Athènes ou le grand rien il faut choisir

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Là, comme je vous parle, je viens de visionner une vidéo, monvieux, qui m’a fait une forte impression… Cela se passe dans ma ville de naissance… Je connais tous les lieux qu’on y montre : les maisons, les rues, les arbres des parcs… le nom savant de certains de ces arbres des parcs… qui est indiqué sur des pancartes en bois attachées à leurs troncs… On appelle ce quartier le Quartier de France. C’est un quartier résidentiel, très calme, proche du centre commerçant… Combien de fois m’y suis-je promenée moi-même, au juste, dans cette rue ? Je l’ai même photographiée, un jour qu’il y avait la même lumière… J’y ai de nombreux souvenirs… Là derrière, c’est la maison du père de ma meilleure amie d’autrefois… quand j’allais à l’école primaire… Un collègue de ma maman. Avant son divorce d’avec la mère de mon ex-amie, ils vivaient là tous ensemble, en famille… J’ai connu ce temps. J’y suis allée de nombreuses fois quand j’étais petite, pour jouer… Dans le coin, là, il y a encore C. … elle a une petite maison mitoyenne, jaune et rose, nommée « mon refuge », elle y vit avec son nerd de mari et ses deux charmants garçons… Oh, C. vit juste à côté de chez … !! Si elle savait ! … hum. Je ne peux pas dire. J’ai peur moi aussi. Pas de lui, non. J’ai peur d’écrire son nom. Comme j’ai peur de linker la vidéo. Eh oui.

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Liquider les fantômes

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A l’heure présente, le journal remue, il ne fait pas d’argent, mais il fait du bruit. Il est jeune, indépendant, ayant comme l’héritage des convictions littéraires de 1830. C’est dans ses colonnes l’ardeur et le beau feu d’une nuée de tirailleurs marchant sans ordre ni discipline, mais tous pleins de mépris pour l’abonnement et l’abonné. Oui, oui, il y a là de la fougue, de l’audace, de l’imprudence, enfin du dévouement à un certain idéal mêlé d’un peu de folie, d’un peu de ridicule… un journal, en un mot, dont la singularité, l’honneur, est de n’être point une affaire.

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A la tombée du jour, je regarde par la fenêtre et je vois. Le même arbre aux feuilles de sang, le même ciel aux couleurs vives, le même soleil qui descend, les nuages à la dérive, et ce qui me choque c’est que je ne les reconnais pas. Je me souviens un automne, je tirais le rêve par la queue. Je faisais semblant d’écrire un roman à la table d’un café vert, derrière les hautes vitres serties de fer, et je me prenais pour une perle enchâssée. Que de luxe de mépris n’ai-je pas rêvé ! Je voyais de là-haut un paysage sublime, et chaque côté du promontoire où je me tenais, il y avait un vrai fleuve qui abouchait une vraie ville. Ce paysage, je ne l’ai pas rêvé, ce paysage est celui de la ville de Lyon, qui est une grande cité double, rouge de tuiles romaines, baignée par deux fleuves, aux nombreux clochers.

