La petite graine à mâcher lentement

 

21-06-2011

Un fou me disait : « Le monde est absurde ! Ca y est, je l’ai compris : je ne pourrai plus jamais rire. »

Je lui répondis que s’il avait appris à en rire, il serait devenu sage… Mais il ne m’écouta pas parce qu’un fou n’est jamais sage… Par définition.

Le fou a l’impression de découvrir… mais il ne découvre pas, à proprement parler : il se contente de redécouvrir un fonds commun, une bibliothèque présente en chacun de nous ; ce que Jung appelait l’Inconscient collectif. Le fou accède seulement à son inconscient, or l’inconscient d’un homme n’est jamais fondamentalement étranger à celui des autres hommes.

[Contrairement à l’idée reçue – cette idée reçue selon laquelle les fous (comme sont les autistes ou les schizophrènes), en tant qu’ils sont prisonniers de leur inconscient, ne peuvent pas communiquer – il existe aussi des voies de communication entre les hommes qui utilisent ce fonds-là. Cela advient notamment lorsque les hommes font l’expérience d’une rencontre avec le Tabou, comme dans la Tragédie antique… (Oedipe-Roi ou Antigone ne sont-ils pas à proprement parler des « fous » ? … des fous que leur ascendance divine et leur sang royal autorisent exceptionnellement à exposer les « raisons » de leurs folies respectives sur la place publique et à donner le change à leur société ?)… – Mais pourquoi devrait-on forcément limiter les interactions entre le « fonds inconscient » et le monde objectif à ce triste et extrême cadre-là ? (- à savoir : le « clash », le scandale… la révélations monstrueuse de l’origine des interdits…  a.k.a l’Apocalypse.) Par exemple dans l’amour, il est bien-évident que les hommes et les femmes n’en restent pas aux politesses, au « small talk » et aux superficialités du « monde social » ordinaire, mais bien plutôt qu’ils utilisent ces modalités banales de la conversation comme des moyens de « se faire signe », c’est-à-dire d’échanger des signaux qui appartiennent à la « grammaire » des infra-sphères inconscientes… Partant de ce constat, on peut supposer que bien des conversations, bien des échanges – et qui sortent largement de l’étroite sphère amoureuse – et pas seulement oraux, mais aussi écrits, et par extension artistiques -, dépassent le strict cadre de l’échange positif entre les « conscients », et relèvent – avec, plus souvent qu’on le croit, une certaine part de volonté et même de recul critique de la part des protagonistes – du dialogue concerté entre des inconscients qui se découvrent avec complaisance – via l’usage de symboles, de signaux, « en se faisant signe » – leur « fonds commun ».]

A la vérité, les sages de toutes les contrées ont toujours su, et de tous temps, que le monde pris tel qu’il était, en lui-même et pour lui-même, si l’on rejetait toute métaphysique, si l’on interdisait le recours à la transcendance, si l’on admettait possible l’inexistence de Dieu, n’avait pas de sens profond. C’est sans doute la raison première de la déchéance dans l’alcool de la nation Indienne d’Amérique après la colonisation européenne : les Indiens aimaient la nature, certes, mais pas la-nature-pour-la-nature. Il leur fallait garder en vie le culte de leurs Dieux pour pouvoir continuer à aimer la nature. Paradoxalement. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il a toujours été évident à celui qui se donnait la peine de se poser toutes les questions essentielles – or quel enfant n’en a pas eu la tentation ? – que l’observation passive du monde créé, le fait que « ce qui est » soit, en tant que tel, ne lui fournissait aucune réponse définitive. Lorsque nous désirons apprécier la nature seulement pour le fait qu’elle existe, hors du cadre « partisan » humain, c’est-à-dire hors du cadre « aliénant » – mais aussi structurant – de ce dialogue conflictuel/amoureux millénaire qu’en tant qu’hommes (mais aussi en tant que bêtes) nous entretenons avec elle, elle perd d’office toute désirabilité… Elle devient une sorte de point d’interrogation, une bêtise. C’est-à-dire que le fait que le monde soit, n’a en soi, si nous ne l’interrogeons pas (car l’interrogation introduit un biais), aucun message particulier à nous transmettre. Cette pensée primitive coule tellement de source qu’il est évident que les premiers hommes n’ont inventé Dieu que pour pallier justement à l’assourdissant silence de la nature concernant ses intentions-propres, et que les sages ne viennent jamais se confronter à nouveau – toujours aussi douloureusement – à cette difficile vérité-là, que pour se rendre une fois de plus à l’évidence Pascalienne de la nécessité absolue de l’invention d’une « intention première », c’est-à-dire de la nécessité de Dieu.

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La question n’est pas tant de savoir si le fou a raison ou tort, mais de savoir si sa folie lui permet encore de reconnaitre ses torts lorsqu’il en a, et s’il a la force humaine de porter son propre savoir lorsqu’il a accédé à une connaissance qui dépasse le commun des mortels.

Le problème des fous qui sont dans ce dernier cas (bien que plus souvent ils cumulent les deux faiblesses) est le suivant, bien connu des amateurs de romans initiatiques : il y a un cap à passer dans l’accession à la Grande Connaissance qui suppose qu’on soit confronté à la toute-puissance révélée de ses propres instincts bestiaux. En un mot, l’aspirant Grand-Homme, lorsqu’il se croit justement tout près du but, se révèle enfin à lui-même dans toute son insoupçonnée noirceur et se trouve sujet à de grandes tentations. Des forces de violence insoupçonnées – des forces animales et primitives – se font jour en lui-même et demandent à s’emparer de son esprit alors qu’il se croyait justement sur le point d’entrer en pleine possession de ses moyens, de devenir le maître de son propre destin et de sa propre volonté [NB : Nietzsche dont c’était le but ultime, n’y parvint jamais].

Ce phénomène bien-connu est notamment rapporté au sujet de Jésus dans la Bible [- C’est Satan en personne qui vient à lui lorsqu’il s’isole (seul face à lui-même) sur la montagne.] Le christianisme croit fondamentalement que les plus méritants d’entre les hommes, – les plus saints – sont ceux qui recèlent en eux-mêmes les plus grands démons, et qui les ont vaincus. L’Héroïc Fantasy utilise couramment cette « image d’Epinal » comme un ressort dramatique (notamment la trilogie du Seigneur des Anneaux, quand Gandalf the Grey devient Gandalf the White en combattant – seul, face à lui-même – le démon le plus primitif, qui est aussi le démon le plus dangereux). Mais cette conception n’est pas exclusive aux religions du Livre. C’est aussi en quelque sorte un poncif chez les bouddhistes (cf : la vie de Siddhartha). Les Indiens d’Amérique n’étaient pas étrangers non plus à ce phénomène et les chamanes d’Amérique du Sud s’en font écho. Les Manga japonais remplis de guerriers qui se retirent sur la montagne avant donner libre court à toute la sanguinarité de leur soif de vengeance ne sont qu’une extension de plus de cette vision-là.

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Mépris du peuple

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Nos démocratie ont fini par donner le pouvoir à des gens totalement dépourvus de noblesse (et ici j’entends noblesse au sens exclusif de : noblesse d’âme). Nous sommes gouvernés par des intelligences de garçons de café et des vertus de tenanciers de bordel, secondées par des comptables myopes en ce qui concerne la logistique, une bande de mange-merde, de lâches, de gagne-petit, de ratiocineurs séniles, et de crétins. Il n’y a même pas à discuter là-dessus : c’est un fait.

N’est-ce pas précisément la conséquence du mépris de cette noblesse d’âme pour ce qui relève de l’exercice du pouvoir, de la technique, et du commerce? (Prolo de la Lite)

Non. Les nobles commerçaient, concevaient des mécanismes, les faisaient construire, menaient les hommes à la guerre, bâtissaient, etc. Posséder un nom et quelques valeurs symboliques à défendre n’a jamais empêché personne de vouloir bien employer son argent.

Ce sont les commerçants, au pouvoir aujourd’hui, dans la société commerçante dans laquelle nous vivons, qui croient que l’argent possède en lui-même et pour lui-même une justification, justification qui le dispenserait d’avoir à servir autre chose que les appétits des particuliers, même les plus bas et surtout les plus bas, avec une indifférence globale, nivelante par l’estomac, pour le monde et tout le monde. Ce sont eux les premiers qui offrent aux masses imbéciles et vulgaires le pouvoir de donner le la en matière de mode et de normes existentielles. C’est le populo qui absorbe comme une éponge la production de masse des denrées industrielles, c’est donc lui qui décide dans notre monde de ce qui se vendra et de ce qui ne se vendra pas – de ce qui aura droit de cité et de ce qui ne l’aura pas. Or comme dans notre monde on ne croit plus qu’en ce qui se vend… la vraie démocratie, la plus pure, la plus diluante, la plus égalitaire donc la plus indifférente à l’homme dans ce qu’il a de plus haute dignité, c’est la société du commerce qui l’a créée.

Le gros populo se satisferait moins de la merde qu’on lui sert s’il avait le choix d’autre chose. (Kobus van Kleef)

Cet « autre chose » dont il a besoin, si le gros populo était vraiment aussi intelligent qu’on le dit, eh bien il le créerait lui-même.

Parce que dans une démocratie le peuple ce n’est pas les autres, le peuple c’est moi, c’est vous, c’est eux, c’est nous, c’est tout le monde.

Mais personne n’a les couilles, dans ce monde où tout le monde a de quoi grailler, de cesser de penser à la fin du mois, à son épargne, au petit café au lait du lendemain matin, au sucre roux qu’on a ou pas oublié d’acheter, et de commencer à vivre comme si le jour qui vient était le dernier, avec l’urgence aux trousses de donner un sens à la vie, sans assurer ses arrières. Personne n’a plus les couilles de faire « le pas de côté », aujourd’hui, pas même les plus désespérés, les plus miteux, à qui ça ne coûterait rien, pas même ceux qui n’ont rien à perdre parce qu’ils n’ont pas d’enfants.

Que voulez-vous produire de bon avec un peuple aussi bassement matérialiste que celui-là ?

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Ô choir ! Ô se laisser subjuguer ! Perdre la tête… C’est cela que le citoyen-épargnant postmoderne devrait accepter de faire pour redevenir un homme.

C’est cela à quoi aspirent la féminité, la dévotion, l’amour d’aimer, pour elles-mêmes et pour autrui : « Ô sentir la raison ployer et tomber à genoux ! – dans le rire, l’épouvante, l’admiration, le plaisir, la volupté, les larmes ! »

Cet abandon, auquel l’homme résiste, la femme et le fou y vont d’eux-mêmes. C’est leur pente naturelle. Et voilà pourquoi dans une société où tout le monde est forcé de penser de façon bassement matérialiste pour survivre, seules les personnes ayant conservé un grain de folie ou d’inconséquence, comme les femmes hystériques, les têtes brûlées, les grands enfants, les illuminés, les idiots, conserveront à la fin des fins le brin d’insouciance du lendemain et de liberté intérieure qui sont consubstantiels à la résistance d’une humanité à l’intérieur de l’homme.

Oui, mieux vaut avoir des troubles de la personnalité que pas de personnalité du tout. Et le mouvement d’humeur irrépressible, le cri inaudible, le rire solitaire incompris, à tout prendre, valent quand même mieux que l’absence totale de sentiment de soi – de sentiment de sa propre existence – face au puits sans fond de la bassesse qu’est ce monde.

Ah, voir un jour un homme, un vrai, lâcher prise, s’abandonner un peu à ce qui est bon en compagnie de ses contemporains… comme cela, sans calcul, sans réfléchir. Et ses contemporains le suivre… comme l’enfant qui résiste au sommeil et qui finit par céder. C’est cela à quoi nous aspirons tous secrètement. Mais la possibilité de cet instant béni, la possibilité d’un abandon commun dans la chaleur humaine, dans la beauté partagée, l’émulation gratuite, enfin ouverte par un homme courageux, un aventurier généreux des sentiments, et qui serait bon, dénué de désir de vengeance, ni rien à nous vendre, cela devient totalement improbable de nos jours… Et cela devient improbable parce qu’une telle possibilité est constamment barrée par le fait que nous prenons chaque jour davantage de risques – d’être rabaissés, offensés, humiliés, qu’on profite de notre naïveté, de notre vulnérabilité – lorsque nous nous livrons enfin à cœur ouvert à nos frères de condition, aussi bien qu’à un inconnu. L’art du ménagement, de la tractation, s’est répandu partout dans les relations humaines, l’ avarice la plus sordide est la norme, la mesquinerie paranoïaque un pré-requis. Et cela parce qu’on a remplacé les lois du commerce humain qui étaient basées sur la nécessité du don, par les lois du commerce des choses, qui est basé sur la nécessité du gain.

Ce qui est ontologiquement bon ? Sentir qu’il existe quelque chose de plus grand et de plus fort que soi. Et que cette chose vous protège au lieu de vous tuer. Cela vous communique secrètement à l’âme une joie qui est parente avec la confiance en Dieu. Dans un monde libéral/commerçant, celui qui abandonne sa vigilance à autrui, par amour, par admiration, par joie de s’offrir tout entier, par impatience de rencontrer un maître –  celui qui choisit de laisser sa confiance entre les mains de plus fort, de plus beau que lui, par admiration pour la force et pour la beauté en elle-mêmes et pour elle-mêmes – parce qu’il aimerait qu’un jour quelqu’un, s’il voyait en lui force et beauté, fasse la même chose pour lui – celui-là se fait piller et massacrer, et on rit de sa pauvre innocence ! Ce généreux, ce courageux débonnaire, ce serviteur de ce qui nécessite d’être servi, ce serviteur d’un ordre moral supérieur, au lieu de le remercier, on l’appelle désormais un couillon, un raté, un faible et un imbécile.

Quelques petits extraits d’ambiance – Journal des Goncourt, vol.1

Je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous mon plaisir. Bonne lecture. :)

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Un grand malheur de notre vie laborieuse, c’est que le travail ne nous absorbe pas; qu’il produit bien chez nous une espèce d’hébètement, mais qu’il ne nous enferme pas en lui, dans une sorte de renfoncement que ne percent ni les ambitions de la vanité ni toutes les blessures de la vie.

Quelles oppositions d’existence dans ce Paris ! Quels extrêmes !  Des existences de vif-argent et des existences d’escargots ! Il y a des originaux qui y vivent plus claquemurés, plus momifiés qu’à Nuremberg.

