La petite graine à mâcher lentement

 

21-06-2011

Un fou me disait : « Le monde est absurde ! Ca y est, je l’ai compris : je ne pourrai plus jamais rire. »

Je lui répondis que s’il avait appris à en rire, il serait devenu sage… Mais il ne m’écouta pas parce qu’un fou n’est jamais sage… Par définition.

Le fou a l’impression de découvrir… mais il ne découvre pas, à proprement parler : il se contente de redécouvrir un fonds commun, une bibliothèque présente en chacun de nous ; ce que Jung appelait l’Inconscient collectif. Le fou accède seulement à son inconscient, or l’inconscient d’un homme n’est jamais fondamentalement étranger à celui des autres hommes.

[Contrairement à l’idée reçue – cette idée reçue selon laquelle les fous (comme sont les autistes ou les schizophrènes), en tant qu’ils sont prisonniers de leur inconscient, ne peuvent pas communiquer – il existe aussi des voies de communication entre les hommes qui utilisent ce fonds-là. Cela advient notamment lorsque les hommes font l’expérience d’une rencontre avec le Tabou, comme dans la Tragédie antique… (Oedipe-Roi ou Antigone ne sont-ils pas à proprement parler des « fous » ? … des fous que leur ascendance divine et leur sang royal autorisent exceptionnellement à exposer les « raisons » de leurs folies respectives sur la place publique et à donner le change à leur société ?)… – Mais pourquoi devrait-on forcément limiter les interactions entre le « fonds inconscient » et le monde objectif à ce triste et extrême cadre-là ? (- à savoir : le « clash », le scandale… la révélations monstrueuse de l’origine des interdits…  a.k.a l’Apocalypse.) Par exemple dans l’amour, il est bien-évident que les hommes et les femmes n’en restent pas aux politesses, au « small talk » et aux superficialités du « monde social » ordinaire, mais bien plutôt qu’ils utilisent ces modalités banales de la conversation comme des moyens de « se faire signe », c’est-à-dire d’échanger des signaux qui appartiennent à la « grammaire » des infra-sphères inconscientes… Partant de ce constat, on peut supposer que bien des conversations, bien des échanges – et qui sortent largement de l’étroite sphère amoureuse – et pas seulement oraux, mais aussi écrits, et par extension artistiques -, dépassent le strict cadre de l’échange positif entre les « conscients », et relèvent – avec, plus souvent qu’on le croit, une certaine part de volonté et même de recul critique de la part des protagonistes – du dialogue concerté entre des inconscients qui se découvrent avec complaisance – via l’usage de symboles, de signaux, « en se faisant signe » – leur « fonds commun ».]

A la vérité, les sages de toutes les contrées ont toujours su, et de tous temps, que le monde pris tel qu’il était, en lui-même et pour lui-même, si l’on rejetait toute métaphysique, si l’on interdisait le recours à la transcendance, si l’on admettait possible l’inexistence de Dieu, n’avait pas de sens profond. C’est sans doute la raison première de la déchéance dans l’alcool de la nation Indienne d’Amérique après la colonisation européenne : les Indiens aimaient la nature, certes, mais pas la-nature-pour-la-nature. Il leur fallait garder en vie le culte de leurs Dieux pour pouvoir continuer à aimer la nature. Paradoxalement. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il a toujours été évident à celui qui se donnait la peine de se poser toutes les questions essentielles – or quel enfant n’en a pas eu la tentation ? – que l’observation passive du monde créé, le fait que « ce qui est » soit, en tant que tel, ne lui fournissait aucune réponse définitive. Lorsque nous désirons apprécier la nature seulement pour le fait qu’elle existe, hors du cadre « partisan » humain, c’est-à-dire hors du cadre « aliénant » – mais aussi structurant – de ce dialogue conflictuel/amoureux millénaire qu’en tant qu’hommes (mais aussi en tant que bêtes) nous entretenons avec elle, elle perd d’office toute désirabilité… Elle devient une sorte de point d’interrogation, une bêtise. C’est-à-dire que le fait que le monde soit, n’a en soi, si nous ne l’interrogeons pas (car l’interrogation introduit un biais), aucun message particulier à nous transmettre. Cette pensée primitive coule tellement de source qu’il est évident que les premiers hommes n’ont inventé Dieu que pour pallier justement à l’assourdissant silence de la nature concernant ses intentions-propres, et que les sages ne viennent jamais se confronter à nouveau – toujours aussi douloureusement – à cette difficile vérité-là, que pour se rendre une fois de plus à l’évidence Pascalienne de la nécessité absolue de l’invention d’une « intention première », c’est-à-dire de la nécessité de Dieu.

