. Les plus grandes évidences sont – d’après mon expérience – les plus difficiles à faire admettre. Les gens aiment les paradoxes boiteux, ça les amuse… Mais 1+1=2, ça les angoisse, ça leur donne la nausée.

Un homme qui n’est heureux que dans la transgression, doit bénir chaque jour que Dieu fait les flics de la pensée qui lui permettent de penser. N’était-ce pas d’ailleurs-là tout ce qu’essayait de nous transmettre Sade ? Alors mon vieux, quoi, l’on flanche ? l’on en a assez des réprimandes, des reproches et des coups ? l’on n’est plus à la hauteur de sa propre posture existentielle ?

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Quelle est-elle, pour schématiser, l’alter-morale du marquis de Sade ?

En quoi consiste-t-elle, sinon à donner une explication simple du monde, et plus encore manichéenne (en tout point comparable à celle des hérésies gnostiques) fondée sur le principe suivant :

« TOUT DESIR PROCEDE D’UNE TRANSGRESSION, AINSI TOUTE LOI N’EXISTE QUE POUR APPELER LE DESIR, EN APPELANT LA TRANSGRESSION. »

Je comprends qu’une telle morale binaire rassure. Elle est rassurante comme un texte de loi coranique. Une fois qu’on possède cette loi en tout point comparable à la loi d’Archimède, on peut vivre à l’intérieur sans être troublé. Qui désire vivre sans être intellectuellement troublé ? Celui qui est fainéant du point de vue intellectuel. Celui aussi qui n’est pas vraiment chrétien, car l’esprit chrétien peut se résumer à l’écartèlement moral permanent.

A présent, sous vos yeux ébahis, je vais invalider la loi ci-dessus énoncée.

Comment prouverai-je que tout désir, tout amour, ne procède pas systématiquement d’un désir de transgression et d’un amour de la loi à travers la transgression de la loi ?

Eh bien prenons comme support à notre analyse l’acte sexuel transgressif par excellence, celui qui ne peut exister que dans le cadre de la pré-existence d’un « non », d’un refus catégorique, d’une absence d’assentiment. Quel est cet acte sexuel qui n’a jamais lieu qu’après un « NON! » ? C’est le viol bien sûr.

Celui qui prend plaisir à violer les femmes, est celui qui n’a du plaisir que lorsque les femmes elles-même n’en ont pas. Son plaisir à lui procède du déplaisir de l’autre.

Nous sommes-là au-delà du champ des rapports Sado-maso, qui supposent chez celui ou celle qui adopte le rôle de la victime un assentiment préalable, et même une forme de jouissance à jouer ce rôle-là. Ce qui sous-tend que dans les rapports sado-maso, les victimes n’en sont pas vraiment : il s’agit d’un mensonge, d’une dramaturgie, visant à reproduire les conditions d’un rapport sexuel transgressif, mais qui n’est pas réellement transgressif puisqu’à la base le rapport sado-maso repose sur un contrat.

Qui dit contrat dit non-viol.

Le viol, la torture au premier degré, avec une victime non-consentante, est donc le seul type de rapport ontologiquement transgressif. Le reste n’est que comédie.

Dès lors, une fois ceci posé, peut-on encore faire valoir la loi sadienne primordiale selon laquelle il ne pourrait y avoir de désir et de plaisir véritable que dans la cadre d’une transgression ?

Si c’était le cas, le rapport sexuel où l’une des deux parties n’a pas donné son consentement devrait être le rapport sexuel le plus jouissif possible.

Or ce n’est pas le cas. Techniquement, un rapport sexuel où l’un des deux partenaires n’a pas de plaisir sera toujours moins fort, plus décevant, qu’un rapport sexuel où les deux parties y trouvent leur compte.

Il faut donc déduire de cela que le fait que l’action sexuelle se déroule dans un cadre transgressif rend souvent la chose excitante non pas parce qu’elle sépare les deux amoureux, mais au contraire parce qu’elle les sépare du monde, parce qu’elle les isole ensemble, contre le reste du monde et contre la loi, dans une intimité totale et compréhensible d’eux seuls.

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Il faut donc en déduire que les amours transgressives qui plaisent aux gens qui ne sont pas des pervers – des pervers, c’est-à-dire des jouisseurs solitaires -, ne leur sont non pas plaisantes uniquement parce qu’elles vont à la rencontre d’un interdit préalable – comme par exemple un rapport adultérin va à l’encontre de la loi bourgeoise -, et ne nourrissent pas leur désir exclusivement de la posture transgressive en elle-même et pour elle-même, mais ont besoin que se développe en parallèle à ce premier mécanisme, un second mécanisme qui l’invalide partiellement pour que le plaisir soit complet. Ce second mécanisme consiste pour les amoureux isolés dans une attitude transgressive commune, à systématiquement créer une nouvelle loi valable pour eux-seuls, ou plutôt valable universellement (car toutes les lois du monde se désirent universelles) mais obéie et correctement appliquée d’eux-seuls, contre le reste du monde. Cette seconde loi est bien-évidemment la loi de l’amour. Les couples d’amoureux emblématiques que sont Tristan et Iseult ou encore mieux, Héloïse et Abélard, sont des illustrations archétypiques de ce phénomène.

Ce second mécanisme, parallèle au premier évoqué par De Sade, et qui le complète tout en invalidant son omnipotence, c’est un mécanisme paradoxal, car il suppose que tout couple tenté d’enfreindre les lois pour satisfaire son amour, ne pourra se contenter seulement de le vivre « hors-la-loi », ou du moins s’il acceptera volontiers de vivre « hors-la-loi » aux yeux du monde, ce ne sera jamais que dans la certitude secrète que lui-seul, le couple de l’amour, a raison contre la terre entière. Et c’est cette certitude-là, d’avoir secrètement « raison » d’aimer, (au nom du Dieu d’amour, au nom de l’Esthétique, au nom de la haine de l’hypocrisie, au nom du bonheur, que sais-je) contre les raisons raisonnantes de la bourgeoisie ou des prêtres ou des bien-pensants, qui cimentera l’amour des hors-la-loi. De sorte que ce n’est pas la transgression pure que désire jamais le plus profondément l’amoureux, mais au contraire la re-création et la re-lecture de la Loi Eternelle, c’est-à-dire la re-fondation d’une sorte de Temple Véritable du Dieu de l’Amour, plus légitime et plus philosophique, que celui des bourgeois.