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La polémique a été pour moi un piège. J’ai pensé me purger, en quelque sorte, de tous les mots que je n’avais pas dits, et qui m’avaient brûlé les lèvres, quand on m’avait fait taire, quand on m’avait offensée, j’ai pensé me débarrasser de tout ce surplus d’idées comme on gratte la terre pour trouver le minerai, en faisant des exposés politiques… Mais j’ai toujours été si pressée d’en finir avec toutes ces idées pures, ces engagements, ces luttes, j’ai tant pensé en finir rapidement _ mon but originel était d’épuiser le fonds de ma colère ! _ que j’ai plutôt trouvé une source sans fin. De la terre, de la terre, et le minerai jamais. Mon but initial était de libérer de son carcan de révolte, de revendications, le créateur qui était en moi, le créateur d’imaginations pacifié… mais ce but, à mesure que je pensais expulser de moi tout ce qui relevait du parti-pris, dont je pensais que « le créateur » se trouvait étouffé, ce but je l’ai repoussé en avant… Je l’ai repoussé toujours davantage à mesure que je comprenais l’ampleur de la justesse de mes récriminations contre tout et tous. Figurez-vous que le jour on l’on ne fait plus seulement que se plaindre, mais où l’on découvre que l’on a toujours eu totalement raison de se plaindre, ce jour-là la colère ne décroît pas. Est-ce dans un pareil état que l’on peut enfin se mettre à contempler, à poétiser, à romancer, à enjoliver, à « écrire » ? Dans un pareil état, de chaleur dans le cœur, je vous le dis, la poésie et le roman paraissent des trahisons, des passivités viles. Pourtant, à l’origine, je ne voulais pas faire de politique ! Chez moi quand j’étais enfant, et c’est encore le cas aujourd’hui dans la maison de mes parents, tout était toujours ramené à la politique. J’ai été élevée pour penser en termes politiques. C’est mon logiciel, mais je n’ai jamais pour autant _ de toute ma vie _ pensé m’en servir pour faire de la politique. Non moi je n’aime pas ce qui est trop facile. La polémique est une chose facile. Vous prenez une lance, et vous foncez en avant, voilà tout. Moi ce que je voulais, c’était avoir du talent, c’était être libre. Une fibre en moi continue de ressentir, de jongler avec la totalité, de jongler avec les choses, sans se laisser happer par aucune intention, curieuse et libre. Mais l’esprit se refuse à lâcher prise, et abandonner la lance qui doit le venger de ses douleurs passées. Une conversation brillante, voilà ce que j’ai, et c’est bien. C’est mieux que ce qu’ont d’ors et déjà la plupart des femmes. Mais les grands auteurs sont rarement des artistes de la conversation. Excepté pour Proust peut-être, dont toute l’œuvre a débuté suite à une réponse qu’il voulait faire à Sainte-Beuve, il me semble que le créateur ne crée pas « en réponse à », dans le fil d’une discussion, mais ex-nihilo. C’est-à-dire qu’il embrasse tout. De l’immoralité d’embrasser tout : c’est cela qui me tracasse. On me dira que ma moralité m’assèche, qu’elle est trop susceptible, et c’est vrai. Cependant à quoi dois-je de ressentir les enjeux du monde avec une telle acuité, sinon à cette sensibilité morale aigüe, qui crie à l’injustice constamment, et qui saigne ? Comment serait-il un humain sensible, celui que tout le caractère blessant de ce monde-ci ne blesse pas à sa juste mesure, et comment un homme insensible pourrait-il être poète, faiseur de métaphores ? J’avais pensé, je m’en souviens, que mon « logiciel politique » pouvait servir à faire des romans, le jour où j’avais compris que Dostoïevski créait ses personnages comme des incarnations de ses plusieurs voix intérieures, et les faisaient se battre dans un tribunal qui n’était rien moins que celui de sa conscience morale. Ce paradigme m’avait intéressé, il m’avait apparu adapté à mon cas.

En dépit de tout cela me restera toujours un problème : je ne veux pas « réenchanter le monde » à seule fin de justifier un ordre où règnent seulement les bourreaux et les crétins – or l’ordre qui fait tenir debout notre monde, en dépit du bon sens, est de ce type. Je sais trop que ce n’est pas l’auteur qui possède son œuvre, mais son œuvre qui le possède, or je n’aimerais pas que, si je parvenais enfin à créer, comme je le désire, un roman épique, puissant et romantique, à partir de l’ignoble matière du réel (qui, tel qu’il est, à raison, me répugne), cela soit comme un vernis sucré lustré brillant répandu sur une puissante abjection (qui devrait plutôt être dénoncée comme telle), pour chanter la louange de cette abjection aux générations futures et la cautionner aux yeux de ceux qui la répandent. Je ne veux pas être le chantre d’un Occident matérialiste, dont la fibre de fraternité est nécrosée, dont l’âme profonde est muselée, contrainte au maximum, souffre… Je vois trop de femmes qui, parce qu’elle détestent les cyniques, s’attachent à trouver des bons côtés aux plus répulsives ordures, trouvent le moyen de « positiver » à tout propos, et en particulier dans des situations proprement honteuses où elles devraient plutôt chercher à fuir pour protéger leur âme, se récrier, tempêter, dire non, s’insurger. Je ne veux pas être de ceux qui enrayent la destruction de l’entreprise générale d’aliénation qui guette leur intelligence en n’utilisant jamais leur intelligence qu’à justifier l’injustifiable et à comprendre l’inadmissible… Je vois trop de « réenchanteurs du monde » qui sont des négateurs de la vérité et des écraseurs de dépressifs… Je hais trop ceux qui pensent qu’on peut agir positivement sur le réel rien qu’en le romançant, en le ré-écrivant.

Le roman doit définitivement s’exercer dans le domaine du : « dire la Vérité », et même lorsqu’il s’agit de roman fantastique ou surréaliste. Les cache-misère me font peur, surtout lorsqu’ils sont brodés avec talent. Je ne crois pas – et ne veux pas croire – qu’il suffise de creuser dans la surface de l’horreur pour lui trouver une profondeur de bien. Je ne suis pas une sadienne, je ne suis pas une gnostique. Je suis platonicienne, je suis de parti-pris chrétien.

