Aux moujiks

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Isspisse di sale pute, moi ji suis un gentleman, ji rien à faire avec des folles comme toi, retourne d’où tu viens sale Djin, sorcière, Shaïtan tu m’salis. Ji d’la pitié pour toi : ji vais ti casser les dents avec di cailloux si ti continues à parler. Dieu est miséricordieux, Dieu est Grand. [Nebojka Ciric sur I Like Your Style]

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– Calmez-vous Irena. Vous me faites peur…

– Je vous fais peur ? La bonne blague ! – Comment voulez-vous qu’un être qui ne sait ni commander ni obéir, soit le moins du monde dangereux pour ses semblables ? Ces ailes trop grandes qui m’empêchent de marcher, sont aussi les garants du caractère inoffensif de mon Übris. En fait je ne m’autorise mon Übris qu’à une telle condition. En d’autres termes j’ai le droit de vivre en suivant des raisons/des ambitions supérieures à la condition-même qu’une telle supériorité m’isole de mes semblables… irréductiblement. C’est mathématique. Si tu te prétends plus grand que les autres mais que tu vis parmi eux sur un pied d’égalité : pourquoi te laissent-ils faire ? Si tu les commande, pourquoi se laissent-t-ils commander ? Parce qu’ils ont admis ta supériorité naturelle et qu’ils la respectent, ou bien plutôt parce que les trompes et que tu les manipules ?

Je ne sais pas comment vous l’expliquer… Je joue les punkettes et vous me prenez vraiment pour une pauvre fille… genre, euh… une sorte de cassos… et je ne vous ai jamais détrompé parce que… c’est rigolo, en fait ! – Quand je vous lis j’ai l’impression d’être Amy Winehouse, lol ! – C’est rigolo et pathétique aussi un peu, parce que dans la vraie vie, eh bien, c’est vous qui êtes les cassos !

Moi je sais ce que vous faites, ce qu’est votre vie, eh bon je ne vous en parle pas… parce que nous n’avons pas les mêmes valeurs, voyez-vous… pas la même valeur non plus. Moi, eh bien… Je ne suis pas née dans une ruine aux murs lépreux, les deux pieds dans la bouzasse, je n’ai pas été élevée par la rue, vous comprenez… Moi je suis née au pays des bisounours ! C’est pour cela que ça m’amuse, de tenter le Diable ! Les pauvres gens courbent l’échine devant plus fort qu’eux, moi je dis : « essaie-donc de jouer au con, pour voir ! » Ils évitent l’adversité, moi je la recherche ! – Je suis toujours étonnée du degré abyssal de bassesse où est capable de descendre le commun des pauvres gens lorsqu’on lui en laisse la liberté.

C’est à cela qu’on reconnait à un vrai pauvre : il est tellement peu habitué à avoir du pouvoir sur autrui que lorsqu’on lui en donne, il ne l’utilise jamais pour faire du bien. Toujours pour prendre sa revanche sur la vie. Saleté de mentalité de clebs. Pour avoir peur du Diable au premier degré, en fait il faut être né au Moyen-Âge, c’est-à-dire au bled en Afrique, ou quelque part dans un trou paumé de la Magyarie… Moi je suis athée à la base, c’est pour ça que les choses sacrées me mettent en joie au lieu de me terrifier, que je joue avec les tabous comme avec un jeu d’osselets. Du coup les primitifs me prennent soit pour Dieu soit pour une sorcière. « C’est magique » – à lire avec l’accent afwiquain.

Quand j’étais petite j’étais comme Candide, on me faisait croire que j’allais grandir dans le meilleur des mondes possibles… forcément que j’ai déchanté ! Quand vous m’avez rencontrée je ne croyais pas encore au mal… je ne le voyais pas, le mal ! C’est pour ça qu’au lieu de partir en courant – comme aurait fait n’importe quelle personne sensée – je me suis intéressée à vous et à ce que vous pensiez… je vous ai trouvés exotiques.

Quand j’étais petite je mangeais réellement avec un petit couvert plaqué d’argent… ceci n’est pas une métaphore. Là d’où je viens, la vie humaine a plus de prix. Et ma vie comptait davantage encore au yeux des gens qui m’ont élevée que celle de n’importe qui d’autre… Je n’ai pas été mise au monde pour prouver quoi que ce soit à des rustres comme vous, qu’ils soient mes patrons dans la vie, qu’ils portent une arme, un sceptre de roi nègre ridicule ou un uniforme… je ne suis pas faite non plus pour remplir un usage précis, ni pour servir qui que ce soit…

On ne m’a pas brisé les reins quand j’étais enfant pour que je devienne une bête de cirque, un singe savant ou un automate…  Rien ne m’a non plus préparée à la balkanisation progressive de mon pays. Vous, vous ne pouvez pas comprendre, vous venez déjà des Balkans. Ce qui est normal pour vous ne l’est pas pour moi. Je ne peux pas vous raconter vraiment ma vie… parce que d’abord j’aime bien passer pour toutes sortes de truc, j’ai toujours aimé me déguiser… C’est la grande différence qu’il y a entre les gens du tiers-monde et les vrais gentils occidentaux aux mains blanches, voyez-vous : nous cherchons à passer pour plus terribles et désinhibés que nous sommes, quand vous autres essayez maladroitement de vous laver de votre barbaritude… Vous vous rêvez (dans le meilleurs des cas) en noeud-pap’ et smocking sous les ors et les lambris du salon de madame la Marquise, quand nous autres nous maculons le visage avec du noir de bouchon pour nous faire croire que sommes des fous dangereux et que nous partons en guerre… Apocalypse Now !

Vous essayez perpétuellement, désespérément, de me psychologiser, de me réduire la tête, de me coller des étiquettes réductrices… parce que ce que je suis pour de vrai échappe à votre entendement sommaire… Il aurait peut-être fallu que je vous raconte ma vie plus tôt, peut-être auriez vous compris deux ou trois trucs, mais je ne pouvais pas le faire à fond. Je ne peux toujours pas. Parce que ça ne vous regarde pas.

Le plus dingue sans doute c’est que vous ne compreniez jamais, la plupart du temps, lorsque je fais de l’humour – que je puisse avoir de l’humour vous semble contre-nature… ma façon-même de me moquer de vous, vous est totalement étrangère… parce que chez vous l’insulte n’est qu’une insulte, le compliment qu’un compliment… Vous êtes des brutes.

Chez moi les compliments se font à-demi honteux, et timides… vous ne les percevez pas comme tels. Les insultes sont réversibles aussi, et consciemment. Par exemple je m’identifie assez souvent à la personne que je cherche à humilier ; quand je rabaisse quelqu’un je lui dis souvent des choses qui sont vraies à propos de moi… qui parlent de moi. C’est délibéré ! Je préfère projeter sur mon ennemi des défauts qui sont les miens, et qui ont évidemment pour revers un certain nombre de qualités… ainsi je ne lui dis pas : « casse-toi t’es pas d’mon monde » – le fait que je m’adresse à lui suffirait à prouver le contraire – mais je lui tends un piège à clef. Il suffirait à ma victime de comprendre cela pour ne plus se sentir insultée – en fait il lui suffirait d’abandonner son ressentiment pour que le mien à son égard disparaisse du même coup – il lui suffirait de faire preuve d’un peu de générosité décalée, de faire un pas de côté, du côté de l’humanité, dans ce moment de vanité blessée où justement la chose est plus inattendue, donc plus difficile -, mais elle est généralement tellement furieuse de ce que je lui dis qu’elle aimerait mieux se faire découper en morceaux plutôt que de me répliquer : « je suis donc comme toi ». En agissant ainsi mes interlocuteurs me prouvent encore une fois qu’ils me sont infiniment inférieurs et me donnent raison de les humilier.

Souvent, je vous parle au 5e degré et vous ne le voyez pas… vous ne voyez pas la tentation irrépressible que j’ai de me rouler dans les clichés que vous véhiculez sur mon compte comme un cochon dans sa soue… vous ne voyez pas que j’aime à être caricaturée de telle ou telle manière parce que la réalité c’est que j’échappe profondément à toute catégorie… vous ne connaissez pas la lassitude des êtres lourds qui ne tiennent dans aucune case et du coup ne prisent rien tant que d’endosser des habits trop petits pour eux…

Vous ne comprenez pas que la raison pour laquelle je ne loge pas ma pudeur dans ce que vous appelez la nudité tient à ce que, fondamentalement, je suis beaucoup moins attachée qu’il n’y paraît aux choses du corps… Qu’une femme jolie puisse souffrir d’être fondamentalement aussi détachée du Siècle qu’un ermite, entretenir sa vanité comme d’autres veillent à leur hygiène de base, et cependant exiger qu’on lui témoigne encore un peu de courtoisie, vous dépasse… et cela dans des proportions qui moi-même me dépassent… Vous n’entendez pas le rire léger qui se cache derrière mes jeux érotiques parce que vous ne pouvez pas concevoir qu’une femme puisse jouer à faire la femme… Vous croyez dur comme fer aux apparences, et même lorsque vous vous trouvez confrontés à un jeu trompeur d’apparences qui se dévoilent entre elles et se déchirent successivement, vous continuez à foncer tête baissée dans le panneau mouvant, comme une espèce de gros taureau furieux excité par un chiffon rouge…

C’est amusant d’en arriver là juste parce que vous avez le front trop bas, mais que vous ne pouvez malgré tout pas renoncer à l’idée que parce que vous êtes des homme, et que vous êtes généralement plus âgés que moi, vous avez vocation à être mes maîtres… En réalité, vivriez-vous mille ans de plus, vous n’auriez toujours rien à m’apprendre que je ne sache déjà… et je continuerais à vous trouver offensants lorsque vous prétendez au surplus m’accorder toute sorte d’effet de votre compréhension et de votre mansuétude, vous qui ne comprenez rien et en réalité et êtes tellement plus pauvre en bonté que moi.

Je ne peux pas vous expliquer qui je suis vraiment sous les franges rose fuschia de mon bikini internautique, parce que, et bien malgré moi, j’ai de la pudeur qui se cache par pudeur… Vraiment, c’est amusant cette méchanceté chimiquement pure de votre part qui me dépasse, cette brutalité inouïe, sidérante, avec laquelle vous vous acharnez à tenter de me lapider « comme des seigneurs »… Les seigneurs ne lapident pas les femmes, pauvres fous. Les seigneurs ne leur hurlent pas des insanités dès qu’elles font preuve d’un peu d’esprit. Vous représentez l’altérité totale pour moi qui ai grandi dans du coton (et qui après 2-3 aventures hors du coton, y suis finalement retournée vivre)… vous ne savez tellement pas à qui vous vous adressez… c’est amusant et terrifiant à la fois.

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J’aurais très bien pu laisser couler en réalité. C’aurait même été plus facile. Ne pas réagir. C’est ce que je faisais autrefois. Je ne réagissais pas à toutes les insultes, j’attendais qu’on se lasse, que ça passe, qu’on se raisonne, qu’on revienne de soi-même au sens-commun… Ca n’est jamais arrivé, monsieur ! Si vous leur laissez l’opportunité vous mordre une fois ou deux en toute impunité, à ces chiens – par peur de déranger, pour ne pas faire de vagues – ils se figurent que vous aimez ça ! Et puis l’odeur du sang excite les requins, et vous vous retrouvez, à cause de votre délicatesse, bloquée par vos scrupules, entourée de prédateurs en la personne de gens qui ne mériteraient même pas de vous baiser les souliers. Vous vous retrouvez, comble du non-sens, à passer pour une masochiste ! – C’est que nous sommes ici chez les moujiks : la délicatesse y est toujours interprétée comme de la faiblesse. En ne laissant rien passer, j’évite qu’on s’habitue à l’idée que certaines insultes à mon endroit ne seraient pas des insultes, qu’elles sont permises, voire de bon goût et même recommandées.

Mon but est d’échapper au rôle du bouc-émissaire de service. Et la meilleure défense, c’est encore l’attaque. L’expérience m’a appris ça. En faisant cela je prends évidemment le risque de manquer de style… de me ridiculiser et de passer pour une hystérique. Mais que voulez-vous, puisque la bêtise, la méchanceté, la pleutrerie générale, ne me laissent pas le choix !

Vous aspirez à un vrai patriarcat chrétien ? Mais encore faudrait-il avoir les épaules ! Suffit pas d’être méchant et brutal pour imposer sa supériorité à quelqu’un comme moi.

Qui jadis dans la réacosphère a-t-il jamais eu la carrure pour protéger une faible femme ? C’est leur insuffisance à tous – à tous ces barbares auto-proclamés gentlemen – qui m’a conduite à m’endurcir et à quitter ma position première de jeune femme littéraire, sensible et admirative.

Vous n’avez même pas idée du degré d’épidermisme et de fragilité qui était le mien au moment où je suis entrée dans la réacosphère et où une assemblée de grossiers personnages, de masturbateurs et de moujiks renfrognés m’est tombée dessus ! Il a bien fallu que je m’adapte !

Les seules fois où j’ai pensé trouver des protecteurs ici, ils se sont comportés comme de vrais maquereaux ! Les autres, ceux qui n’envisageaient pas de se /payer sur la bête/ leur sollicitude à mon endroit, étaient si lâches qu’ils se contentaient de servir de serviteurs à mes agresseurs par peur d’attirer leurs foudres contre eux. J’ai dû affronter seule au milieu des lazzis, des quolibets, des individus profondément sinistres qui avant moi n’avaient jamais trouvé la moindre conscience un tant soit peu chrétienne pour leur barrer le chemin. Et après ça il faudrait que je regarde ces poules mouillées qui nous entourent comme des hommes ?

Je n’ai pas été élevée dans l’idée que j’étais inférieure aux hommes, c’est vrai. Mais précisément parce que je n’ai pas une mentalité de larbin, je suis parfaitement capable d’éprouver de l’admiration, de faire preuve d’indulgence et de miséricorde, je ne n’ai aucune incapacité à la tendresse et je n’ai aucun problème pour me soumettre à plus grand que moi. En fait j’ai même toujours désiré de tout mon cœur rencontrer de grands hommes, qui m’auraient inspiré le respect et la crainte sacrée des hauteurs (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je suis venue essayer de fréquenter des écrivains). Ici, jusqu’à ces dernières années (qui m’ont permis de faire une rencontre surprenante), je n’avais jamais croisé que des minables emplis de ressentiment, des arracheurs d’ailes de bête-à-Bon Dieu, des grenouilles baveuses déguisées en dictateurs nègres, qui croyaient pouvoir m’en imposer sans jamais faire preuve d’une seule once de noblesse. Peuh !

