Rock around the norm

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Dans une société de Droit, de paix et de police, (c’est-à-dire qui ne soit comparable ni au Moyen-Orient, ni au Far-West), seul compte au final qu’il y ait une norme admise, et que les autorités de cette société s’y tiennent. Ensuite il apparaît assez clairement que le degré de civilisation d’une telle société est proportionnel à la conjugaison harmonieuse de deux grands facteurs :

_d’une part la liberté laissée par les autorités aux individus de vivre en s’écartant de ladite « norme »,

_de l’autre la capacité de tels individus à s’écarter de cette norme sans pour autant perdre un certain lien de fidélité intellectuel infrangible à l’égard d’icelle. Cela, afin que la société ne tombe pas dans le chaos et la décadence, par laxisme, par excès de tolérance envers les déviances diverses. Cela aussi afin que la solidité de l’édifice social repose davantage sur l’intelligence de ses membres et leur sens des responsabilités, que sur leur crainte de la vengeance d’autrui ou des forces de l’ordre.

Bien sûr, pour qu’une telle alchimie opère, il faut que les dirigeants d’une telle société parviennent à célébrer conjointement, et le culte de la « norme », et celui de la liberté des individus à s’écarter d’elle (deux activités qui sont de natures contradictoires, bien sûr, mais qui lorsqu’elles se tempèrent l’une-l’autre deviennent deux grandes sources de bienfaits)… – Hélas, l’aspect purement législatif de la chose ne peut venir que dans une seconde mesure seulement, car la liberté n’est pas une chose qui se donne, n’est-ce pas, mais une chose qui se prend. De sorte que si le peuple d’une telle société ne possède pas « l’esprit » de la liberté, ce ne sont pas des lois qui le lui donneront.

Etre civilisé, c’est être avant tout intelligent, individuellement intelligent, c’est donc du travail et de l’effort, et une certaine éducation contraignante en amont : ce n’est pas suivre sa pente naturelle, ni aller par le plus court chemin vers la vérité. En vérité, la Vérité, une fois qu’on l’a synthétisée à l’état pur, ressemble toujours étrangement à l’extrémisme ou à la bêtise… Être très-civilisé (être un dandy), relève donc toujours plus ou moins de l’équilibrisme. Or l’équilibriste n’est pas celui qui a perdu le sens de l’équilibre, (qui est le sens du « juste milieu », du bien et du bon, de la « norme »)  mais celui au contraire qui l’a développé à son plus haut degré.

L’équilibriste intellectuel, ou celui qui se prend pour tel, lorsqu’il a perdu le sens de ce qui est « normal » et de ce qui est vrai, bel et bon, n’est plus ni un équilibriste ni intellectuel, mais un agent dissolvant, une cellule cancéreuse, pour la civilisation qui le fait vivre.

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LA SEULE CHOSE INTERDITE .

Il y a quelques temps, j’avais commencé à développer une théorie selon laquelle peu importait, après tout, si seulement 1% de la population d’une société donnée vivait /stricto sensu/ en conformité avec la norme telle qu’elle était édictée par les prêtres (ou autorités équivalentes) de cette société… peu importait au final, pourvu que cette norme, tout le monde la reconnût pour ce qu’elle était et continuât de la célébrer comme telle.

Selon le même principe, qui est le principe de la non-représentativité des élites, Socrate demanda juste avant sa condamnation à mort à ce que les citoyens continuassent de le célébrer dans les Temples, sur l’acropole (c’est-à-dire dans le ciel des idées), comme un archétype du « citoyen parfait », même s’ils ne désiraient nullement, à l’échelle individuelle, imiter sa conduite et son mode de vie.

Ma théorie, à l’origine, je la faisais achopper ainsi : « La norme est comme un point donné sur une échelle de valeur, comparable au zéro sur une règle graduée, et ce qu’il ne faut pas, c’est déplacer le curseur de la norme »

Mais j’étais loin du compte encore… Et à vrai dire ma théorie ne résistait pas à un examen approfondi. Car après tout, s’il nous importe seulement de vivre dans une société « normée », c’est-à-dire une société régie par des règles fixes – donc susceptibles d’être discutées, critiquées et interrogées – peu importe au final où l’on situe le « zéro » sur la « réglette » ! Seul importe qu’il y en ait un !

Or le problème de la société post-moderne n’est pas qu’elle « déplace le curseur de la norme », mais qu’elle interdise de le situer ! En effet, si dans la société de nos anciens, le curseur de la norme était placé dans la crèche de Noël sous les étoiles entre le père, la mère, le petit Jésus et le Saint Esprit, après tout peu importait que la majorité des hommes s’en écartent… Les chrétiens ne sont-ils pas des pécheurs, après tout ?

Le problème, dans notre société actuelle, ce n’est pas que la norme ait changé de camp… On ne renie pas totalement l’imagerie sainte de la « Crèche », on ne l’interdit pas comme relevant de la déviance, on ne la pose pas comme étant « anormale »… Non, cette conception « tradi » de la famille existe encore et toujours dans l’imaginaire collectif. Elle est simplement accolée à d’autres, et posée comme étant leur égale. Elle n’est plus la norme, elle est une option parmi tant d’autres, sans qu’aucune possibilité de hiérarchiser entre ces options ne soit plus laissée possible au « consommateur d’options » lambda.

Le problème est plus profond et bien plus pervers encore qu’il n’en a l’air ! Le problème consiste en ce que nul petit enfant né dans les conditions « normales » d’une famille traditionnelle unie, n’est plus autorisé aujourd’hui à dire en classe, ou à la télévision, ou à ses petits camarades, que lui est dans la norme, tandis que les autres, dont les parents sont divorcés, ou de même sexe, ne le sont pas.

La société actuelle postule qu’une famille unie est égale à une famille déchirée/recomposée où bourgeonnent à chaque embranchement des couples homosexuels. Aujourd’hui, s’il n’y a plus de modèle familial, s’il n’y a plus de « norme »… ce n’est pas parce qu’on a autorisé plus de choses aux gens, c’est parce que la notion même qu’il puisse y avoir des « modèle » à suivre et une norme hautement désirable, lorsqu’on parle de construire un foyer, est devenue un tabou.

Or ce sont ses tabous, ses interdits, qui permettent de définir les limites d’une société (ses limites et par-là même ses frontières, donc sa « carte du territoire moral » spécifique). Connaître les lois de la nation où l’on vit, c’est d’abord connaître la liste de tout ce qu’elles n’autorisent pas. Où a-t-on jamais vu des législateur faire des listes de « choses autorisées » ?

Or la seule chose qui est interdite désormais, dans notre société, c’est de dire : « Ceci est la norme ».

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« L’IMPORTAN ÇAI D’AIMMMÉÉÉE!!! » .

Il est intéressant de se demander ce qu’est « la douceur d’un foyer », en quoi consiste l’amour que les parents doivent aux enfants – et réciproquement… Car cette question ouvre des abîmes…

On part toujours du principe qu’il faut « désirer » l’enfant avant de le « faire », qu’il faut « être prêt », et « choisir » le partenaire, l’éducation et le moment. On sous-entend qu’il faut avoir une certaine « situation » financière stable aussi. Un foyer aimant serait donc selon la majorité des gens, un foyer « raisonnable », dont le mode de fonctionnement est entièrement maîtrisé en amont. En somme, une petite entreprise qui ne connaît pas la crise. A quel moment tout cela, au juste, nous parle-t-il d’amour ? – Encore une fois notre société hypocrite utilise ici le concept « vendeur » d’amour pour, de toute évidence, nous refourguer autre chose – qui n’a pas grand’chose à voir avec l’amour en définitive.

Or à présent, je vous propose de comparer deux cas particuliers :

Le foyer le plus aimant (le plus aimant pour ses enfants, mais pas seulement), est-il le foyer où l’on avorte de l’enfant qui vient lorsqu’il ne vient pas dans le contexte attendu, ou parce que l’enfant lui-même ne répond pas aux critères souhaités, ou encore parce que l’on considère que la « passion » qui a poussé le couple parental à forniquer n’est pas suffisante pour fonder un foyer, ou risquerait d’être éteinte si elle cessait d’être stérile… ?

Ou le foyer le plus aimant, le plus accueillant pour sa progéniture, est-il le foyer qui, lorsqu’une femme est tombée enceinte « par accident », alors que les parents n’attendaient pas de petit, ou même n’étaient pas encore en couple avant l’  « accident », a accepté courageusement d’affronter – à l’ancienne ! – ce grand inconnu qu’était « l’accident de parcours » ?

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« MAIS POURQUOI DEVRAIS-JE CHOISIR ENTRE MON BONHEUR ET CELUI DE MON ENFANT ? HEIN ?!! »

_ Tout dépend de ce dont tu as besoin pour être heureuse, connasse.

_ Moi ? Juste un peu d’amour et d’eau fraîche !

_ Ah ? Bon. Bah c’est ok alors. Annule ce que j’ai dit, tu devrais pouvoir concilier les deux sans problème…

_ Nan, j’déconne… Moi j’suis une artiste, je n’suis heureuse que sur scène, de toute façon.

_ C’est ballot. Mais à toute chose malheur est bon : tu tiens la réponse à ta question, du coup.

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Que penser alors du foyer qui a fait de ce qui à l’origine aurait pu n’être qu’une « pierre d’achoppement », sa pierre fondatrice ?

– Que penser de ceux qui ont changé leur vie, re-dirigé la course de leur vie pour leur enfant, pour le bien de cet enfant en priorité – avant que de songer au leur-propre ?

Comment qualifier leur conduite ?