Je brandirai toujours quoi qu’il arrive un fer de lance contre l’absurdité des relativistes, des scientistes, des ésotériciens, qui inscrivent toute logique dans un cercle. Dum Spiro Spero. En face de moi sont deux dragons brillants de mille strass, celui de l’Est et celui de l’Ouest, qui embarquent les populations en faisceaux dans l’urgence d’un grand sentiment de fatalité irrésistible, qui les empêche d’agir raisonnablement et de s’arrêter pour réfléchir : les populations en leur sein sont spectatrices de leur destin, se sentent impuissantes, et n’osent regarder la direction où le mouvement de foule les mène, qu’à travers le jeu pipé des prophéties eschatologiques. En le nom tautologique de la-Fatalité-qui-est-la-Fatalité, ces dragons veulent m’empêcher de croire que mon devenir est entre mes mains. Ceux-là même qui conduisent ces serpents, ou croient les conduire, être à leur tête, sont pris par le mouvement et ne dirigent rien, car les serpents sont sans queue ni tête, les serpents ne sont qu’un, le règne du serpent est celui de l’absurde, et ses rois sont les rois des lâches. Qui prétend toujours n’agir qu’en réaction et poussé par l’urgence de la nécessité n’est pas un Roi, mais seulement – et dans le meilleur des cas – une sorte de petit Proust sceptique. Qui est incapable de penser par soi-même, et se donne toujours l’excuse de penser « en-réaction à » ? La femme, par excellence, et tout ce qui est de caractère féminin : le causeur brillant, le mondain de compétition, le critique, l’observateur. Pas le Roi. Pas celui qui est doté du véritable pouvoir de création.

« Rêve général ! » _ « L’imagination au pouvoir » _ Je ne demande que ça.
Oui, peut-être bien que l’on peut changer le monde avec des rêves, mais ces rêves je veux les choisir, ainsi que leur direction : il est hors de question que je rêve une utilité aux choses qu’elles n’ont pas. Lorsque je rêverai, ce sera pour engendrer un réel nouveau, selon mon goût et mon selon inclinaison naturelle, pour faire ressurgir des profondeurs un réel oublié, qu’on avait depuis longtemps rejeté dans les abysses de la virtualité par manque d’ambition, par petitesse et par désespoir, mais qui était bel et bien susceptible d’exister, car il était le réel dans lequel mon âme demandait à s’incarner et à vivre. Le réel à la mesure de mon âme : voilà ce que je voudrais engendrer.

[… à suivre]

La théocratie des quidams (#Tour_de_Bruxelles)

Une nouvelle idée rigolote est en vogue dans certains milieux proches de la parisianité, de la boboïtude, de certains lobbys, en un mot proches du pouvoir, et de ceux qui ne lui trouvent rien à redire… Fort curieusement, bien qu’on en comprenne trop bien l’intérêt pour ceux qui sont en place, elle consiste en quelque chose d’assez inédit en France, je crois, qui aurait sans doute paru totalement absurde à nos aînés… Elle consiste, auprès du peuple en colère, à plaider pour une denrée fort prisée par ailleurs de toutes les communautés opprimées par les temps qui courent : la tolérance. On demande, chose inconnue des antiques comme des modernes, au peuple des travailleurs, des opprimés, des administrés, des gens qui composent la nation, qui ont le droit d’y voter, d’y protester, et s’il leur chante de tout réformer et de tout défaire, d’éprouver pour leurs gouvernements en faillite quelque chose comme de l’indulgence et même la pitié… Oh ! La pauvre petite communauté opprimée des hommes de pouvoir ! – C’est vrai ça, pourquoi tant de haine à leur égard ? – Et feriez-vous mieux à leur place, bonnes gens, dites-nous ? – Ne sont-ils pas des êtres humains comme vous ? N’ont-ils pas droit à un peu de compréhension eux aussi ? Ô citoyens, suspendez votre jugement ! Voyez la difficulté de leur tâche ! Admirez la beauté du monde où vous vivez. Remerciez pour ce que vous avez. Rendez grâce !

– Voilà incontestablement quelque chose de nouveau : les administrés doivent se sentir les frères de condition des « administrants » et s’identifier sentimentalement à eux (à défaut de pouvoir les remplacer)… « administrants » sur lesquels ils se voient cependant par là-même retiré tout pouvoir d’action comme de contestation… Voilà un grand pas en avant pour l’Egalité, sans doute !

– Nous sommes tous sur le même bateau ! Faites silence à présent ! Gestion de crise : beaucoup vont mourir, beaucoup vont gémir, mais c’était écrit, il fallait que ça arrive : obéissez-donc aux capitaines !

Pour ma part je ne vois pas là que de l’égalitarisme… Moi je vois aussi là-dedans une sorte de mysticisme lattent, de fatalisme quasi religieux, chez nos élites – ou du moins ceux qui font aujourd’hui triste-figure d’élite.

Moi ce que je vois-là c’est une déviation incontrôlée, de nature sectaire, de l’ancien : « nous sommes tous frères ». Lequel est devenu : nous sommes tous remplaçables.

Moi ce que je vois-là c’est une assemblée de gros gras vieux bourgeois épouvantés implorant on ne sait quelle Pythie invisible de leur révéler le sens de l’Histoire qu’ils doivent suivre… Ce que je vois ce sont des gens qui n’ont pas le courage de prendre les choses en main, qui n’ont pas le courage d’avoir des idées, et qui roulent en boule, comme des autruches qui se seraient fourrées la tête dans le cul, sur la pente d’une certaine décadence programmée.

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MOI : J’aime beaucoup entendre parler Nigel Farage au Parlement Européen, par exemple. J’adore comment il boxe toutes ces tronches de cake sur-nutries, toutes ces flasques visqueuses, ces têtes molles.

