La suite du monologue et quelques aphorismes

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A l’époque où je travaillais comme serveuse (payée au noir à moins de 80% dans le meilleur des cas) dans les brasseries à Paris, il m’est arrivée d’être employée par un établissement possédé par un auvergnat très avare. Tout était automatisé dans les arrières-cuisines : pour tirer une simple bière à la pression, vous deviez taper sur un clavier numérique prévu à cet effet, le numéro personnel de serveur qui vous avait été assigné, ainsi que le code de la boisson augmenté de la quantité, de façon à ce que le prix de ce que vous aviez pris à la maison soit crédité sur votre compte. Si la boisson ne vous était pas payée – dans les cas où par exemple vous vous étiez trompé de bouton, où vous aviez été distrait au moment de poser le verre sous le robinet, où les clients étaient partis à force d’attendre car le système ne facilitait pas la tâche des employés quand la brasserie était pleine de monde, ou bien s’ils avaient renvoyé leur consommation parce qu’elle ne leur convenait pas (en effet, la radinerie du propriétaire impliquait que certaines consommations n’étaient pas de bonne qualité – notamment le jus d’oranges pressées avait toujours un goût de pourri) -, alors vous en étiez de votre poche !! Oui, nous nous comprenons bien : l’employé devait rembourser sur sa paye le montant des consommations qui n’avaient pas été dûment payées par les clients ! A la fin de mon premier jour de service, alors que je n’avais pas du tout réussi à me familiariser avec ce système automatique compliqué (je suis quelqu’un de très maladroit lorsqu’on me traite mal et qu’on me stresse), non seulement je n’ai rien gagné du tout, mais je me suis retrouvé en dette vis-à-vis de mon employeur. Le jour suivant j’ai juste rattrapé ma dette et bossé pour rien. Au terme de cette initiation coûteuse, la sous-chef qui m’avait prise sous son aile me confia que ce que je faisais convenait fort bien à la brasserie, mais que si je n’arrivais pas à gagner ma vie, il ne fallait pas que je continue à travailler pour rien. Comme cela se passait dans une saison assez creuse pour l’emploi dans la restauration et que c’était la seule place que j’avais trouvée dans ce domaine où l’on voulait bien me « déclarer », c’est-à-dire me fournir une fiche de paye, je décidais malgré tout de persévérer un peu ; je me disais que si j’acquérais beaucoup de skill, je pouvait finir par gagner ma vie. Or je me faisais des illusions : il était quasiment impossible pour une serveuse maladroite et douillette dans mon genre d’obtenir le paiement d’une journée normale.

A cette époque mon ex. et son frère m’hébergeaient gracieusement dans leur appartement commun. Eux non plus, au demeurant, ne payaient pas leur loyer (ou du moins, quand ils ne le faisaient pas, ils ne risquaient pas les huissiers), l’appartement appartenant à leur père. Ces deux personnes sont des caractères bien trop complexes pour que je vous les résume ici. Tout ce que vous devez savoir pour comprendre mon histoire, c’est que leur tempérament était suffisamment généreux et fiable (et idéaliste, et immature, et naïf), pour que je n’aie eu aucune crainte à l’époque d’être jetée « à la rue » par eux. Cependant il était clair que je n’habitais pas là-bas « pour la vie », ma situation sentimentale était par trop délicate et douloureuse pour durer, de plus je payais à ma façon un tribut pour ma dépendance financière : l’aîné me tourmentait beaucoup à l’époque avec ses idées ultra-libérales. Il m’avait même fait pleurer une fois durant des heures, en défendant âprement contre moi la logique inique de mon patron auvergnat (et partant, de tous les patrons ignobles de la terre).

Cependant, il y avait encore – en dépit des apparences – bien plus à plaindre que moi. Dans le pire des cas je serais retournée vivre chez mes parents. C’était ce que je faisais de toute façon, à l’époque, de temps en temps, pour me ressourcer : tant que mes séjours ici ou là ne duraient pas trop, cela restait encore vivable – c’est un peu plus tard que j’ai dû faire une croix aussi sur l’asile que mes parents m’offraient. Avec « mes » deux frères, je dois avouer aujourd’hui, au fond, qu’entre deux crises de larmes, je m’amusais bien – la grande jeunesse et la grande santé trouvent le moyen de s’exalter dans des situations profondément instables et périlleuses, qui feraient peut-être se suicider rapidement une vieille âme rabougrie, un pied moins alerte, ou n’importe quel homme prudent et sérieux. L’ironie de la chose est que mes parents, ainsi que les parents des garçons qui m’hébergeaient gracieusement, habitaient eux-mêmes l’Auvergne (nous étions tous les trois originaires de la même ville de province)… et que nous avions donc également du sang auvergnat. Si je vous confie tout cela, ça n’est que pour le côté anecdotique croustillant de la chose, pour complaire aux essentialistes, aux racialistes et aux tempéraments romanesques : le propriétaire de la brasserie (que je n’ai pas dû croiser plus de deux fois) était un fieffé enculé, et cela indépendamment de son origine. Je me défends bec et ongle d’être de la même espèce que les gens de cet acabit.

J’expliquais donc que je n’étais pas « à la rue », et que je n’étais pas tant à plaindre qu’on aurait pu le croire… C’était pour mettre en relief le sort véritablement cruel d’une autre serveuse, qui n’avait pas la chance d’avoir comme moi, (dans la région parisienne et dans sa famille), au moins deux solutions, même temporaires et inconfortables, de repli, et qui devait financer elle-même son logement. C’était une fille originaire de je ne sais plus quel pays de l’Est – une jeune et faible femme isolée dans la grande ville. J’ai aussi oublié son nom. Nous ne sommes pas devenues amies, n’avons pas parlé ensemble plus d’une seule fois à ce sujet, elle n’était pas très liante et moi non plus : c’est ainsi, hélas, le plus souvent, quand on a des ennuis par-dessus le cou et qu’on a ce que j’appelle « la tête dans le guidon ».

Je ne me suis de toute façon pas éternisée – contrairement à elle, la pauvre – dans ce lieu d’esclavage et de malheur. A sa place je ne sais pas si j’aurais pu faire ce qu’elle faisait : je ne sais pas si, même poussée aux extrémités de la misère, j’aurais trouvé les ressources physiques et mentales pour continuer là-dedans. Je me souviens juste qu’elle était constamment malade – bronchite, rhumes, maux de dos, courbatures – à force de travailler toujours dans les courants-d’air, jusqu’à point d’heure, et très tôt dès le matin, sans pouvoir jamais récupérer ses forces. Elle avait un teint d’une pâleur macabre, la vitalité de ses cheveux étaient tout-aussi épuisée qu’elle… Elle faisait ce qu’on appelait là-bas un « plein-temps », c’est-à-dire qu’elle avait, payée 35H/semaine, des matinées de cinq ou six heures de travail suivies du service de midi qui n’est pas le moins éprouvant, et qu’elle enchaînait sur des après-midi qui duraient couramment jusqu’à la fermeture la plus tardive. Moi-même, à cette époque, j’avais des bandages aux deux poignets à cause des élongations que me causait le port en équilibre du plateau couvert de verres pleins, d’assiettes remplies, de bouteilles, ainsi qu’aux deux chevilles à cause des demi-tours incessants sur des souliers à talons. Tout le monde ne rencontre pas ce problème dans pareil cas mais il se trouve que j’ai les articulations fragiles. Je n’étais pourtant déclarée qu’à mi-temps ! Et, en effet, je ne faisais que les huit ou neuf heures par jour du service midi-minuit. Je prends la peine de vous narrer tous ces petits détails, car, excusez-moi du peu, ils comptent si l’on veut se faire une juste vision du tableau d’ensemble.

Car, voilà où je voulais en venir… Un jour est venu travailler dans notre équipe un jeune homme avec des bonnes manières. A ses gestes larges de Narcisse, à son parler bien français, à sa confiance écrasante en lui-même, à sa stature d’enfant bien nourri, on voyait clairement qu’il était d’extraction bourgeoise, et d’ailleurs, sans doute pour augmenter son courage, il semblait mettre un petit point d’honneur à ce que cela se voie. C’était l’archétype du garçon dynamique, diplômé d’une école de commerce, plein d’avenir, soutenu par papa-maman, typé jeunesse UMP-Sarkoziste, à qui l’on avait dû répéter depuis l’enfance que les riches ne sont pas riches par héritage, mais parce qu’ils le méritent. Il est en effet nécessaire et bon que les lois sociales favorisent les plus forts et les plus courageux comme la nature le fait pour les lions dans la théorie darwinienne : il est difficile de contredire cela, et un cerveau d’enfant reçoit toujours favorablement les flatteries mêlées d’exhortations à la grandeur. C’est ainsi qu’il était parmi nous comme en formation pour toucher du doigt « le terrain » (et accessoirement se faire un peu d’argent de poche) avant de se lancer dans les plus hautes sphères. On a les services militaires qu’on peut.

Le plus troublant pour moi fut de l’entendre exprimer haut et fort son envie d’en découdre, sa joie de travailler, son plaisir à faire le ménage, à ranger à toute vitesse des tables en fer forgé et marbre, lourdes comme des hommes, au beau milieu de la nuit, et à me prendre ce travail des mains comme si de rien n’était. Il était bien sûr galant : des détails me reviennent quand j’y pense, à petites touches. Mais je ne suis pas partie pour écrire un roman, aussi je vous passe les descriptions de menus gestes significatifs. Surtout, il fallait voir la somme d’énergie monumentale qu’il parvenait à investir dans son boulot de serveur… et cette énergie, bien sûr, le rendait infiniment plus fort, plus habile, plus précis, plus rapide, que la fille de l’Est malade – qui bossait pourtant pour sa vie ! – et que moi-même (qui, mis à part l’absence totale de rouerie et le sourire aimable, étais sans doute la plus déplorable, la plus maladroite, la moins robuste physiquement des serveuses de toute la capitale).

Quand je le regardais travailler et agir – à l’entendre tout était simple, et bouffer le monde était une histoire d’appétit -, je ne pouvais m’empêcher de penser qu’il était là non réellement pour de l’argent de poche, mais pour se prouver à ses propres yeux (ainsi sans doute qu’aux yeux de sa caste, si ce n’était plus précisément à ceux de sa mère) qu’il allait réussir non parce qu’il était riche et protégé, mais parce qu’il le méritait plus que n’importe qui. Sur le moment, je me suis bien posé quelques questions. J’ai pensé que ce qu’il se payait-là le luxe de faire, c’était de gagner encore un peu davantage de cette confiance-en-lui dont il avait déjà tellement plus que nous, et grâce à laquelle il trouvait déjà les ressources morales infinies qui lui permettaient de nous surpasser et de nous écraser… J’ai pensé qu’un vrai trésor sonnant et trébuchant résulterait peut-être entre ses pognes du sentiment profond de son bon-droit à gagner du pognon qu’il acquérerait au contact de pauvres aussi piteux que nous. Mais contrairement à d’autres qui auraient eu quelque mal à la vue d’un tel spectacle à sortir de certaines absurdités dans le style pyramidal indou/indien, j’ai eu tôt fait de réfugier ma petite douleur aigre dans le secret de moi-même que je ne pouvais alors encore montrer à personne, ni communiquer.

Ce qui en toi est beau et que tu n’as pas encore les moyens de comprendre et d’honorer, ne le saccage pas pour autant, protège-le. Cet animal effarouché qui se blottit dans les coins est peut-être bien ton âme, et même si un jour il est chétif et ne fait que te mordre au sein, un autre jour, quand il aura repris du poil de la bête, il peut aussi te donner le plus fameux des rires solaires.

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Lorsque vous admirez une personne riche, un enfant gâté, qui a toujours pour tout le monde des richesses de cœur insoupçonnées… une dégoulinante largesse… lorsque vous le voyez aller et venir, ébahi par tant d’énergie, en train de se mouvoir en toute circonstance, même lorsqu’il se livre aux tâches les plus ingrates qui soient, avec un mélange de grâce et d’aisance que vous n’avez pas… et lorsqu’il vous répond plus poliment que ne l’a jamais fait aucun de vos pauvres camarades de chagrin, n’oubliez jamais une chose. Dans son monde, une telle façon-d’être représente aussi un luxe – un luxe que tout homme d’esprit, à un certain niveau de standing, a non seulement les moyens, mais a tout intérêt à se payer.

Là où le riche, en se mettant à l’épreuve, se donne l’occasion de jouir encore mieux du confort qu’il retrouvera immanquablement au terme de cette expérience… là où en s’épuisant volontairement dans des travaux difficiles, il s’offre le plaisir d’utiliser pleinement sa santé et sa jeunesse et d’en sentir la toute-puissance… le pauvre, s’il adopte la même attitude, courre probablement au martyr. Car, faire contre mauvaise fortune bon cœur quand on en a gros sur la patate ou qu’on est malade, avec une certaine somme de souffrances immense à cacher, ça n’est pas la même chose ! Garder les moutons quand on est née fille de berger et qu’on n’a aucun moyen de faire autre chose de sa vie, ça n’est quand même pas la même chose que de jouer à la bergère quand on est Marie-Antoinette !

Je veux bien qu’il soit courtois et agréable à autrui que les gens qui souffrent sachent un peu se dominer, et cacher au monde les affres de leur condition, ne serait-ce que pour ne pas susciter constamment la pitié, et ainsi peut-être se donner les moyen de faire autre chose dans la vie que souffrir et penser à leur propre souffrance… si l’on donne beaucoup aux gens sur leur bonne-mine, alors pourquoi ne pas se maquiller un peu ? Mais le problème c’est que si l’on achetait argent comptant les simagrées de tous les gens qui se maquillent pour avoir l’air « propres », ça se saurait. Puis je n’aime pas le mensonge. C’est comme ça. Pas négociable. Ensuite, je vois un nombre incalculable de gens à qui souffrir en silence en faisant les mignons n’apporte strictement rien : ils crèvent simplement sans qu’on ne sache jamais qu’ils ont existé, ou bien ils finissent cancéreux sous antidépresseurs. D’autre part j’ai bien cru remarquer que l’un des ressors principaux des tragédies antiques (et moins antiques) consistait à exploiter à la défaveur des gens pudiques et dignes, les quiproquo engendrés par leur absence de communication ou leur communication défaillante entre eux.

Ceci dit j’aurais toute même l’air un peu putain si je m’en prenais exclusivement à la pudeur et à la dignité des êtres nobles : ce n’est pas tant la pudeur des gens qui souffrent qui est responsable de ce qu’on les voit pas, c’est l’insensibilité commune. Car ce que mon expérience de la brasserie me dit, c’est qu’il est en réalité impossible de cacher sa souffrance à quelqu’un de sensible rien qu’en se taisant et en paradant. Quand bien même la fille de l’Est malade aurait voulu essayer de jouer comme l’autre aux employés d’élite pour épater la galerie, elle n’aurait pas pu. D’ailleurs, il est certain qu’elle aurait voulu pouvoir faire cela ; ça ne fait pas l’ombre d’un doute. Seulement la souffrance, comme la maladie, comme la tristesse, nous brûlent et nous dévorent dans un feu intérieur toute la bonne énergie dont nous aurions tant besoin précisément pour nous en sortir. On entre bien souvent dans les cercles vicieux comme dans les cercles vertueux sans avoir choisi.

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Une façon différente – mais pas moins parlante – d’illustrer un tel paradigme est d’observer quel rapport ont les hommes d’age mûr et fortunés aux très belles femmes : ils adoptent en les abordant un visage ouvert et souriant, n’hésitent pas à abuser auprès d’elles de la plus exquise galanterie, font preuve à l’égard de leurs petits défauts d’une exceptionnelle tolérance, ils écoutent leurs désirs et aiment leurs désirs… Jamais vous ne trouverez une telle attitude chez un jeune étudiant sans le sou ! Même et surtout en la présence d’une femme aimée. Or la dulcinée d’un pauvre étudiant, en la présence de laquelle celui-ci est constamment empêché par toutes sortes d’inhibitions et de complexes de se montrer à son avantage, est sans doute infiniment plus aimée que ne pourra jamais l’être une belle plante choyée par un représentant de commerce. (1)

Que l’homme qui est « à l’aise » financièrement, qui a les coudées franches, que l’homme qui a l’assurance de son autorité, et qui ne voit pas sur son avenir peser des nuages noir, soit dispos, patient et poli quand il en va de son intérêt le plus immédiat, ne me semble pas une chose si merveilleuse.

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A ceux qui pourraient me répondre sur l’air connu de la beauté des belles manières, je ne répondrai certainement pas contre les bonnes manières, car je n’ai rien contre dans l’absolu. Bien au contraire, j’aime tout ce qui est apte à fluidifier et rendre aimables les relations entre les êtres. Je ferai simplement remarquer que chez les gens de bonne éducation, la politesse, lorsqu’elle est excessive, n’est jamais totalement un signe de respect ou de confiance. Au contraire, à un certain degré, c’est leur façon de marquer la distance qui vous sépare d’eux, et de faire en sorte qu’elle ne s’atténue pas. En sorte que la politesse n’est pas exclusivement un moyen de facilitation des relations sociales comme certaines personnes gentilles aiment à le prétendre.

Dans le beau monde, les gens du même monde se tutoient, parfois même se rudoient un peu, enfin osent des familiarités. C’est d’ailleurs leur façon de se montrer qu’ils sont du même monde… et de le montrer au monde. En langue française, on parle alors de : « sans-façon ». Le « sans façon » est une certaine forme de relâchement contrôlé destiné notamment à honorer un hôte. Il est inutile de dire qu’il ne faut pas le confondre avec un véritable relâchement, et qu’il est susceptible d’être retiré à toute personne dont on estime qu’elle ne le mérite pas.

Attention à ne pas confondre le rudoiement léger (et bon enfant) qui détend l’ambiance et le bizutage dégradant. Même entre eux, les gens chics et de bon goût ont clairement du mal à mettre des limites entre ces deux choses. Moi je suis du parti de foutre un poing dans la gueule à celui qui se permet d’infliger constamment les pire blessures d’amour-propre à ses amis « parce que c’est sa façon d’aimer ». Mais comment juger sévèrement ceux qui se laissent faire ? C’est sans doute à cause d’une telle incorruptibilité foncière que j’ai si peu d’amis. Hum.

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(1) Il faut mettre un bémol toutefois à ce constat : il y a de pauvres gars exténués, de pauvres bêtes de somme, qui se saignent constamment aux quatre veines pour plaire à une femme. On leur a appris qu’il fallait être galant, alors ils le sont éperdument, même s’ils n’ont pas les moyens de se la jouer « grands princes »… il font cela davantage par habitude d’ailleurs, que par calcul ou à cause d’un véritable sentiment de supériorité. Mais ces gens-là sont toujours au final des idiots assez nuisibles : leur pauvre cœur se plaint constamment d’être lâchement maltraité par des femmes que pour ainsi dire ils ont « acheté aux enchères », en les encourageant à faire monter les prix. Leur façon-même de faire leur cour – qui tient du masochisme – est un appel tonitruant lancé à l’avidité, à la perversité et au sans-gêne. Ce sont en général des brutes qui manquent beaucoup de délicatesse et qui marchent sur les scrupules des femmes qui en ont : ils se mettraient en rage si par exemple une jeune fille leur disait que leur attitude est vulgaire et qu’il lui serait personnellement impossible d’accepter leurs cadeaux sans se sentir devenue une espèce de putain.

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Lorsque vous vous demanderez comment telle personne fait pour parvenir toujours à ses fins, même et surtout en prétendant servir les autres… même si vous n’arrivez pas toujours très bien à cerner ses plans, même si ses actions vous semblent suffisamment folles pour ressembler à des actions désintéressées de poète… ne vous creusez donc pas tant la tête ! Souvenez-vous seulement de ceci : la personne en question n’utilise pas tant son intelligence que vous. Pareille au prédateur qui s’oublie lui-même en reniflant des traces, elle suit avant-tout un instinct. Chez une personne de la sorte, l’instinct de survie est si prégnant qu’il peut l’entrainer à sauver la veuve et l’orphelin ou le cas échéant à se dévouer à Dieu – mais sans jamais perdre de vue son intérêt-propre… son intérêt le plus prosaïque et le mieux compris qui soit.

La difficulté consistera sans doute toujours à distinguer ceux chez lesquels l’art de parvenir à leurs fins est inné, de ceux chez qui il résulte d’un véritable travail contre le déclassement ou la misère. Les premiers ne sont pas sensibles à la raison, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas du tout des interlocuteurs pour leurs victimes éventuelles (quoi qu’ils en disent), quand les seconds ont encore besoin d’avoir recours à des raisonnements pour avancer leurs pions, ce qui d’un côté les fragilise mais de l’autre les rend plus humains.

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La possibilité d’une rédemption, même chez les cruels et les égoïstes, n’est jamais totalement impossible, et il faudrait toujours agir dans l’espoir de cette possibilité. Ne serait-ce que pour se sauver soi. Mais gare aux espoirs fous des masochistes qui espèrent tout des êtres les plus désespérants ! Ils autorisent aux méchants toutes les impudences – et même, selon une logique perverse, il les justifient supérieurement !

