Raiponce à « Talents différents » (lol!)… #la_dépression_chélé_surdoués

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ICI : http://www.talentdifferent.com/la-depression-existentielle-par-james-t-webb-1184.html#comment-21765

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Mais arrêtez de vous la raconter ! Ce sont les gens normaux qui se sentent triste d’apprendre qu’ils vont mourir et que la vie est une chose absurde. Les autres sont les vraies aberration. On a un coeur et une conscience ou l’on n’en a pas. Que cela arrive tôt ou tard dans la vie, j’ai envie de dire, n’est-ce pas un peu la même chose ?

Je plains ces pauvres gosses qui ont une bouche pour dire la vérité et des yeux pour la voir, auxquels on refile toute cette « littérature » pseudo-scientifique de gonzesse farcie de dogmes freudiens, – c’est-à-dire d’a-prioris bourgeois sur lesquels on a fixé les cache-misères d’une novlangue -, des concepts symboliques dignes des heures les plus mystique de l’antiquité babylonienne… Bref je plains ces pauvres gosses qui se retrouvent en situation de devoir accepter la « compréhensivité » forcée de toutes ces femmes savantes, ces bourgeoises à lunettes, qui occupent la plupart du temps les postes confortables de psychologues pour enfants et d’éducatrices.

Mais que ces enfants leur disent une bonne fois pour toutes leurs quatre vérités, à ces réducteurs de tête, et qu’on les laisse à leur mélancolie pleine de sens, si l’on n’a rien à leur proposer en échange que de la « positivité » de mascarade à l’américaine et des solutions made in société du commerce, où tout s’exploite, tout se transforme, tout se vend.

Quand l’âme émet un cri, cela devrait au moins inspirer un peu de recueillement aux moutons qui paissent en paix sur la terre sans jamais se rendre compte de rien. La colère des êtres humains qui ont des yeux pour voir dans ce monde d’aveugles et de borgnes, où tout le monde se trahit sans cesse, se ment, et s’instrumentalise dans la joie et la bonne humeur, devrait au moins être suffisamment respectée pour qu’on ne vienne pas expliquer dans des livres qu’elle est une anomalie, une maladie ou je ne sais quoi de tel.

La supériorité morale est une chose qui existe. Mais nous vivons dans un monde qui entend tout niveler par le bas, c’est-à-dire par les instincts, le bas-ventre, les tripes. Et puis l’on n’a plus le droit de nos jours de prétendre que les gens soient inégaux à la naissance, n’est-ce pas ? Il faut faire comme si tous les êtres humains avaient la même valeur ! A partir de là comment voulez-vous que les êtres supérieurs ne soient pas suicidaires.

On dit : « Mais leur problème est qu’ils ont trop de potentiels, qu’ils ne peuvent pas réaliser tous ces potentiels. Un tel pourrait être peintre, astrophysicien, biologiste, violoniste et acteur, il ne peut pas faire tout ça. » On oublie qu’avec quelques connaissances historiques, on est parfaitement en mesure d’expliquer pourquoi aujourd’hui un Pic de la Mirandole, réunissant tous les savoirs et les savoir-faire de son époque en sa seule personne, est devenu impossible. Cela vient de la nature-même du savoir total dont est de nos jours dépositaire l’humanité : c’est devenu une masse d’informations sans commune mesure avec ce que c’était du temps de la Renaissance. Ce n’est pas la nature des hommes à la Pic de la Mirandole qui a changé, c’est la nature de la matière qu’ils ont à ingurgiter, qui s’est multiplié en quantité dans des proportions dantesques. Nous vivons une ère de l’hyper-spécialisation, ce qui en vient à quasiment interdire l’idéal qu’avait la Renaissance de l’Honnête Homme, ce dépositaire de tous les arts, de toutes les vertus, aussi bien matheux que poète, maîtrisant toutes les règles des proportions du beau classique, aussi bien en sculpture, qu’en peinture, qu’en musique. On pensait en effet du temps de Léonard de Vinci, en accord avec la tradition platonicienne, que le sens esthétique et le sens éthique étaient peu ou prou une seule et même belle chose, ce qui induisait que les meilleurs d’entre les hommes, ceux qui devaient diriger la cité, s’ils étaient doués de courage et de fermeté morale, ne pouvaient pas ne pas également posséder un sens accru du bon et du beau : ainsi, dans une telle vision, l’homme politique, le philosophe, l’auteur dramatique, l’amateur d’art, le théologien, le médecin des corps comme celui des esprits et de l’âme, le connaisseurs des cieux, des sciences naturelles et le poète, ne pouvaient qu’être ontologiquement une seule et même chose… simplement prise en ses multiples virtualités.