Un mélange de respect docile, de laisser-aller  et de laisser-faire ? Sans doute. Mais de l’enthousiasme aussi, et de la curiosité, pour la vie qui vient ! De la piété, certainement, envers la grande aventure intimidante, que l’enfant ouvre de par sa venue au monde… Un certain sens du devoir, forcément : envers l’être humain qu’il sera, qui ne demande qu’à exister… – Mais peut-être aussi de la crainte. La piété n’est-elle pas faite de crainte ? La crainte de « manquer » un certain rendez-vous avec le Destin… La crainte d’une certaine Justice supérieure qui, si elle existait… et, même si elle n’existait pas, dont il serait si bon qu’elle existe…

– Il leur faut beaucoup d’inconscience diront certains, mais il leur faut de l’insouciance aussi… de l’optimisme ! et même de la légèreté !

– Je demande à tous : qui ne voudrait pas être né par légèreté ? Naître de Légèreté, n’est-ce pas déjà en soi quelque chose comme un signe de distinction, voire un titre de noblesse ?

– Quelle folie ne faut-il pas pour bâtir en connaissance de cause à celui qui doit naître, que l’on ne connaît pas, pour donner asile aux possibilités inconnues qu’il ouvre, un petit nid de fortune ? … bon gré mal gré, lui accorder la place en ce monde qui lui revient de fait (de fait et non de droit), selon des décrets qui nous dépassent ? – Qui jamais, simple mortel, fut rendu maître d’une telle folie ?

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TANT QU’A CROIRE EN QUELQUE CHOSE…

_ On me dira qu’une telle conception est de nature religieuse. Mais si l’on part du principe que :

1) le psychisme humain a besoin de certitudes (le doute systématique, total, étant techniquement impossible ou engendrant des maladies mentales comme la paranoïa ou la dé-personnification) 2) une fois un certain degré de connaissance atteint, l’homme est obligé de se résoudre à savoir qu’il ne sait rien,

alors, il faut se résoudre à admettre qu’une part des certitudes psychiquement nécessaires à l’homme ne peuvent reposer que sur des croyances – éventuellement des croyances librement choisies, c’est-à-dire des actes de foi (étymologiquement : des déclarations de fidélité à certains principes).

A partir de là, s’il faut absolument fixer sa « fidélité» en quelque principe choisi (pour ne pas encourir le risque qu’elle se fixe tout seule sur des principes que l’on n’a pas choisis), comment ne pas choisir ce principe-là, du devoir envers les enfants, envers ceux qui n’ont pas le choix de ne pas nous aimer, envers la famille ?

_ On me dira qu’une telle conception est de nature religieuse. Mais je pourrai répondre aussi qu’elle est purement rationnelle. Le foyer le plus aimant est-il celui qui répugne à affronter les situations de crise, ou bien celui que la crise en elle-même a fondé, et donc fortifie ? Il n’est pas strictement religieux de poser cette question. C’est aussi une démarche politique. – C’est-à-dire qu’elle concerne en premier lieu la paix sociale et la paix des ménages.

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BIENVENUE A GATTACA

Les meilleurs parents sont-ils ceux qui font primer leur devoir de parents sur la qualité intrinsèque de l’enfant ou ceux qui privilégient leur bien-être propre ? – Vaut-il mieux refuser à tous les coup d’élever un petit trisomique / un handicapé / un enfant dont les gènes le rendent susceptible d’attraper un jour le cancer / un enfant sans particularité attachante et sans génie, et s’assurer de n’engendrer que de jolis petits poupons roses et blonds, sains et riche, aux yeux bleus, doués en maths et aux dents éternellement blanches, qui vivront dans l’idée que s’ils avaient été laids et cons ils auraient été jetés à la poubelle ?

– Le critère le plus décisif pour fonder un foyer est-il réellement que les parents aient eu le temps et l’argent d’acheter l’attirail déco’ rose ou bleu de leur choix, et la grande maison avec jardin qui va avec ?

– Les meilleurs parents ne sont-ils pas ceux qui, quoi qu’il arrive, indifférents aux revers du sort, dans la joie comme dans la douleur, dans la richesse comme dans la pauvreté, élèvent l’enfant avec dignité, dans la dignité, et dans le respect de sa propre dignité ? – Faut-il transmettre aux enfants que lorsqu’on n’est pas riche, beau et intelligent, la vie ne mérite pas d’être vécue / on ne mérite pas de vivre ? – N’est-ce pas un peu « nazi » sur les bords, de penser comme cela ?

Au demeurant, le petit poupon idéal né dans une famille qui l’a commandé sur catalogue, même une fois devenu le « surhomme » désiré par ses parents (ce qui ne va pas de soi car l’homme est libre de décevoir ses parents, surtout quand c’est la dernière liberté qu’on lui laisse), ne préférerait-il pas que ses parents lui disent un jour : « même si tu n’étais pas « parfait », ou si tu étais « abîmé », nous t’aimerions et nous te soutiendrions quand même dans tes épreuves, car tu es la chair de notre chair », plutôt que : « si tu ne réponds pas à nos critères, de toute façon tu peux toujours retourner dans la poubelle » ?

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L’OEIL D’ANTIGONE ETAIT DANS LA TOMBE, ET REGARDAIT CREON

Parlons franc, voulez-vous ?

Croyez-vous qu’une mère qui avorte simplement parce qu’elle n’avait pas « prévu » de tomber enceinte – c’est-à-dire parce que ce n’était pas dans ses « projets » (de vie ou de carrière) – c’est-à-dire non parce qu’elle ne pouvait pas élever l’enfant, mais parce que la chose lui est arrivée de façon « imprévue », sans qu’elle n’ait eu à cela son mot à dire, et qu’elle aime mieux « maîtriser le cours des choses » plutôt que de lui être soumise –, puisse jamais comprendre ce que c’est que le fait-même d’être une bonne mère ?

Etre une bonne mère, de toute éternité, est, fut et sera, un sacrifice. Qu’on ait prévu la chose ou non n’y change rien. – Un sacrifice, et non pas (seulement) un « plaisir », ou encore un divertissement, ou je ne sais quel « libre choix ».

Car une fois que l’on est mère, on perd à jamais la possibilité de ne l’être pas ! – même lorsqu’on a refusé de « faire le job », on continue de porter avec soi ce refus pour le restant de ses jours : c’est « aliénant » mais c’est ainsi. Il y a pour la femme un avant et un après le fait d’avoir donné la vie à un autre individu, car l’autre individu en question, s’il est en vie, aura toujours le droit de considérer sa mère comme étant sa mère, et s’il est mort, on ne peut pas pour autant lui dénier le fait d’avoir été, et d’avoir été engendré. Vieux vieux décrets. Respect dû aux morts, sépulture, tout ça…

C’est la loi de la chair humaine, qui ne sera jamais simplement de la chair, comme est celle du bœuf chez le boucher, à moins de vouloir finir à penser comme des ogres, comme des monstres, de bêtes pires que les simples bêtes. On ne peut rien changer à cela. Antigone voulait qu’on enterrât son frère, et sur ce point elle avait raison. La chair humaine, même celle d’un individu mort, ne peut être traitée comme n’importe quel déchet ordinaire. Les gens doivent se faire à l’idée que la nature nous contraint depuis les origines, et ce jusqu’à l’heure de notre mort, à nous soumettre à un certain nombre d’états de faits et de décrets arbitraires. La Nature ne respecte pas le Droit humain, mais elle en est la mère, puisqu’on a créé le Droit en réaction à la Nature, en réaction à ce qui en la Nature ne respectait pas l’homme.

– Tout cela fait qu’être mère est en soi un déterminisme, et si vous voulez même – étymologiquement – une « aliénation ». Tout cela fait qu’être mère est donc d’ors et déjà – en soi – une privation de liberté !

Oui, le cordon ombilical est un lien. Oui, même lorsqu’on a coupé ce cordon, un lien affectif indéfectible demeure entre la mère et l’enfant, donc, non, bien sûr, toutes les « aliénations » à proprement parler ne sont pas à combattre.

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« AIMEZ SANS VOUS SACRIFIER », ou la nouvelle pilule qui fait perdre du poids sans régime.

Demandez à toutes les mères moyennement éduquées, d’origine populaire ou immigrées, de votre entourage, rencontrées dans une salle d’attente ou même dans la rue, demandez à celles que l’on n’a pas formées à s’autocensurer pour complaire à l’idéologie dominante, ou dont la langue de bois n’est pas encore suffisamment « au-point », demandez-leur en toute simplicité si être mère n’est pas un sacrifice ! – Pourvu que vous vous montriez simplement disposés à les écouter, elles se feront un plaisir de se répandre en plaintes et en protestations : elles vous diront sans vergogne combien elles voudraient davantage s’occuper d’elles-mêmes, se « faire plaisir », être libres, et combien leurs enfants et leurs maris sont cause de tous leurs maux, et vous entendrez leur interminable et perpétuelle litanie.

Cela n’est pas très esthétique, mais c’est la vérité, et c’est la vie. Il n’y aurait aucun mérite à faire ce qu’elles font si la formule : « C’est que du bonheur !» n’était pas mensongère.

Toutes les souffrances cependant, n’en déplaisent aux psychanalystes, n’ont pas à être « solutionnées », car la vie-même est une souffrance – la vie, quoi qu’il arrive, est une histoire qui finit mal. En prenant acte de cela, Schopenhauer ne pouvait mathématiquement pas se tromper. Toute personne, au demeurant, qui entreprend d’échapper au tragique constitutionnel de l’existence sera rattrapée par lui plus rapidement et plus sévèrement qu’aucune autre. A cela il y a, tous les observateurs de l’homme le savent, une sorte de loi supérieure, de fatalité.

Mais n’est-ce pas pour cela justement – et pour nulle autre raison –, aussi longtemps que les mères acceptent de couvrir leurs plaintes laides et honteuse de quelque sourdine cosmétique, et leurs récriminations sauvages de quelque voile de pudeur, que la fonction de mère est vénérable et belle ?

Les vraies belles et bonnes choses de ce monde ont souvent cela en commun qu’elles nous demandent, pour leur accéder, de payer de la privation d’une partie de nos potentiels. On ne fait pas de poussins sans casser des œufs.