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La question n’est pas tant de savoir si le fou a raison ou tort, mais de savoir si sa folie lui permet encore de reconnaitre ses torts lorsqu’il en a, et s’il a la force humaine de porter son propre savoir lorsqu’il a accédé à une connaissance qui dépasse le commun des mortels.

Le problème des fous qui sont dans ce dernier cas (bien que plus souvent ils cumulent les deux faiblesses) est le suivant, bien connu des amateurs de romans initiatiques : il y a un cap à passer dans l’accession à la Grande Connaissance qui suppose qu’on soit confronté à la toute-puissance révélée de ses propres instincts bestiaux. En un mot, l’aspirant Grand-Homme, lorsqu’il se croit justement tout près du but, se révèle enfin à lui-même dans toute son insoupçonnée noirceur et se trouve sujet à de grandes tentations. Des forces de violence insoupçonnées – des forces animales et primitives – se font jour en lui-même et demandent à s’emparer de son esprit alors qu’il se croyait justement sur le point d’entrer en pleine possession de ses moyens, de devenir le maître de son propre destin et de sa propre volonté [NB : Nietzsche dont c’était le but ultime, n’y parvint jamais].

Ce phénomène bien-connu est notamment rapporté au sujet de Jésus dans la Bible [- C’est Satan en personne qui vient à lui lorsqu’il s’isole (seul face à lui-même) sur la montagne.] Le christianisme croit fondamentalement que les plus méritants d’entre les hommes, – les plus saints – sont ceux qui recèlent en eux-mêmes les plus grands démons, et qui les ont vaincus. L’Héroïc Fantasy utilise couramment cette « image d’Epinal » comme un ressort dramatique (notamment la trilogie du Seigneur des Anneaux, quand Gandalf the Grey devient Gandalf the White en combattant – seul, face à lui-même – le démon le plus primitif, qui est aussi le démon le plus dangereux). Mais cette conception n’est pas exclusive aux religions du Livre. C’est aussi en quelque sorte un poncif chez les bouddhistes (cf : la vie de Siddhartha). Les Indiens d’Amérique n’étaient pas étrangers non plus à ce phénomène et les chamanes d’Amérique du Sud s’en font écho. Les Manga japonais remplis de guerriers qui se retirent sur la montagne avant donner libre court à toute la sanguinarité de leur soif de vengeance ne sont qu’une extension de plus de cette vision-là.

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Mépris du peuple

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Nos démocratie ont fini par donner le pouvoir à des gens totalement dépourvus de noblesse (et ici j’entends noblesse au sens exclusif de : noblesse d’âme). Nous sommes gouvernés par des intelligences de garçons de café et des vertus de tenanciers de bordel, secondées par des comptables myopes en ce qui concerne la logistique, une bande de mange-merde, de lâches, de gagne-petit, de ratiocineurs séniles, et de crétins. Il n’y a même pas à discuter là-dessus : c’est un fait.

N’est-ce pas précisément la conséquence du mépris de cette noblesse d’âme pour ce qui relève de l’exercice du pouvoir, de la technique, et du commerce? (Prolo de la Lite)

Non. Les nobles commerçaient, concevaient des mécanismes, les faisaient construire, menaient les hommes à la guerre, bâtissaient, etc. Posséder un nom et quelques valeurs symboliques à défendre n’a jamais empêché personne de vouloir bien employer son argent.