LETEL : « Toutes ces tronches de cake sur-nutries, toutes ces flasques visqueuses, ces têtes molles. »

Un peu boucs émissaires, têtes de Turc faciles, un peu populiste, non ?

MOI : Ces gens-là sont en place, ils se gavent positivement, personne ne les a élus, leur salaire est mirobolant, ils décident désormais de la plupart des lois qui régissent les peuples européens à la place des représentants élus de ces peuples européens. Nos ancêtres se sont fait trouer la paillasse pour moins que ça.

LETEL : Vous parliez [tout à l’heure] de « retenir votre jugement ». Il semble que vous [veniez d’]oublier de le faire…

MOI : Je disais effectivement tout à l’heure qu’il fallait parfois, lorsque nous étudiions l’histoire, et analysions la conduite passée des gens qui sont aujourd’hui morts, retenir notre jugement.

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# IDEOLOGIES&PHENOMENES DE MASSE :

C’est en ce sens que j’ai pu écrire : « Je n’ai rien dans l’absolu contre les communistes. » J’entendais par-là que je ne me hasardais pas à les juger en tant que personnes.

Car j’ai d’une part un grand-père qui est allé en camp de travail durant l’occupation parce qu’il était communiste. D’autre part, je condamne en le communisme l’essence-même de ce qu’est une idéologie meurtrière : à savoir un phénomène de masse : c’est-à-dire, une foule qui crie vengeance, qui demande impérieusement du sang, guidée par le ressentiment, l’avidité, la bêtise, la misère aussi, mais par-dessus tout l’esprit moutonnier… une foule aveuglée par ce qui en les idéaux, par ce qui en la foi, est le plus dangereux : à savoir leur capacité à aveugler l’homme, à endormir sa conscience morale, à le pousser à se reposer sur le groupe pour penser à sa place. Les proportions dantesques que cela a pris dans le cas du communisme Russe m’effraient grandement… Sans parler du cas Mao, qui fait l’objet chez moi d’une véritable abhorration à l’état pur.

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# POPULISME&PHENOMENES DE MASSE :

Quand on critique le populisme, c’est avant tout à cause de cela et dans l’optique qui est ici la mienne : parce que l’on se méfie des phénomènes de masse. Or les phénomènes de masse, ce qu’ils ont de dangereux, est toujours causé par une certaine dose d’obscurantisme, c’est-à-dire une certaine atmosphère d’irrationalité générale. Si les masses étaient rationnelles, nous n’en aurions rien à craindre. Lorsque par extension on a affaire à un grand nombre de gens qui conservent une attitude rationnelle, on n’a pas à craindre d’adopter une attitude « populiste » lorsqu’on les écoute. Il s’agit juste alors d’une attitude démocrate, au sens plein et noble du terme.

Mais pourquoi, me demanderez-vous, faut-croire que cela soit possible, une assemblée de gens conservant une attitude rationnelle ? Eh bien, il faut y croire lorsqu’on croit à la possibilité d’une assemblée de citoyens. Il faut y croire lorsqu’on croit qu’un peuple instruit est meilleur qu’un peuple primitif, clanique, prompt à la pensée magique. Il faut y croire lorsqu’on défend l’instruction publique et par extension la possibilité d’une civilisation. Si l’on ne croit pas une seule seconde que les citoyens d’un pays puissent à grande échelle faire preuve de prudence idéologique, de circonspection, de bonne volonté et de bon sens, alors on ne croit tout simplement pas en la possibilité d’une civilisation.

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# BIBLE&PHENOMENES DE MASSE :

J’ai peur des phénomènes de masse, c’est la vérité. J’ai pensé toute ma vie contre les phénomènes de masse. Sans doute tiens-je cela d’une enfance passée à jouer le rôle /du petit paria sympa/de la petite étrangère camusienne tristounette/de la petite curiosité qu’on taquine/, dans la cour de récré.

[René Girard vous l’expliquera mieux que moi, la Bible ne parle quasiment que de ça : de la critique des phénomènes de masse meurtriers… N’avez-vous jamais lu les Jérémiades (du prophète Jérémie), où il n’est question de la « Grande Prostituée Jérusalem » (sic.) et des juifs qui se sont montrés indignes de l’honneur divin qu’ils avaient reçu, et qui ont été (selon lui) châtiés pour cela ? – C’est encore l’Ancien Testament que cela, pourtant. Et ce n’est pas comme si Jérémie était le seul prophète juif à avoir légué un témoignage allant dans ce sens.

Pour les chrétiens, le Nouveau Testament raconte justement comment, lorsque Jésus vint aux juifs, parmi les juifs, de ses propres dires pour appliquer la loi des prophètes et être le fils du Père de tous, ils se liguèrent tous contre lui non à cause de ses péchés, mais parce qu’il était trop « parfait ».

