L’arbitraire de l’usage m’a donné la vie

Ci-dessous vous lirez une réponse au billet d’humeur de Xix : / Prière pour la conservation du bobo / où il est question des expressions langagières : « Con » et « Bobo ». Ces deux insultes, selon l’auteur, sont menacées bientôt de ne plus rien signifier, en vertu de ce qu’elles étaient à l’origine-même dépourvues de sens profond. Il faut croire donc à le lire que ce n’était que justice.

Prière pour la conservation du bobo

[A lire en préambule sur le site où il se trouve, naturellement.]

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Je vais essayer de rendre le plus brièvement possible les scrupules qui m’assaillent à la lecture de cet article… Car je vois que personne d’autre n’en a à part moi. Il faut donc – au nom de je ne sais quelle idéal en lequel personne ne croit plus -, que je me dévoue. On pourrait composer là-dessus tout un traité, et cependant je ferai, rassurez-vous, le plus court possible, car je n’ai aucun intérêt personnel à éclairer le monde de mes lumières, dont au demeurant tout le monde se fout bien.

Sachez, chers camarades, qu’y a un problème de nature quasiment morale dans le fait-même que l’auteur de cet article suppose qu’un mot, et plus encore une insulte, telle que « con » ou « bobo », doive à tout prix comporter une signification absolue, constitutionnelle, à la manière d’un concept philosophique en langue allemande (ou d’un article de loi), pour toucher sa cible et valoir la peine d’exister.

Cela revient à considérer que les mots ne sont rien moins que des chiffres, et que les phrases sont en quelque sorte des équivalents de code-barre. Je vais essayer d’éclaircir ce point le plus simplement possible pour que cette assertion ne passe pas uniquement pour un mot d’esprit – ce qu’elle est aussi – mais soit comprise également dans toute son effrayante profondeur potentielle : au premier degré.

Un exemple seulement. (Car c’est le seul qui tout de suite me vienne à l’esprit, et aussi parce qu’il est aisé de le traduire en langage logique : en « chiffres »). Voyez à cet égard les double et même triple négations dont on usait et abusait dans l’ancien temps pour tenir des propos en apparence tout simples, des propos qui se seraient fort bien accommodés de la forme positive… La double négation, passe encore [« Je ne suis pas mécontent »] : elle équivaut bel et bien à la forme positive en ce qu’en mathématique /moins/ fois /moins/ égale /plus/. Mais la triple ? Dans le cadre notamment de ce qu’on appelle la prétérition, qui est /l’art de faire semblant de ne pas dire quelque chose que l’on exprime en fait/, il y a des cas ou des formes privatives sont employées comme à tort, alors que rien n’indiquait du point de vue de la signification brute de la phrase qu’elle fussent nécessaires. Il y a des fois où l’on trouve réellement des dénis, des défenses et des refus de dire les choses positivement, qui sont comme en trop dans le langage châtié de nos pères, et c’est à s’y casser la tête lorsqu’on est soi-même de cette race inférieure – sans tact et sans discrétion – des logiciens de nature.

Lorsque nous lisons des ouvrages écrits dans cette langue châtiée et scrupuleuse, à la fois clairement consciente d’elle-même, et légèrement enfloutée des circonvolutions nécessaires à la politesse et à la pudeur, que parlaient nos grands-parents, (cette langue qu’on appelle le Français, et avec laquelle Balzac a pourtant écrit ses romans dits « réalistes », qui sont le modèle du Roman pour la terre entière), on s’aperçoit d’une chose qui ne sautait nullement aux yeux de nos aînés, mais qui est susceptible de nous choquer nous (pauvres enfants déracinés que nous sommes de la niaiserie positiviste à l’américaine)… Cette langue, outil pourtant affuté (comme peu le sont) pour servir son objet (: dire l’âme humaine), utilisant non (comme aujourd’hui c’est de cas) des illusions et des pièges rhétoriques, mais réellement des /signifiants/, cette langue donc plus apte que, peut-être, jamais Verbe humain ne le fut, à traiter des choses terriennes les plus complexes, des vibrations les plus subtiles et profondes du sentiment, lorsque nous l’observons à la loupe du professeur Tournesol (comme nous savons si bien le faire aujourd’hui), lorsque nous disséquons le détail étonnant et comme pervers de ses expressions vivantes, nous nous apercevons alors qu’il s’agit d’une langue en apparence beaucoup plus approximative.

Le caractère vivant des vieilles expressions langagières conventionnelles, semble même tenir beaucoup à la qualité approximative en question de leur constitution. Ce qui relève de la convention est toujours un peu arbitraire, or qui dit arbitraire dit pas totalement logique.

*** Petit clin d’œil au lecteur. N’oubliez jamais qu’il y a des gens qui haissent l’ARBITRAIRE au point où ils s’en font les persécuteurs jusque dans les subtilités les plus cachées de la langue, et sachez qu’en France, ces gens-là, s’ils ne sont pas la majorité, sont au moins au pouvoir. Il y a de cette particularité intellectuelle, ardemment révolutionneuse, et par-là même coupeuse de tête, dans la définition-même de l’esprit français. ***

Ce caractère de légère imperfection dans la logique interne de la constitution des expression vivantes, qu’elles soient ramassées en un seul mot à la fois bien senti et bien pauvre et rendu par-là-même comme impossible à interroger (telle qu’est l’insulte de : « con »), ou composées d’une périphrase précieuse, à la fois alambiquée et débile, qui colle aux dents… ce caractère inattaquable, car piégeux, qui rend stupide celui qui pense pouvoir rendre l’expression stupide rien qu’en la désossant, justement parce qu’elle échappe à la raison… mais c’est à proprement parler : le triomphe de l’usage !

C’est parce qu’il heurte l’étymologique, la grammaire, la syntaxe, la naïveté des enfants, la morale des pudibonds ou tout simplement le bon-sens, que l’USAGE touche à son but comme une flèche experte.

Une fois que l’une de ces compositions langagières en apparence mal branlée – en réalité lourde de tout un poids de non-dits charriés dans sa course – est lancée dans le feu de l’usage, c’est son grain d’illogisme – son grain de folie – qui semble conférer au mot davantage de force de cohésion, et donc de réalité. Ainsi un train chargé à bloc lancé sur des rails tire de sa pesanteur-même une vitesse supplémentaire qu’on appelle la force d’inertie.

Le poids d’un non-dit – un non-dit est nécessaire en ce qu’il prouve l’indicible -, c’est le poids du sentiment et de la pudeur. C’est le poids du cœur, comme à la pesée des âmes égyptienne. Et ce poids de l’absence, du manquant, qui pourrait paraître infime à des infirmes du sentiment, à des moins-que-rien, qui engendre l’apparence d’imperfection de la surface visible du monde de la langue, mais qui est la seule vraie perfection à notre portée dans ce domaine lorsque nous en maîtrisons les effets, il faut peut-être y voir une analogie avec le poids de la matière noire dans l’univers, qui est dit-on le poids de ce qu’on ne voit pas, et qui paraît-il est bien supérieur au poids de ce que l’on voit. Celui-ci serait, à ce que certains scientifiques en disent, responsable de la force de gravité.

La gravité qui est contenue en creux dans l’impuissance constitutive des insultes, on ne la sent que si l’on a un cœur. Mais si l’on n’a pas de cœur, on ne comprend rien.

C’est la réalité-même que recouvre l’expression « avoir un cœur » (expression terriblement impuissante – comme c’est le cas de toutes les grandes et belles expressions – lorsqu’elle est regardée sans cœur, c’est-à-dire lorsqu’elle est disséquée à la loupe du professeur Tournesol et ainsi rendue à sa triste matérialité verbeuse) qui est en jeu ici.
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COMMENTAIRES :
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  • Notre bon Steppenwolf – bravo à lui car c’est lui qui a la plus longue ! – vient d’assommer le débat par la longueur de prose. Je propose au CGB d’adopter une résolution qu’on pourrait baptiser « Loi Steppenwolf » et qui limiterait à 20 lignes maximum en prose tout commentaire, ou alternativement 40 lignes mais en versification régulière, type sénaire iambique avec césure possible. Pour avis des mâles alpha du CGB…

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  • Plusieurs projets de loi ont été étudiés par le comité de rédaction. A vrai dire, la taille des commentaires est déjà limitée, mais nous ne pouvons rien contre la tactique employée ici du commentaire saucissonné et livré en plusieurs fois, entrecoupé de […]. Nous ne pouvons compter que sur la délation d’honnêtes et attentifs citoyens comme vous, Anonyme. Merci.

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  • Si tu as quelque chose à me dire, ou des coms à supprimer, tu n’as qu’à le faire franchement, au lieu de créer des commentateurs fantômes pour te donner la réplique.

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  • Ah ! Je reconnais Léstat sous cette paranoïa… Léstat, c’est toi ?
    Bon, un peu d’humour Steppenwolf. Moi, les commentaires longs ne me dérangent pas (j’ai une molette sur ma souris qui me permet de les faire défiler). J’avoue avoir essayé de vous répondre avant d’abandonner : non seulement je ne suis pas certain de vous avoir saisi, mais en plus je ne vois pas bien comment vous rattachez votre réflexion à ce que j’ai pu faire ou dire.

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  • Oui, bien sûr que je suis Lestat. Cela va de soi. ^o^

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    Pour ce qui est de comment ratacher ma réflexion à la vôtre (qui serait plutôt une cogitation : a.k.a l’art d’agiter des idées et de les frotter les unes aux autres en pensant produire de la lumière), je vais prendre la peine de vous aiguiller un peu.

    Tout votre article consiste à essayer d’établir des définitions correctes des mots « bobo » et « con » – des définitions susceptibles d’être universellement acceptés du type de celles qu’on écrirait dans un équivalent français de l’Urban Dictionnary. Le fait est que vous n’y parvenez pas. Mais qu’en déduisez-vous ?

    Pour ce qui est du mot « con », on sent bien que vous ne l’affectionnez pas, aussi s’il en vient à perdre toute saveur et toute férocité à l’emploi, ce n’est pas vous qui le pleurerez. La légende que vous inscrivez sous la photo de Guy Bedos, à cet égard, est claire. C’est elle d’ailleurs qui m’a fait tilter en premier. On sent là-dedans chez vous un certain esprit de caste à la Cabu, « anti-beauf », qui est plutôt disgracieux.

    En revanche, vous demandez à ce que, malgré son égale insignifiance (à vos yeux), le mot « bobo » soit : « sauvé ». En effet, un terme insignifiant pour pointer du doigt des gens insignifiants… c’est une chose qui a le mérite de faire ton sur ton. Pourquoi ne pas s’en satisfaire ?

    Sauvé de quoi, me demandais-je alors ? Sauvé de ce qu’à votre sensibilité émoussée, les termes « bourgeois » et « bohème » accolés ne représentent pas en soi une insulte ?

    […]

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    […]

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    Je vous ferai remarquer que « Bohème » fut en soi d’abord une insulte, les Bohèmes étaient des gens de mauvaise vie, oscillant entre les bas-fond de Paris et le grand monde, des putains, des drogués, toutes sortes de gens qui vivaient en pique-assiette, qui s’enorgueillissaient d’avoir connu Untel, qui mouraient jeunes, ne laissant rien, perclus de maladies vénériennes et de mauvais alcool, et qui lorsqu’ils faisaient des enfants les laissaient pourrir dans le caniveau faute de famille et d’argent. Ces gens, qui n’eurent de postérité que celles que des auteurs qui ne vivaient nullement comme eux voulurent bien leur faire, reprirent nihilistement à leur compte le terme dont les bourgeois usaient pour les désigner. Le plus grand des « Bohèmes » à ce que relatent les mémoires de la vie parisienne du XIXe, fut un certain Murger, qui contrairement à bien des grands hommes véritables, eut un monde fou à son enterrement. Comme il avait été toute sa vie un parfait narcisse, cynique et égoïste, comme il avait mangé à tous les râteliers, tout le monde chanta sa gloire sur le moment mais il n’avait aucun ami véritable, aucun vrai familier. On s’amusa beaucoup à ses obsèques, et puis aussitôt enterré il fut oublié.