Conclusion : l’Amoureux ne veut pas supprimer la fonction de prêtre, il ne lutte pas vraiment contre les « Gentils » non plus, il se prétend juste meilleur prêtre que les prêtres et posséder mieux l’ « esprit » de la gentillesse que les supposés « gens gentils ». Dès lors, c’est une lutte d’influence, une rivalité autour du même enjeu – à savoir le droit de dicter la loi -, dont il est question entre lui et les « bourgeois ». Car ne peut y avoir pour celui qui est seulement coupable d’aimer, de plaisir à être puni pour cela. Il ne peut que trouver cela injuste.

Celui qui en revanche prônera la supériorité en toute chose du plaisir purement transgressif, c’est-à-dire du plaisir volé, du plaisir du viol, qui est un plaisir pris au mal d’autrui, non-amoureux, solitaire, celui-là ne peut que se féliciter d’être haï et maltraité : celui-là est un pervers, c’est donc à la fois tout ce qu’il mérite et tout ce qu’il recherche. Les pervers gagnent à être persécutés. Ce pourrait être la seconde loi cachée dans l’œuvre de De Sade.

Le lointain et le prochain

Philippe Muray a fait remarquer qu’aujourd’hui l’homme occidental avait une passion pour le lointain, telle que son prochain pouvait crever la dalle dans la pièce à côté sans qu’il ne s’en émeuve outre-mesure.

Voilà qui à première vue rend les Évangiles caduques. Pour Jésus le grand tort originel des hommes n’est-il pas de ne toujours penser qu’à leur gueule ? Et ne leur dit-il pas qu’ils seraient de meilleurs gens s’ils allaient se saigner aux quatre veines pour le bien-être du premier galeux venu ?

C’est ainsi du moins qu’on s’accorde aujourd’hui de tous côtés à interpréter la parole du Christ. D’ailleurs, une lecture rapide des Evangiles nous amène facilement à de telles conclusions. Pourvu qu’on ait mauvais fond ou qu’on soit mu par de mauvaises intentions, on n’y trouve jamais qu’une exhortation à s’aller faire trouer la paillasse au nom de principes abstraits qui ne nourrissent personne.

Quand on songe aux origines de notre décadence actuelle, que bien des réacs aujourd’hui identifient à une maladie morale auto-immune spécifique aux peuples les plus fortement imprégnés de christianisme : l’exotisme d’un Châteaubriant, les rêves d’Orient d’un Nerval, d’un Flaubert, l’universalisme exalté d’un Diderot, on songe volontiers que nos grands hommes se sont offerts, pour leur plaisir, le luxe d’un voyage en esprit hors de leurs préjugés de caste et de leurs barrières culturelles, et nous ont laissé à nous, leurs héritiers, de payer le billet retour. Alors que les anciennes voies de la civilisation sont désormais en partie détruites, que nous sommes exilés, asservis, dans un monde où la France d’où nos Pères sont partis conquérir le monde, n’existe pour ainsi dire plus, alors que nous sommes déjà bien moins riches, la possibilité d’acheter le billet-retour en question ne va pas de soi – d’autant plus que ces Pères, bien loin de nous languir d’eux, parce qu’ils nous ont laissé tant de dettes, nous les haïssons secrètement.

J’ai entendu dire que la France était morte désormais, et que c’était tant mieux. Car l’universalisme à la Française ne pouvait mener l’Occident qu’à sa ruine : en dispersant ses force-propres au service des forces de ses ennemis… en encombrant ses bras, alors qu’ils devraient être en train de manier le bouclier et l’épée, de soucis moraux par trop luxueux, dont ses adversaires se passent fort bien… en crucifiant, enfin, pour dire les choses crûment, la civilisation elle-même sur la croix qu’elle vénère.

Voilà ce que j’entends partout, chez les gens qui réfléchissent. « Jamais on n’a été aussi chrétien qu’aujourd’hui en Occident ! » Voilà ce qui chez ceux qui craignent de voir l’Occident mourir, semble aller de soi.
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Moi, ce que je voudrais qu’on fasse, c’est qu’on étudie un peu au cas par cas ces gauchistes qu’on dit porter la croix du Christ sur leurs frêles épaules… Je voudrais qu’on observe pour de bon les ressors qui meuvent ces gens supposément trop-excellents, qu’on postule alourdis par un héritage catho excessivement pesant. Je voudrais qu’on se penche un peu sur la nature réelle de ces hommes de gauche dont leurs adversaires politiques soutiennent qu’ils se saignent aux quatre veine au bénéfice de leurs ennemis. Font-ils vraiment cela ? Bigre ! Sont-ils alors vraiment des saints ?

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Chez les RESF

Monsieur et madame X. sont des militants d’extrême gauche, ils ont derrière eux deux vies consacrées au militantisme écologiste, au syndicalisme et à la pédagogie (sur la ligne de Philippe Meirieu). A présent qu’ils sont à la retraite, il aident, avec RESF, des Roms à s’installer en France et à obtenir des papiers.

Que Jésus a-t-il dit ? 5.43 Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. 5.44 Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis*

Qui monsieur et madame X. considèrent-ils comme leurs ennemis ? – Certainement pas les Roms ! Accepteraient-ils qu’on leur dise qu’en aidant les Roms, ils aident des gens qui les haïssent profondément et qui détruiraient volontiers, s’ils le pouvaient, leur civilisation et tout ce qu’ils aiment ? Non, ils ne l’accepteraient pas ! Dès-lors, peut-on dire qu’en aidant les Roms, ils ont ce mérite plus-que-parfaitement chrétien d’aimer et d’aider en connaissance de cause ceux qui sont de toute éternité leurs ennemis ? Non, bien-évidemment.

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Chez les Antifa

Tels jeunes gens sont des « Antifa », des chasseurs de skins. Ils se disent « de gauche », c’est-à-dire pour la tolérance et contre l’intolérance. En conséquence de quoi on les voit se déplacer en meute dans les banlieues des villes, des barres de fer à la main, car ils sont à la recherche des intolérants pour leur casser la gueule.

Cela, ce sont les paroles de Jésus : Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? 5.47 Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même? 5.48 Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.
Quand Jésus parle ainsi, ce qu’il fustige, c’est la grégarité, n’est-ce pas ?

Or qu’y a-t-il au monde de plus grégaire qu’un Antifa ? L’Antifa, au nom de sa lutte pour la tolérance, ce qui est un comble, s’accorde tout à lui-même, y compris le droit d’intolérer, et refuse tout, jusqu’à ses droits les plus élémentaires d’être humain, à celui qu’il considère comme l’ennemi de sa conception pour le moins socialement codée (cabalistique, pourrait-on même dire) de ce qu’est la tolérance. Si cela n’est pas le comble de l’hérésie !

