Causer à Futura_Science

Walter White, à la pointe du traitement contre le cancer...

Walter White, à la pointe du traitement contre le cancer…

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En surfant ce matin on est tombé sur un article de Futura Science. On a eu envie d’y répondre… On se sait pas, on a peut-être une chance d’y être lu, peut-être même d’aider quelqu’un, enfin, de servir à quelque chose… Non pas qu’on ne serve à rien IRL… Mais enfin on a toujours rêvé de faire quelque chose de sa plume… On n’est pas qu’un mammifère, hein… On est aussi une bête à plume… Un ornithorynque, vous dites ?

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Voici l’Article :

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Les dépressions à répétition sont neurotoxiques

Les personnes qui ont connu au moins deux épisodes dépressifs exécutent plus lentement des tâches cognitives courantes nécessitant attention, concentration et rapidité. D’où l’intérêt de prévenir les rechutes dans cette maladie « neurotoxique ».

[…]

Ce sont les conséquences de ces rechutes à répétition qui inquiètent les médecins et chercheurs. S’il est maintenant prouvé qu’il existe un ralentissement psychomoteur chez les personnes déprimées (c’est d’ailleurs l’un des critères de diagnostic de la maladie), rien n’indiquait jusqu’alors que cette altération pouvait persister après l’épisode dépressif.

Des performances altérées à partir de deux dépressions

Pour en savoir plus, des chercheurs de l’Inserm ont mené une étude chez plus de 2.000 patients ayant connu entre un et plus de cinq épisodes dépressifs au cours de leur vie. Afin d’évaluer leurs capacités cognitives, ils ont mesuré la rapidité à exécuter un test simple (le TMT : Trail Making Test) qui consiste à relier des cercles numérotés et placés dans le désordre sur une feuille. Le test a été effectué deux fois chez chacun des patients : pendant l’épisode dépressif, puis six semaines après, alors qu’une bonne partie de ces patients était en rémission complète (sans aucun symptôme dépressif résiduel). Les résultats paraissent dans la revue European Neuropsychopharmacology.

Juste après une première dépression, le temps nécessaire pour réaliser ce test est de 35 secondes. Ces performances sont à peu près identiques chez les personnes qui ont subi un second épisode dépressif. Pour les personnes qui ont dans leurs antécédents trois épisodes dépressifs ou plus, ce temps se rallonge considérablement, et ce même chez les sujets rétablis (1min20 au lieu des 35 s).

« Plusieurs autres variables sont potentiellement explicatives (âge, niveau d’étude, activité professionnelle…) mais si on ajuste les paramètres, nos résultats restent extrêmement robustes » précise Philip Gorwood, qui a mené cette étude (Unité Inserm 894  « Centre de psychiatrie et neurosciences », Clinique des maladies mentales et de l’encéphale – CMME, Centre hospitalier Sainte-Anne).

… ETC.

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Et voici ma RAIPONCE :

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Bonjour, je viens d’ouvrir un compte à Science&Vie car je souhaite participer à ce topic.

Si l’on postule que la dépression consiste en une sorte d’abaissement/de ralentissement de toutes les défenses naturelles de l’organisme (ce qu’il est facile d’observer chez les rats qui ont subi un traumatisme, par exemple), il n’est pas étonnant qu’on constate chez l’homme qu’une baisse de la réactivité immunitaire s’accompagne d’une baisse de la réactivité intellectuelle.

Mais l’homme n’est pas (qu’)un rat, n’est-ce pas ? Pascal a dit, avec une certaine poésie, que l’homme était « un roseau pensant ». Ainsi, pour que chez l’homme le corps exprime quelque chose de l’ordre du « je ne veux plus vivre », il faut nécessairement qu’en amont l’esprit ait en quelque sorte renoncé lui aussi à se battre. L’esprit, chez l’homme, est une force beaucoup plus active que chez le rat – n’importe quel psychanalyste sera d’accord avec moi à ce sujet.