Plus j’étudie le XVIIIe siècle, plus je vois que son principe et son but étaient l’amusement, le plaisir – comme le principe et le but de notre siècle est l’enrichissement, l’argent.

Le soir, première représentation à l’Ambigu d’une pièce où il y a une noyée, que l’on voit, dans l’eau, descendre, remonter, se débattre : c’est le truc de l’asphyxie ! L’avenir est aux machinistes.

Je lis aujourd’hui, en passant faubourg Montmartre, sur une devanture d’un cordonnier : A l’extinction du paupérisme. Cela m’a paru assez sublime, comme enseigne. Mettre sur une boutique quelque chose comme le titre d’un article de Baudrillard, comme une question de l’Académie des sciences morales et politiques, c’était réservé au XIXe siècle.

CONSEILS AU JEUNE LITTERATEUR
_17 mai_.--On ne conçoit que dans le repos et comme dans le sommeil de
l'activité morale. Les émotions sont contraires à la gestation des livres.
Ceux qui imaginent ne doivent pas vivre. Il faut des jours réguliers,
calmes, apaisés, un état bourgeois de tout l'être, un recueillement
_bonnet de coton_, pour mettre au jour du grand, du tourmenté, du
dramatique. Les gens qui se dépensent trop dans la passion ou dans le
tressautement d'une existence nerveuse, ne feront pas d'oeuvres et auront
épuisé leur vie à vivre.

Entre l’Apollon du Belvédère et un cul de jatte, il n’y a pas la moitié de la distance qu’il y a entre les intelligences, d’un bout de l’échelle à l’autre.

Les églises jésuites du XVIIIe siècle ont tout l’air de maisons à éléphants.

Moi, envieux ? Je ne suis pas si modeste que cela.

Je fais le bien, parce qu’il est un grand seigneur qui me paye pour cela, – et ce grand seigneur, c’est le plaisir de bien faire.

«Et pour l'amour, mon Dieu, ce que nous exigeons de la créature humaine!
Nous demandons à nos maîtresses d'être à la fois des honnêtes femmes et
des coquines. Nous exigeons d'elles tous les vices et toutes les vertus.
Le plaisir donné par la femme jeune et belle, nous ne le savourons pas
complètement. Nous avons une maladie dans la tête. Les bourgeois ont
raison... mais être raisonnable... est-ce vivre!»

Célestin Nanteuil nous dit cela, pendant que nous nous promenons devant
les sphinx en plâtre de sa petite maison.

J’ai eu, dans ma famille, un type de la fin d’un monde, – un marquis, le fils d’un ancien ministre de la monarchie. C’était, quand je l’ai connu un beau vieillard à cheveux d’argent, rayonnant de linge blanc, ayant la grande politesse galante du gentilhomme, la mine tout à la fois bienveillante et haute, la face d’un Bourbon, la grâce d’un Choiseul, et le sourire toujours jeune auprès des femmes. Cet aimable et charmant débris de cour n’avait qu’un défaut : il ne pensait pas. De sa vie je ne l’ai jamais entendu parler d’une chose qui ne fût pas aussi matérielle que le temps du jour ou le plat du dîner. […] Il avait une vieille livrée, une vieille voiture, et un vieux nègre qu’il avait rapporté des colonies, où il mena joyeuse vie pendant l’émigration : ce nègre était comme un morceau du XVIIIe siècle et de sa jeunesse à côté de lui. Mon parent avait encore les préjugés les plus inouïs. Il croyait par exemple que les gens qui font regarder la lune, mettent dans les lorgnettes des choses qui font mal aux yeux, etc., etc. Il allait à la messe, jeûnait, faisait ses pâques. A la fin du carême, le maigre l’exaspérait : alors seulement il grondait ses domestiques.
Il demeurait dans tout cet homme quelque chose d’un grand principe tombé en enfance. C’était une bête généreuse, noble, vénérable, une bête de cœur et de race.

Le Jéhova de la Bible, un Arpin. Le Dieu de l’Evangile, un Esope onctueux, un politique, un agent d’affaires à consultations gratuites et bienveillantes.

Le monde finira le jour où les jeunes filles ne riront plus aux plaisanteries scatologiques.

Les filles de Gautier ont un charme singulier, une espèce de langueur orientale, une paresse et une cadence des gestes et des mouvements, qu’elles tiennent de leur père, mais élégantifiées par la grâce de la femme ; des regards lents et profonds, ombrés de l’ombre de longues paupières ; un charme qui n’est pas français, mais mêlé à toutes sortes de choses françaises, de gamineries un peu garçonnières, de paroles masculines de petites mines, de moues de haussements d’épaules, de mépris, d’ironies montrées avec les gestes parlants de l’enfance, qui les sortent et en font des êtres tout différents des jeunes filles du monde. De jolis petits êtres très personnels, dont se dégagent les antipathies et les sympathies, comme à la première heure ; jeunes filles qui doivent être mal jugées, qui apportent dans le monde la liberté et la crânerie d’allure d’une femme qui, dans un bal masqué, a le visage caché par un loup ; jeunes filles au fond desquelles on perçoit une certaine candeur, une certaine naïveté, une expansion aimante et généreuse qu’on ne trouve pas chez les autres.

JOURNALISME

_Lundi 18 mai_.--La Brasserie des Martyrs, une taverne et une caverne de
tous les grands hommes sans nom, de tous les bohèmes du petit journalisme,
d'un monde d'impuissants et de malhonnêtes, tout entiers à se carotter les
uns aux autres un écu neuf ou une vieille idée... A propos d'un duel né là,
le commissaire de police du quartier disait à Busquet; «Comment, ce
monsieur se bat avec cet homme! Mais quand on est insulté là, il faut
prendre un couteau et tuer l'insulteur, la police ne s'en mêlera pas!»

Pour arriver il faut enterrer deux générations, celles de ses professeurs et celle de ses amis de collège : la génération qui vous a précédé et la vôtre.

Qu’est-ce que le droit ? Le contraire du fait.

La propriété littéraire, la moins légale des propriétés, parce qu’elle est la plus légitime.

Rose nous parle d’une femme saine sur tout le reste, folle sur un point : elle se croit immortelle. Quand elle apprend une mort : « En v’la un qui est bien heureux de pouvoir mourir! »
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Rose a rencontré aujourd’hui la charbonnière achetant une demi-livre de beurre chez la crémière. On sait que le beurre est le savon des charbonniers. Cette demi-livre, la charbonnière l’achetait pour sa petite fille qui va mourir et qui a demandé «à être débarbouillée pour le paradis».

POMPES FUNEBRES
--Un gendre introduit près de son beau-père qu'on vient d'embaumer, et
s'étonnant de le trouver plus grand que de son vivant. L'embaumeur
tranquillement: «Oh! ça allonge toujours!» Puis l'embaumeur prend le nez
de l'embaumé, et le rabat de chaque côté, pour en faire voir la souplesse.
Cauchemar du gendre, la nuit, voyant des milliers de têtes dont le nez est
ainsi tourmenté par des mains au bout de bras n'appartenant à personne.»

Sous Louis-Philippe, Forgues, s’épanchant, lui confia que le parti d’Arago était décidé à le guillotiner s’il arrivait ; ça leur coûtait parce que c’était un bon garçon, mais le motif était qu’il était un corrupteur du peuple.

En regardant autour de moi les choses de mon salon, je pense à ceci : les goûts ne naissent pas, ils s’apprennent. Tout goût demande une éducation et un exercice, c’est une bonne habitude ; et quand je vois mon portier admirer, en fait d’ameublement, l’or le plus cru, la forme la plus grosse, la couleur la plus bruyante, vous voulez que je croie que le beau est un fait absolu et que les choses exquises de l’intelligence sont à la portée de tous ?

La charbonnière de notre rue est fort scandalisée. Elle a envoyé, ces jours-ci, pour la première fois à confesse sa petite fille de huit ans. Le prêtre lui a recommandé deux choses : de ne pas chanter le MIRLITON, la chanson des rues du moment, et de ne pas regarder les statues de femmes nues qu’elle pourrait avoir sous les yeux chez ses parents. La singulière façon de faire entrer l’âme d’une petite fille dans la notion de Dieu ! Et la belle illusion de ce confesseur, qui prend la tanière d’un attelage de porteurs d’eau pour une succursale du Musée secret de Naples [–> Musée qui renfermait alors les collections érotiques provenant des fouilles d’Herculanum, NDLA].

Ce temps-ci n’est pas encore l’invasion des barbares, c’est l’invasion des saltimbanques.

LE CORPS MELANCOLIQUE

--Les civilisations ne sont pas seulement une transformation des pensées,
des croyances, des habitudes d'esprit des peuples, elles sont aussi une
transformation des habitudes du corps.

Vous ne trouverez plus sur les corps modernes les attitudes grandies et
raidies à Rome par la vie à la dure, en beaux gestes longs et tranquilles,
en poses héroïques à larges tombées de plis. Comparez une sculpture
antique, cet éphèbe, assis d'une manière théâtrale sur un siège de fer, à
ce jeune seigneur crayonné sur une chaise aux pieds tors par Cochin.
Voyez-le ce dernier: il est assis de face, les jambes écartées, la tête de
profil rejetée un peu en arrière et regardant de côté, le coude gauche
appuyé sur un genou, et la main montant en l'air, où elle joue inoccupée.
C'est d'un charmant, d'un coquet, ce seigneur: on dirait un homme rocaille,
mais ce n'est pas vraiment le même homme que l'éphèbe romain.

Eh bien, nos corps à nous, nos corps d'anémiés, avec leur échine voûtée,
le dandinement des bras, la mollesse ataxique des jambes, n'ont ni la
grande ligne de l'antique, ni le caprice du XVIIIe siècle, et se
développent d'une manière assez mélancolique sous le drap noir étriqué.

L’homme peut échapper à la langue qu’il parle. La dépravation, le cynisme des expressions déprave toujours la femme.

Le grand signe de la fille tombée à la prostitution, c’est l’impersonnalité. Elles ne sont plus une personnalité, mais une unité d’un troupeau. Le moi disparaît d’elles, c’est-à-dire la conscience et la propriété de soi, à ce point que dans les bordels, les filles prennent indistinctement avec les doigts dans l’assiette de l’une et de l’autre : elles n’ont plus qu’une âme à la gamelle.

Les plus fins trousseaux de femmes, les chemises de noces des filles apportant 600 000 francs de dot, sont travaillés à Clairvaux. Voilà le dessus et le dessous de toutes les belles choses du monde ! Il y a des jours où les dentelles me semblent faites avec des larmes de femmes.

FREAKS

--Opération césarienne faite ces temps-ci, à la Maternité, par Mme
Charrier, sur une naine qui avait voulu avoir un enfant du géant de la
troupe.

Lagier rentre, en costume splendide de Marguerite de Bourgogne, traînant sa graisse et sa majesté, portant sa gorge et sa jupe. Elle se met à se déshabiller. « Faut-il serrer cela? » dit sa bonne, une petite Anglaise qu’elle appelle Jetty, qui trotte comme une souris et qui marche sur moi, assis à terre, tant le canapé, les chaises sont encombrés de débris de costumes, de morceaux de royauté et de l’envergure de la Lagier, qui répand ses tripes et son cul. « Je m’en fous », dit Lagier.
La voilà en chemise, puis en simple corset. Elle passe ses aisselles – un bonnet à poil – à la société, puis s’assied sur moi, me passe des langues : « Je te trouve froid… » Allume une cigarette, s’assied en officier sur une chaise, montre son genou, enflé par un rhumatisme et s’écrie : « Ah ! je ne sais pas ce que je donnerais pour aimer quelqu’un ! Je voudrais me passer la main dans les cheveux et me dire : j’aime ! Mais je ne puis pas me dire cela et me regarder dans une glace, sans que ma conscience ne m’éclate de rire au nez ! »
Elle se frotte, en disant cela, contre l’un, contre l’autre : « J’ai eu, aujourd’hui, une envie de tirer mon coup, j’en ai pleuré ! Je me suis branlée trois fois en me servant de ma main droite pour mener ma main gauche. » Et elle va de l’un à l’autre, se rejetant sur Edmond qu’elle appelle « un grand resucé« , sur Flaubert, sur moi à qui elle dit : « Toi, tu baises dans des coins une femme du monde lymphatique. » Et elle finit par nous dire à tous trois, après ses avances de Pasiphaé : « Ah, tenez ! vous êtes des modernes, tous les trois!… Je t’assure, pourtant, je serais une affaire, cette nuit ! Ce serait le meilleur coup que tu aurais tiré… »
Imaginez Suzanne entre les trois vieillards ; ou plutôt, la cabotine cynique, une sorte de vache hystérique, les sens de la tête et du cul montés par le rôle de Marguerite de Bourgogne, voulant se payer un peu de chair fraîche, de la TOUR DE NESLE en imitation, demandant des hommes, allumée par la prose de Dumas, les tirades, les quinquets, l’incarnation crapuleuse du personnage qu’elle vient de jouer ! Quelque chose d’effroyable, de répugnant, de glacial ! Elle avait l’air d’une ogresse faisant le trottoir…

Histoire d’un ivrogne qui va dégueulant par tout son chemin, et à chaque fois qu’il dégueule, il répète : « Je te vendrai, je te vendrai ! » Ca intrigue un monsieur qui le suit et lui dit :
« A qui en avez-vous ?
– Je te vendrai, dit toujours l’ivrogne.
– Mais qui ça ?
– Eh bien mon cul ! Puisque je chie par la bouche, je n’en ai pas besoin. »

DANDY ! ♥ 

_5 mars_.--Charles Blanc, à l'ARTISTE, en train de reprocher à Théophile
Gautier, avec force coups d'encensoir, de mettre tout au premier plan dans
ses articles, de ne laisser ni repos ni parties plates, de tout faire
étinceler.

--Voyez comme je suis malheureux, dit Gautier, tout me paraît plat. Mes
articles les plus colorés, je trouve ça gris, papier brouillard. Je fous
du rouge, du jaune, de l'or, je barbouille comme un enragé, et jamais ça
ne me paraît éclatant. Et je suis très embêté, parce que, avec ça, j'adore
la ligne et Ingres... Mon opinion sur Molière, vous voulez l'avoir, sur
Molière et le MISANTHROPE. Eh bien, ça me semble infect. Je vous parle
très franchement: c'est écrit comme un cochon!

--Oh! peut-on, blasphémer ainsi! s'écrie Charles Blanc.