En cela se trouve la grande limite de toute logique sadienne : ce n’est pas parce que certains masochistes parviennent à jouir de leurs humiliations qu’ils doivent par l’exercice honteux d’une telle jouissance faire les méchants se croire autorisés à le demeurer éternellement sans risque. D’une part, il est toujours moins dangereux d’être le complice d’un individu cruel qui a les moyens d’exercer sa cruauté que de se mettre en travers de son chemin. D’autre part celui qui fait se sentir confortable moralement un tel individu parce qu’il est parvenu à domestiquer son propre rapport à la douleur et à modifier son sens de la dignité, ne travaille pas pour le bien commun.

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La mentalité du phynancier résumée en un mot : capitaliser sur ce que les autres donnent gratis.

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Je suis une grenouille déjà de la taille d’un bœuf dans le cul de laquelle un démon souffle pour la faire exploser.

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Les avares ont ceci de commun avec les vaniteux qu’ils ne conçoivent pas de devoir quelque chose à autrui. Dépendre d’autrui les épouvante. En cela, il ne peuvent être amoureux.

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« Plutôt mourir que d’être débiteur… même et surtout de quelqu’un de plus généreux que moi » – c’est aussi la devise du kamikaze islamiste.

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Un bourgeois peut ignorer qu’il en est un. En revanche un anti-bourgeois ne peut pas ignorer la définition de ce qu’est la bourgeoisie.

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La famille n’est certes pas le lieu de toutes les libertés. C’est la Cité des hommes en petit. On y rencontre dès l’aube de la vie tous les maux qui procèdent du fait d’être soumis au bon-vouloir d’autrui, à l’arbitraire d’un supérieur hiérarchique. Cependant, et pour cette raison-même, celui qui n’aime pas la famille est par excellence anti-social. Le noyau familial représente la forme la plus élémentaire de l’interaction sociale – mais pour cette raison c’est une interaction forte. Quoiqu’en disent les libéraux américains qui célèbrent les valeurs de la famille, celui qui voudrait les définir politiquement devrait admettre qu’elles sont celles du protectionnisme le plus poussé qui soit. Les idéologues libéraux ne se raccrocheraient pas ainsi éperdument aux valeurs de la famille, si elles n’étaient pas le dernier rempart un peu solide avant le chaos du chacun-pour-soi dont ils ont semé le mauvais grain. C’est eux qui nous font pendre au nez un retour de l’espèce humaine à l’état de nature, (avec tout ce que cet état suppose de violence relationnelle débridée), en détruisant toutes les systèmes sociaux fondés sur l’entraide et la protection du faible qui étaient plus évolués que la famille. Or qui dit plus évolué dit certes plus fragile, mais qui dit plus fragile suppose aussi moins contraignant.

Non, la protection sociale ne doit bien sûr pas remplacer les valeurs de la famille – c’est hélas la tendance contraire dans laquelle versent la plupart des idéologues gauchistes, qui sont de puérils égoïstes et ne s’occupent pas du devenir de leurs enfants. La solidarité aveugle d’une nation à l’égard de ses déshérités ne vaudra jamais un héritage financier et culturel en bonne et due forme – ce serait faire croire que l’assistance publique peut remplacer une mère et un père. Cependant, il faut bien voir aussi que la pérennisation de systèmes de protection sociale et d’ascenseurs sociaux étrangers aux liens internes à la famille est aussi le seul moyen de tempérer la tyrannie de celle-ci. En effet, un homme qui ne peut pas espérer trouver de soutien en cas de coup dur /pour réaliser ses projets / et pour financer son éducation, en-dehors de la smala au sein de laquelle il est né, est un homme qui encourt le danger de rester éternellement à la merci de ses parents, tel un indien aliéné à sa caste ou un éternel mineur.

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On n’est jamais libre dans l’absolu, mais libéré de quelque chose. L’intelligence-même est une chose infiniment structurée. Elle suppose d’avoir intériorisé la contrainte sociale au plus haut degré. Si je suis une personne intelligente, je ne suis pas autre chose moi-même qu’une cité morale constituée, avec ses tabous et ses institutions.

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L’esprit de tolérance est comme celui de liberté : s’il veut n’être pas qu’une abstraction, il doit cultiver ses propres limites.
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Il est extrêmement dangereux de se proclamer « tolérant ». Car alors les gens qui nous aiment ne peuvent pas ne pas nous demander l’impossible.
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Tout amour, comme toute générosité vraie, est par nature exigeant. Qui n’a pas d’exigence pour son prochain le méprise.
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L’avarice est une chose si mesquine qu’elle infuse par prédilection dans les actes de charité. Voyez à cet égard la condescendance extrême des dames patronnesses et des nordiques à l’égard de leurs petits protégés.

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Il est tellement « ridicule » d’expliquer pédagogiquement à ses contemporains ce que tout le monde est supposé déjà savoir… n’est-ce pas ?

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Il n’y aura bientôt plus en lieu et place de profs, que des gardiens empêchant les pauvres de cesser d’être niais, féroces et manipulables.

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On ne prête véritablement plus rien qu’à ceux qui ont déjà. Et ce dans des proportions jamais vues auparavant.

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Voulez-vous savoir ce que c’est que la définition de la faiblesse ? C’est avoir besoin d’autrui.

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Ceux qui n’ont pas besoin des autres, ce sont les riches et les morts. Voilà pourquoi la mort est à la mode aujourd’hui.

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La force de la laïcité, c’est d’établir des barrières entre les domaines du privé et du public. Point.

La laïcité est un système législatif à la romaine, ni + ni – .

Les barrières névrotiques sont des barrières arbitraires. Quand la loi des hommes ne se prend pas pour la loi divine, elle conçoit l’arbitraire. #desbarrièrescontrelapsychose

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L’arbitraire de l’usage m’a donné la vie

Ci-dessous vous lirez une réponse au billet d’humeur de Xix : / Prière pour la conservation du bobo / où il est question des expressions langagières : « Con » et « Bobo ». Ces deux insultes, selon l’auteur, sont menacées bientôt de ne plus rien signifier, en vertu de ce qu’elles étaient à l’origine-même dépourvues de sens profond. Il faut croire donc à le lire que ce n’était que justice.

Prière pour la conservation du bobo

[A lire en préambule sur le site où il se trouve, naturellement.]

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Je vais essayer de rendre le plus brièvement possible les scrupules qui m’assaillent à la lecture de cet article… Car je vois que personne d’autre n’en a à part moi. Il faut donc – au nom de je ne sais quelle idéal en lequel personne ne croit plus -, que je me dévoue. On pourrait composer là-dessus tout un traité, et cependant je ferai, rassurez-vous, le plus court possible, car je n’ai aucun intérêt personnel à éclairer le monde de mes lumières, dont au demeurant tout le monde se fout bien.

Sachez, chers camarades, qu’y a un problème de nature quasiment morale dans le fait-même que l’auteur de cet article suppose qu’un mot, et plus encore une insulte, telle que « con » ou « bobo », doive à tout prix comporter une signification absolue, constitutionnelle, à la manière d’un concept philosophique en langue allemande (ou d’un article de loi), pour toucher sa cible et valoir la peine d’exister.

Cela revient à considérer que les mots ne sont rien moins que des chiffres, et que les phrases sont en quelque sorte des équivalents de code-barre. Je vais essayer d’éclaircir ce point le plus simplement possible pour que cette assertion ne passe pas uniquement pour un mot d’esprit – ce qu’elle est aussi – mais soit comprise également dans toute son effrayante profondeur potentielle : au premier degré.

Un exemple seulement. (Car c’est le seul qui tout de suite me vienne à l’esprit, et aussi parce qu’il est aisé de le traduire en langage logique : en « chiffres »). Voyez à cet égard les double et même triple négations dont on usait et abusait dans l’ancien temps pour tenir des propos en apparence tout simples, des propos qui se seraient fort bien accommodés de la forme positive… La double négation, passe encore [« Je ne suis pas mécontent »] : elle équivaut bel et bien à la forme positive en ce qu’en mathématique /moins/ fois /moins/ égale /plus/. Mais la triple ? Dans le cadre notamment de ce qu’on appelle la prétérition, qui est /l’art de faire semblant de ne pas dire quelque chose que l’on exprime en fait/, il y a des cas ou des formes privatives sont employées comme à tort, alors que rien n’indiquait du point de vue de la signification brute de la phrase qu’elle fussent nécessaires. Il y a des fois où l’on trouve réellement des dénis, des défenses et des refus de dire les choses positivement, qui sont comme en trop dans le langage châtié de nos pères, et c’est à s’y casser la tête lorsqu’on est soi-même de cette race inférieure – sans tact et sans discrétion – des logiciens de nature.

Lorsque nous lisons des ouvrages écrits dans cette langue châtiée et scrupuleuse, à la fois clairement consciente d’elle-même, et légèrement enfloutée des circonvolutions nécessaires à la politesse et à la pudeur, que parlaient nos grands-parents, (cette langue qu’on appelle le Français, et avec laquelle Balzac a pourtant écrit ses romans dits « réalistes », qui sont le modèle du Roman pour la terre entière), on s’aperçoit d’une chose qui ne sautait nullement aux yeux de nos aînés, mais qui est susceptible de nous choquer nous (pauvres enfants déracinés que nous sommes de la niaiserie positiviste à l’américaine)… Cette langue, outil pourtant affuté (comme peu le sont) pour servir son objet (: dire l’âme humaine), utilisant non (comme aujourd’hui c’est de cas) des illusions et des pièges rhétoriques, mais réellement des /signifiants/, cette langue donc plus apte que, peut-être, jamais Verbe humain ne le fut, à traiter des choses terriennes les plus complexes, des vibrations les plus subtiles et profondes du sentiment, lorsque nous l’observons à la loupe du professeur Tournesol (comme nous savons si bien le faire aujourd’hui), lorsque nous disséquons le détail étonnant et comme pervers de ses expressions vivantes, nous nous apercevons alors qu’il s’agit d’une langue en apparence beaucoup plus approximative.

Le caractère vivant des vieilles expressions langagières conventionnelles, semble même tenir beaucoup à la qualité approximative en question de leur constitution. Ce qui relève de la convention est toujours un peu arbitraire, or qui dit arbitraire dit pas totalement logique.

*** Petit clin d’œil au lecteur. N’oubliez jamais qu’il y a des gens qui haissent l’ARBITRAIRE au point où ils s’en font les persécuteurs jusque dans les subtilités les plus cachées de la langue, et sachez qu’en France, ces gens-là, s’ils ne sont pas la majorité, sont au moins au pouvoir. Il y a de cette particularité intellectuelle, ardemment révolutionneuse, et par-là même coupeuse de tête, dans la définition-même de l’esprit français. ***

Ce caractère de légère imperfection dans la logique interne de la constitution des expression vivantes, qu’elles soient ramassées en un seul mot à la fois bien senti et bien pauvre et rendu par-là-même comme impossible à interroger (telle qu’est l’insulte de : « con »), ou composées d’une périphrase précieuse, à la fois alambiquée et débile, qui colle aux dents… ce caractère inattaquable, car piégeux, qui rend stupide celui qui pense pouvoir rendre l’expression stupide rien qu’en la désossant, justement parce qu’elle échappe à la raison… mais c’est à proprement parler : le triomphe de l’usage !

C’est parce qu’il heurte l’étymologique, la grammaire, la syntaxe, la naïveté des enfants, la morale des pudibonds ou tout simplement le bon-sens, que l’USAGE touche à son but comme une flèche experte.

Une fois que l’une de ces compositions langagières en apparence mal branlée – en réalité lourde de tout un poids de non-dits charriés dans sa course – est lancée dans le feu de l’usage, c’est son grain d’illogisme – son grain de folie – qui semble conférer au mot davantage de force de cohésion, et donc de réalité. Ainsi un train chargé à bloc lancé sur des rails tire de sa pesanteur-même une vitesse supplémentaire qu’on appelle la force d’inertie.

Le poids d’un non-dit – un non-dit est nécessaire en ce qu’il prouve l’indicible -, c’est le poids du sentiment et de la pudeur. C’est le poids du cœur, comme à la pesée des âmes égyptienne. Et ce poids de l’absence, du manquant, qui pourrait paraître infime à des infirmes du sentiment, à des moins-que-rien, qui engendre l’apparence d’imperfection de la surface visible du monde de la langue, mais qui est la seule vraie perfection à notre portée dans ce domaine lorsque nous en maîtrisons les effets, il faut peut-être y voir une analogie avec le poids de la matière noire dans l’univers, qui est dit-on le poids de ce qu’on ne voit pas, et qui paraît-il est bien supérieur au poids de ce que l’on voit. Celui-ci serait, à ce que certains scientifiques en disent, responsable de la force de gravité.

La gravité qui est contenue en creux dans l’impuissance constitutive des insultes, on ne la sent que si l’on a un cœur. Mais si l’on n’a pas de cœur, on ne comprend rien.

C’est la réalité-même que recouvre l’expression « avoir un cœur » (expression terriblement impuissante – comme c’est le cas de toutes les grandes et belles expressions – lorsqu’elle est regardée sans cœur, c’est-à-dire lorsqu’elle est disséquée à la loupe du professeur Tournesol et ainsi rendue à sa triste matérialité verbeuse) qui est en jeu ici.
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COMMENTAIRES :
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  • Notre bon Steppenwolf – bravo à lui car c’est lui qui a la plus longue ! – vient d’assommer le débat par la longueur de prose. Je propose au CGB d’adopter une résolution qu’on pourrait baptiser « Loi Steppenwolf » et qui limiterait à 20 lignes maximum en prose tout commentaire, ou alternativement 40 lignes mais en versification régulière, type sénaire iambique avec césure possible. Pour avis des mâles alpha du CGB…

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  • Plusieurs projets de loi ont été étudiés par le comité de rédaction. A vrai dire, la taille des commentaires est déjà limitée, mais nous ne pouvons rien contre la tactique employée ici du commentaire saucissonné et livré en plusieurs fois, entrecoupé de […]. Nous ne pouvons compter que sur la délation d’honnêtes et attentifs citoyens comme vous, Anonyme. Merci.

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  • Si tu as quelque chose à me dire, ou des coms à supprimer, tu n’as qu’à le faire franchement, au lieu de créer des commentateurs fantômes pour te donner la réplique.

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  • Ah ! Je reconnais Léstat sous cette paranoïa… Léstat, c’est toi ?
    Bon, un peu d’humour Steppenwolf. Moi, les commentaires longs ne me dérangent pas (j’ai une molette sur ma souris qui me permet de les faire défiler). J’avoue avoir essayé de vous répondre avant d’abandonner : non seulement je ne suis pas certain de vous avoir saisi, mais en plus je ne vois pas bien comment vous rattachez votre réflexion à ce que j’ai pu faire ou dire.

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  • Oui, bien sûr que je suis Lestat. Cela va de soi. ^o^

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    Pour ce qui est de comment ratacher ma réflexion à la vôtre (qui serait plutôt une cogitation : a.k.a l’art d’agiter des idées et de les frotter les unes aux autres en pensant produire de la lumière), je vais prendre la peine de vous aiguiller un peu.

    Tout votre article consiste à essayer d’établir des définitions correctes des mots « bobo » et « con » – des définitions susceptibles d’être universellement acceptés du type de celles qu’on écrirait dans un équivalent français de l’Urban Dictionnary. Le fait est que vous n’y parvenez pas. Mais qu’en déduisez-vous ?

    Pour ce qui est du mot « con », on sent bien que vous ne l’affectionnez pas, aussi s’il en vient à perdre toute saveur et toute férocité à l’emploi, ce n’est pas vous qui le pleurerez. La légende que vous inscrivez sous la photo de Guy Bedos, à cet égard, est claire. C’est elle d’ailleurs qui m’a fait tilter en premier. On sent là-dedans chez vous un certain esprit de caste à la Cabu, « anti-beauf », qui est plutôt disgracieux.

    En revanche, vous demandez à ce que, malgré son égale insignifiance (à vos yeux), le mot « bobo » soit : « sauvé ». En effet, un terme insignifiant pour pointer du doigt des gens insignifiants… c’est une chose qui a le mérite de faire ton sur ton. Pourquoi ne pas s’en satisfaire ?

    Sauvé de quoi, me demandais-je alors ? Sauvé de ce qu’à votre sensibilité émoussée, les termes « bourgeois » et « bohème » accolés ne représentent pas en soi une insulte ?

    […]

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    […]

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    Je vous ferai remarquer que « Bohème » fut en soi d’abord une insulte, les Bohèmes étaient des gens de mauvaise vie, oscillant entre les bas-fond de Paris et le grand monde, des putains, des drogués, toutes sortes de gens qui vivaient en pique-assiette, qui s’enorgueillissaient d’avoir connu Untel, qui mouraient jeunes, ne laissant rien, perclus de maladies vénériennes et de mauvais alcool, et qui lorsqu’ils faisaient des enfants les laissaient pourrir dans le caniveau faute de famille et d’argent. Ces gens, qui n’eurent de postérité que celles que des auteurs qui ne vivaient nullement comme eux voulurent bien leur faire, reprirent nihilistement à leur compte le terme dont les bourgeois usaient pour les désigner. Le plus grand des « Bohèmes » à ce que relatent les mémoires de la vie parisienne du XIXe, fut un certain Murger, qui contrairement à bien des grands hommes véritables, eut un monde fou à son enterrement. Comme il avait été toute sa vie un parfait narcisse, cynique et égoïste, comme il avait mangé à tous les râteliers, tout le monde chanta sa gloire sur le moment mais il n’avait aucun ami véritable, aucun vrai familier. On s’amusa beaucoup à ses obsèques, et puis aussitôt enterré il fut oublié.

    C’est un manque de culture caractérisé que de ne pas comprendre la pique féroce cachée dans cette juxtaposition contre-nature : bourgeois et bohème. Posez-vous la question de ce qu’un Théophile Gautier, un Baudelaire, un Rimbaud (grands anti-bourgeois par excellence – et faux bohèmes) en auraient pensé, si vous ne me suivez pas…

    De même, on a l’impression de lire un Pierre Perret qui s’ignore, lorsque vous dites ne pas comprendre le caractère offensant en soi du mot « con ». J’entends d’ici le vieux féministe baveux s’écrier qu’une telle identification n’a pas lieu d’offenser qui que ce soit car le sexe féminin est une fleur de chair qui embaume (et tout le tintouin). Juste répugnant.

    Pour conclure, une petite histoire édifiante en guise d’illustration :

    Imaginez un cercle d’amis ancien et fraternel. Au milieu d’eux se trouve un tempérament faible et envieux, qui arrivé à un âge où il faut faire des choix, tourne le dos à ses idéaux de jeunesse pour suivre quelque bas intérêt. Il devient riche et refuse assistance et soutien au plus démuni de ses camarades. Quand celui-ci s’aperçoit de quelle genre de personne est devenu son vieux compagnon, faute de mieux, il lui lance cette impuissante injure : « Pauvre con ! ». Alors le traître fait la nique à son interlocuteur en tenant le raisonnement suivant :

    _ »Pauvre con », qu’est-ce que cela veut dire ? Peut-on faire injure à quelqu’un en l’accusant d’être pauvre ? La pauvreté n’est pas une infamie en soi. D’ailleurs je ne suis pas pauvre, en quoi cela me concerne-t-il ? Mon offenseur est plus pauvre que moi ! … Quant à me traiter de con, j’en suis bien aise : j’aime beaucoup les cons, les chattes, les femmes et tous leurs attributs naturels. J’en aurai plus que celui qui m’insulte !

    L’autre s’avance d’un pas et lui met son poing dans la gueule. Qui a raison ?

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    C’est plus clair, et ça confirme la sensation de quiproquo que j’ai pu avoir. Il me semble que vous m’avez scrupuleusement compris à l’envers. Je n’ai justement pas l’impression de marteler une définition « correcte », absolue et universelle de ces noms d’oiseaux. Je procède au contraire par circonvolutions, façon d’admettre que ces notions sont changeantes avec le temps et que leur dénomination peut s’émousser. Comme vous dites, un « bohème » n’a pas la même connotation en 1800 qu’aujourd’hui, tout comme un « artiste », que l’on préférait éviter d’avoir dans sa famille à une époque alors qu’aujourd’hui c’est le must.
    Et c’est bien mon propos : le « con » dans un film des années 50 ou 60, ou le « con » de Coluche, me semblent plus précis et incisifs que « le con » d’un Bedos, d’un Christophe Alévêque ou d’un Guy Marchand (que j’ai déjà entendu employer le mot avec grande pédanterie lors d’une interview). Leur « con » à eux est un flou artistique derrière lequel ils hébergent leur propre connerie. La ficelle est usée. Celui qui continue à faire un sketch sur « les cons » aujourd’hui arrive trop tard, tout comme quelqu’un qui, en 2015, croirait blesser son ennemi en le traitant de « bohémien ! » viserait à côté et n’aurait pas saisi que la perception générale de ce terme s’est déplacée.

