Freud et la langue française : une rencontre tragique

Ceci est la suite et l’approfondissement promis du billet précédent (« Je pense donc mon moi est » _ La face eclairée de Narcisse).

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_Un exemple de « CAS DE CONSCIENCE » : dans le cadre du conflit israëlo-palestinien

Le premier champ de bataille à mes yeux sur lequel nous devons combattre, avant que de combattre sur aucun autre, est bien-évidemment le champ de bataille, la « Plaine Armageddon », de notre conscience. Nous devons savoir qui nous sommes et aimer ce que nous sommes en connaissance de cause, si nous voulons défendre notre cause, et par-delà notre cause nous défendre nous-mêmes… car s’il n’y avait rien de plus moral dans notre combat que le simple fait de vouloir sauver notre peau, alors nos ennemis désirant sauver leur peau également, rien ne pourrait plus nous distinguer d’eux du point de vue moral.

Or, qu’on ne puisse plus en derniers recours nous distinguer de nos ennemis sur le plan moral, signifierait que même si nous gagnions contre eux sur la terre, un hypothétique Jugement Dernier (pas forcément le Jugement Dernier religieux : pensez aussi à celui de l’Histoire, ou à celui des Sages de tous pays, des philosophes) ne pourrait que statuer ainsi :

« Vous qui étiez devenus les égaux en monstruosité de vos ennemis, vous craigniez qu’il ne vous supplantent et ne vous remplacent, mais il n’y avait finalement plus lieu de craindre qu’ils vous remplacent, puisque vous étiez leurs égaux en monstruosité. Si c’est par leur faute, et pour les vaincre, que vous êtes devenus leurs égaux en monstruosité, on peut même dire à juste titre que malgré votre victoire apparente, ils vous ont tout de même bel et bien remplacés. Amen. »

Tout ce que nous avons à craindre n’est donc non pas évidemment de voir trouées nos pauvres misérables peaux, mais d’assister à la fin tragique de toute Civilisation.

De toute éternité, quel que soit le diamètre de la poutre qui est dans l’œil du voisin, la solution ne consistera jamais à dire : « Il est bête et méchant, il mérite donc d’être puni avec la même bêtise, la même méchanceté ». La seule vraie question qui vaille d’être posée demeure : « En vertu de quelle loi ai-je le droit de dire : celui-là est méchant, celui-là est bête ? » – Car c’est cette loi qui mérite qu’on se sauve en son nom, pour la sauver elle-même.

Bien sûr que le fait d’être du côté de la civilisation a un coût ! Bien sûr que c’est plus difficile ! Mais si ce n’était pas plus difficile d’être civilisé, il n’y aurait aucun mérite à être civilisé !

Il n’y a pas beaucoup de solidarité pour Gaza qui vienne du monde musulman, c’est un fait. Nous, en France, nous leur envoyons de l’aide, mais l’Arabie Saoudite s’en fout. Pourquoi ? Parce que nous sommes cons ? Oui et non.

Parce que nous sommes ci-vi-li-sés.

Etre chrétien, c’est ça : c’est être écartelé par sa propre bonté, c’est faire des choix difficile. Pourquoi être chrétien alors ? Mais parce que lorsqu’on parvient à bâtir quelque chose (une civilisation par exemple, ou même juste un bâtiment) en restant chrétien, ça a quand même plus de gueule que lorsqu’on a souillé son âme et qu’on a vendu père et mère pour parvenir au même but.

La question n’est pas de savoir ce que les autres font, et la solution n’est pas de clamer qu’il faut se calquer sur les barbares pour se venger d’eux. La seule question qui vaille est la suivante : pourquoi ne faisons-nous pas comme eux ? Quelles sont nos motivations et quelle est notre gloire ?

Car si nous restons concentrés sur nos propres systèmes de valeurs, sur les exigences que nous avons à notre propre endroit, et si nous les universalisons, nous restons dans le Juste.

On pourrait résumer ainsi le paradigme moral que j’ai développé dans mon exemple :

« Le champ de la conscience est le seul champ de bataille ; l’intériorité est donc la plaine Armageddon ultime, et la seule qui vaille. »

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_Le MOI est-il « LA CONSCIENCE » ?

Ce qu’on appelle aujourd’hui le moi est-il autre chose que ce que nos aïeux appelaient simplement la Conscience ? En quoi le moi des modernes inspirés par Freud et la Conscience de nos aïeux seraient-ils deux choses différentes, dans la mesure où Freud lui-même considère que le moi relève du conscient chez un individu (et s’oppose ainsi à tout ce qui dans le surmoi et le ça relève de l’inconscient) ?

On m’expliquera peut-être que dans l’univers langagier freudien, le surmoi remplit par-rapport au moi orgueilleux et désinhibé, un rôle de gardien des traditions et de garant de la pudeur, qui est le seul digne successeur de l’ancienne « Conscience morale« . Et là je rétorquerai à mon interlocuteur que ravaler la « Conscience morale » à une sorte de garde-chiourme des appétits du moi, à un garde-chiourme inintelligent, rempli de lois arbitraires qu’on n’interroge jamais, et qu’on a héritées sans choisir, rabaisser la « Conscience morale » à cette espèce d’intériorisation de la censure et du flic… je rétorquerai que pour faire cela, il faut y avoir au moins un avantage… Or qui a intérêt à la négation de la personne morale qui est à l’intérieur de l’homme, sinon le fraudeur, le voleur, le salaud ?

Il faut croire que si pour les freudiens la question de l’être moral se réduit à celle du surmoi, il faut croire alors que pour ces gens la morale est en quelque sorte quelque chose de stupide, de mécanique et de mort, à quoi l’on ne se conforme jamais que par souci d’auto-préservation mais sans bien savoir pourquoi. Il faut croire alors que pour les freudiens, l’homme, profondément, ne désire que jouir aux dépends d’autrui et faire le mal, que c’est-là le fond de tout ce que demande son moi. Voilà ce qu’on appelle de mon point de vue un parti-pris, et un méchant parti-pris.

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_ »AVOIR LE MORAL » & « LA VIE MORALE »

Ce qu’il faut bien voir ici et que je dénonce, c’est que Freud et la psychanalyse, en l’occurrence, refusent d’appeler « vie morale », comme le faisaient autrefois nos ancêtres qui parlaient français, la vie intérieure de l’homme. Or autrefois, en français, la « vie morale », signifiait tout-ensemble, la vie psychique de l’homme, composée de douleurs, de questionnements moraux, et ses désirs.

Hélas pour Freud, le vieux lien entre « mauvaise humeur » et « mauvais moral », dans la perspective sous-jacente, héritée des antiques, ou la qualité du moral (au sens de : l’humeur) serait d’une certaine manière liée à la Morale (au sens de : l’éthique d’un individu), ce vieux lien n’existe plus. Pour Freud, il n’y a plus que des désirs matériels, sensuels, bas et sordides : il ne conçoit jamais la possibilité d’un désir d’idéal, d’un désir de Bien-Faire, d’un désir de grandes et belles choses, qui ne soit pas souillé par je ne sais quel ressors vicieux.

Pour un français, être d’humeur triste, cela se disait pourtant : « n’avoir pas le moral ». Que reste-t-il de « moral » dans la tristesse, dans la mélancolie, après que celle-ci ait été analysée par Freud ? Rien.
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_ »RAISON » & « JUGEMENT » _ « ESPRIT » & « SPIRITUEL »

La raison et le jugement (c-à-d la faculté de juger), qui chez nous étaient une seule et même grande chose, pour Freud ne semblent plus avoir grand’chose en commun. Pourtant, autrefois, « perdre la raison » se disait aussi : « perdre le jugement ».

De la même manière, le jugement et l’esprit – au sens où tout ce qui relève de l’esprit est étymologiquement d’ordre spirituel – ne sont dorénavant plus, à cause de Freud, intriqués entre eux par des liens de sens poétiques et beaux. Fini tout cela. Place à la matière ! – place à nos matières.

Une telle novlangue nous mène tout droit à la négation de la possibilité-même d’un jugement objectif chez l’homme. C’est-à-dire que dans ce nouveau langage de Freud, qui a remplacé l’ancien, ou a barré l’accès à l’ancien, l’idée qu’un homme prétende que son esprit lui permet de juger librement le monde qui l’entoure et ses congénères, est devenue pour ainsi dire impossible à exprimer.

L’idée-même que l’esprit, quand il est de nature rationnelle, c’est-à-dire non vicié, soit en l’homme sa part la moins soumise à la matière, donc la moins dépendante de son passé, de ses sentiments, de son statut social et de ses désirs, donc la plus pure de toute influence sociobiologique, donc qu’on ne puisse pas systématiquement « psychologiser » toutes les productions de l’esprit, cette conception ancienne qui coulait pourtant de source, dans sa version classique, n’existe pour ainsi dire plus, ou n’a plus droit de cité.

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_Pourra-t-on jamais faire du MOI freudien un « ROSEAU PENSANT » ?

Il faut croire que le moi de Freud a perdu toute appétence pour le sublime et même, disons-le, pour la pensée. Car penser c’est peser ; or le moi de Freud ne pèse manifestement pas lui-même ses actions, ou du moins n’a plus aucune propension intrinsèque à faire cela. Puisque désormais ce moi qui n’est plus la Conscience délègue toute la « pesée du jugement » (cet office sacré, qui était auparavant considéré comme étant le plus noble qui soit) à un garde-chiourme stupide, qu’il a hérité de son père, le surmoi.

Le goût des choses intellectuelles, qui est le plaisir de penser, et le désir de la vérité, ne peuvent plus donc exister dans l’univers théorique freudien comme des plaisirs et des désirs à proprement parler, comme des forces primitives agissant à l’état pur à l’intérieur de l’homme : il ne peuvent plus que procéder d’autres désirs, souterrains ceux-là, inavouables, liés à la vie charnelles, à une mécanique des fluides honteuse, à des bassesses refoulées, qui sont les seuls désirs et plaisirs dont Freud veuille bien reconnaître l’existence.