La plus belle fille du monde ne peut offrir que ce qu’elle a

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In-nocence

Ma maman, elle a toujours été un peu idiote. Avec le temps on ne peut pas dire que cela s’arrange… Peut-être tout simplement, à cause de la disgrâce de l’âge, cela devient-il plus flagrant ? Quand elle était jeune, parce qu’elle ressemblait à une Claudia Cardinale en modèle réduit, avec son bon caractère, ses yeux rieurs, ses manières papillonnantes de lutin hyperactif, personne ne s’en apercevait. On prête aux visages enfantins, aux tempérament joueurs, bien des qualités d’esprit qu’ils ne possèdent pas. La jeunesse, la grâce, agissent comme un écran de rêve où les gens projettent toutes sortes d’effets de leur bonté. Les belles personnes, que leur charisme protège, quand elles sont douées de quelque gaieté, avancent vaille que vaille à travers les embûches, et même les humiliations occasionnelles, comme un mage passerait et repasserait à travers un miroir…  Semblables à des vaisseaux fantômes, elles demeurent ni vues ni connues parce qu’elles transforment tout à leur contact : des étrangers subitement les saluent, des avenues cachées se déplient, les carreaux des fenêtres closes leur envoient mille clins d’œils complice, de gentils chiens galeux leur demandent des nouvelles de leur santé… Même la lumière du soleil semble les éclairer plus profondément ! – Ma mère qui a toujours souffert de graves problèmes de vue, m’a souvent parlé de la lumière… Elle m’a souvent dit qu’elle avait éprouvé des émotions esthétiques intenses certains jours bénis, certains jours où ses yeux capricieux voulaient bien ne pas ternir le monde d’un voile d’opacité.

Quand le jour s’étiole enfin entre deux présages noirs, tandis qu’un ciel de sang évoque au Simple un feu de cheminée, les grands arbres noueux, veilleurs des bords de route, se penchent sur le passage des petits princes de ce monde, et leurs longs squelettes chenus apparaissent subitement amicaux et farceurs. Après cela, quand montent les Esprits, et dansent dans les ombres le souvenir des morts, au pied des anges vengeurs, à l’envers des calvaires qui font le croisement des routes, en ces lieux intermédiaires où l’homme de tête est livré au cours-bouillon de sa mémoire, quand les maigres raisons du monde ne peuvent résister au sabbat des angoisses, seule une âme particulièrement transparente peut continuer à circuler librement… ma mère qui évoluait dans les infra-sphères animales, au plus près des essences, je veux croire qu’elle était de ceux-là à qui les illusions grotesques de la nuit n’inspiraient nulle crainte…

Ma mère, c’était le genre à revenir du supermarché en disant qu’un type en caddie lui avait foncé dessus et qu’elle avait dû s’excuser à sa place : « Il est arrivé par le côté comme ça, sans crier gare, il m’a foncé dedans et devinez quoi ? Au lieu de s’excuser il m’a insultée ! – Il t’a insultée comment ça ? Mais qu’est-ce qu’il t’a dit ? – Oh je ne sais plus… j’étais tellement sonnée. Il m’a fait une réflexion sur ma coupe de cheveux. Il m’a comparée à un balais-éponge. – Il t’a traitée de balais-éponge ? Mais c’est insensé ! Mais qu’est-ce que cela veut dire ? – Je n’en sais rien. J’étais tellement sonnée, je suis restée bouche bée. Et puis alors une dame du supermarché est arrivée, c’était peut-être sa copine, elle m’a dit de lui demander pardon et qu’on en finisse. Je lui ai dit que je n’allais pas lui demander pardon, que c’était lui qui m’avait foncé dedans. Mais elle n’a rien voulu entendre, puis lui s’est mis à se plaindre auprès d’elle… moi je n’en revenais pas… »

C’est d’elle que je tiens cette faculté étrange. Nous attirons les sourires, mais nous cristallisons aussi les colères, les méchancetés, les craintes… Les gens aiment bien s’énerver après nous. Cela les soulage. Ils se soulagent, comme les chiens. Ce que je dis toujours : les pauvres, ils prennent une revanche sur la vie.

la boheme

Déniaisement

« Elle est tellement belle ta fille… Et puis elle parle bien. Je suis sûre qu’elle finira à la télé ! »
« Oh c’est toi qui a sculpté ça ? Vraiment, c’est très réussi. Pourquoi n’essaierais-tu pas d’en faire ton métier ? »
« J’adore ta façon de t’habiller. Tu as toujours tellement d’idées ! Tu devrais essayer de dessiner des vêtements. »
« Sérieux, on ne voyait que toi sur scène. Tu devrais tenter de passer le concours d’entrée du Cours Florent. »
« Je ne savais pas que tu chantais ! Pourquoi n’essaierais-tu pas de faire la Star-Ac’ ? »
« Oh toi alors, tu as tous les dons. On ne se fait aucun souci pour toi. Tu feras ce que tu voudras. Tout ce qui nous importe, à nous tes parents, c’est que tu sois heureuse. »
« J’ai vu la petite-fille de ma voisine. Sais-tu ce que c’est, son métier ? Elle agence des vitrines pour des commerces du centre-ville. Avec une petite formation, tu pourrais faire ça, toi. »
« Non c’est vrai, tu présentes bien. Et puis tu as un certain maintien. Je pense qu’ils te prendraient tout de suite comme hôtesse d’accueil. »
« Ecoute, je connais un photographe, il s’appelle Sergio. Dis-lui que tu viens de ma part, je suis sûre qu’il te fera un prix. Il fait du très bon boulot et puis je suis sûre qu’il va t’adorer. C’est quelqu’un de très ouvert, il sait reconnaître un tempérament artistique. »
« Salut ! Comment tu vas ? J’ai un plan pour faire de la figuration dans un film d’époque. C’est génial, on pourra peut-être voir Romain Duris ! Hiii ! C’est payé 50 euros de l’heure pour un simple passage devant la caméra. 100 s’ils te donnent une réplique. »
« Bonjour mademoiselle, je suis peintre à mes heures perdues. Un peintre du dimanche, quoi. Ce que j’aime faire surtout, c’est peindre des nus. J’ai déjà peint pas mal de petites étudiantes étrangères du pôle universitaire à côté. Si cela colle entre nous, nous pourrions planifier quelques séances. Attention, hein. Je ne suis pas un grand artiste, je fais ça surtout pour le plaisir… Si vous acceptez, ça doit être pour le plaisir également. »

« La Bohêmeuh ! La Bohêmeuh.. etc. » ♪

pas d'art sans liberté

Libéralisme

Je crois que ce que je trouve plus plus pathétique dans cette idéologie de la liberté qu’on nous vante, c’est qu’elle ne nous laisse plus comme liberté que celle de rentabiliser tout ce que nous savons faire, tout ce que nous faisons, tout ce que nous aimons, tout ce que nous sommes… à peine conçu, sitôt vendu ! Le concept comme le bonhomme. Le système est tellement vorace, il a tellement besoin de notre vitalité, de notre créativité, pour enrayer sa décadence, qu’il ne nous laisse même plus le moyen ni surtout le temps de développer le moindre savoir-faire, ni le moindre plaisir dans la création lorsque celle-ci est rémunérée. Or pas de créativité sans plaisir. Comment voulez-vous produire quelque chose qui vaille lorsque vous avez été sélectionné pour votre libre esprit et qu’on vous demande de faire dans des barquettes ? Tant qu’il va encore à l’école, il y a un vampire qui sommeille derrière chaque jeune à potentiel, prêt à lui fondre sur le paletot au moindre éveil du poète qui sommeille en lui, et qui lui demande de transfuser sa passion naturelle dans du marketting, de la pub ou du divertissement rapide&pas cher. Cela ne donne pas envie. La créativité a besoin de prendre ses aises, de flâner, de rigoler… de se vivre ! Le créatif n’est pas spécialement un mec qui aime créer, c’est avant tout un mec qui aime la vie ! Les gens qui ont le feu sacré non seulement sont ceux qui ne se laissent plus happer par la machine, mais plutôt que de donner de leur substantifique moelle au grand proxénétisme généralisé qui nous gouverne, ils préfèrent encore disparaître dans la nature, s’évader dans la marge, devenir Walgänger. Afin de pouvoir continuer à exercer leur liberté, paradoxalement, ils doivent dire fuck à l’idéologie de la liberté. Hier encore j’étais dans Paris. Ici encore plus qu’ailleurs, le maquereau t’attend au détour dès que tu produis le moindre début d’un morceau de quelque chose qui fait sens. Forcément, au final, comme personne n’y a plus le loisir – au sens profond du terme loisir  – d’y développer un art de vivre différent & élaboré, qui soit basé sur des idées complexes, comme plus personne n’a plus la liberté mentale d’y parler sans s’écouter parler, d’y vivre sans se regarder vivre, ne reste plus à ceux qui tentent malgré tout de suivre le mouvement pour imposer leur marque, qu’à vendre leurs corps ! La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a.

Du coup, forcément, Zahia&Nabila sont à la mode !

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Prostitution

Hier dans Paris, je regardais ce que vendaient les magasins de prêt-à-porter… Mais que j’étais navrée ! Mais que j’étais dégoûtée par l’ambiance générale… Partout des boutons dorés, des festons bling-bling, de la perlouzes, du moulant, du ras-le-bonbon, des chaussures pour fétichistes, plumes d’autruche et barbie-doll, tape-à-l’oeil vulgaire à base d’imprimés serpent, léopard, slogans provocateurs sur t-shirts féminins : « sins&lust » et autres « look-at-me »… La standardisation du business a pris des proportions extrême : toutes les grandes enseignes proposent la même merde, à tous les prix, pour toutes les bourses, donc à tous les étages de la société. Jamais vu ça. C’est la mode de la pute, c’est la mode pour Zahia&Nabila, tout est à comprendre au premier-degré, on se désinhibe jusqu’au trognon, mais cela ne concerne pas seulement la banlieusarde en quête de quéquette friquée ou la fille-à-papa qui doit soigner ses relations. Non, la bourgeoise-mère aussi est concernée. Ainsi que bobonne, madame tout-le-monde, l’institutrice, la magistrate, la boulangère, la féministe, la lesbienne, la beurette et l’africaine qui parle à peine français. Tout le monde sur le pavé, tout le monde à vendre ses avantages, à tortiller du fion en mesure ! Rythmes africains, ambiance guerrière, enfants-soldats de la putasserie.

Les grands esprits se rencontrent : AMQC vient de peindre ses impressions sur l’atmosphère qui plane sur la capitale, et elles rejoignent les miennes : http://amoyquechault.over-blog.com/les-rats-sont-dans-paris

Voilà à quoi mène une telle conception utilitariste de la liberté. Aucun geste, aucun espoir, aucun art de vivre, aucun être-au-monde, rien n’est plus gratuit dans cette société-là. Mise à mort de toute spontanéité. Il faut tout mettre à l’encan, tout faire valoir. Si tu développes une aptitude, il faut qu’elle te serve ! Si tu ressembles à quelque chose, il faut que tu le deviennes ! Ainsi nos mamans, quand nous étions petits, en nous nourrissant, en nous couvrant de baisers, nous ont allumé des étoiles dans nos yeux, nous ont mis du baume dans nos cœur… elles ont fait cela innocemment, par atavisme, par instinct, par animalité, parce qu’elles nous rêvaient une vie joyeuse, un destin glorieux, parce que nous étions leur avenir, parce qu’elles nous souhaitaient une tête bien pleine, un cœur plein d’amour, de faire de beaux rêves, et de tous les réaliser… Mais au moment d’entrer dans la vie adulte, voilà tout ce qu’il en reste ? Au moment d’entrer dans la vie active, il faudrait faire tenir tout cela dans un CV ?

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Du Curiculum Vitae perçu comme une biographie

Un artiste à la mords-moi-le nœud ponds des (mauvais) portraits de pauvres gens et résume leur condition en quelques mots lapidaires : http://kitschophobe.tumblr.com/post/47784043241/depuis-quelque-temps-je-me-suis-mis-a-peindre

« Il nous a dit que s’il était parfois un peu brutal, c’est parce qu’il avait la rage de gagner » – « Avant de lui parler des résultats de son scanner, on lui a remis la charte des droits du malade » –  « Elle n’aime pas les inégalités, surtout quand elle pense que son beau-frère est plein aux as. » – « 70 heures de travail par semaine selon ses propres estimations » – « Elle anime des ateliers de speed painting ». L’ « artiste » en question explique ainsi son travail : « Certains CV peuvent faire sourire, voire rire, mais le fond de ma démarche n’est pas de faire de l’humour, ni de dénigrer ces semblables auxquels je ressemble tant. C’est plus grave : j’ai envie de faire sentir en quoi consistent réellement des vies tout entières. »

Une vie entière contenue dans un CV… Il serait judicieux d’interroger la façon dont ce pompeux imbécile emploie le terme en question. Il donne le « genre » du Curiculum Vitae pour un équivalent du genre biographique… Ce fainéant de barbouilleur n’a pas dû se trouver bien souvent en situation de chercher un emploi, croyez-moi ! – Personne en vérité ne raconte jamais sa vie entière à un employeur pour obtenir du boulot ! A moins de vouloir se mettre en ménage avec lui…  A moins vouloir à tout prix se ridiculiser… Ou bien de n’avoir jamais vécu effectivement que dans l’ambition unique de décrocher LE poste auquel on postule ! … – ce qui reviendrait à dire qu’on se soit toujours envisagé soi-même comme une sorte d’outil à usage unique (un genre de clef-à-molette ?)… – et qui sous-entendrait donc qu’on serait totalement inapte à remplir n’importe quel autre emploi (- adieu la vie si on est recalé ?). Non, le type lambda lorsqu’il écrit un Curiculum Vitae, sélectionne et biaise les informations qu’il y laisse car il cherche à atteindre un cœur de cible… car il est bien obligé de se faire passer pour un type idéal (un type idéal d’employé) qu’il n’est pas – qu’il ne peut pas décemment être, existentiellement parlant ! Le candidat doit écrire son cv comme l’acteur travaille un rôle de composition. Car l’employeur ne peut et ne doit désirer savoir qu’une seule chose : si le postulant possède ou non les qualités requises pour le poste qu’il propose. Que son futur employé aie ou non rêvé une nuit d’être un oiseau, préfère l’odeur du cambouis ou de la terre mouillée, ait réglé ou non son Œdipe, croie ou non à l’Œdipe, ou encore connaisse par cœur la moitié des Poèmes Saturniens, non seulement le regarde pas, mais le savoir ne lui serait d’aucun secours.