Avez-vous seulement déjà vu un Antifa serrer la main à un skin pour lui dire bonjour ?

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F. Hollande vs E. Todd
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http://www.dailymotion.com/video/xjz0gs_todd-vs-hollande-ko-en-moins-d-une-minute_news

Hollande : La vraie identité du Parti Socialiste, et des socialistes européens, puisque pour faire l’Europe il faut quand même le faire avec d’autres, c’est d’organiser un continent capable d’assurer l’échange, parce qu’on n’est pas là simplement pour empêcher les plus pauvres que nous de faire venir leurs produits, parce que si c’est ça le protectionnisme, pas pour nous ! Parce qu’est-ce que ce serait comme conception, finalement, de la solidarité à l’égard du Sud, si par rapport à des produits fabriqués par le Sud…

Todd : Ça c’est la rhétorique habituelle de gauche pour ne rien faire !

Hollande : Non ! non ! Je pense que c’est quand même très important de défendre…

Todd : …de défendre le sous-prolétariat indien, c’est vrai. Mais ça n’est pas ce qu’attend votre électorat.

Hollande : Enfin ! Je suis désolé, mais je crois qu’on a aussi une mission internationaliste, on n’est pas là, simplement, pour être des protecteurs de nos propres…

Todd :…citoyens !

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Osera-t-on prétendre, chez les réacs&companie, qu’un François Hollande, lorsqu’il défend les intérêts des chinois ou des indiens au lieu de défendre ceux du peuple qui l’a élu à la Présidence de la République, osera-t-on dire que François Hollande en l’occurrence se conduit d’une manière « trop-chrétienne » ?!

  • Mais à ceux-là qui oseront prétendre une telle chose, je les renvoie encore une fois à la parole de Jésus : Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. 5.44 Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis

Qui sont les vrais ennemis de monsieur Hollande ? Sont-ce les chinois ou les indiens, en vérité ? Que nenni ! Ses véritables ennemis, ceux qu’il a réellement lieu de craindre, ce sont, en vrac : l’UMP, le FN, ses rivaux du PS, les électeurs qui ne le rééliront pas.. etc.

Les chinois et les indiens – surtout ceux qui trempent dans la Phynance internationale – apprécient sans doute davantage la politique de monsieur Hollande que ne l’appréciera jamais aucun français. Ce sont donc peut-être eux, figurez-vous, ses seuls et derniers amis.

  • Bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent,

Qui sont ceux qui haïssent François Hollande, le maltraitent et le persécutent ?

– LES FRANCAIS bien sûr ! – Les français qu’il devrait pourtant, en dépit de cela, au nom du Christ, aimer.

CQFD

  • 5.46 Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? 5.47 Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même?

A présent revoilà le grand passage des Evangiles contre la grégarité.

Savez-vous seulement comment fonctionnent les partis politiques comme le PS ? Ils fonctionnent en vase clos. Les gens de gauche ne discutent qu’entre gens de gauche, et ne font la guerre qu’entre eux également. Ils ne fréquentent pour ainsi dire JAMAIS leurs véritables opposants. Et c’est bien-là l’un de leur plus grand tort, et sans doute l’origine primordiale de leur grande « déconnexion » des réalités.

Au PS, comme dans tous les partis politiques, c’est le grand règne de l’entre-soi.

A présent pourquoi un nul tel que François Hollande a-t-il été choisi par ses pairs pour être mis à la tête du PS ? Pas parce que c’était le plus intelligent, ni parce que c’était celui qui avait le plus d’idées personnelles, bien au contraire. La raison pour laquelle François Hollande se retrouve aujourd’hui à cette place qui ne lui convient pas, ce n’est pas parce qu’il est très-aimé et très-aimable, mais parce qu’il est suffisamment insignifiant, « politique » au sens négatif du terme, c’est-à-dire doué pour la cautèle, pour ne jamais s’être fait trop d’ennemis dans son propre parti. Si François Hollande se retrouve chef de l’Etat actuellement, c’est donc précisément parce qu’il est l’être grégaire par excellence !
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Melle X. a  des parents qui sont des Citoyens du Monde. Ils n’ont jamais mis d’argent de côté pour lui financer ses études mais ils ont des rêves plein la tête. Elle entend des « réacs » dire que les gens de gauche pèchent à force de trop ressembler à Jésus. Vu de l’extérieur, peut-être cela paraît-il vraisemblable, ou logique, puisque les gauchistes ont tendance à prendre la défense de gens qui sont effectivement les ennemis de l’Occident. Cependant les parents de Melle X. n’aiment pas trop entendre parler de l’Occident : ils se considèrent en effet avant tout comme des Citoyens du Monde.

Melle X. de son côté n’a pas vraiment l’impression d’avoir été élevée par de dignes héritiers de la parole de Jésus, puisque lorsqu’il lui est arrivé de parler de Jésus à ses parents, ils se sont moqués d’elle avec leurs amis, ils l’ont tournée en ridicule et lui ont dit qu’elle faisait sa crise d’adolescence.

Melle X. ne ressemble pas à ses parents. Parfois – souvent, même -, en Occident, des parents engendrent des enfants qui ne leur ressemblent pas. Ce n’est pas la règle générale de par le monde, mais ça l’est presque chez nous. Ce n’est pas si étonnant, si l’on y songe, pour des gens qui placent le libre arbitre et le droit de disposer librement de soi-même au-dessus de tout. Il faut bien se souvenir que l’Occident s’est construit sur cette idée primordiale que devenir un Homme-réalisé, pour un individu, consistait à se faire l’égal des demi-Dieux antiques, l’égal d’un Ulysse, en affrontant et en vainquant les divers déterminisme qui l’aliènent – ce que les anciens appelaient le Fatum.

Melle X. est à proprement parler « différente », simplement parce qu’elle est indépendante d’esprit. Mais ne lui a-t-on pas toujours dit par ailleurs qu’il fallait absolument être « différent » pour être quelqu’un de bien ? Ce n’est pas par esprit de contradiction qu’elle est devenue indépendante d’esprit, bien au contraire. Si elle est devenue un beau jour un esprit libre et anticonformiste, c’est avant tout parce que ses parents de gauche lui ont toujours appris qu’il fallait l’être. Pourquoi à présent qu’elle a réalisé ce vœu que ses parents avaient autrefois formulé pour elle –  qu’elle soit douée d’esprit critique – faut-il qu’elle en souffre autant ?