    C’est un manque de culture caractérisé que de ne pas comprendre la pique féroce cachée dans cette juxtaposition contre-nature : bourgeois et bohème. Posez-vous la question de ce qu’un Théophile Gautier, un Baudelaire, un Rimbaud (grands anti-bourgeois par excellence – et faux bohèmes) en auraient pensé, si vous ne me suivez pas…

    De même, on a l’impression de lire un Pierre Perret qui s’ignore, lorsque vous dites ne pas comprendre le caractère offensant en soi du mot « con ». J’entends d’ici le vieux féministe baveux s’écrier qu’une telle identification n’a pas lieu d’offenser qui que ce soit car le sexe féminin est une fleur de chair qui embaume (et tout le tintouin). Juste répugnant.

    Pour conclure, une petite histoire édifiante en guise d’illustration :

    Imaginez un cercle d’amis ancien et fraternel. Au milieu d’eux se trouve un tempérament faible et envieux, qui arrivé à un âge où il faut faire des choix, tourne le dos à ses idéaux de jeunesse pour suivre quelque bas intérêt. Il devient riche et refuse assistance et soutien au plus démuni de ses camarades. Quand celui-ci s’aperçoit de quelle genre de personne est devenu son vieux compagnon, faute de mieux, il lui lance cette impuissante injure : « Pauvre con ! ». Alors le traître fait la nique à son interlocuteur en tenant le raisonnement suivant :

    _ »Pauvre con », qu’est-ce que cela veut dire ? Peut-on faire injure à quelqu’un en l’accusant d’être pauvre ? La pauvreté n’est pas une infamie en soi. D’ailleurs je ne suis pas pauvre, en quoi cela me concerne-t-il ? Mon offenseur est plus pauvre que moi ! … Quant à me traiter de con, j’en suis bien aise : j’aime beaucoup les cons, les chattes, les femmes et tous leurs attributs naturels. J’en aurai plus que celui qui m’insulte !

    L’autre s’avance d’un pas et lui met son poing dans la gueule. Qui a raison ?

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    C’est plus clair, et ça confirme la sensation de quiproquo que j’ai pu avoir. Il me semble que vous m’avez scrupuleusement compris à l’envers. Je n’ai justement pas l’impression de marteler une définition « correcte », absolue et universelle de ces noms d’oiseaux. Je procède au contraire par circonvolutions, façon d’admettre que ces notions sont changeantes avec le temps et que leur dénomination peut s’émousser. Comme vous dites, un « bohème » n’a pas la même connotation en 1800 qu’aujourd’hui, tout comme un « artiste », que l’on préférait éviter d’avoir dans sa famille à une époque alors qu’aujourd’hui c’est le must.
    Et c’est bien mon propos : le « con » dans un film des années 50 ou 60, ou le « con » de Coluche, me semblent plus précis et incisifs que « le con » d’un Bedos, d’un Christophe Alévêque ou d’un Guy Marchand (que j’ai déjà entendu employer le mot avec grande pédanterie lors d’une interview). Leur « con » à eux est un flou artistique derrière lequel ils hébergent leur propre connerie. La ficelle est usée. Celui qui continue à faire un sketch sur « les cons » aujourd’hui arrive trop tard, tout comme quelqu’un qui, en 2015, croirait blesser son ennemi en le traitant de « bohémien ! » viserait à côté et n’aurait pas saisi que la perception générale de ce terme s’est déplacée.

    Vous comprenez ensuite que « bobo » est insignifiant à mes yeux, alors même que mon article est une réhabilitation du terme. Titre : « Prière pour la conservation du bobo » ! et pourquoi donc demanderais-je à conserver le terme, sinon parce que je le trouve ENCORE signifiant dans un contexte où je crains qu’on l’évince, qu’on le remplace, qu’on le remise ? Comme le dit un commentateur, on entend désormais des choses comme « on est tous le bobo de quelqu’un d’autre », « on l’est tous un peu à un degré divers », façon de dire que la désignation ne vaut rien puisqu’elle s’applique à n’importe qui… Eh bien non, on n’est pas tous le bobo de quelqu’un d’autre ! Le bobo est une mentalité précise. Et si le terme ne résonne plus assez à vos sens, laissez-moi prendre ma machette pour le tailler et vous le planter à nouveau dans l’oreille. C’est tout. Et à vous lire, j’ai l’impression que vous plaidez exactement dans le même sens.

    « On sent là-dedans chez vous un certain esprit de caste à la Cabu, « anti-beauf », qui est plutôt disgracieux » => là je ne comprends plus ! Bedos n’est-il pas la parfaite version « one man show » de Cabu, ayant consacré sa carrière à épingler le même beauf, imaginaire à 80 %, raciste basique et si français ? A ce titre, égratigner Bedos devrait vous convenir. Zut à la fin ! Si votre ancien ami vous a mis son poing dans la gueule, ce n’est pas ma faute après tout.

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  • Oui, zut, messieurs ! En matière d’insulte, veuillez consulter cette référence universelle avant de prétendre ! (http://www.culturalgangbang.com/2014/12/lart-menace-de-linsulte.html )

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    _ « façon d’admettre que ces notions sont changeantes avec le temps et que leur dénomination peut s’émousser. »
    Ce qui s’émousse, ce ne sont pas les mots. Sans quoi il suffirait d’inventer novlangue pour rajeunir la langue. Or penser qu’il suffit de prendre des mots neufs pour dire des choses neuves, c’est un peu comme penser que la chirurgie esthétique rajeunit.

    Ce qui est émoussé c’est la vitalité du causeur, de celui qui écrit : c’est son envie de dire quelque chose de signifiant.

    _ « Comme vous dites, un « bohème » n’a pas la même connotation en 1800 qu’aujourd’hui »

    Et que veut-il dire, ce mot, aujourd’hui ? Veut-il dire quelque chose de nouveau ? Quelque chose qui soit totalement étranger au XIXe siècle et à ses conventions bourgeoises ? Mais le mot « bohème » suppose la convention bourgeoise, il en a besoin pour exister ! Comme l’ombre a besoin de la lumière.

    La raison pour laquelle on ne comprend plus le sens du mot bohème, la raison pour laquelle il a perdu de sa causticité, ce n’est pas parce qu’il est ancien, c’est parce qu’aujourd’hui les bourgeois ne veulent tellement plus être appelés des bourgeois, que le mot « bourgeois » en a été privé de sa signification. Plus exactement, ce mot est devenu inutilisable en la compagnie des bourgeois car il renvoie désormais chez eux à un véritable tabou.

    On prétend aujourd’hui chez les bourgeois que les conventions bourgeoises n’existent plus, qu’elles sont passées d’actualité (c’est cette prétention vaine à constamment « choquer les conventions bourgeoises » qui caractérise aujourd’hui la bourgeoisie). Mais en réalité, ces gens en sont tellement plein, de leurs « conventions », qu’ils ne connaissent plus que ça. J’en prends pour preuve que ces gens n’ont jamais d’idées à eux susceptibles d’être interrogées et discutées : essayez seulement de reformuler leurs propos politiques avec d’autre mots que les leurs, ils ne les reconnaissent jamais.

    Ils n’ont jamais en lieu et place d’opinions personnelles et de goûts, que des codes, des codes qu’il faut posséder pour demeurer en leur compagnie ou bien être regardé avec effroi et exclu. Or c’est cela la vraie définition profonde de la bourgeoisie : la culture du préjugé.

    Je pense qu’il faut voir dans ce phénomène que je vous explique, de la bourgeoisie post-moderne qui ne veut ni dire son nom, ni même le reconnaître, la plus grande source de maux intellectuels de la société française actuelle. Nous vivons sans doute dans la société la plus bourgeoise qui ait jamais existé, car la plus matérialiste, la plus près de ses sous, la moins idéaliste, la moins généreuse depuis la Création.

    La raison pour laquelle « Bohème » est un mot qui a perdu de sa force, ce n’est donc pas parce qu’il est démodé, c’est au contraire parce que l’univers de sens auquel il appartient est devenu tabou tant il juge notre monde d’un œil sévère.

    Si les bo-bo pouvaient se souvenir littérairement de ce que veut dire le mot Bohème, s’ils étaient capables d’aller voir ce que signifiait l’adjectif « bourgeois » pour un dandy comme Théophile Gautier, s’il avaient pour comprendre de telles choses l’honnêteté suffisante (« Comprendre c’est égaler » a paraît-il dit Raphaël), et s’ils avaient encore le brin de dignité, de sens de l’honneur nécessaire pour se juger eux-mêmes, leur cervelle se mettrait à bouillonner tant et si bien qu’ils devraient choisir entre perdre volontairement la raison ou cesser d’être ce qu’ils sont : d’immondes bourgeois égoïstes, valets du capital hypocrites, pas même protecteurs de leur propre famille (ce qu’était encore l’humble et borné patriarche de la famille bourgeoise traditionnelle).

    […]

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    […]

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    A ce propos, nos Bo-bo ont tout de même emprunté une part de leurs us et coutumes à la Bohème historique : la drogue, le laisser-aller général, la fainéantise, l’égoïsme prétentieux de se croire original, la recherche à tout prix du plaisir, même dégradant, et bien souvent aussi l’absence de piété filiale, l’abandon de l’éducation de leurs enfants aux bons soins de « l’égalité des chances républicaine » (autant dire du hasard du caniveau).

    Donc, pour bien enfoncer le clou, j’affirme en dépit de vous que sisi, « Bourgeoisie-Bohème » est forcément un terme à connotation dix-neuvièmiste, qui nous renvoie forcément aux intérieurs cul-cul la praloche des vaudeville de Feydeau, au poème de Rimbaud, aux rodomontades de Baudelaire contre les bourgeois, à la chanson mensongère d’Aznavour (.. etc.), ce qui fait que les termes qui la composent ne peuvent pas avoir changé de sens depuis 1800, puisqu’au contraire ils supposent une nostalgie un peu niaise de ceux qui l’emploient pour cette période de l’histoire. Ce dont témoignent d’ailleurs les prénoms dits « anciens » que les gens de cette génération donnent à leurs enfants.

    C’est juste la haine du sens, mêlée d’acculturation, qui caractérise notre époque, cette moutonnerie terrible des gens qui n’ont pas le temps de penser parce qu’ils bossent, conjuguée aux frileux efforts des « mentalités ârtistes » et des « modernoeuds » – qui ont toujours peur de dire quelque chose de sensé – pour se rendre spirituels en disant des énormités, c’est juste cette société pleine de lâcheté et de fainéantise intellectuelle, qui anesthésie le terrible potentiel de nuisance de cette expression à l’égard précisément de ces deux castes, masse finalement assez homogène de fades gens.

    _ « Et c’est bien mon propos : le « con » dans un film des années 50 ou 60, ou le « con » de Coluche, me semblent plus précis et incisifs que « le con » d’un Bedos, d’un Christophe Alévêque ou d’un Guy Marchand (que j’ai déjà entendu employer le mot avec grande pédanterie lors d’une interview). »

    Encore une fois, le mot lui-même n’est responsable de rien. C’est l’âme qui est malade.

    _ « Leur « con » à eux est un flou artistique derrière lequel ils hébergent leur propre connerie. La ficelle est usée. »

    Les plus beaux des hôtels peuvent héberger des cons finis. Faut-il pour autant démolir ces hôtels (autels) ?

    La ficelle est usée, dites-vous… Quelle ficelle ? Celle de l’humanité ? – Je n’achète pas cette conception.

    Encore une fois, ce n’est pas de créer de nouveaux mots cousus de ficelle neuve qui changera quelque chose à la bêtise de ceux qui ne les comprennent pas.

    _ « Celui qui continue à faire un sketch sur « les cons » aujourd’hui arrive trop tard, »

    En vertu de quoi dites-vous ça ? L’humour réside rarement dans le sujet lui-même… En général il doit tout à la façon dont il est traité.

    _ « tout comme quelqu’un qui, en 2015, croirait blesser son ennemi en le traitant de « bohémien ! » viserait à côté et n’aurait pas saisi que la perception générale de ce terme s’est déplacée. »

    Ha ha ! Que vous êtes donc superficiel ! Les vrais héros s’amusent tout seul ! Qu’importe la (supposée) « perception générale » quand on sait parfaitement bien soi-même ce que l’on dit ?

    […]

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    […]

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    Soit votre ennemi ne se sent jamais offensé par les insultes d’autrui que lorsque « la perception générale » a compris dans quelle mesure il était insulté, (que lorsque l’insulte a été entendue par des tierces personnes et reprise comme un bon mot) et alors votre ennemi est vraiment un moins-que-rien, il ne mérite même pas d’être votre ennemi, car il n’a aucun sentiment personnel de sa dignité, c’est une bite d’amarrage, une légumineuse : il indexe son honneur sur son niveau dans les sondages d’opinion.