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Avant elle se battait pour mériter sa place. Avant elle se donnait beaucoup de mal pour décrocher un remerciement de son employeur ou quelques œillades masculines, pour ne pas se comporter comme une mère indigne, se faire respecter de ses amies, donner le change à la voisine, répondre aux exigences supposées de ses parents… Évidemment, elle n’obtenait la plupart du temps rien de plus qu’une autre, rien de plus sans doute que si elle n’avait jamais fait aucun effort. Et même son aptitude à courber l’échine la faisait le plus souvent passer pour quelqu’un de faible – alors que paradoxalement cette aptitude était le résultat de beaucoup de travail et d’abnégation. Mais lorsqu’on lui disait que la raison pour laquelle elle se faisait marcher dessus était précisément sa quête éperdue de reconnaissance sociale, alors elle ruait dans les brancards ! Elle s’exclamait qu’il n’y avait rien de pire que de passer son temps à faire des choses en lesquelles on ne croit pas, rien de pire de que fréquenter des gens dont on n’attend plus rien, rien de pire que d’obtenir des joies et des honneurs qu’on n’a pas mérité. Elle préférait continuer à croire à la comédie sociale et professionnelle, continuer comme une rock-star à jouer cette comédie sur les rotules à sang pour sang, parce qu’ainsi elle se persuadait qu’elle irriguait de sens l’étroite destinée servile encore laissée ouverte aux gens de bien, qu’ainsi elle tenait la maison du Seigneur en bon-ordre, à bout de bras : qu’ainsi grâce à elle chaque chose était encore en place dans son foyer, et les moutons au pré broutant ! Elle préférait vivre dans la certitude que toutes ses action étaient nécessaires en atteignant constamment ses limites que d’admettre que c’était cette certitude idiote, et le fait de vivre constamment au bord de ses limites, qui l’empêchaient de les dépasser… Elle préférait son martyr ordinaire, son martyr solidaire, sa participation invisible à la chaleur du troupeau, à cette compréhension honnie de la vanité de toute chose qui, si elle avait accepté de la rejoindre par lassitude, lui aurait sans doute fait opérer un bond hiérarchique dans son travail et remonter dans l’estime de ses proches… Quand tout à coup, patatras ! Tout s’écroula ! L’équilibre fut rompu.

Tout d’un coup, un beau matin de juillet alors qu’elle se prenait encore et encore vaillamment à espérer des jours meilleurs, elle apprit qu’elle était malade, et ce depuis longtemps, et qu’il lui fallait cesser de travailler pour se soigner, qu’il lui fallait lâcher-prise… Ses rapports avec les autres en changèrent du tout-au-tout. Elle qui n’obtenait jamais rien en se tuant à la tâche, à présent qu’elle ne pouvait plus se tenir debout et donner-donner, qu’elle n’était plus là que pour recevoir les autres dans un lit, recevoir des soins, recevoir de la commisération, recevoir des chocolats, elle qui n’avait jamais jusque-là suscité la compassion de personne, devint pour la première fois de sa vie d’adulte l’objet de mille attentions dévotes. D’un coup d’un seul, on se souciait de ses humeurs, d’un coup ses sensations importaient, ses projets dans les airs faisaient soupirer quelques autres… Cela ne lui était plus arrivé depuis l’âge de dix ans. Bien des cœurs sensibles ne deviennent hypocondriaques que pour obtenir cela. Rejoindre la sensation d’être sauvé du petit garçon malade, à qui sa mère vient porter le petit-déjeuner au lit, tandis que ses camarades sont enfermé à l’école, occupés à bûcher sur un devoir particulièrement ardu.

Ah ! La sainte et sotte habitude de vouloir que tout ce que nous faisons soit rentable ! Ah la satisfaction que nous aurions à être totalement en mesure de nous auto-instrumentaliser ! Ah la petitesse, la médiocrité existentielle, l’absence d’espoirs réalisables, dans lesquels nous végétons à cause de cela.

La cogitation – (addendum au dossier sur le complotisme)

Penser c’est peser, cogiter c’est agiter des idées ensemble pour tenter de les fondre entre elles.
(Un prof)


XP écrit :

Si l’on devait donner en une seule phrase les raisons de l’antisémitisme, on devrait dire ça:

le peuple juif est par excellence celui qui à la vocation de la question, tandis que la populace ne cherche que des réponses…

S’ensuit naturellement une démonstration de son cru visant à systématiser l’assertion en question, c’est-à-dire à lui donner force de vérité absolue.

XP qui nous présente donc la vocation au questionnement systématique comme la vertu suprême, la possède-t-il ?

« Rien n’est jamais acquis » – J’ai eu une prof de français Franc-Mac ; ces mots étaient épinglés en permanence au mur de sa salle de classe…

Lounès (en contradiction diamétrale avec XP) écrit quant à lui :

Leurs textes sacrés professent le racisme le plus absolu, mais ils se réclament publiquement d’un antiracisme qui a systématiquement pour seule expression d’opprimer les Blancs qui les logent et les nourrissent grassement. L’autocritique? L’humilité? L’authentique « questionnement »? Ils ne connaissent pas.

S’ensuit une étrange démonstration visant à prouver que les juifs instrumentalisent le libéralisme de façon perverse : au service de leur corporatisme, et non au service du bien commun. Il dit en somme qu’à cause d’eux la doctrine du libre-échange qui selon Ayn Rand (et tant d’autres théoriciens du libéralisme) devrait normalement s’exercer au profit de tous, ne l’est plus seulement qu’à celui de quelques uns.

Les industriels/les grandes fortunes d’obédience catholique que sont en France Lagardère, Bolloré ou encore Bonduelle font-elles du profit par amour de leur prochain ? Les mormons et autres membres de lobbies WASP qui ont leurs entrées dans les plus hautes sphères du pouvoir américain, sont-ils plus désintéressés que leurs confrères de la communauté juive ? La réponse à cette question est d’ordre métaphysique – pas moyen d’y répondre sans évoquer des croyances qui échappent totalement au pragmatisme élémentaire de rigueur lorsqu’on parle politique ou économie.

Le raisonnement de Lounès paraît quelque peu étrange… En fait, lorsqu’on se penche dessus, on s’aperçoit qu’il ne tient debout qu’à condition d’accepter un certain nombres de prémisses implicites comme ontologiquement vraies. En l’occurrence, des prémisses made in Ilys ; non pas posées par lui, mais avant lui par son lectorat, et surtout par le grand inquisiteur du dogme local XP, à savoir :

1 – Les juifs sont différents, ils sont à part, et leur différence s’exerce par-delà la raison et ses clivages ordinaires, car elle est de nature sacrée.

2 – Ayn Rand a toujours raison.

3 – Pour faire mentir Ayn Rand (0u instrumentaliser l’esprit de liberté au détriment de la liberté) il faut au moins être le Diable (ou l’un de ses suppôts).

[NDLA : Utiliser les convictions de son interlocuteur pour prouver le contraire de ce qu’il veut dire, c’est la base-même du trolling. ^^]

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“Oy oy oy !”

Sur le site E&R, on cite parfois des juifs qui parlent de la judaïté… Quoi de plus normal puisque E&R et les juifs ont en partage une même passion ardente pour cette thématique ? ^^

E&R, ce sont des partisans d’une théorie du complot visant à établir que les juifs dominent le monde… Les juifs, de leur côté, sont évidemment très clients de cette théorie-là selon laquelle ils domineraient le monde ! Moi-même, je me mets à leur place : je prendrais la grosse tête si j’entendais tout le temps tant de monde me prêter de la sorte tous les attributs ordinaires de la surhumanité. Franchement, si j’étais eux, pourquoi même tenterais-je de détromper ces con-vaincus ? – Sauf à prendre le risque d’être incompris, ou bien de devoir descendre de mon piédestal ?

[NDLA : Oserai-je donner un petit conseil à E&R ? – « Don’t feed the troll ! » :D ]

Exemple de ce qu’on peut lire sur leur site antisémite :

Dans les conférences qu’il a donné en 1972 et 1978, Friedman a examiné un paradoxe juif unique : « Voici deux propositions » a-t-il dit, « chacune d’entre elle est validé par les preuves et pourtant elles sont incompatible l’une avec l’autre » :

  • La première proposition est que « il y a peu de peuples, voir aucun autre dans le monde qui doivent autant que les juifs à la libre entreprise et au capitalisme concurrentiel ».
  • La seconde proposition est que «  il y a peu de peuples dans le monde voir aucun autre qui ont fait autant que les juifs pour saper le fondement intellectuel du capitalisme ».

Comment concilie-t-on ces deux propositions contradictoires ?

[NDLA : La manière dont ces antisémites pratiquent leur antisémitisme ressemble tellement à la discipline intellectuelle à laquelle s’exercent les rabbins ! C’est effarant.]

S’ensuit comme de bien entendu(♪) et comme d’habitude(♪) une démonstration à la mords-moi-le-noeud visant à concilier et expliquer lesdits contraires tout en les réduisant à néant. J’ai envie de dire… ne peut-on laisser les contraires vivre leur vie de contraires en paix, sans chercher à les fondre à tout prix dans une vérité supérieure totalisante, englobante, susceptible de les annuler ? Le fait-même que des juifs aient pu exposer et défendre des convictions différentes et contradictoires à travers les âges, le fait qu’il y ait pu y en avoir des riches et des pauvres, des justes et des injustes, des capitalistes et des communistes, pourrait éventuellement s’expliquer par le fait qu’il s’agit de simples êtres humains – d’individus libres de leurs opinions et de leurs actes. Mais cette dernière explication n’est jamais prisée des conspirationnistes – elle n’est même jamais introduite dans le tableau d’ensemble. Pourquoi ?

Pourquoi ? Mais parce que c’est la base-même de la mentalité conspirationniste que de construire des systèmes absolutistes basés sur des prémisses arbitraires dont il convient d’accepter a-priori qu’elles soient vraies bien qu’elles ne reposent ni plus ni moins que sur un acte de foi.

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L’affiche rouge, qui inspira à Aragon son célèbre poème, présente, dans sa partie supérieure, les visages des dix partisans. Les traces de trois mois de tortures n’arrivaient pas à effacer l’expression de fierté dans leurs yeux.
Voici les noms des partisans figurant sur l’affiche et les « légendes »
accompagnant la photo de chacun d’eux :
Fingercwajg, juif polonais, 3 attentats, 5 déraillements ; Boczow, juif hongrois, chef dérailleur, 20 attentats; Witchitz, juif polonais, 15 attentats; Wajsbrot, juif polonais, 1 attentat, 3 déraillements, Elek, juif hongrois, 8 déraillements, Grzywacz, juif polonais, 2 attentats, Fontanot, communiste italien, 12 attentats; Rayman, juif polonais, 13 attentats; Alfonso, Espagnol rouge, 7 attentats; Manouchian. Arménien, chef de la bande, 56 attentats, 150 morts, 600 blessés.(A Manouchian on attribua toutes les actions de son détachement.)

SOURCE

Souvenez-vous la liste des « Rouges » établie par Nixon. Un nombre impressionnant de noms juifs y figuraient.
Cela rappelle le poème d’Aragon, l’Affiche Rouge :

«Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants »

De même, Marx était juif, n’est-ce pas ?

On serait tenté, en ne se fiant qu’à ces indices, d’établir le parallèle juifs=communistes. En tout cas celui qui voudra voir dans le judaïsme une force obscure à la solde du pouvoir communiste, pourra aisément trouver les moyens de le voir, et de bâtir une théorie du complot là-dessus.

Le problème c’est que parallèlement à ces communistes juifs, combien d’autres furent usuriers, diamantaires ? Combien, forts de leurs gains faramineux dans divers commerces, se retrouvent aujourd’hui à la tête de multinationales très puissantes ? Ceux-là n’entrent pas dans le système juif=coco précédemment établi : il faut bâtir une autre théorie – contradictoire avec la première – pour les englober.

Il existe (et semble avoir toujours existé), en réalité, de multiples théories du complot qui mettent les juifs en cause. Le problème c’est que ces théories s’excluent, se contredisent, les unes les autres. Évidemment l’esprit systématiste ne s’embarrasse pas de ça puisque son but unique est de justifier par tous les moyens possibles une intuition première qu’il a eu. Le systématiste ne jette jamais un regard hors de son propre système, car ce qu’il veut avant tout c’est détenir la vérité.

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Le plus amusant dans tout ça, c’est que les juifs, loin d’échapper à la méthode dite systématiste, semblent pour ainsi dire l’avoir inventée. Car en quoi cette méthode consiste-t-elle ? – si ce n’est à ne jamais penser qu’à partir d’un postulat de base infrangible (ex : Nous sommes le peuple élu), et plus encore de faire en sorte que ledit postulat de base infrangible intègre la loi suivante : « celui qui pratique la méthode systématiste a toujours raison » (ex : Nous sommes le peuple élu parce que le caractère sacré de notre élection nous permet de la remettre en cause sans pour autant qu’elle nous abandonne, or est élu celui qui peut tout remettre en cause, même ce qui est le plus sacré, car être élu c’est tutoyer le sacré – nous mettons au défi toute personne non-élue de le faire).


– Allez ! Et c’est reparti pour un tour !

Quant XP-le-systématiste dit des juifs qu’ils sont les seuls à préférer les questions aux réponses, ils y voit la preuve de ce que seuls les juifs sont capables d’affronter tous les questionnements du monde sans peur de s’y abîmer. Or celui qui peut agir ainsi n’est-il pas celui qui paradoxalement possède déjà toutes les réponses ? [Telle est du moins assurément la conviction de XP, lui qui prend toujours garde à savamment ignorer les problèmes qu’on lui pose s’il n’a pas la garantie de les avoir déjà dûment solutionnés en les intégrant à son système – et donc rendus inopérants. NDLA]

A titre d’illustration, reprenons la citation de Woody Allen « le juif »(sic.) que XP avait lui-même choisie pour donner force de vérité à son propos :

« J’ai une réponse, qui peut m’apporter une question? » – W.A.