Oui, je le dis clairement, aimer c’est se sacrifier. Ou du moins c’est être prêt à le faire. Etre une mère, c’est accepter de ne plus être une jeune fille. Etre des parents, c’est accepter de ne plus être des enfants. Eduquer c’est accepter de représenter l’autorité. Représenter l’autorité c’est accepter de devenir à son tour le garant de la norme. Et pour engendrer un homme intellectuellement libre, il faut auparavant lui imposer une enfance « normée », c’est-à-dire lui transmettre un certain nombre de préjugés, qu’à l’âge adulte seulement il sera autorisé à remettre en cause. Il n’y a rien au-delà de ça. On n’aime pas ses enfants par loisir ou pour y gagner quelque chose. Si l’on gagne parfois deux-trois bricoles à se dévouer à ceux que l’on aime, c’est que le hasard le veut bien. Mais il est assez courant que celui-ci ne le veuille pas. Ce n’est pas pour autant qu’on doive démissionner.

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MATRONES CRUELLES, vampirisme, jeunesse éternelle, décadence.. etc.

Je vous demande à présent de songer une seconde à ces mères bourgeoises qui ne veulent pas voir leurs filles être enceinte trop jeune, sous prétexte de protéger leurs études et leur avenir de femmes « actives » et « libérées ». Représentez-vous cela dans un monde où vie active rime essentiellement avec servitude, et où il n’y a pas plus de femmes actives libérée en France qu’il n’y avait d’hommes libres dans les camps autrefois surmontés de l’inscription « Arbeit Macht frei ».

Songez à présent s’il vous plaît, faites-le pour moi, à l’ironie du sort qui veut que ces bourgeoises féministes aient eu elles-mêmes la plupart du temps une vie oisive et facile, aient eu accès aux plus hautes études et aux meilleures places en grande partie grâce à leur extraction sociale… Imaginez que ce sont ces femmes-là qui ont le front d’expliquer à leur femme de ménage que le travail libère la femme, tandis qu’elles sirotent tranquillement un thé au jasmin, bien confortablement assises devant un catalogue de papiers-peints et moquettes murales hors-de-prix.

Ces femmes nanties, protégées depuis l’enfance de bien des réalités, en un mot naïves, à la strate sociale desquelles appartinrent l’écrasante majorité des féministes les plus influentes, ces femmes, lorsqu’elles ont travaillé (ce qui n’est pas toujours le cas!) auraient encore pu choisir de ne jamais le faire (pour elles, travailler était un divertissement et une option!). Qui est encore dans leur cas aujourd’hui ? Paris Hilton et consoeurs, peut-être ? Je ne sais même pas si Paris Hilton n’est pas finalement +/- contrainte de vendre son image pour faire de la pub aux hôtels de son père…

Car ces « jeunes personnes », bonnes bourgeoises françaises, qui ont rejoint autrefois MLF et compagnie, étaient alors inconsciemment protégées par l’ordre patriarcal bourgeois qui tenait encore debout à cette époque, aussi elles ont toujours eu la possibilité de se marier avec un homme fortuné… – et, le fait est que beaucoup ont suivi cette voie toute tracée du mariage bourgeois… en se plaignant beaucoup, certes, mais sans poser de problème à personne, bien au contraire, puisqu’elles ne faisaient que suivre un phénomène de mode, ce qui ne pouvait que les rendre au final plus prisées et plus désirable en leur temps !

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LE TRAVAIL REND LIBRE, surtout les pauvres.

A présent, quelle femme inactive, sans profession connue, sans cursus particulier, sans activité « créatrice » ou humanitaire de façade, et sans « plan de carrière », à moins d’être une riche héritière (et encore!), peut se contenter de se marier aujourd’hui à un homme et d’en vivre, sans passer +/- pour une pute ? Il n’y a plus grand’monde aujourd’hui parmi la gente féminine, du bas en haut de l’échelle sociale – en-dehors des milieux tradi-catho (et autres communautés religieuses, sectes diverses et Islam compris) – pour se vanter de bénéficier du statut symbolique de : « mère au foyer ». Surtout lorsqu’il ne s’agit pas de participer au concours de la mère de famille la plus overbookée de la famille la plus nombreuse (et la plus religieuse). On préférera toujours dire que l’on fait autre chose que d’ « être maman », même si l’autre chose n’est qu’un simple hobby ou une couverture.

Il faut voir à cela une excellente raison : le travail (sous-entendu le travail rémunéré, « professionnel », issu d’un « cursus », ayant des implications sociologiques clairement « pistables », recouvrant des « objectifs » et des « projets » clairement exprimables en langage entrepreneurial et administratif et dûment recensés quelque part), LE TRAVAIL est devenu la nouvelle religion de notre société auto-proclamée libre. C’est seulement à l’aune de la classification fournie par le monde_du_travail que vous êtes désormais autorisé chez nous à répondre à la question : « Qui êtes-vous ? ». Cette question n’est d’ailleurs plus admise que sous la forme suivante : « Que faites-vous dans la vie ?» Au-delà de ça, on vous renvoie aux médecins – en rééducation mentale pour être plus précis. Arbeit Macht Frei, donc.

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RATIONALISATION DE LA TORTURE, (de : tripalium, tout ça…)

Songez un instant que les femmes qui ont élaboré la critique de la société patriarcale ont connu – pour celles qui sont encore en vie – l’époque du plein-emploi, et se sont vues proposer durant leur jeunesse des professions aussi diverses que gratifiantes, sans jamais encourir le risque de s’user la santé à des métiers dangereux, mal-payés et ingrats (par ex : serveuse de bar la nuit à moitié « au black », ouvrière dans une industrie utilisant des produits chimiques dangereux, caissière de supermarché/femme de chambre de Novotel en proche banlieue parisienne, hôtesse d’accueil debout en talons sur le pavé, prospectus en main devant un commerce quelconque, payée en fonction du nombre de visiteurs « accrochés ».. etc.).

Or ces métiers auxquelles les « femmes libérées » de la génération de mes parents ont eu accès, même ceux les plus prisés, qui font encore rêver la jeunesse – journaliste, pubard, cadre sup’, « créatif » – ont à peu près tous perdu aujourd’hui bonne part de leur intérêt intrinsèque à cause de la vaste entreprise de « rationalisation des tâches » qui sévit dans à peu près tous les secteurs (surtout dans les secteurs où beaucoup d’argent est investi), cela conforté par le fait que le taux de chômage élevé pousse les employés à accepter de montrer toujours davantage de soumission aveugle à l’ordre établi pour conserver leur place.

Nous vivons une situation de crise fort profitable à ceux qui exploitent le travail d’autrui, mais où les travailleurs, surtout dans le tertiaire, sont devenus des clones, aux qualifications floues, tous interchangeables, dans la mesure où l’actuelle organisation bureaucratique, hyper-hiérarchisée, débilitante du travail, (où il faut rendre des compte pour tout, où l’on ne développe plus que des projets dont l’intérêt doit être immédiatement visible, c’est-à-dire des projets à court-terme) a à peu près éliminé toute possibilité que les atomes rémunérés qui habitent les grandes villes développent désormais de vrais savoir-faire, c’est-à-dire des savoir-faire sur lesquels leur paie serait indexée. Par extension cela leur interdit de jamais se rendre véritablement indispensables, ce qui veut dire utiles à la société en tant que personnes, et non comme simples maillons d’une chaîne qui pourrait se passer d’eux.

Les employés d’aujourd’hui qui ont du mal à s’appeler eux-mêmes des « travailleurs », peut-être parce que, contrairement à l’ouvrier, ils ne tiennent jamais entre leurs mains le résultat de leurs efforts, sont maintenus constamment en grande compétition par le taux de chômage élevé, et cet état de fait ayant miné définitivement quasi-tous les anciens systèmes de solidarités entre les travailleurs (sans parler des demandeurs d’emploi qui sont les nouveaux « intouchables »), les ambiances au travail dans notre pays sont devenues de véritables poisons. L’air y est pour ainsi dire devenu irrespirable pour les âme sensibles ; on y porte des masques pour se protéger de la nuisance d’autrui.

Est-ce pour qu’elles aient accès à toutes ces réjouissances sans nombre que ces mémères-la-morale emperlouzées qui nous servent le féminisme à toutes les sauces de leur repas copieux, empêchent leurs filles de se reproduire ? Est-ce pour qu’elles puissent avoir l’honneur de vivre cela que, fortes de leur pouvoir de matrones, elles se permettent de stériliser à volonté des jeunes femmes qui sont souvent majeures, comme on ferait pour des animaux de compagnie, comme on ferait en Suède pour des cas-sociaux ou des handicapées ?

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QUAND PLOUTOS DECIDE DE QUI DOIT VIVRE et de qui doit mourir

Songez à présent à ces mères qui n’ont rien à foutre de sérieux de leurs journées, à part éventuellement de la charité ou du militantisme… et demandez-vous pourquoi en général ce sont ces femmes-là (et non la « mama » italienne de la banlieue dégueulasse de Naples) qui n’envisagent jamais qu’elles pourraient fort bien, en tant que grand-mères, s’occuper elles-même de l’enfant à naître, en attendant que la jeune maman finisse ses études et mûrisse… Songez seulement que ces grosses vaches égoïstes mettent en danger la santé physique et mentale de leurs filles, simplement au final pour préserver leur propre liberté de ne rien foutre… Songez un peu qu’en l’espèce, elles sacrifient un enfant, (l’enfant d’une femme jeune et en bonne santé, qui aurait donc toutes les chances d’être en bonne santé lui-même, qui recevrait sûrement un héritage culturel et financier, qui serait entouré, aimé et gâté), et le libre-arbitre de leur progéniture – pourtant déjà majeure dans bien des cas ! – à leur fainéantise, à leur effrayante grégarité, à leur conformisme inconscient et au plus cruel des égoïsme… !