Ce n’est pas pour rien que la théologie chrétienne est platonicienne. Platon, en nous léguant l’exemple édifiant d’Athènes qui signait sa propre perte aux yeux des Dieux, c’est-à-dire le début de sa décadence, en tuant celui de ses citoyens qui était le plus parfaitement citoyen car le plus parfaitement philosophe (Socrate), Platon, en nous livrant ce témoignage, a été pour cela considéré (à tort ou à raison, là n’est pas la question) par les théologiens chrétien du Moyen-Age comme un pré-chrétien.]

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LETEL : Vous dites : « Je n’ai rien dans l’absolu contre les communistes [en tant que personnes]. »

Oui, mais ce sont les personnes qui tuent, ou qui ici soutiennent ces régimes de massacre et de terreur pendant des décennies. Les personnes sont en cause, l’idéologie, si elle restait dans son placard entre la première et la quatrième page de couverture d’un bouquin, on s’en foutrait un peu.
C’est comme si vous disiez, je n’ai rien contre les nazis en tant que personnes, c’est l’idéologie qui me dérange. Eh bien non, pas seulement, c’est les nazis, c’est les communistes. Ceux qui l’appliquent ou la soutiennent.

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# INVITATION A LA TOLERANCE & REGARD HISTORIEN :

MOI : Letel, il y eut beaucoup d’intellectuels juifs américains engagés dans le communisme, souvenez-vous la liste rouge de Nixon… Souvenez-vous l’Affiche Rouge, chantée par Ferré, la Butte Rouge, le Temps des Cerises, toutes les chansons populaires… Le marigot tragique des chansons « réalistes »… Aragon fut communiste, Aragon fut un grand poète… de nombreux intellectuels français à son image embrassèrent cette folie vengeresse collective… aujourd’hui il y a d’autres folies vengeresses collectives qui courent les rues et avalent des hommes de qualité qui auraient également pu se contenter d’être poètes. Mais vous ne les voyez pas, trop occupé que vous êtes à juger des morts…
Cosima Wagner ne cacha jamais son attirance pour le régime nazi. Des hommes très bien se sont retrouvés séduits par Cosima Wagner. Nombre de biographes d’Hitler, bien que pas nazis pour deux sous, continuent aujourd’hui d’être séduits par la personnalité du vilain petit bonhomme. Un enfant de la classe moyenne, famille recomposée tuyau-de-poële, enfant de la Bohème (au sens propre comme au figuré), artiste raté, grand bavard, psychotique sur les bords… Que voulez-vous, ça évoque, ça chatouille, ça résonne, ça vous fout encore le frisson ! l’Histoire n’est pas une chose à lire avec des œillères… La Révolution Française et la Commune font aujourd’hui partie des images d’Epinal pour bien des gens de cœur… Il faut lire Michelet au sujet des atrocités qu’on y commît. Il faut lire Michelet aussi pour comprendre le reste… Les espoirs, les rêves et les déceptions, la misère et les inégalités, les injustices brûlantes, les passions contraires, les honneurs et les déshonneurs, les idées pures et les idéalistes, les tripes et les grands sacrifices, les saints inconnus, les actes isolés, les concours de circonstance, les élans du coeur, les amours, les destins, la fatalité, les rivalités, l’Egalité, la Fraternité, la ferveur du Peuple… Vous n’avez jamais lu Dostoïevski, bon sang ?

C’est ça pourtant le vrai sens originel de l’invitation à la tolérance. Savoir retenir son jugement dans des circonstances graves comme celles-là.

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LETEL : Sur les gens qui se sont engagés dans le communisme il y a 80, 70 ou 50 ans, je ne critique pas, je suis bien placé pour être plus prudent comme vous m’y engagez, et cela pour des tas de raisons, notamment familiales, les circonstances, les croyances, les mentalités étaient autres. Par contre ceux qui le sont encore, les communistes aujourd’hui, là oui, j’avoue que j’ai du mal, avec tous les crimes et tout ce qu’on sait, non, il y a des limites, ça ne passe plus.

J’ai lu le Dr Toïevski, oui, mais il m’a toujours saoulé, en plus c’est un nationaliste grand slave délirant (il serait derrière Poutine à pousser à la roue s’il était là), je préfère Tolstoï :)

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LETEL : Vous parlez de « retenir votre jugement ». Mais à quel moment le faites-vous ? [BIS]

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MOI :

# JUGER OU NE PAS JUGER :

Je ne m’acharne point sur les morts, voilà ce que signifie en l’occurrence : je retiens mon jugement. Contextualisez un peu mon propos : si je retiens parfois mon jugement lorsque je regarde dans le passé les hommes s’entre-déchirer, c’est que je n’ignore pas de quel bois est fait l’homme, voyez-vous. Ce pourquoi je puis m’identifier à bien des gens, et mêmes des gens qui m’auraient peut-être – qui sait – détestée, persécutée, haïe… Quoique, supposer une telle chose de la part de personnes disparues en d’autres temps soit ontologiquement absurde : il n’y a pas de « je » qui vaille dans cet hypothétique passé : si j’étais née dans le passé, je n’aurais pas été moi. J’aurais été une autre personne. Donc toute la discussion morale aurait à été à reprendre à l’aune de cet autre destin que j’aurais eu, et qui n’est pas le mien. Bref’. Chacun balaie devant sa porte. Voilà le sens profond du message.