Celui qui ne craint plus les réponses, n’est-il pas, à l’image de l’homme des cavernes qui a su dompter le feu, ou de Prométhée qui le déroba aux Dieu, celui qui les a déjà toutes domestiquées ? Mais quel est-il donc, ce « filet » qui permet de prendre toutes les questions (et leurs réponses) au piège, comme autant de petits poissons – quel est-il donc, sinon ce qu’on appelle un « système » ?

« La pensée pure doit commencer par un refus de la vie.  La première pensée claire, c’est la pensée du néant » – Gaston Bachelard.

[NDLA : Gaston Bachelard était sans doute un homme du désert, lui aussi, pour avoir saisi cette ineffable vérité. ^^]

XP, en avançant l’idée que les juifs ont, en d’autres temps, déjà posé toutes les questions, [et se sont, suppose-t-on, vus décerner par Dieu le titre de dépositaires du savoir universel à cause de cela]. Nous signifie-t-il par là que lesdites question ne méritent plus, dès lors, d’être posées ? Ou bien nous accorde-t-il tout de même le droit de suivre les pas des juifs et reprendre leur ancienne quête ? Mystère.

Lounès-le-systématisme, quant à lui, entend bien continuer à poser des questions – ce ne sont bien évidemment pas les juifs qui vont l’en empêcher ! Car (contrairement à XP) il est comme les juifs : il n’a peur ni des juifs ni des questions ! D’ailleurs, peu importe qu’elles aient déjà été posées ou non : on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, n’est-ce-pas, il n’y a de pensée qu’en marche… On ne synthétise pas l’intelligence, on ne l’empaille pas, on ne la possède pas : on la pratique ! – N’est-ce pas cela le message qu’est venu nous délivrer Jésus ? Hors de cela point de salut. Et la pierre philosophale n’est qu’une vue de l’esprit… – Tel est du moins la réponse Lounèsienne au questionnement XPéen.

-_-‘

“Oy vey !”  Malheur de nous autres pauvres égarés… En voilà une maladie mentale ! Les feuges, encore les feuges, toujours les feuges… mais quelle obsession morbide est-ce là ?

La seule vraie question qui se pose encore au sortir de cette inepte guerre des systématismes qui les détruira tous, est : A-t-on vraiment besoin d’invoquer le judaïsme pour étudier tous ces passionnants paradoxes ?

[NDLA : Penser que « les juifs » – c’est-à-dire chaque juif pris en tant que personne, et non pas le Juif qui est un archétype – puissent incarner tout ce fatras philosophique grandiloquent que le débordant imaginaire occidental projette sur eux, c’est un peu comme si l’on disait qu’il ne fallait pas exclure la possibilité que le planton en costume rouge sis devant la Samaritaine tous les ans à Noël puisse être le vrai Père Noël. Une façon de voir pas dénuée de poésie mais un peu ridicule, somme toute.]

Ne peut-on vraiment pas se risquer à laisser choir ces hochets, ces vieilles lunes ? Imiter les enfants qui retirent les petites roues de leurs vélos lorsqu’ils apprennent l’équilibre ? Le filet de secours est-il absolument de rigueur ? Penser librement est-il à ce point un exercice périlleux quand on ne dispose plus derrière soi de la trame réconfortante d’un système universel d’explication du monde ? Est-il à ce point risqué de se poser des questions dont on ne connaît pas la réponse, enfin ?

Stop-and-Think

Irena Adler a écrit :

Mais arrêtez de vous [raconter] la judaïté, [enfin] ! La judaïté, c’est ce qu’on met dedans – quoi qu’on mette dedans d’ailleurs, peu importe, la petite machine tourne ! La judaïdé, c’est ce qu’on veut que ça soit. D’ailleurs il n’y a pas si longtemps, on se convertissait encore au judaïsme, comme à n’importe quelle autre religion – cette obsession du lien du sang, qui semble aujourd’hui la règle, est un phénomène tardif. Tenez, avant l’arrivée de Mahomet, en Arabie Saoudite, une part majeure de la population était juive. Il n’y a de plus aucune unité ethnique ou génétique du peuple juif qui engloberait les ashkénazes et les séfarades. Et aucun généalogiste au monde n’est en mesure de faire remonter les lignées de ces gens jusqu’à la Judée.

–> http://fr.wikipedia.org/wiki/Comment_le_peuple_juif_fut_invent%C3%A9

Nathan a répondu :

Sans intérêt.

Pourquoi sans intérêt ? Mais parce que les informations (« facts ! » – comme disent les américains) ci-dessus avancées ne permettent pas (ou alors difficilement) de nourrir l’affreuse obsession j* à la mode. Avec ce genre de denrées intellectuelles, on ne cuisine ni l’antisémitisme bien farci, ni le philo-sémitisme bon teint.
La petite machine à penser-en-suivant-les-pointillés affiche : « Eléments non-intégrables au(x) système(s) –> élimination. »

Laissons à Baudelaire le soin de conclure à ma place :

« Être un homme utile m’a paru toujours quelque chose de bien hideux. » – Charles Baudelaire

Par delà la gauche et la droite – Une fascinante rencontre avec l’homme postmoderne

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L’autre jour, en me promenant du côté de chez l’Amiral Woland, je suis tombée sur une vieille connaissance… Un contradicteur de toujours, que nous connaissons tous, un habitué de nos milieux : j’ai nommé L’Indien, distingué troll gauchiste.

Provocateur comme à son habitude, il était venu expressément à l’occasion de l’ordonnancement du nouveau Pape… histoire de cracher un peu de bile. L’Indien est un athée avec un couteau entre les dents (oui, cela existe !) – ses réflexes hargneux, dès qu’il est question de religion, rappellent fortement ceux des communistes à l’ancienne mode.

C’est alors qu’il m’est venu à l’esprit une chose toute bête : l’Indien, en tant que lecteur assidu de la réacosphère, a pu se faire une idée extrêmement précise de nos modes de pensées, il en est venu à anticiper coup sur coup nos façons de réagir, de contrer ses piques… cependant que nous, tandis que nous étions continuellement en butte à ses agressions, coincés dans une posture défensive, nous n’avons jamais pris la peine d’étudier son cas.

Qui est vraiment l’Indien ? En quoi croit-il ? C’est ici ce qu’il vous sera donné l’occasion de découvrir…

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..SOURCE : Chez l’Amiral Woland, le 14/03/2013 – L’article s’intitule : François, notre Pape

[NDLA : j’ai pris la liberté de corriger rapidement quelques fautes d’orthographe et de ponctuation chez l’Indien, pour faciliter la lecture.]

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L’INDIEN| 15 mars 2013 à 18 h 01 min | Réponse

Rien a changé ici évidemment ! Toujours aussi peu objectifs. Etonnant de vous voir vous appuyer sur le nombre de moutons qui suivent votre nouveau berger, depuis quand des réacs se cachent derrière un gros nombre pour en juger un autre plus petit. Tous vos milliards de crétins et votre chef ne vaudront jamais un seul des vrais papes modernes, les savants, scientifiques qui font désormais avancer le monde, loin des égarements mentaux des milliards de bigots figés dans leurs us ridicules faute d’avoir eu une vraie éducation variée.

  1. L’Indien !!!!!!!!!!!!!
    Bonjour !

  2. Le troll a pour objectif de créer une polémique dans le but de perturber l’équilibre d’une communauté. Ca me va, mais dans le cas ou mes propos correspondent a ma pensée, ça ne fait plus de moi un troll. Et encore moins si je n’agis pas de façon perverse, ce qui est le cas. Il y’a toujours chez vous cette manière de ne jamais apporter d’arguments convenables, esquivant la confrontation. Ce qui ressemble beaucoup a une communauté recroquevillée dans son coin, butée qui ne trouve son équilibre qu’en s’entendant dans la critique des autres. Je fais mon relou là, mais vous êtes graves, franchement. Sinon a propos de ce pape, c’est pas pour critiquer mais je voudrais dire que ses lunettes sont très mal ajustées, je suis désolé mais je sais de quoi je parle, on voit bien que les pli des branches sont trop courts, enfin bref mon dieu laisse pas passer ça, il se flingue la vue le gars.

    • Mais on vous aime bien et puis on est toujours le troll d’un autre de plus quand je lis Troll de Troy, je suis aux anges.

      Quant au recroquevillement que vous évoquez, il est identique chez les gentils de gauche, voire plus méprisant , plus agressif.

      Bonne journée

  3. L’Indien a changé !
    Avant, dans le bon vieux temps, il répondait quand on le saluait. Il était d’une politesse exquise, enfin normale quoi. On a le droit de changer de qualificatif.
    C’est ptet un autre Indien, c’est plus le nôtre.
    Et puis, stylistiquement parlant, la mode étant aux comparaisons, on ne le reconnaît pas.
    Il faisait des paragraphes il me semble, non ?
    Cet Indien-ci est un imposteur.

  4. Comme je n’ai pas l’habitude de mettre la parole de mon amiral en doute, je dirais que monsieur l’indien a mûri, les épreuves l’ont mûri avant l’âge. On sent un doute dans son intervention, on sent un vécu difficile à reconnaître, on sent un appel au secours vers cette communauté recroquevillée dans son coin mais au combien sécurisante. Courage monsieur l’indien comme dit l’autre « les bons mûrissent. Les mauvais pourrissent »

L’INDIEN | 18 mars 2013 à 16 h 35 min |

Vous êtes d’une condescendance insupportable et avez ce comportement typique des bandes, avec des membres qui s’embrigadent les uns les autres au point de ne plus être capables d’apporter de crédit aux idées qui ne vont pas dans votre sens. On ne peut pas parler avec vous, le débat n’a jamais été possible ici. Tout ce que vous trouvez a répondre c’est que je n’ai pas fait de paragraphe, que je ne réponds pas aux bonjours et a faire vos petites blagues privées.

Il y’a quand même Coach Berny qui soulève le fait que vous vous sentez en sécurité dans votre communauté. Ça n’est surement pas une bonne raison pour mépriser a ce point les autres. Alors je sais bien que l’évolution des choses ne vous facilite pas l’existence, que rien ne va dans votre sens avec les mariages pour tous, la mort a petit feu de la religion, les libertés laissées a la liberté de circulation, les arrivées de la gauche aux pouvoirs, de toutes façons tout est toujours trop a gauche pour vous. Vous devriez tout de même faire un effort de comprendre qu’on n’essaye pas d’organiser une révolution quand on est isolé dans son coin. Parce que j’en ai entendu des désirs de reconquista etc, vous nagez en plein délire, les gens sains d’esprits ne veulent pas de ce que vous souhaitez. Continuez d’ignorer tout ça, faites vos petites prières dans votre secte, vos petites blagues sur les blogs en vous rassurant tant bien que mal en vous donnant la position du chêne isolé et solide qui ne plie pas devant vents et marées d’ordure. Ca n’empêche qu’il a de grosses œillères ici. Vous fonctionnez par biais cognitif, et c’est pas étonnant pour un groupe qui s’est auto marginalisé et qui a tendance a se perdre dans la religion. Si vous ne respectez pas le point de vue des autres et aimez l’exprimer, alors allez leur dire, plutôt que rester entre vous a ressassez les même choses ou vous vous retrouvez et à refuser la discussion quand y’en a un qui vient essayer de percer votre coquille.

MOI | 18 mars 2013 à 16 h 57 min | Réponse

Vous approuvez la marche du monde, l’Indien ?

Libre circulation des hommes comme des marchandises, Bruxelles dépossédant les vieilles démocraties d’Europe de leur souveraineté, le mariage pour tous accompagné du « droit à l’enfant » qui empiète sur la Déclaration des Droits de l’Enfant, les belles églises du patrimoine de la France qu’on n’entretient pas voire qu’on détruit, les moches mosquées modernes qu’on construit avec l’argent public en dépit des principes les plus élémentaires de séparation de l’Eglise et de l’Etat.. etc. Et j’en passe… Vous approuvez tout ça ?

L’INDIEN | 18 mars 2013 à 17 h 47 min | Réponse

Ca serait vraiment idiot de se satisfaire de ce qu’est le monde, mais j’approuve comme la plupart des gens, l’orientation qu’il prend. L’être humain a toujours été une marchandise, comme tout le reste, il se déplace là ou ça l’arrange, il se fait envoyer là ou ça va dans l’intérêt de sa communauté, de son entreprise, ça n’est pas la source du problème. Pour les vieilles démocraties d’Europe qui n’ont plus leur souveraineté, c’est comme ça. Les pays comme les personnes doivent apprendre qu’on fait partie d’un tout et qu’on ne peut s’occuper de sa personne en ignorant les autres. Faire partie d’un groupe c’est apprendre à se remettre en question. L’intelligence, notre place dans le monde animal, nous vient de cette particularité, de savoir se percuter aux idées opposées pour évoluer ou les faire évoluer. Sinon pour le mariage pour tous, encore heureux que tout le monde puisse s’unir comme il le souhaite tant que ça reste dans la morale, et à notre époque la morale c’est la science et elle nous dit qu’il n’y a pas de raisons de refuser ces droits aux gays. Qu’ils élèvent des gamins, aussi s’ils le souhaitent. C’est quoi cette histoire de droit de l’enfant? Depuis quand un enfant a des droits? Il prend le monde tel qu’il lui vient, avec des parents et un entourage plus ou moins bien selon sa chance.

Les belles églises sont bien assez respectées surtout sachant les horreurs passée et présentes qui sont faites au nom de la religion. Inversons les choses si les églises étaient des lieux athées ou agnostiques et la population religieuse, ça fait longtemps que les clochers n’existeraient plus. Mais heureusement tout le monde n’a pas pour désir de vouloir évangéliser les autres selon les préceptes d’un livre qu’on croit écrit par Dieu mais qui n’est que le fruit d’humains qui ont manuscrit des rumeurs de chamans et autres soit-disant prophètes qui n’étaient que des épileptiques. Ca va pour tous les théismes. Détrompez vous l’Islam ne bafoue pas plus la laicité que les autres, c’est juste qu’on était pas habitué a leur présence.

Merci d’expliquer vos soucis, mais je trouve que quand vous vous révoltez pour critiquer les affronts qui sont fait au monde, vous pensez a votre monde, plutôt que de prendre en compte un ensemble de beaucoup de chose.

MOI | 19 mars 2013 à 9 h 28 min | Réponse

Bonjour l’Indien.