    Ou bien votre ennemi a de la sensibilité, et il comprend fort bien tout de poids de pathos, tout le poids de « gravité », pour reprendre une expression précédente, que vous avez mis dans ce mot. Et alors vous partagez avec lui une certaine conscience supérieure de ses fautes, tel l’œil dans la tombe qui regardait Caïn.

    Mais soyons un peu pragmatiques, si vous avez un ennemi et qu’il vous prend l’envie de l’insulter en utilisant un mot que de sa vie il n’aurait jamais cru pouvoir être utilisé comme une insulte, si vous le faites bien, c’est-à-dire avec conviction, si le terme est bien choisi, qu’il renvoie à une certaine réalité sur lui que vous connaissez et qu’il sait que vous connaissez, il y a toutes les chances que l’effet de surprise – l’aspect « spirituel » de la chose – joue en votre faveur. C’est cela, (entre autre), qu’on appelle : « avoir de l’esprit ». Hum.

    Exemple : Vous êtes en rupture avec une petite amie. Vous cherchez à lui faire mal.
    Vous vous souvenez des nombreuses fois où il vous a été donné de la voir au réveil, dépeignée, habillée n’importe comment, avec ce qui lui avait passé par la main la veille au soir, et du mascara jusqu’au milieu des joues.
    Il vous suffit de faire une allusion (anodine pour quiconque d’autre qu’elle) à ces moments d’intimité partagée, et de la traiter de bohémienne (sous-entendu : prétendre avec un certain sérieux qu’elle est une personne sale, une « romano’), pour la blesser mortellement.

    Tout est dans la façon, le passif, et le contexte. Ce ne sont jamais les grossièretés qui blessent le plus.
    Imaginez que la fille soit d’origine roumaine… imaginez qu’elle soit d’origine roumaine par sa mère et que sa mère soit morte… Imaginez que sa mère ait réellement été une personne malpropre… Vous faites un strike. Si elle est dépressive, elle peut avoir envie de se suicider pour un « mot d’esprit » comme celui-là.

    Certes, il faut avoir un cœur pour comprendre toutes ces subtilités, je vous le concède.

    _ « Comme le dit un commentateur, on entend désormais des choses comme « on est tous le bobo de quelqu’un d’autre », « on l’est tous un peu à un degré divers » »

    En quoi est-ce faux ? Et en quoi ce fait dévalue-t-il l’expression ?

    Vous pouvez remplacer « bobo » par salaud. Ca reste vrai. Néanmoins, une telle chose, même dûment observée, ne justifie nullement qu’on ne comporte comme un salaud.

    Être un salaud serait-il la chose la plus banale au monde, cela ne retirerait pas son droit à la femme trompée de se plaindre de son « salaud », cela ne retirerait pas non plus au terme « salaud » son caractère insultant lorsqu’il est proféré à tort, et surtout, surtout, un salaud qui prétendrait avoir le droit de l’être parce que tout le monde en est plus ou moins un, serait doublement un salaud – ce serait la crème des ordures.

    […]

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    […]
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    « façon de dire que la désignation ne vaut rien puisqu’elle s’applique à n’importe qui… »

    Encore le même biais logique ! Ce qui s’applique à tout le monde lorsqu’on observe l’humanité dans son détail, avec philosophie, n’est pas pour autant dénué de valeur ou de sens. Par exemple, nous somme tous faillibles et mortels ; ça ne fait par pour autant de la mort et de la faillite des choses anodines.

    C’est seulement le monde est regardé par l’analyste d’un regard surplombant, en usant d’une grille abstraite, en cherchant à faire rentrer de force les gens dans des cases sans aucun égard pour les gens en question, qu’on peut dire que les « cases » en question sont surfaites. Mais c’est toujours l’âme de celui qui voit qui est jugée ici, non les dénominations qu’il emploie.

    _ »Le bobo est une mentalité précise. »

    Oui. Mais une mentalité qu’on est tous susceptibles d’avoir (en France du moins).

    _ »Et si le terme ne résonne plus assez à vos sens, laissez-moi prendre ma machette pour le tailler et vous le planter à nouveau dans l’oreille. »

    Vous n’y avez absolument pas réussi. Je ne sais pas plus ce que ce mot veut dire après vous avoir lu. Un seul passage est intéressant : c’est quand vous dites que le bobo est quelqu’un qui n’entretient aucune relation avec le matériel, ni avec le spirituel. C’est intéressant mais ce n’est absolument pas développé. On dirait que vous ne vous appropriez pas cette idée, que vous l’avez prise à quelqu’un d’autre.

    _ « là je ne comprends plus ! Bedos n’est-il pas la parfaite version « one man show » de Cabu, ayant consacré sa carrière à épingler le même beauf, imaginaire à 80 %, raciste basique et si français ? »

    Ce point est complexe à développer. Mais le fait est que vous dites exactement la même chose que Bedos en prétendant vous moquer de lui

    « Rien d’pu con qu’un con qui sait pas qu’y est con ! », on ne sait pas si c’est une phrase qui se moque des cons ou de ceux qui emploient le mot : « con ». Il semble que les deux soient réunis comme une seule et même entité dans son esprit, et qu’il joue à faire le con qui ne sait pas qu’il est con en disant que les cons sont ceux qui sont cons sans savoir qu’ils sont cons.

    C’est la vieille blague du Crétois dans laquelle vous nous piégez-là. ^^

    Sachez qu’elle est piégeuse, mais qu’elle ne résout rien.

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  • Pardon pour le « zut ». Je me suis emporté. Je… Je ne sais pas ce qui m’a pris…

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  • Angoissant, quand ça arrive sans crier gare.

    Supprimer

  • .

    Steppenwolfy a des tendances à la somme, il les reconnaît lui-même. Mais à tout prendre, je préfère un long solo plus ou moins free sur un thème, un solo qui pose ses couilles sur le comptoir, plutôt qu’un commentaire à la con, genre énigmatique et sous-entendu, posé comme une crotte sur le trottoir d’un article (sortirai-je entier de ces métaphores débiles ?).
    Moi, ce que j’aime bien dans son truc, c’est l’idée qu’une langue (que dis-je ? la plus belle langue du monde, la nôtre) ne doive pas rendre de compte à la sèche logique ni à la rationalité à verre doseur. J’aime qu’une lange soit capricieuse, comme la belle salope qu’elle est, toujours à te poser des pièges que toi, gros balourd, tu enquilles comme à la foire ! J’aime qu’elle exige de ses amants (nous) une attention totalitaire, absolue, permanente, sous peine de passer pour un inculte, c’est à dire un gros dégoutant. Se servir d’une langue, merde, ça doit être plus compliqué et délicat que conduire une bagnole, avec régulateur de vitesse, air bag, anti patinage et GPS branché dans le fion ! Avec le français, tu es distrait un quart de seconde, tu te ramasses : le cauchemar des modernes, on comprend pourquoi. S’agit pas d’avoir passé sa scolarité collé au radiateur de fond de classe, de n’avoir jamais ouvert un livre et de prétendre, en plus, causer Molière dans le texte : le baragouin et le salmigondis sont là pour te servir de bagage, hé cancre ! Et comme le dit je ne sais plus quel con : entre un chômeur de longue durée et un chômeur de très très longue durée, la différence, c’est la maîtrise de la langue !

    (Ceci dit, Steppy, aucune chance que Xix crée un faux commentaire anonyme pour te dire d’aller te faire foutre, si l’envie lui en prenait. Tu connais mal le mec…)

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La liberté d’expression se révolutionne elle-même comme un nombril inutile et c’est bien

Woland a écrit une chose très juste. Il a énoncé une évidence qui crève les yeux, et même qui aveugle tellement elle est évidente… qu’il faut donc, sans calcul, dire et redire :

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Je l’ai dit 12509 fois déjà, mais la liberté d’expression si elle ne choque potentiellement personne n’est pas la liberté d’expression. Il n’y pas de liberté à se conformer à ce qui peut être dit sans provoquer la moindre ride à la face du lac sombre que le monde est en train de devenir. Les crevures […] qui nous expliquent que la liberté d’expression est ce qui est autorisé par la loi ont déjà perdu puisque n’importe quel législateur peut décider à tout moment d’interdire de prononcer le mot « pot de chambre », puis par extension « jules » et ainsi de suite par exemple.

Que cela soit clair, ce qui ne peut être formulé ne peut être pensé. Attaquer la liberté d’expression c’est réduire le champ de la liberté de penser et donc de l’intelligence. C’est supprimer tout débat et donc toute possibilité d’avancée mentale en étant convaincant. C’est la fin de la maïeutique. La supériorité de notre civilisation tient entièrement là-dedans, la possibilité de se libérer des tabous et des fétiches, la liberté de critiquer les dogmes et ainsi d’envisager les problèmes sous un nouvel angle et de pouvoir les résoudre. Si on vous coupe votre queue qui sent le fromage à chaque fois que vous vous demander si 2 et 2 font réellement 5, vous n’arriverez jamais à comprendre qu’en fait non, ça fait 4.

[…]

Il est particulièrement insupportable de vois ce gland de Pape du camp des saints expliquer les limites de la liberté d’expression en des termes parfaitement fallacieux. Si je critique sa mère et qu’il me met la main dans la gueule cela veut dire qu’il y a des conséquences à mon discours, pas qu’il est limité par autre chose que la peur et ou éventuellement la bonne éducation. La liberté elle demeure, j’assume le choix d’en user ou pas mais ce choix m’appartient.

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A présent, il est temps de démontrer par la grande porte
pourquoi le discours de Woland, bien que dépourvu d’erreurs, et totalement nécessaire par les temps qui courent, au regard des drames qui secouent la France, sera toujours accompagné du sifflement des foules et de l’aboiement des chiens.Voici ma réponse :

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Vous avez raison de dire cela. Il faut le dire et le redire !

Néanmoins, au nom de la liberté d’expression elle-même, il faut aussi regarder la face pile de votre pièce…

Songez seulement à cela : une nation qui censure les choses qui peuvent se dire et se penser (alors qu’elle punit à peine certains actes criminels), est une nation qui finalement accorde davantage d’importance à ce qui est dit et pensé que les autres, qui ne le font pas.

La censure, c’est encore un coup de projecteur accordé aux idées… une crispation collective contre certaines vérités, est paradoxalement le signe de ce que cette collectivité possède des vérités communes, qui lui sont chères… cette crispation autour des fruits de l’intelligence, c’est encore le signe de l’existence d’une civilisation autour des fruits en question (c’est la preuve qu’il existe un arbre autour du fruit ^^). Car ce qu’une civilisation a de plus sacré, on le sait, ce sont ses tabous… Dis-moi qui tu hais, je te dirai qui tu es.

[De même, un fond-diffus de racisme ou de xénophobie est le signe-même de l’existence d’un peuple en tant qu’entité distincte, possédant son corps-propre – et donc son propre système de défense immunitaire. Les étrangers qui nous reprochent notre racisme, en réalité nous reprochent notre prétention inouïe, sacrilège, à ne pas en avoir – pour des peuples plus primitifs, une telle prétention équivaut à l’übris le plus forcené… c’est un peu pour eux comme si nous leur disions que nous sommes des Dieux, mais que nous leur interdisions de dénoncer la chose… Ils nous haïssent, du coup, comme c’est pas permis, et c’est bien compréhensible ma foi. ^^]

Ces vérités bien-évidemment, on ne peut jamais les dire – et moins encore à l’étranger qu’en France, car avant que d’énoncer certaines vérités, si l’on veut qu’elles soient comprises dans leur densité initiale, il faut avoir des bases communes, c’est-à-dire des tabous communs.
Ou plutôt, ces vérités, vous pourrez sans danger les énoncer hors de votre nation, et vous serez fort bien accueil, on vous dira même que vous êtes spirituel : mais le fait-même que l’étranger puisse accueillir avec un sourire détendu les vérités que vous avez abreuvées de votre sang quand vous étiez dans votre pays, montre qu’elles ne sont pas des vérités pour lui au même titre (avec la même densité sentimentale) que pour vous.

C’est encore une fois la rencontre des interdits qui justifie la liberté d’expression – ce sont les interdits qui engendrent les libertés. Et c’est vous-mêmes qui l’expliquez dans votre texte ! Mais les implications dernières de tout cela, quasi personne n’est vraiment prêt à les entendre, même pas vous. Et c’est bien normal. Nous ne sommes que des êtres humains après tout.