Je voudrais faire remarquer une chose toute simple : lorsque nous répondons à une énigme (les test de QI sont, vous remarquerez, essentiellement composés d’énigmes) et par extension lorsque nous acceptons de relever des défis (ce que les anglo-saxons désignent sous le terme générique de « challenge »), nous nous mettons alors dans des dispositions d’esprit particulières qui sont des des dispositions à proprement parler de « combat ».

En quoi consiste-donc le problème – immunitaire comme intellectuel – des dépressifs, sinon en ce qu’ils se refusent en quelque sorte à « entrer en combat » contre diverses forces extérieures qui les agressent/contre divers systèmes de pensée étriqués qui les aliènent ?

Lorsque les forces extérieures qui nous agressent sont simplement des polluants physiques ou des « radicaux libres », il est loisible de penser que l’homme n’a aucune raison raisonnable de renoncer à se battre. Mais lorsque les forces qui aliènent l’esprit humain et le contraignent à ravaler constamment sa colère sont simplement les forces de l’ordre ou plus encore la pression sociale (a.k.a la pression du groupe, le fait de « vouloir s’intégrer »), alors il faut prendre en compte une donnée nouvelle : c’est alors la Civilisation elle-même (c-à-d les devoirs inhérents au statut de citoyen, de père ou de mère de famille, d’employé.. etc) qui contraint l’homme à s’asseoir sur son orgueil, ses justes revendications, son honneur, son esprit critique, c’est-à-dire à s’asseoir sur son auto-préservation-même !

Si la dépression peut être observée chez les rats, va-t-on pour autant demander aux rats de « verbaliser » leur traumatisme ? Plus encore va-t-on leur demander de s’allonger sur un divan pour réfléchir à la dernière fois où il leur semble qu’ils ont désiré leur mère ?

Il me semble plutôt qu’on a montré en laboratoire que les rats évacuaient leur stress de préférence en s’attaquant les uns les autres (et non en se faisant des bisous). Une expérience à eu lieu à ce sujet, dont les résultats sont lisibles sur votre site, où l’on a vu que les individus-rats confrontés à un stress important, lorsqu’ils étaient laissés seuls dans une boite vide pour l’affronter, développaient toutes sortes de maladies, car leur défenses immunitaires baissaient. Tandis que ceux qui étaient mis en groupe face au même stress, réussissaient à évacuer ce stress (et donc à conserver leurs défenses immunitaires en bon état de marche) en s’attaquant les uns les autres.

Sur le plan épistémologique, le complexe d’Oedipe et les autres mythes freudiens, sont +/- du même ordre que les concepts symboliques « pré-pensés » que nous fournissent l’astrologie ou le Tarot, pour nous représenter ce qu’est un homme. S’il y a en effet des nourritures terrestres pré-mâchées (qu’on appellera notamment de la junk-food), pourquoi n’y aurait-il pas des nourritures intellectuelles pré-pensées ?

Ce sont des mythes consolateurs, ils peuvent avoir une certaine fonction rassurante, ils peuvent permettre à des gens qui doutent du bien-fondé de ce qu’ils font et de la valeur de leur personne, de se raconter des petites histoires à propos d’eux-mêmes qui redonnent un semblant de linéarité discursive (voire une certaine densité héroïque) à leur existence. Mais redonner à des gens qui doutent trop un certain nombre de certitudes imaginaires à propos d’eux-mêmes revient au final à faire le même exact job que n’importe quelle religion.

Certes, le placebo est une technique scientifique, néanmoins je ne suis pas sûre que prendre systématiquement des sornettes pour des médicaments le soit.

L’homme en effet a besoin pour « défendre son bout de beefsteak » (comme on dit), d’avoir confiance en lui-même et en sa propre valeur. Or depuis quand au juste préfère-t-on demander aux hommes de « croire » a-priori en leur propre valeur, plutôt que d’en faire la preuve ?