--Non, Molière je ne le sens pas du tout. Il y a dans ses pièces un bon
gros sens carré, ignoble. Molière, je le connais bien, je l'ai étudié, je
me suis rempli de sa pièce typique LE COCU IMAGINAIRE, et pour essayer si
j'avais l'instrument bien en bouche, j'ai fait une petite pièce, LE
TRICORNE ENCHANTÉ. L'intrigue, nous n'en parlons pas, n'est-ce pas, ça n'a
pas d'importance; mais la langue, mais les vers, c'est beaucoup plus fort
que Molière. Pour moi, Molière, c'est Prud'homme écrivant des pièces!

--Il ose, il ose dire cela du MISANTHROPE! fait Charles Blanc, se voilant
la face des deux mains.

--Le MISANTHROPE, reprend sans s'émouvoir Gautier, une véritable ordure...
Je dois vous dire que je suis très mal organisé d'une certaine façon.
L'homme m'est parfaitement égal. Dans les drames, quand le père frotte sa
fille retrouvée comme les boutons de son gilet, ça m'est absolument
indifférent, je ne vois que les plis de la robe de sa fille. Je suis une
nature _subjective_... Oui, je vous dis ce que je sens. Après ça, ces
choses-là, du diable si je les écrirai. Il ne faut pas diminuer les
chefs-d'oeuvre consacrés. Mais le MISANTHROPE...

Toute cette canaillerie des hommes qu’on marchande et qu’on achète, Renan et autres, vient de la diffusion de l’éducation. Des gens sans fortune, sans traditions de famille, qui ont du talent et de l’esprit ; c’est là ce qui alimente le marché des corruptions.

En France et partout, on secoue tous les préjugés religieux et politiques : on tue un Roi, on siffle un Christ. Mais les préjugés littéraires et artistiques, qui les secoue ? Qui, sauf nous, arrive sans admiration préconçue devant un tableau signé d’un grand nom, valant un grand prix ? Qui oserait trouver bête et en bois ce stupide TAUREAU de Paul Potter, un tableau estimé 800 000 francs ?

Sans doute, au XIXe siècle, la religion est une convention, mais une convention comme la justice, sans laquelle la société ne peut vivre. Quel est l’homme intelligent qui croit à la justice ? Quel est celui qui ne la respecte pas extérieurement ?

* * *

LA HOLLANDE (jouissif)

Un pays où tout est d’accord, d’ensemble, fatal et logique. Des hommes, des femmes qui sont laids non comme l’homme, mais comme le poisson, qui ont des yeux de poisson, des têtes de poisson, un teint de poisson séché, qui tiennent du phoque et de la grenouille ; de ces ébauches de figures qui se débattent dans les fonds d’Ostade. Une terre sortie de l’eau, véritablement bâtie, une patrie à l’ancre ; un ciel aqueux, des coups de soleil qui ont l’air de passer à travers une carafe remplie d’eau saumâtre ; des maisons qui ont l’air de vaisseaux, des toits qui ont l’air de poupes de vieilles galères ; des escaliers qui sont des échelles ; des wagons qui sont des cabines ; des salles de danse qui figurent des entreponts. Un sang blanc et froid, des caractères qui ont la patience de l’eau, des existences qui ont la platitude d’un canal ; une viande aqueuse. On dirait que la hollande est le paradis retrouvé par les castors de l’arche de Noé. Une patrie à l’ancre, des castors dans un fromage – voilà la Hollande.

Broek. – Petites ruelles dallées en briques sur champ ; ponts blancs sur les canaux, qui courent de toutes parts ; petites maisons en bois, peintes en blanc, en vert, en gris ; des haies de houx, des petits jardins remplis d’oreilles d’ours ; des étables reluisantes, où la queue des vaches est attachée en l’air ; des arbres peints en blanc jusqu’à six pieds, par propreté. Un pays qui donne envie de pleurer, comme la chambre d’une vieille fille.

Il y a ici des jardins qui semblent les Folies-Prudhomme, remplis de cygnes mécaniques, de chasseurs en bois, de curés en plâtre lisant un bréviaire, qui s’effeuille dans un temple grec, de vieilles femmes qu’on remonte dans le dos  et qui filent pour un florin, de flottilles sur les flaques d’eau, d’îles en corbeilles, où des lapins sont déportés, d’un tas de choses automatiques, qui semblent la vie à ces gens si peu vivants.

J’ai vu un autre jardin. Celui-là ressemblait assez à un petit jardin d’invalide industrieux. Il y avait au milieu une statue avec un Hollandais fumant, comme il y en a dans les débits de pipes : le capitaine des coraux, au-dessus d’un parterre de coraux bleus et blancs à dessins. […] des fleurs dans des pots du Japon ; un ménage de poupées, avec leur petit ménage, dans une boîte sous verre, sur un pied : c’était mortuaire, comme ces boîtes où l’on met  au cimetière les reliques des enfants morts. Un petit canal dormait au bout de cela, tout couvert de mousse verte.

Il me semble qu’ici, les morts, dans la tombe, doivent être plus morts qu’ailleurs.

Je suis réveillé, la nuit, par la grosse joie de la kermesse. C’est singulier les chansons à boire, ici, ressemblent à des psaume luthériens.

Les enfants jouent à laver, au lieu de jouer à jouer, ici.

Il n’y a point de goût dans l’art en ce pays. La Hollande semble avoir eu un Rembrandt par mégarde. J’ai vu chez M. Six un grand tableau à horloge !

C’est chez les peuples de commerce que j’ai vu le plus de misère dans les rues.

La Hollande a été surfaite. Ç’a toujours été une belle histoire pour les économistes, les républicains, les libéraux, les gens qui éprouvent le besoin de parler commerce ou liberté de conscience. Un thème qui a commencé à Diderot et qui a fini par les Esquiros, les Du Camp. Ce pays ressemble à un article de fond pour la REVUE DES DEUX MONDES. S’il était tout monarchique et tout catholique, je suis persuadé que personne ne le trouverait plus intéressant.

* * *

MALADIE LUXUEUSE

_Mercredi 27 août_.--Ces jours-ci, Edmond a eu une esquinancie, pendant
laquelle, lorsqu'il fermait les yeux, et sans qu'il dormît, se dessinaient
sur sa rétine des visions de rêves. Il se trouvait dans une chambre tendue
d'un papier tout ocellé des yeux d'une queue de paon, et sur ce papier,
comme illuminé d'une lumière électrique, bondissait, dans une élasticité
dont on ne peut se faire une idée, une levrette héraldique faite en ces
copeaux rubannés qu'un rabot enlève sur une planche.

Tout homme qui n’est pas persuadé d’avoir du génie, n’a pas de talent.

C’est étonnant comme la vie est hostile à tout ce qui ne suit pas la voie ordinaire, à tous ceux qui y échappent ou y résistent ; à tous ceux qui ne sont pas fonctionnaires, bureaucrates, mariés, pères de famille ; à tous ceux qui ne vivent pas dans le cadre de la vie de tous. A chaque instant, à chaque moment de cette vie, ils sont punis par mille grandes et petites choses, qui sont comme les peines afflictives d’une grande loi de conservation de la société.

VU BAUDELAIRE DANS UN COIN DE CAFE

Dans le salon d'entrée, on aperçoit quelques oreilles tendues qui boivent
les paroles de notre cénacle, des oreilles de gandins qui finissent de
manger leurs petites fortunes, des oreilles de jeunes gens de la Bourse,
de commis de Rothschild qui ramènent du Cirque ou de Mabille, quelques
lorettes de la première catégorie, auxquelles ils offrent le passe-temps
d'un fruit ou d'un thé, en leur montrant de loin, du doigt, les premiers
rôles de la troupe.

Baudelaire soupe aujourd'hui à côté de nous. Il est sans cravate, le col
nu, la tête rasée, en vraie toilette de guillotiné. Au fond, une recherche
voulue, de petites mains, lavées, écurées, soignées comme des mains de
femme--et avec cela une tête de maniaque, une voix coupante comme une voix
d'acier, et une élocution visant à la précision ornée d'un Saint-Just et
l'attrapant.

Il se défend obstinément, avec une certaine colère rêche, d'avoir outragé
les mœurs dans ses vers.

Les Anciens ne séparaient pas dans l’expression la vigueur de l’amertume.

Plus je vais, plus je suis convaincu de ceci. Dans l’ancienne société, la seule proscription, la seule sévérité était contre tout ce qui était bas. Aujourd’hui, on ne pardonne absolument que cela : la bassesse.

Pour un conte fantastique, l’allée des perroquets du Jardin zoologique. Ca pourrait être, ces animaux de toutes les couleurs, à voix mécaniques, des âmes de journalistes qui rabâcheraient.

Le plus grand caractère des hommes de lettres présents, si l’on peut appeler cela un caractère, c’est la lâcheté – la lâcheté devant le succès, devant le gouvernement, devant un coup d’épée.

LE GENIE, LA DEMENCE, LA MISERE

_19 octobre_.--Étudié chez Niel, l'oeuvre de Méryon, dans tous ses états,
ses essais, et même une partie de ses dessins. Il semble qu'une main du
passé ait tenu la pointe du graveur, et que mieux que la pierre du vieux
Paris soit venu sur ces feuilles de papier. Oui, dans ces images, on
dirait ressuscitée un peu de l'âme de la vieille cité: c'est comme une
magique réminiscence d'anciens quartiers sombrant parfois dans le rêve
trouble de la cervelle du _voyant_ perspectif, du poète-artiste, ayant
assises à son établi la Démence et la Misère. En effet, pas de commandes,
pas de travail, pas de pain: pour toute nourriture, les quelques légumes
d'un petit jardin, au haut du faubourg Saint-Jacques. Et en ce
meurt-de-faim, exténué d'imaginations peureuses: la terreur de la police
de l'Empereur qui en veut à son existence, à son talent, à ses amours, qui
l'a empêché d'être le mari d'une petite actrice entrevue au soleil des
quinquets, et qui a empoisonné son amoureuse avec des mouches
cantharides--son poison redouté,--et qui l'a enterré dans son jardin qu'il
retourne, sans cesse, pour retrouver son cadavre.
Pauvre misérable fou qui, dans les moments lucides de sa folie, fait, la
nuit, d'interminables promenades, pour surprendre l'étrangeté pittoresque
des ténèbres dans les grandes villes.

Oui, pour arriver, il faut être médiocre et domestique, avoir une personnalité aussi avachie dans le talent que dans le caractère ; se mettre sur le devant des voitures, décrocher le drapeau des patères, etc. Et tout cela, le faire jamais par politesse, toujours par servilité. Rien ne mène plus loin, sous les gouvernements de servitude, que l’antichambre.

Il y a bien des stupidités dans Michelet. Quoi de plus stupide que de voir un caractère presque divin, une marque sacrée de la femme dans les règles, qui la rendent folle – elle en convient elle-même – huit jours par mois et font le malheur de l’homme.

La gaîté qu’on apporte dans la bourgeoisie par l’esprit, les saillies, la gaîté, même goûtée par elle, n’a pas de prix pour elle. Le plaisir que donne un bouffon, un homme d’esprit ou un homme d’intelligence, ne vaut pas pour le bourgeois le dîner qu’il lui donne.

LA FRANCE COURT SANS TETE

--Relu les PAYSANS de Balzac. Personne n'a dit Balzac homme d'État, et
c'est peut-être le plus grand homme d'État de notre temps, le seul qui ait
plongé au fond de notre malaise, le seul qui ait vu d'en haut le
déséquilibrement de la France depuis 1789, les moeurs sous les lois, les
faits sous les mots, l'anarchie des intérêts débridés sous l'ordre
apparent, les abus remplacés par les influences, l'égalité devant la loi
annihilée par l'inégalité devant le juge, enfin le mensonge de ce
programme de 89 qui a remplacé le nom par la pièce de cent sous, fait des
marquis des banquiers--rien de plus.
Et c'est un romancier qui s'est aperçu de cela.

Il m’a toujours paru un peu niais de crier contre la société. Ce n’est pas la société qui est coupable de l’homme, c’est Dieu.

Il y a, dans ces temps-ci, un amour malsain pour ce qui est malsain. En peinture, on va à ce qui est mal peint, mal dessiné, à ce qui n’est pas réalisé, à Delacroix. Si l’on a un maître parfaitement sain et bien proportionné, comme Gavarni [Gavarni est le grand familier, l’idole et le meilleur ami des Goncourt, NDLA] , on va à un pléthorique, à un apoplectique comme Daumier, qu’on proclame bien supérieur.
Il y a des délicats en art, des raffinés, des prétentieux, des pointus qui n’aiment que le raté ou le lâché en art. A mesure que Michelet se décompose, qu’il n’écrit plus, qu’il ramasse dans le fumier de l’histoire une certaine bouillie de faits, comme des restes de cadavres, à la cuiller et qu’il la plaque sans syntaxe, sans verbe, on s’extasie de plus en plus. Baudelaire soulève des admirations

DOLCE VITA

_26 octobre_.--Une journée passée à l'atelier, de Servin. Un _farniente_
sans remords, une flâne majestueuse et déridée, un lundi du pinceau, des
rires, de l'esprit abracadabrant, des blagues énormes et pouffantes, et
des enfantillages, et des coups de pied au cul, et la gaminerie et la
clownerie parisiennes dansant autour des couleurs et des tubes enchantés
tenant le soleil et la chair; enfin, des heures molles, inertes, avachies,
et le Temps s'endormant sur le divan, où ces joyeux pitres le bercent avec
de la farce, des pantomimes drolatiques, des ironies, des riens, et le
complet oubli et la parfaite insouciance du proverbe anglais: _Time is
money_.

Entre chez nous une femme en deuil, voilée, que nous amène Flaubert. C’est Lagier qui nous parle pendant deux heures de sa mère qu’elle vient de perdre et de son cul qui est toujours à elle, et à bien d’autres. Sa mère ou son cul, son cul ou sa mère, sa mère et son cul : voilà successivement son thème d’attendrissement et de salauderies. Une profanation Inouïe… Les Anciens mettaient leurs larmes dans une bouteille de verre, Lagier semble pleurer sa mère dans une capote.