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***

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Au jour du grand défilé, y avait deux sortes d’absents. Les barbus, et les Cassandres.

Il y avait ceux qui étaient venus pour faire rendre gorge à tous les hommes qui avaient péché. Si on les laissait faire, la terre toute en-puretée, deviendrait bientôt semblable à la lune.

Il y avait ceux enfin qui, parmi le peuple des gentils français, s’étaient donné la peine plusieurs années durant, d’avertir les hommes en règne, des suites logiques de leurs dérives.

Mais… de quelle nature étaient-elles au juste, ces dérives du pouvoir, selon les opposants qu’il avait dans sa propre maison ?

Blasphème systématique ? Irrespect ? Absence de tabous ?

Les avertissements des « Cassandre », (alarmées qu’elles avaient été bien avant le drame, de ce qu’un tel drame pouvait advenir), portaient-ils sur un abus généralisé de toutes les libertés de la part du pouvoir ? Non curieusement, absolument pas.

Car réduire ainsi les Cassandre au silence, sans pitié ni ménagement, de la part du pouvoir en place, ce n’avait été faire la preuve ni d’un grand esprit de liberté, ni d’un véritable esprit d’ouverture, ni d’un véritable amour pour le dialogue…

Or quand on se targue d’être un pouvoir « tolérant » et ouvert au dialogue, il faut avoir les moyens de ses ambitions, n’est-ce pas ? Cela nous parle sans doute de la vanité inhérente aux trop grandes ambitions…

Ironie tragique du sort, des sauvages venus des déserts venait à présent reprocher à ces hypocrites un excès de libéralité.

***

Les sauvages croyaient que les occidentaux n’avaient plus de tabous, simplement parce que des femmes belles, en occident pouvaient se montrer nues partout sans jamais donner l’impression de rencontrer le moindre tabou en face.

Pour le sauvage, tabou implique désir. Le sauvage ne sait pas qu’un tabou ça ne disparaît pas, ça se déplace… et que l’essentiel est invisible pour les yeux.

Le pouvoir occidental en place avait bel et bien encore des tabous – invisibles aux yeux des sauvages -, et ces tabous il entendait bel et bien les nier – les nier eux, et leur douleur, avec toute la violence qui s’ensuit. Ces tabous vivants étaient les Cassandres.

Les Cassandres étaient venues avertir le pouvoir du monde dit « Libre », que sa religion de la tolérance et de l’ouverture d’esprit était devenue une religion sectaire exactement comme les autres, avec son vocabulaire-propre et ses codes excluants, faisant d’elle un outil de plus pour opacifier le monde…. un outil d’aliénation, un outil de caste, ennemi des gens simples, hostile à l’intelligence des enfants, hostile aux cœurs aventureux.

Ils n’ont pas écouté les Cassandres venues avertir le monde dit « libre » qu’il en était venu à simuler la liberté, à faire des grimaces et qu’en réalité il n’était pas si libre que ça.

***

Dans les rues, le lendemain du drame, parmi les gens qui peuplaient et animaient la France, deux sortes d’hommes manquaient, car ils étaient restés à la maison : les pires et les meilleurs, ensemble unis dans une même détestation du temps. Mais ils n’étaient absolument pas mus par les mêmes forces, ni par les mêmes raisons.

Féminisme vrai (2)

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Céans, plutôt que de me répandre en longs discours, je me contenterai de livrer à votre expertise de lecteurs d’élite* une petite curiosité glanée sur le net.

Il faut que vous sachiez qu’il y a, depuis quelques temps, un drôle de young angry white man pseudo-nommé Steppenwolf qui pond sur le CGB des commentaires-fleuves d’un goût très particulier. On apprend sous l’article intitulé Révisionnisme Orgasmique qu’il vient d’ouvrir un blog. Celui-ci ne comporte pour l’instant qu’un seul article, qui concerne précisément le sujet qui nous intéresse, aussi je vous enjoins chaleureusement à aller le consulter : Ici .

Ce sera tout pour l’instant, à vous les studios.

(* je reprends cette terrible expression en la mémoire de quelqu’un que les réacosphériques de moins de 4 ans de blogging ne peuvent pas connaître… ^^)

Féminisme vrai (1)

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Fut un temps où je m’amusais simplement à écrire ici tout ce que je pouvais croire vrai, à un instant t, rien qu’en interrogeant ma conscience, et sans me soucier de la façon dont cela serait perçu, ou de si les propos que ma conscience allait me pousser à tenir étaient ou non choquants ou même répréhensibles… J’aimais cela : non pas forcément pour l’art d’avoir raison, mais simplement pour celui d’évaluer ma conscience… Je voulais éprouver la qualité morale de ce en quoi mon expérience de la vie m’avait amené à croire… Je voulais voir également si entre les multiples certitudes en apparences opposées que j’avais pu avoir à des époques différentes, en des périodes de temps assez éloignées, je voulais voir s’il n’y avait pas la possibilité d’établir des ponts entre tout ça… Je voulais voir si j’étais vraiment aussi multiple et incohérente que je pouvais le paraître aux yeux de certains – qu’aujourd’hui j’appelle les profanes ^^ – car j’avais l’intuition folle qu’en dépit de mes plusieurs virtualité (et de mon sexe féminin), comme tour un chacun, je n’étais qu’un.

On a donc pu lire autrefois sous ma plume des choses assez provocatrices… J’étais un peu désespérée aussi, j’étais fondamentalement seule – une jeune adulte désœuvrée trainant depuis trop longtemps dans sa chambre d’adolescente – ce qui faisait que je n’avais peur de rien. Je ne demandais alors que des sensations fortes et de l’aventure. Le respect de moi-même était une chose qui ne me touchait pas. Quand on n’a que soi-même sur qui veiller, de qui prendre soin, on est finalement bien peu de choses. Il a fallu que la bonne santé et l’honneur d’autres personnes en viennent à dépendre des miens, pour que je retrouve enfin le sens de ma propre dignité que le désœuvrement et le mépris de moi-même m’avaient fait perdre.

En ce temps-là j’écrivais donc des choses dangereuses. Mais que je m’en foutais ! Vous savez, quand on passe son temps à parler dans le vide à des gens qui n’écoutent pas et qui prennent tout ce que vous dites pour du pipi de chat sans conséquence ni profondeur, la perspective de choquer quelqu’un, ou simplement de provoquer quelque remous, rien que par l’usage du langage, semble une perspective utopique, et même un Graal inespéré.

Récemment j’ai vu dans mes stats qu’il y avait un afflux de lecteurs sur l’un de mes vieux articles. La propriété c’est le viol. Tout d’abord je n’en ai rien eu à foutre, je me suis dit qu’il devait y avoir un troll qui linkait cette page comme un forcené, sur tous ses nombreux comptes Facebook… Dans un premier temps mon orgueil a parlé : « Et puis alors ? Quand bien même ? qu’ai-je à me reprocher ? »… Et puis je suis retournée me lire et j’ai eu honte. Pour ce qu’il y avait d’écrit à l’origine dans ce billet, j’aurais bien pu écoper d’un procès. J’ai imaginé que la personne dont je citais le nom se plaigne et je me suis vue retirer d’office mes propos avec de plates excuses. Je me suis trouvée tellement indéfendable rétrospectivement que finalement j’ai fini par supprimer moi-même l’article sans attendre qu’on ne me le demande. Je l’ai remis en ligne aujourd’hui (quatre années et un jour plus tard très exactement – hasard rigolo) après y avoir ménagé quelque corrections.

Ce n’est pas du tout du fonds de l’article dont je rougis aujourd’hui, mais simplement de l’attaque perfide ad-hominem qu’elle contenait à l’époque. Franchement bas.

En ce qui concerne le sens profonds des propos que je tiens dans ce vieil article, puisqu’à la première lecture ils peuvent paraître un peu sibyllins, je m’en rends compte également aujourd’hui, j’ajouterai qu’il est contenu dans le passage suivant d’un autre de mes billet, intitulé : « C’est l’histoire d’un mec… ou pourquoi les femmes sont aussi bavardes » :

« Elle aurait voulu conclure en disant que tout cela démontrait qu’à l’origine de la recherche du mal en amour, contrairement à ce que croyaient les puritains, il n’y avait non pas l’amour du mal, mais l’amour du bien. Elle aurait voulu faire comprendre cela au monde : que l’amour n’était rien d’autre qu’une quête du sublime, et que le sublime ne pouvait passer que par la conversion du mal en bien, ce pourquoi cette quête nécessitait un passage dangereux, le passage à travers le mal, qui était un peu comme l’épreuve du feu de l’amour, d’à travers laquelle on ne ressortait jamais que cramé ou grandi. Elle aurait voulu tenir un puritain, là, devant elle, en avoir un à sa portée, pour lui expliquer que le mal en tant que tel n’avait jamais eu et n’aurait jamais aucun attrait intrinsèque, et qu’il était donc inutile et malsain de se focaliser sur lui comme sur une entité distincte, possédant sa puissance propre, alors qu’en vérité il tirait toute sa puissance du bien. Mais elle ne put pas faire cela.  »

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Pour approfondir le sujet de ces puritains qui décolorent le monde en noir&blanc, permettez-moi de vous renvoyer à : « Faire le point sur les égorgeurs du Levant« . Je vous copie-colle l’essentiel à retenir de cet article pour bien saisir mon point de vue sur les ferments (diaboliques! ~’*,,*’~) de notre société qui en quelque sorte « légitiment » le viol par derrière, tout en l’interdisant formellement par devant :

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En Occident, il y a des gens bien, […] et puis il y a toute une gangue de merde humaine autour de ceux-là, qui cherche comme une foule de cancres ligués contre une poignée de bons élèves, qui cherche de toutes ses force à les faire taire et à les étouffer. Une gangue composée d’espèces de « sceptiques » jaloux, qui ne vivent que pour prouver que la perfection n’est pas de ce monde, qui n’existent que pour décourager toute personne s’efforçant de faire au mieux, et de devenir meilleure que les autres… Ils agissent ainsi parce que les gens de bien leur font honte, sans doute… honte de leurs propres incapacités, de leurs propres erreurs.

La gangue de ceux qui se confortent les uns les autres dans l’idée qu’on ne peut rien attendre de bon de l’homme, voilà ce qui étouffe les âmes libres qui tentent de conserver leur intégrité.

Voulez-vous savoir quel dogmes par excellence correspondent à cette définition ? Que vous le vouliez ou non, moi je vais vous le dire. Ceux qui par excellence ne veulent pas croire qu’on puisse attendre quelque chose de bon de l’Homme*, ceux qui par excellence sont sceptiques et défaitistes vis-à-vis de l’Homme*, ce sont ceux qui ont en commun de lire la Bible au pied-de-la-lettre : les protestants, les juifs et les musulmans. CQFD.

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*Dans « l’Homme », j’inclus bien sûr la femme, puisque la femme appartient au genre humain.

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Vous remarquerez que la dernière phrase du texte sur les égorgeurs du Levant est un astérisque. Il y a beaucoup plus dans cet astérisque à mes yeux, qu’il n’y paraît aux vôtres. Je pense donc que l’astérisque en question mérite d’être en bonne et due forme développé.

Laissez-moi prendre un exemple médiéval de ce que les_gens(MarqueDéposée) des deux sexes – lectrices auto-proclamées féministes de Elle et Marie-Claire et bons vieux misogynes « à la Zemmour » confondus – tendent habituellement à penser de ce qu’est la femme :

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La bourgeoise de Bath est un des contes de Canterbury (XIVème siècle). Il narre l’histoire d’un chevalier condamné à mort pour avoir violé une jeune fille. Il obtient un sursis pendant lequel il devra découvrir ce que veulent les femmes. Après bien des aventures, il trouve enfin la réponse, les femmes veulent universellement dominer leurs maris et leurs amants :

« (…)Que Jésus nous donne
Des maris dociles, jeunes, actifs au lit,
Et la grâce de pouvoir surenchérir.
Veuille Jésus, aussi, raccourcir la vie
Des maris rebelles au règne de leur femme
Quant aux vieux grincheux, lents à la dépense,
Que Dieu leur fasse vite attraper la peste. »

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Pour ma part, si jamais j’ai le malheur de tomber dans mon entourage sur une femme qui pense de cette façon, je ne la prendrai absolument pas pour une femme libre… mais pour une immonde grognasse.