– Mais la fille enceinte, pense-t-on jamais dans ces cas-là à la consulter honnêtement au sujet de son propre devenir ? Ne lui demande-t-on pas son avis que dans la seule mesure où l’on sait pertinemment qu’elle suivra – elle aussi, à son tour – aveuglément son intérêt matériel (et accessoirement sa peur d’être rejetée) ? … – Mais peut-être bien que la fille enceinte, au fond, préfèrerait tout plaquer pour devenir une mère ! Qu’en sait-on ? En le secret d’elle-même, peut-être bien n’accepte-t-elle d’avorter que sous la contrainte familiale et sociale ? Peut-être a-t-elle peur qu’on la traite mal : comme une fainéante et une éternelle mineure, si elle arrêtait ses études ? Peut-être a-t-elle peur d’être exclue et regardée de travers à son école, si elle s’y rendait avec un gros ventre ? Peut-être n’ose-t-elle pas penser ce qu’elle pense de sa mère et par extension de la société toute entière ? A sa place, dans sa position vulnérable, et sans éducation politique digne de ce nom, oseriez-vous ?

Songez-vous que ces filles, qu’on destine – mais que c’est ironique ! – à être des « femmes libérées » sont en l’espèce rendues semblables à des esclaves antique, car la réalité de leur situation est qu’elles ne gagnent pas assez d’argent elles-mêmes pour qu’on les consulte sérieusement au sujet de leur propre droit à engendrer et à fonder une famille ? …

Maintenant ajoutez ce petit détail qui tue : la mère est généralement mue en-dessous de tout cela, par une peur panique de se voir vieillir – de devenir grand-mère – en laissant sa fille grandir et devenir adulte à son tour… Ajoutez ce petit point de détail et là, je pense que vous avez en main de quoi dresser un joli petit panorama de l’abjection dont il est question ici.

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LE DROIT A L’AVORTEMENT ICI N’EST MEME PAS REMIS EN CAUSE

Par souci de clarté, je précise que je suis personnellement contre l’interdiction systématique de l’avortement. Plus encore, je vous le dis sincèrement, si j’avais été enceinte d’un trisomique, je ne sais pas si je l’aurais gardé. Je pense juste que l’avortement est une pratique lourde d’implications morales, inquiétante car de nature eugéniste, et qui en tant que telle, ne doit certainement pas être prise à la légère, et nécessite d’être strictement encadrée. Notamment parce que sa banalisation pourrait aisément donner lieu à des dérives fascistes.

Le droit à l’avortement ici n’est même pas remis en cause. Simplement, ce que j’aimerais qu’on interroge, ce sont les critères de sélection mis à l’honneur dans notre société au moment de décider de qui doit vivre et de qui ne le doit pas.

Si l’on ne voit pas qu’on sacrifie trop souvent sa progéniture à venir, en Occident, parce qu’on n’a pas encore rassemblé autour de soi toute la panoplie consumériste du « bon parent » en situation familiale idéale, selon l’avis de la Confédération Internationale des Boutiquiers, d’Uncle Ben’s, de L’Association pour sa Santé Bucco-dentaire, de Cosmopolitan, de Maison&Travaux, et d’après les diverses fictions tendance qui nous vantent un certain « standard » de vie à crédit, alors on ne voit rien.

Le fait est que ceux qui avortent sont trop souvent ceux qui précisément ne le devraient pas, et cela pour une raison qu’il est très facile d’expliquer tant elle coule de source. Je l’emprunte à Nietzsche, quand il se faisait la réflexion suivante au sujet de la peine de mort (reformulation de mémoire) :

Si un homme voulait mourir sur l’échafaud parce qu’il se jugeait indigne de la vie, alors sans doute cet homme-là serait-il celui qui paradoxalement mériterait le moins une telle punition.

Selon la même logique, avorter parce qu’on pense que l’on ne parviendra pas à rendre son enfant heureux, c’est encore posséder le souci de rendre son enfant heureux – et même dirais-je, le posséder à un très haut degré, à un degré nettement plus haut que la moyenne… Or, vouloir de toute force rendre son enfant heureux, c’est tout ce que l’on demande à un bon parent. On ne lui demande pas de faire de promesses à ce sujet, ni même d’apporter des gages de sa réussite. Ni surtout d’être en mesure d’acheter à l’enfant tout ce que l’enfant veut. Un parent qui se retrouve ruiné, à faire des ménages, pour nourrir son enfant, se retrouve sans doute par-là même en situation de transmettre à cet enfant une sagesse importante, au moins il lui donne un exemple très beau et très convainquant, concernant le sens de la vie et plus encore le sens du Devoir. Personne au-delà de ça n’a jamais trouvé la recette infaillible pour fabriquer un homme heureux.

Je conçois par exemple très bien qu’une jeune fille violée veuille avorter, et je ne me hasarderais jamais pour ma part à prétendre qu’il faille absolument le lui interdire : cela doit être vraiment très difficile d’élever dignement le rejeton d’un traumatisme, d’une terrible colère et d’un profond dégoût. Cet état de fait ne m’empêchera jamais pour autant (bien au contraire, même) d’admirer la femme qui possède la force en elle, la force d’amour gigantesque, pour faire une telle chose, c’est-à-dire pour ne pas se venger sur l’enfant du violeur, du violeur lui-même. Car il en va ainsi de toutes les grandes choses : elles ont toutes été, à un moment donné, statistiquement parlant, en plus grand péril que les choses « petites » et « ordinaires », de ne pas être.

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« Je pense donc mon moi est » _ La face éclairée de Narcisse

Ce n’est pas tant pour les gens auxquels nous portons éventuellement secours dans nos bonnes œuvres, que nous devons agir bien, mais avant tout pour nous secourir nous-mêmes, et je ne dis pas cela dans un sens qui serait strictement religieux, c’est-à-dire dans l’attente d’un éventuel paradis, mais je le dis car nous devons sauvegarder notre propre dignité ici-bas, et ne pas perdre la délicatesse morale qui fait de nous des êtres humains à part entière, et ne pas perdre de notre valeur intrinsèque et par répercussion souiller l’honneur de ceux qui nous aiment.

Voici la conclusion que je donnai tantôt à une réflexion alcoolisée de mon cru sur la situation au Proche-Orient. Oui, disserter sur les chrétiens d’Orient me donne des envies de boire… Vous pouvez lire le fond de ma pensée à leur sujet en cliquant sur l’extrait sus-cité.

La Fierté. Maintenant une épave.

La Fierté.
Aujourd’hui, une épave.

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C’est une bonne façon de répondre, je trouve, à ceux qui pensent résoudre tous les problèmes en décriant le « culte du moi« .

J’ai envie de répondre à tous ces gens pleins de bonne intentions qui croient combattre l’égoïsme en combattant le moi : « Mais qui est-elle donc, cette personne en vous qui combat l’égoïsme ? N’est-elle pas vous-même ? Et en cela n’est-elle donc pas votre moi ?! »

L’idée seule qu’on puisse s’en prendre à cette chose dont ni l’esprit, ni le langage ne peuvent se passer, le « je »… l’idée seule que les gens s’en prennent incessamment à ce véhicule unique qu’on leur à donné à la naissance pour être au monde et avancer dans la vie, leur « moi »… me sidère. La sidération est le mot juste car je ne vois pas les mots comme eux, revêtus du sens restrictif que la majorité leur attribue en dépit du bon sens, je vois les mots dans leur nudité première… Je vois mon moi pour ce qu’il est : il est moi. C’est-à-dire, je vous l’accorde, à la fois tout pour moi, et malgré tout peu de chose.

Si tous les gens qui affirment que tout le mal du monde procède du souci qu’ont les gens de leur petit-eux-même, cessaient un peu d’habiter précisément toujours chez eux, à l’intérieur de leur petit-moi, et voyageaient dans la subjectivité des autres, ils s’apercevraient que rien n’est plus commun précisément, que ce problème qu’ils ont eux avec le moi des autres, et que les autres ont avec leur moi à eux. Si les gens ne se tolèrent pas entre eux, c’est généralement parce qu’ils se reprochent aux uns et aux autres de prendre trop de place. Or la tolérance envers autrui ne passe non pas par la négation du moi d’autrui, mais par la tolérance envers le moi d’autrui.

La vraie fraternité, la vraie amitié entre les êtres, elle n’a pas lieu entre les êtres sans consistance – les êtres sans consistance n’ont pas besoin d’éprouver de la fraternité entre eux pour vivre-ensemble, puisqu’ils ont tant et si bien gommé leurs aspérités qu’ils peuvent se considérer les uns les autres comme des « mêmes ». Or, c’est le dissemblable qui s’aime, s’aimante, se rejette, se déchire ou se recherche. Ceux qui se sont dépouillés de la force et de la pesanteur particulière de leur individualité-propre afin de ne supposément pas « encombrer le monde », se font avoir ! Car ils perdent à ce jeu-là aussi toute raison d’être-au-monde, de lui insuffler la vie, de lui en prendre, et de le transformer… La vraie tolérance, la vraie relation, elle a lieu entre particularités, entre singularités, entre personnalité, pas entre clones.

Il apparaîtra d’ailleurs évident à n’importe quel psychologue normalement constitué qu’une personne en bonne santé, c’est une personne avec un moi en bonne santé. La réalité psychologique étant bien entendu que ce sont les gens dont l’ego est détruit qui font le plus chier le monde.

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En dépit de tous ces beaux raisonnement, j’ai tantôt été séduite par la prose du Scribe, qui a écrit un billet qui dit tout le contraire, et qui est intitulé :

L’obsession du Moi, le nouveau visage du totalitarisme

Ironique, non ?

Le Scribe tient un blog qui compulse quantité de billets de toute première qualité – quelques uns écrits de sa propre plume, quelques autres de la plume des autres. Ca en fait en quelque sorte un condensé de la fine fleur du web qui pense un peu comme moi.