Tout ce que vous nous dites est proprement fascinant. Je trouve totalement regrettable que nous ne nous soyions pas penchés plus tôt sur vos opinions à vous, tandis que continuellement nous nous bornions à prendre le plus grand risque en vous exposant les nôtres. En effet, notre ignorance de votre personne, jusqu’ici, nous laissait en butte à vos provocations incessantes, et bloqués dans une inconfortable position défensive. J’espère que dorénavant lorsqu’on verra paraître l’Indien, on ne se contentera plus de s’exclamer comme des enfants : « Oh voilà le gauchiste ! Oh voilà le troll ! », mais qu’on saura à qui l’on a affaire. Vous êtes aussi un libéral, l’Indien, un partisan du « laisser-faire », un vrai.

Cela tombe bien pour moi, voyez-vous l’Indien, parce que contrairement à certains ici (que vous avez peut-être effectivement, quelque part, coincés dans leurs propres contradictions idéologiques – notamment quelques unes de vos allégations ne sont pas sans me rappeler celles d’un certain denis l. – remember ?), cela tombe bien pour moi, disais-je, car de mon côté je suis plutôt du genre anti-libéral acharné (sisi ! ^^), ainsi je réalise que vous synthétisez tout ce que je déteste le plus au monde en terme de posture idéologique. Rien que pour cela vous mériteriez que je vous consacre un article – pourquoi pas une interview ? – sur mon blog. Si l’Amiral voyait un inconvénient à ce que nous occupions le présent fil de commentaire pour nous affronter, c’est ce que je ferais.

Quand vous dites qu’il faut avoir le courage de se confronter aux opinions adverses, je vous suis à 100%. Quand vous dites qu’il faut avoir le courage de ses propres opinions jusqu’au bout, je vous baise les pieds. Avec moi, vous pouvez être certain que votre vœu de cohérence interne sera respecté. Plus encore, je ne vous laisserai pas manquer à une telle exigence envers vous-même. Un tel jusqu’au-boutisme me plait trop.

Vous avez dit également : « la morale d’aujourd’hui, c’est la science ». Je suppose que vous allez voir en moi une personne excessivement morale, car je m’apprête à user pour vous contrer de la méthode scientifique. Je vais numéroter les réflexions que me suscitent vos allégations par le menu. Si vous n’êtes pas trop indigne de cet entretien, vous me ferez le plaisir d’y répondre en usant des mêmes repaires. Ainsi la lecture en sera facilitée pour notre hôtes et ses hôtes.

Merci.

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1 – « Ca serait vraiment idiot de se satisfaire de ce qu’est le monde. »

Pourquoi idiot ? Mais allez-y, développez…

2 – « J’approuve comme la plupart des gens, l’orientation qu’il prend. »

Pour vous, « les gens » éprouvent globalement le sentiment de vivre dans un monde de progrès. Intéressant.

Ces gens auxquels vous pensez, à quelle catégorie sociale appartiennent-ils ? Vous devez connaître un certain nombre de jeunes, si nous exceptons les jeunes issus de l’immigration, dont les parents ont parfois vécu la grande misère, trouvez-vous que les jeunes européens ont un niveau de vie égal à celui de leurs parents ? Vous devez notamment connaître un certain nombre de personnes issues de la génération Baby-boom, qui ont connu le plein-emploi des trente glorieuses, si vous deviez comparer ce que c’était qu’avoir vingt ans à leur époque, avec ce que ç’a été d’avoir vingt ans pour leurs enfants (leurs enfants qu’on nomme aussi « la génération sacrifiée »), et ce que c’est que d’avoir vingt ans aujourd’hui, quelle réflexion vous viendrait-elle à l’esprit ?

A vos yeux, progrès technique égale progrès tout-court. Pensez-vous que la découverte de l’arme nucléaire soit un progrès humain ?

Dans le même ordre d’idée, les guerres du XXe siècle ont été les plus meurtrières de toute l’histoire de l’humanité, et cela grâce au progrès technique. Notamment le régime nazi a eu ceci de particulier qu’il a planifié des massacres de manière /scientifique/ (tout comme le régime communiste de l’ex. URSS) , et qu’il a fait avancer la médecine par un certain nombre d’expériences directement sur matériau humain. Cette façon moderne de faire la guerre a-t-elle constitué un progrès à vos yeux comparativement aux anciennes façons de faire, moins « rationnelles » ? [SVP ne me parlez pas de religion ici, car cela serait hors sujet. La religion nous y viendront plus tard].

3 – « L’être humain a toujours été une marchandise, comme tout le reste, il se déplace là ou ça l’arrange, il se fait envoyer là ou ça va dans l’intérêt de sa communauté, de son entreprise, ça n’est pas la source du problème. »

Lorsque vous dites qu’il est normal que l’homme soit réduit à l’état de marchandise, vous admettez que l’homme est un loup pour l’homme et que cela est dans l’ordre des choses.

« à notre époque la morale c’est la science »

Cela donne-t-il raison à votre avis aux scientifiques nazis qui ont travaillé sur matériau humain vivant ? S’il apparaissait éventuellement à la science actuelle qu’un homme vivant (par exemple un fou, grandement handicapé, chômeur de longue durée, sans famille) était plus utile à la société sous forme de pièces détachées, c’est-à-dire en donnant ses organes à des accidentés de la route ou à la science, que sous la forme d’un homme vivant, trouveriez-vous normal que la science le condamne à mort ? A quoi servent à votre avis les comités de bioéthique, si la morale et la science ne font qu’un ?

Lorsqu’une femme qui vit dans la grande misère, quelque part sur la planète, se fait payer par un occidental pour porter un enfant qui n’est pas à elle et ne le sera jamais (car on le lui retirera à sa naissance), cela ne s’apparente-t-il pas à de l’esclavage ? Puisque vous trouvez normal de vendre du matériau humain, quels arguments pouvez-vous avancer en défaveur de l’esclavage ? Si en vertu de la science, l’esclavage lui-même – pratique archaïque abolie en Occident dès la fin de l’antiquité pour des raisons morale, contre laquelle les Etats-Unis-d’Amérique se sont constitués en démocratie, condamnée fermement par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen – si l’esclavage lui-même, en vertu de la science, n’apparaît plus comme étant une pratique immorale, alors la science livrée à elle-même n’apparaît-elle pas dès lors, quant à elle, comme conduisant à une régression sur le plan des mœurs, à un retour à la barbarie ?

4 – « L’être humain a toujours été une marchandise. »

Quand vous lisez une tragédie grecque, avez-vous le sentiment que les hommes qui y sont dépeints sont des marchandises ?

5 – « Pour les vieilles démocraties d’Europe qui n’ont plus leur souveraineté, c’est comme ça. Les pays comme les personnes doivent apprendre qu’on fait partie d’un tout et qu’on ne peut s’occuper de sa personne en ignorant les autres. Faire partie d’un groupe c’est apprendre a se remettre en question. »

Vous comparez les nations, les démocraties, à des hommes, et vous dites qu’elles doivent vivre en bonne intelligence les unes avec les autres. Pourquoi pas. A présent, en quoi l’art de vivre en bonne intelligence avec son voisin consiste-t-il ? Suffit-il pour bien s’entendre avec son prochain d’être gentil avec lui ? Ne faut-il pas aussi veiller à s’en faire respecter ? Celui qui respecte l’intégrité (la vie privée, la liberté d’opinion, le droit de réserve) de son prochain n’est-il pas en premier lieu celui qui sait respecter les siens-propres ? Et face à un voisin agressif ou intrusif, comment fait-on ? Les méchants voisins n’existent-ils pas ? Et suis-je absolument forcée d’aimer mon voisin pour vivre paisiblement à ses côtés ? N’ai-je pas le droit de l’ignorer complètement ? De vouloir qu’il m’ignore ? C’est mon cas en ce qui concerne certains voisins que j’ai dans mon immeuble : ce sont des gens qui ne pourraient pas me comprendre, avec lesquels je ne partage aucune valeur, qui passent eux-mêmes à côté de moi sans me voir, et cela m’arrange bien, et qui attendent de moi que j’en fasse autant. A l’inverse, quand une personne donnée témoigne un intérêt particulier, voire excessif, pour son voisin, et que celui-ci se voit forcé ou bien de rendre une telle sympathie sans coup férir, ou bien de passer pour un ingrat, voire même (pour les plus faibles) de se claquemurer chez lui dans l’angoisse de voir l’autre faire irruption dans sa vie à tout moment, cela n’engendre-t-il pas bien souvent toutes sortes de malentendus et d’embrouilles ? Dans bien des cas – si ce n’est dans tous les cas – c’est à la condition-même qu’une saine distance de sécurité soit respectée entre individus différents, par les uns et les autres, entre les uns et les autres, que paradoxalement des relations – prudentes donc respectueuses, donc subtiles, riches et variées – peuvent éventuellement se nouer entre eux. Nous faisons mine de ne pas le voir, mais bien souvent les êtres que nous aimons le plus sont ceux qui nous laissent libres de ne pas les aimer. Et la pire illusion du monde en termes relationnels est de croire qu’il faille coûte que coûte entrer en fusion sentimentale ou intellectuelle complète avec tout le monde.

6 – « Pour les vieilles démocraties d’Europe qui n’ont plus leur souveraineté, c’est comme ça. Les pays comme les personnes doivent apprendre qu’on fait partie d’un tout et qu’on ne peut s’occuper de sa personne en ignorant les autres. Faire partie d’un groupe c’est apprendre a se remettre en question. . »

Vous comparez les démocraties, les nations, à des hommes, et vous sous-entendez qu’elles ont comme eux une durée de vie limitée, et qu’il faut s’y résoudre. Très bien, pourquoi pas. A présent j’ai tout de même envie de vous poser une question. Etant donné que les nations (et les démocraties également – de /demos/, peuple) ne valent que par les hommes qui les composent, que faut-il faire à votre avis des hommes qui se définissent eux-même par-rapport à leur appartenance à une nation ? – chose qui n’est pas beaucoup plus folle, vous en conviendrez, que celle de se définir par-rapport au nom qu’on porte, à l’éducation qu’on a reçue, à la classe sociale d’où l’on vient – il faut bien se définir soi-même d’une manière ou une autre. Que faites-vous donc des hommes qui composent les nations désuètes ? Sont-ce des hommes désuets ? Et s’il est normal de voir mourir les nations désuètes, doit-on également pousser à la mort les hommes désuets ? Vous prônerez sans doute encore une fois une sorte d’arrangement à l’amiable, vous direz qu’il faut convaincre les gens d’évoluer, pour leur propre bien. Et là je vous dirai – patatras ! – dans quelle mesure peut-on prétendre faire le bien des gens contre leurs propres volontés et choix d’appartenance ? Figurez-vous le dernier des Mohicans : doit-on le convaincre qu’il n’est pas un Mohican pour le faire accéder au bonheur qu’ont les autres de ne pas appartenir à une race éteinte et à une nation en ruines ? Figurez-vous Don Quichotte, qui se serait plutôt laissé découper sur place par un démon à six-têtes plutôt que d’admettre que le temps rêvé des Chevaliers sans peurs et sans reproches était révolu. Don Quichotte ne se laisserait pas raisonner par vous, il ne se laisserait pas convaincre qu’il doit être autre chose que Don Quichotte. Faut-il donc le découper en tranches ? Se moquer de lui avec la cantonade ? Se féliciter de sa prochaine élimination naturelle ?

Si vous pensez que les Don Quichotte doivent disparaître, vous ressemblez un peu en cela aux requins, ces nazis de la mer, donc le rôle dans l’écosystème qu’ils habitent est de faire disparaître les animaux blessés ou frappés de faiblesse, afin de laisser la place libre à ceux qui, en bonne santé, doivent se reproduire pour améliorer le pool génétique de leur espèce. Cela veut dire que lorsque vous trouvez un être fragile et mal adapté, un Albatros (aux-ailes-trop-grandes-qui-l’empêchent-de-marcher) qui dans la nature n’est rien mais que dans une civilisation on fait apprendre aux enfants des écoles, une pauvre âme en souffrance, un blessé de la vie, alors au nom de cette Vie-même – dont vous ne voulez pas admettre qu’elle puisse être cruelle à l’homme de cœur, au rêveur, au sensible – alors au nom de votre déifiée nature – dont vous ne voulez pas admettre qu’elle soit l’éternelle ennemie de la civilisation, de la culture, donc de l’homme -, vous décrétez qu’il doit disparaître sans laisser de trace.

Or c’est le propre des animaux, encore une fois, de disparaître sans laisser de traces. Pas celui des hommes qui bâtissent et écrivent, pas celui des Nations et des Civilisations non plus.

7 – « l’intelligence, notre place dans le monde animal nous vient de cette particularité, de savoir se percuter aux idées opposées pour évoluer ou les faire évoluer. »

« L’intelligence, c’est la capacité d’adaptation. » Je connais cette phrase, c’est ce que me disait toujours ma mère.

Elle pourrait être de Machiavel. Ou de Confucius. Celui qui pense et agit, toujours en toute chose, conformément à ce que la nécessité/l’avidité/son boss commande, conformément au sens où le vent tourne, celui-là n’est-il pas toujours le plus intelligent ? En tout cas le plus victorieux ? On se demande bien à ce compte-là pourquoi il y a encore (et toujours) des ahuris pour ne pas toujours faire tout ce que l’appel de leur estomac leur commande… C’est vrai, quoi, là où y’a d’la gène y’a pas de plaisir ! … y’a pas d’bon sens non plus ! Après tout, hein, puisque nécessité fait loi !

On se demande bien aussi pourquoi une telle façon de voir a toujours été identifiée, dans la mentalité populaire, à celle du voleur ou du traître… On se demande bien pourquoi d’ailleurs aux yeux du vulgus pecum le voleur et le traître ont toujours été perçus comme des individus dépourvus de sens moral… C’est vrai quoi, pourquoi ne pas retourner sa veste quand le revers est de vison ? Par ici la bonne soupe, les plus gênés cèdent la place !

Quand vous dites, l’intelligence c’est savoir s’adapter, j’en déduis aussi que les cloportes mutants qui ont su résister à un accident nucléaire (là où tous les hommes ont clamsé) nous sont supérieurs en intelligence. J’en déduis aussi que les amibes capables de continuer à vivre dans les conditions climatiques, chimiques, de pression, de chaleur ou de froid les plus extrêmes, surpassent l’homme du point de vue de l’intelligence dans des proportions incommensurables…

8 – « Sinon pour le mariage pour tous, encore heureux que tout le monde puisse s’unir comme il le souhaite tant que ça reste dans la morale, et a notre époque la morale c’est la science et elle nous dit qu’il n’y a pas de raisons de refuser ces droits aux gays. »

La science la plus élémentaire dit aussi qu’un homme ça porte une bite, et qu’une femme ça n’en a pas, et qu’il faut un ovule et un spermatozoïde (chacun étant – forcément – sexuellement différencié) pour faire un bébé. Mais manifestement ces pseudo-progressistes (vrais esclavagiste, héraults du retour à la barbarie) ne s’intéressent à la science que lorsque celle-ci les arrange.