Au Café Riche, je rencontre Scholl qui, mystérieusement et tout bouffi d’orgueil, m’apprend la nouvelle du jour : il est l’amant d’une ravissante actrice, Léonide Leblanc. Et aussitôt, il me montre un médaillon contenant de ses poils, car il a toujours preuves en main. C’est un Richelieu fort en garde contre les Saint-Thomas !
L’histoire du médaillon donne la note de ce monde-là. Comme Scholl lui demandait de ses poils : « Tiens, coupes-en autant que tu voudras, mais je veux te donner le médaillon pour les mettre. » Et Scholl lui voit ôter d’un médaillon quelque chose de noir : « Qu’est-ce que c’est ? — Ça ? C’est des cheveux de mon père. Je les mettrai dans un plus grand.

Les femmes n’ont jamais fait quelque chose de remarquable qu’en couchant avec beaucoup d’hommes, en suçant leur moelle morale : Mme Sand, Mme de Staël. Je crois qu’on ne trouverait pas une femme vertueuse qui vaille deux sous par l’intelligence. Jamais une vierge n’a produit quelque chose.

Il est bien curieux d’observer que dans l’ancienne société, toute loi était contre la femme – et jamais la femme n’a plus régné en tout et partout. Cette observation est la clé de la vérité sur l’histoire du XVIIIe siècle, le plus grand exemple du néant des lois et de la domination des mœurs.

LA RELIGION LES REND FOLLES

_4 août_.--Rose nous apporte des lettres de couvent trouvées dans l'étui
de serge noire du livre de messe de sa nièce. C'est la correspondance
d'une petite amie: du pathos mystique et amoureusement tendre. Le couvent
développe chez les jeunes filles, destinées à être des femmes d'ouvriers,
des côtés poétiques, hostiles au foyer laborieux. Tout ce tendre, tout ce
vaporeux hystérique, toute cette surexcitation de la tête par le coeur,
font de la religion catholique un mauvais mode d'éducation de la femme
pauvre. Elle la prédispose à l'amour idéal, et à toutes les choses
romanesques et élancées de la passion, qu'elle n'est pas destinée à
trouver dans son mari.

Au XVIIIe siècle, les grands seigneurs représentent la folie, le désordre, la dépense, les caprices de l’élégance du vice, la noblesse et la finesse de la débauche. Au XIXe siècle, le gentilhomme est bourgeois. Il n’a plus de vices de caste – partant, plus de vertus de corps.

Un homme qui a dans le visage quelques traits de Don Quichotte, en a toujours quelques beaux traits dans l’âme.

L’idée de l’appauvrissement du sang, idée familière aux classes élevées, présente une image très blessante aux classes inférieures : dites à une femme du peuple qu’elle est lymphatique, et cela lui fera tout à fait l’impression d’une injure.

L’autre jour, Rothschild était en train d’acheter un Véronèse à un juif. De 100 000, on était à peu près descendu à 16 000 francs, et Rothschild, voyant son coreligionnaire hésiter : « Il y aura deux louis pour le porteur », et apercevant une enfant du Juif dans un coin : « …et une robe en soie pour la petite ! »
Les Juifs ne produisent rien, pas un épi de blé. Toujours commissionnaires, intermédiaires, entremetteurs. En Alsace, pas une vache n’est vendue, sans qu’entre la vache et le paysan, ne se lève du pavé un Juif, qui tire de l’argent du marché.

BELLE PLANTE

Bougival, l'atelier du paysage de l'école française moderne. Là, chaque
coin de rivière, chaque saulée vous rappelle une exposition. Et l'on se
promène dans de la nature, dont on vous crie aux oreilles: «Ceci a été
peint par ***, ceci a été fusiné par ***, ceci aquarellé par ***.» Ici,
dans l'île d'Aligre, devant les deux catalpas formant un A sur le ciel, on
vous avertit que vous êtes devant le premier tableau de Français, et l'on
vous fait revoir la petite femme nue, couchée sur une peau de tigre, en la
légère et gaie verdure de la campagne parisienne; là--l'histoire est
vraiment plaisante--là, c'est là que se dressait une magnifique et
orgueilleuse plante, entrevue au coucher du soleil par Français, rêvant
toute la nuit d'en rendre, le lendemain, l'élancement vivace et la
délicate dentelure des feuilles. Il se lève de grand matin, court à
l'endroit... plus de plante... disparue... et le voilà cherchant à
s'expliquer la disparition, quand il éclate de rire. Une vache, levée
avant lui, l'avait mangée et digérée au petit jour. Et sa plante...
c'était une énorme bouse!

La folie, l’amour, la dévotion, voilà les trois formes du ramollissement cérébral.

Ce n’est pas la tyrannie, c’est la passion qui abat l’arbre pour avoir le fruit ; et il n’y a de liaison durable qu’avec les femmes que l’on n’aime point.

Le sceptique doit être reconnaissant aux Napoléon des progrès qu’ils ont fait faire à la bassesse humaine.

Il est des régimes  sous lesquels l’honorabilité est comme une note d’infamie.

L’artiste, l’homme de lettres, le savant devraient ne jamais se mêler de politique : c’est de l’orage qu’ils devraient laisser passer au-dessous d’eux.

LA LITTERATURE « par A+B »

_16 juillet_.--Après avoir lu du Poë, la révélation de quelque chose dont
la critique n'a point l'air de se douter. Poë, une littérature nouvelle,
la littérature du XXe siècle: le miraculeux scientifique, la fabulation
par A + B, une littérature à la fois monomaniaque et mathématique. De
l'imagination à coup d'analyse, Zadig juge d'instruction, Cyrano de
Bergerac élève d'Arago. Et les choses prenant un rôle plus grand que les
êtres,--et l'amour, l'amour déjà un peu amoindri dans l'Oeuvre de Balzac
par l'argent,--l'amour cédant sa place à d'autres sources d'intérêt; enfin
le roman de l'avenir appelé à faire plus l'histoire des choses qui se
passent dans la cervelle de l'humanité que des choses qui se passent dans
son coeur.

La plus grande force morale est dans l’écrivain. Elle consiste à mettre sa pensée au-dessus de tous les ennuis, au-dessus de la vie, pour la faire travailler libre et dégagée. Il faut s’abstraire des chagrins, des préoccupations, de tout, pour s’élever à cet état où se fait la conception, la création. Car ce n’est pas une opération mécanique et de simple application physique, comme de faire des additions. Il ne s’agit pas de combiner, mais d’inventer, de créer.

Le journalisme approche l’homme de lettre de l’argent ; il le fait toucher au banquier par les action données. C’est la diminution, quand ce n’est pas la sentine des caractères. Si Renan eût travaillé dans son cabinet à faire des livres, au lieu d’être rédacteur des DÉBATS, le pouvoir ne l’eût pas acheté en une demi-heure, il y aurait peut-être mis une heure et demi…

Le niveau des livres, au XVIIIe siècle, est très bas, parce que le niveau de la société est très haut. Au XIXe, c’est tout le contraire.

PROPHETIE

--Le jour où tous les hommes sauront lire et où toutes les femmes joueront
du piano, le monde sera en pleine désorganisation, pour avoir trop oublié
une phrase du testament du cardinal de Richelieu: «Ainsi qu'un corps qui
auroit des yeux en toutes ses parties, seroit monstrueux, de même un État
le seroit, si tous les sujets étoient savants. On y verrait aussi peu
d'obéissance que l'orgueil et la présomption y seroient ordinaires.»

Peut-être que les plus grands poètes sont inédits. Écrire une chose est peut-être le contraire de la rêver.

Toutes les grandes œuvres idéales de l’art ont été faites dans des temps qui n’avaient pas les notions de l’idéal ou par des hommes qui n’avaient pas cette notion.

Un fils qui a l’âge de son père, c’est le malheur et le vice de mon cousin Alphonse.
Qu’on voie les duellistes de Tallemant des Réaux et les duels du père Mirabeau ! Comme le sang s’est refroidi ! Comme l’individu est diminué ! Il n’y a plus de grandes choses et d’héroïsme que collectifs. La personnalité va en s’effaçant dans le monde des faits, depuis Homère.

JEUNESSE SENILE

--O Jeunesse des écoles, jeunesse autrefois jeune, qui poussait de ses
deux mains battantes le style à la gloire! Jeunesse tombée à
l'enthousiasme du plat bon sens! Jeunesse comptable et coupable des succès
de Ponsard!

Ce qui me répugne, ce qui me fait venir le cœur sur les lèvres en ce temps, c’est le mensonge et le manque de logique. Dans l’Ancien Régime, tout se tient : il y a un gouvernement légendaire, un droit divin, des nobles de sang noble, tout cela était d’ensemble. Mais aujourd’hui, on a un gouvernement démocratique, avec un empereur légendaire en haut ; au-dessus de principes de 89, le culte, l’idolâtrie pour un homme ; l’Egalité baisant les bottes de César ! Stupide et odieux !

La crédulité, la foi sont l’enfance des peuples et des coeurs. La raison est une acquisition et une corruption. La raison et la foi sont les deux contraires absolus. Le latin de la religion, un de ses palladiums, ressemble assez au Parapharagaramus des escamoteurs : ne pas comprendre est beaucoup pour le peuple. Deux choses me choquent : la statue du Prince au Palais de Justice et le Domine salvum fac à l’Eglise. Il est des temples de choses éternelles, où les choses du temps ne doivent pas entrer.

Il y a une espèce d’abrutissement que j’ai observé autour de moi, tout particulier. C’est un hébètement, un véritable idiotisme produit chez les imbéciles par le travail de l’intrigue ; et chez certaines femmes bêtes, par l’effort de l’amabilité.

En lisant le compte rendu de la justice criminelle, pour l’année dernière, je vois que les crimes contre l’ordre public ont diminué de moitié. Les crimes contre les mœurs, au contraire, toujours ascendants, forment plus de la moitié du nombre total des crimes contre les personnes. Ils n’en faisaient pas le cinquième, de 1826 à 1830. Voilà ce que fait le refoulement des passions politiques. Ce qui ne monte plus à la tête descend aux sens. La liberté est l’exutoire du phallus.

Ce soir, il y avait seulement, dans le journal, deux affaires de frères condamnés pour attentat aux mœurs… Que veut-on ? Ôter l’éducation au clergé, la remettre tout entière aux mains des instituteurs ? Tout indique ce plan. Il est stupide. Il n’y a pas à craindre qu’aux mains du clergé, le peuple, maintenant, devienne trop pieux. Mais donner l’éducation aux instituteurs, c’est ouvrir une prodigieuse, une effrayante école du socialisme.

* * *

LA BOHÊME

La bohème vient de perdre encore un homme de lettres : il s’appelait Guichardet et n’avait rien écrit. Il pouvait à peine parler, il crachait seulement des morceaux de mots, tant il était toujours ivre. Il vivait de verres de champagne et d’eau-de-vie, ramassés aux tables des cafés, et de pièces de deux ou trois francs, que ses amis, de temps en temps, lui laissaient tomber dans la main. Car il avait des amis ! C’était un chiffonnier qui avait connu Musset… Il a eu une mort que lui seul pouvait avoir. Ces jours-ci, il se réveille avec le délirium. Il croit avoir trop bu la nuit, avoir couru une bordée avec des amis. Ses amis, le voyant dans cette belle illusion, la respectent ; ils l’empoignent et lui disent : « Oui, nous avons fait une bordée un peu forte. Il faut nous retaper. C’est de la fatigue. Viens avec nous manger une soupe à l’oignon à la Halle. » Et ils l’emmènent dans un fiacre à l’hôpital Necker. Il est allé à la mort comme on va chez Baratte.

Quand MURGER écrivit LA VIE DE BOHÈME, il ne se doutait pas qu’il écrivait l’histoire d’une chose qui allait être au pouvoir au bout de cinq à six ans – et cela est cependant. A l’heure qu’il est, le monde carotteur de la pièce de cinq francs, cette franc-maçonnerie de la réclame, règle et gouverne et défend la place à tout homme bien né : « C’est un amateur* ! ». Et avec ce mot-là, on le tue.  Eût-il derrière lui les in-folio d’un bénédictin ou la fantaisie de Heine, « c’est un amateur » ; il sera déclaré amateur par le gagiste** sans verbe et sans talent de Villemessant***. Sans qu’on s’en doute, c’est le socialisme régissant la littérature et tirant à boulets rouges sur le capital littérateur… Et cependant leur mouvement de 1830 avait été presque conduit par des hommes ayant leur pain sur la planche****, Hugo, etc.

*Amateur a ici le sens de : amateur de belles choses, homme riche, bien né, bien élevé, homme de culture générale, dilettante éclairé, ayant en sa possession des objets d’art, une bibliothèque ; bref c’est l’archétype du gentilhomme et de l’esthète… – précisément ce qu’étaient les frères Goncourt.
**gagiste = mercenaire.
***Villemessant est alors un journaliste qui a le vent en poupe. Il trouve la dernière œuvre publiée des Goncourt « remarquable par le parti pris de l’excentricité aboutissant au dernier terme de l’absurde ». Il les a traité de « jumeaux de l’extravagance », et de « Siamois en goguette ». Un autre journaliste de la même clique, un certain Goudall,  a dit à la même époque à propos d’un jeune auteur qui était à ce moment-là leur petit protégé, Aurélien Scholl, qu’il se dirigeait vers « cette sorte de Bicêtre littéraire, où l’ont de quelques heures précédé MM. de Goncourt » – Bicêtre étant un asile d’aliénés. Aurélien Scholl se battit en duel contre le sieur Goudall pour cela.
****comprendre : des hommes qui pouvaient vivre de leur plume, sans aucun besoin d’être entretenus par le pouvoir, parce qu’ils avaient du talent.

* * *

Scholl me conte que l’autre soir, des putains ayant fait les bégueules chez Prémaray, ledit s’est écrié : « Comment! me refuser, moi, moi qui ai fait des femmes qui ont un nom, moi qui ai enculé Mme Plessy-Arnould! »

Nous menons la vie la plus plate, où il n’arrive que des catalogues. Des jours désespérés, où pour sortit d’un état qui est comme un affadissement de l’être, on souhaiterait je ne sais quoi – pourvu que ce je ne sais quoi fût violent.

Au XIXe siècle, il n’y a plus de romanesque dans l’amour, plus de romanesque dans rien, que dans la fortune d’un homme politique. C’est le seul hasard, le seul caprice en dehors de l’ordre commun et bourgeois des choses. L’imprévu a diminué.

Il est permis en France de scandaliser en histoire : on peu écrire que Dubois est un saint homme. Mais en art et littérature, les opinions consacrées sont sacrées. Il vaudrait mieux, au XIXe siècle, pour un homme, marcher sur un crucifix que sur une page de Voltaire.