Mais nous sommes arrivés aux temps de la science-reine, et les liens sacrés qui tenaient jadis a-priori, dans toutes les sagesses populaires, toutes les sortes de connaissances intriquées entre elles sur le plan du sens (aka : la signification) comme sur celui des sens (aka : l’émotionnel, le domaine sensible), ont été distendus, puis rompus.

On considère aujourd’hui qu’on ne peut pas « sentir » la qualité d’une équation comme on sent l’arôme d’une fleur ou la qualité d’une pièce de chant ou de théâtre, et que le mathématicien est fondamentalement un être froid et absent au monde qui ne peut s’intéresser à la politique. Cela aurait paru absurde aux athéniens antiques, pourtant cette croyance, nous la considérons comme étant notre réalité. [Comme quoi la réalité, les évidences, changent selon les époques.]

Or il advient en effet que nos contemporains matheux, pour l’écrasante majorité d’entre eux, ne s’intéressent selon toute apparence ni à tout ce qui relève de l’éthique ni à tout ce qui de nos jours, dans notre société, est considéré comme relevant de l’esthétique. Mais cela n’est pas du tout parce que les mathématiciens ne seraient pas des personnes sensibles, ou auraient une émotivité gâtée. _ Les autiste, bien souvent, lorsqu’ils sont intelligents par ailleurs, et même surtout lorsqu’ils sont suprêmement intelligents, ne sont pas inémotifs, bien au contraire, ils sont simplement forcés de couper court arbitrairement à leur émotivité dans les cas où elle est ardemment sollicitée par le monde extérieur, parce qu’elle est précisément trop sensible, et qu’elle leur envoie des signaux trop puissants, déchirants car d’une intensité trop forte pour leurs nerfs. _ Cela n’est ainsi que parce que nous vivons dans une société toute névrosée, aux yeux de laquelle le sens des choses a été irrémédiablement morcelé, qui est en deuil du sens de la vie et de la légitimité à être de toute chose, et où l’on refuse à ceux qui ont des sens plus poussés que les autres, qui leur permettent de sentir des vérités inaccessibles aux autres (notamment cette vérité de l’insignifiance de toute chose dans la société matérialiste dans laquelle nous vivons), d’enseigner à la société autrement qu’en se ruinant le moral et la santé psychique dans des activités hyper-spécialisées qui les diminuent, les aliènent et les réduisent à des minuscules petites boites humiliantes, sans commune mesure avec la grandeur de leur être, qui ne demande qu’à s’informer et à nous informer au-delà.

Ce sont des ponts entre les matières, _des ponts !_, dont on a besoin, et non pas encore et toujours de creusements plus profonds, plus spécialisés, plus myopes, donc plus éloignés les uns des autres, à l’intérieur de matières anciennement sœurs qui ne communiquent désormais jamais plus entre elles.