Jésus aussi a dit avoir souffert non parce qu’il avait été désobéissant à ses maîtres, les prêtres et les Prophètes, mais au contraire parce qu’il avait trouvé le moyen d’obéir à leurs lois bien mieux qu’eux-mêmes ne savaient le faire.

Melle X. a parfois eu l’impression, bien qu’elle soit leur fille biologique et légitime, que si elle se mettait à penser franchement différemment de ses parents, ils ne la regarderaient plus du tout comme leur enfant, mais comme une étrangère.

Car la véritable famille de monsieur et de madame X., c’est leur famille politique.

Cela lui est déjà plusieurs fois momentanément arrivé avec eux. Après coup on effaçait tout, y compris ce qu’elle avait dit, et tout recommençait comme avant, on retournait dans le mensonge sirupeux et rose… Ce pourquoi elle a souvent préféré revenir sur ses propos et laisser la place au doute, plutôt que de persévérer dans ce en quoi son cœur croyait… C’est ainsi qu’elle a pris l’habitude de laisser à répétition le poison du doute systématique saccager tous ses maigres efforts de construction personnelle.

Melle X. est à présent quasi constamment plongée dans un doute métaphysique très profond, dans lequel elle abîme son esprit et se perd. Et elle fait cela afin de conserver un semblant de lien affectif avec sa maman. Pour que sa maman continue de la regarder comme avant, comme sa digne héritière et son enfant prodigue. Hélas, cela ne lui vaut rien. Elle fait l’enfant, elle joue les convalescentes, pour ne pas faire peur à sa maman, mais en jouant à cela, elle redevient peu à peu pour de bon une enfant, et devient peu à peu réellement malade…

Il ne fait pas bon être l’ennemi et l’Etranger métaphysique de ces gens-là.

Depuis qu’elle exprime des opinions un peu divergente des leurs, cependant qu’elle habite encore dans la maison de ses parents, Melle X. est l’objet de dénigrements constants et on la traite comme une enfant et une malade, alors qu’elle est pourtant majeure depuis peu. Melle X. ne trouve pas d’emploi car dans la région où elle habite il n’y a pas d’emploi pour les jeunes. Melle X. dit qu’il faut protéger le Made in France pour sauvegarder des emplois en France, mais quand elle dit cela ses parents lui font les gros yeux.

Ses parents se disent inquiets pour la santé de Melle X. qui s’enferme dans sa chambre, ne fait rien comme tout ne monde et ne suit aucun chemin balisé. Pour les rassurer, Melle X. a accepté d’être suivie par un psy, chez lequel elle se rend toutes les semaines.

Melle X. a confié au psy qu’elle écrivait sur le net. Elle lui a dit qu’elle fréquentait un forum d’obédience catho d’extrême-droite et qu’elle se faisait un peu maltraiter par ces gens-là. Elle a donné pour explication d’un tel phénomène, que ces gens étaient issus de milieux très différents du sien. Ayant reçu une éducation toute-différente, ils ne peuvent pour la plupart pas comprendre son parcours à elle, et ses motivations. Elle a aussi justifié sa persévérance dans une telle voie en arguant qu’elle préférait encore cette maltraitance-là à celle dont elle était victime dans sa propre maison. A la différence de ses parents, ces gens étant des étrangers et originellement des ennemis, leur mépris et leur méchanceté – à eux – est au moins partiellement défendable.

Elle a dit enfin que ses ennemis avaient au moins le mérite de ne pas lui dire que ses propos étaient dénués de sens, et de parler le même langage qu’elle. Alors que les parents de Melle X. ne lui laissent jamais ne serait-ce que développer ses idées : ils s’arrêtent au vocabulaire.

Le psy a froncé les sourcils, il s’est gratté la tête, et il a demandé à Melle X. : « Mais enfin, pourquoi restez-vous à fréquenter ces gens, puisqu’ils vous détestent ? » Melle X. a répondu en citant les Evangiles :

5.43 Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. 5.44 Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, 5.45 afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. 5.46 Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? 5.47 Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même? 5.48 Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.

Le monsieur psychologue a écarquillé les yeux puis hoché la tête avec déception. Il a dit que ça n’allait pas du tout. Il s’est même mis un peu en colère et a dit à Melle X. qu’elle n’était pas sérieuse. Il lui a finalement proposé de faire venir ses parents dans son cabinet pour discuter d’un éventuel internement en clinique psychiatrique. Histoire d’éloigner quelques temps Melle X. de sa famille et qu’elle y voie plus clair.

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Pourquoi que tu restes avec ces gens ? Tu vois bien qu’ils te détestent !

5.43 Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. 5.44 Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, 5.45 afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. 5.46 Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? 5.47 Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même? 5.48 Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.

Le jeune homme sensible postmoderne et ce qu’il appelle parfois les « PAN »

Pourquoi tous les jeunes garçons sensibles, lorsqu’ils tombent désespérément – mystiquement – amoureux, lorsqu’ils se rêvent en nobles chevaliers, le font-ils immanquablement aux genoux de l’une de ces filles dures, toutes en préméditation, entraînées à manipuler, bourgeoises d’instinct, antiphilosophiques, voraces, qui pour toute douceur n’ont que la prudence du Sioux, dont la conscience est indifférente et le cœur glacial ? – Mais tout simplement parce que lorsqu’on se voit soi-même en conquérant du sublime, il faut avoir devant soi de grands espaces à arpenter ! Il faut des années-lumières d’impossibilité entre ce genre de chasseur et sa proie, pour que celle-ci à ses yeux puisse se mettre à briller comme une étoile ! Or, quels plus grands espaces que ceux de l’indifférence dédaigneuse et quel plus vide cosmos que celui d’un cœur qui a le battement régulier du coucou Suisse ?

Autrefois, on craignait que la jeunesse ne se fasse corrompre par des démons dyonisiaques, qu’elle ne morde au fruit interdit à cause de la beauté de ses appâts, ou ne se fasse mordre elle-même par le serpent de la luxure, irrésistiblement emportée qu’elle serait par une danse qui lui ferait chavirer la tête… Aujourd’hui tout a changé, ces dangers sont révolus. L’origine du désir des jeunes hommes de chez nous n’est plus la même : les démons chauds, les enfers attendrissants qui appartenaient à la Bête tapie au fond d’eux-mêmes, ne les intéressent plus. Du reste, quelle bête y pourrait-il encore y avoir en eux, de tapie, à nourrir ? Quelle bête sinon leur araignée au plafond ?
Cette froide, vampirique jeunesse, chair déjà pleine d’eau et pour ainsi dire déjà morte, ne peut plus en vérité craindre d’échauffer son sang. Mais c’est un Satan plus puissant que jamais, d’une espèce tout-à-fait indétrônable, qui les guette. Ce Satan définitif n’est plus celui qui aveugle parce qu’il brille trop, mais celui qui retire toute la lumière du monde parce qu’il l’absorbe, à force de n’être-pas.