Le temps qui aura pesé sur nous avec ses entraves, ses hontes, ses dégoûts, aura eu cela de bon : il aura conservé notre talent dans le vinaigre.

LE POURQUOI DE MARIA
_27 mai_.--Un éclat de rire que l'entrée de Maria, une fête que son
visage. C'est, quand elle est dans la chambre, une grosse joie et des
embrassades de campagne. Une grasse femme, les cheveux blonds, crespelés
et relevés autour du front, des yeux d'une douceur singulière, un bon
visage à pleine chair: l'ampleur et la majesté d'une fille de Rubens.
Après tant de grâces maigres, tant de petites figures tristes, préoccupées,
avec des nuages de saisie sur le front, toujours songeuses et enfoncées
dans l'enfantement de la carotte; après tous ces bagous de seconde main,
ces chanterelles de perroquets, cette pauvre misérable langue argotique et
malsaine, piquée dans les miettes de l'atelier et du TINTAMARRE; après ces
petites créatures grinchues et susceptibles, cette santé de peuple, cette
bonne humeur de peuple, cette langue de peuple, cette force, cette
cordialité, cette exubérance de contentement épanoui et dru, ce coeur qui
apparaît là dedans, avec de grosses formes et une brutalité attendrie:
tout en cette femme m'agrée comme une solide et simple nourriture de ferme,
 après les dîners de gargotes à trente-deux sous.

Et pour porter un torse flamand, elle a gardé les jambes fines d'une Diane
d'Allegrain, et le pied aux doigts longs d'une statue, et des genoux d'un
modelage...

Puis l'homme a besoin de dépenser, à certaines heures, des grossièretés de
langue, et surtout l'homme de lettres, le brasseur de nuages, en qui la
matière opprimée par le cerveau, se venge parfois. C'est sa manière de
descendre du panier, où les NUÉES font monter Socrate...

Oh, rire un peu…

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Joyeuses fêtes ! ^o^

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On entend aujourd’hui des juifs parler de « principes judéo-chrétiens ». Ah vraiment, jusqu’où descendrons-nous ?

Soyons sérieux deux minutes, s’il existe effectivement ce qu’il est convenu d’appeler une culture judéo-chrétienne, en revanche tout bon chrétien vous dira qu’il n’y a de principes que chrétiens, et que les juifs sont sans principes. Puisqu’ils ont le sang du Christ sur les mains, n’est-ce pas ?

Le problème des chrétiens, c’est juste qu’ils ont cessé de persécuter les ennemis de leur tradition, à commencer donc par les juifs. Et le problèmes des juifs, c’est qu’ils n’ont plus suffisamment de persécuteurs, alors que leur tradition, leur folklore, repose tout-entièrement sur un fantasme de persécution.

Ainsi désœuvrés à cause de la mollesse des chrétiens, les juifs dépouillés d’un malheur personnel, se mêlent aujourd’hui de pleurer le malheur universel, ce qui va, vous en conviendrez, à l’encontre de leur nature, et donc se révèle à la longue très malsain.

La culture judéo-chrétienne, qui existe en tant que telle, n’est pas le résultat, malheureusement, d’une farandole des couleurs entre l’amitié des peuples qui se donnent la main, mais d’une saine et néanmoins vigoureuse friction, ayant provoqué une émulation réciproque, entre des peuples de langue indo-européenne attachés à la terre de leurs ancêtres et leur hôte, un peuple étranger de langue sémitique attaché au bla-bla.

Pourquoi les français ne trouvent-ils plus l’énergie de continuer à se battre, pourquoi sucrent-ils leur café avec des neuroleptiques ? Mais tout simplement parce que, comme l’a très bien fait remarquer César dans sa Guerre des Gaules, les gaulois sont des êtres qui ne vénèrent que des dieux des enfers, parce qu’ils ont le diable au corps, et donc même devenu chrétiens ils ne peuvent se tenir tranquilles. La vertu positive – le champêtre content à la mode norvégienne – ne leur suffit pas : en l’absence d’ennemis du Christ à pourfendre et persécuter, si on ne leur permet pas de se battre pour la Vertu contre le Mal, alors les voilà atteints d’aboulie.

L’ennui, l’ennui… C’est cela le suprême virus qui nous déchire les globules blancs : tonton Adolphe en dépassant la mesure, à cause de son espèce d’extrémisme systématique schleu, nous a interdit la seule voie de notre Salut, qui est un combat. Et nous voilà errant comme des âmes en peines, impuissants avec nos petites ailes noires accrochées au dos, toutes sortes d’inepties sans suite tatouées sur la peau livide de nos biceps mous, nous sentant chez nous comme en Amérique se sentent les indiens d’Amérique, dans les inter-minables périphéries grises des grandes villes…

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Notre passe-temps, c’était la chasse aux animaux… Puis un malade mental est venu, qui a passé la forêt à la mort-aux-rats et à l’herbicide.
« Ah, vous allez pouvoir vous reposer, à présent, a-t-il dit. Je les ai toutes décimées ces sales bêtes ! »
Il avait l’air content de lui…

Controns l’infâme !

L’infâme
14 octobre 2013 à 15 h 33 min

Le paradigme que vous proposez est le paradigme que toute personne serait tenté de produire (et que j’ai produit à un certain moment de ma vie, à 19 ans justement), quand la contingence du réel subordonne l’esprit. Pour autant, l’esprit en plein marasme peut encore produire, et peut être même doit produire, c’est l’apanage de la création artistique.

Alors, je ne vais pas prendre un ton paternaliste par principe, mais justement je vais le prendre pour tenter de vous montrer que cet univers clos, ce fameux couvercle baudelairien qui pèse sur l’esprit n’est pas un système de l’univers, qu’il n’est pas structurel mais simplement conjoncturel ou ponctuel.
En tentant de réduire votre réflexion et de la catégoriser, je vais justement la contraindre à perdre la place qu’elle occupe à vos yeux.

Tout d’abord d’un point de vu philosophique votre « réflexion » s’inscrit dans une longue tradition spéculative pessimiste de Schopenhauer à Nietzsche avec « ses » idéaux ascétiques (cependant ce dernier propose déjà une solution) mais également avec Freud qui a la toute fin de son existence a pondu « Malaise dans la civilisation » ou « Malaise dans la culture ». Je vous enjoins donc à lire ces quelques références si vous ne l’avez pas déjà fait.
Maintenant de manière beaucoup plus récente je distingue dans votre propos une influence houellebecquienne, ça vole déjà beaucoup moins haut, une pensée doctrinale étouffante où les concepts ne sont pas clairement mis en évidence, une sorte de sauce, de flux narratif continu, un style de la vacuité en somme. Une vacuité que l’on retrouve chez Sartre, chez qui la prise de conscience de l’absurdité de l’existence provoque une « Nausée » et ces « salops », ces nihilistes qui se refusent à voir ce vide sidéral. Nietzsche dira qu’à force de ne rien vouloir, on commence à vouloir le rien: c’est le début de l’assimilation des idéaux ascétiques qui donneront tous les dépressifs, pervers etc…

Des références culturelles en relation avec votre propos il y’en a des centaines (et je peux vous en donner d’autres si vous le souhaitez), mais entre exposer le problème et proposer une philosophie positive, il y’a un monde. Tout comme il y’a un monde entre Schopenhauer et Houellebecq d’un côté et un Nietzsche ou un Sartre de l’autre.

Tout ceci ne remet en aucun cas en cause la légitimité de votre souffrance, sachez seulement que la réalité de votre souffrance de par votre sensibilité artistique vous fait penser tout cela, vous fait vous morfondre, vous fait passer par ces marasmes et ne fait somme toutes qu’accentuer votre malaise ou mal-être. C’est une situation de complaisance, non pas qu’il s’agisse de faiblesse de votre part, mais par le fait que vous vous trouvez dans un cercle vicieux. Rompez votre réflexion, brisez ce cercle, tout comme je ne peux parvenir par la rhétorique à vous faire vous sentir mieux, vous ne parviendrez pas à résoudre ce noeu par la pure spéculation, tout simplement parce que rien de tout ceci n’a de sens, non pas au sens d’intuition intellectuelle, mais au sens d’existence en soi.
Revenez vers ce qui est « naturel », ce qui vous met à l’aise, vous vous êtes assez perdu, ne restez pas seul, ne méprisez pas les « salauds », essayez d’avoir des conversations vraies sur votre malaise (si vous n’avez personne parlez-en à vos parents). Il faut certes du courage ( quel lieux commun haha) pour parler, il faut surtout accepter sa souffrance et donc sa faiblesse. Tout ceci est nécessaire pour retrouver des bases saines et ne revenir que plus fort, si ce n’est invincible.

Pourquoi veux-tu que les gens se guérissent de la mélancolie ? Qu’ils « résolvent » leur peines de coeur et par-là même qu’ils « résolvent leur coeur » ? Pour qu’ils n’existent plus ? Ce n’est pas une dépressive, ici, qui parle. C’est une personne qui ne voulait pas crever avant d’avoir connu /le goût qu’est le plus fort/ (demande à B. Vian), et qui est allé au charbon. Histoire de savoir ce que c’est.

C’est une personne qui a quelque fois vécu, hélas – c’est-à-dire vécu intensément, pour de vrai – et qui a trop aimé cela, qui a trop aimé aimer, souffrir d’aimer, errer comme une ombre au pied des murailles absurdes, explorer toute la palette du spleen, ressusciter toujours plus ardente et plus vive, affiner ses compassion, savourer ses nostalgies, lorgner sur des époques terribles, connaître barbarie médiévale, tyrannie des élégances, qui sont toujours mieux que l’indifférence moderne, et qui ne peut s’en remettre. La personne en moi qui vient encore s’exprimer sur le net, c’est – paradoxe ! – la personne en moi qui aime le plus et le mieux la vie : celle qui ne lui donne pas seulement son dû, mais est prête à lui accorder des prix fous. La vie ne s’y trompe pas, qui m’a toujours comblée.

Idiot que tu es, avec ta sœur idiote, de vouloir nous faire croire que tu es au-dessus du simple thérapeute, au-dessus de ta sœur idiote… vous êtes nos thérapeutes de l’âme qui nous échangent un rhume de cerveau contre une chaise roulante, en nous tartinant le moral de consolations rhétoriques.

Comme si parler de soi avec des proches ou avec un inconnu résolvait quoi que ce soit ! Depuis quand se soigne-t-on du spleen par l’art de la conversation ? Crois-tu que les poètes qui ont célébré le spleen manquaient de copains de beuverie avec qui échanger leur misères, de salons pour les accueillir à bras ouverts, de bourgeois prêts à tout pour qu’ils leur déversent comme une huile sainte sur la tête la substantifique essence de leurs considérations orgueilleuses sur la vanité de vivre ?

Moi tous mes proches me comprennent déjà ; mes parents ne sont pas des étrangers, et je ne me suis pas entourée d’imbéciles. Je n’ai pas pour autant la bêtise de vouloir que cela me protège de recevoir toute la brutalité du monde en plein ventre. Que celui à qui on a le plus donné, au contraire, ouvre sa porte ! Mon cœur est aux quatre vents, c’est un mariage avec le monde que j’ai contracté, aucun déterminisme familial là-dedans. Car il s’agit de ma liberté de « souffrir avec » le monde dont on parle ! Qui êtes-vous pour prétendre me la retirer ? Reprocher une souffrance morale à la contingence des plus ou moins mauvaises fréquentations ou de la difficulté à se fondre dans la masse… n’est-ce pas rabaisser l’éthique, l’esthétique et la morale au niveau des simples activités gastriques ?

Cette difficulté à vivre qui est la mienne, j’en fais un étendard ! Si je ne suis pas normale, alors je suis extraordinaire ! – Car, que cela signifie-t-il, si je suis incapable de me fondre dans la masse des gens ordinaires, c’est-à-dire dans l’hébétude générale ? Allons, j’ose enfin le dire – où diable le dirai-je, si je ne le dis pas ici ? – c’est une question de qualité d’âme ! Il y en a qui peuvent, d’autres non. Un point c’est tout. C’est aussi simple que cela !

Les gens comme vous veulent épaissir, tuer dans le lard, les nobles sentiments qui aspirent à s’évader des bassesses de ce monde, les gens comme vous veulent attacher un boulet de fer aux pieds des âmes émues (comme si elles en avaient ! ^^), ouvrir les yeux qui entrent en prière, tanner les peaux sensibles, sermonner les ermites. Et par-dessus le marché, ils prétendent le faire pour leur bien ! Les gens comme vous veulent rendre l’Homme qui est à l’intérieur des hommes invisible, alors que l’homme pour être un homme n’a jamais eu besoin de ça.

Vos désirs de rendre l’exception invisible, de museler la plainte christique, vos désirs de nivellement par l’estomac, d’inémotivité, d’invincibilité, de blindages, sont proprement inhumains. Vous êtes ce que Baudelaire appelle des fainéants, des gens qui ont simplement peur de vivre parce que ça fait mal, peur de mourir parce qu’ils ne croient en rien, peur de revivre parce qu’ils trouvent la vie fastidieuse. Des fainéants doublés d’envieux, qui veulent empêcher définitivement qui que ce soit d’accéder aux distinctions morales auxquelles ils ne peuvent pas prétendre eux-mêmes !

En un mot, vous êtes les barreurs de la route du Salut.

Votre vie est fastidieuse parce que vous ne vous donnez pas la peine de souffrir de ce qui est bon. Si vous souffriez plus, et de ce qui en vaut la peine, si vous aimiez les nobles peines, si vous les recherchiez, vous connaîtriez alors parfois l’amour, et son cortège de chimères délicieuses, qui n’ont été pour vous jusqu’à présent que des concepts, vous connaîtriez ainsi des jouissances intimes, des ébriétés souveraines, inaccessibles au commun des enfoirés, que vous ne voudriez échanger pour rien au monde. Surtout pas contre la paix faite d’insensibilité du bourgeois. Mais au lieu de ça vous imposez votre lâcheté crasse comme la norme. Avec des miradors autour.

Vous êtes des ignares et des enfants mal vieillis. Vous ne savez pas ce qui est bon. Crevez donc dans votre petitesse, votre crasse bourgeoise, vos idées préconçues de ce qui est bon pour les hommes plus grands que vous.

Baudelaire nous éclaire…

Tous les extraits suivants sont issus de Mon coeur mis à nu – recueil de pensées personnelles de Charles Baudelaire.