    Vous comprenez ensuite que « bobo » est insignifiant à mes yeux, alors même que mon article est une réhabilitation du terme. Titre : « Prière pour la conservation du bobo » ! et pourquoi donc demanderais-je à conserver le terme, sinon parce que je le trouve ENCORE signifiant dans un contexte où je crains qu’on l’évince, qu’on le remplace, qu’on le remise ? Comme le dit un commentateur, on entend désormais des choses comme « on est tous le bobo de quelqu’un d’autre », « on l’est tous un peu à un degré divers », façon de dire que la désignation ne vaut rien puisqu’elle s’applique à n’importe qui… Eh bien non, on n’est pas tous le bobo de quelqu’un d’autre ! Le bobo est une mentalité précise. Et si le terme ne résonne plus assez à vos sens, laissez-moi prendre ma machette pour le tailler et vous le planter à nouveau dans l’oreille. C’est tout. Et à vous lire, j’ai l’impression que vous plaidez exactement dans le même sens.

    « On sent là-dedans chez vous un certain esprit de caste à la Cabu, « anti-beauf », qui est plutôt disgracieux » => là je ne comprends plus ! Bedos n’est-il pas la parfaite version « one man show » de Cabu, ayant consacré sa carrière à épingler le même beauf, imaginaire à 80 %, raciste basique et si français ? A ce titre, égratigner Bedos devrait vous convenir. Zut à la fin ! Si votre ancien ami vous a mis son poing dans la gueule, ce n’est pas ma faute après tout.

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  • Oui, zut, messieurs ! En matière d’insulte, veuillez consulter cette référence universelle avant de prétendre ! (http://www.culturalgangbang.com/2014/12/lart-menace-de-linsulte.html )

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    _ « façon d’admettre que ces notions sont changeantes avec le temps et que leur dénomination peut s’émousser. »
    Ce qui s’émousse, ce ne sont pas les mots. Sans quoi il suffirait d’inventer novlangue pour rajeunir la langue. Or penser qu’il suffit de prendre des mots neufs pour dire des choses neuves, c’est un peu comme penser que la chirurgie esthétique rajeunit.

    Ce qui est émoussé c’est la vitalité du causeur, de celui qui écrit : c’est son envie de dire quelque chose de signifiant.

    _ « Comme vous dites, un « bohème » n’a pas la même connotation en 1800 qu’aujourd’hui »

    Et que veut-il dire, ce mot, aujourd’hui ? Veut-il dire quelque chose de nouveau ? Quelque chose qui soit totalement étranger au XIXe siècle et à ses conventions bourgeoises ? Mais le mot « bohème » suppose la convention bourgeoise, il en a besoin pour exister ! Comme l’ombre a besoin de la lumière.

    La raison pour laquelle on ne comprend plus le sens du mot bohème, la raison pour laquelle il a perdu de sa causticité, ce n’est pas parce qu’il est ancien, c’est parce qu’aujourd’hui les bourgeois ne veulent tellement plus être appelés des bourgeois, que le mot « bourgeois » en a été privé de sa signification. Plus exactement, ce mot est devenu inutilisable en la compagnie des bourgeois car il renvoie désormais chez eux à un véritable tabou.

    On prétend aujourd’hui chez les bourgeois que les conventions bourgeoises n’existent plus, qu’elles sont passées d’actualité (c’est cette prétention vaine à constamment « choquer les conventions bourgeoises » qui caractérise aujourd’hui la bourgeoisie). Mais en réalité, ces gens en sont tellement plein, de leurs « conventions », qu’ils ne connaissent plus que ça. J’en prends pour preuve que ces gens n’ont jamais d’idées à eux susceptibles d’être interrogées et discutées : essayez seulement de reformuler leurs propos politiques avec d’autre mots que les leurs, ils ne les reconnaissent jamais.

    Ils n’ont jamais en lieu et place d’opinions personnelles et de goûts, que des codes, des codes qu’il faut posséder pour demeurer en leur compagnie ou bien être regardé avec effroi et exclu. Or c’est cela la vraie définition profonde de la bourgeoisie : la culture du préjugé.

    Je pense qu’il faut voir dans ce phénomène que je vous explique, de la bourgeoisie post-moderne qui ne veut ni dire son nom, ni même le reconnaître, la plus grande source de maux intellectuels de la société française actuelle. Nous vivons sans doute dans la société la plus bourgeoise qui ait jamais existé, car la plus matérialiste, la plus près de ses sous, la moins idéaliste, la moins généreuse depuis la Création.

    La raison pour laquelle « Bohème » est un mot qui a perdu de sa force, ce n’est donc pas parce qu’il est démodé, c’est au contraire parce que l’univers de sens auquel il appartient est devenu tabou tant il juge notre monde d’un œil sévère.

    Si les bo-bo pouvaient se souvenir littérairement de ce que veut dire le mot Bohème, s’ils étaient capables d’aller voir ce que signifiait l’adjectif « bourgeois » pour un dandy comme Théophile Gautier, s’il avaient pour comprendre de telles choses l’honnêteté suffisante (« Comprendre c’est égaler » a paraît-il dit Raphaël), et s’ils avaient encore le brin de dignité, de sens de l’honneur nécessaire pour se juger eux-mêmes, leur cervelle se mettrait à bouillonner tant et si bien qu’ils devraient choisir entre perdre volontairement la raison ou cesser d’être ce qu’ils sont : d’immondes bourgeois égoïstes, valets du capital hypocrites, pas même protecteurs de leur propre famille (ce qu’était encore l’humble et borné patriarche de la famille bourgeoise traditionnelle).

    […]

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    […]

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    A ce propos, nos Bo-bo ont tout de même emprunté une part de leurs us et coutumes à la Bohème historique : la drogue, le laisser-aller général, la fainéantise, l’égoïsme prétentieux de se croire original, la recherche à tout prix du plaisir, même dégradant, et bien souvent aussi l’absence de piété filiale, l’abandon de l’éducation de leurs enfants aux bons soins de « l’égalité des chances républicaine » (autant dire du hasard du caniveau).

    Donc, pour bien enfoncer le clou, j’affirme en dépit de vous que sisi, « Bourgeoisie-Bohème » est forcément un terme à connotation dix-neuvièmiste, qui nous renvoie forcément aux intérieurs cul-cul la praloche des vaudeville de Feydeau, au poème de Rimbaud, aux rodomontades de Baudelaire contre les bourgeois, à la chanson mensongère d’Aznavour (.. etc.), ce qui fait que les termes qui la composent ne peuvent pas avoir changé de sens depuis 1800, puisqu’au contraire ils supposent une nostalgie un peu niaise de ceux qui l’emploient pour cette période de l’histoire. Ce dont témoignent d’ailleurs les prénoms dits « anciens » que les gens de cette génération donnent à leurs enfants.

    C’est juste la haine du sens, mêlée d’acculturation, qui caractérise notre époque, cette moutonnerie terrible des gens qui n’ont pas le temps de penser parce qu’ils bossent, conjuguée aux frileux efforts des « mentalités ârtistes » et des « modernoeuds » – qui ont toujours peur de dire quelque chose de sensé – pour se rendre spirituels en disant des énormités, c’est juste cette société pleine de lâcheté et de fainéantise intellectuelle, qui anesthésie le terrible potentiel de nuisance de cette expression à l’égard précisément de ces deux castes, masse finalement assez homogène de fades gens.

    _ « Et c’est bien mon propos : le « con » dans un film des années 50 ou 60, ou le « con » de Coluche, me semblent plus précis et incisifs que « le con » d’un Bedos, d’un Christophe Alévêque ou d’un Guy Marchand (que j’ai déjà entendu employer le mot avec grande pédanterie lors d’une interview). »

    Encore une fois, le mot lui-même n’est responsable de rien. C’est l’âme qui est malade.

    _ « Leur « con » à eux est un flou artistique derrière lequel ils hébergent leur propre connerie. La ficelle est usée. »

    Les plus beaux des hôtels peuvent héberger des cons finis. Faut-il pour autant démolir ces hôtels (autels) ?

    La ficelle est usée, dites-vous… Quelle ficelle ? Celle de l’humanité ? – Je n’achète pas cette conception.

    Encore une fois, ce n’est pas de créer de nouveaux mots cousus de ficelle neuve qui changera quelque chose à la bêtise de ceux qui ne les comprennent pas.

    _ « Celui qui continue à faire un sketch sur « les cons » aujourd’hui arrive trop tard, »

    En vertu de quoi dites-vous ça ? L’humour réside rarement dans le sujet lui-même… En général il doit tout à la façon dont il est traité.

    _ « tout comme quelqu’un qui, en 2015, croirait blesser son ennemi en le traitant de « bohémien ! » viserait à côté et n’aurait pas saisi que la perception générale de ce terme s’est déplacée. »

    Ha ha ! Que vous êtes donc superficiel ! Les vrais héros s’amusent tout seul ! Qu’importe la (supposée) « perception générale » quand on sait parfaitement bien soi-même ce que l’on dit ?

    […]

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    […]

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    Soit votre ennemi ne se sent jamais offensé par les insultes d’autrui que lorsque « la perception générale » a compris dans quelle mesure il était insulté, (que lorsque l’insulte a été entendue par des tierces personnes et reprise comme un bon mot) et alors votre ennemi est vraiment un moins-que-rien, il ne mérite même pas d’être votre ennemi, car il n’a aucun sentiment personnel de sa dignité, c’est une bite d’amarrage, une légumineuse : il indexe son honneur sur son niveau dans les sondages d’opinion.

    Ou bien votre ennemi a de la sensibilité, et il comprend fort bien tout de poids de pathos, tout le poids de « gravité », pour reprendre une expression précédente, que vous avez mis dans ce mot. Et alors vous partagez avec lui une certaine conscience supérieure de ses fautes, tel l’œil dans la tombe qui regardait Caïn.

    Mais soyons un peu pragmatiques, si vous avez un ennemi et qu’il vous prend l’envie de l’insulter en utilisant un mot que de sa vie il n’aurait jamais cru pouvoir être utilisé comme une insulte, si vous le faites bien, c’est-à-dire avec conviction, si le terme est bien choisi, qu’il renvoie à une certaine réalité sur lui que vous connaissez et qu’il sait que vous connaissez, il y a toutes les chances que l’effet de surprise – l’aspect « spirituel » de la chose – joue en votre faveur. C’est cela, (entre autre), qu’on appelle : « avoir de l’esprit ». Hum.

    Exemple : Vous êtes en rupture avec une petite amie. Vous cherchez à lui faire mal.
    Vous vous souvenez des nombreuses fois où il vous a été donné de la voir au réveil, dépeignée, habillée n’importe comment, avec ce qui lui avait passé par la main la veille au soir, et du mascara jusqu’au milieu des joues.
    Il vous suffit de faire une allusion (anodine pour quiconque d’autre qu’elle) à ces moments d’intimité partagée, et de la traiter de bohémienne (sous-entendu : prétendre avec un certain sérieux qu’elle est une personne sale, une « romano’), pour la blesser mortellement.

    Tout est dans la façon, le passif, et le contexte. Ce ne sont jamais les grossièretés qui blessent le plus.
    Imaginez que la fille soit d’origine roumaine… imaginez qu’elle soit d’origine roumaine par sa mère et que sa mère soit morte… Imaginez que sa mère ait réellement été une personne malpropre… Vous faites un strike. Si elle est dépressive, elle peut avoir envie de se suicider pour un « mot d’esprit » comme celui-là.

    Certes, il faut avoir un cœur pour comprendre toutes ces subtilités, je vous le concède.

    _ « Comme le dit un commentateur, on entend désormais des choses comme « on est tous le bobo de quelqu’un d’autre », « on l’est tous un peu à un degré divers » »

    En quoi est-ce faux ? Et en quoi ce fait dévalue-t-il l’expression ?

    Vous pouvez remplacer « bobo » par salaud. Ca reste vrai. Néanmoins, une telle chose, même dûment observée, ne justifie nullement qu’on ne comporte comme un salaud.

    Être un salaud serait-il la chose la plus banale au monde, cela ne retirerait pas son droit à la femme trompée de se plaindre de son « salaud », cela ne retirerait pas non plus au terme « salaud » son caractère insultant lorsqu’il est proféré à tort, et surtout, surtout, un salaud qui prétendrait avoir le droit de l’être parce que tout le monde en est plus ou moins un, serait doublement un salaud – ce serait la crème des ordures.

    […]

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    […]
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    « façon de dire que la désignation ne vaut rien puisqu’elle s’applique à n’importe qui… »

    Encore le même biais logique ! Ce qui s’applique à tout le monde lorsqu’on observe l’humanité dans son détail, avec philosophie, n’est pas pour autant dénué de valeur ou de sens. Par exemple, nous somme tous faillibles et mortels ; ça ne fait par pour autant de la mort et de la faillite des choses anodines.

    C’est seulement le monde est regardé par l’analyste d’un regard surplombant, en usant d’une grille abstraite, en cherchant à faire rentrer de force les gens dans des cases sans aucun égard pour les gens en question, qu’on peut dire que les « cases » en question sont surfaites. Mais c’est toujours l’âme de celui qui voit qui est jugée ici, non les dénominations qu’il emploie.

    _ »Le bobo est une mentalité précise. »

    Oui. Mais une mentalité qu’on est tous susceptibles d’avoir (en France du moins).

    _ »Et si le terme ne résonne plus assez à vos sens, laissez-moi prendre ma machette pour le tailler et vous le planter à nouveau dans l’oreille. »

    Vous n’y avez absolument pas réussi. Je ne sais pas plus ce que ce mot veut dire après vous avoir lu. Un seul passage est intéressant : c’est quand vous dites que le bobo est quelqu’un qui n’entretient aucune relation avec le matériel, ni avec le spirituel. C’est intéressant mais ce n’est absolument pas développé. On dirait que vous ne vous appropriez pas cette idée, que vous l’avez prise à quelqu’un d’autre.

    _ « là je ne comprends plus ! Bedos n’est-il pas la parfaite version « one man show » de Cabu, ayant consacré sa carrière à épingler le même beauf, imaginaire à 80 %, raciste basique et si français ? »

    Ce point est complexe à développer. Mais le fait est que vous dites exactement la même chose que Bedos en prétendant vous moquer de lui

    « Rien d’pu con qu’un con qui sait pas qu’y est con ! », on ne sait pas si c’est une phrase qui se moque des cons ou de ceux qui emploient le mot : « con ». Il semble que les deux soient réunis comme une seule et même entité dans son esprit, et qu’il joue à faire le con qui ne sait pas qu’il est con en disant que les cons sont ceux qui sont cons sans savoir qu’ils sont cons.

    C’est la vieille blague du Crétois dans laquelle vous nous piégez-là. ^^

    Sachez qu’elle est piégeuse, mais qu’elle ne résout rien.

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  • Pardon pour le « zut ». Je me suis emporté. Je… Je ne sais pas ce qui m’a pris…

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  • Angoissant, quand ça arrive sans crier gare.

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    Steppenwolfy a des tendances à la somme, il les reconnaît lui-même. Mais à tout prendre, je préfère un long solo plus ou moins free sur un thème, un solo qui pose ses couilles sur le comptoir, plutôt qu’un commentaire à la con, genre énigmatique et sous-entendu, posé comme une crotte sur le trottoir d’un article (sortirai-je entier de ces métaphores débiles ?).
    Moi, ce que j’aime bien dans son truc, c’est l’idée qu’une langue (que dis-je ? la plus belle langue du monde, la nôtre) ne doive pas rendre de compte à la sèche logique ni à la rationalité à verre doseur. J’aime qu’une lange soit capricieuse, comme la belle salope qu’elle est, toujours à te poser des pièges que toi, gros balourd, tu enquilles comme à la foire ! J’aime qu’elle exige de ses amants (nous) une attention totalitaire, absolue, permanente, sous peine de passer pour un inculte, c’est à dire un gros dégoutant. Se servir d’une langue, merde, ça doit être plus compliqué et délicat que conduire une bagnole, avec régulateur de vitesse, air bag, anti patinage et GPS branché dans le fion ! Avec le français, tu es distrait un quart de seconde, tu te ramasses : le cauchemar des modernes, on comprend pourquoi. S’agit pas d’avoir passé sa scolarité collé au radiateur de fond de classe, de n’avoir jamais ouvert un livre et de prétendre, en plus, causer Molière dans le texte : le baragouin et le salmigondis sont là pour te servir de bagage, hé cancre ! Et comme le dit je ne sais plus quel con : entre un chômeur de longue durée et un chômeur de très très longue durée, la différence, c’est la maîtrise de la langue !

    (Ceci dit, Steppy, aucune chance que Xix crée un faux commentaire anonyme pour te dire d’aller te faire foutre, si l’envie lui en prenait. Tu connais mal le mec…)

Pourquoi le peuple français est… un peuple

vache traiteUne fermière bourbonnaise en train de traire sa vache

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Oh là là, de quoi se plaignent-ils encore, ces gens qui aiment tant à s’agenouiller ? S’ils sont si respectueux du Divin, ils ne peuvent fondamentalement pas détester être « stigmatisés » ! Lol !

Chez nous, il faudrait le leur dire, être « stigmatisé », religieusement parlant, c’est la classe. ^^

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Soyons un peu sérieux, à présent, soyons honnêtes deux petites minutes… dans cette foutre de vie ou tout le monde se la raconte et où tout le monde ment… Le « Padamalgame » est tout de même une invention d’une cruauté idéologique monumentale… Je veux dire, c’est une stratégie de combat civilisationnel de très haut vol… totalement vicieuse, comparée au bon vieux racisme à la papa.

Réfléchissons ensemble, par-delà le « civilisation gap », durant une petite minute de paix fraternelle entre les peuples, voulez-vous…

Ce qui est terrible avec le peuple français, vis-à-vis des autres peuples, en particulier vis-à-vis des peuples du sud, ce n’est pas qu’il serait composé de « grands vilains racistes », allez… on sait que ça n’est pas le cas. On le sait. C’est sa profession d’antiracisme qui est la plus cruelle, évidemment.

Vous en connaissez beaucoup, vous, des peuples au sud de l’Europe qui ne sont pas racistes ou au moins racialistes, vous ? Le monde arabe, le monde africain, il est antiraciste, peut-être ? Ha ha ! La bonne blague !

Un certain fond-diffus xénophobique, c’est pour n’importe quelle personne simple et honnête – vous pouvez interroger n’importe qui à ce sujet tout autour du monde – le signe scientifique de l’existence d’un peuple en tant qu’entité distincte. On ne peut pas « être soi » sans l’être « contre l’altérité », tout le monde sait cela au fond de son cœur, car c’est une vérité mathématique. Y’a que chez nous que cette vérité est tabou.

Alors, qu’est-ce qu’ils font, les estrangers, quand ils arrivent chez nous ? Eh bien ils cherchent en premier lieu où se loge notre « fond-diffus » raciste… qui existe forcément, puisque nous sommes un peuple (qui existe forcément, puisque nous ne sommes pas des Dieux)… mais on leur met la misère en le leur cachant effrontément.

Je précise à toutes fins utiles que ce sont les gauchistes qui le cachent le mieux. Les immigrés, quand ils rencontrent les gauchistes (et c’est toujours sur eux en général qu’ils tombent en premier, les pauvres), ils se heurtent systématiquement à l’altérité absolue. Qui plus est, cette altérité absolue, le premier mot qu’elle a toujours à la bouche c’est : « Mais nous sommes tous pareils ! ». – Moi je comprends que ça les choque. Ils ne se sentent pas pareils aux gauchistes, eux. Oh là là, non ! Pas du tout pareils ! Moi non plus d’ailleurs.

– Nous ne sommes pas tous pareils, non. Mais on n’a pas le droit de dire ça à un gauchiste, quand on est dans le besoin… sinon, il ne voudra plus donner la bonne sou-soupe et le croûton de pain qui va avec. Un peu dégueulasse sur les bords, non ?

Attention, moi j’aime bien les étrangers, je m’entends bien en général avec n’importe lesquels, peu importe leur culture d’origine. Je suis fascinée par l’altérité de toute façon, et la barbarie des autres me fait rarement peur (je connais la mienne). J’en suis assez friande, pour tout dire… ça me détend. Mais ça n’est pas le cas de bien des bobos, qui s’épouvantent pour un rien. Les chochottes.

En réalité, je m’entends plus facilement avec les étrangers qu’avec les français. Mais, vous savez, aussi, ce n’est pas bien sorcier… Ce qu’il y a, c’est que je ne m’y prends pas comme les chochottes – d’une façon aussi hautaine et irrespectueuse… ‘Faut voir un peu comment ils se la pètent ! De vraies dames patronnesses, vous les verriez… ils me font honte.

Pour détendre un peu l’atmosphère et parler avec des Ouzbeks sur un pied d’égalité, vous leur causeriez du musée de l’immigration, et de la prochaine manif’ anti-FN, vous ?
– Le FN : les gauchistes, ils croient que ça veut dire quelque chose pour les étrangers… Quels nombrils !

Paradoxalement, il ne faudrait jamais commencer comme les snobs « xénophiles » le font, avec des niaiseries pareilles :  « Après tout, nous avons tous deux bras, deux jambes, une bouche et un nez » … parce que commencer par ça, ça équivaut à dire : – « Oh ! Formidaaâble ! Vous aussi vous êtes un être humain en fait », sous-entendu : même si ça ne saute pas aux yeux à première vue… Mouarf’ !