Le Scribe est quelqu’un de bien, cela se sent. Que m’importe au fond qu’il projette sur le fantomatique « culte du moi » toute sa haine de la société spectaculaire marchande ? Sur le fond, je suis bien-évidemment d’accord avec lui. Évidemment que (je le cite) :

L’Etat libéral/libertaire détruit sciemment depuis deux cents ans tout ce qui peut faire dire à un homme « NOUS »,c’est à dire le sentiment d’appartenance à un groupe dont l’existence ne relève pas de l’Etat, et qui pourrait lui donner l’impression de pouvoir changer les choses. Ainsi la Religion (religare signifie relier) fut le premier sentiment, la première « entrave à la liberté » du Moi Je à être visé par les « lumières » et l’esprit libertin. Puis ce fut rapidement le tour de la Nation et l’appartenance à un passé et à une terre commune (« Nos ancêtres les gaulois », mais au nom de quoi m’impose-t-on des ancètres!). Après l’échec cuisant du communisme, ce fut au tour de la notion de Classe Sociale; un concept qui changea la face du monde, d’être ringardisé en moins de 20 ans par la gauche caviar Tapie-Séguéla. Enfin, la notion même de Peuple est aujourd’hui en phase terminale.

Il ne restait plus que l’étage fondamental, le premier cercle d’appartenance, le clan primordial, préhistorique, celui qui avait eu finalement raison même de l’URSS (cf. Emmanuel Todd, La Chute) : la famille.

Le fait que les élites aient tout intérêt à détruire systématiquement toutes les formes de solidarité au sein du peuple (en se réclamant – ça ne mange pas de pain – de l’amitié entre les peuples), n’est plus à prouver. Toutes les révolutions ont commencé par des salons, des fumoirs, des lieux d’aisance, des Facebook ou des cafés. Dans le Journal des Goncourt Tome 1. , ces derniers citent une plaisanterie de leur cousin Edouard : « Moi, si j’étais l’empereur, aussitôt qu’un homme s’assemblerait, je le ferais arrêter. »

Cette citation nous ramène pour le moins spirituellement à notre développement sur la nécessité de préserver l’intégrité de notre petit moi. ^^

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Je vous laisse sans transition digne de ce nom lire la diatribe enflammée que j’écrivis à l’époque au pauvre monsieur Scribe (qui ne s’attendait sûrement pas à voir un avalanche de mots comme celle-là lui tomber sur le coin de la page) afin de l’informer de ce qu’il était inutile qu’il s’en prît à son petit-moi pour attaquer l’utopie marchande nivelante effroyable dans laquelle (effectivement) nous nous enlisons chaque jour un peu plus.

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Quel est ce mot que vous employez : le « moi » ? D’où vient-il ? Peut-on philosopher sans interroger les concepts que l’on emploie ?

La psychanalyse est-elle une philosophie ? Si oui, quelles sont ses propres influences philosophiques ? Si non, pourquoi faites-vous de la philosophie à partir de quelque chose qui n’en est pas ?

Le « moi » n’est-il pas un concept « tout-prêt », comme de la bouffe sous emballage plastique ? En d’autres termes, avez-vous pris soin, avant de développer votre argumentaire, de vous approprier le terme : « moi » ?

Ce « moi » est-il à vous ? Quelle en est exactement votre définition personnelle ? Croyez-vous que parce qu’il s’agit d’un terme psychanalytique, il se suffise à lui-même, et n’ait pas besoin qu’on le redéfinisse, comme n’importe quel concept philosophique, à chaque fois qu’on l’emploie ?

Le « moi » va-t-il de soi ? [Je pourrais vous prouver par a+b que non, mais je vous laisse le soin de vous poser cette question à vous-même, avant de vous donner mes réponses.]

Au demeurant, le « moi« , est-ce un mot de la langue française classique ? Comment vos idées aurait-elles été exprimées par un auteur comme par exemple La Bruyère, à une époque où l’on ne connaissait bien-évidemment pas la psychanalyse et où donc on n’utilisait pas ce terme : « le moi » ?

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Et si on arrêtait, avec ces termes barbares qui ne signifient rien : « moi« , « ego« .. etc ?

Remplacez « égo » par l’un ou l’autre de ces deux mots : « fierté » ou « vanité », et vous verrez que tout s’éclaire… [et vous verrez que vous parlerez à nouveau français.]

Le moi (ou l’égo) ne sont que des moyens de locomotion, ils n’ont pas à être connotés péjorativement ou méliorativement. Ils ne sont que ce que nous sommes, c’est-à-dire des « roseaux pensants ».
Autrement dit, pour le bien de tous, il faudrait traduire : « Je pense donc /mon moi est/. »

Un homme qui dit : « Je » n’est qu’un homme, c’est-à-dire n’est qu’ un corps doué d’esprit, qui s’utilise lui-même comme véhicule, pour se mouvoir sur cette terre, en parole, et à-travers le temps. Dire « Je » est tout à la fois un acte de vanité et de courage, et c’est un acte d’humilité aussi (en effet, un homme qui dit « je » ne parle qu’en son propre nom, ce qui est bien peu).

-On peut se frapper la poitrine, se faire valoir en vain, par vanité, parce qu’on est creux et qu’on voudrait avoir l’air plein, comme la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le boeuf.
-On peut aussi se frapper la poitrine parce qu’on éprouve profondément et douloureusement la vérité de ce qu’on est en train de dire. Et on peut vouloir se faire valoir parce qu’on a de la valeur, ou qu’on désire en avoir, et se donner les moyens d’en avoir.

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Ce que vous désignez sous le terme de « règne du moi » n’est rien d’autre que ce que nos pères du XXe siècle désignaient sous le terme : égoïsme petit-bourgeois. Le consumérisme des petits-bourgeois – comme celui des racailles de banlieues d’ailleurs – est le fait de gens qui se satisfont de joies stupides, qu’on pourrait appeler de joies de l’estomac, et dont le narcissisme se résume à aimer porter des vêtements qui leur donnent une aura de respectabilité et/ou de désirabilité dans l’œil du badaud.

Qui donc indexe le respect qu’il se doit à lui-même sur le regard que le badaud porte sur lui ?
Celui dont le narcissisme-propre est bien peu gourmand en vérité, et bien fruste !

Imaginez n’importe quel personnage de Dandy, à la façon de ceux de Huysmans, ou encore selon le goût de Baudelaire… Est-ce que le vrai dandy baudelairien va chercher la gloire de son petit-moi dans le fait de porter le costume à la mode susceptible s’esbaudir le bourgeois ? Je ne pense pas, non. Le vrai dandy ne craint pas de déplaire. Et ce qu’il veut surtout c’est être incompris du bourgeois.
Est-ce que le véritable dandy, qui est pourtant très-narcissique, est un consumériste qui adore faire-briller, manger, posséder et encore posséder ? Non, bien sûr, le vrai dandy ne craint pas une petite fringale, de porter un mauvais chapeau, de trimbaler auprès de lui son amie la solitude et qu’on le voie vivre dans la misère. Si le dandy affronte tout cela pour la beauté de son dandysme, le dandy considère que sa misère-même est un luxe.

On pourrait même aller jusqu’à dire que la souffrance du Dandy est à l’image de la souffrance des martyrs de la religion chrétienne, dans la mesure où la souffrance des martyrs est également une sorte de luxe puisqu’il s’agit toujours d’une misère « orgueilleusement » choisie.

Ne peut-on avoir l’orgueil de sa foi et l’orgueil de sa bonne conduite ? Celui qui n’a pas l’orgueil de sa bonne conduite, pourquoi agirait-il bien ? Pour la gloire de Dieu ? Mais vouloir plaire à Dieu, ne voilà-t-il pas par excellence ce que les gens d’aujourd’hui identifieraient comme LA vanité suprême ?

Autrefois, lorsqu’on disait aux chrétiens d’être humbles, on ne leur interdisait pas pour autant de faire preuve de fierté et d’orgueil. On leur disait juste : placez-les, votre fierté et votre orgueil, dans un endroit où ne sévissent ni la rouille ni la teigne, et où les voleurs n’entrent pas (pour paraphraser la parabole du Semeur des Evangiles), c’est-à-dire placez-les en Dieu.

Ici comprenez bien que je ne veux pas vous évangéliser. Si vous êtes athée, cela me va très bien, et même cela me va mieux que si vous êtes un bigot. Car ce que je raconte ici les bigots ne peuvent pas décemment l’entendre. Ce que je propose ici, c’est seulement une méthode de pensée. Et ce que je vous dis c’est que pour penser-bien la question du « moi« , de l’égo« , ou du narcissisme, il ne faut pas s’attacher à discuter de si l’ « égo » est bon ou mauvais. Car aucun être humain normalement constitué ne peut se passer d’avoir un égo. Encore une fois, il faudrait se souvenir que : « Je pense, donc mon /égo/ est ».

Ce que je dis c’est que la seule chose qui moralement vaille, c’est d’avoir son /égo/ bien placé.

– Celui qui aime, c’est celui qui s’aime d’abord lui-même. Si l’on ne s’aime pas soi-même, le « aime ton prochain comme toi-même » ne vaut rien. Aussi la société qui ravale l’amour de soi à de basses activités gastriques, est une société qui pousse les hommes ambitieux et hautement moraux à se dégoûter d’eux-mêmes. Cela veut dire qu’une telle société a le don de changer les êtres les plus capables d’accomplir grandes choses en êtres de haine, et qu’elle ne contente que les êtres les plus frustes et les plus bas – ceux qui sont capables de se contenter pleinement, comme les animaux qui n’ont pas d’âme, de satisfaire leurs seuls besoins primaires.

– Cyrano de Bergerac est l’archétype du héros qui a bien-placé son « égo ». Le héros d’American Psycho en revanche est l’archétype du héros qui à force de mal-placer son égo, l’a détruit. Qu’est-ce qu’un psychopathe sinon quelqu’un qui n’a plus d’égo ?