Les femmes ne sont pas exemptées de se comporter comme des êtres humains, c’est-à-dire de faire preuve de charité et d’empathie. Tout vrai féminisme devrait commencer par là : il ne s’agit pas de dire que les femmes sont des hommes comme les autres au sens où elles doivent porter elle aussi le pantalon, la pipe et la bite, mais au sens où : /On ne naît pas homme, on le devient/.

La phrase de Simone de Beauvoir : « On ne nait pas femme, on le devient. » est un immondice intellectuel sans nom. Elle exclut encore une fois, mine de rien, et sans y paraître, les femmes de l’humanité en supposant que ce que l’on est en droit d’attendre d’elles dans le ciel des idées est ontologiquement différent de ce que l’on est en droit d’attendre dans l’absolu des hommes.

Alors, bien sûr, le fait est que notre société attend des hommes qu’ils se soumettent à qui porte l’argent, à qui porte puissance, à qui consomme le plus et le mieux, et sait offrir les meilleurs accessoires (bling-bling en métal précieux ou bling-bling intellectuel) au statut social qu’il veut pour son égo. Notre société veut ainsi des hommes « libres » qui portent toutes sortes de bijoux (des colliers de chiens) sur lesquels on peut lire leur degré de compréhension amoureuse et soumise au système. Nous vivons dans une société où le winner est celui qui fait sienne – avec émerveillement et joie, s’il vous plaît ! – la devise suivante : « tout se transforme – même les vices et les tares -, tout a un prix – pourvu qu’on trouve acheteur -, tout se consomme – pourvu qu’on en crée le besoin -, tout se vend – le prix se négocie. »

Une femme qui entre dans ce moule a évidemment toutes ses chances de « winner » (verbe transitif). Et il n’est pas faux de dire que les femmes ont des capacités plus grandes que les hommes à entrer dans ce moule par les temps qui courent. La raison n’en est pas bien compliquée : on a ici affaire à un système qui demande des esclaves, c’est-à-dire des gens doués de mentalités serviles. La femme a été habituée à servir l’homme et à être considérée comme une mineure pendant des millénaires (voire des millions d’années) : elle a une facilité plus grande à adopter un esprit servile, c’est-à-dire à soumettre sa dignité et son esprit critique à un maître. Tandis qu’on éduque encore traditionnellement chez nous l’individu de sexe masculin pour qu’il devienne maître de lui-même, doué d’esprit critique et libre.

Dans notre monde, devenir l’égale des hommes, pour une femme, équivaut en gros à accéder à un statut de salarié-consommateur indépendant qui nécessite systématiquement (ou presque) un esprit servile. Or il est bien évident que le philosophe et l’humaniste ne peuvent vouloir pour l’être humain, c’est-à-dire pour l’homme comme pour la femme, d’une telle destinée servile. Ces exigences que ma société a à mon propre endroit, je ne les souhaite pas même à mon pire ennemi, (car elles ne pourraient le rendre que plus méchant).

Lorsqu’un esprit philosophique véritable, un humaniste au sens plein du terme, pose la question suivante : « Que devons-nous attendre des femmes ? », il me semble qu’il ne peut rien vouloir de mieux pour ses sœurs en humanité que de les voir développer elles aussi une certaine élévation intellectuelle et morale, une forme de grandeur dans le courage des idées et la puissance des sentiment, une certaine sensibilité esthétique, un certain sens de la tendresse et de vraies capacités de fraternité vis-à-vis de leurs semblables des deux sexes. Ce qui signifie, dans tous les cas, – et même s’il n’était encore question, pour l’humaniste, de rien de plus que de trouver femme à aimer, à courtiser, à épouser ou à peindre -, qu’on ne peut pas non plus vouloir pour les femmes qu’elle aient un esprit servile. Comme le montre le poème moyennâgeux préalablement cité, l’esprit servile est bas, utilitariste et méchant. Quel homme a-t-il intérêt à offrir son cœur à quelqu’un de vil, de bas, de méchant ? Les gens sans cœur ne savent que faire de celui des autres, et quand il leur est donné loisir de le déchirer ils ne s’en privent jamais.

Ainsi, on ne peut idéalement attendre des femmes autre chose que de leur voir développer à leur tour les qualités de cœur et d’esprit que l’on attend d’ors et déjà des hommes.

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[La suite au prochain article _ celui-là commence déjà à se faire long]

Raiponce à « Talents différents » (lol!)… #la_dépression_chélé_surdoués

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ICI : http://www.talentdifferent.com/la-depression-existentielle-par-james-t-webb-1184.html#comment-21765

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Mais arrêtez de vous la raconter ! Ce sont les gens normaux qui se sentent triste d’apprendre qu’ils vont mourir et que la vie est une chose absurde. Les autres sont les vraies aberration. On a un coeur et une conscience ou l’on n’en a pas. Que cela arrive tôt ou tard dans la vie, j’ai envie de dire, n’est-ce pas un peu la même chose ?

Je plains ces pauvres gosses qui ont une bouche pour dire la vérité et des yeux pour la voir, auxquels on refile toute cette « littérature » pseudo-scientifique de gonzesse farcie de dogmes freudiens, – c’est-à-dire d’a-prioris bourgeois sur lesquels on a fixé les cache-misères d’une novlangue -, des concepts symboliques dignes des heures les plus mystique de l’antiquité babylonienne… Bref je plains ces pauvres gosses qui se retrouvent en situation de devoir accepter la « compréhensivité » forcée de toutes ces femmes savantes, ces bourgeoises à lunettes, qui occupent la plupart du temps les postes confortables de psychologues pour enfants et d’éducatrices.

Mais que ces enfants leur disent une bonne fois pour toutes leurs quatre vérités, à ces réducteurs de tête, et qu’on les laisse à leur mélancolie pleine de sens, si l’on n’a rien à leur proposer en échange que de la « positivité » de mascarade à l’américaine et des solutions made in société du commerce, où tout s’exploite, tout se transforme, tout se vend.

Quand l’âme émet un cri, cela devrait au moins inspirer un peu de recueillement aux moutons qui paissent en paix sur la terre sans jamais se rendre compte de rien. La colère des êtres humains qui ont des yeux pour voir dans ce monde d’aveugles et de borgnes, où tout le monde se trahit sans cesse, se ment, et s’instrumentalise dans la joie et la bonne humeur, devrait au moins être suffisamment respectée pour qu’on ne vienne pas expliquer dans des livres qu’elle est une anomalie, une maladie ou je ne sais quoi de tel.

La supériorité morale est une chose qui existe. Mais nous vivons dans un monde qui entend tout niveler par le bas, c’est-à-dire par les instincts, le bas-ventre, les tripes. Et puis l’on n’a plus le droit de nos jours de prétendre que les gens soient inégaux à la naissance, n’est-ce pas ? Il faut faire comme si tous les êtres humains avaient la même valeur ! A partir de là comment voulez-vous que les êtres supérieurs ne soient pas suicidaires.

On dit : « Mais leur problème est qu’ils ont trop de potentiels, qu’ils ne peuvent pas réaliser tous ces potentiels. Un tel pourrait être peintre, astrophysicien, biologiste, violoniste et acteur, il ne peut pas faire tout ça. » On oublie qu’avec quelques connaissances historiques, on est parfaitement en mesure d’expliquer pourquoi aujourd’hui un Pic de la Mirandole, réunissant tous les savoirs et les savoir-faire de son époque en sa seule personne, est devenu impossible. Cela vient de la nature-même du savoir total dont est de nos jours dépositaire l’humanité : c’est devenu une masse d’informations sans commune mesure avec ce que c’était du temps de la Renaissance. Ce n’est pas la nature des hommes à la Pic de la Mirandole qui a changé, c’est la nature de la matière qu’ils ont à ingurgiter, qui s’est multiplié en quantité dans des proportions dantesques. Nous vivons une ère de l’hyper-spécialisation, ce qui en vient à quasiment interdire l’idéal qu’avait la Renaissance de l’Honnête Homme, ce dépositaire de tous les arts, de toutes les vertus, aussi bien matheux que poète, maîtrisant toutes les règles des proportions du beau classique, aussi bien en sculpture, qu’en peinture, qu’en musique. On pensait en effet du temps de Léonard de Vinci, en accord avec la tradition platonicienne, que le sens esthétique et le sens éthique étaient peu ou prou une seule et même belle chose, ce qui induisait que les meilleurs d’entre les hommes, ceux qui devaient diriger la cité, s’ils étaient doués de courage et de fermeté morale, ne pouvaient pas ne pas également posséder un sens accru du bon et du beau : ainsi, dans une telle vision, l’homme politique, le philosophe, l’auteur dramatique, l’amateur d’art, le théologien, le médecin des corps comme celui des esprits et de l’âme, le connaisseurs des cieux, des sciences naturelles et le poète, ne pouvaient qu’être ontologiquement une seule et même chose… simplement prise en ses multiples virtualités.

Mais nous sommes arrivés aux temps de la science-reine, et les liens sacrés qui tenaient jadis a-priori, dans toutes les sagesses populaires, toutes les sortes de connaissances intriquées entre elles sur le plan du sens (aka : la signification) comme sur celui des sens (aka : l’émotionnel, le domaine sensible), ont été distendus, puis rompus.

On considère aujourd’hui qu’on ne peut pas « sentir » la qualité d’une équation comme on sent l’arôme d’une fleur ou la qualité d’une pièce de chant ou de théâtre, et que le mathématicien est fondamentalement un être froid et absent au monde qui ne peut s’intéresser à la politique. Cela aurait paru absurde aux athéniens antiques, pourtant cette croyance, nous la considérons comme étant notre réalité. [Comme quoi la réalité, les évidences, changent selon les époques.]

Or il advient en effet que nos contemporains matheux, pour l’écrasante majorité d’entre eux, ne s’intéressent selon toute apparence ni à tout ce qui relève de l’éthique ni à tout ce qui de nos jours, dans notre société, est considéré comme relevant de l’esthétique. Mais cela n’est pas du tout parce que les mathématiciens ne seraient pas des personnes sensibles, ou auraient une émotivité gâtée. _ Les autiste, bien souvent, lorsqu’ils sont intelligents par ailleurs, et même surtout lorsqu’ils sont suprêmement intelligents, ne sont pas inémotifs, bien au contraire, ils sont simplement forcés de couper court arbitrairement à leur émotivité dans les cas où elle est ardemment sollicitée par le monde extérieur, parce qu’elle est précisément trop sensible, et qu’elle leur envoie des signaux trop puissants, déchirants car d’une intensité trop forte pour leurs nerfs. _ Cela n’est ainsi que parce que nous vivons dans une société toute névrosée, aux yeux de laquelle le sens des choses a été irrémédiablement morcelé, qui est en deuil du sens de la vie et de la légitimité à être de toute chose, et où l’on refuse à ceux qui ont des sens plus poussés que les autres, qui leur permettent de sentir des vérités inaccessibles aux autres (notamment cette vérité de l’insignifiance de toute chose dans la société matérialiste dans laquelle nous vivons), d’enseigner à la société autrement qu’en se ruinant le moral et la santé psychique dans des activités hyper-spécialisées qui les diminuent, les aliènent et les réduisent à des minuscules petites boites humiliantes, sans commune mesure avec la grandeur de leur être, qui ne demande qu’à s’informer et à nous informer au-delà.

Ce sont des ponts entre les matières, _des ponts !_, dont on a besoin, et non pas encore et toujours de creusements plus profonds, plus spécialisés, plus myopes, donc plus éloignés les uns des autres, à l’intérieur de matières anciennement sœurs qui ne communiquent désormais jamais plus entre elles.

Faire le point sur les égorgeurs du Levant, _ puisqu’il le faut.

Lu chez Woland :

Si H. L. Mencken avait su…

J’étais sur le point de remplacer la devise de ce blog par cette citation de Mencken que j’aime beaucoup et qui dit « tout homme normal doit, parfois, être tenté de se cracher dans les mains, de hisser le drapeau noir et de commencer à trancher des gorges »… Je me suis ravisé en réalisant que c’est exactement ce que les petits rigolos de l’Etat Islamique font.

Ils nous auront vraiment tout salopé ces enfoirés.