En effet, qu’est-ce qui convaincra mieux un homme de sa propre valeur ? Une petite histoire bien tournée concernant : les circonstances particulières de sa naissance / ce qu’on a voulu pour lui dans son enfance / la façon dont on l’a aimé ? Ou bien des preuves objectives de sa « valeur » intrinsèques qu’il aura données en agissant bien ? Ou bien la possibilité sur un « champ de bataille » objectif de se battre avec courage pour prouver sa valeur ?

J’entends par « champ de bataille » non forcément quelque chose qui ressemble au champ de bataille des rats (qui se mordent et se déchirent aveuglément les uns les autres) mais potentiellement un champ de bataille typiquement humain : c’est-à-dire un champ de bataille intellectuel, social, politique.. etc.

Peut-être même l’homme stressé (et même malade de son stress) a-t-il besoin de quelque chose qui ressemble à une enquête policière résolue… Car l’homme qui souffre par-dessus tout d’être enfermé par la société dans une petite boite, dans sa solitude métaphysique, dans sa petitesse, est celui qu’on prive d’exploiter la part de lui-même qui a le plus besoin de grandeur, d’espoir, de confiance, de beauté… Ainsi, cet homme-là a besoin par-dessus tout de Justice et de Vérité. Or qui par excellence fait la lumière sur les vilaines obscurités et sur les crimes, qui venge le faible, la victime, et découvre les méchants, sinon l’enquêteur de police, sinon le « Sherlock Holmes » ? [Cf : le commentaire d’un autre intervenant ici – très éclairant à cet égard.]

On dit que la quête d’Oedipe est une quête qui ressemble à une enquête policière – mais n’oublions pas qu’Oedipe est avant tout un roi – la pièce originale de Sophocle s’appelle en effet Oidipous Tyrannous -, et un roi qui enquête à propos de lui-même, c’est-à-dire sur son nombril. L’homme qui perd espoir a certes par-dessus tout besoin, en règle générale, de vérité et de justice… Mais n’a-t-il besoin de vérité et de justice qu’à propos de lui-même – et de son nombril ? – Parce que l’homme n’est pas seulement un rat, cela n’est pas certain.

Il y a deux grandes méthodes pour accéder à la vérité : la religieuse, et la scientifique. La première nous propose simplement de croire, la seconde nous demande d’avoir le courage de faire 1+1=2, c’est-à-dire de déterminer si telle proposition est vraie et si telle autre est fausse, selon des critères objectifs, qui sont les critères de la Logique.

Laquelle est la plus satisfaisante – laquelle repose mieux le cœur et l’esprit – selon vous ?

Merci à ceux qui auront eu le courage de me lire jusque là. A bientôt peut-être.

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Ca y est ! J’ai déjà deux mecs (un modo et un habitué) qui sont en #mode_offensif contre mon intervention.

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CES GENS SONT LAMENTABLES

– Si vous voulez assister à une joute mémorable entre moi et des cons, vous savez où cliquer :

Les dépressions à répétition sont neurotoxiques

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Serait-il donc à ce point révolutionnaire, de penser que les gens d’aujourd’hui, qui sucrent leur café aux anxiolytiques, ont besoin de défis et d’exaltations à la hauteur de leur idéalisme ? Au XXe siècle ce furent les idéologies (Rouges contre Capitalistes) qui permirent aux gens de s’ « engager » et de combattre au nom de leurs idéaux, au XIXe ce furent les diverses guerres civiles, la religion et la littérature qui remplirent cet office… Aujourd’hui comment peut-on penser que les pseudo-« challenges » débiles que fournissent aux gens la société du spectacle, la société du tout-marchandise et le jeu politique pipé, suffisent  à remplir un tel vide ?

Il faut bien comprendre que c’était-là tout le fond de mon propos.

Évidemment, qu’ils deviennent lents et mous du bulbe, les gens, soumis à un tel régime ! Crise après crise, l’envie de vivre diminue et tout le reste – intellect premier – suit. Cela coule de source.

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Ca n’est quand même pas bien difficile de voir que je me livre à ce genre de petits jeux de shoot’em up rhétorique afin de soigner ma dépression, merde !