La première chose dont il faut parler avec quelqu’un qui vient d’ailleurs et qui est pauvre, si l’on ne veut pas lui faire de mal à son petit cœur tout bleu, c’est : de là d’où l’on vient soi-même, et lui faire sentir qu’on n’ignore pas soi-même la dureté de la vie et le prix de l’argent. Parce que ça, tout le monde l’a en commun. Ca, on est sûr que tout le monde comprend.

… – souvenirs de famille, vie d’autrefois, comment étaient les ancêtres, quelles étaient leurs valeurs, l’évolution des villes, la beauté des campagnes, la fierté du pays d’origine, à quoi ressemblait le clocher sous lequel on a grandi, l’attachement aux ciels, la nature, les plantes, la fierté des blasons, des châteaux, les Rois et les Reines du temps jadis, les légendes, et puis comment c’était l’école autrefois, comment c’est maintenant, ce que faisait grand-mère pour se faire obéir à la maison, comment les mamans françaises s’y prennent aujourd’hui, ce que mangeaient les gens pauvres en France dans le temps (on les appelait chez moi des « ventre-à-choux »), ce que mangeaient les riches, ce qui a évolué, et bien sûr enfin ce qui reste, qui est immuable, dans la misère comme dans la richesse, indifférent au passage des siècles et aux régions du monde… Tout cela (et bien d’autres choses encore du même acabit), tout cela, c’est apte à rassurer les pauvres quand ils nous viennent des autres pays, tout cela, c’est des points d’appui pour l’amitié et l’égalité.

Mais pas le plug anal, ça non. Le plug anal, ça, avant de comprendre, il faut déjà un solide bagage culturel, hein. J’ai des compatriotes, même, qui sont dépassés. Parce que ‘faut déjà pouvoir comprendre la civilisation, pour comprendre la décadence ! Hé oui. – Commençons-donc toujours par l’exposé de ce qu’est la civilisation, on verra après. Le plug anal c’est la motion de consolidation des connaissances, l’option facultative pour les forts en thème, pas plus.

Aux étrangers, il faut leur parler de la dentelle au crochet et au fuseau, de la langue d’oc et de la langue d’oïl, de la tapisserie de Bayeux, de nos fiertés nationales, leur chanter des chansons historiques, des chansons de soldats… Mais certainement pas commencer en leur parlant de droits-de-l’homme et d’art contemporain !

Vous pouvez être certains que tout le monde sur la terre a eu une ancêtre qui a filé la laine, tissé des tapis, brodé des napperons ou recousu des chaussettes. Vous pouvez être certains que tout le monde sur la terre a eu des ancêtres qui ont gratté la terre, possédé de la terre, se sont battus.

Par contre les « droits-de-l’homme », puis tout ce qui est cuisine politique, ça c’est quand même des pures spécificités françaises excluantes… Avant de rentrer dans le secret des arcanes du sens profond de ces « droits-de-l’homme », de comment ils sont implantés dans nos cœurs, sous quelle forme, et par quel angle ils nous prennent aux tripes, et de comment ils nous ont amené à dépasser le sentiment racialiste, et de comment on ne lutte jamais contre certaines pulsions que parce qu’on les a, eh ben c’est pas facile… ça prend des centaines d’années de transmission, c’est comme les hiéroglyphes chinois…

Croyez-moi, pour expliquer la révolution française, la liberté, l’égalité et la fraternité, il vaut mieux de toutes les façons commencer par les ventre-à-choux, la tapisserie et les récits de batailles. Sinon on ne s’en sort pas.

Les réacs, les xénophobes, ils sont davantage miteux-friendly. Parce qu’ils ne commencent pas toute discussion avec les miteux en se faisant passer eux-mêmes pour autre chose que des miteux. Ca c’est la vérité secrète de l’amitié entre les peuples.

La théocratie des quidams (#Tour_de_Bruxelles)

Une nouvelle idée rigolote est en vogue dans certains milieux proches de la parisianité, de la boboïtude, de certains lobbys, en un mot proches du pouvoir, et de ceux qui ne lui trouvent rien à redire… Fort curieusement, bien qu’on en comprenne trop bien l’intérêt pour ceux qui sont en place, elle consiste en quelque chose d’assez inédit en France, je crois, qui aurait sans doute paru totalement absurde à nos aînés… Elle consiste, auprès du peuple en colère, à plaider pour une denrée fort prisée par ailleurs de toutes les communautés opprimées par les temps qui courent : la tolérance. On demande, chose inconnue des antiques comme des modernes, au peuple des travailleurs, des opprimés, des administrés, des gens qui composent la nation, qui ont le droit d’y voter, d’y protester, et s’il leur chante de tout réformer et de tout défaire, d’éprouver pour leurs gouvernements en faillite quelque chose comme de l’indulgence et même la pitié… Oh ! La pauvre petite communauté opprimée des hommes de pouvoir ! – C’est vrai ça, pourquoi tant de haine à leur égard ? – Et feriez-vous mieux à leur place, bonnes gens, dites-nous ? – Ne sont-ils pas des êtres humains comme vous ? N’ont-ils pas droit à un peu de compréhension eux aussi ? Ô citoyens, suspendez votre jugement ! Voyez la difficulté de leur tâche ! Admirez la beauté du monde où vous vivez. Remerciez pour ce que vous avez. Rendez grâce !

– Voilà incontestablement quelque chose de nouveau : les administrés doivent se sentir les frères de condition des « administrants » et s’identifier sentimentalement à eux (à défaut de pouvoir les remplacer)… « administrants » sur lesquels ils se voient cependant par là-même retiré tout pouvoir d’action comme de contestation… Voilà un grand pas en avant pour l’Egalité, sans doute !

– Nous sommes tous sur le même bateau ! Faites silence à présent ! Gestion de crise : beaucoup vont mourir, beaucoup vont gémir, mais c’était écrit, il fallait que ça arrive : obéissez-donc aux capitaines !

Pour ma part je ne vois pas là que de l’égalitarisme… Moi je vois aussi là-dedans une sorte de mysticisme lattent, de fatalisme quasi religieux, chez nos élites – ou du moins ceux qui font aujourd’hui triste-figure d’élite.

Moi ce que je vois-là c’est une déviation incontrôlée, de nature sectaire, de l’ancien : « nous sommes tous frères ». Lequel est devenu : nous sommes tous remplaçables.

Moi ce que je vois-là c’est une assemblée de gros gras vieux bourgeois épouvantés implorant on ne sait quelle Pythie invisible de leur révéler le sens de l’Histoire qu’ils doivent suivre… Ce que je vois ce sont des gens qui n’ont pas le courage de prendre les choses en main, qui n’ont pas le courage d’avoir des idées, et qui roulent en boule, comme des autruches qui se seraient fourrées la tête dans le cul, sur la pente d’une certaine décadence programmée.

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MOI : J’aime beaucoup entendre parler Nigel Farage au Parlement Européen, par exemple. J’adore comment il boxe toutes ces tronches de cake sur-nutries, toutes ces flasques visqueuses, ces têtes molles.

LETEL : « Toutes ces tronches de cake sur-nutries, toutes ces flasques visqueuses, ces têtes molles. »

Un peu boucs émissaires, têtes de Turc faciles, un peu populiste, non ?

MOI : Ces gens-là sont en place, ils se gavent positivement, personne ne les a élus, leur salaire est mirobolant, ils décident désormais de la plupart des lois qui régissent les peuples européens à la place des représentants élus de ces peuples européens. Nos ancêtres se sont fait trouer la paillasse pour moins que ça.

LETEL : Vous parliez [tout à l’heure] de « retenir votre jugement ». Il semble que vous [veniez d’]oublier de le faire…

MOI : Je disais effectivement tout à l’heure qu’il fallait parfois, lorsque nous étudiions l’histoire, et analysions la conduite passée des gens qui sont aujourd’hui morts, retenir notre jugement.

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# IDEOLOGIES&PHENOMENES DE MASSE :

C’est en ce sens que j’ai pu écrire : « Je n’ai rien dans l’absolu contre les communistes. » J’entendais par-là que je ne me hasardais pas à les juger en tant que personnes.

Car j’ai d’une part un grand-père qui est allé en camp de travail durant l’occupation parce qu’il était communiste. D’autre part, je condamne en le communisme l’essence-même de ce qu’est une idéologie meurtrière : à savoir un phénomène de masse : c’est-à-dire, une foule qui crie vengeance, qui demande impérieusement du sang, guidée par le ressentiment, l’avidité, la bêtise, la misère aussi, mais par-dessus tout l’esprit moutonnier… une foule aveuglée par ce qui en les idéaux, par ce qui en la foi, est le plus dangereux : à savoir leur capacité à aveugler l’homme, à endormir sa conscience morale, à le pousser à se reposer sur le groupe pour penser à sa place. Les proportions dantesques que cela a pris dans le cas du communisme Russe m’effraient grandement… Sans parler du cas Mao, qui fait l’objet chez moi d’une véritable abhorration à l’état pur.

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# POPULISME&PHENOMENES DE MASSE :

Quand on critique le populisme, c’est avant tout à cause de cela et dans l’optique qui est ici la mienne : parce que l’on se méfie des phénomènes de masse. Or les phénomènes de masse, ce qu’ils ont de dangereux, est toujours causé par une certaine dose d’obscurantisme, c’est-à-dire une certaine atmosphère d’irrationalité générale. Si les masses étaient rationnelles, nous n’en aurions rien à craindre. Lorsque par extension on a affaire à un grand nombre de gens qui conservent une attitude rationnelle, on n’a pas à craindre d’adopter une attitude « populiste » lorsqu’on les écoute. Il s’agit juste alors d’une attitude démocrate, au sens plein et noble du terme.

Mais pourquoi, me demanderez-vous, faut-croire que cela soit possible, une assemblée de gens conservant une attitude rationnelle ? Eh bien, il faut y croire lorsqu’on croit à la possibilité d’une assemblée de citoyens. Il faut y croire lorsqu’on croit qu’un peuple instruit est meilleur qu’un peuple primitif, clanique, prompt à la pensée magique. Il faut y croire lorsqu’on défend l’instruction publique et par extension la possibilité d’une civilisation. Si l’on ne croit pas une seule seconde que les citoyens d’un pays puissent à grande échelle faire preuve de prudence idéologique, de circonspection, de bonne volonté et de bon sens, alors on ne croit tout simplement pas en la possibilité d’une civilisation.

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# BIBLE&PHENOMENES DE MASSE :

J’ai peur des phénomènes de masse, c’est la vérité. J’ai pensé toute ma vie contre les phénomènes de masse. Sans doute tiens-je cela d’une enfance passée à jouer le rôle /du petit paria sympa/de la petite étrangère camusienne tristounette/de la petite curiosité qu’on taquine/, dans la cour de récré.

[René Girard vous l’expliquera mieux que moi, la Bible ne parle quasiment que de ça : de la critique des phénomènes de masse meurtriers… N’avez-vous jamais lu les Jérémiades (du prophète Jérémie), où il n’est question de la « Grande Prostituée Jérusalem » (sic.) et des juifs qui se sont montrés indignes de l’honneur divin qu’ils avaient reçu, et qui ont été (selon lui) châtiés pour cela ? – C’est encore l’Ancien Testament que cela, pourtant. Et ce n’est pas comme si Jérémie était le seul prophète juif à avoir légué un témoignage allant dans ce sens.

Pour les chrétiens, le Nouveau Testament raconte justement comment, lorsque Jésus vint aux juifs, parmi les juifs, de ses propres dires pour appliquer la loi des prophètes et être le fils du Père de tous, ils se liguèrent tous contre lui non à cause de ses péchés, mais parce qu’il était trop « parfait ».

Ce n’est pas pour rien que la théologie chrétienne est platonicienne. Platon, en nous léguant l’exemple édifiant d’Athènes qui signait sa propre perte aux yeux des Dieux, c’est-à-dire le début de sa décadence, en tuant celui de ses citoyens qui était le plus parfaitement citoyen car le plus parfaitement philosophe (Socrate), Platon, en nous livrant ce témoignage, a été pour cela considéré (à tort ou à raison, là n’est pas la question) par les théologiens chrétien du Moyen-Age comme un pré-chrétien.]

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LETEL : Vous dites : « Je n’ai rien dans l’absolu contre les communistes [en tant que personnes]. »

Oui, mais ce sont les personnes qui tuent, ou qui ici soutiennent ces régimes de massacre et de terreur pendant des décennies. Les personnes sont en cause, l’idéologie, si elle restait dans son placard entre la première et la quatrième page de couverture d’un bouquin, on s’en foutrait un peu.
C’est comme si vous disiez, je n’ai rien contre les nazis en tant que personnes, c’est l’idéologie qui me dérange. Eh bien non, pas seulement, c’est les nazis, c’est les communistes. Ceux qui l’appliquent ou la soutiennent.

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# INVITATION A LA TOLERANCE & REGARD HISTORIEN :

MOI : Letel, il y eut beaucoup d’intellectuels juifs américains engagés dans le communisme, souvenez-vous la liste rouge de Nixon… Souvenez-vous l’Affiche Rouge, chantée par Ferré, la Butte Rouge, le Temps des Cerises, toutes les chansons populaires… Le marigot tragique des chansons « réalistes »… Aragon fut communiste, Aragon fut un grand poète… de nombreux intellectuels français à son image embrassèrent cette folie vengeresse collective… aujourd’hui il y a d’autres folies vengeresses collectives qui courent les rues et avalent des hommes de qualité qui auraient également pu se contenter d’être poètes. Mais vous ne les voyez pas, trop occupé que vous êtes à juger des morts…
Cosima Wagner ne cacha jamais son attirance pour le régime nazi. Des hommes très bien se sont retrouvés séduits par Cosima Wagner. Nombre de biographes d’Hitler, bien que pas nazis pour deux sous, continuent aujourd’hui d’être séduits par la personnalité du vilain petit bonhomme. Un enfant de la classe moyenne, famille recomposée tuyau-de-poële, enfant de la Bohème (au sens propre comme au figuré), artiste raté, grand bavard, psychotique sur les bords… Que voulez-vous, ça évoque, ça chatouille, ça résonne, ça vous fout encore le frisson ! l’Histoire n’est pas une chose à lire avec des œillères… La Révolution Française et la Commune font aujourd’hui partie des images d’Epinal pour bien des gens de cœur… Il faut lire Michelet au sujet des atrocités qu’on y commît. Il faut lire Michelet aussi pour comprendre le reste… Les espoirs, les rêves et les déceptions, la misère et les inégalités, les injustices brûlantes, les passions contraires, les honneurs et les déshonneurs, les idées pures et les idéalistes, les tripes et les grands sacrifices, les saints inconnus, les actes isolés, les concours de circonstance, les élans du coeur, les amours, les destins, la fatalité, les rivalités, l’Egalité, la Fraternité, la ferveur du Peuple… Vous n’avez jamais lu Dostoïevski, bon sang ?

C’est ça pourtant le vrai sens originel de l’invitation à la tolérance. Savoir retenir son jugement dans des circonstances graves comme celles-là.

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LETEL : Sur les gens qui se sont engagés dans le communisme il y a 80, 70 ou 50 ans, je ne critique pas, je suis bien placé pour être plus prudent comme vous m’y engagez, et cela pour des tas de raisons, notamment familiales, les circonstances, les croyances, les mentalités étaient autres. Par contre ceux qui le sont encore, les communistes aujourd’hui, là oui, j’avoue que j’ai du mal, avec tous les crimes et tout ce qu’on sait, non, il y a des limites, ça ne passe plus.

J’ai lu le Dr Toïevski, oui, mais il m’a toujours saoulé, en plus c’est un nationaliste grand slave délirant (il serait derrière Poutine à pousser à la roue s’il était là), je préfère Tolstoï :)

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LETEL : Vous parlez de « retenir votre jugement ». Mais à quel moment le faites-vous ? [BIS]

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MOI :

# JUGER OU NE PAS JUGER :

Je ne m’acharne point sur les morts, voilà ce que signifie en l’occurrence : je retiens mon jugement. Contextualisez un peu mon propos : si je retiens parfois mon jugement lorsque je regarde dans le passé les hommes s’entre-déchirer, c’est que je n’ignore pas de quel bois est fait l’homme, voyez-vous. Ce pourquoi je puis m’identifier à bien des gens, et mêmes des gens qui m’auraient peut-être – qui sait – détestée, persécutée, haïe… Quoique, supposer une telle chose de la part de personnes disparues en d’autres temps soit ontologiquement absurde : il n’y a pas de « je » qui vaille dans cet hypothétique passé : si j’étais née dans le passé, je n’aurais pas été moi. J’aurais été une autre personne. Donc toute la discussion morale aurait à été à reprendre à l’aune de cet autre destin que j’aurais eu, et qui n’est pas le mien. Bref’. Chacun balaie devant sa porte. Voilà le sens profond du message.

Autres temps autres enjeux. Qui suis-je pour déterrer des hommes tombés pour leur cœur, pour des actes de foi de Jadis : ils ne sont plus à nous, ces hommes, aujourd’hui, ils ne nous appartiennent plus ! Bien sur qu’il faut pardonner !

Il y a des guerres qui sont anciennes, voyez-vous. Je ne suis ni Tutsi ni Serbe. Je n’ai pas l’intention de n’engendrer des enfants que pour qu’ils aillent s’embourber à mort dans des tranchée absurdes creusée par des ancêtres qu’ils n’ont jamais connu. Aujourd’hui je sympathise tout-autant avec les raison des misérables auxquels appartinrent selon toute probabilité la majorité de mes ancêtres, qu’avec les raisons de certains monarchistes. J’adore par exemple le point de vue des Goncourt sur leur histoire, je fais corps avec leur vision ; les Gongourt furent des dandys, et des monarchistes. Mon coeur est vaste, je ne le réserve pas qu’à ceux dont je suppose qu’ils n’auraient pas persécuté mes ancêtres dans un passé hypothétique.

Je ne pense pas au demeurant que l’on puisse identifier les vrais héros autrement qu’au pied du mur : on les reconnaît s’ils ont dû à un moment donné de leur vie accomplir un acte héroïque. Il y a ceux qui ont répondu présent à l’appel du Seigneur, et puis il y a les autres. Il ne faut jamais préjuger de qui répondra. L’histoire montre qu’en dehors du cas particulier de certaines personnes risque-tout, jusqu’au-boutistes, exceptionnelles, romantique, qui ne demandent qu’à vivre pour se distinguer, on est souvent surpris. Et encore, voyez-vous, il est fort courant que les plus romantiques, les plus prompt à chercher aventure, se retrouvent curieusement dépourvus quand le jour de la grande action vient qui doit les révéler : car les romantiques fantasment souvent une certaine sorte d’héroïsme, mièvre et caricaturale, qui n’est pas celle que leur demande leur destin.

Je suis capable aujourd’hui de comprendre aussi bien les raisons de Catherine de Médicis que celle de certains Huguenots. Entre ces deux camps, je suspends effectivement mon glaive intellectuel. C’est cela, aimer l’Histoire. Cependant, pour bien comprendre, pour bien comprendre qui que ce soit, il faut évidemment être « doué de jugement ». Pour faire preuve d’empathie envers quelqu’un il faut auparavant le juger. C’est-là une évidence. Certes, c’est une évidence tacite.

Il apparaît évidemment répugnant de demander à quelqu’un de s’abstenir de juger son prochain lorsqu’il en va de sa propre intégrité ou du sentiment profond qui bat dans sa poitrine. C’est ne pas aimer l’homme que de lui demander de n’avoir pas le sentiment de lui-même, et de sa propre dignité.

Vous pouvez tenter de me piéger rhétoriquement en jouant sur les mille virtualités du mot : « jugement ». Ca n’enlèvera rien au fait qu’il faille respecter les morts et se taire dans les cimetières.

Ca n’enlèvera jamais rien non plus à la validité de mon ressenti lorsque je visionne une vidéo de Nigel Farage s’adressant au Parlement de Bruxelles. Ces gens, les parlementaires, sont des valets, ils ne pensent pas par eux-mêmes, ils prennent leurs ordres des financiers, et pourtant ils donnent encore des ordres aux marionnettes qui font semblant de gouverner nos pays ! Où se trouve donc la tête du dragon dans lequel nous sommes enfournés ? Sommes-nous dans un Empire entièrement dédié à Ploutos, qui n’a qu’un ventre et pas de tête ?

Ca n’enlèvera rien non plus au fait que mes ancêtres réels et spirituels se sont battus à mort pour combattre des tyrannies qui n’étaient pour ainsi dire rien en comparaison de celle que nous vivons – une tyrannie sans tête, sans interlocuteur, un moloch terrible et silencieux qui ni ne voit ni n’écoute, une porte fermée absurde et contre laquelle aucun recours ne semble nous être laissé. Pas même celui de la parole. Cela aussi, ce sont des faits. Et non pas seulement des « jugements subjectifs ».

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LETEL :

« Ces gens, les parlementaires, sont des valets, ils ne pensent pas par eux-mêmes, ils prennent leurs ordres des financiers, et pourtant ils donnent encore des ordres aux marionnettes qui font semblant de gouverner nos pays ! Où se trouve donc la tête du dragon dans lequel nous sommes enfournés ? »

Un peu schématique, non, limite conspirationniste ? Sur le reste, la prudence à juger des hommes du passé, d’accord avec vous.