Ce sont les commerçants, au pouvoir aujourd’hui, dans la société commerçante dans laquelle nous vivons, qui croient que l’argent possède en lui-même et pour lui-même une justification, justification qui le dispenserait d’avoir à servir autre chose que les appétits des particuliers, même les plus bas et surtout les plus bas, avec une indifférence globale, nivelante par l’estomac, pour le monde et tout le monde. Ce sont eux les premiers qui offrent aux masses imbéciles et vulgaires le pouvoir de donner le la en matière de mode et de normes existentielles. C’est le populo qui absorbe comme une éponge la production de masse des denrées industrielles, c’est donc lui qui décide dans notre monde de ce qui se vendra et de ce qui ne se vendra pas – de ce qui aura droit de cité et de ce qui ne l’aura pas. Or comme dans notre monde on ne croit plus qu’en ce qui se vend… la vraie démocratie, la plus pure, la plus diluante, la plus égalitaire donc la plus indifférente à l’homme dans ce qu’il a de plus haute dignité, c’est la société du commerce qui l’a créée.

Le gros populo se satisferait moins de la merde qu’on lui sert s’il avait le choix d’autre chose. (Kobus van Kleef)

Cet « autre chose » dont il a besoin, si le gros populo était vraiment aussi intelligent qu’on le dit, eh bien il le créerait lui-même.

Parce que dans une démocratie le peuple ce n’est pas les autres, le peuple c’est moi, c’est vous, c’est eux, c’est nous, c’est tout le monde.

Mais personne n’a les couilles, dans ce monde où tout le monde a de quoi grailler, de cesser de penser à la fin du mois, à son épargne, au petit café au lait du lendemain matin, au sucre roux qu’on a ou pas oublié d’acheter, et de commencer à vivre comme si le jour qui vient était le dernier, avec l’urgence aux trousses de donner un sens à la vie, sans assurer ses arrières. Personne n’a plus les couilles de faire « le pas de côté », aujourd’hui, pas même les plus désespérés, les plus miteux, à qui ça ne coûterait rien, pas même ceux qui n’ont rien à perdre parce qu’ils n’ont pas d’enfants.

Que voulez-vous produire de bon avec un peuple aussi bassement matérialiste que celui-là ?

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Ô choir ! Ô se laisser subjuguer ! Perdre la tête… C’est cela que le citoyen-épargnant postmoderne devrait accepter de faire pour redevenir un homme.

C’est cela à quoi aspirent la féminité, la dévotion, l’amour d’aimer, pour elles-mêmes et pour autrui : « Ô sentir la raison ployer et tomber à genoux ! – dans le rire, l’épouvante, l’admiration, le plaisir, la volupté, les larmes ! »

Cet abandon, auquel l’homme résiste, la femme et le fou y vont d’eux-mêmes. C’est leur pente naturelle. Et voilà pourquoi dans une société où tout le monde est forcé de penser de façon bassement matérialiste pour survivre, seules les personnes ayant conservé un grain de folie ou d’inconséquence, comme les femmes hystériques, les têtes brûlées, les grands enfants, les illuminés, les idiots, conserveront à la fin des fins le brin d’insouciance du lendemain et de liberté intérieure qui sont consubstantiels à la résistance d’une humanité à l’intérieur de l’homme.

Oui, mieux vaut avoir des troubles de la personnalité que pas de personnalité du tout. Et le mouvement d’humeur irrépressible, le cri inaudible, le rire solitaire incompris, à tout prendre, valent quand même mieux que l’absence totale de sentiment de soi – de sentiment de sa propre existence – face au puits sans fond de la bassesse qu’est ce monde.