Celui qui une mentalité psychopathique, c’est celui qui ne qui n’a plus de « moi » que lorsqu’il s’agit de s’intégrer socialement, c’est-à-dire d’épater la galerie, c’est celui qui utilise son « moi » à des fins diverses – manipulation, quête de puissance ou simplement consumérisme – mais qui n’ « est » plus lui-même son propre moi. C’est celui qui ne s’habite plus.

Quand on dit aux gens qu’il faut qu’ils prennent possession d’eux-mêmes – comme lorsqu’on dit aux femmes : « votre corps vous appartient » -, on leur ment. On n’a pas besoin de prendre possession de soi pour la simple et bonne raison que l’ON EST (d’ors et déjà) SOI. Et plus encore, il faut bien comprendre que nous n’avons rien d’autre au monde que notre « petit moi » pour avancer dans la vie et nous perpétuer dans l’être. Celui qui saccage ce véhicule en prétendant en devenir le maître absolu – or nous ne serons jamais les maîtres absolus de nous-mêmes, car nous sommes des simples mortels, et à la fin des fin les lois de la nature auront raison de nous – celui qui ainsi saccage ses vaisseaux, disais-je, il ne lui reste plus rien sur la terre. Plus rien : ni fierté, ni appartenance, ni fidélité, ni amour, ni attachement, ni famille, ni aucun de ces liens tangibles avec le passé et l’avenir que sont les liens à la terre, aux enfants et aux morts.

UNE SUITE EST A VENIR, qui comporte une analyse un peu plus profonde encore du phénomène évoqué ici (le discrédit moderne jeté sur le « moi« ). @+++

Le jeune homme sensible postmoderne et ce qu’il appelle parfois les « PAN »

Pourquoi tous les jeunes garçons sensibles, lorsqu’ils tombent désespérément – mystiquement – amoureux, lorsqu’ils se rêvent en nobles chevaliers, le font-ils immanquablement aux genoux de l’une de ces filles dures, toutes en préméditation, entraînées à manipuler, bourgeoises d’instinct, antiphilosophiques, voraces, qui pour toute douceur n’ont que la prudence du Sioux, dont la conscience est indifférente et le cœur glacial ? – Mais tout simplement parce que lorsqu’on se voit soi-même en conquérant du sublime, il faut avoir devant soi de grands espaces à arpenter ! Il faut des années-lumières d’impossibilité entre ce genre de chasseur et sa proie, pour que celle-ci à ses yeux puisse se mettre à briller comme une étoile ! Or, quels plus grands espaces que ceux de l’indifférence dédaigneuse et quel plus vide cosmos que celui d’un cœur qui a le battement régulier du coucou Suisse ?

Autrefois, on craignait que la jeunesse ne se fasse corrompre par des démons dyonisiaques, qu’elle ne morde au fruit interdit à cause de la beauté de ses appâts, ou ne se fasse mordre elle-même par le serpent de la luxure, irrésistiblement emportée qu’elle serait par une danse qui lui ferait chavirer la tête… Aujourd’hui tout a changé, ces dangers sont révolus. L’origine du désir des jeunes hommes de chez nous n’est plus la même : les démons chauds, les enfers attendrissants qui appartenaient à la Bête tapie au fond d’eux-mêmes, ne les intéressent plus. Du reste, quelle bête y pourrait-il encore y avoir en eux, de tapie, à nourrir ? Quelle bête sinon leur araignée au plafond ?
Cette froide, vampirique jeunesse, chair déjà pleine d’eau et pour ainsi dire déjà morte, ne peut plus en vérité craindre d’échauffer son sang. Mais c’est un Satan plus puissant que jamais, d’une espèce tout-à-fait indétrônable, qui les guette. Ce Satan définitif n’est plus celui qui aveugle parce qu’il brille trop, mais celui qui retire toute la lumière du monde parce qu’il l’absorbe, à force de n’être-pas.

Le Satan-nouveau n’est non pas fait de feu, d’ouragans, de siroccos, qui emportent le corps et brûlent l’âme, mais d’un goût dévoyé pour l’absence, né lui-même dans l’absence, et d’une appétence morbide pour la désespérance, qui provoque une ivresse très spéciale à ceux qui n’ont jamais rien connu d’autre. Ce ne sont plus des rêves de Succubes qui font désespérer le jeune homme de lui-même et languir. Sa passion ne se manifeste pas lorsqu’il aurait, par exemple, éprouvé un attrait irrésistible pour un être, ressenti une présence dont il aurait été charmé, et la nostalgie de cette présence, celle d’une personne bien vivante qu’il voudrait tenir entre ses bras, non… Elle naît d’un attrait morbide, cynique et désenchanté pour la nostalgie  en elle-même et pour elle-même. Le jeune homme d’aujourd’hui convoite de préférence quelque chose qui ne peut pas être et de toute façon n’est pas. Ainsi sa nostalgie est sauve, pourrait-on dire. Mais il n’y a bien qu’elle à être sauvée.

Le mal du jeune homme postmoderne est celui qui est propre au XXIe siècle,

il est tout le contraire de la passion :

c’est l’indifférence.

Le jeune homme post-moderne ne commence à ressentir le besoin de briser sa solitude qu’au moment où une impossibilité totale, un refus, une offense, un traumatisme même, vient le provoquer dans ce qui lui reste d’orgueil et lui insuffle au cœur une piqûre de regret mortelle. Sa façon d’aimer se confond avec le regret ; elle ne prend plus même que la forme unique et définitive de la quête impossible de ce qui ne se peut pas. Et voilà comment il en vient, grosso-modo, à ne plus poursuivre de ses assiduités que des mirages de licornes, des puits sans fond de bêtises ou des psychopathes à grandes dents.

Le jeune homme post-moderne ne veut pas d’un jardin joli, où la terre est déjà bonne, et où pousserait sans douleur, si l’on s’en donnait la peine, tout ce que l’on voudrait bien y planter. Il n’est pas aussi modeste. Non ce qu’il veut, c’est faire naître la vie dans la terre la plus aride, c’est transformer des déserts en royaumes des mille douceurs. En toute simplicité. Et cela, notez qu’il le lui faut ! Pour son bonheur ! Pour sa vie ! Il lui faut absolument faire jaillir une fontaine de jouvence sur la planète Mars et enfanter des petits chatons mignons aux dames crocodile car il a besoin de son propre petit home-made miracle pour être ce que sa môman lui a promis qu’il serait : un découvreur et un Saint.

***

A présent, pourquoi à votre avis, toutes les jeunes femmes douées d’un peu de générosité morale, lorsqu’elles ont un tempérament à donner plutôt qu’à prendre, se ruent-elles immanquablement du côté le plus obscur, bassement passionnel, de l’amour, du côté du supermarché des sentiments, où elles rencontrent coup sur coup ceux qui les voient comme des consommables ? Mais si cela est, c’est de toute évidence pour la même exacte raison qui pousse les jeunes hommes postmodernes à roucouler auprès de celles qui leur distillent effroi et amertume ! C’est parce qu’elles n’ont pas que ça à foutre, elles non plus, figurez-vous, que de se contenter de rechercher platement et bêtement leur petit-bonheur ! … Les vertueuses aussi, il leur faut du challenge, du rock’n roll, du grain à moudre pour leur passion de bien-faire… Leur soif d’idéal, aux femmes idéalistes, croyez-vous qu’un gars tout-simplement désireux-de-bien-faire puisse l’étancher? A moins que le bon-homme n’ait prouvé sa valeur en affrontant mille démons, mille tourments – éventuellement semés par elle sur son chemin, pour l’éprouver –, une femme digne de ce nom n’ira jamais vers le bon-homme de gaieté de cœur. Faire leur devoir n’est amusant pour les femmes de devoir, que lorsque ce devoir ne coïncide pas scrupuleusement avec ce qui serait bon et matériellement avantageux pour elles : il leur faut un devoir qui implique du sacrifice, du paradoxe, du tragique – voire même une petite dose excitante de regrets et d’humiliation – pour qu’elles se sentent vivre… Voilà pourquoi en vérité les meilleures des femmes développent celui des vices qui sied le mieux à leur condition : elles s’empressent, comme des nonnes, de préférence aux pieds des brutes, des truands, des beaux diables et des maquereaux, et elles ne font pas cela parce que ceux-ci leur ressemblent, bien au contraire, mais parce qu’elles se croient assez belles et bonnes pour les rédimer !

C’est pour cela qu’aucune belle femme ne résiste jamais à la proposition risquée de danser avec le diable : parce qu’une belle femme a toujours cette vanité tapie au fond d’elle-même, de croire avoir reçu la Grâce qui, à force d’amour, pourrait lui permettre de changer en anges les démons. Les belles femmes, lorsqu’elles sont conscientes de leur beauté, se prennent en général pour des passeurs, des convertisseurs, des médiums entre ces deux domaines – supposés incompatibles et étanches par les religieux tradi et les bourgeois – que sont le temporel et le spirituel. C’est là d’ailleurs le petit secret de l’Amour Courtois médiéval, et du ‘supplément d’âme » que celui-ci a légué à la culture française… Les raisons de ces séductrices du mal sont exactement les mêmes que celles des jeunes hommes postmodernes lorsqu’ils se conduisent aujourd’hui en courtisans de la hideur  : leur but est une utopie et leur moteur principal est le narcissisme.

Si ces deux catégories d’êtres se repoussent, c’est précisément parce qu’elles sont semblables : elles ont pour point commun de ne vouloir aimer que ce qui n’aime pas.

Théorie du genre & gnosticisme qui s’ignore

Si ordinairement 2 + 2 font toujours 4, de même dans cette science expérimentale expliquant le plus beau théorème de la vie, la naissance, il n’est aucunement besoin de prouver qu’un être humain porteur d’un petit truc appelé zizi est un futur homme et non un une femme qui s’ignore ou qui se cherche.