C’est bien simple, il ne semble pas qu’il puisse y avoir pour Freud de vérité profonde des êtres qui ne soit pas de nature ontologiquement obscène ou honteuse : si quelqu’un vient au partisan de Freud pour lui dire : « toute ma vie j’ai cherché la Vérité », le partisan de Freud n’acceptera jamais de le croire, et continuera de creuser en cette personne jusqu’à trouver une cause première à sa quête de Vérité qui ne soit pas la quête de Vérité elle-même (mais en général un secret d’enfance à la fois grotesque, répugnant et comiquement dérisoire).

Il ne faut donc pas s’étonner que désormais, pour les élèves de Freud, dire « Je » ne puisse plus être perçu (au mieux) que comme un acte égoïste, que comme un acte aussi vulgaire que n’importe quel autre, comparable à l’action de manger ou de déféquer. Dire « Je », ne peut plus être : réfléchir librement, ni prendre la responsabilité de ce que l’on affirme, ni penser.

Pourtant, il semble qu’autrefois en France un certain Descartes avait écrit : « Je pense, donc je suis. »

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_La « LIBERTE DE CONSCIENCE »

A l’origine, avoir une conscience, avoir sa conscience pour soi, était quelque chose qui était valorisé. Jamais on n’aurait osé attacher à cela de connotation négative. Alors où, dans l’œuvre Freudienne, place-t-on cette fonction intellectuelle vitale – qui est pourtant dans tous les textes législatifs  – de la « Conscience » au sens noble, moral, du terme ? Nulle part, il me semble.

Car la conscience suppose la liberté de conscience, qui suppose qu’il soit possible pour un homme de librement choisir sa façon de vivre, sa façon de penser, ce en quoi il croit.

Or la psychanalyse ne conçoit jamais réellement possible aucune liberté en la matière : du point de vue du psychanalyste, de tout ce qu’a vécu un « patient », de tout ce en quoi croit un « patient », au moment où celui-ci vient faire sa psychanalyse, rien de tout cela ne peut jamais sérieusement être considéré par le psychanalyse comme ayant été à un moment donné le résultat d’un libre-choix assumé, – car le « patient » vient à la psychanalyse pour remettre tout cela en cause, – ainsi toute croyance, toute certitude assumée de sa part, sera considéré a-priori comme de l’aliénation.

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_ »AVOIR LE COURAGE DE SES IDÉES« 

Tout ce que la vie apporte à un homme, en dehors de ce qu’il a réalisé et accompli grâce à la psychanalyse, pour faire court, aux yeux du psychanalyste – est suspect -, ne peut être perçu comme le fruit d’une liberté. La psychanalyse ne semble pas croire au courage, ni à l’erreur, ni à la malchance.

_Ou du moins elle ne semble croire encore au courage, curieusement, que lorsqu’il s’agit d’en demander aux hommes pour aller là où elle-même – la psychanalyse – les guide. En dehors de ce cadre-là du « courageux » travail-sur-soi psychanalytique, aucune action accomplie par l’homme ne pourra jamais relever jamais du pur et simple courage aux yeux de la psychanalyse, mais sera toujours suspecté de relever de la soumission à diverses pulsion. Intrigant, non ?

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_Pourquoi le SURMOI n’est pas non plus un équivalent langagier de la défunte « CONSCIENCE »

Voyez à présent avec quelle abrutissante fréquence aujourd’hui le « culte du moi » est décrié partout ! Pour autant, voit-on un hypothétique culte du « surmoi » surgir ? Non, bien sûr. Ce « surmoi » qui n’est pas le moi n’intéresse personne.

La conscience, si elle ne peut plus être l’expression libre, franche et fière, d’un moi moral, total, simple et beau, mais se retrouve réduite pour ainsi dire à une fonction d’auto-censure automatique inintelligente (ce qu’est à proprement-parler Surmoi), n’est plus vraiment la Conscience…

Le Surmoi n’a plus rien à voir avec la Conscience dans son sens antique – noble et beau – puisque la Conscience des anciens était une puissance telle qu’on la faisait parfois s’emparer tout-entière d’un être, du sol au plafond. Or le Surmoi ne sera jamais qu’une sorte de « plug-in » restrictif, un outil coupant rajouté au moi totalitaire, bref un morceau d’un être irrémédiablement morcelé… Qui plus est l’usage veut qu’on lui attribue (à lui aussi!) une connotation péjorative !

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_L’être freudien : un être morcelé dont tous les morceaux sont connotés péjorativement !

Aujourd’hui « le moi » est devenu un synonyme de : « l’égoïsme« . Le souci chez un homme de s’occuper de son moi est devenu dans le langage courant un souci égoïste. Et rien, rien, plus rien qui relève encore du souci de soi – le « souci de soi » qui autrefois aurait pu signifier bien autre chose ! – qui relève d’autre chose que d’un souci matérialiste…

Quant au rôle prétendûment civilisateur du « Surmoi« , il est désormais irrémédiablement attaché à la névrose et à la frustration. Pour faire court et parler en image, quand on pense au « Surmoi » d’un homme, on pense aujourd’hui à son balais dans le cul. Et rien, là encore, rien dans la novlangue freudienne telle qu’elle est employée tous les jours par les esprits serviles, matérialistes et bas des postmodernes, qui ne vienne plus désormais contrebalancer ce déplorable point de vue !

Quelle triste, triste langue !

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_La CONSCIENCE ? Une chose désuète.
_L’INCONSCIENT : voilà ce qui intéresse le freudien.

Résumons : dans la novlangue freudienne, le moi c’est le conscient (ou du moins une partie du conscient), mais ce n’est plus la Conscience.

Ainsi, le souci du moi est égoïste, quand le Surmoi est la source de toute frustration. Et ce dont il faudrait plutôt avoir souci, c’est de notre inconscient.

Le vieux souci philosophique – « Connais-toi toi-même » – qui consiste à étudier d’ors et déjà ce dont nous sommes conscient (ce en quoi nous croyons, le sens objectif de ce que nous disons), sans doute nos contemporains le trouvent-ils trop fruste ? pas suffisamment excitant ? pas suffisamment chic ?

Mais soyons malgré eux un peu philosophes une minute, à présent, voulez-vous ? Avez-vous jamais vu – sérieusement parlant – quelqu’un s’interroger sur autre chose que ce dont il était conscient ?

Croyez-vous réellement qu’il soit techniquement possible d’interroger ce qui relève de notre inconscient ? – Je vous demande ici de raisonner comme le ferait un enfant, un « Simple »… ou tout simplement un vrai philosophe.

Je vous demande de vous représenter l’irreprésentable : un homme s’interrogeant au sujet d’un sujet dont il serait inconscient, c’est-à-dire dont il ignorerait non seulement les enjeux, mais jusqu’à l’existence, puisqu’il relèverait d’un alter-monde des idées et même d’un alter-langage ignoré de lui, qui n’a jamais accédé à sa conscience, et n’y accèdera normalement jamais… – car l’inconscient est théoriquement tel que nous ne sommes pas conscients qu’il est, n’est-ce pas ?

Un tel paradigme n’est-il pas techniquement impossible ? Ne serait-il pas à proprement parler, si on devait le traduire en une image graphique, du même ordre que les dessins impossible d’Escher ?

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_ »Mon Dieu, mais alors… Depuis quand exactement le monde serait-il devenu fou ? »

Je vous demande ici de ne pas vous effrayer : il est tout-à-fait normal – oui, « normal », c’est le bon mot – qu’une part de cet univers-des-idées commun, habituel, rassurant, dans lequel notre société végète, comporte une part de concepts totalement délirants et même absurdes. Et que néanmoins « les_gens » (cette chienlit ^^) continuent en dépit du bon sens de s’appuyer sur de tels concepts, et les affectionnent. L’homme, de tout temps, a adoré les fables et les idées bancales, il les préfère à la réalité, c’est bien connu. D’ailleurs la Bruyère l’exprimait déjà très clairement dans ses Caractères (chapitre consacré aux Esprits Forts) :

22 (VII)

L’homme est né menteur : la vérité est simple et ingénue, et il veut du spécieux et de l’ornement. Elle n’est pas à lui, elle vient du ciel toute faite, pour ainsi dire, et dans toute sa perfection ; et l’homme n’aime que son propre ouvrage, la fiction et la fable.

Pour corroborer cela, l’anthropologue cognitif Justin Barrett a récemment découvert avec son équipe de chercheurs ce qu’il a baptisé « les concepts modérément contre-intuitifs« . Leur travail est très utiles notamment aux mythologues (je viens d’apprendre l’existence de ces concepts dans le dernier Cahier Science&Vie sur L’Origine des Mythes). Ces scientifiques ont simplement démontré qu’au niveau neurologique, les mythes et les fables comportant une part (modérée) d’ « impossible » de « déraisonnable », présenté non comme étant impossible et déraisonnable mais au contraire comme coulant de source et allant de soi, avaient un pouvoir suggestif plus grand et imprimaient nos mémoires davantage que les autres.

Nous les êtres humains, avons donc de tous temps aimé croire passionnément en des histoires qui comportaient précisément une part non négligeable d’incroyable et d’invraisemblable. Et toutes les société humaines se sont toujours fédérées autour de ce type de constructions mythiques, car c’était précisément parce qu’elles choquaient un peu l’esprit qu’elles appelaient un acte de foi.

Le mythe du Dahu (en plus d’être déjà en soi un mythe) nous parle donc peut-être de la définition-même de ce qu’est un mythe : un animal bancal aux pattes inégales, qui ne tient debout que par la grâce du saint-esprit (c’est-à-dire de la foi).

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_Le MYTHE de l’INCONSCIENT freudien

Pour en revenir à la psychanalyse, il me semble donc à moi que cette idée selon laquelle le psychanalyse emmènerait son patient à la rencontre de son inconscient, est à proprement-parler un mythe. Et je l’explique très-aisément en ce que pour peu que ce qui à un moment donné nous était inconscient se mette à nous susciter une interrogation, alors ce qui était effectivement inconscient jusque-là cesse instantanément de l’être !

Je ne vois pas comment il pourrait en aller autrement qu’à mesure que nous cherchions à fouiller notre inconscient et que nous y découvrions des choses… je ne vois pas comment les fameuses choses en question ne seraient pas précisément condamnées par cette fouille indiscrète à sortir de l’inconscient pour apparaître au grand jour, et ne seraient pas – de fait – immédiatement remplacées par d’autre dans ce grand réservoir d’images qu’est la moite intimité de notre inconscient.