Autres temps autres enjeux. Qui suis-je pour déterrer des hommes tombés pour leur cœur, pour des actes de foi de Jadis : ils ne sont plus à nous, ces hommes, aujourd’hui, ils ne nous appartiennent plus ! Bien sur qu’il faut pardonner !

Il y a des guerres qui sont anciennes, voyez-vous. Je ne suis ni Tutsi ni Serbe. Je n’ai pas l’intention de n’engendrer des enfants que pour qu’ils aillent s’embourber à mort dans des tranchée absurdes creusée par des ancêtres qu’ils n’ont jamais connu. Aujourd’hui je sympathise tout-autant avec les raison des misérables auxquels appartinrent selon toute probabilité la majorité de mes ancêtres, qu’avec les raisons de certains monarchistes. J’adore par exemple le point de vue des Goncourt sur leur histoire, je fais corps avec leur vision ; les Gongourt furent des dandys, et des monarchistes. Mon coeur est vaste, je ne le réserve pas qu’à ceux dont je suppose qu’ils n’auraient pas persécuté mes ancêtres dans un passé hypothétique.

Je ne pense pas au demeurant que l’on puisse identifier les vrais héros autrement qu’au pied du mur : on les reconnaît s’ils ont dû à un moment donné de leur vie accomplir un acte héroïque. Il y a ceux qui ont répondu présent à l’appel du Seigneur, et puis il y a les autres. Il ne faut jamais préjuger de qui répondra. L’histoire montre qu’en dehors du cas particulier de certaines personnes risque-tout, jusqu’au-boutistes, exceptionnelles, romantique, qui ne demandent qu’à vivre pour se distinguer, on est souvent surpris. Et encore, voyez-vous, il est fort courant que les plus romantiques, les plus prompt à chercher aventure, se retrouvent curieusement dépourvus quand le jour de la grande action vient qui doit les révéler : car les romantiques fantasment souvent une certaine sorte d’héroïsme, mièvre et caricaturale, qui n’est pas celle que leur demande leur destin.

Je suis capable aujourd’hui de comprendre aussi bien les raisons de Catherine de Médicis que celle de certains Huguenots. Entre ces deux camps, je suspends effectivement mon glaive intellectuel. C’est cela, aimer l’Histoire. Cependant, pour bien comprendre, pour bien comprendre qui que ce soit, il faut évidemment être « doué de jugement ». Pour faire preuve d’empathie envers quelqu’un il faut auparavant le juger. C’est-là une évidence. Certes, c’est une évidence tacite.

Il apparaît évidemment répugnant de demander à quelqu’un de s’abstenir de juger son prochain lorsqu’il en va de sa propre intégrité ou du sentiment profond qui bat dans sa poitrine. C’est ne pas aimer l’homme que de lui demander de n’avoir pas le sentiment de lui-même, et de sa propre dignité.

Vous pouvez tenter de me piéger rhétoriquement en jouant sur les mille virtualités du mot : « jugement ». Ca n’enlèvera rien au fait qu’il faille respecter les morts et se taire dans les cimetières.

Ca n’enlèvera jamais rien non plus à la validité de mon ressenti lorsque je visionne une vidéo de Nigel Farage s’adressant au Parlement de Bruxelles. Ces gens, les parlementaires, sont des valets, ils ne pensent pas par eux-mêmes, ils prennent leurs ordres des financiers, et pourtant ils donnent encore des ordres aux marionnettes qui font semblant de gouverner nos pays ! Où se trouve donc la tête du dragon dans lequel nous sommes enfournés ? Sommes-nous dans un Empire entièrement dédié à Ploutos, qui n’a qu’un ventre et pas de tête ?

Ca n’enlèvera rien non plus au fait que mes ancêtres réels et spirituels se sont battus à mort pour combattre des tyrannies qui n’étaient pour ainsi dire rien en comparaison de celle que nous vivons – une tyrannie sans tête, sans interlocuteur, un moloch terrible et silencieux qui ni ne voit ni n’écoute, une porte fermée absurde et contre laquelle aucun recours ne semble nous être laissé. Pas même celui de la parole. Cela aussi, ce sont des faits. Et non pas seulement des « jugements subjectifs ».

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LETEL :

« Ces gens, les parlementaires, sont des valets, ils ne pensent pas par eux-mêmes, ils prennent leurs ordres des financiers, et pourtant ils donnent encore des ordres aux marionnettes qui font semblant de gouverner nos pays ! Où se trouve donc la tête du dragon dans lequel nous sommes enfournés ? »

Un peu schématique, non, limite conspirationniste ? Sur le reste, la prudence à juger des hommes du passé, d’accord avec vous.