Il est à remarquer que toutes ces théories du genre sont des scories d’un escroc international ayant à sa suite d’autres escrocs tout à fait semblables… les Freud, Jung et autres Lacan… dont le mode opératoire se résumait ainsi :
– Docteur, je suis anxieuse
– Baisser votre culotte, on va voir çà

Il y a dans cette volonté récurrente de changer l’Humain en une sorte d’assemblage de chair et d’os, sans pensée, donc sans âme, une vision dont le burlesque n’a d’égal que l’imaginaire du progrès en perpétuel devenir… C’est Trosky qui renaît de ses cendres pour dézinguer Lénine… C’est le garçon qui DOIT jouer à la poupée, c’est la fille qui DOIT fendre le bois.. etc.

Quant aux erreurs de la nature, choses que l’on remarque chez les animaux, les fleurs et même les poissons, volants ou non, « qui ne constituent pas la majorité du genre » (une savoureuse gabinerie) : statu quo.

Ne vous laisser pas abattre, vous êtes née femme, vous le resterez, quoi que vous fassiez de votre corps. .

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« Ne vous laisser pas abattre, vous êtes née femme, vous le resterez, quoi que vous fassiez de votre corps. . »

Tiens. Impression de déjà vu. Je la connais, cette dialectique… Je la connais bien, parce qu’on me l’a déjà servie pour abuser de moi et en suite me moquer.

Oui bien sûr, ce n’est pas de baisser ma culotte qui va retirer quoi que ce soit à ma dignité de femme et d’être humain, n’est-ce pas ? – Les femmes ne sont-elles pas d’ailleurs faites pour baisser leur culotte ? – Hum.

  • Si l’on va par là, on peut dire que même une fois que je serai morte, (lorsque donc mes organes sexuels primaires et secondaires seront devenus des masses de chair inertes – qu’ils auront donc été dépouillés de leur fonction – et que mon âme s’étant absentée, d’aucuns pourront même prétendre que mon véhicule terrestre ne m’appartiendra plus), même si tout le monde voulait que j’aie été un homme, et même si l’on marquait sur ma tombe que je n’ai jamais été une femme, je n’en demeurerais pas moins une femme. Aux yeux de Dieu, ou la Justice immanente, on va dire.

La justice immanente est bien pratique pour les bourreaux, dans ces cas-là… Les bourreaux un peu mystiques, cela existe !

Car à défaut de justice dans le monde des hommes, les victimes peuvent toujours s’en remettre au Grand-oeil-qui-voit-tout, ou à l’intelligence disparue des auteurs morts qui sont dans les livres, ou à une éventuelle postérité susceptible de les venger…

« Tu as Dieu de ton côté, ma chérie… Que t’importe le jugement des hommes ? Allez, tourne-toi. *Rire satanique*« 

  • Quand, dans le monde qui vient – un monde où le Pape sera un homme qui doute, et où les Églises ne seront plus des refuges -,  je n’aurai plus le droit de dire : « Je suis une femme », je pourrai encore me fabriquer une petite idole en pâte à modeler toute seule dans mon coin, décider que cette idole est Dieu, et dire à mon Dieu : « Seigneur, toi-même-tu-sais que j’en suis une ! ».

Si cela m’arrive, je le ferai sans doute. Je demanderai alors à Dieu de châtier mes ennemis. Forcément ! … Que faire d’autre s’il ne me restait plus âme qui vive sur la terre pour me défendre ?

  • On peut dire aussi à un prisonnier politique à qui des hommes en uniforme dénient son appartenance à l’Humanité, que même une fois qu’on lui aura arraché les ongles et la langue, il n’en restera pas moins toujours un homme. Jusqu’à quel point est-ce consolateur ?
  • De même pour le meurtrier de sang froid dont on voudrait pouvoir dire qu’il est une bête (et l’achever comme une bête) : quelle que soit la quantité de sang qu’un homme ait sur les mains, il n’en reste pas moins, au sens strict, un homme.

Non seulement on peut toujours réintégrer l’humanité, mais on n’en sort jamais, n’est-ce pas ? C’est bien pratique ! – Eh bien alors, pourquoi ne pas en abuser ?

L’ouverture d’esprit n’étant pas une fracture du crâne, un homme peut très bien se faire enculer et rester un homme. Voilà en quoi consiste le fond de la rhétorique adverse.

La nature ayant toujours le dernier mot au final, peu importe que nous transgressions ses lois pour nous divertir. Si Dieu est Tout-Puissant, on ne peut pas Lui faire de mal, n’est-ce pas ? – Faire du mal à Dieu… oh oh oh ! Quelle prétention !

La transgression des lois que les religieux disent divines (et que les gens de bon-sens disent naturelles) ne peut atteindre un Dieu-Tout-Puissant dans son être – car on ne peut atteindre l’Être dans son être, puisqu’un monde où il n’y aurait que du non-être est impossible. Il n’y a donc pas de crime contre Dieu, seuls les arriérés croient en cela… et donc en fait il n’y a pas non plus de transgression possible. La transgression n’existe pas. C’est là le fin-fond du discours qui nous sera toujours opposé. Voilà à quels syllogismes il mène : tout est dans tout et inversement, il n’y a pas de bien ni de mal, tout n’est que subjectivité, il n’y a rien au-delà de la subjectivité.

Voilà, chers lecteurs, je  viens de vous présenter ce qu’on appelle La Gnose. Le gnosticisme, c’est cela.

Voulez-vous bien aller regarder dans Wikipedia ou ailleurs ce que les gnostiques faisaient aux petits enfants et aux fœtus dans les premiers temps de la chrétienté ? Tiens, pourquoi encore des histoires de petits enfants et de fœtus ? – Parce que les petits enfants et les fœtus sont faibles et sans défense. Parce que lorsqu’à force de se branler autour de la notion d’humanité, on en vient à vouloir faire des expériences amusantes sur du matériau humain – manipuler des esprits et de la chair – il est toujours plus facile de s’en prendre à un nouveau-né à qu’à un adulte. Un adulte peut encore se défendre, pas un petit être qui a besoin de la protection et de la chaleur d’une mère pour survivre.

***

J’aime bien la réponse que la Bible donne à ces questions fondamentales au début de l’Ancien Testament. C’est une réponse comme une autre, me direz-vous, mais elle fait du bien.

Il y avait deux villes nommées Sodome et Gomorrhe, les gens y faisaient des trucs pas beaux avec leurs zizis (on ne sait plus exactement quoi). Le Bon Dieu a vu ça. Il leur a laissé une petite chance de prouver qu’ils n’étaient pas pourris jusqu’à la moelle, puis devant le caractère indépassable de leur saloperie, il les a vitrifiés.

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La femme réac

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Quelque part dans la Nouvelle-Angleterre, non loin de Dartmouth College, on trouve encore les villages des shakers. Selon la loi religieuse de cette secte, les sexes y vivent soigneusement séparés et ne s’y reproduisent pas (le monde étant voué au mal, rien ne sert de le perpétrer, il n’est que d’attendre le Jugement dernier). Or, dans le campus d’à côté, qui fut comme les autres en Amérique un des hauts lieux de la libération sexuelle, c’est à peu près la même situation : les sexes ne se touchent plus, ne se frôlent plus, ne cherchent plus à se séduire. Sans discrimination ni interdit explicite, on se retrouve, sous le signe du harcèlement sexuel et de sa hantise, dans le même apartheid que chez les shakers. L’obsession du sida joue sans doute un rôle dans cet exil volontaire du sexe – encore qu’il n’y ait jamais dans ce genre de choses de cause à effet : le sida n’est peut-être qu’une des voies obscures que prend une désaffection sexuelle qui avait commencé bien avant son apparition et sa diffusion. Il semble que ce soit la sexualité elle-même qui soit en jeu – chaque sexe étant comme affecté d’une maladie sexuellement transmissible qui serait le sexe lui-même.

On a peur d’attraper le sida, mais on a peur aussi d’attraper le sexe tout simplement, on a peur d’attraper quoi que ce soit qui ressemblerait à une passion, à une séduction, à une responsabilité. Et, dans ce sens, c’est encore le masculin qui est le plus profondément victime de l’obsession négative du sexe. Au point de se retirer du jeu sexuel, harassé d’avoir à assumer un tel risque, fatigué sans doute aussi d’avoir assumé historiquement pendant si longtemps le rôle du pouvoir sexuel. Ce dont le féminisme et la libération des femmes l’a dépouillé, du moins en droit (et très largement en fait). Mais les choses sont plus compliquées, car le masculin ainsi émasculé et dépossédé de son pouvoir en a profité pour s’effacer et disparaître – quittant le masque phallique d’un pouvoir devenu de toute façon de plus en plus dangereux.

C’est là la victoire paradoxale du mouvement d’émancipation féminine : celle-ci a trop bien réussi et elle laisse le féminin devant la défaillance (plus ou moins tactique et défensive) du masculin. Il en résulte une situation paradoxale qui n’est plus celle du féminisme. Non plus une revendication des femmes contre le pouvoir de l’homme, mais un ressentiment des femmes contre l’ »impouvoir » du masculin. La défaillance de celui-ci alimente désormais une haine, une insatisfaction profonde venue de la déception de la libération réalisée et tournant à l’échec pour tout le monde – et qui s’exprime contradictoirement dans le phantasme du harcèlement sexuel. Donc une péripétie très différente du féminisme traditionnel qui visait le masculin triomphant. Conséquence paradoxale du triomphe virtuel du féminisme, la femme n’est plus aliénée par l’homme mais dépossédée du masculin, donc dépossédée de l’illusion vitale de l’autre, donc aussi de son illusion propre, de son désir et de son privilège de femme. C’est le même effet qui suscite la haine secrète des enfants contre des parents qui ne veulent plus assumer leur rôle de parents, qui profitent de l’émancipation des enfants pour se libérer en tant que parents et se dessaisir de leur rôle. Ce n’est plus alors la violence des enfants en rupture avec l’ordre parental, mais la haine d’enfants dépossédés de leur statut et de leur illusion d’enfants. Celui qui se libère n’est jamais celui qu’on croit. Cette défaillance du masculin a des échos jusque dans l’ordre biologique. Des études récentes signalent une baisse du taux de spermatozoïdes dans le flux séminal, mais surtout une baisse caractéristique de leur volonté de puissance : ils ne rivalisent plus pour aller féconder l’ovule. Plus de compétition. Ont-ils peur eux aussi des responsabilités ? Doit-on y voir un phénomène analogue à celui du monde sexuel visible, où règnent la pusillanimité des rôles et la terreur dissuasive du sexe féminin ? Est-ce un effet inattendu de la lutte contre le harcèlement – l’assaut des spermatozoïdes étant la forme la plus élémentaire du harcèlement sexuel ?