Le Satan-nouveau n’est non pas fait de feu, d’ouragans, de siroccos, qui emportent le corps et brûlent l’âme, mais d’un goût dévoyé pour l’absence, né lui-même dans l’absence, et d’une appétence morbide pour la désespérance, qui provoque une ivresse très spéciale à ceux qui n’ont jamais rien connu d’autre. Ce ne sont plus des rêves de Succubes qui font désespérer le jeune homme de lui-même et languir. Sa passion ne se manifeste pas lorsqu’il aurait, par exemple, éprouvé un attrait irrésistible pour un être, ressenti une présence dont il aurait été charmé, et la nostalgie de cette présence, celle d’une personne bien vivante qu’il voudrait tenir entre ses bras, non… Elle naît d’un attrait morbide, cynique et désenchanté pour la nostalgie  en elle-même et pour elle-même. Le jeune homme d’aujourd’hui convoite de préférence quelque chose qui ne peut pas être et de toute façon n’est pas. Ainsi sa nostalgie est sauve, pourrait-on dire. Mais il n’y a bien qu’elle à être sauvée.

Le mal du jeune homme postmoderne est celui qui est propre au XXIe siècle,

il est tout le contraire de la passion :

c’est l’indifférence.

Le jeune homme post-moderne ne commence à ressentir le besoin de briser sa solitude qu’au moment où une impossibilité totale, un refus, une offense, un traumatisme même, vient le provoquer dans ce qui lui reste d’orgueil et lui insuffle au cœur une piqûre de regret mortelle. Sa façon d’aimer se confond avec le regret ; elle ne prend plus même que la forme unique et définitive de la quête impossible de ce qui ne se peut pas. Et voilà comment il en vient, grosso-modo, à ne plus poursuivre de ses assiduités que des mirages de licornes, des puits sans fond de bêtises ou des psychopathes à grandes dents.

Le jeune homme post-moderne ne veut pas d’un jardin joli, où la terre est déjà bonne, et où pousserait sans douleur, si l’on s’en donnait la peine, tout ce que l’on voudrait bien y planter. Il n’est pas aussi modeste. Non ce qu’il veut, c’est faire naître la vie dans la terre la plus aride, c’est transformer des déserts en royaumes des mille douceurs. En toute simplicité. Et cela, notez qu’il le lui faut ! Pour son bonheur ! Pour sa vie ! Il lui faut absolument faire jaillir une fontaine de jouvence sur la planète Mars et enfanter des petits chatons mignons aux dames crocodile car il a besoin de son propre petit home-made miracle pour être ce que sa môman lui a promis qu’il serait : un découvreur et un Saint.

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A présent, pourquoi à votre avis, toutes les jeunes femmes douées d’un peu de générosité morale, lorsqu’elles ont un tempérament à donner plutôt qu’à prendre, se ruent-elles immanquablement du côté le plus obscur, bassement passionnel, de l’amour, du côté du supermarché des sentiments, où elles rencontrent coup sur coup ceux qui les voient comme des consommables ? Mais si cela est, c’est de toute évidence pour la même exacte raison qui pousse les jeunes hommes postmodernes à roucouler auprès de celles qui leur distillent effroi et amertume ! C’est parce qu’elles n’ont pas que ça à foutre, elles non plus, figurez-vous, que de se contenter de rechercher platement et bêtement leur petit-bonheur ! … Les vertueuses aussi, il leur faut du challenge, du rock’n roll, du grain à moudre pour leur passion de bien-faire… Leur soif d’idéal, aux femmes idéalistes, croyez-vous qu’un gars tout-simplement désireux-de-bien-faire puisse l’étancher? A moins que le bon-homme n’ait prouvé sa valeur en affrontant mille démons, mille tourments – éventuellement semés par elle sur son chemin, pour l’éprouver –, une femme digne de ce nom n’ira jamais vers le bon-homme de gaieté de cœur. Faire leur devoir n’est amusant pour les femmes de devoir, que lorsque ce devoir ne coïncide pas scrupuleusement avec ce qui serait bon et matériellement avantageux pour elles : il leur faut un devoir qui implique du sacrifice, du paradoxe, du tragique – voire même une petite dose excitante de regrets et d’humiliation – pour qu’elles se sentent vivre… Voilà pourquoi en vérité les meilleures des femmes développent celui des vices qui sied le mieux à leur condition : elles s’empressent, comme des nonnes, de préférence aux pieds des brutes, des truands, des beaux diables et des maquereaux, et elles ne font pas cela parce que ceux-ci leur ressemblent, bien au contraire, mais parce qu’elles se croient assez belles et bonnes pour les rédimer !

C’est pour cela qu’aucune belle femme ne résiste jamais à la proposition risquée de danser avec le diable : parce qu’une belle femme a toujours cette vanité tapie au fond d’elle-même, de croire avoir reçu la Grâce qui, à force d’amour, pourrait lui permettre de changer en anges les démons. Les belles femmes, lorsqu’elles sont conscientes de leur beauté, se prennent en général pour des passeurs, des convertisseurs, des médiums entre ces deux domaines – supposés incompatibles et étanches par les religieux tradi et les bourgeois – que sont le temporel et le spirituel. C’est là d’ailleurs le petit secret de l’Amour Courtois médiéval, et du ‘supplément d’âme » que celui-ci a légué à la culture française… Les raisons de ces séductrices du mal sont exactement les mêmes que celles des jeunes hommes postmodernes lorsqu’ils se conduisent aujourd’hui en courtisans de la hideur  : leur but est une utopie et leur moteur principal est le narcissisme.

Si ces deux catégories d’êtres se repoussent, c’est précisément parce qu’elles sont semblables : elles ont pour point commun de ne vouloir aimer que ce qui n’aime pas.

Weren’t we fighting for something new ?

Entraînez-vous à distinguer ce qui est juste, en tout et partout,

et non pas seulement là où vous l’attendez.