Politique. – Je n’ai pas de convictions, comme l’entendent les gens de mon siècle, parce que je n’ai pas d’ambition.
Il n’y a pas en moi de base pour une conviction.
Il y a une certaine lâcheté, ou plutôt une certaine mollesse chez les honnêtes gens.
Les brigands seuls sont convaincus, – de quoi ? – Qu’il leur faut réussir. Aussi, ils réussissent.
Pourquoi réussirais-je, puisque je n’ai même pas envie d’essayer ?
On peut fonder des empires glorieux sur le crime, et de nobles religions sur l’imposture.
Cependant j’ai quelques convictions, dans un sens plus élevé, et qui ne peut pas être compris par les gens de mon temps.

La croyance au progrès est une doctrine de paresseux, une doctrine de Belges.
C’est l’individu qui compte sur ses voisins pour faire sa besogne.
Il ne peut y avoir de progrès (vrai, c’est-à-dire moral) que dans l’individu et par l’individu lui-même.
Mais le monde est fait de gens qui ne peuvent penser qu’en commun, en bandes. Ainsi les Sociétés belges.
Il y a aussi des gens qui ne peuvent s’amuser qu’en troupe. Le vrai héros s’amuse tout seul.

Mysticité du paganisme. Le mysticisme, trait d’union entre le paganisme et le christianisme.
Le paganisme et le christianisme se prouvent réciproquement.
La Révolution et le culte de la Raison prouvent l’idée du sacrifice.
La superstition est le réservoir de toutes les vérités.

La Révolution, par le sacrifice, confirme la Superstition.

Je comprends qu’on déserte une cause pour savoir ce qu’on éprouvera à en servir une autre.
Il serait peut-être doux d’être alternativement victime et bourreau.

Le premier venu, pourvu qu’il sache amuser, a le droit de parler de lui-même.

Il faut travailler, sinon par goût, au moins par désespoir, puisque, tout bien vérifié, travailler est moins ennuyeux que s’amuser.

Ivresse d’humanité ; grand tableau à faire ;
Dans le sens de la charité ;
Dans le sens du libertinage ;
Dans le sens littéraire, ou du Comédien.

La question (torture) est, comme art de découvrir la vérité, une niaiserie barbare ; c’est l’application d’un moyen matériel à un but spirituel.

Observons que les abolisseurs de la peine de mort doivent être plus ou moins intéressés à l’abolir.
Souvent, ce sont des guillotineurs. Cela peut se résumer ainsi : «Je veux pouvoir couper ta tête, mais tu ne toucheras pas à la mienne».
Les abolisseurs d’âmes (matérialistes) sont nécessairement des abolisseurs d’enfer ; ils y sont, à coup sûr, intéressés.
Tout au moins, ce sont des gens qui ont peur de revivre, – des paresseux.

Le Diable et George Sand. – Il ne faut pas croire que le diable ne tente que les hommes de génie. Il méprise sans doute les imbéciles, mais il ne dédaigne pas leur concours. Bien au contraire, il fonde ses grands espoirs sur ceux-là.
Voyez George Sand. Elle est surtout, et plus que toute autre chose, une grosse bête ; mais elle est possédée. C’est le diable qui lui a persuadé de se fier à son bon coeur et à son bon sens, afin qu’elle persuadât toutes les autres grosses bêtes de se fier à leur bon coeur et à leur bon sens.
Je ne puis penser à cette stupide créature, sans un certain frémissement d’horreur. Si je la rencontrais, je ne pourrais m’empêcher de lui jeter un bénitier à la tête.

Dans Les Oreilles du Comte de Chesterfield, Voltaire plaisante sur cette âme immortelle qui a résidé, pendant neuf mois, entre des excréments et des urines. Voltaire, comme tous les paresseux, haïssait le mystère.

Au moins aurait-il pu deviner dans cette localisation une malice ou une satire de la Providence contre l’amour, et, dans le mode de la génération, un signe du péché originel. De fait, nous ne pouvons faire l’amour qu’avec des organes excrémentiels.
Ne pouvant supprimer l’amour, l’Église a voulu au moins le désinfecter, et elle a fait le mariage.

La Théologie.
Qu’est-ce que la chute ?
Si c’est l’unité devenue dualité, c’est Dieu qui a chuté.
En d’autres termes, la création ne serait-elle pas la chute de Dieu ?
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Dandysme. – Qu’est-ce que l’homme supérieur ?
Ce n’est pas le spécialiste.
C’est l’homme de loisir et d’Éducation générale.
Être riche et aimer le travail.

De l’amour, de la prédilection des Français pour les métaphores militaires. Toute métaphore ici porte des moustaches.
Littérature militante.
Rester sur la brèche.
Porter haut le drapeau.
Tenir le drapeau haut et ferme.
Se jeter dans la mêlée.
Un des vétérans. – Toutes ces glorieuses phraséologies s’appliquent généralement à des cuistres et à des fainéants d’estaminet.

A ajouter aux métaphores militaires :
Les poètes de combat.
Les littérateurs d’avant-garde.
Ces habitudes de métaphores militaires dénotent des esprits non pas militants, mais faits pour la discipline, c’est-à-dire pour la conformité, des esprits nés domestiques, des esprits belges, qui ne peuvent penser qu’en société.

Avant tout, être un grand homme et un saint pour soi-même.

Politique. – En somme, devant l’histoire et devant le peuple français, la grande gloire de Napoléon III aura été de prouver que le premier venu peut, en s’emparant du télégraphe et de l’Imprimerie nationale, gouverner une grande nation.
Imbéciles sont ceux qui croient que de pareilles choses peuvent s’accomplir sans la permission du peuple, – et ceux qui croient que la gloire ne peut être appuyée que sur la vertu !
Les dictateurs sont les domestiques du peuple, – rien de plus, un foutu rôle d’ailleurs, et la gloire est le résultat de l’adaptation d’un esprit avec la sottise nationale.

Qu’est-ce que l’amour ?
Le besoin de sortir de soi.
L’homme est un animal adorateur.
Adorer, c’est se sacrifier et se prostituer. Aussi tout amour est-il prostitution.

L’être le plus prostitué, c’est l’être par excellence, c’est Dieu, puisqu’il est l’ami suprême pour chaque individu, puisqu’il est le réservoir commun, inépuisable, de l’amour.

PRIÈRE – Ne me châtiez pas dans ma mère et ne châtiez pas ma mère à cause de moi. – Je vous recommande les âmes de mon père et de Mariette. – Donnez-moi la force de faire immédiatement mon devoir tous les jours et de devenir ainsi un héros et un saint.

Un chapitre sur l’indestructible, éternelle, universelle et ingénieuse férocité humaine.
De l’amour du sang.
De l’ivresse du sang.
De l’ivresse des foules.
De l’ivresse du supplicié (Damiens).

Nadar, c’est la plus étonnante expression de vitalité. Adrien me disait que son frère Félix avait tous les viscères en double. J’ai été jaloux de lui à le voir si bien réussir dans toute ce qui n’est pas l’abstrait.

Fanatisme de l’humilité. Ne pas même aspirer à comprendre la religion.

Pourquoi le spectacle de la mer est-il si infiniment et si éternellement agréable ?
Parce que la mer offre à la fois l’idée de l’immensité et du mouvement. Six ou sept lieues représentent pour l’homme le rayon de l’infini. Voilà un infini diminutif. Qu’importe, s’il suffit à suggérer l’idée de l’infini total ? Douze ou quatorze lieues de liquide en mouvement suffisent pour donner la plus haute idée de beauté qui soit offerte à l’homme sur son habitacle transitoire.

Il n’y a rien d’intéressant sur la terre que les religions.
Qu’est-ce que la religion universelle ? (Chateaubriand, de Maistre, les Alexandrins, Capé).
Il y a une religion universelle faite pour les alchimistes de la pensée, une religion qui se dégage de l’homme, considéré comme mémento divin.

Saint-Marc Girardin a dit un mot qui restera : «Soyons médiocres !»
Rapprochons ce mot de celui de Robespierre : «Ceux qui ne croient pas à l’immortalité de leur être se rendent justice».
Le mot de Saint-Marc Girardin implique une immense haine contre le sublime.
Qui a vu Saint-Marc Girardin marcher dans la rue a conçu tout de suite l’idée d’une grande oie infatuée d’elle-même, mais effarée et courant sur la grande route, devant la diligence.

Avis aux non-communistes :
Tout est commun, même Dieu.

Étudier dans tous ses modes, dans les oeuvres de la nature et dans les oeuvres de l’homme, l’universelle et éternelle loi de la gradation, des peu à peu, du petit à petit, avec les forces progressivement croissantes, comme les intérêts composés, en matière de finances.
Il en est de même dans l’habileté artistique et littéraire ; il en est de même dans le trésor variable de la volonté.

Molière. – Mon opinion sur Tartuffe est que ce n’est pas une comédie, mais un pamphlet. Un athée, s’il est simplement un homme bien élevé, pensera, à propos de cette pièce, qu’il ne faut jamais livrer certaines questions graves à la canaille.

Glorifier le culte des images (ma grande, mon unique, ma primitive passion).
Glorifier le vagabondage et ce qu’on peut appeler le bohémianisme. Culte de la sensation multipliée et s’exprimant par la musique. En référer à Liszt.
De la nécessité de battre les femmes.
On peut châtier ce que l’on aime. Ainsi les enfants. Mais cela implique la douleur de mépriser ce que l’on aime.
Du cocuage et des cocus.
La douleur du cocu.
Elle naît de son orgueil, d’un raisonnement faux sur l’honneur et sur le bonheur et d’un amour niaisement détourné de Dieu pour être attribué aux créatures.
C’est toujours l’animal adorateur se trompant d’idole.

Analyse de l’imbécillité insolente.
Plus l’homme cultive les arts, moins il b..de.
Il se fait un divorce de plus en plus sensible entre l’esprit et la brute.
La brute seule b..de bien, et la fouterie est le lyrisme du peuple.
F….., c’est aspirer à entrer dans un autre, et l’artiste ne sort jamais de lui-même.
J’ai oublié le nom de cette salope… Ah ! bah ! je le retrouverai au jugement dernier.
La musique donne l’idée de l’espace.
Tous les arts, plus ou moins ; puisqu’ils sont nombre et que le nombre est une traduction de l’espace.
Vouloir tous les jours être le plus grand des hommes !

Étant enfant, je voulais être tantôt pape, mais pape militaire, tantôt comédien.
Jouissances que je tirais de ces deux hallucinations.

Tout enfant, j’ai senti dans mon cœur deux sentiments contradictoires : l’horreur de la vie et l’extase de la vie. C’est bien le fait d’un paresseux nerveux.

Le commerce est, par son essence, satanique.
Le commerce, c’est le prêté-rendu, c’est le prêt avec le sous-entendu : Rends-moi plus que je ne te donne.
L’esprit de tout commerçant est complètement vicié.
Le commerce est naturel, donc il est infâme.
Le moins infâme de tous les commerçants, c’est celui qui dit : «Soyons vertueux pour gagner beaucoup plus d’argent que les sots qui sont vicieux».
Pour le commerçant, l’honnêteté elle-même est une spéculation de lucre.
Le commerce est satanique, parce qu’il est une des formes de l’égoïsme, et la plus basse, et la plus vile.

Quand Jésus-Christ dit :
«Heureux ceux qui sont affamés, car ils seront rassasiés !» Jésus-Christ fait un calcul de probabilités.

Le monde ne marche que par le malentendu.
C’est par le malentendu universel que tout le monde s’accorde.
Car si, par malheur, on se comprenait, on ne pourrait jamais s’accorder.
L’homme d’esprit, celui qui ne s’accordera jamais avec personne, doit s’appliquer à aimer la conversation des imbéciles et la lecture des mauvais livres. Il en tirera des jouissances amères qui compenseront largement sa fatigue.

Dieu et sa profondeur. – On peut ne pas manquer d’esprit et chercher dans Dieu le complice et l’ami qui manquent toujours. Dieu est l’éternel confident dans cette tragédie dont chacun est le héros. Il y a peut-être des usuriers et des assassins qui disent à Dieu : Seigneur, faites que ma prochaine opération réussisse !» Mais la prière de ces vilaines gens ne gâte pas l’honneur et le plaisir de la mienne.

Toute idée est, par elle-même, douée d’une vie immortelle, comme une personne.
Toute forme créée, même par l’homme, est immortelle. Car la forme est indépendante de la matière, et ce ne sont pas les molécules qui constituent la forme.
Anecdotes relatives à XXX et à XXX détruisant ou plutôt croyant détruire leurs œuvres.

Il est impossible de parcourir une gazette quelconque, de n’importe quel jour, ou quel mois, ou quelle année, sans y trouver, à chaque ligne, les signes de la perversité humaine la plus épouvantable, en même temps que les vanteries les plus surprenantes de probité, de bonté, de charité, et les affirmations les plus effrontées, relatives au progrès et à la civilisation.
Tout journal, de la première ligne à la dernière, n’est qu’un tissu d’horreurs. Guerres, crimes, vols, impudicités, tortures, crimes des princes, crimes des nations, crimes des particuliers, une ivresse d’atrocité universelle.
Et c’est de ce dégoûtant apéritif que l’homme civilisé accompagne son repas de chaque matin. Tout, en ce monde, sue le crime : le journal, la muraille et le visage de l’homme.
Je ne comprends pas qu’une main puisse toucher un journal sans une convulsion de dégoût.

NDL(I.)A : Cela m’évoque une impression persistante que j’ai… Les fait-divers auxquels nous confronte la presse, de nos jours, me font l’impression d’être de plus en plus surprenants de violence et de théâtralité. Il y a une sorte d’ensauvagement général qui est à mon avis bien perceptible. Et puis nous assistons impuissants à ce grand basculement ploutocratique dans le monde occidental des « grandes démocratie » (un peu comme une Rome jusqu’ici républicaine qui glisserait doucement sans douleur – ou presque – dans l’ère Impériale)… une poignée de familles – les Rothschild et compagnie – les mêmes, bien souvent, dont il était déjà question dans le Journal des Frères Goncourt (!) – se partagent ouvertement sous nos yeux ébahis, loin hors de notre portée, insensibles à nos mains impuissantes, tout ce que le monde entier recèle de lieux de pouvoir économique et exécutif… Quant à la remontée en flèche du putannat – les tractations entre les sexes ravalées partout au rang de simples échanges de capitaux – dans toutes les strates de la société… C’est un signe des temps !  – Ne doit-on pas voir-là autant d’indices majeurs de ce que le XXIe siècle est bel et bien est amené (comme je l’avais annoncé il y a déjà de cela une bonne dizaine d’années) à ressembler de façon troublante au XIXe ? C’est un peu à mon avis comme s’il fallait, pour comprendre le temps présent, apprendre le lire au travers d’un miroir (le XXe, un miroir ?)… le disséquer au travers d’un crible signifiant, qui n’est autre que le code des valeurs bourgeois du XIXe… – l’index des préjugés ésotérico-matérialistes – légèrement teinté d’eschatologie antisémite – bourgeois du XIXe !