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Le jeune homme sensible postmoderne et ce qu’il appelle parfois les « PAN »

Pourquoi tous les jeunes garçons sensibles, lorsqu’ils tombent désespérément – mystiquement – amoureux, lorsqu’ils se rêvent en nobles chevaliers, le font-ils immanquablement aux genoux de l’une de ces filles dures, toutes en préméditation, entraînées à manipuler, bourgeoises d’instinct, antiphilosophiques, voraces, qui pour toute douceur n’ont que la prudence du Sioux, dont la conscience est indifférente et le cœur glacial ? – Mais tout simplement parce que lorsqu’on se voit soi-même en conquérant du sublime, il faut avoir devant soi de grands espaces à arpenter ! Il faut des années-lumières d’impossibilité entre ce genre de chasseur et sa proie, pour que celle-ci à ses yeux puisse se mettre à briller comme une étoile ! Or, quels plus grands espaces que ceux de l’indifférence dédaigneuse et quel plus vide cosmos que celui d’un cœur qui a le battement régulier du coucou Suisse ?

Autrefois, on craignait que la jeunesse ne se fasse corrompre par des démons dyonisiaques, qu’elle ne morde au fruit interdit à cause de la beauté de ses appâts, ou ne se fasse mordre elle-même par le serpent de la luxure, irrésistiblement emportée qu’elle serait par une danse qui lui ferait chavirer la tête… Aujourd’hui tout a changé, ces dangers sont révolus. L’origine du désir des jeunes hommes de chez nous n’est plus la même : les démons chauds, les enfers attendrissants qui appartenaient à la Bête tapie au fond d’eux-mêmes, ne les intéressent plus. Du reste, quelle bête y pourrait-il encore y avoir en eux, de tapie, à nourrir ? Quelle bête sinon leur araignée au plafond ?
Cette froide, vampirique jeunesse, chair déjà pleine d’eau et pour ainsi dire déjà morte, ne peut plus en vérité craindre d’échauffer son sang. Mais c’est un Satan plus puissant que jamais, d’une espèce tout-à-fait indétrônable, qui les guette. Ce Satan définitif n’est plus celui qui aveugle parce qu’il brille trop, mais celui qui retire toute la lumière du monde parce qu’il l’absorbe, à force de n’être-pas.

Le Satan-nouveau n’est non pas fait de feu, d’ouragans, de siroccos, qui emportent le corps et brûlent l’âme, mais d’un goût dévoyé pour l’absence, né lui-même dans l’absence, et d’une appétence morbide pour la désespérance, qui provoque une ivresse très spéciale à ceux qui n’ont jamais rien connu d’autre. Ce ne sont plus des rêves de Succubes qui font désespérer le jeune homme de lui-même et languir. Sa passion ne se manifeste pas lorsqu’il aurait, par exemple, éprouvé un attrait irrésistible pour un être, ressenti une présence dont il aurait été charmé, et la nostalgie de cette présence, celle d’une personne bien vivante qu’il voudrait tenir entre ses bras, non… Elle naît d’un attrait morbide, cynique et désenchanté pour la nostalgie  en elle-même et pour elle-même. Le jeune homme d’aujourd’hui convoite de préférence quelque chose qui ne peut pas être et de toute façon n’est pas. Ainsi sa nostalgie est sauve, pourrait-on dire. Mais il n’y a bien qu’elle à être sauvée.

Le mal du jeune homme postmoderne est celui qui est propre au XXIe siècle,

il est tout le contraire de la passion :

c’est l’indifférence.

Le jeune homme post-moderne ne commence à ressentir le besoin de briser sa solitude qu’au moment où une impossibilité totale, un refus, une offense, un traumatisme même, vient le provoquer dans ce qui lui reste d’orgueil et lui insuffle au cœur une piqûre de regret mortelle. Sa façon d’aimer se confond avec le regret ; elle ne prend plus même que la forme unique et définitive de la quête impossible de ce qui ne se peut pas. Et voilà comment il en vient, grosso-modo, à ne plus poursuivre de ses assiduités que des mirages de licornes, des puits sans fond de bêtises ou des psychopathes à grandes dents.