Précepte de Mimi

Ci-devant, le mec qui m’a inspirée (no shame) :

http://www.dailymotion.com/video/x21kbqe_martin-peltier-a-propos-de-son-livre-l-antichristianisme-juif_webcam?start=94

A partir de quand cela a-t-il commencé à débloquer ? Je l’ai souvent écrit : je n’ai pas été programmée pour cela… J’ai vu de mon vivant, dans la société qui m’entourait, l’absence de préméditation dans l’amour – cette souveraine, folle, spontanéité du sentiment qui est la définition-même de l’amour – progressivement discréditée, comme étant l’apanage des faibles… et finalement des peu-aimables… et la préméditation, c’est-à-dire l’instrumentalisation de l’amour des autres par ceux qui en étaient dépourvus, valorisée comme un signe de supériorité évidente, comme presque un signe de prédestination à la puissance et à la félicité.

Sitôt la puberté, et même avant, quand on me trouvait belle… que de violence n’ai-je pas essuyé ! Mais pourquoi donc ? N’étais-je donc pas belle ? Sans doute pas suffisamment encore pour pouvoir me permettre ce luxe suprême, qui est d’aimer à loisir, et sans préméditation. N’étais-je pas aimable ? Ne faisais-je pas de mon mieux pour l’être, du moins ? Si, justement ! C’était au contraire bel et bien cela, mon crime. Et c’était aussi cela mon cri. Oh bordel de bon dieu ! Ce manque d’égards général qui est le lot de celles qui précisément se donnent de la peine pour être aimées… de celles dont il faut croire que malgré tout elles ont l’humilité de croire que cela ne va pas de soi… de celles qui précisément mériteraient, au nom de tout cela, qu’on leur accorde tant de choses… qui le mériteraient ne serait-ce que parce qu’être aimées les aiderait à préserver leur beauté… La beauté des bonnes personnes, des personnes simples, procède de leur bonté-même et leur bonté procède elles-même de ce qu’on veuille bien les regarder pour ce qu’elles sont, à savoir des personnes belles, – il suffit ainsi de leur dire qu’elle sont laides pour les diminuer… pour les diminuer physiquement. Car il faut beaucoup d’égards, beaucoup de douceur et de tolérance, des privilèges même, des traitements de faveur, presque autant que pour faire le cœur d’un prince, pour faire celui d’une vraie femme… Le cœur d’une vraie femme se doit d’être tout-particulièrement grand. Aussi, je vous le demande, en voit-on encore de vraies femmes, de nos jours ? Je vous le demande à vous, car le ressentiment m’a ôté les yeux.

J’ai assisté de mon vivant à la disparition de toute galanterie vraie, de toute galanterie nécessaire, au profit de basses manifestations d’allégeance, au profit de la soumission aux plus fortes… Car la galanterie est nécessaire ! – mais pour préserver ce qu’il y a de faible et fragile dans la femme, pour ne pas le heurter… – ce qu’il y a de faible en la femme EST fragile, par définition – … et non pas pour rendre hommage aux forces primaires qui sont constitutive de l’éternel féminin, qui lorsqu’elles font surface, le font pour crier vengeance, et pour cela veulent écraser tout… – Or, ça on ne le sait plus… Ce n’est pas qu’un jeu, la séduction… c’est un moindre mal… Il s’agit de ne pas forcer la femme, pour son propre bien, et par-delà son bien, celui de l’homme, et celui de la société toute entière, il s’agit aussi de ne pas la forcer à se forcer… Car sinon ! Ah, malheur ! Que veut-on ? Veut-on, bordel de bon dieu, que la terre se couvre d’un noir manteau de fils de putes ?!… Car les femmes qui s’instrumentalisent elles-mêmes comme bon leur semble, car elles ont renoncé à être aimées, c’est-à-dire à avoir un maître, ces femmes sont leur propre entreteneur et leur propre fond de commerce, ces femmes ont perdu le sens de l’honneur si particulier qui est intrinsèque à la féminité.

Ah, ce respect avide et baveux que n’obtiennent plus aujourd’hui que les fausses pudeurs, les perfidies coquettes, les mesquineries fardées, ou bien encore même des crudités sans nom… Ces diamants du sang, ces joyaux des pulsions basses, qu’on n’offre jamais qu’aux simagrées les plus sordidement forcées, qu’aux mensonges qui se cachent le plus mal d’en être, qu’à ces maniaques de l’autorité – qui ne méritent plus le nom de femmes galantes – qui ont choisi l’outrance dans le mal, ces femmes qui arrachent leur cœur aux hommes non pas simplement par le bas-ventre mais par le trou du cul… Ce sont les diamants de l’humiliation… et ils redemandent pourtant à en offrir, les hommes ! Les hommes (occidentaux, faudrait-il peut-être ajouter), ces étranges petits personnages que l’on voit couramment de nos jours si faibles, si esclaves, si diminués, aux mentalités basses, serviles, d’intrigants, de courtisans, de sectateurs, de petits-joueurs, de soumis…

J’ai connu de timides clins d’œils qui brillaient, aussitôt ravalés – en cause : une sorte de lâcheté, de peur – « Oui, je sais qui tu es… Adieu »… – Ils sont désormais la seule rétribution sincère – et encore, dans le meilleur des cas – des vrais mots d’amour lorsqu’ils sont prononcés par une femme…
J’ai vu aussi de mes yeux ces déchaînements de professions de foi mystiques, ces foules masculines hystérisées en délire, qu’attisaient systématiquement les plus grossières mises-en-scènes reptiliennes… Je dois dire que je ne pensais pas réel qu’on pût charmer les hommes aussi aisément et de la même façon qu’on charme les serpents… L’enfant que je suis encore au fond de moi les estime trop pour croire qu’une telle chose soit possible… Et pourtant. Est-ce bien la peine d’avoir un gros néocortex lorsqu’on a par ailleurs une vulnérabilité de l’ampleur de celle-là ?