… Le truc c’est que je suis la preuve vivante que ça fonctionne. CQFD

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Le jeune homme sensible postmoderne et ce qu’il appelle parfois les « PAN »

Pourquoi tous les jeunes garçons sensibles, lorsqu’ils tombent désespérément – mystiquement – amoureux, lorsqu’ils se rêvent en nobles chevaliers, le font-ils immanquablement aux genoux de l’une de ces filles dures, toutes en préméditation, entraînées à manipuler, bourgeoises d’instinct, antiphilosophiques, voraces, qui pour toute douceur n’ont que la prudence du Sioux, dont la conscience est indifférente et le cœur glacial ? – Mais tout simplement parce que lorsqu’on se voit soi-même en conquérant du sublime, il faut avoir devant soi de grands espaces à arpenter ! Il faut des années-lumières d’impossibilité entre ce genre de chasseur et sa proie, pour que celle-ci à ses yeux puisse se mettre à briller comme une étoile ! Or, quels plus grands espaces que ceux de l’indifférence dédaigneuse et quel plus vide cosmos que celui d’un cœur qui a le battement régulier du coucou Suisse ?

Autrefois, on craignait que la jeunesse ne se fasse corrompre par des démons dyonisiaques, qu’elle ne morde au fruit interdit à cause de la beauté de ses appâts, ou ne se fasse mordre elle-même par le serpent de la luxure, irrésistiblement emportée qu’elle serait par une danse qui lui ferait chavirer la tête… Aujourd’hui tout a changé, ces dangers sont révolus. L’origine du désir des jeunes hommes de chez nous n’est plus la même : les démons chauds, les enfers attendrissants qui appartenaient à la Bête tapie au fond d’eux-mêmes, ne les intéressent plus. Du reste, quelle bête y pourrait-il encore y avoir en eux, de tapie, à nourrir ? Quelle bête sinon leur araignée au plafond ?
Cette froide, vampirique jeunesse, chair déjà pleine d’eau et pour ainsi dire déjà morte, ne peut plus en vérité craindre d’échauffer son sang. Mais c’est un Satan plus puissant que jamais, d’une espèce tout-à-fait indétrônable, qui les guette. Ce Satan définitif n’est plus celui qui aveugle parce qu’il brille trop, mais celui qui retire toute la lumière du monde parce qu’il l’absorbe, à force de n’être-pas.

Le Satan-nouveau n’est non pas fait de feu, d’ouragans, de siroccos, qui emportent le corps et brûlent l’âme, mais d’un goût dévoyé pour l’absence, né lui-même dans l’absence, et d’une appétence morbide pour la désespérance, qui provoque une ivresse très spéciale à ceux qui n’ont jamais rien connu d’autre. Ce ne sont plus des rêves de Succubes qui font désespérer le jeune homme de lui-même et languir. Sa passion ne se manifeste pas lorsqu’il aurait, par exemple, éprouvé un attrait irrésistible pour un être, ressenti une présence dont il aurait été charmé, et la nostalgie de cette présence, celle d’une personne bien vivante qu’il voudrait tenir entre ses bras, non… Elle naît d’un attrait morbide, cynique et désenchanté pour la nostalgie  en elle-même et pour elle-même. Le jeune homme d’aujourd’hui convoite de préférence quelque chose qui ne peut pas être et de toute façon n’est pas. Ainsi sa nostalgie est sauve, pourrait-on dire. Mais il n’y a bien qu’elle à être sauvée.

Le mal du jeune homme postmoderne est celui qui est propre au XXIe siècle,

il est tout le contraire de la passion :

c’est l’indifférence.

Le jeune homme post-moderne ne commence à ressentir le besoin de briser sa solitude qu’au moment où une impossibilité totale, un refus, une offense, un traumatisme même, vient le provoquer dans ce qui lui reste d’orgueil et lui insuffle au cœur une piqûre de regret mortelle. Sa façon d’aimer se confond avec le regret ; elle ne prend plus même que la forme unique et définitive de la quête impossible de ce qui ne se peut pas. Et voilà comment il en vient, grosso-modo, à ne plus poursuivre de ses assiduités que des mirages de licornes, des puits sans fond de bêtises ou des psychopathes à grandes dents.