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MOI :

#CONSPIRATIONNISME & « TOUR DE BRUXELLES » :

Non, c’est la vérité, Letel. Ils n’en on rien à foutre de ce qu’ils font, et des implications de leurs actes. Ils se croient trop infimes, sûrement, trop peu importants en tant qu’individus, ces parlementaires de Babel à oreillettes, pour penser avoir des comptes à rendre concernant leurs convictions intimes. Or leur fonction – n’oublions pas qu’ils occupent actuellement une assemblée qui est le lieu de pouvoir N°1 de l’Europe – implique qu’ils aient des comptes à rendre. Ils n’avaient qu’à pas endosser des fonctions aussi importantes s’ils se concevaient eux-mêmes comme des ectoplasmes et non comme hommes doués de conscience et de libre-arbitre. Quoi qu’il en soit es ectoplasmes et les robots ne peuvent aucunement commander aux hommes.

Ces espèces de dignitaires romains las, qu’on verrait volontiers porter des toges blanches (avec un discret liseré rouge et or), sont des gens d’apparence humble (mais d’apparence seulement : en réalité on pourrait mettre leur photo à côté de la définition universelle du mot : hypocrite)… Ces gens pensent de toute évidence pouvoir faire l’économie du « je » sans qu’on le leur reproche ! Leur expression faciale la plus commune est l’indifférence soumise, le rabougrissement piteux. Ils ont l’air de dire : « nous ne sommes que des représentants obéissants, nous ne sommes personne ». Cela est très clair.

Aussi bien que moi, un enfant pourrait dire : « Le Roi est nu ». Plus encore, ce qu’aurait lieu de dire un tel enfant aujourd’hui, ce n’est même plus que les vêtements du Roi sont invisibles, mais c’est : « Le Roi lui-même est invisible ! »

Ces silhouettes grises, interchangeables, qui digèrent en permanence, sont des fonctionnaires de la dirigeance ; ils pointent pour accéder au toit du monde civilisé exactement comme d’autres pointent à l’usine. Ce sont des « Suisses » de cette existence : des gens qui soit-disant ne « participent » pas. Nous sommes donc de toute évidence dans un train lancé à grande vitesse sans conducteur.

Les conspirationnistes postulent un ou plusieurs conducteurs. Moi je dis qu’en réalité les hommes ont perdu leurs couilles, que plus personne n’ose prendre la place du conducteur, et que donc l’essentiel de nos grands malheurs d’aujourd’hui procède non d’une mauvaise conduction mais d’une lâcheté générale : d’une absence de conduction à proprement parler. Ou d’une conduction par défaut, par la confrontation des intérêts divers, +/- contradictoires et toujours particuliers, qu’on mettra volontiers sur le dos du hasard, de la fatalité ou de Dieu (il a bon dos!), mais dont personne au final (et c’est là tout le pot-aux-roses) ne veut assumer la responsabilité.

Visionnez-donc l’une de ces vidéos où le rhéteur Nigel Farage apparaît dans l’assemblée et donne à observer un contraste flagrant (un homme en vie face à des morts !), et interrogez ce que vous dit votre cœur à propos de ces figures empâtées qui ne réagissent pas, qui se moquent mollement, qui ne se sentent même pas concernées par ce qu’on leur dit. On dirait des étudiantes étrangères prises par erreur dans la tourmente d’une dispute au sein de leur famille d’accueil : on écarquille les yeux et on attend passivement que ça se passe.

Personne n’a besoin d’inventer des sornettes à propos de ce que l’on ne voit pas ici, qui serait supposément interdit au public, honteux et caché. Il suffit voir ce qu’il y a à voir. C’est déjà bien suffisant pour se faire une opinion ! J’ai composé sur mon blog un dossier entier pour battre en brèche le conspirationnisme et toutes ses déviances intellectuelles, si cela vraiment vous intéresse.

Juger les hommes qui nous gouvernent, c’est le moins que nous puissions faire, personne ne peut nous l’interdire : on ne monte pas sur un trône ou au centre d’une place publique pour « ne pas être jugé » et être ignoré. Ignorait-on les actions et les paroles du Roi Oedipe et de la Princesse Antigone ? Ignorait-on les mœurs, les testaments moraux, des Consuls, des Sénateurs romains et des César ? S’est-on jamais voilé la face devant les déclarations et les professions de foi des grands hommes qui étaient à la barre du Monde, pour faire comme si elles n’existaient pas ? Non bien sûr. Pourquoi devrait-on alors aujourd’hui se voiler la face devant les déclarations de nos dirigeants, pourquoi ne devrait-on « pas les juger » ? … sinon parce qu’on considère tacitement que nos dirigeants ne sont pas des grands hommes, qu’il ne peut plus y avoir de grands hommes dans notre post-modernité désenchantée, et que nous sommes désormais gouvernés par la fatalité, par le pis-aller, le faute-de-mieux ?