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MOI :

#CONSPIRATIONNISME & « TOUR DE BRUXELLES » :

Non, c’est la vérité, Letel. Ils n’en on rien à foutre de ce qu’ils font, et des implications de leurs actes. Ils se croient trop infimes, sûrement, trop peu importants en tant qu’individus, ces parlementaires de Babel à oreillettes, pour penser avoir des comptes à rendre concernant leurs convictions intimes. Or leur fonction – n’oublions pas qu’ils occupent actuellement une assemblée qui est le lieu de pouvoir N°1 de l’Europe – implique qu’ils aient des comptes à rendre. Ils n’avaient qu’à pas endosser des fonctions aussi importantes s’ils se concevaient eux-mêmes comme des ectoplasmes et non comme hommes doués de conscience et de libre-arbitre. Quoi qu’il en soit es ectoplasmes et les robots ne peuvent aucunement commander aux hommes.

Ces espèces de dignitaires romains las, qu’on verrait volontiers porter des toges blanches (avec un discret liseré rouge et or), sont des gens d’apparence humble (mais d’apparence seulement : en réalité on pourrait mettre leur photo à côté de la définition universelle du mot : hypocrite)… Ces gens pensent de toute évidence pouvoir faire l’économie du « je » sans qu’on le leur reproche ! Leur expression faciale la plus commune est l’indifférence soumise, le rabougrissement piteux. Ils ont l’air de dire : « nous ne sommes que des représentants obéissants, nous ne sommes personne ». Cela est très clair.

Aussi bien que moi, un enfant pourrait dire : « Le Roi est nu ». Plus encore, ce qu’aurait lieu de dire un tel enfant aujourd’hui, ce n’est même plus que les vêtements du Roi sont invisibles, mais c’est : « Le Roi lui-même est invisible ! »

Ces silhouettes grises, interchangeables, qui digèrent en permanence, sont des fonctionnaires de la dirigeance ; ils pointent pour accéder au toit du monde civilisé exactement comme d’autres pointent à l’usine. Ce sont des « Suisses » de cette existence : des gens qui soit-disant ne « participent » pas. Nous sommes donc de toute évidence dans un train lancé à grande vitesse sans conducteur.

Les conspirationnistes postulent un ou plusieurs conducteurs. Moi je dis qu’en réalité les hommes ont perdu leurs couilles, que plus personne n’ose prendre la place du conducteur, et que donc l’essentiel de nos grands malheurs d’aujourd’hui procède non d’une mauvaise conduction mais d’une lâcheté générale : d’une absence de conduction à proprement parler. Ou d’une conduction par défaut, par la confrontation des intérêts divers, +/- contradictoires et toujours particuliers, qu’on mettra volontiers sur le dos du hasard, de la fatalité ou de Dieu (il a bon dos!), mais dont personne au final (et c’est là tout le pot-aux-roses) ne veut assumer la responsabilité.

Visionnez-donc l’une de ces vidéos où le rhéteur Nigel Farage apparaît dans l’assemblée et donne à observer un contraste flagrant (un homme en vie face à des morts !), et interrogez ce que vous dit votre cœur à propos de ces figures empâtées qui ne réagissent pas, qui se moquent mollement, qui ne se sentent même pas concernées par ce qu’on leur dit. On dirait des étudiantes étrangères prises par erreur dans la tourmente d’une dispute au sein de leur famille d’accueil : on écarquille les yeux et on attend passivement que ça se passe.

Personne n’a besoin d’inventer des sornettes à propos de ce que l’on ne voit pas ici, qui serait supposément interdit au public, honteux et caché. Il suffit voir ce qu’il y a à voir. C’est déjà bien suffisant pour se faire une opinion ! J’ai composé sur mon blog un dossier entier pour battre en brèche le conspirationnisme et toutes ses déviances intellectuelles, si cela vraiment vous intéresse.

Juger les hommes qui nous gouvernent, c’est le moins que nous puissions faire, personne ne peut nous l’interdire : on ne monte pas sur un trône ou au centre d’une place publique pour « ne pas être jugé » et être ignoré. Ignorait-on les actions et les paroles du Roi Oedipe et de la Princesse Antigone ? Ignorait-on les mœurs, les testaments moraux, des Consuls, des Sénateurs romains et des César ? S’est-on jamais voilé la face devant les déclarations et les professions de foi des grands hommes qui étaient à la barre du Monde, pour faire comme si elles n’existaient pas ? Non bien sûr. Pourquoi devrait-on alors aujourd’hui se voiler la face devant les déclarations de nos dirigeants, pourquoi ne devrait-on « pas les juger » ? … sinon parce qu’on considère tacitement que nos dirigeants ne sont pas des grands hommes, qu’il ne peut plus y avoir de grands hommes dans notre post-modernité désenchantée, et que nous sommes désormais gouvernés par la fatalité, par le pis-aller, le faute-de-mieux ?

Les personnages influents, parce que nos sorts de simples gouvernés dépendent d’eux, n’ont pas le droit comme les gens du commun de demander à ce que nous ne les jugions pas. C’est antithétique avec leur fonction. Nous DEVONS, en tant que citoyens, discuter leurs actions. D’autant plus si nous sommes démocratie : en démocratie, le « fait du Prince » n’existe pas, ce qui veut dire que les dirigeants n’ont pas la liberté de demander à n’être pas soumis à l’appréciation commune. Quel Roi, si puissant fut-il, au demeurant, put-il jamais se permettre ce luxe-là de ne pas être jugé de son peuple ? Tout juste les tyran s’autorisèrent-t-ils de tout temps à museler les personnes qui subissaient leurs décrets, ou à faire comme s’il elles n’existaient pas.

Mais après tout peut-être n’êtes-vous pas un démocrate, qu’en sais-je ?

asterix_1.

Le principe de la non-représentativité des élites,

Petite mise-au-point.

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20

Letel:

:) Merci de me citer sur votre blog. En tout cas, vous ne manquez pas de lyrisme, ni de souffle, deux points pour vous. Mais on a l’impression d’une belle mécanique qui tourne un peu à vide : que voulez-vous, la démocratie est comme ça, exaspérante, nos représentants souvent nuls, quant à les critiquer, évidemment, ça va de soi, vous enfoncez un peu des portes ouvertes. Mais il vaut mieux des représentants qui sont ce que nous sommes, avec toutes leurs (nos) faiblesses, qu’un chef mythifié, idéalisé, adulé, infaillible, comme Staline, Napoléon, Kadhafi, Saddam, Kim I, II ou III, ou l’empereur du Japon.

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« Mais il vaut mieux des représentants qui sont ce que nous sommes, avec toutes leurs (nos) faiblesses, qu’un chef mythifié, idéalisé, adulé, infaillible.. etc »

Croyez-vous que toute personne qu’on adule, soit forcément adulée à tort ? Croyez-vous qu’il soit techniquement impossible à un être de très grande valeur d’être profondément aimé du plus grand nombre ? Et quand bien même ce serait impossible, ne croyez-vous pas à tout le moins qu’une telle chose serait ardemment désirable ? [#Roi Salomon, #Roi David, #Saint Louis sous son chêne]

Un pouvoir qui repose sur un chef (c’est-à-dire étymologiquement une tête), a encore cet avantage notable sur celui qui ne repose sur aucune personne responsable ni sur rien d’intelligent, qu’on peut discuter :

_avec lui [#Michel de l’Hospital conseillant Catherine de Médicis, #Platon tentant de conseiller le tyran Denys],

ou encore (à défaut)

_contre lui [#Diogène répondant à Alexandre : « Ôte-toi de mon soleil »],

_et le cas échéant qu’on peut encore le guillotiner [#« Nouvelle donne! Redistribuez les cartes! »].

M’voyez ?

Le pouvoir qui n’est pas intelligent, qui n’est pas une intelligence, n’est même pas discutable (discutable doit être entendu ici au premier degré, dans son sens le plus philosophique : c’est-à-dire susceptible d’enrichir la discussion universitaire, historique, intellectuelle, populaire.. etc.). Il est donc à proprement parler indiscutable – c’est-à-dire qu’il nous renvoie à un monde de brutes, le monde d’avant la parole. C’est le pouvoir le plus bête et le plus arbitraire qui se puisse imaginer.

Les mythes ont encore cela pour eux qu’ils engendrent des contre-mythes. Les enfants des Dieux-le-Père les émasculent en général, ou au moins les tuent… Et en étudiant l’histoire des sociétés humaines, on voit que le Dieu des uns devient souvent au fil du temps le Diable des autres, quand les uns entrent en guerre contre les autres, ce qui induit pour les siècles qui succèdent à la guerre, des possibilités de communication civilisationnelle nombreuses et fructueuses. Je vous renvoie à Lévi-Strauss pour vous assurer de cela.

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Dernier argument (but not least) :

Il est un grand principe logique, lorsqu’on parle des élites, c’est qu’elles ne peuvent techniquement être représentatives du grand nombre. Je vais vous démontrer pourquoi : le peuple, lorsqu’il élit l’un de ses membres pour le représenter, l’élit de préférence sur des critères de sélection objectifs, et fait donc de ce membre un élu, et pas n’importe quel élu tombé du ciel, un élu selon des critères objectifs, reconnus par la majorité. Ce qui fait qu’un tel chef, même élu au suffrage universel, et surtout si élu au suffrage universel, ne peut donc être un « homme du commun », et ne doit d’ailleurs idéalement pas être un « homme du commun », mais au contraire doit être « le meilleur d’entre tous ».

C’est pour cela qu’on a inventé la démocratie, figurez-vous : pour que ce soient les meilleurs, les meilleurs selon l’avis du plus grand nombre, les meilleurs à un moment donné, car susceptibles d’être destitués de leurs fonctions s’ils faillissent, qui règnent sur les autres. Et non plus des quidams nés dans des langes royaux, auxquels une certaine hérédité a posé une couronne sur la tête sans qu’aucune raison raisonnable ne puisse le justifier.

See ?

Rock around the norm

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Dans une société de Droit, de paix et de police, (c’est-à-dire qui ne soit comparable ni au Moyen-Orient, ni au Far-West), seul compte au final qu’il y ait une norme admise, et que les autorités de cette société s’y tiennent. Ensuite il apparaît assez clairement que le degré de civilisation d’une telle société est proportionnel à la conjugaison harmonieuse de deux grands facteurs :

_d’une part la liberté laissée par les autorités aux individus de vivre en s’écartant de ladite « norme »,

_de l’autre la capacité de tels individus à s’écarter de cette norme sans pour autant perdre un certain lien de fidélité intellectuel infrangible à l’égard d’icelle. Cela, afin que la société ne tombe pas dans le chaos et la décadence, par laxisme, par excès de tolérance envers les déviances diverses. Cela aussi afin que la solidité de l’édifice social repose davantage sur l’intelligence de ses membres et leur sens des responsabilités, que sur leur crainte de la vengeance d’autrui ou des forces de l’ordre.

Bien sûr, pour qu’une telle alchimie opère, il faut que les dirigeants d’une telle société parviennent à célébrer conjointement, et le culte de la « norme », et celui de la liberté des individus à s’écarter d’elle (deux activités qui sont de natures contradictoires, bien sûr, mais qui lorsqu’elles se tempèrent l’une-l’autre deviennent deux grandes sources de bienfaits)… – Hélas, l’aspect purement législatif de la chose ne peut venir que dans une seconde mesure seulement, car la liberté n’est pas une chose qui se donne, n’est-ce pas, mais une chose qui se prend. De sorte que si le peuple d’une telle société ne possède pas « l’esprit » de la liberté, ce ne sont pas des lois qui le lui donneront.

Etre civilisé, c’est être avant tout intelligent, individuellement intelligent, c’est donc du travail et de l’effort, et une certaine éducation contraignante en amont : ce n’est pas suivre sa pente naturelle, ni aller par le plus court chemin vers la vérité. En vérité, la Vérité, une fois qu’on l’a synthétisée à l’état pur, ressemble toujours étrangement à l’extrémisme ou à la bêtise… Être très-civilisé (être un dandy), relève donc toujours plus ou moins de l’équilibrisme. Or l’équilibriste n’est pas celui qui a perdu le sens de l’équilibre, (qui est le sens du « juste milieu », du bien et du bon, de la « norme »)  mais celui au contraire qui l’a développé à son plus haut degré.

L’équilibriste intellectuel, ou celui qui se prend pour tel, lorsqu’il a perdu le sens de ce qui est « normal » et de ce qui est vrai, bel et bon, n’est plus ni un équilibriste ni intellectuel, mais un agent dissolvant, une cellule cancéreuse, pour la civilisation qui le fait vivre.

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LA SEULE CHOSE INTERDITE .

Il y a quelques temps, j’avais commencé à développer une théorie selon laquelle peu importait, après tout, si seulement 1% de la population d’une société donnée vivait /stricto sensu/ en conformité avec la norme telle qu’elle était édictée par les prêtres (ou autorités équivalentes) de cette société… peu importait au final, pourvu que cette norme, tout le monde la reconnût pour ce qu’elle était et continuât de la célébrer comme telle.

Selon le même principe, qui est le principe de la non-représentativité des élites, Socrate demanda juste avant sa condamnation à mort à ce que les citoyens continuassent de le célébrer dans les Temples, sur l’acropole (c’est-à-dire dans le ciel des idées), comme un archétype du « citoyen parfait », même s’ils ne désiraient nullement, à l’échelle individuelle, imiter sa conduite et son mode de vie.

Ma théorie, à l’origine, je la faisais achopper ainsi : « La norme est comme un point donné sur une échelle de valeur, comparable au zéro sur une règle graduée, et ce qu’il ne faut pas, c’est déplacer le curseur de la norme »

Mais j’étais loin du compte encore… Et à vrai dire ma théorie ne résistait pas à un examen approfondi. Car après tout, s’il nous importe seulement de vivre dans une société « normée », c’est-à-dire une société régie par des règles fixes – donc susceptibles d’être discutées, critiquées et interrogées – peu importe au final où l’on situe le « zéro » sur la « réglette » ! Seul importe qu’il y en ait un !

Or le problème de la société post-moderne n’est pas qu’elle « déplace le curseur de la norme », mais qu’elle interdise de le situer ! En effet, si dans la société de nos anciens, le curseur de la norme était placé dans la crèche de Noël sous les étoiles entre le père, la mère, le petit Jésus et le Saint Esprit, après tout peu importait que la majorité des hommes s’en écartent… Les chrétiens ne sont-ils pas des pécheurs, après tout ?

Le problème, dans notre société actuelle, ce n’est pas que la norme ait changé de camp… On ne renie pas totalement l’imagerie sainte de la « Crèche », on ne l’interdit pas comme relevant de la déviance, on ne la pose pas comme étant « anormale »… Non, cette conception « tradi » de la famille existe encore et toujours dans l’imaginaire collectif. Elle est simplement accolée à d’autres, et posée comme étant leur égale. Elle n’est plus la norme, elle est une option parmi tant d’autres, sans qu’aucune possibilité de hiérarchiser entre ces options ne soit plus laissée possible au « consommateur d’options » lambda.

Le problème est plus profond et bien plus pervers encore qu’il n’en a l’air ! Le problème consiste en ce que nul petit enfant né dans les conditions « normales » d’une famille traditionnelle unie, n’est plus autorisé aujourd’hui à dire en classe, ou à la télévision, ou à ses petits camarades, que lui est dans la norme, tandis que les autres, dont les parents sont divorcés, ou de même sexe, ne le sont pas.

La société actuelle postule qu’une famille unie est égale à une famille déchirée/recomposée où bourgeonnent à chaque embranchement des couples homosexuels. Aujourd’hui, s’il n’y a plus de modèle familial, s’il n’y a plus de « norme »… ce n’est pas parce qu’on a autorisé plus de choses aux gens, c’est parce que la notion même qu’il puisse y avoir des « modèle » à suivre et une norme hautement désirable, lorsqu’on parle de construire un foyer, est devenue un tabou.

Or ce sont ses tabous, ses interdits, qui permettent de définir les limites d’une société (ses limites et par-là même ses frontières, donc sa « carte du territoire moral » spécifique). Connaître les lois de la nation où l’on vit, c’est d’abord connaître la liste de tout ce qu’elles n’autorisent pas. Où a-t-on jamais vu des législateur faire des listes de « choses autorisées » ?

Or la seule chose qui est interdite désormais, dans notre société, c’est de dire : « Ceci est la norme ».

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« L’IMPORTAN ÇAI D’AIMMMÉÉÉE!!! » .

Il est intéressant de se demander ce qu’est « la douceur d’un foyer », en quoi consiste l’amour que les parents doivent aux enfants – et réciproquement… Car cette question ouvre des abîmes…

On part toujours du principe qu’il faut « désirer » l’enfant avant de le « faire », qu’il faut « être prêt », et « choisir » le partenaire, l’éducation et le moment. On sous-entend qu’il faut avoir une certaine « situation » financière stable aussi. Un foyer aimant serait donc selon la majorité des gens, un foyer « raisonnable », dont le mode de fonctionnement est entièrement maîtrisé en amont. En somme, une petite entreprise qui ne connaît pas la crise. A quel moment tout cela, au juste, nous parle-t-il d’amour ? – Encore une fois notre société hypocrite utilise ici le concept « vendeur » d’amour pour, de toute évidence, nous refourguer autre chose – qui n’a pas grand’chose à voir avec l’amour en définitive.

Or à présent, je vous propose de comparer deux cas particuliers :

Le foyer le plus aimant (le plus aimant pour ses enfants, mais pas seulement), est-il le foyer où l’on avorte de l’enfant qui vient lorsqu’il ne vient pas dans le contexte attendu, ou parce que l’enfant lui-même ne répond pas aux critères souhaités, ou encore parce que l’on considère que la « passion » qui a poussé le couple parental à forniquer n’est pas suffisante pour fonder un foyer, ou risquerait d’être éteinte si elle cessait d’être stérile… ?

Ou le foyer le plus aimant, le plus accueillant pour sa progéniture, est-il le foyer qui, lorsqu’une femme est tombée enceinte « par accident », alors que les parents n’attendaient pas de petit, ou même n’étaient pas encore en couple avant l’  « accident », a accepté courageusement d’affronter – à l’ancienne ! – ce grand inconnu qu’était « l’accident de parcours » ?

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« MAIS POURQUOI DEVRAIS-JE CHOISIR ENTRE MON BONHEUR ET CELUI DE MON ENFANT ? HEIN ?!! »

_ Tout dépend de ce dont tu as besoin pour être heureuse, connasse.

_ Moi ? Juste un peu d’amour et d’eau fraîche !

_ Ah ? Bon. Bah c’est ok alors. Annule ce que j’ai dit, tu devrais pouvoir concilier les deux sans problème…

_ Nan, j’déconne… Moi j’suis une artiste, je n’suis heureuse que sur scène, de toute façon.

_ C’est ballot. Mais à toute chose malheur est bon : tu tiens la réponse à ta question, du coup.

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Que penser alors du foyer qui a fait de ce qui à l’origine aurait pu n’être qu’une « pierre d’achoppement », sa pierre fondatrice ?

– Que penser de ceux qui ont changé leur vie, re-dirigé la course de leur vie pour leur enfant, pour le bien de cet enfant en priorité – avant que de songer au leur-propre ?

Comment qualifier leur conduite ?

Un mélange de respect docile, de laisser-aller  et de laisser-faire ? Sans doute. Mais de l’enthousiasme aussi, et de la curiosité, pour la vie qui vient ! De la piété, certainement, envers la grande aventure intimidante, que l’enfant ouvre de par sa venue au monde… Un certain sens du devoir, forcément : envers l’être humain qu’il sera, qui ne demande qu’à exister… – Mais peut-être aussi de la crainte. La piété n’est-elle pas faite de crainte ? La crainte de « manquer » un certain rendez-vous avec le Destin… La crainte d’une certaine Justice supérieure qui, si elle existait… et, même si elle n’existait pas, dont il serait si bon qu’elle existe…

– Il leur faut beaucoup d’inconscience diront certains, mais il leur faut de l’insouciance aussi… de l’optimisme ! et même de la légèreté !

– Je demande à tous : qui ne voudrait pas être né par légèreté ? Naître de Légèreté, n’est-ce pas déjà en soi quelque chose comme un signe de distinction, voire un titre de noblesse ?

– Quelle folie ne faut-il pas pour bâtir en connaissance de cause à celui qui doit naître, que l’on ne connaît pas, pour donner asile aux possibilités inconnues qu’il ouvre, un petit nid de fortune ? … bon gré mal gré, lui accorder la place en ce monde qui lui revient de fait (de fait et non de droit), selon des décrets qui nous dépassent ? – Qui jamais, simple mortel, fut rendu maître d’une telle folie ?