Selon le même principe, une forêt vierge qu’on arpente de long en large, n’est précisément plus une forêt vierge… Car l’esprit comme la nature ne peut qu’avoir horreur du vide. Aussi, il ne peut – heureusement – suffire de nous creuser la tête pour la vider, comme il en irait d’un simple sac à patates (dont on consommerait les patates) !

Il est absolument nécessaire que l’inconscient se reconstitue à mesure qu’on cherche à le défricher, sans quoi le résultat logique d’une psychanalyse devrait être la destruction pur et simple dudit inconscient. Or, avez-vous déjà vu un homme dépourvu d’inconscient ? Cet homme au juste, existe-t-il ? – Peut-être les psychotiques, qui vivent dit-on « consciemment » dans leur inconscient, répondent-ils effectivement à ce critère… (mon Dieu ! pourquoi chercher à leur ressembler ? leur sort n’est pas enviable) – et encore j’en doute.

L’esprit, s’il était un objet, devrait être comparé à une corne d’abondance ou à un Graal, car il est évident qu’on ne le « vide » pas à mesure qu’on en sort des fruits – des fruits, c’est-à-dire des idées nouvelles.

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ADDENDUM DÉDICACÉ À MA HAINE

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 _A QUOI SERT LA PSYCHANALYSE? _ Autrement dit : A QUI PROFITE LE CRIME ?

Comme le soulignait récemment Mémento sur son propre blog, Freud a bel et bien professé, n’en déplaise aux petits comiques festivoïdes, qu’il fallait que nous refrénions nos pulsions.

Petit rappel :

La première des pulsion contre laquelle s’acharne Freud est par ailleurs sa création originale, il s’agit bien-entendu de la pulsion Œdipienne. Mais on ne peut néanmoins supposer que la pulsion Œdipienne serait « meilleure » ou « pire » qu’une autre pulsion du point de vue de Freud, puisqu’on s’aperçoit assez vite que toute les pulsions selon lui sont égales en nuisance comme en nécessité par ailleurs, et pour ainsi dire de même nature.

A cet égard, la pulsion Œdipienne remplit chez Freud en quelque sorte un rôle d’étalon pour les autres pulsions… un peu comme dans les 11 Commandements donnés à Moïse, l’interdiction du vol engendre et suppose tout-à-la-fois l’interdiction de l’adultère, de laquelle découle l’interdiction du meurtre, par une sorte d’enchaînement supposément logique, qui paraît évident aux religieux, et qui peut-être l’est moins aux yeux des incrédules.

Refréner les pulsions – toutes les pulsions étant donc supposées intestinement liées entre elles – professe ainsi «le maître », est la tâche du Surmoi. Surmoi qui, s’il n’agit pas ou pas suffisamment dans un individu – s’il a été par exemple endommagé pendant l’enfance – fait de lui un psychotique, souvenez-vous.

Un excès d’action/d’influence du Surmoi, en revanche, transforme – toujours selon la psychanalyse – l’individu en cet être coincé, étroit d’esprit, avec un balais dans le cul, que Freud appelle l’individu névrosé. Aussi, selon Freud, il n’y a pas d’alternative : ou bien vous êtes psychotique, ou bien vous êtes névrosé.

Il n’y a pas d’homme sain pour Freud car il n’a pas conçu entre ces deux paradigmes la possibilité d’un équilibre. Il n’y a pas d’homme sain du point de vue de la psychanalyse, et cela rejoint exactement la conception qu’avait l’avide Dr. Knock de la médecine : « Un homme sain est un malade qui s’ignore. »

De leur passion indécrottable pour tous ces subtiles concepts auxquels nous venons de faire une brève allusion, les lecteurs de Femme Actuelle et assimilés ont trouvé le moyen de déduire qu’il fallait absolument que nous – comprendre : « nous les névrosés » – n’ayons de cesse de parcourir le monde et de gâcher du matériau humain et de nous heurter à répétition à notre propre tragique constitutif et au souverain mur du ridicule, en vue de trouver le moyen d’enfin nous « épanouir », en jouissant comme des soleils et en baisant comme des taureaux. – Cela si nécessaire au mépris du bien-être des autres – car la santé n’a pas de prix. Je suppose donc que les névrosés lecteurs de psychanalyse, de magazines féminins et de littérature niaise, désirent profondément devenir des psychotiques pour se soigner de leur névrose. En-dehors de ça je ne vois pas où ils vont.

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_IL-FAUT-REFRENER-VOS-PULSION-MAIS-LES PULSIONS-C’EST-QUAMMÊME-BIEN-JE-JUGE-PAS

Freud a donc dit (entre autre) que nous devions refréner nos pulsions – ce qui n’était pas, vous en conviendrez, une idée neuve. Les 3 religions du Livre l’avaient dit avant lui. Alors moi j’ai demandé naïvement : « Quelles pulsions ? »

Que Freud appelle-t-il exactement « les pulsions », en dehors du cas particulier d’Oedipe ? Parle-t-il uniquement de pulsions qui seraient négatives ? Auquel cas il n’avait qu’à clairement définir ses « mauvaises pulsions » comme un avatar maquillé des 7 péchés capitaux !

Si, en revanche, du point de vue de Freud, (contrairement au point de vue de la religion, pour laquelle existent 3 vertus théologales et 4 vertus cardinales qui compensent les 7 péchés capitaux), si du pt de vue de Freud disais-je, il ne peut y avoir de bonnes pulsions, mais uniquement des pulsions mauvaise, cela explique au moins pourquoi le terme de « pulsion », tel qu’employé par Freud, ne supporte jamais aucun adjectif qualificatif.

Pour Freud, il faut se résoudre à croire que même lorsqu’elles sont bonnes, les pulsions sont mauvaises, et inversement.

Ainsi – illustrons son génial paradigme –, le suicidaire doit réfréner sa pulsion de vie car c’est sa pulsion de vie qui d’après la psychanalyse lui donne envie de mourir. Mais pour le « viveur », en revanche, pour celui dont on dit qu ‘il « brûle la chandelle par les deux bouts », bien qu’il croie naïvement souffrir de « trop » aimer la vie, la psychanalyse lui apprend qu’en réalité il se trompe en prenant pour une pulsion de vie ce qui n’est en réalité qu’une pulsion de mort.

Ainsi, désormais, grâce à Freud, quand quelqu’un dont vous désapprouvez la conduite vous dira : « j’adore faire cela, quand je fais cela je me sens vivre », vous pourrez lui donner l’exemple du « Viveur » et lui expliquer sereinement que tout ce qui lui procure du plaisir est en réalité ce qui en lui désire secrètement la mort.

Si au contraire vous approuvez la conduite de la personne, vous pourrez lui servir allègrement une théorie contraire tout aussi compatible avec Freud, en opposant par exemple à ses détracteurs l’exemple déplorable du suicidaire qui était allé jusqu’au bout de sa pulsion de vie et qui avait trouvé la mort. Vous déduirez habilement de ce triste cas de figure, que celui ou celle qui veut simplement jouir et être heureux au jour le jour dans cette chienne de vie a ontologiquement raison, du fait que l’individu jouisseur, précisément, jouisse, signifie que, contrairement au suicidaire, il se situe dans l’équilibre, c’est-à-dire dans la « santé ».

Tous les chemins conduisent le Dr Freud à avoir toujours raison ! C’est bien pratique !
Moi je dis bravo à ce docteur ! Car une telle méthode, comme vous le voyez, résout tout : elle permet en toute circonstance au psychologue amateur comme au praticien chevronné, et quel que soit au final son diagnostic, de justifier celui-ci supérieurement, et sans controverse possible ! Car la pulsion de mort c’est la pulsion de vie et la pulsion de vie c’est la pulsion de mort . Hare Krishna.

C’est ainsi, disait Vialatte, qu’Allah est grand.

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_« Vous avez un style sadique, vous ! »

Enfin, et j’y vois là un paradoxe, votre prose survoltée a quelque chose de… sadique ! Et qui dévoile toujours un peu plus des aspects obscurs de votre nevrose. […]

Ceci est un exemple-type de critique littéraire assassine à la sauce freudienne.

On psychologise le style, on psychologise l’art, et qu’est-ce qu’il en reste ? Il en reste des questionnements relatifs à la petite culotte de l’auteur. C’est quand même terrible d’avoir vécu quatre mille années de civilisation, peut-être six-mille, pour en arriver à un peuple de gens perdus dans l’obscurité des signes kabbalistiques qui à travers l’Art et les choses de l’Esprit, les ramènent dans la fascination hébétée de la moite intimité gastrique.

Avoir hérité de la civilisation humaine qui est monté le plus haut qui soit, pour en finir, seulement un siècle ou deux après la mort des plus grands de nos maîtres, à désapprendre cette chose toute simple que l’Esprit est certes susceptible d’incarnation, mais que néanmoins il transcende la matière. Quelle honte pour ces maîtres, nos pères ! Avoir marché sur la lune, avoir maîtrisé l’atome (ou à peu près), pour finalement se retrouver à désapprendre cette chose que l’homme de Cro-Magnon a dû découvrir, que l’Esprit s’élève au-dessus de la matière mais n’y demeure pas, en analogie avec l’arbre qui s’élève au-dessus de la terre en y plongeant ses racines, mais n’y demeure pas.

Le travail d’un artiste, d’un auteur, est un arbre qui s’élève vers le ciel et désigne la lune. Or tout ce qui intéresse toujours le freudien, c’est de découvrir ce qu’il se passe du côté des racines de cet arbre. Ce qui l’intéresse n’est jamais ce que l’artiste lui montre, mais ce qu’il lui a supposément caché. Je demande : à quoi bon l’art, dans pareil cas ?

La société de la transparence, cette société qui précisément est ennemie du désir, en ce qu’elle prétend montrer-tout, et donc ne respecter aucun tabou, est une société ennemie de l’art, en ce que l’art n’est qu’un travail sur l’illusion, ne consiste qu’à montrer certaines choses et à en cacher d’autres, et qu’il faut se prendre au jeu de l’art pour comprendre l’art ; l’art ne supporte pas que le public refuse son rôle de public et se mêle de soulever les masques et les rideaux. L’esprit, l’imagination, la création humaine, n’ont pas à montrer leur origine et à expliquer leur source ! La création, sans ça, ne serait pas la création.