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Oui mais ils tranchent quelles gorges, ces débiles-profonds ? Les gorges de leurs pauvres, de leurs faibles d’esprits, de leurs coreligionnaires, des petits commerçants qui ouvrent leur devanture le mauvais jour, des dubitatifs de passage qui ont posé la mauvaise question, des bonnes femmes qui vont le nez au vent, qui sont tenues coupables d’avoir été désirées, de gens qui n’ont rien fait à part leur disconvenir ou désobéir à je ne sais quels préceptes religieux aberrants de leur cru… des préceptes au demeurant que je vois bien évoluer toutes les semaines en pire, au gré des décisions toujours plus arbitraires du Calife…

Qui sont ces égorgeurs du Levant ? Des gens qui veulent être Saigneurs à la place des Saigneurs, Tyrans à la place des Tyrans, Calife à la place du Calife, mais qui ne remettront jamais en cause l’injustice des mauvais gouvernements, ni la tyrannie en elle-même et pour elle-même.

Qu’ont-ils donc en commun avec nos révolutionnaires français ? – Nos révolutionnaires ont certes commis des crimes monstrueux, ils se sont certes vautrés dans le sang, mais souvenons-nous tout de même qu’ils l’ont fait mus par des intentions qui en grande partie étaient bonnes – et même naïves. Certes, l’enfer est pavé des bonnes intentions. Ça ne veut pas dire pour autant qu’il ne faille plus n’en avoir que de mauvaises…

Ces gens-là, au Moyen-Orient, lèvent le drapeau noir au nom de Dieu et contre l’humanité elle-même, au mépris de l’humanité qui est à l’intérieur d’eux-mêmes. Ils ne le font pas au nom de celle-là !

Que vaut-il mieux, des gens qui nient la possibilité-même de l’humanisme ? Ou des petites gens qui, à l’image de la grenouille, ayant à un moment donné voulues se faire plus grosses le bœuf, s’étant laissés aveugler par la lumière brillante mais trompeuse de concepts philosophiques très pointus – trop pointus pour eux -, en sont venus à commettre l’irréparable pour la seule dérisoire raison qu’ils avaient à un moment donné développé un espoir fou : rendre immédiatement le monde plus fraternel, plus juste, plus généreux, meilleur ?

Les islamistes sont des gens de l’obscurité, des obscurantistes, pas des partisans de la Lumière… ils ne se battent pas pour découvrir la vérité sur quoi que ce soit : pour eux il n’y a rien à découvrir, leur vérité étant une vérité révélée. Ils se moquent bien de ceux qui argumentent posément de ce qui est vrai et de ce qui est faux.

Il n’y aura jamais d’argumentaire qui tienne fasse à ces gens qui sont des brutes d’avant-la-parole.

Ces gens sont des gens qui croient qu’on peut avoir raison sans jamais réfléchir, ni réactualiser sa pensée, ni se poser des questions nouvelles : mais uniquement en suivant des règles (parfois totalement floues, et cependant indiscutables), écrites (mais mal écrites) dans un vieux livre à auteurs multiples qui ressemble à un patchwork, et dont la plupart des soit-disant vérités-révélés demeurent (pour les esprits encore vivants) sujettes à interprétations.

Ces gens ne vivent pas dans le réel mais dans un livre. Ils appartiennent aux origines obscures du monde, où la peuple n’écrivait pas, mais pensait que « tout était écrit ».

Ils ne veulent pas de la civilisation : ils combattent la civilisation. Ils ne veulent pas du progrès : ils croient toute possibilité de progrès humain impossible. Pourtant l’Histoire leur démontre qu’ils ont tort.

L’homme s’est parfois montré capable, au moins à échelle individuelle, d’échapper à sa « nature » profonde, qui était basse, et d’accéder à un vrai et moral libre-arbitre, de faire preuve de grands actes de bravoure sacrificiels et de grande générosité. L’homme est capable de travailler sur lui-même et d’accéder à un sentiment aigu de ce que serait une vraie noblesse d’âme !

Or ces gens et leur dogme religieux n’exploitent rien de ce qui est potentiellement grand, beau et généreux en l’homme, ils n’exploitent aucunement sa volonté de bien-faire : ils n’exploitent que ses pulsions les plus meurtrières et les plus mortifères. Ils n’exploitent en l’intellect-même de leurs partisans aucune véritable qualité : ils demandent uniquement à leurs plus grands supposés « savants » et à leurs étudiants les plus assidus, de faire preuve d’une infinie soumission à la « Vérité Révélée », c’est-à-dire qu’ils ne leur demandent rien d’autre que la servilité intellectuelle la plus crasse.

Quel rapport y-a-t’il entre eux et le Waldgänger qui, persécuté par un monde de faux-semblants où des illusions dangereusement spirituelles se font passer pour la Vérité (où même des illusionnistes retirent son droit de Cité à la Vérité, par pure vanité, par pure envie), se réfugie dans l’ombre pour y préserver de la vulgarité générale, de la méchanceté, une Connaissance supérieure, inaccessible au vulgus pecum bestial ?

Quel rapport y-a-t’il entre le djihadiste et le Loup des Steppes de Hermann Hesse ? L’un veut tout saloper à n’importe quel prix… Quand l’autre ne sait juste comment sauvegarder ce qu’il a de plus précieux – sachant que tout ce qui est vraiment précieux est vulnérable et fragile ! – et s’arme comme il peut contre une meute de moutons anthropophages qui l’assiège. Des millénaires d’évolution les séparent !

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Lu chez Culturalgangbang :

Le porno de masse

Le porno, aujourd’hui, ne sert plus à bander mais à ricaner, à discuter, à socialiser… ou à faire de l’art. Sorti du placard où l’on planquait les cassettes VHS, il est partout et n’est plus choquant, ni transgressif, ni même excitant… il a tristement envahi le quotidien pour devenir « amusant ». On en rit à une tablée de collègues, hommes et femmes confondus, sans que gêne ou confusion n’affleure.

Le porno est devenu inoffensif, c’est-à-dire normal. Il faut en rire, et notamment avec les femmes. Personne ne doit s’en offusquer. Surtout pas elles. Et alors qu’elles se disent « blessées » par une publicité de femme-objet ou « outrées » par les conceptions d’un Zemmour, elles ne doivent pas voir comme oppressant qu’un collègue mâle leur mette sous le nez une vidéo où elles avalent un pénis jusqu’à la garde.

A l’heure de l’égalité des sexes, l’homme et la femme font partie de la même bande d’amis, boivent des bières ensemble et sont en quelque sorte de simples « potes » qui baisent… Alors pourquoi pas partager le hard ?

[…]

La diffusion générale du porno doit permettre à ces femmes d’intéruioriser ce qu’il convient d’offrir aux hommes. L’environnement imprégné de porno exerce une certaine pression sociale pour se normaliser. A la fin, l’homme de Cro-Magnon n’aura plus à traîner la femme par les cheveux pour l’emmener satisfaire ses envies : c’est elle qui lui tendra sa crinière. Elle se comportera comme une traînée pour mieux ressembler à Rihanna.

Mais bien sûr, ne le dites pas : vous seriez affreusement pudibond, puritain, moralisateur… Voire même on vous reprocherait de vous mêler des affaires des autres. Chacun est libre. Si vous n’aimez pas, vous n’avez qu’à ne pas regarder.

Porno grand public. Porno de masse. C’est cela qui menace la dignité et le respect de la femme, bien plus que le port du voile ou le sexisme soi-disant omniprésent.

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« Porno grand public. Porno de masse. C’est cela qui menace la dignité et le respect de la femme, bien plus que le port du voile ou le sexisme soi-disant omniprésent. »

D’accord pour dire que le sexisme est loin d’être omniprésent dans notre société. Même si par bien des aspects, bien des féministes sont misogynes, car elles (et ils) détestent profondément la féminité (et même en ont peur). Le féminisme pèche en ce qu’il équivaut souvent à une haine de la féminité à l’intérieur de la femme, et à une politique systématique d’éradication d’icelle, dans une perspective de « virilisation » et d’endurcissement de l’individu féminin. Les féministes sont rarement des gens très sentimentaux, vous observerez par vous-même… Bien des hommes ayant une certaine façon-de-voir puritaine, bien des hommes ayant peur de la féminité, ayant été élevés comme pour faire de bons petits curés, trouvent leur compte dans le féminisme, qui peut être employé par eux comme une façon d’ « hygiéniser » la femme en la rendant plus semblable à l’homme, donc perçue par eux comme moins « dangereuse ».

En réalité les hommes (des manipulateurs et des faibles, en général) qui ont peur de la Femme et qui ne demandent qu’à l’assujettir et à la museler pour qu’elle prenne moins de place, trouveront toujours une façon d’arriver à leurs fins. Le féminisme est pour eux une arme supplémentaire. Hier en Occident; les femmes étaient assujetties surtout physiquement à la « loi du phallus » (mais on peut dire sans risque de se tromper qu’en leur for intérieur beaucoup étaient plutôt libres – car elles se savaient dans les fers). Aujourd’hui, un nombre considérable d’entre elles le sont psychiquement, car elles identifient mal où se trouvent les sources réelles de leurs diverses aliénations – le plus souvent elles participent elles-même activement à ces divers dogmes qui les aliènent – et d’autant qu’elles ne se méfient pas, car elles se croient libres (la bonne blague!).

C’est à l’aune de telles constatation que certains musulmans prétendent que le voile « libère » la femme. Une telle affirmation peut paraître idiote à première vue, c’est-à-dire vu de l’extérieur, mais il faut rendre à César ce qui lui appartient, il y a tout de même une logique interne à l’œuvre là-dedans. Les musulmans font partie de ces hommes à la fois « manipulateurs et faibles » qui ont peur de la femme, car ce sont (tout comme les protestants et les juifs) des puritains, des gens avides de pureté, qui cherchent à « hygiéniser » la vie. Leur solution pour remédier à leur peur de la féminité est toute simple : considérant que la féminité est dangereuse pour l’homme et par extension pour la société, c’est-à-dire qu’elle est à proprement parler un « monstre », ils ont décidé qu’il valait mieux éviter de la « monstrer » en place publique, où de toute façon elle était en danger de mort, car exposée à la juste vindicte des hommes et de la société, et qu’il valait mieux à tout prendre, pour lui conserver une existence, la « mettre à l’ombre », la cacher, comme on cache un produit toxique dans un bocal ou comme on cache dans des vêtements ses parties intimes. En quelque sorte, le musulman dit aux femmes : « Pour vivre heureuses, vivez cachées ».

Si le musulman avait raison, il devrait s’ensuivre une chose toute simple : ses femmes non seulement devraient être effectivement heureuses, mais aussi et surtout (ce dont serait assez facile de s’assurer à mon avis si c’était effectivement le cas), devraient être des parangons de féminité. Selon le principe du musulman, sa femme, en étant conservée « intacte » dans sa féminité sous le voile, est censée être plus ontologiquement « Femme » que la femme-qui-fait-l’homme de l’Occident. Or, que voit-on, lorsque les « voilées » s’expriment ? On voit des femmes qui n’ont pas l’habitude peut-être de soigner leur apparence et de se surveiller en public, en tout cas des femmes en général très arrogantes, avec des voix de crécelles, parlant fort et ne sachant pas se tenir, disant tout haut sans pudeur certaines choses fort intimes ou susceptibles de choquer ou blesse… C’est là mon œil d’observateur qui transcrit ses sensations, rien de plus. Mais je fais confiance curieusement à mon œil d’observateur.

La vraie féminité épanouie, supposément « dangereuse », si elle existe et n’est pas qu’un mythe, il faudrait sans doute se la représenter sous la forme d’une odalisque au bain : cette rêverie d’Orient typiquement romantique de chez nous. … Indolence, douceur, « eau qui dort », esprit à-demi ensommeillé, présence presque surréaliste d’un rêve en marche lente, aimable félin aux griffes rentrées, fille de Poséidon en liaison directe et involontaire avec des forces primordiales qu’il faut flatter pour ne pas qu’elles se déchaînent…

Depuis quand n’a-t-on pas vu venir d’Orient ce genre de fille-là ?

Le voile islamique ne semble donc non seulement pas une solution, mais plus encore il semble bien être un mensonge lui-aussi. Une hypocrisie de plus au service de la haine et de la vantardise des idéologues.

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Voulez-vous savoir ce qu’est le mal de l’Occident ?

En Occident, il y a des gens bien, il y a des gens qui ne demandent qu’à apporter leur humble petite contribution, à apporter leur petite pierre à l’édifice civilisationnel, pour la beauté du geste, et par foi en la civilisation, il y a des gens qui pensent bien et droit, qui aiment le bon-sens, sans arrière-pensée, qui ne sont mus que par des bonnes intentions et qui réfléchissent toujours aux conséquences de leurs pensées et de leurs actes.