Le jeune homme post-moderne ne veut pas d’un jardin joli, où la terre est déjà bonne, et où pousserait sans douleur, si l’on s’en donnait la peine, tout ce que l’on voudrait bien y planter. Il n’est pas aussi modeste. Non ce qu’il veut, c’est faire naître la vie dans la terre la plus aride, c’est transformer des déserts en royaumes des mille douceurs. En toute simplicité. Et cela, notez qu’il le lui faut ! Pour son bonheur ! Pour sa vie ! Il lui faut absolument faire jaillir une fontaine de jouvence sur la planète Mars et enfanter des petits chatons mignons aux dames crocodile car il a besoin de son propre petit home-made miracle pour être ce que sa môman lui a promis qu’il serait : un découvreur et un Saint.

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A présent, pourquoi à votre avis, toutes les jeunes femmes douées d’un peu de générosité morale, lorsqu’elles ont un tempérament à donner plutôt qu’à prendre, se ruent-elles immanquablement du côté le plus obscur, bassement passionnel, de l’amour, du côté du supermarché des sentiments, où elles rencontrent coup sur coup ceux qui les voient comme des consommables ? Mais si cela est, c’est de toute évidence pour la même exacte raison qui pousse les jeunes hommes postmodernes à roucouler auprès de celles qui leur distillent effroi et amertume ! C’est parce qu’elles n’ont pas que ça à foutre, elles non plus, figurez-vous, que de se contenter de rechercher platement et bêtement leur petit-bonheur ! … Les vertueuses aussi, il leur faut du challenge, du rock’n roll, du grain à moudre pour leur passion de bien-faire… Leur soif d’idéal, aux femmes idéalistes, croyez-vous qu’un gars tout-simplement désireux-de-bien-faire puisse l’étancher? A moins que le bon-homme n’ait prouvé sa valeur en affrontant mille démons, mille tourments – éventuellement semés par elle sur son chemin, pour l’éprouver –, une femme digne de ce nom n’ira jamais vers le bon-homme de gaieté de cœur. Faire leur devoir n’est amusant pour les femmes de devoir, que lorsque ce devoir ne coïncide pas scrupuleusement avec ce qui serait bon et matériellement avantageux pour elles : il leur faut un devoir qui implique du sacrifice, du paradoxe, du tragique – voire même une petite dose excitante de regrets et d’humiliation – pour qu’elles se sentent vivre… Voilà pourquoi en vérité les meilleures des femmes développent celui des vices qui sied le mieux à leur condition : elles s’empressent, comme des nonnes, de préférence aux pieds des brutes, des truands, des beaux diables et des maquereaux, et elles ne font pas cela parce que ceux-ci leur ressemblent, bien au contraire, mais parce qu’elles se croient assez belles et bonnes pour les rédimer !

C’est pour cela qu’aucune belle femme ne résiste jamais à la proposition risquée de danser avec le diable : parce qu’une belle femme a toujours cette vanité tapie au fond d’elle-même, de croire avoir reçu la Grâce qui, à force d’amour, pourrait lui permettre de changer en anges les démons. Les belles femmes, lorsqu’elles sont conscientes de leur beauté, se prennent en général pour des passeurs, des convertisseurs, des médiums entre ces deux domaines – supposés incompatibles et étanches par les religieux tradi et les bourgeois – que sont le temporel et le spirituel. C’est là d’ailleurs le petit secret de l’Amour Courtois médiéval, et du ‘supplément d’âme » que celui-ci a légué à la culture française… Les raisons de ces séductrices du mal sont exactement les mêmes que celles des jeunes hommes postmodernes lorsqu’ils se conduisent aujourd’hui en courtisans de la hideur  : leur but est une utopie et leur moteur principal est le narcissisme.

Si ces deux catégories d’êtres se repoussent, c’est précisément parce qu’elles sont semblables : elles ont pour point commun de ne vouloir aimer que ce qui n’aime pas.