Le blabla du Freudien à l’égard de l’artiste est toujours blessant, tantôt il attribue tout son génie à de très anciennes souffrances supposées, tantôt il invoque les mêmes supposées souffrances qui ressurgiraient là dans son travail, comme des preuves à charge contre son œuvre. L’un ou l’autre procédé étant pareillement emprunt d’une vision-du-monde toute matérialiste, où la création est impossible car elle n’est jamais ex-nihilo, mais toujours  « ex-pulsion », « ex-douleur », « ex-intimité-gastrique ».

Le psychologue freudien procède au final en utilisant les mêmes éternelles ficelles qu’utilisèrent toujours toutes les « voyantes-mentalistes » de par le monde, dans les roulottes des fêtes foraines : il tâte le terrain en vue de saisir quelque chose à propos du pigeon qui vient le consulter au sujet de lui-même, puis il se bricole une opinion qu’il assoie sur un quelconque verbiage théorique rempli de symboles.

Toute personne qui emploie la psychanalyse pour émettre un jugement, le fait toujours au final pour asseoir ses a-apriori au sujet d’autrui sur un socle théorique « magique » rempli de symboles. A ceci près que ce qui autorise le psychanalyste « diplômé » (si tant est qu’en la matière il y ait des diplômes) à agir ainsi, tient à ce qu’il a été consulté au préalable, et sera dûment payé pour ses services, par une personne qui s’est elle-même déclarée malade…  Alors que le psychologue amateur qui se mêle d’employer la même méthode à l’égard de n’importe quel interlocuteur qui ne lui a rien demandé, s’érige d’office en spécialiste-clinicien de l’âme, et ce qui est plus grave traite l’objet de son analyse comme s’il était victime de je ne sais quelle maladie honteuse, comme on ferait d’un rat galeux sur une table de dissection, ce qui est tout de même pour le moins irrespectueux envers la personne, pour ne pas dire impoli.

La psychanalysation de l’esprit critique, qui consiste le plus souvent à renvoyer l’individu à son complexe d’Oedipe, permet en effet une chose unique à ma connaissance dans l’histoire des relations humaines : tout un chacun peut désormais, dans n’importe quel salon où l’on prend l’apéritif sous les lumières tamisées des halogènes, dire en substance à son voisin de canapé qu’il *NIKE SA MERE* sans susciter le moindre haussement de sourcil de sa part, et enchaîner sans transition sur la salaison des cacahuètes sans que personne ne s’en émeuve, pas même le principal intéressé.

Autres temps, autre mœurs, un siècle auparavant au même endroit, en recevant la même injure le même type aurait jeté froidement son gant au visage de l’importun et lui aurait fait dire qu’il lui envoyait ses témoins à proximité d’un quelconque bois obscur, dès l’aube. Fut un temps où les honnêtes personnes ne croyaient pas qu’il leur fallait forcément survivre à leur honneur.

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« Je pense donc mon moi est » _ La face éclairée de Narcisse

Ce n’est pas tant pour les gens auxquels nous portons éventuellement secours dans nos bonnes œuvres, que nous devons agir bien, mais avant tout pour nous secourir nous-mêmes, et je ne dis pas cela dans un sens qui serait strictement religieux, c’est-à-dire dans l’attente d’un éventuel paradis, mais je le dis car nous devons sauvegarder notre propre dignité ici-bas, et ne pas perdre la délicatesse morale qui fait de nous des êtres humains à part entière, et ne pas perdre de notre valeur intrinsèque et par répercussion souiller l’honneur de ceux qui nous aiment.

Voici la conclusion que je donnai tantôt à une réflexion alcoolisée de mon cru sur la situation au Proche-Orient. Oui, disserter sur les chrétiens d’Orient me donne des envies de boire… Vous pouvez lire le fond de ma pensée à leur sujet en cliquant sur l’extrait sus-cité.

La Fierté. Maintenant une épave.

La Fierté.
Aujourd’hui, une épave.

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C’est une bonne façon de répondre, je trouve, à ceux qui pensent résoudre tous les problèmes en décriant le « culte du moi« .

J’ai envie de répondre à tous ces gens pleins de bonne intentions qui croient combattre l’égoïsme en combattant le moi : « Mais qui est-elle donc, cette personne en vous qui combat l’égoïsme ? N’est-elle pas vous-même ? Et en cela n’est-elle donc pas votre moi ?! »

L’idée seule qu’on puisse s’en prendre à cette chose dont ni l’esprit, ni le langage ne peuvent se passer, le « je »… l’idée seule que les gens s’en prennent incessamment à ce véhicule unique qu’on leur à donné à la naissance pour être au monde et avancer dans la vie, leur « moi »… me sidère. La sidération est le mot juste car je ne vois pas les mots comme eux, revêtus du sens restrictif que la majorité leur attribue en dépit du bon sens, je vois les mots dans leur nudité première… Je vois mon moi pour ce qu’il est : il est moi. C’est-à-dire, je vous l’accorde, à la fois tout pour moi, et malgré tout peu de chose.

Si tous les gens qui affirment que tout le mal du monde procède du souci qu’ont les gens de leur petit-eux-même, cessaient un peu d’habiter précisément toujours chez eux, à l’intérieur de leur petit-moi, et voyageaient dans la subjectivité des autres, ils s’apercevraient que rien n’est plus commun précisément, que ce problème qu’ils ont eux avec le moi des autres, et que les autres ont avec leur moi à eux. Si les gens ne se tolèrent pas entre eux, c’est généralement parce qu’ils se reprochent aux uns et aux autres de prendre trop de place. Or la tolérance envers autrui ne passe non pas par la négation du moi d’autrui, mais par la tolérance envers le moi d’autrui.

La vraie fraternité, la vraie amitié entre les êtres, elle n’a pas lieu entre les êtres sans consistance – les êtres sans consistance n’ont pas besoin d’éprouver de la fraternité entre eux pour vivre-ensemble, puisqu’ils ont tant et si bien gommé leurs aspérités qu’ils peuvent se considérer les uns les autres comme des « mêmes ». Or, c’est le dissemblable qui s’aime, s’aimante, se rejette, se déchire ou se recherche. Ceux qui se sont dépouillés de la force et de la pesanteur particulière de leur individualité-propre afin de ne supposément pas « encombrer le monde », se font avoir ! Car ils perdent à ce jeu-là aussi toute raison d’être-au-monde, de lui insuffler la vie, de lui en prendre, et de le transformer… La vraie tolérance, la vraie relation, elle a lieu entre particularités, entre singularités, entre personnalité, pas entre clones.

Il apparaîtra d’ailleurs évident à n’importe quel psychologue normalement constitué qu’une personne en bonne santé, c’est une personne avec un moi en bonne santé. La réalité psychologique étant bien entendu que ce sont les gens dont l’ego est détruit qui font le plus chier le monde.

***

En dépit de tous ces beaux raisonnement, j’ai tantôt été séduite par la prose du Scribe, qui a écrit un billet qui dit tout le contraire, et qui est intitulé :

L’obsession du Moi, le nouveau visage du totalitarisme

Ironique, non ?

Le Scribe tient un blog qui compulse quantité de billets de toute première qualité – quelques uns écrits de sa propre plume, quelques autres de la plume des autres. Ca en fait en quelque sorte un condensé de la fine fleur du web qui pense un peu comme moi.

Le Scribe est quelqu’un de bien, cela se sent. Que m’importe au fond qu’il projette sur le fantomatique « culte du moi » toute sa haine de la société spectaculaire marchande ? Sur le fond, je suis bien-évidemment d’accord avec lui. Évidemment que (je le cite) :

L’Etat libéral/libertaire détruit sciemment depuis deux cents ans tout ce qui peut faire dire à un homme « NOUS »,c’est à dire le sentiment d’appartenance à un groupe dont l’existence ne relève pas de l’Etat, et qui pourrait lui donner l’impression de pouvoir changer les choses. Ainsi la Religion (religare signifie relier) fut le premier sentiment, la première « entrave à la liberté » du Moi Je à être visé par les « lumières » et l’esprit libertin. Puis ce fut rapidement le tour de la Nation et l’appartenance à un passé et à une terre commune (« Nos ancêtres les gaulois », mais au nom de quoi m’impose-t-on des ancètres!). Après l’échec cuisant du communisme, ce fut au tour de la notion de Classe Sociale; un concept qui changea la face du monde, d’être ringardisé en moins de 20 ans par la gauche caviar Tapie-Séguéla. Enfin, la notion même de Peuple est aujourd’hui en phase terminale.

Il ne restait plus que l’étage fondamental, le premier cercle d’appartenance, le clan primordial, préhistorique, celui qui avait eu finalement raison même de l’URSS (cf. Emmanuel Todd, La Chute) : la famille.

Le fait que les élites aient tout intérêt à détruire systématiquement toutes les formes de solidarité au sein du peuple (en se réclamant – ça ne mange pas de pain – de l’amitié entre les peuples), n’est plus à prouver. Toutes les révolutions ont commencé par des salons, des fumoirs, des lieux d’aisance, des Facebook ou des cafés. Dans le Journal des Goncourt Tome 1. , ces derniers citent une plaisanterie de leur cousin Edouard : « Moi, si j’étais l’empereur, aussitôt qu’un homme s’assemblerait, je le ferais arrêter. »

Cette citation nous ramène pour le moins spirituellement à notre développement sur la nécessité de préserver l’intégrité de notre petit moi. ^^

***

Je vous laisse sans transition digne de ce nom lire la diatribe enflammée que j’écrivis à l’époque au pauvre monsieur Scribe (qui ne s’attendait sûrement pas à voir un avalanche de mots comme celle-là lui tomber sur le coin de la page) afin de l’informer de ce qu’il était inutile qu’il s’en prît à son petit-moi pour attaquer l’utopie marchande nivelante effroyable dans laquelle (effectivement) nous nous enlisons chaque jour un peu plus.

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Quel est ce mot que vous employez : le « moi » ? D’où vient-il ? Peut-on philosopher sans interroger les concepts que l’on emploie ?