Ah, voir un jour un homme, un vrai, lâcher prise, s’abandonner un peu à ce qui est bon en compagnie de ses contemporains… comme cela, sans calcul, sans réfléchir. Et ses contemporains le suivre… comme l’enfant qui résiste au sommeil et qui finit par céder. C’est cela à quoi nous aspirons tous secrètement. Mais la possibilité de cet instant béni, la possibilité d’un abandon commun dans la chaleur humaine, dans la beauté partagée, l’émulation gratuite, enfin ouverte par un homme courageux, un aventurier généreux des sentiments, et qui serait bon, dénué de désir de vengeance, ni rien à nous vendre, cela devient totalement improbable de nos jours… Et cela devient improbable parce qu’une telle possibilité est constamment barrée par le fait que nous prenons chaque jour davantage de risques – d’être rabaissés, offensés, humiliés, qu’on profite de notre naïveté, de notre vulnérabilité – lorsque nous nous livrons enfin à cœur ouvert à nos frères de condition, aussi bien qu’à un inconnu. L’art du ménagement, de la tractation, s’est répandu partout dans les relations humaines, l’ avarice la plus sordide est la norme, la mesquinerie paranoïaque un pré-requis. Et cela parce qu’on a remplacé les lois du commerce humain qui étaient basées sur la nécessité du don, par les lois du commerce des choses, qui est basé sur la nécessité du gain.

Ce qui est ontologiquement bon ? Sentir qu’il existe quelque chose de plus grand et de plus fort que soi. Et que cette chose vous protège au lieu de vous tuer. Cela vous communique secrètement à l’âme une joie qui est parente avec la confiance en Dieu. Dans un monde libéral/commerçant, celui qui abandonne sa vigilance à autrui, par amour, par admiration, par joie de s’offrir tout entier, par impatience de rencontrer un maître –  celui qui choisit de laisser sa confiance entre les mains de plus fort, de plus beau que lui, par admiration pour la force et pour la beauté en elle-mêmes et pour elle-mêmes – parce qu’il aimerait qu’un jour quelqu’un, s’il voyait en lui force et beauté, fasse la même chose pour lui – celui-là se fait piller et massacrer, et on rit de sa pauvre innocence ! Ce généreux, ce courageux débonnaire, ce serviteur de ce qui nécessite d’être servi, ce serviteur d’un ordre moral supérieur, au lieu de le remercier, on l’appelle désormais un couillon, un raté, un faible et un imbécile.

Oh, rire un peu…

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Joyeuses fêtes ! ^o^

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On entend aujourd’hui des juifs parler de « principes judéo-chrétiens ». Ah vraiment, jusqu’où descendrons-nous ?

Soyons sérieux deux minutes, s’il existe effectivement ce qu’il est convenu d’appeler une culture judéo-chrétienne, en revanche tout bon chrétien vous dira qu’il n’y a de principes que chrétiens, et que les juifs sont sans principes. Puisqu’ils ont le sang du Christ sur les mains, n’est-ce pas ?

Le problème des chrétiens, c’est juste qu’ils ont cessé de persécuter les ennemis de leur tradition, à commencer donc par les juifs. Et le problèmes des juifs, c’est qu’ils n’ont plus suffisamment de persécuteurs, alors que leur tradition, leur folklore, repose tout-entièrement sur un fantasme de persécution.

Ainsi désœuvrés à cause de la mollesse des chrétiens, les juifs dépouillés d’un malheur personnel, se mêlent aujourd’hui de pleurer le malheur universel, ce qui va, vous en conviendrez, à l’encontre de leur nature, et donc se révèle à la longue très malsain.

La culture judéo-chrétienne, qui existe en tant que telle, n’est pas le résultat, malheureusement, d’une farandole des couleurs entre l’amitié des peuples qui se donnent la main, mais d’une saine et néanmoins vigoureuse friction, ayant provoqué une émulation réciproque, entre des peuples de langue indo-européenne attachés à la terre de leurs ancêtres et leur hôte, un peuple étranger de langue sémitique attaché au bla-bla.