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TANT QU’A CROIRE EN QUELQUE CHOSE…

_ On me dira qu’une telle conception est de nature religieuse. Mais si l’on part du principe que :

1) le psychisme humain a besoin de certitudes (le doute systématique, total, étant techniquement impossible ou engendrant des maladies mentales comme la paranoïa ou la dé-personnification) 2) une fois un certain degré de connaissance atteint, l’homme est obligé de se résoudre à savoir qu’il ne sait rien,

alors, il faut se résoudre à admettre qu’une part des certitudes psychiquement nécessaires à l’homme ne peuvent reposer que sur des croyances – éventuellement des croyances librement choisies, c’est-à-dire des actes de foi (étymologiquement : des déclarations de fidélité à certains principes).

A partir de là, s’il faut absolument fixer sa « fidélité» en quelque principe choisi (pour ne pas encourir le risque qu’elle se fixe tout seule sur des principes que l’on n’a pas choisis), comment ne pas choisir ce principe-là, du devoir envers les enfants, envers ceux qui n’ont pas le choix de ne pas nous aimer, envers la famille ?

_ On me dira qu’une telle conception est de nature religieuse. Mais je pourrai répondre aussi qu’elle est purement rationnelle. Le foyer le plus aimant est-il celui qui répugne à affronter les situations de crise, ou bien celui que la crise en elle-même a fondé, et donc fortifie ? Il n’est pas strictement religieux de poser cette question. C’est aussi une démarche politique. – C’est-à-dire qu’elle concerne en premier lieu la paix sociale et la paix des ménages.

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BIENVENUE A GATTACA

Les meilleurs parents sont-ils ceux qui font primer leur devoir de parents sur la qualité intrinsèque de l’enfant ou ceux qui privilégient leur bien-être propre ? – Vaut-il mieux refuser à tous les coup d’élever un petit trisomique / un handicapé / un enfant dont les gènes le rendent susceptible d’attraper un jour le cancer / un enfant sans particularité attachante et sans génie, et s’assurer de n’engendrer que de jolis petits poupons roses et blonds, sains et riche, aux yeux bleus, doués en maths et aux dents éternellement blanches, qui vivront dans l’idée que s’ils avaient été laids et cons ils auraient été jetés à la poubelle ?

– Le critère le plus décisif pour fonder un foyer est-il réellement que les parents aient eu le temps et l’argent d’acheter l’attirail déco’ rose ou bleu de leur choix, et la grande maison avec jardin qui va avec ?

– Les meilleurs parents ne sont-ils pas ceux qui, quoi qu’il arrive, indifférents aux revers du sort, dans la joie comme dans la douleur, dans la richesse comme dans la pauvreté, élèvent l’enfant avec dignité, dans la dignité, et dans le respect de sa propre dignité ? – Faut-il transmettre aux enfants que lorsqu’on n’est pas riche, beau et intelligent, la vie ne mérite pas d’être vécue / on ne mérite pas de vivre ? – N’est-ce pas un peu « nazi » sur les bords, de penser comme cela ?

Au demeurant, le petit poupon idéal né dans une famille qui l’a commandé sur catalogue, même une fois devenu le « surhomme » désiré par ses parents (ce qui ne va pas de soi car l’homme est libre de décevoir ses parents, surtout quand c’est la dernière liberté qu’on lui laisse), ne préférerait-il pas que ses parents lui disent un jour : « même si tu n’étais pas « parfait », ou si tu étais « abîmé », nous t’aimerions et nous te soutiendrions quand même dans tes épreuves, car tu es la chair de notre chair », plutôt que : « si tu ne réponds pas à nos critères, de toute façon tu peux toujours retourner dans la poubelle » ?

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L’OEIL D’ANTIGONE ETAIT DANS LA TOMBE, ET REGARDAIT CREON

Parlons franc, voulez-vous ?

Croyez-vous qu’une mère qui avorte simplement parce qu’elle n’avait pas « prévu » de tomber enceinte – c’est-à-dire parce que ce n’était pas dans ses « projets » (de vie ou de carrière) – c’est-à-dire non parce qu’elle ne pouvait pas élever l’enfant, mais parce que la chose lui est arrivée de façon « imprévue », sans qu’elle n’ait eu à cela son mot à dire, et qu’elle aime mieux « maîtriser le cours des choses » plutôt que de lui être soumise –, puisse jamais comprendre ce que c’est que le fait-même d’être une bonne mère ?

Etre une bonne mère, de toute éternité, est, fut et sera, un sacrifice. Qu’on ait prévu la chose ou non n’y change rien. – Un sacrifice, et non pas (seulement) un « plaisir », ou encore un divertissement, ou je ne sais quel « libre choix ».

Car une fois que l’on est mère, on perd à jamais la possibilité de ne l’être pas ! – même lorsqu’on a refusé de « faire le job », on continue de porter avec soi ce refus pour le restant de ses jours : c’est « aliénant » mais c’est ainsi. Il y a pour la femme un avant et un après le fait d’avoir donné la vie à un autre individu, car l’autre individu en question, s’il est en vie, aura toujours le droit de considérer sa mère comme étant sa mère, et s’il est mort, on ne peut pas pour autant lui dénier le fait d’avoir été, et d’avoir été engendré. Vieux vieux décrets. Respect dû aux morts, sépulture, tout ça…

C’est la loi de la chair humaine, qui ne sera jamais simplement de la chair, comme est celle du bœuf chez le boucher, à moins de vouloir finir à penser comme des ogres, comme des monstres, de bêtes pires que les simples bêtes. On ne peut rien changer à cela. Antigone voulait qu’on enterrât son frère, et sur ce point elle avait raison. La chair humaine, même celle d’un individu mort, ne peut être traitée comme n’importe quel déchet ordinaire. Les gens doivent se faire à l’idée que la nature nous contraint depuis les origines, et ce jusqu’à l’heure de notre mort, à nous soumettre à un certain nombre d’états de faits et de décrets arbitraires. La Nature ne respecte pas le Droit humain, mais elle en est la mère, puisqu’on a créé le Droit en réaction à la Nature, en réaction à ce qui en la Nature ne respectait pas l’homme.

– Tout cela fait qu’être mère est en soi un déterminisme, et si vous voulez même – étymologiquement – une « aliénation ». Tout cela fait qu’être mère est donc d’ors et déjà – en soi – une privation de liberté !

Oui, le cordon ombilical est un lien. Oui, même lorsqu’on a coupé ce cordon, un lien affectif indéfectible demeure entre la mère et l’enfant, donc, non, bien sûr, toutes les « aliénations » à proprement parler ne sont pas à combattre.

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« AIMEZ SANS VOUS SACRIFIER », ou la nouvelle pilule qui fait perdre du poids sans régime.

Demandez à toutes les mères moyennement éduquées, d’origine populaire ou immigrées, de votre entourage, rencontrées dans une salle d’attente ou même dans la rue, demandez à celles que l’on n’a pas formées à s’autocensurer pour complaire à l’idéologie dominante, ou dont la langue de bois n’est pas encore suffisamment « au-point », demandez-leur en toute simplicité si être mère n’est pas un sacrifice ! – Pourvu que vous vous montriez simplement disposés à les écouter, elles se feront un plaisir de se répandre en plaintes et en protestations : elles vous diront sans vergogne combien elles voudraient davantage s’occuper d’elles-mêmes, se « faire plaisir », être libres, et combien leurs enfants et leurs maris sont cause de tous leurs maux, et vous entendrez leur interminable et perpétuelle litanie.

Cela n’est pas très esthétique, mais c’est la vérité, et c’est la vie. Il n’y aurait aucun mérite à faire ce qu’elles font si la formule : « C’est que du bonheur !» n’était pas mensongère.

Toutes les souffrances cependant, n’en déplaisent aux psychanalystes, n’ont pas à être « solutionnées », car la vie-même est une souffrance – la vie, quoi qu’il arrive, est une histoire qui finit mal. En prenant acte de cela, Schopenhauer ne pouvait mathématiquement pas se tromper. Toute personne, au demeurant, qui entreprend d’échapper au tragique constitutionnel de l’existence sera rattrapée par lui plus rapidement et plus sévèrement qu’aucune autre. A cela il y a, tous les observateurs de l’homme le savent, une sorte de loi supérieure, de fatalité.

Mais n’est-ce pas pour cela justement – et pour nulle autre raison –, aussi longtemps que les mères acceptent de couvrir leurs plaintes laides et honteuse de quelque sourdine cosmétique, et leurs récriminations sauvages de quelque voile de pudeur, que la fonction de mère est vénérable et belle ?

Les vraies belles et bonnes choses de ce monde ont souvent cela en commun qu’elles nous demandent, pour leur accéder, de payer de la privation d’une partie de nos potentiels. On ne fait pas de poussins sans casser des œufs.

Oui, je le dis clairement, aimer c’est se sacrifier. Ou du moins c’est être prêt à le faire. Etre une mère, c’est accepter de ne plus être une jeune fille. Etre des parents, c’est accepter de ne plus être des enfants. Eduquer c’est accepter de représenter l’autorité. Représenter l’autorité c’est accepter de devenir à son tour le garant de la norme. Et pour engendrer un homme intellectuellement libre, il faut auparavant lui imposer une enfance « normée », c’est-à-dire lui transmettre un certain nombre de préjugés, qu’à l’âge adulte seulement il sera autorisé à remettre en cause. Il n’y a rien au-delà de ça. On n’aime pas ses enfants par loisir ou pour y gagner quelque chose. Si l’on gagne parfois deux-trois bricoles à se dévouer à ceux que l’on aime, c’est que le hasard le veut bien. Mais il est assez courant que celui-ci ne le veuille pas. Ce n’est pas pour autant qu’on doive démissionner.

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MATRONES CRUELLES, vampirisme, jeunesse éternelle, décadence.. etc.

Je vous demande à présent de songer une seconde à ces mères bourgeoises qui ne veulent pas voir leurs filles être enceinte trop jeune, sous prétexte de protéger leurs études et leur avenir de femmes « actives » et « libérées ». Représentez-vous cela dans un monde où vie active rime essentiellement avec servitude, et où il n’y a pas plus de femmes actives libérée en France qu’il n’y avait d’hommes libres dans les camps autrefois surmontés de l’inscription « Arbeit Macht frei ».

Songez à présent s’il vous plaît, faites-le pour moi, à l’ironie du sort qui veut que ces bourgeoises féministes aient eu elles-mêmes la plupart du temps une vie oisive et facile, aient eu accès aux plus hautes études et aux meilleures places en grande partie grâce à leur extraction sociale… Imaginez que ce sont ces femmes-là qui ont le front d’expliquer à leur femme de ménage que le travail libère la femme, tandis qu’elles sirotent tranquillement un thé au jasmin, bien confortablement assises devant un catalogue de papiers-peints et moquettes murales hors-de-prix.

Ces femmes nanties, protégées depuis l’enfance de bien des réalités, en un mot naïves, à la strate sociale desquelles appartinrent l’écrasante majorité des féministes les plus influentes, ces femmes, lorsqu’elles ont travaillé (ce qui n’est pas toujours le cas!) auraient encore pu choisir de ne jamais le faire (pour elles, travailler était un divertissement et une option!). Qui est encore dans leur cas aujourd’hui ? Paris Hilton et consoeurs, peut-être ? Je ne sais même pas si Paris Hilton n’est pas finalement +/- contrainte de vendre son image pour faire de la pub aux hôtels de son père…

Car ces « jeunes personnes », bonnes bourgeoises françaises, qui ont rejoint autrefois MLF et compagnie, étaient alors inconsciemment protégées par l’ordre patriarcal bourgeois qui tenait encore debout à cette époque, aussi elles ont toujours eu la possibilité de se marier avec un homme fortuné… – et, le fait est que beaucoup ont suivi cette voie toute tracée du mariage bourgeois… en se plaignant beaucoup, certes, mais sans poser de problème à personne, bien au contraire, puisqu’elles ne faisaient que suivre un phénomène de mode, ce qui ne pouvait que les rendre au final plus prisées et plus désirable en leur temps !

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LE TRAVAIL REND LIBRE, surtout les pauvres.

A présent, quelle femme inactive, sans profession connue, sans cursus particulier, sans activité « créatrice » ou humanitaire de façade, et sans « plan de carrière », à moins d’être une riche héritière (et encore!), peut se contenter de se marier aujourd’hui à un homme et d’en vivre, sans passer +/- pour une pute ? Il n’y a plus grand’monde aujourd’hui parmi la gente féminine, du bas en haut de l’échelle sociale – en-dehors des milieux tradi-catho (et autres communautés religieuses, sectes diverses et Islam compris) – pour se vanter de bénéficier du statut symbolique de : « mère au foyer ». Surtout lorsqu’il ne s’agit pas de participer au concours de la mère de famille la plus overbookée de la famille la plus nombreuse (et la plus religieuse). On préférera toujours dire que l’on fait autre chose que d’ « être maman », même si l’autre chose n’est qu’un simple hobby ou une couverture.

Il faut voir à cela une excellente raison : le travail (sous-entendu le travail rémunéré, « professionnel », issu d’un « cursus », ayant des implications sociologiques clairement « pistables », recouvrant des « objectifs » et des « projets » clairement exprimables en langage entrepreneurial et administratif et dûment recensés quelque part), LE TRAVAIL est devenu la nouvelle religion de notre société auto-proclamée libre. C’est seulement à l’aune de la classification fournie par le monde_du_travail que vous êtes désormais autorisé chez nous à répondre à la question : « Qui êtes-vous ? ». Cette question n’est d’ailleurs plus admise que sous la forme suivante : « Que faites-vous dans la vie ?» Au-delà de ça, on vous renvoie aux médecins – en rééducation mentale pour être plus précis. Arbeit Macht Frei, donc.

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RATIONALISATION DE LA TORTURE, (de : tripalium, tout ça…)

Songez un instant que les femmes qui ont élaboré la critique de la société patriarcale ont connu – pour celles qui sont encore en vie – l’époque du plein-emploi, et se sont vues proposer durant leur jeunesse des professions aussi diverses que gratifiantes, sans jamais encourir le risque de s’user la santé à des métiers dangereux, mal-payés et ingrats (par ex : serveuse de bar la nuit à moitié « au black », ouvrière dans une industrie utilisant des produits chimiques dangereux, caissière de supermarché/femme de chambre de Novotel en proche banlieue parisienne, hôtesse d’accueil debout en talons sur le pavé, prospectus en main devant un commerce quelconque, payée en fonction du nombre de visiteurs « accrochés ».. etc.).

Or ces métiers auxquelles les « femmes libérées » de la génération de mes parents ont eu accès, même ceux les plus prisés, qui font encore rêver la jeunesse – journaliste, pubard, cadre sup’, « créatif » – ont à peu près tous perdu aujourd’hui bonne part de leur intérêt intrinsèque à cause de la vaste entreprise de « rationalisation des tâches » qui sévit dans à peu près tous les secteurs (surtout dans les secteurs où beaucoup d’argent est investi), cela conforté par le fait que le taux de chômage élevé pousse les employés à accepter de montrer toujours davantage de soumission aveugle à l’ordre établi pour conserver leur place.

Nous vivons une situation de crise fort profitable à ceux qui exploitent le travail d’autrui, mais où les travailleurs, surtout dans le tertiaire, sont devenus des clones, aux qualifications floues, tous interchangeables, dans la mesure où l’actuelle organisation bureaucratique, hyper-hiérarchisée, débilitante du travail, (où il faut rendre des compte pour tout, où l’on ne développe plus que des projets dont l’intérêt doit être immédiatement visible, c’est-à-dire des projets à court-terme) a à peu près éliminé toute possibilité que les atomes rémunérés qui habitent les grandes villes développent désormais de vrais savoir-faire, c’est-à-dire des savoir-faire sur lesquels leur paie serait indexée. Par extension cela leur interdit de jamais se rendre véritablement indispensables, ce qui veut dire utiles à la société en tant que personnes, et non comme simples maillons d’une chaîne qui pourrait se passer d’eux.

Les employés d’aujourd’hui qui ont du mal à s’appeler eux-mêmes des « travailleurs », peut-être parce que, contrairement à l’ouvrier, ils ne tiennent jamais entre leurs mains le résultat de leurs efforts, sont maintenus constamment en grande compétition par le taux de chômage élevé, et cet état de fait ayant miné définitivement quasi-tous les anciens systèmes de solidarités entre les travailleurs (sans parler des demandeurs d’emploi qui sont les nouveaux « intouchables »), les ambiances au travail dans notre pays sont devenues de véritables poisons. L’air y est pour ainsi dire devenu irrespirable pour les âme sensibles ; on y porte des masques pour se protéger de la nuisance d’autrui.

Est-ce pour qu’elles aient accès à toutes ces réjouissances sans nombre que ces mémères-la-morale emperlouzées qui nous servent le féminisme à toutes les sauces de leur repas copieux, empêchent leurs filles de se reproduire ? Est-ce pour qu’elles puissent avoir l’honneur de vivre cela que, fortes de leur pouvoir de matrones, elles se permettent de stériliser à volonté des jeunes femmes qui sont souvent majeures, comme on ferait pour des animaux de compagnie, comme on ferait en Suède pour des cas-sociaux ou des handicapées ?

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QUAND PLOUTOS DECIDE DE QUI DOIT VIVRE et de qui doit mourir

Songez à présent à ces mères qui n’ont rien à foutre de sérieux de leurs journées, à part éventuellement de la charité ou du militantisme… et demandez-vous pourquoi en général ce sont ces femmes-là (et non la « mama » italienne de la banlieue dégueulasse de Naples) qui n’envisagent jamais qu’elles pourraient fort bien, en tant que grand-mères, s’occuper elles-même de l’enfant à naître, en attendant que la jeune maman finisse ses études et mûrisse… Songez seulement que ces grosses vaches égoïstes mettent en danger la santé physique et mentale de leurs filles, simplement au final pour préserver leur propre liberté de ne rien foutre… Songez un peu qu’en l’espèce, elles sacrifient un enfant, (l’enfant d’une femme jeune et en bonne santé, qui aurait donc toutes les chances d’être en bonne santé lui-même, qui recevrait sûrement un héritage culturel et financier, qui serait entouré, aimé et gâté), et le libre-arbitre de leur progéniture – pourtant déjà majeure dans bien des cas ! – à leur fainéantise, à leur effrayante grégarité, à leur conformisme inconscient et au plus cruel des égoïsme… !

– Mais la fille enceinte, pense-t-on jamais dans ces cas-là à la consulter honnêtement au sujet de son propre devenir ? Ne lui demande-t-on pas son avis que dans la seule mesure où l’on sait pertinemment qu’elle suivra – elle aussi, à son tour – aveuglément son intérêt matériel (et accessoirement sa peur d’être rejetée) ? … – Mais peut-être bien que la fille enceinte, au fond, préfèrerait tout plaquer pour devenir une mère ! Qu’en sait-on ? En le secret d’elle-même, peut-être bien n’accepte-t-elle d’avorter que sous la contrainte familiale et sociale ? Peut-être a-t-elle peur qu’on la traite mal : comme une fainéante et une éternelle mineure, si elle arrêtait ses études ? Peut-être a-t-elle peur d’être exclue et regardée de travers à son école, si elle s’y rendait avec un gros ventre ? Peut-être n’ose-t-elle pas penser ce qu’elle pense de sa mère et par extension de la société toute entière ? A sa place, dans sa position vulnérable, et sans éducation politique digne de ce nom, oseriez-vous ?

Songez-vous que ces filles, qu’on destine – mais que c’est ironique ! – à être des « femmes libérées » sont en l’espèce rendues semblables à des esclaves antique, car la réalité de leur situation est qu’elles ne gagnent pas assez d’argent elles-mêmes pour qu’on les consulte sérieusement au sujet de leur propre droit à engendrer et à fonder une famille ? …

Maintenant ajoutez ce petit détail qui tue : la mère est généralement mue en-dessous de tout cela, par une peur panique de se voir vieillir – de devenir grand-mère – en laissant sa fille grandir et devenir adulte à son tour… Ajoutez ce petit point de détail et là, je pense que vous avez en main de quoi dresser un joli petit panorama de l’abjection dont il est question ici.

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LE DROIT A L’AVORTEMENT ICI N’EST MEME PAS REMIS EN CAUSE

Par souci de clarté, je précise que je suis personnellement contre l’interdiction systématique de l’avortement. Plus encore, je vous le dis sincèrement, si j’avais été enceinte d’un trisomique, je ne sais pas si je l’aurais gardé. Je pense juste que l’avortement est une pratique lourde d’implications morales, inquiétante car de nature eugéniste, et qui en tant que telle, ne doit certainement pas être prise à la légère, et nécessite d’être strictement encadrée. Notamment parce que sa banalisation pourrait aisément donner lieu à des dérives fascistes.

Le droit à l’avortement ici n’est même pas remis en cause. Simplement, ce que j’aimerais qu’on interroge, ce sont les critères de sélection mis à l’honneur dans notre société au moment de décider de qui doit vivre et de qui ne le doit pas.

Si l’on ne voit pas qu’on sacrifie trop souvent sa progéniture à venir, en Occident, parce qu’on n’a pas encore rassemblé autour de soi toute la panoplie consumériste du « bon parent » en situation familiale idéale, selon l’avis de la Confédération Internationale des Boutiquiers, d’Uncle Ben’s, de L’Association pour sa Santé Bucco-dentaire, de Cosmopolitan, de Maison&Travaux, et d’après les diverses fictions tendance qui nous vantent un certain « standard » de vie à crédit, alors on ne voit rien.