J’ai reçu de plein fouet enfin, il faut le dire et le répéter tout de même, les rires gras et gros, les offenses mortelles qu’on jette sur toute délicatesse vraie, sur le fragile et sur le beau, sur les pudeurs de celles qui ne sont plus vierges mais qui l’ont peut-être été… et qui ont peut-être souvenir de l’avoir été, et qui ont un cœur, et dont un peu de lumière hélas s’échappe… à travers les fentes pas vraiment secrètes qu’on y a percé, à travers l’imperfection sacrée de leur Graal…  toutes choses qui justifieraient peut-être au contraire qu’on les protège, qu’on ne les blesse pas davantage, du moins… qu’on cesse peut-être de les renvoyer mortellement, inexorablement, à leur propre inanité de femmes vaincues… Ah, cette protection vraie ! – et pas la protection des maquereaux – que l’on n’obtient jamais ! que l’on n’attend qu’en vain ! et qu’on ne voit jamais venir de nulle part ! Cette protection vraie en quête de laquelle on ne fait jamais que les plus mauvaises rencontres qui soient… Ce prix exorbitant de l’amour que l’on croit devoir payer – tant il est rare, et cher, l’amour – ces cadeaux d’amour que l’on croit devoir offrir… et qui ne rapportent jamais que les crachats, l’obscénité, les gros mots… Des gros mots, remarquez bien, qu’on ne réserve jamais qu’aux idiots utiles, à ceux et celles qui se sont fait avoir, aux imbéciles heureux – trop heureux – d’avoir cru pouvoir ignorer le mal… à ceux qui sont doués d’intentions pures… Ce prix exorbitant, notez, qu’on ne fait jamais payer à ceux qui en abusent… Comme s’il était légitime d’abuser de celles et ceux qui ignorent le mal, pour les en instruire…

Il faut aussi dire la misère affective enfin, pour toute rétribution, lorsqu’on aime encore aimer… et la misère très-réelle, financière, matérielle, professionnelle, de celles qui ne se trouvent réellement heureuses que lorsqu’elles aiment, pour qui rien n’a de saveur au-delà de ça, qui ne se connaissent pas de but supérieur dans la vie, et ne résistent que difficilement à se faire rétribuer en toute chose, pour tout ce qu’elles sont ou tout ce qu’elles tentent d’être, en monnaie d’amour… Le mépris souverain de tous, enfin, le bannissement social à la clef, lorsqu’au fond l’on n’a pas, pour excuser mille actions folles venues du cœur, d’explication maligne et supérieure à donner…

Tous m’ont méprisée, mais qui étaient-ils au juste, ce « tous » ? Des riens, des qui ne pensaient pas, des qui ne savaient rien, des qui répétaient une leçon. D’où ça venue, la leçon ? Je le leur ai pourtant demandé, moi. En toute intégrité, en prenant le même air que ce benêt souverain qui nous gouverne… je leur ai dit :  « Je l’ai bien compris et je l’ai bien vu ça.. » « Vous me méprisez, bon. Mais d’où prenez-vous vos ordres ? Qui vous commande ? Qui vous a dit : ceci est le bien, ceci est le mal ? » Pas un seul n’a jamais su me répondre correctement. Tous : des bénis-oui-oui d’une religion qui ne disait pas son nom. D’une religion, du moins, qui ne connaissait pas ses propres lois. Trois décennies à être jugée universellement par les autoproclamés « hommes qui doutent ». Comme c’est étrange ! Comme c’est fort !… Ils étaient si sûrs d’eux, vous comprenez… les hommes-qui-supposément-doutent…. Je n’ai jamais compris cela… Le pourquoi, l’origine, de toute cette violence à mon encontre… Pour me baiser non pas seulement physiquement mais moralement. Pour m’écarteler. Pour venir à bout de ce qui était perçu par autrui comme un trop-plein de certitudes… De certitudes ?! Foutaises ! De joie de vivre, oui. La haine et l’envie de ma joie, c’est cela en vérité que j’ai subi. On ne m’avait pas préparée à ça. Je ne m’y attendais pas, figurez-vous. Il y avait bien ces histoires aux murs des églises… Mais c’était le passé, nous n’en parlions plus. Nous n’étions pas censés, du moins, en entendre parler à nouveau…

***

La première fois que j’ai lu des passages des Evangiles, j’étais encore une enfant, j’ai trouvé que tout cela partait sûrement d’une bonne intention, mais que le message du protagoniste principal était brouillé par le fait-même que sa sensibilité fût celle d’un homme archaïque, né en des temps archaïques, ayant affaire à des miséreux archaïques et à des méchants archaïques. Tout cela m’avait semblé très-bêtassement dépassé. Jésus était un être bien peu sensible, bien peu émotif et bien peu émouvant, par-rapport à nous autres les pauvres petites choses modernes… son empathie était pleine de dureté, sa charité pleine de mépris, sa compréhension pleine de limites… Il n’embrassait pas les miséreux à pleine bouche en leur disant : « Je t’aime, tout ira bien à présent, tu es avec moi, ne t’en fais pas, nous partons ». Non. Son message aux pauvres gens, aux idiots, aux boiteux – qui n’avaient pas eu l’heur de naître comme lui-même de la cuisse du Tout-Puissant – consistait davantage en quelque chose comme un coup de pied dans le cul un peu dédaigneux, suivi d’un hygiénique raclement de semelle et d’un soupir : « Après tout, qu’est-ce que cela peut bien faire ? Allez, vous êtes guéri. » – Et, de même, au final, la gratitude du pauvre se manifestait toujours plus ou moins sous la forme suivante  : « Merci ô grand Seigneur de ne pas vouloir ma souffrance et ma mort et de me laisser une chance de me refaire dans le merveilleux monde qui vient ». Mais enfin, les Évangiles, c’était déjà mieux que rien, n’est-ce pas ? Un texte imparfait aurait-on pu penser à ma place, mais nourri par de bonnes intentions et suivant de bonnes intuitions. C’était déjà un pas en avant accompli pour l’humanité… A charge pour elle de faire le reste du chemin, après tout. Un Messie, il faut lui emboiter le pas, il ne marche pas à notre place… Un peu comme lorsque le premier homme marcha sur la lune… Un petit pas pour le gars, un très grand pour l’humanité. Du moins c’était ainsi qu’il fallait le voir à mon avis, le lire et le sentir. Je ne demandais qu’à comprendre les Évangiles, vous comprenez. J’avais simplement encore un peu de mal : une sensibilité extrême, qui faisait de moi un rejeton décadent du dérèglement moderne de tous les sens et un égo démesuré – démesuré à la mesure de l’absence de mesure de l’absurdité du monde qui éclatait à mes yeux – couplés à la naïveté fatale de l’enfant que j’étais et qui n’avait pas encore vécu, m’empêchaient encore de fouler du pied cette âpre terre des vache (ou plutôt des chèvres) sur laquelle marchait Jésus.