Pourquoi les français ne trouvent-ils plus l’énergie de continuer à se battre, pourquoi sucrent-ils leur café avec des neuroleptiques ? Mais tout simplement parce que, comme l’a très bien fait remarquer César dans sa Guerre des Gaules, les gaulois sont des êtres qui ne vénèrent que des dieux des enfers, parce qu’ils ont le diable au corps, et donc même devenu chrétiens ils ne peuvent se tenir tranquilles. La vertu positive – le champêtre content à la mode norvégienne – ne leur suffit pas : en l’absence d’ennemis du Christ à pourfendre et persécuter, si on ne leur permet pas de se battre pour la Vertu contre le Mal, alors les voilà atteints d’aboulie.

L’ennui, l’ennui… C’est cela le suprême virus qui nous déchire les globules blancs : tonton Adolphe en dépassant la mesure, à cause de son espèce d’extrémisme systématique schleu, nous a interdit la seule voie de notre Salut, qui est un combat. Et nous voilà errant comme des âmes en peines, impuissants avec nos petites ailes noires accrochées au dos, toutes sortes d’inepties sans suite tatouées sur la peau livide de nos biceps mous, nous sentant chez nous comme en Amérique se sentent les indiens d’Amérique, dans les inter-minables périphéries grises des grandes villes…

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Notre passe-temps, c’était la chasse aux animaux… Puis un malade mental est venu, qui a passé la forêt à la mort-aux-rats et à l’herbicide.
« Ah, vous allez pouvoir vous reposer, à présent, a-t-il dit. Je les ai toutes décimées ces sales bêtes ! »
Il avait l’air content de lui…

Baudelaire nous éclaire…

Tous les extraits suivants sont issus de Mon coeur mis à nu – recueil de pensées personnelles de Charles Baudelaire.

Politique. – Je n’ai pas de convictions, comme l’entendent les gens de mon siècle, parce que je n’ai pas d’ambition.
Il n’y a pas en moi de base pour une conviction.
Il y a une certaine lâcheté, ou plutôt une certaine mollesse chez les honnêtes gens.
Les brigands seuls sont convaincus, – de quoi ? – Qu’il leur faut réussir. Aussi, ils réussissent.
Pourquoi réussirais-je, puisque je n’ai même pas envie d’essayer ?
On peut fonder des empires glorieux sur le crime, et de nobles religions sur l’imposture.
Cependant j’ai quelques convictions, dans un sens plus élevé, et qui ne peut pas être compris par les gens de mon temps.

La croyance au progrès est une doctrine de paresseux, une doctrine de Belges.
C’est l’individu qui compte sur ses voisins pour faire sa besogne.
Il ne peut y avoir de progrès (vrai, c’est-à-dire moral) que dans l’individu et par l’individu lui-même.
Mais le monde est fait de gens qui ne peuvent penser qu’en commun, en bandes. Ainsi les Sociétés belges.
Il y a aussi des gens qui ne peuvent s’amuser qu’en troupe. Le vrai héros s’amuse tout seul.

Mysticité du paganisme. Le mysticisme, trait d’union entre le paganisme et le christianisme.
Le paganisme et le christianisme se prouvent réciproquement.
La Révolution et le culte de la Raison prouvent l’idée du sacrifice.
La superstition est le réservoir de toutes les vérités.

La Révolution, par le sacrifice, confirme la Superstition.

Je comprends qu’on déserte une cause pour savoir ce qu’on éprouvera à en servir une autre.
Il serait peut-être doux d’être alternativement victime et bourreau.

Le premier venu, pourvu qu’il sache amuser, a le droit de parler de lui-même.

Il faut travailler, sinon par goût, au moins par désespoir, puisque, tout bien vérifié, travailler est moins ennuyeux que s’amuser.

Ivresse d’humanité ; grand tableau à faire ;
Dans le sens de la charité ;
Dans le sens du libertinage ;
Dans le sens littéraire, ou du Comédien.

La question (torture) est, comme art de découvrir la vérité, une niaiserie barbare ; c’est l’application d’un moyen matériel à un but spirituel.