Le jeune homme post-moderne ne veut pas d’un jardin joli, où la terre est déjà bonne, et où pousserait sans douleur, si l’on s’en donnait la peine, tout ce que l’on voudrait bien y planter. Il n’est pas aussi modeste. Non ce qu’il veut, c’est faire naître la vie dans la terre la plus aride, c’est transformer des déserts en royaumes des mille douceurs. En toute simplicité. Et cela, notez qu’il le lui faut ! Pour son bonheur ! Pour sa vie ! Il lui faut absolument faire jaillir une fontaine de jouvence sur la planète Mars et enfanter des petits chatons mignons aux dames crocodile car il a besoin de son propre petit home-made miracle pour être ce que sa môman lui a promis qu’il serait : un découvreur et un Saint.

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A présent, pourquoi à votre avis, toutes les jeunes femmes douées d’un peu de générosité morale, lorsqu’elles ont un tempérament à donner plutôt qu’à prendre, se ruent-elles immanquablement du côté le plus obscur, bassement passionnel, de l’amour, du côté du supermarché des sentiments, où elles rencontrent coup sur coup ceux qui les voient comme des consommables ? Mais si cela est, c’est de toute évidence pour la même exacte raison qui pousse les jeunes hommes postmodernes à roucouler auprès de celles qui leur distillent effroi et amertume ! C’est parce qu’elles n’ont pas que ça à foutre, elles non plus, figurez-vous, que de se contenter de rechercher platement et bêtement leur petit-bonheur ! … Les vertueuses aussi, il leur faut du challenge, du rock’n roll, du grain à moudre pour leur passion de bien-faire… Leur soif d’idéal, aux femmes idéalistes, croyez-vous qu’un gars tout-simplement désireux-de-bien-faire puisse l’étancher? A moins que le bon-homme n’ait prouvé sa valeur en affrontant mille démons, mille tourments – éventuellement semés par elle sur son chemin, pour l’éprouver –, une femme digne de ce nom n’ira jamais vers le bon-homme de gaieté de cœur. Faire leur devoir n’est amusant pour les femmes de devoir, que lorsque ce devoir ne coïncide pas scrupuleusement avec ce qui serait bon et matériellement avantageux pour elles : il leur faut un devoir qui implique du sacrifice, du paradoxe, du tragique – voire même une petite dose excitante de regrets et d’humiliation – pour qu’elles se sentent vivre… Voilà pourquoi en vérité les meilleures des femmes développent celui des vices qui sied le mieux à leur condition : elles s’empressent, comme des nonnes, de préférence aux pieds des brutes, des truands, des beaux diables et des maquereaux, et elles ne font pas cela parce que ceux-ci leur ressemblent, bien au contraire, mais parce qu’elles se croient assez belles et bonnes pour les rédimer !

C’est pour cela qu’aucune belle femme ne résiste jamais à la proposition risquée de danser avec le diable : parce qu’une belle femme a toujours cette vanité tapie au fond d’elle-même, de croire avoir reçu la Grâce qui, à force d’amour, pourrait lui permettre de changer en anges les démons. Les belles femmes, lorsqu’elles sont conscientes de leur beauté, se prennent en général pour des passeurs, des convertisseurs, des médiums entre ces deux domaines – supposés incompatibles et étanches par les religieux tradi et les bourgeois – que sont le temporel et le spirituel. C’est là d’ailleurs le petit secret de l’Amour Courtois médiéval, et du ‘supplément d’âme » que celui-ci a légué à la culture française… Les raisons de ces séductrices du mal sont exactement les mêmes que celles des jeunes hommes postmodernes lorsqu’ils se conduisent aujourd’hui en courtisans de la hideur  : leur but est une utopie et leur moteur principal est le narcissisme.

Si ces deux catégories d’êtres se repoussent, c’est précisément parce qu’elles sont semblables : elles ont pour point commun de ne vouloir aimer que ce qui n’aime pas.