La psychanalyse est-elle une philosophie ? Si oui, quelles sont ses propres influences philosophiques ? Si non, pourquoi faites-vous de la philosophie à partir de quelque chose qui n’en est pas ?

Le « moi » n’est-il pas un concept « tout-prêt », comme de la bouffe sous emballage plastique ? En d’autres termes, avez-vous pris soin, avant de développer votre argumentaire, de vous approprier le terme : « moi » ?

Ce « moi » est-il à vous ? Quelle en est exactement votre définition personnelle ? Croyez-vous que parce qu’il s’agit d’un terme psychanalytique, il se suffise à lui-même, et n’ait pas besoin qu’on le redéfinisse, comme n’importe quel concept philosophique, à chaque fois qu’on l’emploie ?

Le « moi » va-t-il de soi ? [Je pourrais vous prouver par a+b que non, mais je vous laisse le soin de vous poser cette question à vous-même, avant de vous donner mes réponses.]

Au demeurant, le « moi« , est-ce un mot de la langue française classique ? Comment vos idées aurait-elles été exprimées par un auteur comme par exemple La Bruyère, à une époque où l’on ne connaissait bien-évidemment pas la psychanalyse et où donc on n’utilisait pas ce terme : « le moi » ?

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Et si on arrêtait, avec ces termes barbares qui ne signifient rien : « moi« , « ego« .. etc ?

Remplacez « égo » par l’un ou l’autre de ces deux mots : « fierté » ou « vanité », et vous verrez que tout s’éclaire… [et vous verrez que vous parlerez à nouveau français.]

Le moi (ou l’égo) ne sont que des moyens de locomotion, ils n’ont pas à être connotés péjorativement ou méliorativement. Ils ne sont que ce que nous sommes, c’est-à-dire des « roseaux pensants ».
Autrement dit, pour le bien de tous, il faudrait traduire : « Je pense donc /mon moi est/. »

Un homme qui dit : « Je » n’est qu’un homme, c’est-à-dire n’est qu’ un corps doué d’esprit, qui s’utilise lui-même comme véhicule, pour se mouvoir sur cette terre, en parole, et à-travers le temps. Dire « Je » est tout à la fois un acte de vanité et de courage, et c’est un acte d’humilité aussi (en effet, un homme qui dit « je » ne parle qu’en son propre nom, ce qui est bien peu).

-On peut se frapper la poitrine, se faire valoir en vain, par vanité, parce qu’on est creux et qu’on voudrait avoir l’air plein, comme la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le boeuf.
-On peut aussi se frapper la poitrine parce qu’on éprouve profondément et douloureusement la vérité de ce qu’on est en train de dire. Et on peut vouloir se faire valoir parce qu’on a de la valeur, ou qu’on désire en avoir, et se donner les moyens d’en avoir.

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Ce que vous désignez sous le terme de « règne du moi » n’est rien d’autre que ce que nos pères du XXe siècle désignaient sous le terme : égoïsme petit-bourgeois. Le consumérisme des petits-bourgeois – comme celui des racailles de banlieues d’ailleurs – est le fait de gens qui se satisfont de joies stupides, qu’on pourrait appeler de joies de l’estomac, et dont le narcissisme se résume à aimer porter des vêtements qui leur donnent une aura de respectabilité et/ou de désirabilité dans l’œil du badaud.

Qui donc indexe le respect qu’il se doit à lui-même sur le regard que le badaud porte sur lui ?
Celui dont le narcissisme-propre est bien peu gourmand en vérité, et bien fruste !

Imaginez n’importe quel personnage de Dandy, à la façon de ceux de Huysmans, ou encore selon le goût de Baudelaire… Est-ce que le vrai dandy baudelairien va chercher la gloire de son petit-moi dans le fait de porter le costume à la mode susceptible s’esbaudir le bourgeois ? Je ne pense pas, non. Le vrai dandy ne craint pas de déplaire. Et ce qu’il veut surtout c’est être incompris du bourgeois.
Est-ce que le véritable dandy, qui est pourtant très-narcissique, est un consumériste qui adore faire-briller, manger, posséder et encore posséder ? Non, bien sûr, le vrai dandy ne craint pas une petite fringale, de porter un mauvais chapeau, de trimbaler auprès de lui son amie la solitude et qu’on le voie vivre dans la misère. Si le dandy affronte tout cela pour la beauté de son dandysme, le dandy considère que sa misère-même est un luxe.

On pourrait même aller jusqu’à dire que la souffrance du Dandy est à l’image de la souffrance des martyrs de la religion chrétienne, dans la mesure où la souffrance des martyrs est également une sorte de luxe puisqu’il s’agit toujours d’une misère « orgueilleusement » choisie.

Ne peut-on avoir l’orgueil de sa foi et l’orgueil de sa bonne conduite ? Celui qui n’a pas l’orgueil de sa bonne conduite, pourquoi agirait-il bien ? Pour la gloire de Dieu ? Mais vouloir plaire à Dieu, ne voilà-t-il pas par excellence ce que les gens d’aujourd’hui identifieraient comme LA vanité suprême ?

Autrefois, lorsqu’on disait aux chrétiens d’être humbles, on ne leur interdisait pas pour autant de faire preuve de fierté et d’orgueil. On leur disait juste : placez-les, votre fierté et votre orgueil, dans un endroit où ne sévissent ni la rouille ni la teigne, et où les voleurs n’entrent pas (pour paraphraser la parabole du Semeur des Evangiles), c’est-à-dire placez-les en Dieu.

Ici comprenez bien que je ne veux pas vous évangéliser. Si vous êtes athée, cela me va très bien, et même cela me va mieux que si vous êtes un bigot. Car ce que je raconte ici les bigots ne peuvent pas décemment l’entendre. Ce que je propose ici, c’est seulement une méthode de pensée. Et ce que je vous dis c’est que pour penser-bien la question du « moi« , de l’égo« , ou du narcissisme, il ne faut pas s’attacher à discuter de si l’ « égo » est bon ou mauvais. Car aucun être humain normalement constitué ne peut se passer d’avoir un égo. Encore une fois, il faudrait se souvenir que : « Je pense, donc mon /égo/ est ».

Ce que je dis c’est que la seule chose qui moralement vaille, c’est d’avoir son /égo/ bien placé.

– Celui qui aime, c’est celui qui s’aime d’abord lui-même. Si l’on ne s’aime pas soi-même, le « aime ton prochain comme toi-même » ne vaut rien. Aussi la société qui ravale l’amour de soi à de basses activités gastriques, est une société qui pousse les hommes ambitieux et hautement moraux à se dégoûter d’eux-mêmes. Cela veut dire qu’une telle société a le don de changer les êtres les plus capables d’accomplir grandes choses en êtres de haine, et qu’elle ne contente que les êtres les plus frustes et les plus bas – ceux qui sont capables de se contenter pleinement, comme les animaux qui n’ont pas d’âme, de satisfaire leurs seuls besoins primaires.

– Cyrano de Bergerac est l’archétype du héros qui a bien-placé son « égo ». Le héros d’American Psycho en revanche est l’archétype du héros qui à force de mal-placer son égo, l’a détruit. Qu’est-ce qu’un psychopathe sinon quelqu’un qui n’a plus d’égo ?

Celui qui une mentalité psychopathique, c’est celui qui ne qui n’a plus de « moi » que lorsqu’il s’agit de s’intégrer socialement, c’est-à-dire d’épater la galerie, c’est celui qui utilise son « moi » à des fins diverses – manipulation, quête de puissance ou simplement consumérisme – mais qui n’ « est » plus lui-même son propre moi. C’est celui qui ne s’habite plus.

Quand on dit aux gens qu’il faut qu’ils prennent possession d’eux-mêmes – comme lorsqu’on dit aux femmes : « votre corps vous appartient » -, on leur ment. On n’a pas besoin de prendre possession de soi pour la simple et bonne raison que l’ON EST (d’ors et déjà) SOI. Et plus encore, il faut bien comprendre que nous n’avons rien d’autre au monde que notre « petit moi » pour avancer dans la vie et nous perpétuer dans l’être. Celui qui saccage ce véhicule en prétendant en devenir le maître absolu – or nous ne serons jamais les maîtres absolus de nous-mêmes, car nous sommes des simples mortels, et à la fin des fin les lois de la nature auront raison de nous – celui qui ainsi saccage ses vaisseaux, disais-je, il ne lui reste plus rien sur la terre. Plus rien : ni fierté, ni appartenance, ni fidélité, ni amour, ni attachement, ni famille, ni aucun de ces liens tangibles avec le passé et l’avenir que sont les liens à la terre, aux enfants et aux morts.

UNE SUITE EST A VENIR, qui comporte une analyse un peu plus profonde encore du phénomène évoqué ici (le discrédit moderne jeté sur le « moi« ). @+++

Sad Sade

Ma façon de penser, dites-vous, ne peut être approuvée. Eh, que m’importe! Bien fou est celui qui adopte une façon de penser pour les autres! Ma façon de penser est le fruit de mes réflexions; elle tient à mon existence, à mon organisation. Je ne suis pas le maître de la changer; je le serais, que je ne le ferais pas. Cette façon de penser que vous blâmez fait l’unique consolation de ma vie; elle allège toutes mes peines en prison et j’y tiens plus qu’à la vie. Ce n’est point ma façon de penser qui a fait mon malheur, c’est celle des autres.