Les personnages influents, parce que nos sorts de simples gouvernés dépendent d’eux, n’ont pas le droit comme les gens du commun de demander à ce que nous ne les jugions pas. C’est antithétique avec leur fonction. Nous DEVONS, en tant que citoyens, discuter leurs actions. D’autant plus si nous sommes démocratie : en démocratie, le « fait du Prince » n’existe pas, ce qui veut dire que les dirigeants n’ont pas la liberté de demander à n’être pas soumis à l’appréciation commune. Quel Roi, si puissant fut-il, au demeurant, put-il jamais se permettre ce luxe-là de ne pas être jugé de son peuple ? Tout juste les tyran s’autorisèrent-t-ils de tout temps à museler les personnes qui subissaient leurs décrets, ou à faire comme s’il elles n’existaient pas.

Mais après tout peut-être n’êtes-vous pas un démocrate, qu’en sais-je ?

asterix_1.

Le principe de la non-représentativité des élites,

Petite mise-au-point.

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20

Letel:

:) Merci de me citer sur votre blog. En tout cas, vous ne manquez pas de lyrisme, ni de souffle, deux points pour vous. Mais on a l’impression d’une belle mécanique qui tourne un peu à vide : que voulez-vous, la démocratie est comme ça, exaspérante, nos représentants souvent nuls, quant à les critiquer, évidemment, ça va de soi, vous enfoncez un peu des portes ouvertes. Mais il vaut mieux des représentants qui sont ce que nous sommes, avec toutes leurs (nos) faiblesses, qu’un chef mythifié, idéalisé, adulé, infaillible, comme Staline, Napoléon, Kadhafi, Saddam, Kim I, II ou III, ou l’empereur du Japon.

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« Mais il vaut mieux des représentants qui sont ce que nous sommes, avec toutes leurs (nos) faiblesses, qu’un chef mythifié, idéalisé, adulé, infaillible.. etc »

Croyez-vous que toute personne qu’on adule, soit forcément adulée à tort ? Croyez-vous qu’il soit techniquement impossible à un être de très grande valeur d’être profondément aimé du plus grand nombre ? Et quand bien même ce serait impossible, ne croyez-vous pas à tout le moins qu’une telle chose serait ardemment désirable ? [#Roi Salomon, #Roi David, #Saint Louis sous son chêne]

Un pouvoir qui repose sur un chef (c’est-à-dire étymologiquement une tête), a encore cet avantage notable sur celui qui ne repose sur aucune personne responsable ni sur rien d’intelligent, qu’on peut discuter :

_avec lui [#Michel de l’Hospital conseillant Catherine de Médicis, #Platon tentant de conseiller le tyran Denys],

ou encore (à défaut)

_contre lui [#Diogène répondant à Alexandre : « Ôte-toi de mon soleil »],

_et le cas échéant qu’on peut encore le guillotiner [#« Nouvelle donne! Redistribuez les cartes! »].

M’voyez ?

Le pouvoir qui n’est pas intelligent, qui n’est pas une intelligence, n’est même pas discutable (discutable doit être entendu ici au premier degré, dans son sens le plus philosophique : c’est-à-dire susceptible d’enrichir la discussion universitaire, historique, intellectuelle, populaire.. etc.). Il est donc à proprement parler indiscutable – c’est-à-dire qu’il nous renvoie à un monde de brutes, le monde d’avant la parole. C’est le pouvoir le plus bête et le plus arbitraire qui se puisse imaginer.

Les mythes ont encore cela pour eux qu’ils engendrent des contre-mythes. Les enfants des Dieux-le-Père les émasculent en général, ou au moins les tuent… Et en étudiant l’histoire des sociétés humaines, on voit que le Dieu des uns devient souvent au fil du temps le Diable des autres, quand les uns entrent en guerre contre les autres, ce qui induit pour les siècles qui succèdent à la guerre, des possibilités de communication civilisationnelle nombreuses et fructueuses. Je vous renvoie à Lévi-Strauss pour vous assurer de cela.

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Dernier argument (but not least) :

Il est un grand principe logique, lorsqu’on parle des élites, c’est qu’elles ne peuvent techniquement être représentatives du grand nombre. Je vais vous démontrer pourquoi : le peuple, lorsqu’il élit l’un de ses membres pour le représenter, l’élit de préférence sur des critères de sélection objectifs, et fait donc de ce membre un élu, et pas n’importe quel élu tombé du ciel, un élu selon des critères objectifs, reconnus par la majorité. Ce qui fait qu’un tel chef, même élu au suffrage universel, et surtout si élu au suffrage universel, ne peut donc être un « homme du commun », et ne doit d’ailleurs idéalement pas être un « homme du commun », mais au contraire doit être « le meilleur d’entre tous ».

C’est pour cela qu’on a inventé la démocratie, figurez-vous : pour que ce soient les meilleurs, les meilleurs selon l’avis du plus grand nombre, les meilleurs à un moment donné, car susceptibles d’être destitués de leurs fonctions s’ils faillissent, qui règnent sur les autres. Et non plus des quidams nés dans des langes royaux, auxquels une certaine hérédité a posé une couronne sur la tête sans qu’aucune raison raisonnable ne puisse le justifier.

See ?