Et puis il y a toute une gangue de merde humaine autour de ceux-là, qui cherche comme une foule de cancres ligués contre une poignée de bons élèves, qui cherche de toutes ses force à les faire taire et à les étouffer. Une gangue composée d’espèces de « sceptiques » jaloux, qui ne vivent que pour prouver que la perfection n’est pas de ce monde, qui n’existent que pour décourager toute personne s’efforçant de faire au mieux, et de devenir meilleure que les autres… Ils agissent ainsi parce que les gens de bien leur font honte, sans doute… honte de leurs propres incapacités, de leurs propres erreurs.

La gangue de ceux qui se confortent les uns les autres dans l’idée qu’on ne peut rien attendre de bon de l’homme, voilà ce qui étouffe les âmes libres qui tentent de conserver leur intégrité.

Voulez-vous savoir quel dogmes par excellence correspondent à cette définition ? Que vous le vouliez ou non, moi je vais vous le dire. Ceux qui par excellence ne veulent pas croire qu’on puisse attendre quelque chose de bon de l’Homme*, ceux qui par excellence sont sceptiques et défaitistes vis-à-vis de l’Homme*, ce sont ceux qui ont en commun de lire la Bible au pied-de-la-lettre : les protestants, les juifs et les musulmans. CQFD.

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*Dans « l’Homme », j’inclus bien sûr la femme, puisque la femme appartient au genre humain.

Causer à Futura_Science

Walter White, à la pointe du traitement contre le cancer...

Walter White, à la pointe du traitement contre le cancer…

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En surfant ce matin on est tombé sur un article de Futura Science. On a eu envie d’y répondre… On se sait pas, on a peut-être une chance d’y être lu, peut-être même d’aider quelqu’un, enfin, de servir à quelque chose… Non pas qu’on ne serve à rien IRL… Mais enfin on a toujours rêvé de faire quelque chose de sa plume… On n’est pas qu’un mammifère, hein… On est aussi une bête à plume… Un ornithorynque, vous dites ?

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Voici l’Article :

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Les dépressions à répétition sont neurotoxiques

Les personnes qui ont connu au moins deux épisodes dépressifs exécutent plus lentement des tâches cognitives courantes nécessitant attention, concentration et rapidité. D’où l’intérêt de prévenir les rechutes dans cette maladie « neurotoxique ».

[…]

Ce sont les conséquences de ces rechutes à répétition qui inquiètent les médecins et chercheurs. S’il est maintenant prouvé qu’il existe un ralentissement psychomoteur chez les personnes déprimées (c’est d’ailleurs l’un des critères de diagnostic de la maladie), rien n’indiquait jusqu’alors que cette altération pouvait persister après l’épisode dépressif.

Des performances altérées à partir de deux dépressions

Pour en savoir plus, des chercheurs de l’Inserm ont mené une étude chez plus de 2.000 patients ayant connu entre un et plus de cinq épisodes dépressifs au cours de leur vie. Afin d’évaluer leurs capacités cognitives, ils ont mesuré la rapidité à exécuter un test simple (le TMT : Trail Making Test) qui consiste à relier des cercles numérotés et placés dans le désordre sur une feuille. Le test a été effectué deux fois chez chacun des patients : pendant l’épisode dépressif, puis six semaines après, alors qu’une bonne partie de ces patients était en rémission complète (sans aucun symptôme dépressif résiduel). Les résultats paraissent dans la revue European Neuropsychopharmacology.

Juste après une première dépression, le temps nécessaire pour réaliser ce test est de 35 secondes. Ces performances sont à peu près identiques chez les personnes qui ont subi un second épisode dépressif. Pour les personnes qui ont dans leurs antécédents trois épisodes dépressifs ou plus, ce temps se rallonge considérablement, et ce même chez les sujets rétablis (1min20 au lieu des 35 s).

« Plusieurs autres variables sont potentiellement explicatives (âge, niveau d’étude, activité professionnelle…) mais si on ajuste les paramètres, nos résultats restent extrêmement robustes » précise Philip Gorwood, qui a mené cette étude (Unité Inserm 894  « Centre de psychiatrie et neurosciences », Clinique des maladies mentales et de l’encéphale – CMME, Centre hospitalier Sainte-Anne).

… ETC.

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Et voici ma RAIPONCE :

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Bonjour, je viens d’ouvrir un compte à Science&Vie car je souhaite participer à ce topic.

Si l’on postule que la dépression consiste en une sorte d’abaissement/de ralentissement de toutes les défenses naturelles de l’organisme (ce qu’il est facile d’observer chez les rats qui ont subi un traumatisme, par exemple), il n’est pas étonnant qu’on constate chez l’homme qu’une baisse de la réactivité immunitaire s’accompagne d’une baisse de la réactivité intellectuelle.

Mais l’homme n’est pas (qu’)un rat, n’est-ce pas ? Pascal a dit, avec une certaine poésie, que l’homme était « un roseau pensant ». Ainsi, pour que chez l’homme le corps exprime quelque chose de l’ordre du « je ne veux plus vivre », il faut nécessairement qu’en amont l’esprit ait en quelque sorte renoncé lui aussi à se battre. L’esprit, chez l’homme, est une force beaucoup plus active que chez le rat – n’importe quel psychanalyste sera d’accord avec moi à ce sujet.

Je voudrais faire remarquer une chose toute simple : lorsque nous répondons à une énigme (les test de QI sont, vous remarquerez, essentiellement composés d’énigmes) et par extension lorsque nous acceptons de relever des défis (ce que les anglo-saxons désignent sous le terme générique de « challenge »), nous nous mettons alors dans des dispositions d’esprit particulières qui sont des des dispositions à proprement parler de « combat ».

En quoi consiste-donc le problème – immunitaire comme intellectuel – des dépressifs, sinon en ce qu’ils se refusent en quelque sorte à « entrer en combat » contre diverses forces extérieures qui les agressent/contre divers systèmes de pensée étriqués qui les aliènent ?

Lorsque les forces extérieures qui nous agressent sont simplement des polluants physiques ou des « radicaux libres », il est loisible de penser que l’homme n’a aucune raison raisonnable de renoncer à se battre. Mais lorsque les forces qui aliènent l’esprit humain et le contraignent à ravaler constamment sa colère sont simplement les forces de l’ordre ou plus encore la pression sociale (a.k.a la pression du groupe, le fait de « vouloir s’intégrer »), alors il faut prendre en compte une donnée nouvelle : c’est alors la Civilisation elle-même (c-à-d les devoirs inhérents au statut de citoyen, de père ou de mère de famille, d’employé.. etc) qui contraint l’homme à s’asseoir sur son orgueil, ses justes revendications, son honneur, son esprit critique, c’est-à-dire à s’asseoir sur son auto-préservation-même !

Si la dépression peut être observée chez les rats, va-t-on pour autant demander aux rats de « verbaliser » leur traumatisme ? Plus encore va-t-on leur demander de s’allonger sur un divan pour réfléchir à la dernière fois où il leur semble qu’ils ont désiré leur mère ?

Il me semble plutôt qu’on a montré en laboratoire que les rats évacuaient leur stress de préférence en s’attaquant les uns les autres (et non en se faisant des bisous). Une expérience à eu lieu à ce sujet, dont les résultats sont lisibles sur votre site, où l’on a vu que les individus-rats confrontés à un stress important, lorsqu’ils étaient laissés seuls dans une boite vide pour l’affronter, développaient toutes sortes de maladies, car leur défenses immunitaires baissaient. Tandis que ceux qui étaient mis en groupe face au même stress, réussissaient à évacuer ce stress (et donc à conserver leurs défenses immunitaires en bon état de marche) en s’attaquant les uns les autres.

Sur le plan épistémologique, le complexe d’Oedipe et les autres mythes freudiens, sont +/- du même ordre que les concepts symboliques « pré-pensés » que nous fournissent l’astrologie ou le Tarot, pour nous représenter ce qu’est un homme. S’il y a en effet des nourritures terrestres pré-mâchées (qu’on appellera notamment de la junk-food), pourquoi n’y aurait-il pas des nourritures intellectuelles pré-pensées ?

Ce sont des mythes consolateurs, ils peuvent avoir une certaine fonction rassurante, ils peuvent permettre à des gens qui doutent du bien-fondé de ce qu’ils font et de la valeur de leur personne, de se raconter des petites histoires à propos d’eux-mêmes qui redonnent un semblant de linéarité discursive (voire une certaine densité héroïque) à leur existence. Mais redonner à des gens qui doutent trop un certain nombre de certitudes imaginaires à propos d’eux-mêmes revient au final à faire le même exact job que n’importe quelle religion.

Certes, le placebo est une technique scientifique, néanmoins je ne suis pas sûre que prendre systématiquement des sornettes pour des médicaments le soit.

L’homme en effet a besoin pour « défendre son bout de beefsteak » (comme on dit), d’avoir confiance en lui-même et en sa propre valeur. Or depuis quand au juste préfère-t-on demander aux hommes de « croire » a-priori en leur propre valeur, plutôt que d’en faire la preuve ?

En effet, qu’est-ce qui convaincra mieux un homme de sa propre valeur ? Une petite histoire bien tournée concernant : les circonstances particulières de sa naissance / ce qu’on a voulu pour lui dans son enfance / la façon dont on l’a aimé ? Ou bien des preuves objectives de sa « valeur » intrinsèques qu’il aura données en agissant bien ? Ou bien la possibilité sur un « champ de bataille » objectif de se battre avec courage pour prouver sa valeur ?

J’entends par « champ de bataille » non forcément quelque chose qui ressemble au champ de bataille des rats (qui se mordent et se déchirent aveuglément les uns les autres) mais potentiellement un champ de bataille typiquement humain : c’est-à-dire un champ de bataille intellectuel, social, politique.. etc.

Peut-être même l’homme stressé (et même malade de son stress) a-t-il besoin de quelque chose qui ressemble à une enquête policière résolue… Car l’homme qui souffre par-dessus tout d’être enfermé par la société dans une petite boite, dans sa solitude métaphysique, dans sa petitesse, est celui qu’on prive d’exploiter la part de lui-même qui a le plus besoin de grandeur, d’espoir, de confiance, de beauté… Ainsi, cet homme-là a besoin par-dessus tout de Justice et de Vérité. Or qui par excellence fait la lumière sur les vilaines obscurités et sur les crimes, qui venge le faible, la victime, et découvre les méchants, sinon l’enquêteur de police, sinon le « Sherlock Holmes » ? [Cf : le commentaire d’un autre intervenant ici – très éclairant à cet égard.]

On dit que la quête d’Oedipe est une quête qui ressemble à une enquête policière – mais n’oublions pas qu’Oedipe est avant tout un roi – la pièce originale de Sophocle s’appelle en effet Oidipous Tyrannous -, et un roi qui enquête à propos de lui-même, c’est-à-dire sur son nombril. L’homme qui perd espoir a certes par-dessus tout besoin, en règle générale, de vérité et de justice… Mais n’a-t-il besoin de vérité et de justice qu’à propos de lui-même – et de son nombril ? – Parce que l’homme n’est pas seulement un rat, cela n’est pas certain.

Il y a deux grandes méthodes pour accéder à la vérité : la religieuse, et la scientifique. La première nous propose simplement de croire, la seconde nous demande d’avoir le courage de faire 1+1=2, c’est-à-dire de déterminer si telle proposition est vraie et si telle autre est fausse, selon des critères objectifs, qui sont les critères de la Logique.

Laquelle est la plus satisfaisante – laquelle repose mieux le cœur et l’esprit – selon vous ?

Merci à ceux qui auront eu le courage de me lire jusque là. A bientôt peut-être.

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Ca y est ! J’ai déjà deux mecs (un modo et un habitué) qui sont en #mode_offensif contre mon intervention.

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CES GENS SONT LAMENTABLES

– Si vous voulez assister à une joute mémorable entre moi et des cons, vous savez où cliquer :

Les dépressions à répétition sont neurotoxiques

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Serait-il donc à ce point révolutionnaire, de penser que les gens d’aujourd’hui, qui sucrent leur café aux anxiolytiques, ont besoin de défis et d’exaltations à la hauteur de leur idéalisme ? Au XXe siècle ce furent les idéologies (Rouges contre Capitalistes) qui permirent aux gens de s’ « engager » et de combattre au nom de leurs idéaux, au XIXe ce furent les diverses guerres civiles, la religion et la littérature qui remplirent cet office… Aujourd’hui comment peut-on penser que les pseudo-« challenges » débiles que fournissent aux gens la société du spectacle, la société du tout-marchandise et le jeu politique pipé, suffisent  à remplir un tel vide ?