9 – « Qu’ils élèvent des gamins aussi s’ils le souhaitent. C’est quoi cette histoire de droit de l’enfant? Depuis quand un enfant a des droits? Il prend le monde tel qu’il lui vient, avec des des parents et un entourage plus ou moins bien selon sa chance. »

Un enfant, je vais vous expliquer ce que c’est. C’est un individu tellement faible qu’il ne peut pas encore s’occuper de lui-même tout seul, ce pourquoi il est obligé de compter sur la tendresse des adultes, leur générosité, leur amour. Il n’a pas le choix. Les Droits, je vais vous expliquer ce que c’est, il s’agit de privilèges justifiés qu’on accorde prioritairement aux individus faibles. Exemple : tu es handicapé, tu es vieux, tu es malade, tu es prioritaire sur les autres dans le bus en ce qui concerne le droit à la place assise. Autre exemple : tu es un petit enfant, tu portes une couche, tu es vulnérable, tu ne comprends pas tout ce qu’il se passe autour de toi, tu n’as encore jamais eu l’occasion de faire du mal à ton prochain, tu as donc le droit à ce qu’on te change ta couche, qu’on te protège, qu’on t’explique ce que tu ne comprends pas, et qu’on respecte ton innocence en ne te confrontant pas à des problèmes d’adulte (sexe, dialectique du péché, etc..) qui ne sont pas encore de ton âge.

Voilà, alors ça l’Indien, c’est la base, c’est le fondement de toute morale. En dehors de ça en fait il n’y a pas de morale. Je suis d’accord avec vous pour dire que si l’on oublie ça, il n’y a plus que des coutumes bidon. C’est là-dessus aussi qu’on fonde la notion de justice telle qu’elle est employée par nos tribunaux laïcs, car il s’agit encore une fois de pur bon-sens, 100% rationnel. Pas non plus besoin de religion pour comprendre ça.

10 – « depuis quand un enfant a des droits? Il prend le monde tel qu’il lui vient, avec des parents et un entourage plus ou moins bien selon sa chance. »

Ok. Donc vous votre truc, c’est le laisser-faire. Non mais c’est cool, parce que vous le dites clairement : à chacun sa merde, à chacun « selon sa chance ». Plus loin vous confirmez : « mais je trouve que quand vous vous révoltez pour critiquer les affronts qui sont fait au monde, vous pensez a votre monde ». En gros, ce que vous dites c’est que le bien-être des uns faisant le malheur des autres, personne ne devrait être habilité à lutter pour son bien-propre, sauf à prendre le risque de priver son prochain des privilèges qu’il s’arroge à lui-même. Bon, ce à quoi vous n’avez pas pensé, c’est que les Occidentaux ne sont pas seuls à lutter pour leur bien-propre. En réalité, tout le monde le fait. Par contre, si jamais les Occidentaux se convainquaient eux-même, comme vous aimeriez qu’ils le fassent, d’arrêter de rechercher leurs propres bonheur et succès, il seraient peut-être les premier êtres vivants jamais créés à agir ainsi. Ils deviendraient par là-même, à proprement parler, de véritables /erreurs de la nature/. De véritables erreurs que la nature (et sa cruelle loi) aurait tôt fait d’éliminer. – En réalité, je vais vous dire ce qu’il se passe, personne au monde n’est en mesure de se perpétuer sans l’être (de continuer à vivre, quoi) en agissant à l’encontre de son propre bien. Ceux qui prétendent le faire sont juste des hypocrites. En demandant aux gens d’agir ainsi vous leur demandez simplement d’agir en hypocrites – comme le ferait un authentique bigot.

Laissez-moi vous conter à présent une petite fable sur le /laisser-faire/. Il était une fois un petit garçon qui voulait un aquarium rempli de poissons de toutes les couleurs. Sa maman l’emmène au magasin, le petit garçon en fait le tour et il s’écrie : « Ils me plaisent tous ! J’en veux un de chaque ! ». Aussitôt quémandé, aussitôt acheté. Le soir venu, quand le petit garçon se retrouve chez lui muni de son nouveau jouet, il se dit que son aquarium est résolument le plus beau qu’on ait jamais vu, qu’il est encore bien plus beau que tous ceux que présentent les animaleries à leurs clients, et il s’en va se coucher des rêves pleins la tête. Hélas, tandis qu’il dort en rêvant à toutes sortes d’alter-mondes radieux, dans le salon obscur est en train d’avoir lieu une terrible guerre. Le petit garçon ignorant les règles les plus élémentaires de aquariophilie, a mélangé de terribles prédateurs d’eau de mer avec de petits poissons d’eau douce, il a fait se côtoyer de fragiles espèces pacifiques venues des climats tempérés avec d’autres, extrêmement belliqueuses, issues des grands lacs d’Afrique (où la survie en eaux trouble demande des capacités d’adaptations hors-norme). Au matin, quand le petit garçon se réveille, il ne reste plus rien de son paradis de la veille. Un gros poisson prédateur au visage balafré, le ventre gonflé d’avoir mangé toute la nuit, tourne et tourne encore sur lui-même, avec un air de défi, seul dans les débris des autres au milieu du bocal.

11 – « Les belles églises sont bien assez respectées surtout sachant les horreurs passée et présentes qui sont faites au nom de la religion. Inversons les choses si les églises étaient des lieux athées ou agnostiques et la population religieuse, ça fait longtemps que les clochers n’existeraient plus. Mais heureusement tout le monde n’a pas pour désir de vouloir évangéliser les autres selon les préceptes d’un livre qu’on croit écrit par Dieu mais qui n’est que le fruit d’humains qui ont manuscrit des rumeurs de chamans et autres soit-disant prophètes qui n’étaient que des épileptiques. »

Je veux bien que les grands inquisiteurs de naguère se soient rendus coupable de bien des crimes, l’Indien. Mais qu’avez-vous au juste à leur apprendre sur leur métier, vous qui venez de nous montrer que l’« humanisme » d’un genre nouveau que vous prônez est susceptible de sanctifier, dans le désordre :

– l’esclavagisme
– la marchandisation du vivant
– la planification technocratique de massacres à grande échelle
– la loi du plus fort/la loi de la jungle
– la morale du traître ou du voleur, à savoir l’opportunisme
– la persécution des plus faibles
– le non-respect de la Déclaration des droits de l’Homme et de l’Enfant
– la non-assistance à personne en danger

…et j’en passe…

12 – « détrompez-vous l’islam ne bafoue pas plus la laïcité que les autres, c’est juste qu’on n’était pas habitué a leur présence. »

Je veux bien. Cependant, en France, on ne construit plus d’églises. En revanche, on construit beaucoup de mosquées. Pourquoi alors les gens de votre obédience s’en prennent-ils si souvent aux chrétiens et laissent les musulmans tranquilles ? Parce qu’il faut savoir s’adapter au sens du vent, s’adapter comme les cloportes, c’est ça ?

Sur l’éducation – suite.

Fascisme Fun » @ Irena Adler :

Les gosses d’aujourd’hui, et à commencer par les petit blancs des classes supérieures, sont devenus des petits singes bruyants, ultra revendicatifs et narcissiques, totalement déconnectées des valeurs sacrificielles et familiales (ils mordent la main qui les a trop nourri, vivent dans un confort neurasthénisant).

Je dirai même plus que leur « pourrissement » est synonyme d’intégration dans la société. Si vous gosses ne sont pas aussi « pourris » que les autres, il ne s’intégreront pas plus dans le monde du travail que dans les soirées étudiantes.

Je doute encore plus que les « réactionnaires » soient capable d’élever traditionnellement leur marmaille. Allez dans n’importe quelle famille catholique pour voir l’étendue de molesse hippie qui s’est emparé des géniteurs comme de la progéniture (le film « La Vie est un long fleuve tranquille » est très représentatif du phénomène).

Irena Adler @ « Fascisme Fun » :

Si vous saviez comme je me fous des gosses des autres, lol !
Je l’ai pourtant expliqué dans mon article : aimer ses propres enfants, ce n’est pas raisonner sur l’éducation de tous les enfants du monde, ou vouloir le bien de tous les enfants du monde, au contraire.

Mais vous avez conservé du gauchisme une tendance forte à l’universalisme-niais.

« Je dirai même plus que leur « pourrissement » est synonyme d’intégration dans la société. Si vous gosses ne sont pas aussi « pourris » que les autres, il ne s’intégreront pas plus dans le monde du travail que dans les soirées étudiantes. »

I can afford that. ^^

Je ferai en sorte que mes enfants, s’ils sont exceptionnels, n’aient pas à frayer en permanence avec la lie de l’humanité non plus. Je ne vais pas les envoyer non plus dans des établissements scolaires classés ZEP, vous imaginez bien ! Pour le reste, chacun est sur la terre pour porter sa croix. Quand on transmet à un enfant une distinction en ce monde, il faut lui donner aussi la force de la porter, de la défendre, et de la transformer. Cela se matérialise par une certaine quantité de savoir : quand on offre une épée ou une canne-à-pêche à quelqu’un qui ne sait pas encore s’en servir, il vaut mieux lui dispenser également les cours d’escrime ou de pêche qui vont avec. La base de l’éducation d’un petit est en quelque sorte d’assurer le service-après-vente de l’héritage (vices ou vertus) qu’on lui transmet ! C’est là ce en quoi l’injonction du « connais-toi toi-même » est utile aussi au bon parent : en ce qu’il doit être parfaitement au clair avec la nature réelle du patrimoine (génétique, historique, idéologique) qu’il transmet. En d’autre terme, un bon parent est un parent qui est honnête avec lui-même (et cela même avant que d’être honnête avec l’enfant).

A présent, si la vie était un long fleuve tranquille, en tant que mère, que me resterait-il à enseigner à ma progéniture ? Ne pourraient-ils pas dès lors se passer de moi ? Et si mes enfants étaient des individus « sans-problèmes », ne seraient-ils pas aussi, par là-même, dénués d’intelligence et de possibilités d’évolution ? Et de quoi au juste aurais-je vocation maternelle à les protéger, si autour de nous ne veillait pas à notre perte, comme un défi, l’adversité permanente du monde ? – celle à propos de laquelle, justement, j’écris, et contre laquelle moi-même je me construis – celle à propos de laquelle j’ai tant à dire, à transmettre ?

Une seule chose fonde l’éducation, le lien familial : et c’est en définitive un certain nombre d’épreuves communes aux membres d’une même famille, que ceux-ci doivent s’entraider réciproquement à affronter. C’est-là d’ailleurs ce pourquoi il vaut mieux avoir des parents humbles, qui ne donnent pas l’impression d’avoir su eux-mêmes vaincre l’intégralité de leurs propres démons, et qui vous en laissent donc une partie à affronter à votre tour, que des parents soit-disant « parfaits » – qui donnent l’impression de s’être résolus eux-mêmes…

En effet, ceux-là qui, en fait de roman familial à continuer et reprendre, ne laissent à leurs enfants que des « miettes » (miettes d’héritage et de sens), sous-prétexte de leur épargner le tragique constitutionnel de la vie [autrement dit : ceux qui font de la culture d’enfant hors-sol, dans un cocon de coton, au lieu de prendre le risque ambitieux de les enraciner au plus tôt en pleine terre – comprendre : dans le réel], en fait les exposent au contraire, lorsque ceux-ci grandissent, aux pires, aux plus déchirantes et suicidaires des expériences existentielles ! Ils livrent leurs enfants à des épreuves nouvelles pour affronter lesquelles ils n’auront reçu ni appui, ni armes, ni formation. Exactement comme s’ils exposaient brutalement à la lumière du soleil, du vent, aux intempéries, des espèces végétales grandies « en laboratoire » – donc grandies à l’écart de la plupart des bactéries (à la fois agressives et nécessaires) qui évoluent dans la nature.

Au lieu de permettre à leurs enfants de s’appuyer sur leur tête pour les dépasser, et donc de faire de leur famille le lieu d’une possible évolution, d’un progrès, ils créent une progéniture « issue de rien », qui doit tout réinventer : une progéniture aussi brutale et paradoxalement fragile que l’étaient les hommes préhistoriques. Et voilà le danger principal qu’il y a à vouloir ignorer/refouler cette évidence que la nature a horreur du vide, et qu’un problème solutionné y appelle toujours l’apparition d’un problème nouveau – voilà ce pourquoi le plus grand des danger consiste toujours paradoxalement à vouloir nier, réduire artificiellement, le tragique nécessaire de l’humaine condition.

***

ADDENDUM :

Pour ce qui est du fait que je n’ai pas l’intention d’envoyer mes enfants étudier en ZEP… cela n’est pas absolument pas comparable avec le fait de vouloir les élever dans du coton ! Un enfant reste un enfant, c’est-à-dire qu’il mérite de recevoir des soins, des attentions particulières, et que rien de justifie jamais qu’on lui inflige des maltraitances – surtout pas la prétention fallacieuse de vouloir l’endurcir. Comme illustration de cela, je ferai remarquer qu’un végétal qu’on a planté dans un sol non-adéquat n’en devient pas plus vigoureux pour autant – bien au contraire. Envoyer ses gosses étudier en ZEP lorsqu’on a les moyens de l’éviter, s’apparente à de la maltraitance. Ne recevoir aucune formation intellectuelle digne de ce nom et être agressé toute la journée par des singes, ce n’est pas grandir plus vite, ni se donner les moyens de vaincre la chienlit. [Un singe brutal bien-adapté à sa banlieue, n’est fort que momentanément, durant l’enfance, dans sa cour d’école, dans sa banlieue, c’est-à-dire nulle part. Un mec qui fait l’ENA en revanche c’est un mec qui aura accès au pouvoir. Le singe ne fera jamais l’ENA, CQFD.] Il ne s’agit pas pour autant de cacher aux enfants les réalités du monde : simplement de leur permettre de grandir dans un milieu suffisamment propice à leur bon développement physique et mental pour qu’une fois adultes ils aient ce qu’il faut de force au ventre pour affronter le réel tel qu’il est – et, une fois formés adéquatement, se mesurer éventuellement, s’ils le désirent, aux défis les plus éprouvants (comme par exemple enseigner en ZEP – mais cela n’est qu’un exemple pris entre mille, pour illustrer le sujet).