A. F. de Sade (Novembre 1783)

Marrant. Ces propos de Sade me rappellent ceux de ce bouffon et faire-valoir que j’ai créé tantôt dans l’un de mes articles… Vous savez, celui qui disait :

« Pourquoi donc s’acharner ainsi à vouloir convaincre les autres en discutant ? Comme vous le savez, je vais rester sur mes positions, et vous sur les vôtres… »
« Pourquoi les gens cherchent-ils toujours à avoir raison ? Que m’importe à moi si j’ai tort ? Je m’en porte fort bien !« 

A ce faire-valoir, on répondait la chose suivante :

« Personne ne parle jamais pour avoir tort et si les hommes n’avaient aucune prétention à la vérité, ils ne parleraient tout simplement pas, ils n’auraient même jamais développé l’usage de la parole. »
« Si l’on doit parler, ce n’est pas pour plaire à autrui bien sûr, c’est d’abord pour se plaire à soi-même, parce qu’on a des valeurs ! Avoir des valeurs, c’est défendre une cause noble. Quelle cause est plus noble que celle de la Vérité ? Quelle cause plus ignoble que celle du mensonge ? Si je parle, c’est parce que je me sens obligé, au nom de mes valeurs, de défendre la Vérité. Si je parle, c’est parce que je suis bien persuadé d’avoir raison. D’ailleurs, persuadé n’est pas un bon mot. Je ne suis pas persuadé au sens où il s’agirait d’une croyance. J’ai raison : c’est un fait. Quand on a raison, c’est toujours un fait. Et c’est parce que c’est un fait que c’est démontrable, et c’est parce que c’est démontrable que je m’attache à le démontrer. Voilà, j’ose le dire : je parle parce que j’ai raison. Et si je croyais que j’avais tort, ou si vous parveniez à me prouver que j’ai tort, je ne parlerais plus.« 

Sade reproche-t-il à autrui de lui faire des reproches, parce qu’il est heureux en ayant tort ? C’est absurde ! Rien que faire reproche à autrui de faire des reproches à autrui, est déjà stupide et contre-productif… [« Il est interdit d’interdire », belle morale, ô combien enrichissante !] Quant à se plaindre de ce qu’on lui dise qu’il ait tort… – comment peut-il s’en plaindre s’il l’admet déjà tacitement lui-même ? On ne peut se plaindre des accusations d’autrui, lorsqu’ils nous disent que nous avons tort, que lorsqu’on est persuadé soi-même d’avoir raison. Si l’on a renoncé à avoir raison, on n’a normalement plus à se soucier ni à se plaindre de ceux qui y prétendent encore… les sages ne nous font plus aucune ombre, quand on a renoncé à toute sagesse, me semble-t-il…. Enfin, ce que je dis est tellement évident,… crève tant et tant les yeux… c’est bien à cause de cela qu’on n’y vient jamais. Les plus grandes évidences sont – d’après mon expérience – les plus difficiles à faire admettre. Les gens aiment les paradoxes boiteux, ça les amuse… Mais 1+1=2, ça les angoisse, ça leur donne la nausée.

Un homme qui n’est heureux que dans la transgression, doit bénir chaque jour que Dieu fait les flics de la pensée qui lui permettent de penser. N’était-ce pas d’ailleurs-là tout ce qu’essayait de nous transmettre Sade ? Alors mon vieux, quoi, l’on flanche ? l’on en a assez des réprimandes, des reproches et des coups ? l’on n’est plus à la hauteur de sa propre posture existentielle ?

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Quelle est-elle, pour schématiser, l’alter-morale du marquis de Sade ?

En quoi consiste-t-elle, sinon à donner une explication simple du monde, et plus encore manichéenne (en tout point comparable à celle des hérésies gnostiques) fondée sur le principe suivant :

« TOUT DESIR PROCEDE D’UNE TRANSGRESSION, AINSI TOUTE LOI N’EXISTE QUE POUR APPELER LE DESIR, EN APPELANT LA TRANSGRESSION. »

Je comprends qu’une telle morale binaire rassure. Elle est rassurante comme un texte de loi coranique. Une fois qu’on possède cette loi en tout point comparable à la loi d’Archimède, on peut vivre à l’intérieur sans être troublé. Qui désire vivre sans être intellectuellement troublé ? Celui qui est fainéant du point de vue intellectuel. Celui aussi qui n’est pas vraiment chrétien, car l’esprit chrétien peut se résumer à l’écartèlement moral permanent.

A présent, sous vos yeux ébahis, je vais invalider la loi ci-dessus énoncée.

Comment prouverai-je que tout désir, tout amour, ne procède pas systématiquement d’un désir de transgression et d’un amour de la loi à travers la transgression de la loi ?

Eh bien prenons comme support à notre analyse l’acte sexuel transgressif par excellence, celui qui ne peut exister que dans le cadre de la pré-existence d’un « non », d’un refus catégorique, d’une absence d’assentiment. Quel est cet acte sexuel qui n’a jamais lieu qu’après un « NON! » ? C’est le viol bien sûr.

Celui qui prend plaisir à violer les femmes, est celui qui n’a du plaisir que lorsque les femmes elles-même n’en ont pas. Son plaisir à lui procède du déplaisir de l’autre.

Nous sommes-là au-delà du champ des rapports Sado-maso, qui supposent chez celui ou celle qui adopte le rôle de la victime un assentiment préalable, et même une forme de jouissance à jouer ce rôle-là. Ce qui sous-tend que dans les rapports sado-maso, les victimes n’en sont pas vraiment : il s’agit d’un mensonge, d’une dramaturgie, visant à reproduire les conditions d’un rapport sexuel transgressif, mais qui n’est pas réellement transgressif puisqu’à la base le rapport sado-maso repose sur un contrat.

Qui dit contrat dit non-viol.

Le viol, la torture au premier degré, avec une victime non-consentante, est donc le seul type de rapport ontologiquement transgressif. Le reste n’est que comédie.

Dès lors, une fois ceci posé, peut-on encore faire valoir la loi sadienne primordiale selon laquelle il ne pourrait y avoir de désir et de plaisir véritable que dans la cadre d’une transgression ?

Si c’était le cas, le rapport sexuel où l’une des deux parties n’a pas donné son consentement devrait être le rapport sexuel le plus jouissif possible.

Or ce n’est pas le cas. Techniquement, un rapport sexuel où l’un des deux partenaires n’a pas de plaisir sera toujours moins fort, plus décevant, qu’un rapport sexuel où les deux parties y trouvent leur compte.

Il faut donc déduire de cela que le fait que l’action sexuelle se déroule dans un cadre transgressif rend souvent la chose excitante non pas parce qu’elle sépare les deux amoureux, mais au contraire parce qu’elle les sépare du monde, parce qu’elle les isole ensemble, contre le reste du monde et contre la loi, dans une intimité totale et compréhensible d’eux seuls.

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Il faut donc en déduire que les amours transgressives qui plaisent aux gens qui ne sont pas des pervers – des pervers, c’est-à-dire des jouisseurs solitaires -, ne leur sont non pas plaisantes uniquement parce qu’elles vont à la rencontre d’un interdit préalable – comme par exemple un rapport adultérin va à l’encontre de la loi bourgeoise -, et ne nourrissent pas leur désir exclusivement de la posture transgressive en elle-même et pour elle-même, mais ont besoin que se développe en parallèle à ce premier mécanisme, un second mécanisme qui l’invalide partiellement pour que le plaisir soit complet. Ce second mécanisme consiste pour les amoureux isolés dans une attitude transgressive commune, à systématiquement créer une nouvelle loi valable pour eux-seuls, ou plutôt valable universellement (car toutes les lois du monde se désirent universelles) mais obéie et correctement appliquée d’eux-seuls, contre le reste du monde. Cette seconde loi est bien-évidemment la loi de l’amour. Les couples d’amoureux emblématiques que sont Tristan et Iseult ou encore mieux, Héloïse et Abélard, sont des illustrations archétypiques de ce phénomène.

Ce second mécanisme, parallèle au premier évoqué par De Sade, et qui le complète tout en invalidant son omnipotence, c’est un mécanisme paradoxal, car il suppose que tout couple tenté d’enfreindre les lois pour satisfaire son amour, ne pourra se contenter seulement de le vivre « hors-la-loi », ou du moins s’il acceptera volontiers de vivre « hors-la-loi » aux yeux du monde, ce ne sera jamais que dans la certitude secrète que lui-seul, le couple de l’amour, a raison contre la terre entière. Et c’est cette certitude-là, d’avoir secrètement « raison » d’aimer, (au nom du Dieu d’amour, au nom de l’Esthétique, au nom de la haine de l’hypocrisie, au nom du bonheur, que sais-je) contre les raisons raisonnantes de la bourgeoisie ou des prêtres ou des bien-pensants, qui cimentera l’amour des hors-la-loi. De sorte que ce n’est pas la transgression pure que désire jamais le plus profondément l’amoureux, mais au contraire la re-création et la re-lecture de la Loi Eternelle, c’est-à-dire la re-fondation d’une sorte de Temple Véritable du Dieu de l’Amour, plus légitime et plus philosophique, que celui des bourgeois.

Conclusion : l’Amoureux ne veut pas supprimer la fonction de prêtre, il ne lutte pas vraiment contre les « Gentils » non plus, il se prétend juste meilleur prêtre que les prêtres et posséder mieux l’ « esprit » de la gentillesse que les supposés « gens gentils ». Dès lors, c’est une lutte d’influence, une rivalité autour du même enjeu – à savoir le droit de dicter la loi -, dont il est question entre lui et les « bourgeois ». Car ne peut y avoir pour celui qui est seulement coupable d’aimer, de plaisir à être puni pour cela. Il ne peut que trouver cela injuste.

Celui qui en revanche prônera la supériorité en toute chose du plaisir purement transgressif, c’est-à-dire du plaisir volé, du plaisir du viol, qui est un plaisir pris au mal d’autrui, non-amoureux, solitaire, celui-là ne peut que se féliciter d’être haï et maltraité : celui-là est un pervers, c’est donc à la fois tout ce qu’il mérite et tout ce qu’il recherche. Les pervers gagnent à être persécutés. Ce pourrait être la seconde loi cachée dans l’œuvre de De Sade.

Raiponce à Marylin

—> Lettre de Marylin Monroe a son psychiatre Ralph Greenson : « Il faudrait que je sois cinglée pour me plaire ici ! » [A lire]

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Elle était intelligente, mais pas encore assez pour s’en sortir…

Je ne parle pas de la dépression, mais de l’emprisonnement.