Il faut bien comprendre que c’était-là tout le fond de mon propos.

Évidemment, qu’ils deviennent lents et mous du bulbe, les gens, soumis à un tel régime ! Crise après crise, l’envie de vivre diminue et tout le reste – intellect premier – suit. Cela coule de source.

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Ca n’est quand même pas bien difficile de voir que je me livre à ce genre de petits jeux de shoot’em up rhétorique afin de soigner ma dépression, merde !

… Le truc c’est que je suis la preuve vivante que ça fonctionne. CQFD

Sad Sade

Ma façon de penser, dites-vous, ne peut être approuvée. Eh, que m’importe! Bien fou est celui qui adopte une façon de penser pour les autres! Ma façon de penser est le fruit de mes réflexions; elle tient à mon existence, à mon organisation. Je ne suis pas le maître de la changer; je le serais, que je ne le ferais pas. Cette façon de penser que vous blâmez fait l’unique consolation de ma vie; elle allège toutes mes peines en prison et j’y tiens plus qu’à la vie. Ce n’est point ma façon de penser qui a fait mon malheur, c’est celle des autres.

A. F. de Sade (Novembre 1783)

Marrant. Ces propos de Sade me rappellent ceux de ce bouffon et faire-valoir que j’ai créé tantôt dans l’un de mes articles… Vous savez, celui qui disait :

« Pourquoi donc s’acharner ainsi à vouloir convaincre les autres en discutant ? Comme vous le savez, je vais rester sur mes positions, et vous sur les vôtres… »
« Pourquoi les gens cherchent-ils toujours à avoir raison ? Que m’importe à moi si j’ai tort ? Je m’en porte fort bien !« 

A ce faire-valoir, on répondait la chose suivante :

« Personne ne parle jamais pour avoir tort et si les hommes n’avaient aucune prétention à la vérité, ils ne parleraient tout simplement pas, ils n’auraient même jamais développé l’usage de la parole. »
« Si l’on doit parler, ce n’est pas pour plaire à autrui bien sûr, c’est d’abord pour se plaire à soi-même, parce qu’on a des valeurs ! Avoir des valeurs, c’est défendre une cause noble. Quelle cause est plus noble que celle de la Vérité ? Quelle cause plus ignoble que celle du mensonge ? Si je parle, c’est parce que je me sens obligé, au nom de mes valeurs, de défendre la Vérité. Si je parle, c’est parce que je suis bien persuadé d’avoir raison. D’ailleurs, persuadé n’est pas un bon mot. Je ne suis pas persuadé au sens où il s’agirait d’une croyance. J’ai raison : c’est un fait. Quand on a raison, c’est toujours un fait. Et c’est parce que c’est un fait que c’est démontrable, et c’est parce que c’est démontrable que je m’attache à le démontrer. Voilà, j’ose le dire : je parle parce que j’ai raison. Et si je croyais que j’avais tort, ou si vous parveniez à me prouver que j’ai tort, je ne parlerais plus.« 

Sade reproche-t-il à autrui de lui faire des reproches, parce qu’il est heureux en ayant tort ? C’est absurde ! Rien que faire reproche à autrui de faire des reproches à autrui, est déjà stupide et contre-productif… [« Il est interdit d’interdire », belle morale, ô combien enrichissante !] Quant à se plaindre de ce qu’on lui dise qu’il ait tort… – comment peut-il s’en plaindre s’il l’admet déjà tacitement lui-même ? On ne peut se plaindre des accusations d’autrui, lorsqu’ils nous disent que nous avons tort, que lorsqu’on est persuadé soi-même d’avoir raison. Si l’on a renoncé à avoir raison, on n’a normalement plus à se soucier ni à se plaindre de ceux qui y prétendent encore… les sages ne nous font plus aucune ombre, quand on a renoncé à toute sagesse, me semble-t-il…. Enfin, ce que je dis est tellement évident,… crève tant et tant les yeux… c’est bien à cause de cela qu’on n’y vient jamais. Les plus grandes évidences sont – d’après mon expérience – les plus difficiles à faire admettre. Les gens aiment les paradoxes boiteux, ça les amuse… Mais 1+1=2, ça les angoisse, ça leur donne la nausée.

Un homme qui n’est heureux que dans la transgression, doit bénir chaque jour que Dieu fait les flics de la pensée qui lui permettent de penser. N’était-ce pas d’ailleurs-là tout ce qu’essayait de nous transmettre Sade ? Alors mon vieux, quoi, l’on flanche ? l’on en a assez des réprimandes, des reproches et des coups ? l’on n’est plus à la hauteur de sa propre posture existentielle ?

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Quelle est-elle, pour schématiser, l’alter-morale du marquis de Sade ?

En quoi consiste-t-elle, sinon à donner une explication simple du monde, et plus encore manichéenne (en tout point comparable à celle des hérésies gnostiques) fondée sur le principe suivant :

« TOUT DESIR PROCEDE D’UNE TRANSGRESSION, AINSI TOUTE LOI N’EXISTE QUE POUR APPELER LE DESIR, EN APPELANT LA TRANSGRESSION. »

Je comprends qu’une telle morale binaire rassure. Elle est rassurante comme un texte de loi coranique. Une fois qu’on possède cette loi en tout point comparable à la loi d’Archimède, on peut vivre à l’intérieur sans être troublé. Qui désire vivre sans être intellectuellement troublé ? Celui qui est fainéant du point de vue intellectuel. Celui aussi qui n’est pas vraiment chrétien, car l’esprit chrétien peut se résumer à l’écartèlement moral permanent.

A présent, sous vos yeux ébahis, je vais invalider la loi ci-dessus énoncée.

Comment prouverai-je que tout désir, tout amour, ne procède pas systématiquement d’un désir de transgression et d’un amour de la loi à travers la transgression de la loi ?

Eh bien prenons comme support à notre analyse l’acte sexuel transgressif par excellence, celui qui ne peut exister que dans le cadre de la pré-existence d’un « non », d’un refus catégorique, d’une absence d’assentiment. Quel est cet acte sexuel qui n’a jamais lieu qu’après un « NON! » ? C’est le viol bien sûr.

Celui qui prend plaisir à violer les femmes, est celui qui n’a du plaisir que lorsque les femmes elles-même n’en ont pas. Son plaisir à lui procède du déplaisir de l’autre.

Nous sommes-là au-delà du champ des rapports Sado-maso, qui supposent chez celui ou celle qui adopte le rôle de la victime un assentiment préalable, et même une forme de jouissance à jouer ce rôle-là. Ce qui sous-tend que dans les rapports sado-maso, les victimes n’en sont pas vraiment : il s’agit d’un mensonge, d’une dramaturgie, visant à reproduire les conditions d’un rapport sexuel transgressif, mais qui n’est pas réellement transgressif puisqu’à la base le rapport sado-maso repose sur un contrat.

Qui dit contrat dit non-viol.

Le viol, la torture au premier degré, avec une victime non-consentante, est donc le seul type de rapport ontologiquement transgressif. Le reste n’est que comédie.

Dès lors, une fois ceci posé, peut-on encore faire valoir la loi sadienne primordiale selon laquelle il ne pourrait y avoir de désir et de plaisir véritable que dans la cadre d’une transgression ?

Si c’était le cas, le rapport sexuel où l’une des deux parties n’a pas donné son consentement devrait être le rapport sexuel le plus jouissif possible.

Or ce n’est pas le cas. Techniquement, un rapport sexuel où l’un des deux partenaires n’a pas de plaisir sera toujours moins fort, plus décevant, qu’un rapport sexuel où les deux parties y trouvent leur compte.

Il faut donc déduire de cela que le fait que l’action sexuelle se déroule dans un cadre transgressif rend souvent la chose excitante non pas parce qu’elle sépare les deux amoureux, mais au contraire parce qu’elle les sépare du monde, parce qu’elle les isole ensemble, contre le reste du monde et contre la loi, dans une intimité totale et compréhensible d’eux seuls.

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Il faut donc en déduire que les amours transgressives qui plaisent aux gens qui ne sont pas des pervers – des pervers, c’est-à-dire des jouisseurs solitaires -, ne leur sont non pas plaisantes uniquement parce qu’elles vont à la rencontre d’un interdit préalable – comme par exemple un rapport adultérin va à l’encontre de la loi bourgeoise -, et ne nourrissent pas leur désir exclusivement de la posture transgressive en elle-même et pour elle-même, mais ont besoin que se développe en parallèle à ce premier mécanisme, un second mécanisme qui l’invalide partiellement pour que le plaisir soit complet. Ce second mécanisme consiste pour les amoureux isolés dans une attitude transgressive commune, à systématiquement créer une nouvelle loi valable pour eux-seuls, ou plutôt valable universellement (car toutes les lois du monde se désirent universelles) mais obéie et correctement appliquée d’eux-seuls, contre le reste du monde. Cette seconde loi est bien-évidemment la loi de l’amour. Les couples d’amoureux emblématiques que sont Tristan et Iseult ou encore mieux, Héloïse et Abélard, sont des illustrations archétypiques de ce phénomène.

Ce second mécanisme, parallèle au premier évoqué par De Sade, et qui le complète tout en invalidant son omnipotence, c’est un mécanisme paradoxal, car il suppose que tout couple tenté d’enfreindre les lois pour satisfaire son amour, ne pourra se contenter seulement de le vivre « hors-la-loi », ou du moins s’il acceptera volontiers de vivre « hors-la-loi » aux yeux du monde, ce ne sera jamais que dans la certitude secrète que lui-seul, le couple de l’amour, a raison contre la terre entière. Et c’est cette certitude-là, d’avoir secrètement « raison » d’aimer, (au nom du Dieu d’amour, au nom de l’Esthétique, au nom de la haine de l’hypocrisie, au nom du bonheur, que sais-je) contre les raisons raisonnantes de la bourgeoisie ou des prêtres ou des bien-pensants, qui cimentera l’amour des hors-la-loi. De sorte que ce n’est pas la transgression pure que désire jamais le plus profondément l’amoureux, mais au contraire la re-création et la re-lecture de la Loi Eternelle, c’est-à-dire la re-fondation d’une sorte de Temple Véritable du Dieu de l’Amour, plus légitime et plus philosophique, que celui des bourgeois.

Conclusion : l’Amoureux ne veut pas supprimer la fonction de prêtre, il ne lutte pas vraiment contre les « Gentils » non plus, il se prétend juste meilleur prêtre que les prêtres et posséder mieux l’ « esprit » de la gentillesse que les supposés « gens gentils ». Dès lors, c’est une lutte d’influence, une rivalité autour du même enjeu – à savoir le droit de dicter la loi -, dont il est question entre lui et les « bourgeois ». Car ne peut y avoir pour celui qui est seulement coupable d’aimer, de plaisir à être puni pour cela. Il ne peut que trouver cela injuste.

Celui qui en revanche prônera la supériorité en toute chose du plaisir purement transgressif, c’est-à-dire du plaisir volé, du plaisir du viol, qui est un plaisir pris au mal d’autrui, non-amoureux, solitaire, celui-là ne peut que se féliciter d’être haï et maltraité : celui-là est un pervers, c’est donc à la fois tout ce qu’il mérite et tout ce qu’il recherche. Les pervers gagnent à être persécutés. Ce pourrait être la seconde loi cachée dans l’œuvre de De Sade.

« Happenings » récents sur le web

Sur le « Moi » et la quête du bonheur :

http://amiralwoland.wordpress.com/2014/06/16/doit-on-tout-faire-pour-etre-heureux/#comment-38754

Sur l’Art Contemporain :

http://www.culturalgangbang.com/2014/06/enfin-sortir-de-la-jungle.html?showComment=1402994442002#c5431414659498033878

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Sans rapport avec les sujets… qu’est donc A MOY QUE CHAULT devenu ?!

Il nous manque.

S’il pouvait donner de ses nouvelles…
…là, dans les commentaires, par exemple..

…’vais essayer de les rouvrir (ce qui ne semble pas aller de soi avec WP) : les avais à nouveau fermés.