De la mesure avant toute chose.
L’hübris (la démesure), surtout appliqué à l’éducation, et prôné comme une vertu, c’est un truc d’idéologues, donc encore un truc de gauchistes.

Au sujet de tout l’aspect pécuniaire qui entre en jeu dans l’aménagement d’un foyer propice à l’éducation des enfants – aspect qui aujourd’hui obsède les Occidentaux au point qu’ils tuent la plupart du temps le fruit de leurs entrailles lorsqu’ils se sentent trop peu conformes au modèle socio-économique du parent-type tel que promu par la pub et la presse magazine – aspect qui en revanche tourmente beaucoup moins les populations immigrées qui vivent essentiellement de la manne des Allocs – un autre article est à venir.

Le ministre de l’Educ’ Nat’ a dit…

 »La Franc-maçonnerie, religion de la République » (V. Peillon)

Mais la République, sa vocation, en tant qu’elle est fondée sur le vote du peuple, (et le recours éventuel au référendum, et la liberté d’expression), n’est-elle pas d’être à tout le monde, justement ? La France historique a déjà une religion, ou plutôt une culture religieuse, dirons-nous, et il s’agit bien-évidemment de la religion chrétienne… Car la laïcité n’est nullement une négation de la religion, elle ne doit pas viser à sa persécution ; de la même manière que l’honnête homme ne peut et ne doit cesser de commercer avec son inconscient, elle équivaut à seulement à un refoulement, ou plutôt à un confinement, de ce-dit « inconscient » collectif national qu’est le langage symbolique religieux dans les garde-fous protégés de la sphère privée et des lieux de célébration rituels. La France (la République Française, donc) appartient aussi (et même dirais-je surtout) aux chrétiens natifs… aux chrétiens charnels. Pour faire une jolie image, je dirais que l’âme française est chrétienne à l’état de nudité, et que ce n’est que par décence, car la chrétienté nue est un état impossible (un état de lumière), qu’on l’habille d’un corset démocratique : afin – au moins – de sauver ses mœurs… « Larvatus pro-deo » : pour vivre saintement, vivons cachés.

Dans cette mesure il ne serait pas loyal de la part de la France qu’elle trahisse ses chrétiens, même sous prétexte de laïcité, en leur préférant le clergé d’une secte secrète. [Au demeurant, il n’y a pas de « secte laïque » qui tienne : l’emploi d’une telle acception, en lui-même, est déjà frauduleux, car il sous-entend d’ors et déjà un oxymore néfaste : une hypocrisie sûre de ses droits.] D’autant plus si ladite secte se pique de gnosticisme bon-marché et favorise des systèmes d’entente opaques entre politiques, entrepreneurs et acteurs de la scène publique relevant trop souvent du délit d’initié… Un tel système est blâmable, est tout sauf chrétien, car il équivaut au clientélisme à la romaine. Et ce n’est certainement pas parce que « le monde est monde » et que l’entente des puissants contre la plèbe est une plaie civilisationnelle éternelle, qu’il faut pour autant cesser de la combattre. Dire qu’un tel combat est vain revient au même que de dire qu’il ne sert à rien de faire le ménage chez soi au motif que la poussière persiste continuellement à tomber. Au contraire, les seuls maux valant la peine d’être combattus, sont ceux qui, inhérents à l’humaine condition, ne craignent point de disparaître. Simple question d’hygiène de l’âme, de bon sens, et d’humanité.

Pour résumer, la démocratie n’est pas un autre totalitarisme, un /autre/ glaive nécessitant d’être assisté d’un /autre/ goupillon. La démocratie, c’est la quête permanente, car jamais satisfaite, de l’impartialité : la quête du jugement impartial, c’est-à-dire de l’égalité des chances ou de la Justice aveugle ! Elle n’est pas un pouvoir destiné à créer de nouvelles injustices, elle est un pouvoir en quête perpétuelle de contre-pouvoirs, cherchant toujours à se raisonner lui-même, à se tempérer.

Raiponce @ Baudrillard

Friedrich Nietzsche :

Voici, je vais vous montrer le Dernier Homme : « Qu’est-ce qu’aimer ? Qu’est-ce que créer ? Qu’est-ce que désirer ? Qu’est-ce qu’une étoile ? » Ainsi parlera le dernier Homme, en clignant de l’œil. La terre alors sera devenue exiguë, on y verra sautiller le Dernier Homme qui rapetisse toute chose. Son engeance est aussi indestructible que celle du puceron : le Dernier Homme est celui qui vivra le plus longtemps. « Nous avons inventé le bonheur », diront les Derniers Hommes, en clignant de l’oeil. […] La maladie, la méfiance leur paraîtront autant de péchés ; on n’a qu’à prendre garde où l’on marche ! Insensé qui trébuche encore sur les pierres ou sur les hommes ! […] On ne deviendra plus ni riche ni pauvre ; c’est trop pénible. Qui donc voudra encore gouverner ? Qui donc voudra obéir ? L’un et l’autre seront trop pénibles. Pas de berger et un seul troupeau ! Tous voudront la même chose, tous seront égaux : quiconque sera d’un sentiment différent entrera volontairement à l’asile des fous.

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J. Baudrillard :

 » […] L’extrême de la simulation, le stade ultime de la simulation, ce serait cette intégralité du réel, qui n’est plus du tout le réel traditionnel – celui qu’on connait – avec un principe de réalité, un principe de rationalité qui permet à une histoire de se développer, à des conflits, à des contradictions de se faire jour. La réalité intégrale serait ce stade où l’on assiste à une espèce de collusion des extrêmes qui expurge toute négativité, tout travail du négatif, et qui donnerait lieu à une entreprise vertigineuse consistant à faire passer le monde du côté de l’opérationnel total. Lui donner définitivement non plus une forme, mais une formule. La réalité intégrale est celle du numérique, des réseaux, mais surtout d’un achèvement. Un monde qui irait techniquement au bout de ses possibilités. Le réel trouverait ici son aboutissement. Ce qui est le destin le plus funeste qu’on puisse concevoir. La question est de savoir – non pas quand est-ce qu’on passe dans la réalité intégrale – mais l’idée qu’il y a un moment donné une rupture, une fracture, qu’on passe d’une ère relativement classique de la réalité objective à quelque chose d’autre. Il n’y a plus de transcendance, on ne peut plus rêver de transcender cette réalité, de la dépasser ou de l’idéaliser. Elle est là, immédiatement réalisée, définitivement réalisée. Il n’y a plus à se poser de question. Cela passe par une réalisation de tous les désirs, ce qui est une forme réalisation des rêves de 68 assez catastrophique.

Il n’y a plus de limite à ce qui était le principe de réalité. C’est le principe qui a disparu. La réalité est orpheline de son principe, elle est libre de proliférer indéfiniment sans plus jamais se donner raison d’être. Il n’y a plus de finalité, elle est là, elle est immanente. Qu’est-ce qui fait courir l’espèce humaine dans ce sens là ? Peut-être un désir de disparaitre ; cette réalisation absolue, illimitée, est une fin immanente des choses. Pas la sanction d’une finalité, une fin. Ce n’est même pas une apocalypse, l’apocalypse est encore une espèce de désir romantique. Là non, il y aurait un accomplissement, « an achievement » : on est passé à l’acte. C’est une espèce de gigantesque passage à l’acte d’où viendraient les désirs de substituer une espèce, une histoire, à une espèce de modèle à l’identique expurgé de toute négativité, de tout conflit.

Mais cela ne relève plus de la volonté de personne. On ne peut plus identifier cet espèce de processus comme relevant de la volonté de puissance d’une puissance mondiale, avec un maitre, un despote, une classe : non, il ne s’agit plus d’une domination au sens propre. C’est une hégémonie totale, pas totale au sens d’un état totalitaire, mais au sens d’une intégralité qui ne connait plus de pôle adverse, qui ne connait plus d’adversité. Ici, toutes les volontés s’abolissent. L’individu est alors un sous-produit de cette extension illimitée. Il n’est plus cet individu classique façonné par l’histoire, qui était en contradiction avec la société : il est suscité comme produit fini, secrétant autour de lui une niche, une alvéole, une bulle comme dirait Sloterdjik, pouvant se multiplier à l’infini.

[…] Comment se fait-il qu’on ait dans cette opération là mis fin à toute relation duelle ? Y compris la relation duelle au sein même de l’individu dans l’aliénation, ou dans ce qui faisait partie de la réalité traditionnelle, contradictoire ? Dans la réalité intégrale, l’homme n’est même plus aliéné, il n’est même plus dans une sorte de clivage avec lui-même. Ce n’est plus un sujet. C’est un individu, un électron libre complètement atomisé. L’addition de tout ça ne peut plus donner une volonté collective.

[…] Un syndrome de confusionnel où les pôles se confondent, où les différences s’abolissent, à cette grande confusion, à ce grand mixage, à cette grande multiculturalité, qui est en réalité une promiscuité. Si les valeurs ont été sacrifiées, si elles ont été dissoutes dans cette réalité intégrale ou l’on considère qu’elles s’équivalent toutes, et donc qu’elles s’annulent, où et comment va-t-on ressusciter un système de valeur qui était celui de la réalité, d’un principe de réalité et de représentation ? Je crois qu’il faut aller au terme de ce mouvement, il faut le pousser, ce serait nietzschéen, ce qui va s’effondrer il faut le pousser ; aller voir au-delà de la fin, au-delà de la valeur, puisque le système nous y a mis.

[…] Nous rêvons d’une immortalité technologique ; or, ce que les terroristes islamistes mettent en cause, c’est leur propre mort. Eux ont encore la possibilité de la mettre en jeu alors que nous, nous ne le pouvons plus. […] Parce que nous sommes déjà au-delà de notre propre fin. Nous sommes dans une culture qui a mis fin à ses propres valeurs, qui s’est dépouillé de ses propres valeurs, y compris de très bonnes valeurs traditionnelles d’honneur, de fierté, de pudeur, de défi, de tout ce qu’on voudra. Le voile, il y a longtemps que nous ne nous le sommes arraché nous-mêmes. Nous nous sommes dépouillés, nous sommes à l’état obscène de prostitution totale d’une culture qui se prostitue, qui a détruit ses propres valeurs. Et c’est ici le véritable défi : au nom même de cette disqualification des valeurs, de ce degré zéro de la culture et des valeurs, l’occident défie le reste du monde de devenir comme lui. De perdre lui aussi – de se dévoiler au sens le plus large du terme – de perdre toutes les singularités, tous les espaces symboliques qui sont les siens. Et de rentrer dans ce jeu d’une réalité intégrale. « 

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Voilà qui est exprimé d’une façon particulièrement virtuose ! Je suis estomaquée.

Mais il y a encore des possibilités de lutte… Et elles se trouvent dans le fait que l’homme, même occidental, possède des limites intérieures. Même si la société qu’il sécrète – ce cancrelat, comme un mucus – donne l’impression qu’il n’en a pas, eh bien ce n’est qu’une illusion. Parce que l’homme occidental est vaniteux, il veut faire croire parfaits et totalisants les systèmes qu’il fabrique, et il veut se croire lui-même à la hauteur de la perfection totalisante de ses propres systèmes. Mais l’homme (surtout occidental) n’est jamais à la hauteur de ses propres idéaux ! Car ses tares trouvent toujours des brèches où se nicher. Et ses imperfections, plus il les nie, plus elles le rattrapent.

Dans un monde où dominent intellectuellement le New-Age et l’übris hippie en tant que doxa, ce New-Age et cet übris hippie cessent d’être développés volontairement, c’est-à-dire de manière intelligente, par les individus intégrés dans le système en place. Vu que cette idéologie, qui est paradoxalement une idéologie de la liberté, demande à être strictement suivie (et non plus contestée), elle se retrouve ironiquement suivie par les seuls suiveurs – c’est-à-dire les mentalités serviles… tout le contraire du surhomme nietzchéen ! Ces derniers, par définition, ne se mêlent pas de s’approprier, de vivre activement, de participer en tant qu’ hommes nouveaux, au mode de pensée en vogue qui prône l’avènement d’un homme nouveau, parce que pour cela il leur faudrait un minimum d’esprit critique – chose qui leur reste à jamais inaccessible s’ils acceptent que des vérités leur soient imposées d’en haut. Pour faire son trou dans cette utopie libertaire mécanisée(la contradiction interne saute aux yeux), c’est-à-dire privée de son sens originel, auquel on veut que l’homme participe, mais où en réalité l’humain n’a pas sa place, l’individu social est obligé de se comporter, de plus en plus, de manière typiquement bourgeoise (autrement dit : pharisaïque, hypocrite). Paradoxalement, encore une fois. Et cela il le fait instinctivement, pour sa survie.

L’homme accompli, celui qui serait à même de composer avec ses semblables une armée de clones à l’intelligence artificielle, formant ce système total que nous décrit si brillamment Baudrillard, il n’existe donc pas. Ou alors très-exceptionnellement – lorsqu’il est véritablement devenu le surhomme Nietzchéen, a.k.a celui qui dit « oui » au système en toute connaissance de cause et en conscience. Cependant il est à jamais impossible – pour des raisons pourtant évidentes, mais qui échappent bêtement à tous les esprits totalitaires – de faire de l’exception (de celle-ci comme des autres) une règle ! … même si faire de l’exception une règle est ce à quoi aspire le plus profondément l’homme occidental de culture chrétienne, lui qui voudrait idéalement que tout-un-chacun se comporte comme Jésus.

C’est sur ce point précisément que Nietzsche se trompait lorsqu’il prophétisait la venue de l’ « Ère de l’homme nouveau ». L’homme qu’il appelait nouveau, en réalité, a toujours existé, mais comme une minorité pensante, celle qui pense contre la masse bêlante des suiveurs. L’intelligence ne s’est jamais développée, de toute éternité, que par réaction. Ce qui à jamais empêche de penser que les hommes nouveaux puissent un jour faire masse à leur tour, et imposer un consensus, et ne plus rencontrer de troupeau bêlant auquel s’opposer.

L’homme est un mouton, de toute éternité, car il a besoin de l’être pour survivre. Et c’est pour cela que le Christ est éternellement seul face à l’adversité.