Le fait est que ceux qui avortent sont trop souvent ceux qui précisément ne le devraient pas, et cela pour une raison qu’il est très facile d’expliquer tant elle coule de source. Je l’emprunte à Nietzsche, quand il se faisait la réflexion suivante au sujet de la peine de mort (reformulation de mémoire) :

Si un homme voulait mourir sur l’échafaud parce qu’il se jugeait indigne de la vie, alors sans doute cet homme-là serait-il celui qui paradoxalement mériterait le moins une telle punition.

Selon la même logique, avorter parce qu’on pense que l’on ne parviendra pas à rendre son enfant heureux, c’est encore posséder le souci de rendre son enfant heureux – et même dirais-je, le posséder à un très haut degré, à un degré nettement plus haut que la moyenne… Or, vouloir de toute force rendre son enfant heureux, c’est tout ce que l’on demande à un bon parent. On ne lui demande pas de faire de promesses à ce sujet, ni même d’apporter des gages de sa réussite. Ni surtout d’être en mesure d’acheter à l’enfant tout ce que l’enfant veut. Un parent qui se retrouve ruiné, à faire des ménages, pour nourrir son enfant, se retrouve sans doute par-là même en situation de transmettre à cet enfant une sagesse importante, au moins il lui donne un exemple très beau et très convainquant, concernant le sens de la vie et plus encore le sens du Devoir. Personne au-delà de ça n’a jamais trouvé la recette infaillible pour fabriquer un homme heureux.

Je conçois par exemple très bien qu’une jeune fille violée veuille avorter, et je ne me hasarderais jamais pour ma part à prétendre qu’il faille absolument le lui interdire : cela doit être vraiment très difficile d’élever dignement le rejeton d’un traumatisme, d’une terrible colère et d’un profond dégoût. Cet état de fait ne m’empêchera jamais pour autant (bien au contraire, même) d’admirer la femme qui possède la force en elle, la force d’amour gigantesque, pour faire une telle chose, c’est-à-dire pour ne pas se venger sur l’enfant du violeur, du violeur lui-même. Car il en va ainsi de toutes les grandes choses : elles ont toutes été, à un moment donné, statistiquement parlant, en plus grand péril que les choses « petites » et « ordinaires », de ne pas être.

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« C’est l’histoire d’un mec… » ou pourquoi les femmes sont aussi bavardes

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C’est l’histoire d’un petit jeune homme blanc très-énervé qui dit à une jeune fille qu’il ne croit plus à l’amour depuis qu’il a vu tant de jeunes filles pures craquer pour des salauds. Il dit que c’est toujours la même chose, que dans une soirée où il n’y a supposément que des jeunes filles modèles qui se présentent elles-mêmes comme des parangon de vertu, c’est toujours le plus salaud qui rafle la mise. Il dit que pour se taper les meufs les plus désirables et qui ont reçu la meilleure éducation, il suffirait finalement de se faire passer soi-même pour un salaud ou de se conduire comme un proxénète.

La jeune fille lui répond que c’est vrai, que c’est très-finement observé, mais que même si l’observation recouvre des faits impossibles à nier, elle sous-tend des réalités qui ne sont pas forcément visibles à première vue. Elle compare notamment cela avec la pyramide de Maslow, elle dit que la pyramide de Maslow recouvre une réalité sociale observable mais qu’elle ne permet nullement d’expliquer les ressors secrets qui la sous-tendent. Elle dit que la pyramide de Maslow ne fonctionne que si l’on admet paradoxalement que ce que l’homme va chercher tout-en-haut (à savoir un peu d’amour, la confiance en lui-même et le fait d’être épanoui), il en a d’ors et déjà besoin pour décrocher ce qui est tout-en-bas, à savoir un pauvre job. Le petit jeune homme dit à la fille de revenir au sujet, et que si elle se perd dans les digressions, on ne va jamais en finir. Elle demande : « Pourquoi en finir? » ; il réplique : « Revenons-en au fait, s’il te plait ! ». Elle s’exécute. Elle dit au petit jeune homme que même si ce sont effectivement les jeunes filles qui ont reçu la meilleure éducation ou qui ont la sensibilité la plus délicate qui vont vers les mecs qui ont une mentalité de proxénète, ce n’est pas pour autant pour les raisons que l’on croit. « Les raisons que l’on croit », dit la jeune fille, ce sont les raisons habituelles qu’invoquent les puritains, les Ayatollah ou les Rabbins pour rabaisser et moquer les femmes désirables, à savoir : « les jeunes filles belles et intelligentes sont vaniteuse et leur vanité les pousse à la luxure – elles doivent se prémunir de la luxure et de la vanité ».

A ce stade de sa démonstration, la jeune fille prévient le jeune homme que la suite de son discours va lui paraître extrêmement féministe, mais qu’elle ne se sent pas particulièrement féministe pour autant, bien au contraire même. Elle explique au jeune homme qu’elle est persuadée que ce vieux discours des puritains est un discours qui a été conçu en des temps archaïques par des hommes qui voyaient dans la femme une altérité absolue, et à cause de cela ne parvenaient pas à s’identifier aux femmes comme ils l’auraient fait vis-à-vis d’autres hommes, lorsqu’ils essayaient de dresser leur portrait psychologique. Ce pourquoi leurs analyses relatives aux motivations secrètes des femmes relèvent selon elle du pur et simple préjugé et sont à proprement parler des erreurs de psychologie. La jeune fille alors développe ainsi son argumentaire, elle dit que les femmes belles et désirables ne sont pas plus prompte à la vanité que la moyenne, car dans vanité il y a « vain », or celui qui est vain est celui qui se prend pour ce qu’il n’est pas. Celle qui se prend pour belle et qui est belle, ne ment pas, ni ne se trompe. Tout juste peut-on dire qu’elle est fière de sa beauté. Mais sa beauté n’est pas une vanité : c’est un fait. Les puritains sont bien placés pour le savoir, eux qui sont obsédés par ce fait-là.

Elle explique enfin que si les femmes hautement désirables, et donc qui sont désirées par un grand nombre d’hommes, vont plus souvent vers les hommes qui donnent l’impression de les respecter moins, c’est tout simplement parce que ces hommes qui ne respectent pas les femmes respectent encore moins celles qui sont laides. Ainsi, les laides n’ont aucune chance de les conquérir et de les faire changer d’avis relativement à leur valeur intrinsèque. Les laides ont toujours plus de chance auprès des hommes doux et civilisés. Tandis que les femmes belles se voient pour ainsi dire toutes désignées par la nature pour (en quelque sorte) « convertir » ces hommes qui méprisent les femmes et les rabaissent, à la cause qui leur est la plus chère, la Cause Féminine. C’est dans cette optique, dit-elle, que l’on pourrait expliquer le fait qu’Aphrodite se soit acharnée à faire tomber Phèdre amoureuse de son beau-fils, le fier, indompté Hippolyte, qui n’aimait pas les femmes. Aphrodite se sentait probablement offensée, à titre personnel, de l’air altier que ce jeune homme adoptait en présence de la beauté des femmes et du mépris qu’il en avait. Elle avait une revanche à prendre sur son mépris, en quelque sorte.

Le jeune homme écoutait la jeune fille et ne pipait mot. En effet, non seulement la jeune fille était belle, mais elle parlait d’amour et elle en parlait bien. Il lui proposa un autre verre de vin, qu’elle but. Elle était déjà à moitié grise, avec ce verre de plus elle le fut tout à fait.

La jeune fille voulait conclure sur quelque chose de très fort, sur quelque chose de très intelligent…

Elle aurait voulu conclure en disant que tout cela démontrait qu’à l’origine de la recherche du mal en amour, contrairement à ce que croyaient les puritains, il n’y avait non pas l’amour du mal, mais l’amour du bien. Elle aurait voulu faire comprendre cela au monde : que l’amour n’était rien d’autre qu’une quête du sublime, et que le sublime ne pouvait passer que par la conversion du mal en bien, ce pourquoi cette quête nécessitait un passage dangereux, le passage à travers le mal, qui était un peu comme l’épreuve du feu de l’amour, d’à travers laquelle on ne ressortait jamais que cramé ou grandi. Elle aurait voulu tenir un puritain, là, devant elle, en avoir un à sa portée, pour lui expliquer que le mal en tant que tel n’avait jamais eu et n’aurait jamais aucun attrait intrinsèque, et qu’il était donc inutile et malsain de se focaliser sur lui comme sur une entité distincte, possédant sa puissance propre, alors qu’en vérité il tirait toute sa puissance du bien. Mais elle ne put pas faire cela. Elle ne put pas expliquer tout cela au jeune homme. Et il ne le comprit jamais. Car elle était déjà embrassée.

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C’est l’histoire d’un écrivain réac qui pense qu’il lui suffit de jouer les salauds pour se faire plein d’admirateurs. Une fois qu’il y est parvenu, il tombe en dépression. Il pense que c’est la preuve de quelque chose de très grave : que le monde est injuste et que les salauds raflent toujours la mise, comme si la vie entière n’était qu’une vaste partie de poker pleine de brigands. Il n’a pas compris que cela pouvait potentiellement prouver l’inverse : que tous ses admirateurs étaient des gens qui étaient prêts, si nécessaire, à se rendre au plus profond du noir de l’enfer, pour embrasser le Malin sur la bouche, afin de le ramener dans l’humanité et de le rédimer. Hélas, comme il n’a pas compris cela, il s’est suicidé.

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C’est l’histoire d’un chef d’entreprise qui a toujours fait confiance au système dit de la « pyramide de Maslow ». Pour lui, il s’agit d’un système imparable. Dans ce système, il est admis qu’on doive d’abord se soucier de ses propres besoins élémentaires et que les besoins liés à l’estime de soi et à l’amour viennent ensuite. L’individu qui n’a pas de toit au-dessus de sa tête ou n’est pas indépendant du point de vue de ses besoins élémentaires, ne doit donc, selon cette hiérarchisation-là des besoins, pas espérer qu’en l’état, on l’aime et on le respecte. Il doit d’abord subvenir seul à ses besoins physiologiques avant de mériter davantage. Arbeit Macht Frei, ensuite on verra.

Exemple :

Monsieur C. Baudelaire, actuellement sans emploi, trouvé hier dégueulant le vin d’autrui dans le caniveau, a été mis sous tutelle : selon la pyramide de Maslow, il ne mérite pas d’être admiré et ne doit pas chercher à être admiré tant qu’il est à la charge d’autrui.

pyramideNotre chef d’entreprise rencontre une mère de famille. Cette dame, mère au foyer, lui fait remarquer la chose suivante :

Il faut bien commencer par aimer les enfants, car c’est cela qui leur donne de l’estime pour eux-mêmes. Or c’est à la condition seule qu’ils aient un peu d’estime pour eux-mêmes, qu’ils trouvent la force (et le plaisir!) de se rendre utile lorsqu’on le leur demande, de se défendre lorsqu’on les agresse et même de manger. Il arrive fréquemment que les enfants qui se sentent mal-aimés refusent de se nourrir, cela arrive notamment aux petits veaux lorsque leur mère ne s’occupe pas d’eux à la naissance. De même, les enfants qui n’ont pas suffisamment confiance en eux-mêmes ne se défendent pas bien, lorsqu’ils sont victimes de mauvais traitements de la part de leurs petits camarades. Cela, ce sont des faits. On ne peut paradoxalement pas élever des enfants en leur disant : « fais bien ton travail, ainsi je t’aimerai » ou encore « mange bien ta soupe, sinon je ne te donnerai plus à manger », cela reviendrait à les traumatiser définitivement, et serait totalement contre-productif.

A cela, le chef d’entreprise ne répond pas, ne répond rien, ou répond mal. Il demande bêtement : « Quel rapport avec la pyramide de Maslow ». La mère de famille reprend :

Cet exemple illustre bien qu’il faut parfois, en quelque sorte, « faire une avance » à l’homme sur l’amour et le respect qu’il mérite, avant qu’il ne le mérite, afin qu’effectivement il se donne la peine de le mériter. L’homme est ainsi fait qu’on doit le respecter « en tant qu’homme », même s’il n’est pas lui-même parfaitement humaniste, ou même parfaitement humain au sens élevé du terme, et cela non pas afin de saper les bases-mêmes de l’humanisme, mais par humanisme justement. Car l’humanisme, quoiqu’il consiste à penser qu’on ne nait pas homme mais qu’on le devient, ne peut se passer de considérer les hommes en tant qu’hommes, et cela même avant qu’ils aient donné des preuves de leur humanité. L’humanisme consiste ainsi à penser qu’on ne peut dire même du dernier des hommes qu’il n’est pas un être humain tant qu’on n’a jamais tenté de lui parler comme à un être humain. Or refuser tout amour et toute reconnaissance sociale à un individu tant qu’il n’a pas accédé à un certain niveau de richesse, c’est à proprement parler une attitude abjecte et inhumaine.

En réponse à cela, le chef d’entreprise, tenta d’émettre d’hypothèse que la mère de famille était communiste, mais elle ne lui laissa pas le temps de développer.

L’homme est un animal social ! Cela n’a en rien à voir avec le communisme. Le communisme revient à croire que le simple fait d’être un déshérité fait d’un homme un Saint. Moi je ne dis pas cela, je ne dis pas que tous les déshérités sont des gens bien qui méritent qu’on se batte en leur nom et qu’on les défende. Ce que je dis c’est tout simplement qu’on ne peut pas retirer à un déshérité son appartenance à la communauté humaine sous prétexte qui n’a pas de bien. Ce que je dis seulement c’est : ne pas avoir de bien (matériel) n’a rien à voir avec le fait d’être ou non quelqu’un de bien (moralement parlant). Celui qui n’a pas de bien (matériel) a besoin d’être intégré à une société et d’être respecté par les membres qui la composent avant-même que de participer activement à la croissance économique de cette société ! Où avez-vous vu que les animaux sociaux devaient justifier d’une quelconque manière leur appartenance à un groupe social ? Car ce que Maslow appelle amour et reconnaissance, ça n’est rien d’autre que la traduction en langage humain de ce que les animaux identifient à la chaleur du troupeau. Les animaux sociaux SONT sociaux, c’est-là chez eux, comme chez nous, un trait constitutif de leur caractère et nécessaire au bon fonctionnement de leur métabolisme (aussi bien physique que mental). Cela, dès leur naissance et jusqu’à leur mort. Et c’est dans le cadre de cette chaleur de la meute, qu’ils ne quitteront jamais, que s’élaborera leur vie d’adulte au cours de laquelle ils développeront éventuellement une certaine productivité au service de cette meute… cela, sans que leur sociabilité ne soit outre-mesure indexée sur leur productivité. Car l’homme, tout comme l’animal, a tout autant besoin d’être productif que d’avoir une vie sociale ! Pourquoi faudrait-il dès lors le mettre en demeure d’accomplir la satisfaction l’un de ses besoins en lui faisant miroiter la satisfaction de l’autre ? N’est-ce pas une mesure de rétorsion qui, en l’état, peut avoir sur les personnes délicates et sensibles un effet contre-productif ? Sommes-nous plus bêtes que les animaux, pour avoir besoin qu’on nous force méchamment, qu’on nous prive et qu’on nous appâte, pour nous rappeler ce dont nous avons besoin ?

Le chef d’entreprise répondit : « Pourquoi donc s’acharner ainsi à vouloir convaincre les autres en discutant ? Comme vous le savez, je vais rester sur mes positions, et vous sur les vôtres… »

La mère de famille s’écria :

Mais si je parle, si je crois que je dois parler, ce n’est pas parce que je veux vous convaincre, vous en particulier, et ce n’est pas non plus parce que je veux de la reconnaissance. Qui sont donc les gens qui ne parlent que pour plaire à autrui et en fonction d’autrui ? Ce sont des gens qui n’ont pas d’opinion-propre ! Des girouettes ! Des opportunistes ! Si l’on doit parler, ce n’est pas pour plaire à autrui bien sûr, c’est d’abord pour se plaire à soi-même, parce qu’on a des valeurs ! Avoir des valeurs, c’est défendre une cause noble. Quelle cause est plus noble que celle de la Vérité ? Si je parle, c’est parce que je me sens obligée, au nom de mes valeurs, de défendre la Vérité. Si je parle, c’est parce que je suis bien persuadée d’avoir raison. D’ailleurs, persuadée n’est pas un bon mot. Je ne suis pas persuadée au sens où il s’agirait d’une croyance. J’ai raison : c’est un fait. Et c’est parce que c’est un fait que c’est démontrable, et c’est parce que c’est démontrable que je m’attache à le démontrer. Voilà, j’ose le dire : je parle parce que j’ai raison. Et si je croyais que j’avais tort, ou si vous parveniez à me prouver que j’ai tort, je ne parlerais plus.

Le chef d’entreprise se mit à rire et lança à la femme plusieurs propos blessants. Elle était selon lui hystérique, trop bavarde, et parlait comme une folle. Il acheva par ce qu’il crut être un mot d’esprit : « Pourquoi les gens cherchent-ils toujours à avoir raison ? Que m’importe à moi si j’ai tort ? Je m’en porte fort bien ! » La mère-au-foyer essaya d’expliquer à son interlocuteur que c’était faux, que personne ne parlait jamais pour avoir tort et que si les hommes n’avaient aucune prétention à la vérité, ils ne parleraient tout simplement pas, ils n’auraient même jamais développé l’usage de la parole… mais le chef d’entreprise n’était pas en mesure de comprendre intellectuellement cela. Il renvoya la dame à ses fourneaux et à sa vaisselle sans autre forme de procès.

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C’est l’histoire d’un scientifique qui fait une expérience en vue de prouver au monde quelque chose dont il a toujours été certain. L’expérience ne lui donne pas le résultat attendu. Il en déduit que « la vérité est ailleurs » (et il détruit tout en s’en allant). C’est l’histoire d’une mauvaise foi. Fin de l’histoire.

La situation au Proche-orient éclairée par ma gauche

Je dédicace cet article tout-spécialement à :

No Country for White Men et Bouteille à L’Amer

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A. Klarsfeld : « pas de différence » « entre le nazisme et le Hamas »

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L’équation Hamas=nazisme est assez juste. Posons qu’elle soit juste, et que l’antisémitisme musulman vaille bien l’antisémitisme nazi. Ce point est très défendable. Moi-même, je pourrais le défendre, en tout cas.

Cela étant donc posé, dans quelle mesure s’attaquer à une communauté de gens (une communauté enfermée, c’est-à-dire à proprement parler un ghetto), une communauté composée de familles, avec des enfants, quand bien même cette communauté aurait des convictions ouvertement antisémites… dans quelle mesure disais-je, avoir recours à des méthodes expéditives et ultra-violentes pour éradiquer ou réduire à néant ou au moins terroriser cette petite communauté d’antisémites ghettoïsés… dans quelle mesure ces méthodes-là, qui sont comparables en tout point à la vieille méthode du pogrom, sont-elles valables, lorsqu’il s’agit de défendre quelque chose qui serait le Bien ontologique, et la lutte éternelle contre ce qui fait l’essence-même du nazisme ?

Ma question sera donc la suivante : peut-on résumer le nazisme à l’antisémitisme, ou bien le nazisme et le fascisme sont-ils /aussi/ susceptibles d’être caractérisés par l’emploi de certaines méthodes ?

– Intolérance, racisme, systématisme idéologique, joie d’écraser le plus faible, ghettoïsation de certaines communautés, mysticisme guerrier, éloge de la violence et de la force, valorisation d’une certaine « race » d’hommes aux dépends d’une autre, organisation méticuleuse et pourrait-on dire industrielle des divers processus visant à éliminer l’ennemi : voici en l’occurrence un certain nombre de critères qui pourraient définir ces « méthodes ».

Mon point de vue à ce sujet est celui d’une personne qui a eu maintes fois à condamner les gauchistes pour la raison suivante : je les trouvais intolérants à l’égard de ceux qu’ils jugeaient intolérants. J’ai entendu à de nombreuses reprises des gauchistes dire : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». Et cela m’a fait réfléchir… Car lorsqu’ils disaient cela, il se trouvait que par ailleurs, en général, ils étaient en train d’entraver ma propre liberté de penser. Je ne leur demandais rien d’autre que de m’accorder ma propre liberté de penser un peu différemment, d’employer, dirons-nous, des chemins intellectuels de traverse, comprenez-vous, et ma liberté de librement discuter avec eux de toutes sortes de choses qu’ils jugeaient tabou… Or à cause de cet axiome (« pas de liberté pour les ennemis.. etc »), ils ne me l’accordaient pas. A cause de cet axiome, ils se comportaient face au petit tabou que je représentais à leurs yeux, en évoquant des problématiques dont ils ne voulaient pas entendre parler, comme de bon gros bourgeois idiots bornés et effarouchés. Eux, les anti-bourgeois par excellence, ils faisaient cela ! Quelle surprise ! Et quelle déception !