La dépression dans son cas était un état de tristesse qui avait largement assez de causes objectives extérieures pour qu’on la considérât simplement comme une preuve de sensibilité et de délicatesse morale :

– divorces à répétition, relations « faussées » (faussées à la base par son statut de star et de sex-symbol) avec beaucoup trop de gens, trahisons répétées dans un milieu du cinéma évidemment rempli de maquereaux et de mentalités de putes, recherche de l’amour se soldant systématiquement par de la baise sordide, pervers visqueux à tous les étages usant et abusant d’elle, qui plus est avec mépris, absence d’empathie totale de la société toute entière, toutes classes sociales confondues, vis-à-vis de sa personne une fois qu’on l’eût mise sans recours possible sur un piédestal (partout l’Envie et la pudibonderie hypocrite se mêlant irrésistiblement à l’admiration), cela engendrant chez elle une solitude métaphysique qu’auraient sans difficulté pu expliquer n’importe quel citoyen grec antique se rendant régulièrement au théâtre, mais que refusaient d’admettre les psy (pour des raisons de nature purement idéologique), un statut de « monstre sacré », enfin, qui aurait été proprement déroutant pour n’importe quelle personne normalement constituée, sachant que lorsqu’on la traitait comme une malade, on la traitait à proprement parler comme si elle avait été un monstre, et que lorsqu’on s’adressait à elle comme à l’actice et au sex-symbol, on lui laissait accroire qu’elle était une déesse.

Enfin bref. Il était finalement assez facile de voir, à l’aune de tout cela, que les psy qui la soit-disant soignaient n’étaient que de sales types (je dirais même plus : de sales bourgeois visqueux) entièrement façonnés par une culture et des croyances (aka principalement le puritanisme américain) qui les rendaient délibérément aveugles à quelque chose qui aurait crevé les yeux de n’importe quelle personne honnête. Ce pourquoi, en attendant de rencontrer cette hypothétique personne honnête, au lieu de se poser des questions métaphysiques sur l’expression d’inquiétude – lisible ou non, qu’importe ! – sur la vilaine face de bourgeois et de névrosé de Freud, Marylin aurait dû admettre une bonne fois pour toute que là où elle était personne ne lui voulait de bien, et que l’heure était venue non pas de réagir en humaniste outragée mais d’échafauder un plan d’évasion. En effet, là où elle était, il était facile de voir qu’il ne servait à rien de crier à l’aide, de chercher de la compréhension du côté de ses maquereaux, ou encore de crier haut-et-fort « J’ai des droits ! » à des gens qui allaient simplement réagir à ses cris en l’enfermant, en la ligotant, en la droguant, voire – allons-z-y ! -, si elle insistait de trop, en lui cramant le cerveau aux électrochocs… Quant à vouloir de toute force, dans sa situation, continuer de trouver des circonstances atténuantes à ses geôliers et ses bourreaux… cela, de la part d’une personne intelligente, est une chose que je ne comprendrai jamais ! Que ses psy aient eu des bonnes intentions à la base (mais l’enfer est pavé des bonnes intentions ! – les médecins de l’époque de Molière ne croyaient-ils pas aux vertus de leur médecine?) ou encore qu’ils aient soigné d’autres personnes qu’elle (mais qu’importe le bonheur des autres dans une telle situation ?), franchement que cela pouvait-il bien faire dans la mesure où elle jouait sa vie ? On juge un arbre à ses fruits. Dans certains cas, la compréhension à l’égard du mec qui vous surveille depuis un mirador ne peut avoir qu’une seule utilité : endormir sa surveillance, lui être sympathique et le convaincre que vous êtes digne de réintégrer l’humanité. Y’a un moment où il ne s’agit plus de jouer les divas, mais de fermer sa gueule, de sourire d’un sourire triste et charmant, de remettre les questions métaphysiques à plus tard et de préparer en secret un kit de secours (c’est-à-dire comme dans la jungle, une bite et un couteau). Rien que pour se dégager le plus rapidement possible des griffes de ces espèces de nazis auxquels elle avait affaire et de la chausse-trappe labyrinthique qu’on lui tendait, elle aurait dû jouer le rôle de sa vie : c’est-à-dire le rôle de celle qui pleurniche pour des choses pas si importantes que ça en fait, qui va se remettre doucement, qui est en train de se « reconstruire », bref, de celle qui : « se sent déjà beaucoup mieux, merci! ».

A présent, une petite réflexion de fond, si vous le voulez bien :

Est-il « normal » ou non d’être triste à cause d’une peine de coeur ? Réponse : non ce n’est pas « normal », dans le sens où l’amour est un genre de folie – mais nos existences procédant elles-même d’actes d’amours entre des hommes et des femmes, l’existence n’est-elle pas une folie ? – Ceci, on l’apprend non pas en lisant Freud mais en lisant l’Eloge de la Folie d’Erasme.

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« Ouin ouin ouin, sauvez-moi, je suis trop triste d’être une esclave sexuelle, c’est pas normal d’être triste comme ça d’être une esclave sexuelle…ouin-oui-ouin faut qu’on me soigne, c’est pas normal, je devrais pas pleurer tout le temps ! »

Ben… si, en fait.

Pleurer comme une Madeleine

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Ce sont les autres, là, celles qui se prostituent, qu’on traite comme de la merde, et à qui ça ne fait rien, et qu’en redemandent… ce sont celles-là qui ne sont pas normales.

Ces autres, là, à qui ça ne fait ni chaud ni froid de baiser sans amour et qui ne se sentent jamais trahies parce qu’elles ne savent même pas ce que c’est que de s’attacher à quelqu’un, ces autres-là ce sont des psychopathes. Mais des vraies, hein. Au sens psychanalytique du terme, elles en ont tous les traits. Elles ont le même profil psy qu’un tueur en série : absence d’empathie et cet espèce de narcissisme reptilien très-caractéristique des personnes qui adorent se regarder dans la glace mais qui n’ont absolument aucun sentiment de leur dignité par ailleurs. Elles font partie de cette catégorie d’individus louches qui ordinairement font tout pour soigner et bichonner leur petite personne et lui réserver la meilleure place dans le monde, et cependant qui, s’ils se retrouvent hors du cadre mondain, en piteuse position, humiliés ou coupables de quelque chose, tant que personne ne les a vus faire, tant que personne ne les pointe du doigt ou ne le leur fait remarquer, ne ressentent ni honte ni remords, – comme si dans ce cadre-là, leur moi, c’est-à-dire, leur conscience d’être des personnes à part entière, avec des droits, une dignité et une sensibilité, avait totalement disparu.

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Regarder un arbre tout déplumé et penser à soi, et penser qu’on se dirige comme lui doucement vers la mort, et sentir couler une larme à cause de ça, c’est exactement l’inverse. C’est exactement l’inverse de la psychopathie.

Alors, je pose la question, que demandent-ils, les psy, à leurs patients « dépressifs » qui ont toutes les raisons dans leur vie de merde d’être tristes à pleurer ? Que leur demandent-ils sinon, en tuant le Spleen, de tuer leur sensibilité et le sentiment de leur dignité ? Que leur demandent-ils, sinon de ne plus se souvenir qu’être quelqu’un de bien, c’est être quelqu’un qui souffre de la condition humaine ?

La seule vision d’un Christ peut vous aider à vous rappeler de ça quand les psy tentent de vous le faire oublier…. hum.

Trouvez-vous étonnant que notre société crée des psychopathes ? Moi non.

Je sais comment on s’y prend pour persuader les gens qu’ils ne doivent plus être empathiques ni non plus s’attacher aux êtres qui les entourent.

Le pire c’est que c’est contagieux : allez vivre, lorsque vous avez un petit cœur tout bleu, au milieu de ces gens endurcis par la méfiance et même l’agressivité larvée que notre société commande à l’égard du prochain… Allez-donc vous attacher à ces êtres qui sont des crocodiles !

La femme réac

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Quelque part dans la Nouvelle-Angleterre, non loin de Dartmouth College, on trouve encore les villages des shakers. Selon la loi religieuse de cette secte, les sexes y vivent soigneusement séparés et ne s’y reproduisent pas (le monde étant voué au mal, rien ne sert de le perpétrer, il n’est que d’attendre le Jugement dernier). Or, dans le campus d’à côté, qui fut comme les autres en Amérique un des hauts lieux de la libération sexuelle, c’est à peu près la même situation : les sexes ne se touchent plus, ne se frôlent plus, ne cherchent plus à se séduire. Sans discrimination ni interdit explicite, on se retrouve, sous le signe du harcèlement sexuel et de sa hantise, dans le même apartheid que chez les shakers. L’obsession du sida joue sans doute un rôle dans cet exil volontaire du sexe – encore qu’il n’y ait jamais dans ce genre de choses de cause à effet : le sida n’est peut-être qu’une des voies obscures que prend une désaffection sexuelle qui avait commencé bien avant son apparition et sa diffusion. Il semble que ce soit la sexualité elle-même qui soit en jeu – chaque sexe étant comme affecté d’une maladie sexuellement transmissible qui serait le sexe lui-même.

On a peur d’attraper le sida, mais on a peur aussi d’attraper le sexe tout simplement, on a peur d’attraper quoi que ce soit qui ressemblerait à une passion, à une séduction, à une responsabilité. Et, dans ce sens, c’est encore le masculin qui est le plus profondément victime de l’obsession négative du sexe. Au point de se retirer du jeu sexuel, harassé d’avoir à assumer un tel risque, fatigué sans doute aussi d’avoir assumé historiquement pendant si longtemps le rôle du pouvoir sexuel. Ce dont le féminisme et la libération des femmes l’a dépouillé, du moins en droit (et très largement en fait). Mais les choses sont plus compliquées, car le masculin ainsi émasculé et dépossédé de son pouvoir en a profité pour s’effacer et disparaître – quittant le masque phallique d’un pouvoir devenu de toute façon de plus en plus dangereux.