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Merci à Prolo de la Lite qui a joué le rôle de sourcier dans cette affaire…

Raisonances solitaires, avec Cioran

Une seule chose importe : apprendre à être perdant. *

Même dans le monde dé-spiritualisé, matérialiste, dans lequel nous vivons, il faut savoir parfois renoncer à jouir, il faut savoir accepter une certaine dose de frustration. Car la frustration est consubstantielle du jouir. L’absence du manque, c’est l’absence du désir. Même la société de consommation fonctionne mieux jalonnée de tabous, car les tabous ont cette propriété perverse d’être excitants. J’ai choisi la voie de la difficulté, c’est vrai. J’ai choisi de vivre de peu, tant que ce peu serait tout ce que je pourrais m’offrir par le seul travail de ma dignité. Mais c’est déjà beaucoup, quand on pense à tous ceux à qui il n’est même pas permis de rêver de rester en vie à ce prix-là.

Je ne suis heureux que lorsque j’envisage le renoncement et m’y prépare. Le reste est aigreur et agitation. Renoncer n’est pas facile. Cependant rien que d’y tendre apporte un apaisement. Y tendre ? Y songer seulement suffit à vous donner l’illusion d’être un autre, et cette illusion est une victoire, la plus flatteuse, la plus fallacieuse aussi. *

Il y a des individus plus ou moins attachés à leurs illusions. Sans doute une certaine habitude acquise dès l’enfance de beaucoup de frustration, et plus encore de frustration volontaire, aide-t-elle par la suite, dans l’âge adulte, à parvenir, lorsque nécessaire, à accepter de laisser de côté ce à quoi on tient le plus. Il est évident qu’étant donné que ce sont nos illusions, nos obsessions, qui nous tiennent le corps aliéné à l’âme dans la glu de ce que les psy appellent notre personnalité, il est évident que celui qui parviendrait coup sur coup et sur commande à se débarrasser de toutes ses propres illusions, aliénations, et autres singularités définissantes, – colères, jalousies, ressentiments, désirs, faims et fins diverses – toutes ayant en commun d’être entachées par ce que les théologiens appellent le péché originel –  il est évident que celui qui parviendrait par un surcroit de maîtrise de lui-même, à renoncer à tout cela à volonté, se retrouverait aux yeux du commun comme étant un individu dépourvu de personnalité fixe – pour ne pas dire qu’il serait atteint de ce que les psy considèrent comme une maladie, et appellent épisode de dépersonnalisation. Descartes, ses biographes le relatent, a vécu une expérience de ce type. Et plus encore il a pensé cette expérience – après coup. Mais quoi de plus logique, quand on y songe, de la part d’un philosophe parfaitement consciencieux et d’un esprit parfaitement rationnel ? Comment ne se fût-il pas, en tant qu’il était Descartes, retrouvé désireux de rendre paroxistiquement cohérents le plan de son être-au-monde et celui de ses idées, et de surmonter par la volonté ses passions diverses ? – Je ne vois pas comment, d’ailleurs, un philosophe pourrait parvenir à devenir lui-même la marionnette de sa propre volonté, comme l’a préconisé Nietzsche, ou faire de lui-même son premier objet d’expérimentation, de recherche, de connaissance et d’analyse, comme l’a prôné Socrate, c’est-à-dire mener à terme l’entreprise philosophique par excellence qu’on pourrait résumer à un désir de cohérence intellectuelle interne absolue, sans remettre en cause ce tabou de l’inconscient freudien – ce domaine du pulsionnel et langage secret de l’esprit qu’on suppose irrémédiablement inaccessible à l’intellect… Car celui qui prétend s’être purgé de toutes ses pulsions irrationnelles, en tout état de cause, ne devrait plus dès lors être un secret pour lui-même ; il devrait notamment être exactement la même personne à l’état conscient, par exemple assis devant sa table de travail, et au plus profond du sommeil… et de même, s’il rêvait encore, ses rêves devraient normalement être la continuité logique de ses réflexions éveillées.

« Nous voulons devenir des rêveurs éveillés et conscients », est l’exergue que Strauss a choisi pour illustrer son poème symphonique intitulé Ainsi Parlait Zarathoustra (bien sûr inspiré de l’œuvre de Nietzsche).

Je suis d’ors et déjà intimement persuadée, car je suis restée idéaliste, donc je crois encore en la volonté humaine et en l’esprit philosophique, que cet état limite-là, que les psy ne considèrent rien moins que comme une incursion périlleuse dans l’abominable univers de la psychose, je suis persuadée que Descartes, Pascal et Socrate ne peuvent pas ne pas l’avoir désiré, expérimenté, et compris.

« Pas un instant où je ne sois extérieur à l’univers ! »

…A peine m’étais apitoyé sur moi-même, sur ma condition de pauvre type, que je m’aperçus que les termes par lesquels je qualifiais mon malheur étaient ceux-là mêmes qui définissent la première particularité de l’ « être suprême ».*

C’est par cette voie-là, celle de la logique dialectique, que je suis personnellement – un peu, toute proportion gardée, à la façon de Descartes – que je suis venue à l’amour et à la pratique assidue des grandes questions théologiques… Je fus une adolescente en quête de sens, prête à tout sacrifier pour croquer un morceau d’absolu. J’ai d’abord été athée, par éducation mais aussi par défi : l’on est tellement plus brave de se conduire bien quand on n’a que son cœur et sa conscience pour nous indiquer de le faire, et non pas derrière la tête, comme un coup de burin, je ne sais quelle promesse de réprimande, quel sermon inintelligible venu du fond vaseux des âges, par la voix acide et chevrotante d’une chaisière ou d’un curé… J’ai d’abord été athée par principe, c’est-à-dire que je m’affirmais, enfant, comme telle, par un effet supplémentaire de ma pudeur, et de mon sens du devoir – en réalité je respectais-là la plus élémentaire des piété filiale envers mes gauchistes de parents… alors qu’en fait je n’ai sans doute jamais cru en Dieu d’avantage qu’à cette époque, où j’étais forcée de prétendre le contraire !

Aussi, quand j’en vois aujourd’hui – des bigots, évidemment – qui s’étonnent de la nature mon rapport intime avec ces questions, et même qui le condamnent, je me sens obligée de leur expliquer mes origines intellectuelles et politiques. Mais peuvent-ils les comprendre, eux qui leur sont si parfaitement étrangers ?
« Quoi ? – disent-ils – Comment peut-elle à la fois croire en Dieu, et se prendre pour Dieu ? » – Il faut choisir entre les deux positions, pensent-ils… – à moins d’être convaincu d’une forme d’übris la plus monstrueuse qui soit, de se prendre pour Dieu-le-père, de désirer s’engendrer soi-même – comble de l’inceste –  ou bien à moins d’être double, c’est-à-dire schizophrène !
– Car voilà en quels termes, au final, les gens qui condamnent mon désir de me rendre semblable-à-Dieu, condamnent en l’espèce ce qui n’est rien d’autre à l’origine qu’un désir très-innocent de bien-faire : « Tu ne peux à la fois avoir pour ambition d’être à la hauteur de tes propre idéaux et être une bonne chrétienne, car le bon chrétien est celui qui, admettant toujours son infériorité par-rapport au Christ, n’agit jamais comme lui ! »
… Paradoxe amusant, ou du moins qui pourrait l’être, s’il n’apparaissait pas indécent, par ailleurs, de le détacher de ses conséquences évidemment déplorables sur le plan moral.

Les Freudiens tournent la phrase autrement mais ne disent pas autre chose que les bigots précédemment cités : « Tu ne peux à la fois désirer et être l’objet de ton propre désir, cela serait narcissique, et même tuerait ton désir dans l’œuf, ou bien cela ferait de toi un pervers – ce pourquoi nous ne te permettrons jamais pas de continuer de t’enferrer dans une pareille prétention et de prétendre malgré tout réfuter notre accusation de perversion et de narcissisme ! »

Quoi ? Comment peut-elle à la fois croire en Dieu, et se prendre pour Dieu ?


Mais, leur répondrai-je, je me prends pour Dieu ni plus ni moins que tous les humanistes, et par extension que tous les modernes ! Parce que Dieu, pour une mentalité moderne – c’est-à-dire pour l’intelligence occidentale parvenue à son paroxysme civilisationnel de désinhibition – pour celui qui, ayant renoncé à colporter servilement un fond-commun cosmologique diffus, s’attache penser en conscience – et s’il désire encore avoir des préjugés, se mêle de les connaître –, pour cet homme-là dont la lourde intelligence héritière supporte bon-pied-bon-œil le poids surhumain de 4000 ans d’Occident pleins, XXe siècle compris… – pour cet homme-là – homme millésimé – Dieu c’est l’Homme ! …  – du moins c’est l’idée que l’Homme se fait de lui-même, ou a minima celle qu’il devrait s’en faire… Dieu c’est – dit le moderne – ce que l’Homme devrait être si l’Homme existait… et la vertu d’humanité est la vertu qu’il faudrait qu’un homme possède pour que ses plus hautes aspirations aient un sens, et que son désespoir de lui-même ne soit pas une fatalité !

De même, leur répondrai-je encore, je crois en le Dieu des Evangiles parce qu’à force de chercher à devenir cet « Homme » digne de son nom, cet honnête-homme auxquels aspirent, comme un réceptacle idéal, toutes les philosophies, j’en suis venue, par voie de conséquence à faire l’expérience dans ma chair de la véracité des Evangiles ! … à force de vouloir que ma capacité de com-préhension du monde – le monde, cette altérité absolue – me rende totale, je suis devenue à la fois forte et faible… d’autant plus forte en amour du vivant (de cette Création que j’embrassais d’un regard extérieur englobant), qu’en parallèle je suis devenue faible en viabilité… – Mon idéalisme m’ayant fait découvrir des monstres en moi, puis amenée à les combattre, les mêmes monstres qui s’épanouissaient jusque-là en paix en autrui se sont instinctivement retournés contre ma personne… La part en mes contemporains qui était la plus bestiale, donc la plus diabolique, s’est prise à m’identifier – puisque j’étais devenue sur le plan existentiel la résultante achevée d’un précoce travail de domestication culturelle – comme une erreur vivante, un être-au-monde ennemi, la manifestation incarnée d’une accusation divine à leur endroit…  – Comment dès lors, ployant sous beaucoup d’infortune, ne serais-je pas parfois tombée à genoux ? Comment, lorsque j’étais forcée de vérifier chaque jour, non sans émerveillement, que mon infortune procédait quasi toujours de l’exercice de ma vertu (de ma bonne-volonté), comment ne me serais-je pas réfugiée dans les églises pour prendre à témoin le Christ de cette étrange découverte ? N’était-il pas Celui dont seul, en toute circonstance, je pus croire, s’il existait, qu’il fut en mesure de me comprendre ?

Les Evangiles ne racontent rien d’autre que la mise au monde du premier homme qui fut capable d’accomplir la parole des prophètes au lieu de se contenter de parler leur langage… Le Dieu des chrétiens, venu incarner la Parole, c’est-à-dire incarner sa propre parole, est venu également expliquer au monde qu’en-dehors dudit exercice d’incarnation il n’y avait point de Salut.
Si le récit biographique de celui qui fut à la hauteur de ce que les juifs attendaient d’un homme, fut par-là même en mesure de leur montrer qu’eux ne l’étaient pas, et que son principal protagoniste se retrouva pour cette raison considéré par eux comme un ennemi public,
Si ce récit est aujourd’hui devenu le texte fondateur de notre civilisation occidentale chrétienne,
Alors dans quelle mesure ceux qui se disent chrétiens et occidentaux mais me condamnent pour vouloir imiter le christ, ne se conduisent-ils pas plutôt comme des juifs, ne se méprennent-ils pas sur le véritable sens de leur religion et ne renient-ils pas ce qui fait la prééminence particulière de leur civilisation sur les autres ?

* Toutes les citations (en gras) suivies d’un astérisque sont de Cioran, et issues de L’inconvénient d’être né.

Réponse

@Millie

Dites moi si je me trompe mais vous affirmez que l’amour est un truc de “faibles” ? :shocked:

Que plutôt qu’aimer en pure perte, il faudrait agir en bon gros bourgeois précautionneux pesant les œuvres d’art comme le gros sel ?

Je suis d’accord sur l’ensemble de votre texte mais ce passage m’a particulièrement horrifié.

Peut être est-ce vos expériences douloureuses avec le genre humain qui vous amènent à penser cela, mais je veux croire qu’il existe encore des gentils au cœur ouvert (qui finissent par se rencontrer la chance aidant) et des méchants au cœur sec que la Retibution karmique achèvera de pourrir l’existence.

Aimer en pure perte quitte à se faire michetonner et battre, ce n’est pas seulement une marque de faiblesse ou d’imbecilité mais la marque d’une présence divine.

Dans le type qui donne tout à une salope, dans la fille qui continuer à prendre soin de son copain qui la cogne, il y a la présence de Dieu.

Le micheton et la femme battue, c’est la preuve que la pureté existe quelque part dans cet Univers objectivement froid et  répugnant (Houellbecq).

Non-calcul et le désintéressement, vive les femmes battues et les michetons ! (ils auront de belles réincarnations) 

A votre avis, mon cher Bollocks, pour quelle raison une femme comme moi affirmerait-elle que l’amour est « un truc de faibles » ? … Vous donnais-je l’impression d’être la personne désignée pour tenir ce genre de propos ? … Ne l’aurais-je pas fait tout simplement dans l’espoir de provoquer – par réaction – un beau discours de vertu courroucée comme celui que vous m’avez tenu ? … – Car quelle femme au fond, je vous le demande, ne rêverait pas de se voir adresser un tel discours ?

A présent, réfléchissez bien, Bollocks, pourquoi était-ce à moi précisément, alors que j’étais justement en train d’exposer avec verve et méchanceté mon mépris des choses du cœur, que vous avez choisi d’ouvrir le vôtre ? … Pourquoi avez-vous réagi ainsi, et comment ai-je pu m’amuser en mon for intérieur de la prévisibilité votre réaction, sinon précisément parce qu’elle illustrait justement, tout en désirant faire le contraire, que pour éprouver l’envie de s’ouvrir de la sorte, le cœur a besoin de se sentir offensé dans sa douceur, menacé de faiblesse… c’est à dire blessé ?

Jeune connasse illustrant par sa bêtise la loi de l’offre et de la demande

Naissance d'un Homme

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