C’est ainsi que j’en suis venu à leur répondre la chose suivante : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté, cela vaut aussi pour vous. »

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Ce qui me rend le plus profondément triste, dans toute cette histoire de réacosphère, c’est que je ne suis fondamentalement pas raciste, ni xénophobe, ni rien de ce genre… C’est triste, vous comprenez, de se rendre compte qu’il y a des gens de votre bord, ou plutôt de votre bord supposé, qui fond des blagues sur ce qu’ils appellent les « nègres » qui ne sont pas à prendre uniquement au second degré… Triste, parce que le fait d’avoir quitté la gauche à cause de l’hypocrisie de ses discours, de l’intolérance outrancière et des façons-de-faire totalitaires de ses militants – ce qui est un comble au regard de la tolérance qu’ils professent ! -, du clientélisme grassement patricien qui règne dans les sphères du pouvoir dont elle s’est emparé, à cause enfin de tout ce que la « bourgeoisie-bohème » peut avoir de hideusement et platement, ontologiquement bourgeois, ne fait pas de moi pour autant une nazi et une barbare… bien au contraire ! … Le fait d’avoir tourné le dos à ces supposées gentilles personnes parce que je ne les trouvais ni plus aimables, ni plus admirables, ni plus morales que la moyenne des gens dits « ordinaires », n’aurait pas dû me conduire à ce qu’on m’associe à des gens capables de se vanter d’être des enculés et d’en donner la preuve tous les jours !

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L’idée de l’homme libéral, les bases du libéralisme, les bases de l’antiracisme, les débuts de la civilisation industrielle, l’invention de la « modernité » enfin, à quels temps remontent-ils à votre avis ?

Ils remontent à l’époque des Lumières (XVIIe) et au XVIIIe siècle, qui coïncident, de mémoire de nombre de grands et illustres hommes, avec un pic civilisationnel (Cf : Michelet et les Goncourt, entre autre)… Le XVIIIe siècle, moins riche littérairement parlant que le XIXe, fut, en particulier chez les gens bien nés, un siècle où l’on s’est attaché à « bien vivre ». Ce fut un siècle de grande liberté de mœurs, mais où l’on rechercha d’abord l’intelligence du plaisir et les plaisirs de l’intelligence… c’est-à-dire que la préoccupation centrale des gens du XVIIIe ne fut non pas comme aujourd’hui de s’abîmer dans la quête du plaisir-pour-le-plaisir, mais seulement de s’élever suffisamment pour connaître la griserie des plaisirs élevés.

L’on y pratiquait une galanterie à la fois libre et fine, ce fut un siècle de liberté d’esprit réelle enfin, où l’on visait, à titre de distinction sociale, non le prestige du bling-bling et de l’air canaille (pour ne pas dire de lair racaille), mais la hauteur de vue et la grandeur d’âme. Dans la bonne société de cette époque, on pratiquait l’art d’être une « Belle âme » et un « Honnête homme », on cherchait dans les salons à atteindre par l’esprit un idéal d’égalité théorique entre tous les hommes, c’est-à-dire qu’on s’exerçait à adopter sur l’humanité en général un regard visionnaire, qui dépassât les préjugés ordinaires relatifs à l’extraction sociale et raciale.

C’est cela que les Russes appelèrent à l’époque les « Idées nouvelles ».

C’est pourquoi, dans les salons les plus illustres, il arrivait couramment qu’on se mélangeât entre gens d’extraction fort différente… On s’attachait notamment, lorsqu’on était une personne de qualité, de si haute extraction que ce fût, à donner la preuve de cette réputée « qualité » en ne faisant pas honte de lui-même à son voisin, lorsqu’il était de condition inférieure. La noblesse se reconnaissait en ce temps-là à ce genre de délicatesses-là – qui de toute façon n’ont jamais été l’apanage du peuple.

Il fallait s’exercer à juger les propos de son interlocuteurs non d’après la condition de cet interlocuteur, mais d’après la qualité et la virtuosité des propos eux-mêmes. En sorte que la France était devenue la patrie d’élection de la vivacité d’esprit et du courage rhétorique… Voyez à ce propos l’esprit général de liberté et d’égalité tel qu’il règne dans une œuvre telle que le Cyrano de Rostand et dites-vous qu’au XVIIIe siècle un tel esprit s’était pour ainsi dire répandu à grande échelle sur la France…

Lisez La Bruyère (XVIIe siècle – dit le Grand Siècle, ou l’âge classique), et vous comprendrez que la modernité occidentale (pléonasme) est née de l’esprit de modernité, c’est-à-dire de la libération de l’expression de ce qu’il y avait de meilleur et de plus humain dans l’homme.

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Actes antisémites et antimusulmans en France: Washington inquiet de la montée du nationalisme…

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Bande de cons. Ingérence funeste. Cochons d’idiots.

Parce que les muzz et les feuges tradi, ils en ont quelque chose à foutre de la France ? Et les amerlocs, y z’en on quéquechose à foute ?

Personne n’en a rien à foutre de la France, dans cette histoire.

La nation française, dont le peuple est sans doute l’un des plus ontologiquement tolérant du monde, va passer aux yeux de ces ségrégationnistes en substance que sont les anglo-saxons, pour une nation d’intolérants, parce que sa tolérance-même, devenue excessive, en est venue à lui jouer des tours ces derniers temps, et qu’elle se défend un peu.

Aux US, par exemple, les couples mixtes sont extrêmement rares. Chacun développe sa petite intolérance dans son coin et joue les hypocrites lorsqu’il rencontre « l’autre ». Chez nous tout le monde se mélange, tout le monde discute, alors forcément que ça crée des heurts !

Bien sûr que lorsqu’on s’intéresse réellement à ce qu’est la feugitude, on se rend compte que la feugitude est un racisme. Lorsqu’on ne s’intéresse pas à son voisin, c’est plus facile d’être « tolérant ».

Les américains sont des incultes. Ils disent aimer les feuges, mais la plupart ne connaissent strictement rien à la religion juive. En France, ou du moins à Paris, tout le monde a des amis (voire des ancêtres) juifs, et tout le monde s’efforce d’avoir un esprit critique. Nous avons chez nous un rapport à tout cela qui est intelligent, qui est impliqué, et même, pour certains, qui est un peu torturé. Nous ne sommes pas des américains !

Chez nous, le juif ce n’est pas « l’Autre ». Ce n’est pas l’Autre à qui on doit hospitalité et respect. Chez nous, le juif, c’est un membre de la famille. On a le droit de l’engueuler et de lui remonter les bretelles. Chez nous, le juif, c’est l’un des nôtres. On lui parle sur un pied d’égalité, et il a le droit lui aussi de nous dire qu’on est des cons. Chez nous, la voilà la règle du jeu !

Je vois pas pourquoi il faudrait se gêner entre gens d’une même famille. Là où y’a de la gêne, c’est qu’il y a de l’incommunicabilité et de l’ignorance. Les lois religieuse relative à l’hospitalité, elles n’entrent pas en vigueur vis-à-vis de feuges qui sont d’ors et déjà chez eux en France !

Nos feuges français ne sont ni nos « pauvres » ni des étrangers métaphysiques qui auraient tout à nous apprendre ! Deal with it.

Chez nous on ne considère pas que leur place est ailleurs. On ne rêve pas de les mettre à la porte et de les ghettoïser dans un pays qui serait à eux, comme ces hypocrites de protestants.

Chez nous, on considère que le communautarisme est une idéologie qui crée des ghettos et que c’est dans les ghettos que fermente la haine raciale que le communautarisme prétend solutionner.

Les Elohims, les immigrés clandestins, les trisomiques, les escalopes de veau et moi

« Elémentaire, mon cher Watson. »

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S’il existait un « surhumain » qui niait et méprisait l’humain à cause de sa supposée imperfection, il ne serait pas supérieur à l’humain mais au contraire lui serait inférieur. Et malgré toute notre humaine imperfection, nous aurions encore les moyens de le lui expliquer et de lui philosophiquement prouver. Un surhumain qui serait inaccessible à la raison et à la philosophie n’en serait pas un. Si les supposés « surhumains » avaient les moyens militaires de nous détruire physiquement, cela ne changerait rien à l’affaire… Immortel ou pas, quand on est con, on est con. Quand à nous, si nous étions condamnés en tant qu’espèce par une autre espèce, ne serait-ce pas l’occasion ou jamais de nous battre ? Au risque même de nous sacrifier au nom de ce que nous avons de meilleur, de plus sublime ? Il y a en effet une supériorité morale ontologique de l’humain sur un hypothétique surhumain autoproclamé qui ne reconnaîtrait que la force  – lequel ne serait dès lors non plus réellement surhumain, mais à proprement parler inhumain – à tout le moins, barbare. Et, de même, le caractère universel de la notion d’humanité telle qu’employée ici – c’est-à-dire élargie aux capacités de coeur, à la sensibilité, au courage, à la générosité, bref à la morale – fait qu’elle dépasse évidemment le strict cadre de l’espèce. Etre « humain », dès lors, concerne aussi le surhumain. Le surhumain, s’il existe, ne peut qu’être plus humain encore – infiniment plus humain – que l’homme.

Des immortels voudraient nous priver de la vie ? Oh oh ! La bonne blague ! Mais de toute façon être en vie, c’est déjà être condamné à mort ! Etre condamné à mort, c’est le principe-même d’être mortel. Qu’un mortel meurre plus ou moins tôt ou tard, qu’importe pour un immortel ? Puisque pour un immortel, le temps ne compte pas ! Quand on sait ça, on sait déjà plus que tout ce qu’un immortel peut savoir. 

Vous qui craignez les « Elohim », ou qui voulez devenir comme eux, vous n’avez pas suffisamment confiance en l’homme.

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S’il existe des clandestins sur notre territoire qui viennent en France afin de décrocher la vie meilleure susceptible de les rendre meilleurs… Bon, à la rigueur, je suis d’accord. Régularisons leur situation. Que risquons-nous d’eux dans la mesure ou ce sont des frères humains qui ne demandent qu’à se civiliser ? Un homme désireux de se civiliser est un civilisé – c’est la seule définition qui vaille du civilisé, d’ailleurs. Or un homme civilisé n’empiète pas sur l’espace vital d’autrui, par définition… dans cette mesure, même en surnombre temporaire, de tels clandestins ne sont pas dangereux.

Mais s’ils viennent chez nous à seule fin de faire valoir – contre nous – le mépris atavique de l’humanité-qui-est-en-l’homme qu’ils ont hérité de la misère bête et méchante dans laquelle leurs ancêtres ont vécu – et mal vécu ? Mais s’ils ne viennent à la civilisation que mus par une vieille rancune homicide envers cette altérité radicale, trop altière, trop inaccessible, qu’est pour eux la civilisation ? S’ils sont orgueilleux de leur différence dans la seule mesure où cette différence est une barbarie ? – Ne devons-nous pas, dès lors, les traiter pour ce qu’ils sont – comme les romains traitaient les esclaves et les barbares -, c’est-à-dire des inférieurs ?

A partir du moment où l’on est humaniste, on admet qu’il existe des hiérarchies entre les hommes du point de vue de la qualité d’humanité qui est en eux. Logique. On l’admet indifféremment de leur origine, certes – car avec équité et désintéressement… Mais pas – si l’on est honnête – en feignant d’ignorer que les facteurs économiques, génétiques et sociaux ont une influence décisive dans ces hiérarchies.

Tenant cela pour acquis, je n’ai jamais, de ma vie, rencontré un véritable humaniste qui soit de gauche. Ou alors seulement dans les livres – des humaniste de gauche morts : Jaurès, Hugo, Ferry.. etc.

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Un problème de même ordre se pose aux familles catholiques qui ne pratiquent pas l’eugénisme et donc accueillent régulièrement en leur sein des trisomiques. Il semble que ce soit une sorte de farce tragique, d’énigme perverse du Crétois, un vrai sale tour, que leur joue le Bon Dieu, en les confrontant ainsi, violemment, aux limites inhérentes à leur dogme. En effet, être catholique, c’est avoir conscience d’être un pécheur, c’est reconnaître le dogme du péché originel. Or s’il y a bien une catégorie d’êtres humains qui est absolument incapable d’éprouver de la culpabilité – en particulier relativement à l’acte sexuel et au plaisir -, ce sont les trisomiques. Les trisomiques ne sont pas seulement des « idiots », car l’idiot ordinaire, celui auquel les Evangiles donnent le joli nom de « Simple », est un être que l’imaginaire pieux nous fait nous représenter ainsi : infiniment faible, infiniment humble devant les forts, infiniment sous-estimé pour cela, souriant toujours à son incompréhensible malheur, et néanmoins infiniment malheureux… Le trisomique n’est pas de cette nature : lorsqu’on ne le complexe pas, lorsqu’on ne lui donne aucun problème intellectuel et qu’on ne l’expose pas à la frustration, il est heureux. C’est un être à peu près dépourvu d’empathie et désireux de jouir des jouissances terrestres les plus élémentaires (nourriture, sexe, chaleur humaine animale, sommeil), sans arrière-pensée aucune, ni conscience du mal. Or, qui n’a pas conscience du mal n’a pas conscience du bien non plus, hélas. Les catholiques protègent les trisomiques, mais le trisomique est l’être le plus rétif au catholicisme qui soit.

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« On attache au lien de la vache quelques poils coupés à la queue du veau qu’on lui enlève. Je trouve ça raisonnable. L’odeur la trompe, comme les vêtements d’un mort trompent la douleur de ceux qui restent. »

« Le veau qui a mangé de l’herbe ne vaut pas, pour le boucher, le veau qui n’a bu que du lait. »

Jules Renard – Deux passages de son Journal (1887 – 1910)

Ne nous trompons pas d’interlocuteur. Jules Renard était fils de paysans. Il fut même chasseur, un temps, en la mémoire de son père, avant  d’y renoncer. Il aurait pu égorger un cochon de ses mains, s’il l’avait fallu, sans demander à autrui de le faire à sa place. Non pas qu’il l’eût fait de gaîté de cœur, mais cela entrait dans ses capacités. Ce n’est pas mon cas. Il fut également martyrisé, enfant, par sa paysanne de mère. Le cou du cochon n’était pas si éloigné du sien. Jules Renard est l’homme par excellence de la connaissance et de la reconnaissance de la cruauté. Il sait repérer une victime passive, dans la foire aux vanités, mieux qu’un limier ne piste sa proie. C’est le « cœur gros » par excellence : une incapacité clinique à ne pas entrer en compassion. Il n’est pas dénué de bassesses, à ceci près qu’il en est le premier témoin accablé. Son journal est le premier que je lis qui desserve presque son auteur par excès de crudité dans le sincère. Jules Renard appelle Edmond Goncourt « son Maître ». Il est, comme son maître, un homme qui n’aspire qu’à être quelqu’un de bien. A ceci près qu’à ses propre yeux il semble parfois qu’il n’y parvienne pas.

Seuls les hommes de sa trempe, à mon avis, ont le droit d’écrire des mots si graves. Pourquoi graves ? Parce qu’il a été dit dans les Évangiles que les animaux avaient été donnés aux hommes pour leur appartenir, selon la même loi qui veut que troupeau des hommes appartienne à Dieu. Cela n’a pas été dit en vain. Si cela avait été dit en vain, on serait forcé de comparer le sang des hommes à celui des bêtes, comme le font les anthropophages… Les végétariens n’ont jamais eu le sang d’une bête sur les mains, sans quoi ils seraient moins pressés de comparer le sang d’une bête avec celui d »un homme – à moins évidemment que le fait de se percevoir eux-mêmes comme des assassins lorsqu’ils ont simplement acheté une tranche de jambon au supermarché, ne les effraie pas plus que ça. Je parle ici aux gens qui sont capable de se représenter la chose au premier degré. C’est-à-dire qui sont capables de se représenter eux-mêmes dans la peau du personnage principal de La Condition Humaine de Malraux, qui débute le roman en assassinant un inconnu. Les végétariens n’ont aucune idée, en vérité, des tenants et aboutissants réels de leurs équations hâtives, sans quoi ils sauraient que leurs raisonnements fallacieux en font les alliés métaphysiques des anthropophages et des psychopathes.

J’ai une peur, comprenez-vous : qu’un jour un fanatique végétarien saisisse le fait que je mange de la viande animale comme alibi pour s’arroger le droit de me tuer. « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse », clamerait-il, un sourire satisfait scotché sur sa face d’abruti, le couteau du boucher Aztèque à la main.

Le psychopathe végétarien n’est en cela pas très différent du psychopathe chrétien : c’est un gars qui serait capable de tuer un autre gars parce qu’il serait porteur du péché originel. Et, en effet, si l’on veut, il a « raison » : le péché originel est bien une sorte de virus qu’on attrape avec la vie et qui s’expie lorsqu’on expire… Semblable au psychopathe chrétien, on trouve aussi – par extension – le psychopathe communiste : il désire tuer l’homme qui exploite l’homme, parce qu’il se figure que, par la faute de l’exploiteur, l’homme devient un loup pour l’homme. Parce qu’avant l’exploiteur, ce n’était pas encore le cas ? – « Avant l’exploiteur » ?! – Lol !

Le bourgeois, dans la vision communiste, est en somme la même personne que le « carnivore » aux yeux du végétarien : une sorte d’anthropophage qui s’ignore. Mais attention ! Cela proclamé froidement, sans aucun humour ni recul méditatif, comme une vérité positive : au premier degré.

Là-dessous, que sent-on ? Une soif sanguinaire qui se déguise, qui se cherche des excuses intellectuelles, l’homme du ressentiment qui tisse sa toile dialectique. Bien évidemment.

On a envie de faire remarquer au communiste que c’est le propre de l’homme (qui est un loup pour l’homme), que de tuer le loup – que le loup n’a pas d’autre prédateur – et que cela en fait un /super-prédateur/. Au psychopathe chrétien, que le péché originel étant, selon la théologie chrétienne, la condition de la vie, de même que la vie est la condition de la mort, à vouloir hâter le « sens unique » des choses, il se fatigue à nourrir de chair humaine un Dieu qui ne s’appelle non pas Jéhovah mais Absurde. Au végétarien enfin, on a envie de rappeler cette chose toute simple : sa vision de la nature est la plus anthropomorphisée qui soit – il n’y a point de rapport à la nature moins naturel que celui de l’animal omnivore qui décide du jour au lendemain de changer de statut. Quant à la pitié pour le pauvre veau de lait qu’on égorge, elle est bien humaine, elle est bien louable – d’ailleurs je ne suis pas certaine qu’il soit infondé, à ce titre, de préférer manger une bête qui a eu le temps de vivre, c’est-à-dire d’arriver à l’âge adulte, plutôt que son petit -, cependant il ne faut pas que l’homme oublie ce « point de détail » essentiel de son histoire : jamais la vache, toute herbivore qu’elle soit, n’est, ne fut, ni ne sera en mesure de pleurer la mort d’un enfant humain. Plus encore, il faut bien comprendre que si la vache ne mange pas de chair humaine, ce n’est pas par tendresse, humanisme, par mépris de l’esprit de vengeance ou parce qu’elle possède le pardon chrétien, mais parce qu’en tant qu’herbivore, la nature l’a créée ainsi : pour servir de garde-manger aux animaux situés plus haut dans la chaine alimentaire, c’est-à-dire la hiérarchie animale, et que le fait qu’elle ne soit qu’une bête l’empêche à tout jamais d’y avoir quelque chose à redire. Vous demandez pourquoi, la vache répond : « Meuh c’est ainsi ! ».

Tout comme le chrétien qui élève – fort louablement – des trisomiques qui ne seront jamais à même de relever le flambeau de la chrétienté, l’homme défenseur de la cause animale défend des animaux qui ne seront jamais en mesure de défendre la cause humaine. Pour autant, faut-il mettre les trisomiques et les animaux sur le même plan ? Si vous n’êtes pas un psychopathe, vous connaissez la réponse à cette question.

La devise de la nature, ce serait plutôt : « Vae Victis ». Loi du plus fort et barbarie. C’est donc la Cause Humaine – elle et rien qu’elle, dans ce qu’elle a précisément de plus antinaturel – qui s’exprime à travers la compassion-pour-le-faible qui caractérise la prétentieuse et auto-proclamée « cause animale » – et non pas, paradoxalement, la part animale de homme, ni le règne animal lui-même – qui est bien incapable, au demeurant, de s’exprimer.

Nous avons des responsabilités envers la nature dans la même exacte proportions où nous en sommes les maîtres actuels – c’est-à-dire dans la mesure où nous l’avons domestiquée. – Mais dans quelle exacte mesure, au juste, l’avons-nous domestiquée ? La nature humaine n’est-elle pas encore une chose naturelle ?

Cela veut dire que nous ne devrions probablement pas faire vivre les porcs en camp de concentration, ni créer des « vaches à hublots » – cela participe d’une cruauté inouïe, sans précédent dans la nature, et fait honte à l’homme en ce qu’il a de plus humain. Néanmoins, même bons et tendres, nous n’en demeurons pas moins des bêtes, avec ce que cela peut comporter de soumission à un arbitraire qui nous précède et nous survivra, sur lequel la raison n’a aucune prise. Ce pourquoi en matière de règles de vie, il vaudra toujours mieux s’en remettre à la parole de ceux qui nous ont précédé sur la terre, qu’à notre créativité.