Malgré les apparences, cette désaffection, cette dissuasion sexuelle n’a rien à voir avec un nouvel interdit d’essence religieuse ou morale. Toutes ces dépenses et ces inhibitions ont été levées depuis longtemps. Et les femmes qui ornent les campus de rubans mauves en signe de viol – chaque femme violée ou menacée de l’être ou rêvant de l’être signale ainsi publiquement la mémoire du crime (comme les rubans jaunes signalent aux Etats-Unis la mémoire des soldats partis pour la guerre du Golfe), ces femmes, porteuses d’un nouvel ordre victimal et agressif à la fois, ne souffrent certainement pas d’outrage à la pudeur. Tout cela relèverait bien plutôt d’une nostalgie de l’interdit – ou de quoi que ce soit qui y ressemble -, réflexe consécutif à une libération virtuelle des moeurs et à une banalisation de la sexualité perçue comme plus dangereuse que la censure traditionnelle (qui permettait au moins la transgression). Demande d’interdit (d’une règle, d’une limite, d’une obligation) qu’on peut interpréter comme on veut, et sans doute négativement, du point de vue psychologique et politique, du point de vue de la libération et du progrès – mais qui peut apparaître comme une défense instinctive de l’espèce quant à sa fonction sexuelle menacée par son émancipation et son accomplissement même.

Le harcèlement sexuel (son obsession et celle du sida) comme ruse de l’espèce pour ressusciter l’angoisse de la sexualité, et plus particulièrement une ruse de la femme pour ressusciter le désir (celui de l’homme mais le sien aussi) ? Stratégie très banale (mais fatale dans le cas du sida) pour faire du sexe autre chose qu’une séquence sans conséquence, ce qu’il devient aujourd’hui, y compris dans la contraception (1) – toutes les formes de la libération sexuelle allant finalement dans le sens d’une « entropie érotique » (Sloterdijk).

Ainsi la haine venue de la désillusion succédant à la violence libératrice, et la demande d’interdit succédant à la levée problématique de tous les interdits, il s’ensuit une sorte de révisionnisme sentimental, familial, politique, moral, aujourd’hui partout triomphant – déferlante inverse de toutes les libérations du XXe siècle, qui se traduit aussi bien dans le repentir et la récession sexuelle. Alors qu’auparavant c’était la liberté, le désir, le plaisir, l’amour qui semblaient sexuellement transmissibles, aujourd’hui il semble que ce soient la haine, la désillusion, la méfiance et le ressentiment entre les sexes qui soient sexuellement transmissibles. Derrière cette polémique du harcèlement, il y a une forme ultérieure et contemporaine de la « désublimation répressive » dont parlait Marcuse – la levée des interdits et du refoulement introduit à un nouveau système de répression et de contrôle. Pour nous, avec ce révisionnisme universel, il s’agirait plutôt d’une « resublimation dépressive », qui mène tout droit à l’intégrisme moral, sinon religieux, et en tout cas, derrière les phantasmes de viol et du harcèlement, à un intégrisme asexuel protectionniste où, pour le masculin, le sexe devient l’obsession presque irréelle d’une fonction disparue, qui ne trouve plus à s’exercer que dans le phantasme du viol – et pour le féminin un moyen de chantage.

Tout cela, c’est ce que nous vivons subjectivement et collectivement : une transition de phase douloureuse dans ce qui n’était peut-être qu’une illusion de progrès et de libération (y compris sexuels). Mais nous ne savons pas du tout quels sont les desseins de l’espèce (ni même si elle en a). Les espèces animales réagissent par des comportements de rétention sexuelle et de stérilité automatique à des situations de crise, de pénurie ou de surpopulation. Nous réagissons peut-être – et ce, en dehors de toute conviction subjective et de toute idéologie – par des comportements analogues à une situation inverse de profession, de libération, de bien-être, de « défoulement » tout à fait originale, angoissante, et étrangère à l’espèce elle-même tout au long de son histoire – une situation inhumaine pour tout dire. La haine sur laquelle ouvre la question du harcèlement sexuel n’est peut-être que le ressentiment d’une liberté, d’une individualité, d’une expression de désir chèrement conquises et qui se paieraient aujourd’hui d’une nouvelle servitude involontaire ? La servitude elle-même, la bêtise, la résignation pourraient-elles devenir une maladie sexuellement transmissible ?

(1) On retrouve ici, quoique par une autre voie, nos shakers et leur refus de la reproduction sexuée. Car ce qui valait comme libération, comme transgression dans un ordre traditionnel (la contraception) change de sens dans un monde qui va de plus en plus dans le sens d’une reproduction asexuée. La sexualité sans reproduction ouvre sur la reproduction sans sexualité, et ce qui était une liberté de choix devient tout simplement l’emprise grandissante du système par toutes les formes de génération in vitro.

Jean Baudrillard « La sexualité comme maladie sexuellement transmissible » Libération du 4 décembre 1995.

Texte lu sur ILYS, auquel voici ma réponse :

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Ce que les mythomanes, les manipulatrices, les chars d’assaut en tailleur et les gouines, ont gagné au petit jeu du féminisme guerrier, la Femme, au sens noble et incompris du terme, y a perdu.

La femme féminine, c’est sur elle que les petits mecs blancs en costume trois pièce se vengent quand les autres salopes leur ont retourné le cerveau ou leur ont fait cracher leur thune en diamants et en procès… Lorsqu’ils ne se mettent pas avec des beurettes, par peur de la femme blanche, à cause des saloperies que leur ont fait les petites bourges sans cœur avec lesquelles ils ont grandi !

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La femme féminine, la femme à l’ancienne, celle qui reste au foyer pour s’occuper de ses enfants, qui aime faire la cuisine et faire l’amour, celle à qui il arrive encore de tomber amoureuse et ne veut pas conquérir le monde comme Cortex&Minus, le féminisme-des-salopes lui marche sur la tronche en chaussures à crampons et crache dans sa soupe poireaux/pommes-de-terre. Car les féministes à la mode brouteminou n’en ont pas seulement après la figure du Pater Familias… Sachez que la figure de la MATER FAMILIAS prend cher elle aussi, dans leur imaginaire narcissique, irresponsable et déviant.

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Vous êtes une femme réac ?

Les hommes et les femmes modernes se foutent de votre gueule, parlent de vous comme de quelqu’un de faible et d’inintelligent, et établissent des lois qui vous dépossèdent de tout sous prétexte que vous faites encore confiance à votre mari pour faire bouillir la marmite… Mais ce n’est pas tout !

Les hommes réac aussi s’essuient les pompes sur votre gueule, parce que d’une part les chiennes de garde qu’ils ont la plupart du temps rencontré partout avant vous, ont un peu échaudé leur galanterie ; de l’autre ils sont souvent bien contents, lorsque vous êtes plus gentille et manipulable que la moyenne, de pouvoir enfin se venger sur un membre du beau sexe, de tous les affronts que les autres leur ont fait subir… C’est ainsi que, toute douce et toute pure, vous vous retrouvez, avant d’avoir dit ouf, à la colle avec des gars tout-cassés, rendus à moitié pervers et dépressifs par le jeu de douche écossaise auquel les autres les ont habitués, à absorber en quelque sorte dans votre ventre accueillant, toute la rancœur du monde accumulée de part et d’autre dans notre société débile.

Ensuite, – car nous n’avons pas encore touché le fond du martyre de la femme réac – ce qu’il faut bien voir aussi c’est que la plupart des hommes réacs – en bons bourgeois près de leurs sous qui se respectent – se réjouissent au fond que le féminisme les dispense à présent d’avoir à entretenir leurs épouses.

Vous payer le resto, vous offrir des fleurs, vous tenir la porte… voilà déjà bien assez ! Rare sont ceux qui pousseront le sacerdoce à comprendre que s’ils veulent une famille à l’ancienne, il leur faudra accepter (au moins quelques temps) de travailler pour deux, c’est-à-dire de faire vivre une famille entière (au moins le temps que les enfants seront petits) sur un seul salaire, et donc renoncer à l’épouse indépendante et bancable, typée « femme libérée » en tailleur à épaulettes, que leur ont vendu dans leur enfance les films américains des années 80.

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Je ne parle même pas des salauds qui ne payent le resto, n’offrent des fleurs et des diamants et ne tiennent la porte qu’aux garces manipulatrices qui les mènent par le bout du nez (ceux qui ne se laissent jamais séduire que par des filles qui n’ont que de la méchanceté et du vide au fond d’elles), et qui laisseraient croupir Cendrillon dans le caniveau parce qu’ils ne la trouvent pas suffisamment « chic&choc ».

« En passant par la Lorraine, avec mes sabots… rencontrai trois capitaines, avec mes sabots dondaine, oh oh oh, avec mes sabots… Ils m’ont appelée vilaine avec mes sabots.. etc. ♪ »

Ceux-là en ce qui me concerne, je le dis tout net et c’est un grand aveu que je vais vous faire, je leur préfère encore un arabe avec une mentalité un peu tradi ou un gauchiste (même un gauchiste qui aime les femmes libérées).

Voyez un petit peu le niveau de rancœur.