C’est là la victoire paradoxale du mouvement d’émancipation féminine : celle-ci a trop bien réussi et elle laisse le féminin devant la défaillance (plus ou moins tactique et défensive) du masculin. Il en résulte une situation paradoxale qui n’est plus celle du féminisme. Non plus une revendication des femmes contre le pouvoir de l’homme, mais un ressentiment des femmes contre l’ »impouvoir » du masculin. La défaillance de celui-ci alimente désormais une haine, une insatisfaction profonde venue de la déception de la libération réalisée et tournant à l’échec pour tout le monde – et qui s’exprime contradictoirement dans le phantasme du harcèlement sexuel. Donc une péripétie très différente du féminisme traditionnel qui visait le masculin triomphant. Conséquence paradoxale du triomphe virtuel du féminisme, la femme n’est plus aliénée par l’homme mais dépossédée du masculin, donc dépossédée de l’illusion vitale de l’autre, donc aussi de son illusion propre, de son désir et de son privilège de femme. C’est le même effet qui suscite la haine secrète des enfants contre des parents qui ne veulent plus assumer leur rôle de parents, qui profitent de l’émancipation des enfants pour se libérer en tant que parents et se dessaisir de leur rôle. Ce n’est plus alors la violence des enfants en rupture avec l’ordre parental, mais la haine d’enfants dépossédés de leur statut et de leur illusion d’enfants. Celui qui se libère n’est jamais celui qu’on croit. Cette défaillance du masculin a des échos jusque dans l’ordre biologique. Des études récentes signalent une baisse du taux de spermatozoïdes dans le flux séminal, mais surtout une baisse caractéristique de leur volonté de puissance : ils ne rivalisent plus pour aller féconder l’ovule. Plus de compétition. Ont-ils peur eux aussi des responsabilités ? Doit-on y voir un phénomène analogue à celui du monde sexuel visible, où règnent la pusillanimité des rôles et la terreur dissuasive du sexe féminin ? Est-ce un effet inattendu de la lutte contre le harcèlement – l’assaut des spermatozoïdes étant la forme la plus élémentaire du harcèlement sexuel ?

Malgré les apparences, cette désaffection, cette dissuasion sexuelle n’a rien à voir avec un nouvel interdit d’essence religieuse ou morale. Toutes ces dépenses et ces inhibitions ont été levées depuis longtemps. Et les femmes qui ornent les campus de rubans mauves en signe de viol – chaque femme violée ou menacée de l’être ou rêvant de l’être signale ainsi publiquement la mémoire du crime (comme les rubans jaunes signalent aux Etats-Unis la mémoire des soldats partis pour la guerre du Golfe), ces femmes, porteuses d’un nouvel ordre victimal et agressif à la fois, ne souffrent certainement pas d’outrage à la pudeur. Tout cela relèverait bien plutôt d’une nostalgie de l’interdit – ou de quoi que ce soit qui y ressemble -, réflexe consécutif à une libération virtuelle des moeurs et à une banalisation de la sexualité perçue comme plus dangereuse que la censure traditionnelle (qui permettait au moins la transgression). Demande d’interdit (d’une règle, d’une limite, d’une obligation) qu’on peut interpréter comme on veut, et sans doute négativement, du point de vue psychologique et politique, du point de vue de la libération et du progrès – mais qui peut apparaître comme une défense instinctive de l’espèce quant à sa fonction sexuelle menacée par son émancipation et son accomplissement même.

Le harcèlement sexuel (son obsession et celle du sida) comme ruse de l’espèce pour ressusciter l’angoisse de la sexualité, et plus particulièrement une ruse de la femme pour ressusciter le désir (celui de l’homme mais le sien aussi) ? Stratégie très banale (mais fatale dans le cas du sida) pour faire du sexe autre chose qu’une séquence sans conséquence, ce qu’il devient aujourd’hui, y compris dans la contraception (1) – toutes les formes de la libération sexuelle allant finalement dans le sens d’une « entropie érotique » (Sloterdijk).

Ainsi la haine venue de la désillusion succédant à la violence libératrice, et la demande d’interdit succédant à la levée problématique de tous les interdits, il s’ensuit une sorte de révisionnisme sentimental, familial, politique, moral, aujourd’hui partout triomphant – déferlante inverse de toutes les libérations du XXe siècle, qui se traduit aussi bien dans le repentir et la récession sexuelle. Alors qu’auparavant c’était la liberté, le désir, le plaisir, l’amour qui semblaient sexuellement transmissibles, aujourd’hui il semble que ce soient la haine, la désillusion, la méfiance et le ressentiment entre les sexes qui soient sexuellement transmissibles. Derrière cette polémique du harcèlement, il y a une forme ultérieure et contemporaine de la « désublimation répressive » dont parlait Marcuse – la levée des interdits et du refoulement introduit à un nouveau système de répression et de contrôle. Pour nous, avec ce révisionnisme universel, il s’agirait plutôt d’une « resublimation dépressive », qui mène tout droit à l’intégrisme moral, sinon religieux, et en tout cas, derrière les phantasmes de viol et du harcèlement, à un intégrisme asexuel protectionniste où, pour le masculin, le sexe devient l’obsession presque irréelle d’une fonction disparue, qui ne trouve plus à s’exercer que dans le phantasme du viol – et pour le féminin un moyen de chantage.

Tout cela, c’est ce que nous vivons subjectivement et collectivement : une transition de phase douloureuse dans ce qui n’était peut-être qu’une illusion de progrès et de libération (y compris sexuels). Mais nous ne savons pas du tout quels sont les desseins de l’espèce (ni même si elle en a). Les espèces animales réagissent par des comportements de rétention sexuelle et de stérilité automatique à des situations de crise, de pénurie ou de surpopulation. Nous réagissons peut-être – et ce, en dehors de toute conviction subjective et de toute idéologie – par des comportements analogues à une situation inverse de profession, de libération, de bien-être, de « défoulement » tout à fait originale, angoissante, et étrangère à l’espèce elle-même tout au long de son histoire – une situation inhumaine pour tout dire. La haine sur laquelle ouvre la question du harcèlement sexuel n’est peut-être que le ressentiment d’une liberté, d’une individualité, d’une expression de désir chèrement conquises et qui se paieraient aujourd’hui d’une nouvelle servitude involontaire ? La servitude elle-même, la bêtise, la résignation pourraient-elles devenir une maladie sexuellement transmissible ?

(1) On retrouve ici, quoique par une autre voie, nos shakers et leur refus de la reproduction sexuée. Car ce qui valait comme libération, comme transgression dans un ordre traditionnel (la contraception) change de sens dans un monde qui va de plus en plus dans le sens d’une reproduction asexuée. La sexualité sans reproduction ouvre sur la reproduction sans sexualité, et ce qui était une liberté de choix devient tout simplement l’emprise grandissante du système par toutes les formes de génération in vitro.

Jean Baudrillard « La sexualité comme maladie sexuellement transmissible » Libération du 4 décembre 1995.

Texte lu sur ILYS, auquel voici ma réponse :

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Ce que les mythomanes, les manipulatrices, les chars d’assaut en tailleur et les gouines, ont gagné au petit jeu du féminisme guerrier, la Femme, au sens noble et incompris du terme, y a perdu.

La femme féminine, c’est sur elle que les petits mecs blancs en costume trois pièce se vengent quand les autres salopes leur ont retourné le cerveau ou leur ont fait cracher leur thune en diamants et en procès… Lorsqu’ils ne se mettent pas avec des beurettes, par peur de la femme blanche, à cause des saloperies que leur ont fait les petites bourges sans cœur avec lesquelles ils ont grandi !

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La femme féminine, la femme à l’ancienne, celle qui reste au foyer pour s’occuper de ses enfants, qui aime faire la cuisine et faire l’amour, celle à qui il arrive encore de tomber amoureuse et ne veut pas conquérir le monde comme Cortex&Minus, le féminisme-des-salopes lui marche sur la tronche en chaussures à crampons et crache dans sa soupe poireaux/pommes-de-terre. Car les féministes à la mode brouteminou n’en ont pas seulement après la figure du Pater Familias… Sachez que la figure de la MATER FAMILIAS prend cher elle aussi, dans leur imaginaire narcissique, irresponsable et déviant.

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Vous êtes une femme réac ?

Les hommes et les femmes modernes se foutent de votre gueule, parlent de vous comme de quelqu’un de faible et d’inintelligent, et établissent des lois qui vous dépossèdent de tout sous prétexte que vous faites encore confiance à votre mari pour faire bouillir la marmite… Mais ce n’est pas tout !

Les hommes réac aussi s’essuient les pompes sur votre gueule, parce que d’une part les chiennes de garde qu’ils ont la plupart du temps rencontré partout avant vous, ont un peu échaudé leur galanterie ; de l’autre ils sont souvent bien contents, lorsque vous êtes plus gentille et manipulable que la moyenne, de pouvoir enfin se venger sur un membre du beau sexe, de tous les affronts que les autres leur ont fait subir… C’est ainsi que, toute douce et toute pure, vous vous retrouvez, avant d’avoir dit ouf, à la colle avec des gars tout-cassés, rendus à moitié pervers et dépressifs par le jeu de douche écossaise auquel les autres les ont habitués, à absorber en quelque sorte dans votre ventre accueillant, toute la rancœur du monde accumulée de part et d’autre dans notre société débile.

Ensuite, – car nous n’avons pas encore touché le fond du martyre de la femme réac – ce qu’il faut bien voir aussi c’est que la plupart des hommes réacs – en bons bourgeois près de leurs sous qui se respectent – se réjouissent au fond que le féminisme les dispense à présent d’avoir à entretenir leurs épouses.

Vous payer le resto, vous offrir des fleurs, vous tenir la porte… voilà déjà bien assez ! Rare sont ceux qui pousseront le sacerdoce à comprendre que s’ils veulent une famille à l’ancienne, il leur faudra accepter (au moins quelques temps) de travailler pour deux, c’est-à-dire de faire vivre une famille entière (au moins le temps que les enfants seront petits) sur un seul salaire, et donc renoncer à l’épouse indépendante et bancable, typée « femme libérée » en tailleur à épaulettes, que leur ont vendu dans leur enfance les films américains des années 80.

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Je ne parle même pas des salauds qui ne payent le resto, n’offrent des fleurs et des diamants et ne tiennent la porte qu’aux garces manipulatrices qui les mènent par le bout du nez (ceux qui ne se laissent jamais séduire que par des filles qui n’ont que de la méchanceté et du vide au fond d’elles), et qui laisseraient croupir Cendrillon dans le caniveau parce qu’ils ne la trouvent pas suffisamment « chic&choc ».

« En passant par la Lorraine, avec mes sabots… rencontrai trois capitaines, avec mes sabots dondaine, oh oh oh, avec mes sabots… Ils m’ont appelée vilaine avec mes sabots.. etc. ♪ »

Ceux-là en ce qui me concerne, je le dis tout net et c’est un grand aveu que je vais vous faire, je leur préfère encore un arabe avec une mentalité un peu tradi ou un gauchiste (même un gauchiste qui aime les femmes libérées).

Voyez un petit peu le niveau de rancœur.