La force de l’amulette démontrée par la philosophie. Les sols percés, les talismans, les souvenirs de chacun.
Traité de dynamique morale. De la vertu des sacrements.
Dès mon enfance, tendance à la mysticité. Mes conversations avec Dieu.

NDL(I.)A : Effectivement, les philosophes occidentaux conceptuels – très compliqués, très inaccessibles à l’esprit non-encyclopédique – des derniers 2-3 siècles du précédent millénaire, ont-il fait autre chose qu’arpenter – en bons marcheurs allemands laborieux – la désespérante continuité d’un réel humain et sociologique déjà malheureusement trop-connu, déjà amplement apprivoisé par l’esprit vulgaire, pour y poser – à intervalle régulier, suivant des jeux de symétrie géométriques – les jalons amusants de leurs divers vocabulaires néologiques, à seule fin de donner – symboliquement (= religieusement ) – une forme à l’informe ?

De l’Obsession, de la Possession, de la Prière et de la Foi.
Dynamique morale de Jésus.
Renan trouve ridicule que Jésus croie à la toute-puissance, même matérielle, de la Prière et de la Foi.
Les sacrements sont des moyens de cette dynamique.
De l’infamie de l’imprimerie, grand obstacle au développement du Beau.
Belle conspiration à organiser pour l’extermination de la race juive.
Les juifs Bibliothécaires et témoins de la Rédemption.

Tous les imbéciles de la Bourgeoisie qui prononcent sans cesse les mots : immoral, immoralité, moralité dans l’art et autres bêtises me font penser à Louise Villedieu, putain à cinq francs, qui m’accompagnant une fois au louvre, où elle n’était jamais allée, se mit à rougir, à se couvrir le visage, et me tirant à chaque instant par la manche, me demandait devant les statues et les tableaux immortels comment on pouvait étaler publiquement de pareilles indécences. Les feuilles de vigne du sieur Nieuwerkerke.

NDL(I.)A : Peut-être – rapport à sa profession – avait-elle pris du péché la juste mesure ? – C’est-à-dire sûrement sa mesure vétéro-testamentaire.

Je suis de l’école de cette putain car il faut bien qu’il y en aient pour sentir l’odeur du souffre lorsqu’on craque une allumette du feu divin, le feu que déroba Prométhée. Celui qui ne prend pas la mesure de tout ce qu’il faut détruire, en amont, de signifiant bel et bon, c’est-à-dire de matière vivante, pour produire un trait d’esprit, un bon sonnet ou même une phrase aimable, (c’est-à-dire quelque chose qui ressemble à de la peau morte), ne sait pas lire. Celui qui ne sait pas combien monsieur Baudelaire est un pécheur, ne sait pas lire monsieur Baudelaire. Monsieur Baudelaire, ce Bohème qui était un bourgeois intériorisé lui-même, puisqu’il avait fait profession d’antibourgeois. [Le Bourgeois n’est en effet rien d’autre qu’un « vilain », c’est-à-dire un membre de l’informe classe intermédiaire « parvenue » entre le peuple et la noblesse, voué à idéaliser l’un ou l’autre (voire l’un et l’autre), et incapable de se définir autrement que par-rapport à ce qu’il n’est pas – ce qu’il n’est pas, c’est-à-dire tout ce qu’il aime.]

Pour que la loi du progrès existât, il faudrait que chacun voulût la créer ; c’est-à-dire que, quand tous les individus s’appliqueront à progresser, alors, l’humanité sera en progrès.
Cette hypothèse peut servir à expliquer l’identité des deux idées contradictoires, liberté et fatalité. – Non seulement il y aura, dans le cas de progrès, identité entre la liberté et la fatalité, mais cette identité a toujours existé. Cette identité c’est l’histoire, histoire des nations et des individus.
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SOURCE : http://www.bmlisieux.com/archives/coeuranu.htm

Resucée – La Postmodernité expliquée à ceusses qu’auraient manqué des épisodes

Une fois n’est pas coutume, je vous copie-colle un vieux texte de mon ancien blog, le Mimi’s Diogenes Club (j’ai conservé les fautes d’orthographe et les « libertés » de syntaxe pour le plaisir de voir le chemin parcouru – ou pas parcouru, tout dépend du point de vue) :

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03/12/2008

REFLEXION SUR LA MODERNITE OP.1

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XP a encore eu un mot puissant :

« Tout va de plus en plus vite, dit-on? Non, jamais le monde n’a avancé aussi lentement, et peut-être parce qu’il a rompu avec la tradition du mouvement. »

Etrange, cette faculté de XP : exprimer un certain nombre de phénomènes relativement banaux – des questions sur lesquelles je ne reviens plus très souvent, en ce qui me concerne – et leur restituer tout leur mystère originel…
Je m’explique ; nous disposons d’un concept relativement commode aujourd’hui, pour désigner la déréliction de l’esprit de modernité qui a abrutie la fin du XXe siècle et qui caractérise le brouet clair philosophique que nous connaissons du XXIe… Nous ne nous posons plus la question de savoir pourquoi les mots ne veulent plus rien dire que les choses et leur contraire et pourquoi la jeunesse part en quête de sens comme on se prépare pour les croisades – traduisez « pour la mort ». Nous ne nous posons plus la question car nous disposons d’un terme pour cela, une expression aussi stupide que ce qu’elle désigne (et donc parfaitement appropriée) : la POSTMODERNITE.

La postmodernité est un concept très commode : il est un pur sens-unique car il est quasiment impossible à connoter positivement. En fait il n’existe qu’en négatif : il est l’échec de la modernité.

L’échec de la modernité, dans son acception définitive, contrairement aux apparences, est tout le contraire d’une notion philosophique : c’est une chose qui est en réalité complètement impossible à concevoir pour l’esprit humain. – En effet, comme le dit si bien XP, la modernité est mouvement, la modernité est agissement et réaction ; la modernité, fonction vitale du corps social, est le cri qu’il pousse lorsque son Essentiel est touché ; la modernité rappelle à l’ordre ! Et c’est l’absence de modernité qui ressemble bien davantage au chaos. La modernité n’est pas autre chose que le miracle réitéré de la vie, duquel il faut absolument se montrer digne, en lequel il s’agit de continuer à croire, ou bien naturellement crever plus ignorant qu’un rat de la plus invraisemblable des impiétés ! – L’esprit humain n’est pas fait pour concevoir le contraire de la vie, le non-être, l’antimatière et l’absence totale de mouvement. L’esprit humain ne le peut pas, intrinsèquement, car il ne sera jamais autre chose que l’expression d’une intelligence animale, c’est-à-dire un fils (ingrat) de la matière, bien vite rattrapé par elle. L’esprit humain a hérité de l’Etincelle primordiale, et périra s’il se refuse à continuer à lui sacrifier. L’esprit humain est fait pour la création, il est prévu pour innover. Il est voué à se développer à la mesure de l’expansion continue de l’univers à la suite du Big-Bang, et n’a pas été conçu pour barrer la route à cet immuable chemin.

Non, effectivement, la postmodernité n’est pas une option possible pour l’esprit humain. Car l’esprit humain, c’est  « je me dépasse ou je meurs ». La postmodernité est donc la mort de l’esprit humain, et elle est le commencement d’une souveraineté nouvelle…

La modernité n’est rien d’autre que le retentissement du sens lorsqu’il en vient, par ce qui s’apparente à une connexion électrique, à rencontrer l’objet. La modernité est cet instant béni où le réel existe à nouveau dans le ciel des idées, sous sa forme symbolique. La modernité représente l’ensemble de tous les instants de communion au cours desquels le Verbe à nouveau a créé le monde. La postmodernité est donc la renonciation schizophrénique, fatale, de l’esprit humain au réel – ce qui veut dire « à l’existence ».

La postmodernité est le commencement d’une souveraineté nouvelle : celle de la matière sur l’esprit.

Cela veut dire que l’échec de la modernité, bien qu’il ne possède, de priver les mots de leur sens, aucun sens en lui-même, n’est malgré tout pas une abstraction. Il demeure, en quelque sorte, « abstrait » pour l’esprit libre, mais tout en le tenant solidement prisonnier. L’échec de la modernité est une réalité tangible. C’est un phénomène notoire et bien réel. Il est une expérience de tous les jours, de tous les instants, auquel faible et las, pauvre et piteux, misérable et diminué, l’esprit s’abandonne à répétition.

L’échec de la modernité, il est tout simple : c’est la noire Angleterre Victorienne du petit Chaplin, et la laideur des Temps Modernes aux yeux du génial vagabond ; c’est le Communisme et le Libéralisme éliminés par leurs propres machines, et l’indignité infinie des hommes par rapport à leurs idéaux. *

 

___________________

 

* A propos du libéralisme, ma position est la suivante : c’est un admirable projet pour l’humanité qui consiste à vouloir que les hommes s’encouragent entre eux, par la compétition, à se dépasser eux-mêmes. Le Libéralisme table sur cette faculté unique de l’intelligence humaine, dont j’ai même osé affirmer tout à l’heure qu’elle la définissait, à innover sans cesse, qui donne à chacun de nous, potentiellement, la capacité de transformer nos faiblesses en forces. En cela même le libéralisme idéal est tout sauf injuste : au contraire, il prétend pousser chacun à offrir au monde la plus importante contribution possible – dans un tel monde de « bonne volonté », se dégageraient alors des aristocraties naturelles, fondées sur le mérite, impossible à contester. Du fait que l’intelligence humaine possède le don de se développer essentiellement pour compenser des manques, elle tend aussi à ne pas systématiquement favoriser les petits préférés de mère nature ; cela contribue au prestige non seulement moral, mais esthétique, de l’idéologie libérale, car celle-ci n’est jamais mieux complètement incarnée que par les individus les plus courageux et les plus inventifs, et par ceux qui n’ont pas peur de se confronter au principe de réalité.

Ma position au sujet du libéralisme est donc la suivante : le libéralisme est, par excellence, une idéologie de la confiance en la modernité. C’est l’idéologie qui n’existe que pour accompagner les hommes sur le chemin de l’expansion continuelle de la civilisation et de l’Energie sacrée dispensée par l’Etincelle primitive du Big-Bang. C’est une idéologie très rationnelle, (beaucoup plus rationnelle que le communisme), qui  n’envisage pas que l’Esprit humain puisse trouver un maître en la Matière. C’est une idéologie qui fait pleinement sens pour les gens, précisément, lancés à corps perdu dans une quête de sens systématique. Mais ce n’est pas une idéologie qui est capable de résister au « lâcher-prise ». Le libéralisme est incapable de concevoir l’espèce humaine ne concourant pas uniquement à perpétuer l’espèce. Le libéralisme a oublié que l’homme était à ce point un animal mélancolique que son propre reflet dans un miroir était capable de tout faire chavirer…

Le libéralisme a oublié que l’homme (malheureusement ou pas) n’était ni systématiquement intelligent, ni systématiquement rationnel, que l’homme échappait souvent à sa propre définition… Et cela, tôt ou tard, il fallait bien que la postmodernité se charge de le lui rappeler.

06:58 Publié dans Economie | Tags : libéralisme, postmodernité | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

Aux moujiks

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Isspisse di sale pute, moi ji suis un gentleman, ji rien à faire avec des folles comme toi, retourne d’où tu viens sale Djin, sorcière, Shaïtan tu m’salis. Ji d’la pitié pour toi : ji vais ti casser les dents avec di cailloux si ti continues à parler. Dieu est miséricordieux, Dieu est Grand. [Nebojka Ciric sur I Like Your Style]

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– Calmez-vous Irena. Vous me faites peur…

– Je vous fais peur ? La bonne blague ! – Comment voulez-vous qu’un être qui ne sait ni commander ni obéir, soit le moins du monde dangereux pour ses semblables ? Ces ailes trop grandes qui m’empêchent de marcher, sont aussi les garants du caractère inoffensif de mon Übris. En fait je ne m’autorise mon Übris qu’à une telle condition. En d’autres termes j’ai le droit de vivre en suivant des raisons/des ambitions supérieures à la condition-même qu’une telle supériorité m’isole de mes semblables… irréductiblement. C’est mathématique. Si tu te prétends plus grand que les autres mais que tu vis parmi eux sur un pied d’égalité : pourquoi te laissent-ils faire ? Si tu les commande, pourquoi se laissent-t-ils commander ? Parce qu’ils ont admis ta supériorité naturelle et qu’ils la respectent, ou bien plutôt parce que les trompes et que tu les manipules ?

Je ne sais pas comment vous l’expliquer… Je joue les punkettes et vous me prenez vraiment pour une pauvre fille… genre, euh… une sorte de cassos… et je ne vous ai jamais détrompé parce que… c’est rigolo, en fait ! – Quand je vous lis j’ai l’impression d’être Amy Winehouse, lol ! – C’est rigolo et pathétique aussi un peu, parce que dans la vraie vie, eh bien, c’est vous qui êtes les cassos !

Moi je sais ce que vous faites, ce qu’est votre vie, eh bon je ne vous en parle pas… parce que nous n’avons pas les mêmes valeurs, voyez-vous… pas la même valeur non plus. Moi, eh bien… Je ne suis pas née dans une ruine aux murs lépreux, les deux pieds dans la bouzasse, je n’ai pas été élevée par la rue, vous comprenez… Moi je suis née au pays des bisounours ! C’est pour cela que ça m’amuse, de tenter le Diable ! Les pauvres gens courbent l’échine devant plus fort qu’eux, moi je dis : « essaie-donc de jouer au con, pour voir ! » Ils évitent l’adversité, moi je la recherche ! – Je suis toujours étonnée du degré abyssal de bassesse où est capable de descendre le commun des pauvres gens lorsqu’on lui en laisse la liberté.