Prenez tout de même en compte que l’enfant que j’étais serait sans dégoût allé laver les pieds du premier mendiant venu avec ses propres larmes, si cela avait eu la moindre chance de le sortir de l’humiliation de la mendicité…. La seule raison pour laquelle je ne me livrais pas à de telles pratiques tenait toute entière à ce que cela n’eût servit à rien… et m’eût plutôt fait passer pour folle – ce qui eût réduit encore mes maigres chances de venir en aide à qui que ce soit. Comprenez bien que j’aurais fait cela sans exiger une seule seconde que le mendiant fût un brave homme – ou qu’il fût autre chose qu’un mendiant, caché sous les oripeaux du mendiant… Quel mépris pour le mendiant, que de ne pouvoir lui accorder la moindre attention qu’à la condition de rêver qu’il soit autre chose, ne trouvez-vous pas ? Et sur quel espèce de piédestal me serais-je donc haussée, si j’avais prétendu qu’il ne fallait sauver que les braves hommes ? Et qu’était-ce au juste qu’un brave homme ? Telle était ma question ! Etait-ce un homme qui gagnait son pain et travaillait ? Les enfants eux-mêmes, ne gagnaient pas leur pain et ne travaillaient pas !… Fallait-il pour autant les juger indignes du pain qu’ils mangeaient ? … – J’aurais demandé à secourir le pauvre si cela avait été en mon pouvoir, et j’aurais donné cher pour avoir un tel pouvoir, car j’aurais aimé avoir l’honneur de l’avoir… j’aurais donné cher si seulement j’avais possédé quoi que ce soit en mon nom qui eût la moindre valeur, et que j’eus pu donner… cela sans hésiter le moins du monde, figurez-vous… et cela non pour me faire du bien à moi, non pour m’en vanter, mais pour pouvoir agir au nom de ce qu’on appelait tout simplement de mon temps : le principe. C’eût été une question de principe, et je ne me serais pas posée davantage de questions… On ne se pose pas de questions lorsqu’on a un coeur et que le coeur parle…

A présent imaginez, si j’avais cru au Messie… s’il s’était agit dans ma pauvre petite tête d’enfant de bonne volonté, de venir en aide au Messie ! – Heureusement que je ne pensais jamais à des choses pareilles ! – pour la simple et bonne raison qu’on ne m’avait pas fourré de catéchismes de ce genre dans la tête… Au juste, où cela m’aurait-il donc menée ? Jusque où ne serais-je donc pas allée dans cette voie étrange ? Que Diable n’eut pas donné l’atypique enfant que j’étais, pour plaire à un hypothétique Messie ? … Cependant, vouloir plaire au Messie davantage qu’au reste des hommes – et davantage surtout qu’aux mendiants -, n’aurait-ce pas été par ailleurs la plus grande manifestation possible de vanité de la part d’une personne de mon espèce ? Vouloir faire le bien non plus simplement sans me poser de questions, parce que j’aimais le bien, mais parce que j’aurais voulu être aimée d’un grand Seigneur qui tenait tout dans sa pogne, n’aurait-ce pas relevé de la plus haute perversité possible, en ce qui me concernait ?  – Voilà pourquoi il m’eût paru impensable, en ayant un peu de pudeur et de dignité, et même et surtout si cela avait été mon dessein secret, et même et surtout en l’hypothétique présence du Messie (lui qui censément sait tout et nous juge !), de me vanter de vouloir lui plaire davantage que n’importe qui d’autre. Cela aurait équivalu à lui demander d’être sa petite chérie, en quelque sorte, ce qui aurait signifié de le prier par ailleurs de défavoriser les autres à mon avantage… Quant à désirer faire la rencontre inopinée du Seigneur Eternel en la personne d’un mendiant afin qu’il me soit donné l’exceptionnelle occasion de lui venir en aide… cela n’aurait-il pas furieusement ressemblé à un délire narcissique extrême où j’aurais voulu faire du Créateur de toute chose mon débiteur et mon client ? Ce délire narcissique extrême, comparable à ce qui peut s’imaginer de plus taré en matière de /phase maniaque/ (pour parler en psychologue), est pourtant l’apanage de la plupart, sinon de la totalité, des Justes, selon la Bible… – seul le fait que ces Justes du temps jadis n’aient été doués que d’une sensibilité morale pauvre et archaïque, peut expliquer leur absence de recul critique par rapport à un tel état de fait.

Tout ce que Jésus exigeait des siens, à l’époque où les Evangiles furent écrit, le voilà : qu’ils se montrassent à la hauteur de leurs propres principes. Mais, soyons intellectuellement intègres une seule petite seconde… qui au juste n’exigeait pas une telle chose de son prochain, à l’époque où je suis née ? Strictement tout le monde en France avait ce brave culot, je m’en souviens, et ç’y est encore le cas aujourd’hui de la plupart des gens simples, de vouloir que le moindre de ses interlocuteur – aussi stupide, fat et incohérent fut-il – donnât pour preuve de sa probité, lorsqu’il exposait un point de vue moral, un jugement sur autrui ou une opinion politique, qu’il fût en mesure de s’appliquer à lui-même ses propres préceptes… J’ai vu les êtres les plus sots et les plus primaires refuser à autrui le droit de juger son voisin, au prétexte que cet autrui n’eût pas apprécié lui-même d’être « jugé ». Bien peu de ces « sages » à la petite semaine, en vérité, étaient capables de s’appliquer à eux-mêmes – tel est le cercle vicieux éternel de ce genre de reproche – l’intransigeance qu’ils avaient pour autrui. Certains ont dit pour prendre la défense de ces « simples en jugement » qui exigeaient d’avantage d’autrui qu’ils n’exigeaient d’eux-mêmes, que cela en faisait des altruistes… Sophisme évidemment qu’un tel point de vue : la bêtise n’est et ne sera jamais un altruisme. En sorte que la seule véritable question qui restait à poser, quand je suis née, ne visait plus à savoir si un homme allait un jour se rendre capable de confronter systématiquement ses contemporains à leurs propres manquements et de prendre le risque terminal de renvoyer ironiquement le monde créé à sa propre absurdité intrinsèque (ou à l’existence Pascalienne de Dieu – quitte ou double) en l’interrogeant jusqu’à la moelle, mais bien plutôt à déterminer s’il existait encore quelqu’un au monde qui fût capable de résister – par altruisme véritable, cette fois-ci – à cette monstrueusement destructrice tentation-là… Car nous étions TOUS, absolument tous autant que nous étions, devenus pleinement capables d’une telle chose ! Il faut à présent nous en rendre compte !

[A SUIVRE]