C’est à cela qu’on reconnait à un vrai pauvre : il est tellement peu habitué à avoir du pouvoir sur autrui que lorsqu’on lui en donne, il ne l’utilise jamais pour faire du bien. Toujours pour prendre sa revanche sur la vie. Saleté de mentalité de clebs. Pour avoir peur du Diable au premier degré, en fait il faut être né au Moyen-Âge, c’est-à-dire au bled en Afrique, ou quelque part dans un trou paumé de la Magyarie… Moi je suis athée à la base, c’est pour ça que les choses sacrées me mettent en joie au lieu de me terrifier, que je joue avec les tabous comme avec un jeu d’osselets. Du coup les primitifs me prennent soit pour Dieu soit pour une sorcière. « C’est magique » – à lire avec l’accent afwiquain.

Quand j’étais petite j’étais comme Candide, on me faisait croire que j’allais grandir dans le meilleur des mondes possibles… forcément que j’ai déchanté ! Quand vous m’avez rencontrée je ne croyais pas encore au mal… je ne le voyais pas, le mal ! C’est pour ça qu’au lieu de partir en courant – comme aurait fait n’importe quelle personne sensée – je me suis intéressée à vous et à ce que vous pensiez… je vous ai trouvés exotiques.

Quand j’étais petite je mangeais réellement avec un petit couvert plaqué d’argent… ceci n’est pas une métaphore. Là d’où je viens, la vie humaine a plus de prix. Et ma vie comptait davantage encore au yeux des gens qui m’ont élevée que celle de n’importe qui d’autre… Je n’ai pas été mise au monde pour prouver quoi que ce soit à des rustres comme vous, qu’ils soient mes patrons dans la vie, qu’ils portent une arme, un sceptre de roi nègre ridicule ou un uniforme… je ne suis pas faite non plus pour remplir un usage précis, ni pour servir qui que ce soit…

On ne m’a pas brisé les reins quand j’étais enfant pour que je devienne une bête de cirque, un singe savant ou un automate…  Rien ne m’a non plus préparée à la balkanisation progressive de mon pays. Vous, vous ne pouvez pas comprendre, vous venez déjà des Balkans. Ce qui est normal pour vous ne l’est pas pour moi. Je ne peux pas vous raconter vraiment ma vie… parce que d’abord j’aime bien passer pour toutes sortes de truc, j’ai toujours aimé me déguiser… C’est la grande différence qu’il y a entre les gens du tiers-monde et les vrais gentils occidentaux aux mains blanches, voyez-vous : nous cherchons à passer pour plus terribles et désinhibés que nous sommes, quand vous autres essayez maladroitement de vous laver de votre barbaritude… Vous vous rêvez (dans le meilleurs des cas) en noeud-pap’ et smocking sous les ors et les lambris du salon de madame la Marquise, quand nous autres nous maculons le visage avec du noir de bouchon pour nous faire croire que sommes des fous dangereux et que nous partons en guerre… Apocalypse Now !

Vous essayez perpétuellement, désespérément, de me psychologiser, de me réduire la tête, de me coller des étiquettes réductrices… parce que ce que je suis pour de vrai échappe à votre entendement sommaire… Il aurait peut-être fallu que je vous raconte ma vie plus tôt, peut-être auriez vous compris deux ou trois trucs, mais je ne pouvais pas le faire à fond. Je ne peux toujours pas. Parce que ça ne vous regarde pas.

Le plus dingue sans doute c’est que vous ne compreniez jamais, la plupart du temps, lorsque je fais de l’humour – que je puisse avoir de l’humour vous semble contre-nature… ma façon-même de me moquer de vous, vous est totalement étrangère… parce que chez vous l’insulte n’est qu’une insulte, le compliment qu’un compliment… Vous êtes des brutes.

Chez moi les compliments se font à-demi honteux, et timides… vous ne les percevez pas comme tels. Les insultes sont réversibles aussi, et consciemment. Par exemple je m’identifie assez souvent à la personne que je cherche à humilier ; quand je rabaisse quelqu’un je lui dis souvent des choses qui sont vraies à propos de moi… qui parlent de moi. C’est délibéré ! Je préfère projeter sur mon ennemi des défauts qui sont les miens, et qui ont évidemment pour revers un certain nombre de qualités… ainsi je ne lui dis pas : « casse-toi t’es pas d’mon monde » – le fait que je m’adresse à lui suffirait à prouver le contraire – mais je lui tends un piège à clef. Il suffirait à ma victime de comprendre cela pour ne plus se sentir insultée – en fait il lui suffirait d’abandonner son ressentiment pour que le mien à son égard disparaisse du même coup – il lui suffirait de faire preuve d’un peu de générosité décalée, de faire un pas de côté, du côté de l’humanité, dans ce moment de vanité blessée où justement la chose est plus inattendue, donc plus difficile -, mais elle est généralement tellement furieuse de ce que je lui dis qu’elle aimerait mieux se faire découper en morceaux plutôt que de me répliquer : « je suis donc comme toi ». En agissant ainsi mes interlocuteurs me prouvent encore une fois qu’ils me sont infiniment inférieurs et me donnent raison de les humilier.

Souvent, je vous parle au 5e degré et vous ne le voyez pas… vous ne voyez pas la tentation irrépressible que j’ai de me rouler dans les clichés que vous véhiculez sur mon compte comme un cochon dans sa soue… vous ne voyez pas que j’aime à être caricaturée de telle ou telle manière parce que la réalité c’est que j’échappe profondément à toute catégorie… vous ne connaissez pas la lassitude des êtres lourds qui ne tiennent dans aucune case et du coup ne prisent rien tant que d’endosser des habits trop petits pour eux…

Vous ne comprenez pas que la raison pour laquelle je ne loge pas ma pudeur dans ce que vous appelez la nudité tient à ce que, fondamentalement, je suis beaucoup moins attachée qu’il n’y paraît aux choses du corps… Qu’une femme jolie puisse souffrir d’être fondamentalement aussi détachée du Siècle qu’un ermite, entretenir sa vanité comme d’autres veillent à leur hygiène de base, et cependant exiger qu’on lui témoigne encore un peu de courtoisie, vous dépasse… et cela dans des proportions qui moi-même me dépassent… Vous n’entendez pas le rire léger qui se cache derrière mes jeux érotiques parce que vous ne pouvez pas concevoir qu’une femme puisse jouer à faire la femme… Vous croyez dur comme fer aux apparences, et même lorsque vous vous trouvez confrontés à un jeu trompeur d’apparences qui se dévoilent entre elles et se déchirent successivement, vous continuez à foncer tête baissée dans le panneau mouvant, comme une espèce de gros taureau furieux excité par un chiffon rouge…

C’est amusant d’en arriver là juste parce que vous avez le front trop bas, mais que vous ne pouvez malgré tout pas renoncer à l’idée que parce que vous êtes des homme, et que vous êtes généralement plus âgés que moi, vous avez vocation à être mes maîtres… En réalité, vivriez-vous mille ans de plus, vous n’auriez toujours rien à m’apprendre que je ne sache déjà… et je continuerais à vous trouver offensants lorsque vous prétendez au surplus m’accorder toute sorte d’effet de votre compréhension et de votre mansuétude, vous qui ne comprenez rien et en réalité et êtes tellement plus pauvre en bonté que moi.

Je ne peux pas vous expliquer qui je suis vraiment sous les franges rose fuschia de mon bikini internautique, parce que, et bien malgré moi, j’ai de la pudeur qui se cache par pudeur… Vraiment, c’est amusant cette méchanceté chimiquement pure de votre part qui me dépasse, cette brutalité inouïe, sidérante, avec laquelle vous vous acharnez à tenter de me lapider « comme des seigneurs »… Les seigneurs ne lapident pas les femmes, pauvres fous. Les seigneurs ne leur hurlent pas des insanités dès qu’elles font preuve d’un peu d’esprit. Vous représentez l’altérité totale pour moi qui ai grandi dans du coton (et qui après 2-3 aventures hors du coton, y suis finalement retournée vivre)… vous ne savez tellement pas à qui vous vous adressez… c’est amusant et terrifiant à la fois.

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J’aurais très bien pu laisser couler en réalité. C’aurait même été plus facile. Ne pas réagir. C’est ce que je faisais autrefois. Je ne réagissais pas à toutes les insultes, j’attendais qu’on se lasse, que ça passe, qu’on se raisonne, qu’on revienne de soi-même au sens-commun… Ca n’est jamais arrivé, monsieur ! Si vous leur laissez l’opportunité vous mordre une fois ou deux en toute impunité, à ces chiens – par peur de déranger, pour ne pas faire de vagues – ils se figurent que vous aimez ça ! Et puis l’odeur du sang excite les requins, et vous vous retrouvez, à cause de votre délicatesse, bloquée par vos scrupules, entourée de prédateurs en la personne de gens qui ne mériteraient même pas de vous baiser les souliers. Vous vous retrouvez, comble du non-sens, à passer pour une masochiste ! – C’est que nous sommes ici chez les moujiks : la délicatesse y est toujours interprétée comme de la faiblesse. En ne laissant rien passer, j’évite qu’on s’habitue à l’idée que certaines insultes à mon endroit ne seraient pas des insultes, qu’elles sont permises, voire de bon goût et même recommandées.

Mon but est d’échapper au rôle du bouc-émissaire de service. Et la meilleure défense, c’est encore l’attaque. L’expérience m’a appris ça. En faisant cela je prends évidemment le risque de manquer de style… de me ridiculiser et de passer pour une hystérique. Mais que voulez-vous, puisque la bêtise, la méchanceté, la pleutrerie générale, ne me laissent pas le choix !

Vous aspirez à un vrai patriarcat chrétien ? Mais encore faudrait-il avoir les épaules ! Suffit pas d’être méchant et brutal pour imposer sa supériorité à quelqu’un comme moi.

Qui jadis dans la réacosphère a-t-il jamais eu la carrure pour protéger une faible femme ? C’est leur insuffisance à tous – à tous ces barbares auto-proclamés gentlemen – qui m’a conduite à m’endurcir et à quitter ma position première de jeune femme littéraire, sensible et admirative.

Vous n’avez même pas idée du degré d’épidermisme et de fragilité qui était le mien au moment où je suis entrée dans la réacosphère et où une assemblée de grossiers personnages, de masturbateurs et de moujiks renfrognés m’est tombée dessus ! Il a bien fallu que je m’adapte !

Les seules fois où j’ai pensé trouver des protecteurs ici, ils se sont comportés comme de vrais maquereaux ! Les autres, ceux qui n’envisageaient pas de se /payer sur la bête/ leur sollicitude à mon endroit, étaient si lâches qu’ils se contentaient de servir de serviteurs à mes agresseurs par peur d’attirer leurs foudres contre eux. J’ai dû affronter seule au milieu des lazzis, des quolibets, des individus profondément sinistres qui avant moi n’avaient jamais trouvé la moindre conscience un tant soit peu chrétienne pour leur barrer le chemin. Et après ça il faudrait que je regarde ces poules mouillées qui nous entourent comme des hommes ?

Je n’ai pas été élevée dans l’idée que j’étais inférieure aux hommes, c’est vrai. Mais précisément parce que je n’ai pas une mentalité de larbin, je suis parfaitement capable d’éprouver de l’admiration, de faire preuve d’indulgence et de miséricorde, je ne n’ai aucune incapacité à la tendresse et je n’ai aucun problème pour me soumettre à plus grand que moi. En fait j’ai même toujours désiré de tout mon cœur rencontrer de grands hommes, qui m’auraient inspiré le respect et la crainte sacrée des hauteurs (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je suis venue essayer de fréquenter des écrivains). Ici, jusqu’à ces dernières années (qui m’ont permis de faire une rencontre surprenante), je n’avais jamais croisé que des minables emplis de ressentiment, des arracheurs d’ailes de bête-à-Bon Dieu, des grenouilles baveuses déguisées en dictateurs nègres, qui croyaient pouvoir m’en imposer sans jamais faire preuve d’une seule once de noblesse. Peuh !

Exercice de style – (Décadence 00)

Sans titre-1

Moi tu vois j’men fous de ce que tu penses de moi. Parce que je te sidère. Et que la sidération c’est plus fort que toi. J’occupe le terrain et j’ai pas honte. Parce qu’occuper le terrain c’est un truc de kador ta vu. Je suis trop une guedin. Tes yeux ils obéissent plus à ton cerveau. Je suis un tank, je m’impose, je t’en impose. Je tiens Warhol par les couilles je le libère quand j’veux. Hypnose c’est mon parfum. Moi j’écris directement sur ton code source, j’passe pas par l’interface. J’ai mes entrées VIP dans ton intelligence, j’ai pas besoin d’être intelligente. Je laisse ça aux larbins.

Morsay-1

Voilà notre argent où qu’y va, voilà notre argent où qu’y va. Lol
On paye nos impôts et puis à la fin y va mettre des comptes en banque en Suisse ! Hé hé…
Et nous on est comme des clochards à pas avoir d’argent. xD
Alors moi je lève mon verre de Schweppes à monsieur Cahuzac !
De Schweppes parce que je suis payé pour faire connaître la marque. ^o^
Je lève mon verre au lascar Cahuzac : va-z-y, faut qu’tu fasses de la garde-à-vue, t’as dépouillé les pauvres français qui travaillent. – Mort de rire !

Grosse dédicasse à tous les vrais travailleurs de France. Vous voyez bien que votre argent il part dans des comptes en Suisse ! Ils baisent des putes de luxe et ils se payent des bouteilles de champagnes à dix-mille euros, ces fils de putes. Et nous on est là comme des cons à boire du Schweppes. Looooloool !
Avec la TVA on paye les cannettes 2 euro. On se prend une arnaque hallucinante.

Faites comme moi ! Ce soir je vais vous montrer dans une deuxième vidéo que je paye pas mes impôts ! Que je ne paye rien du tout, moi. XPTDR – J’investis tout en Algérie ! – Mort de Lol !
J’ai des comptes là-bas, nikez vos races. Les plus grandes stars, soit-disant, se barrent de la France… Ben moi je suis-z-une Star ! Ha ha ! – Et je suis un ministre ! Ha ha ! – Voilà mon pote, give me five !
On paye rien nous ! xD On est pas des paysans. On paye pas nos impôts à Clicli !
– Cli-cliquez bande de salopes. Faites tourner mon bizness. Je vous fourre comme un Seigneur. C’était Morsay !