Observons que les abolisseurs de la peine de mort doivent être plus ou moins intéressés à l’abolir.
Souvent, ce sont des guillotineurs. Cela peut se résumer ainsi : «Je veux pouvoir couper ta tête, mais tu ne toucheras pas à la mienne».
Les abolisseurs d’âmes (matérialistes) sont nécessairement des abolisseurs d’enfer ; ils y sont, à coup sûr, intéressés.
Tout au moins, ce sont des gens qui ont peur de revivre, – des paresseux.

Le Diable et George Sand. – Il ne faut pas croire que le diable ne tente que les hommes de génie. Il méprise sans doute les imbéciles, mais il ne dédaigne pas leur concours. Bien au contraire, il fonde ses grands espoirs sur ceux-là.
Voyez George Sand. Elle est surtout, et plus que toute autre chose, une grosse bête ; mais elle est possédée. C’est le diable qui lui a persuadé de se fier à son bon coeur et à son bon sens, afin qu’elle persuadât toutes les autres grosses bêtes de se fier à leur bon coeur et à leur bon sens.
Je ne puis penser à cette stupide créature, sans un certain frémissement d’horreur. Si je la rencontrais, je ne pourrais m’empêcher de lui jeter un bénitier à la tête.

Dans Les Oreilles du Comte de Chesterfield, Voltaire plaisante sur cette âme immortelle qui a résidé, pendant neuf mois, entre des excréments et des urines. Voltaire, comme tous les paresseux, haïssait le mystère.

Au moins aurait-il pu deviner dans cette localisation une malice ou une satire de la Providence contre l’amour, et, dans le mode de la génération, un signe du péché originel. De fait, nous ne pouvons faire l’amour qu’avec des organes excrémentiels.
Ne pouvant supprimer l’amour, l’Église a voulu au moins le désinfecter, et elle a fait le mariage.

La Théologie.
Qu’est-ce que la chute ?
Si c’est l’unité devenue dualité, c’est Dieu qui a chuté.
En d’autres termes, la création ne serait-elle pas la chute de Dieu ?
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Dandysme. – Qu’est-ce que l’homme supérieur ?
Ce n’est pas le spécialiste.
C’est l’homme de loisir et d’Éducation générale.
Être riche et aimer le travail.

De l’amour, de la prédilection des Français pour les métaphores militaires. Toute métaphore ici porte des moustaches.
Littérature militante.
Rester sur la brèche.
Porter haut le drapeau.
Tenir le drapeau haut et ferme.
Se jeter dans la mêlée.
Un des vétérans. – Toutes ces glorieuses phraséologies s’appliquent généralement à des cuistres et à des fainéants d’estaminet.

A ajouter aux métaphores militaires :
Les poètes de combat.
Les littérateurs d’avant-garde.
Ces habitudes de métaphores militaires dénotent des esprits non pas militants, mais faits pour la discipline, c’est-à-dire pour la conformité, des esprits nés domestiques, des esprits belges, qui ne peuvent penser qu’en société.

Avant tout, être un grand homme et un saint pour soi-même.

Politique. – En somme, devant l’histoire et devant le peuple français, la grande gloire de Napoléon III aura été de prouver que le premier venu peut, en s’emparant du télégraphe et de l’Imprimerie nationale, gouverner une grande nation.
Imbéciles sont ceux qui croient que de pareilles choses peuvent s’accomplir sans la permission du peuple, – et ceux qui croient que la gloire ne peut être appuyée que sur la vertu !
Les dictateurs sont les domestiques du peuple, – rien de plus, un foutu rôle d’ailleurs, et la gloire est le résultat de l’adaptation d’un esprit avec la sottise nationale.

Qu’est-ce que l’amour ?
Le besoin de sortir de soi.
L’homme est un animal adorateur.
Adorer, c’est se sacrifier et se prostituer. Aussi tout amour est-il prostitution.

L’être le plus prostitué, c’est l’être par excellence, c’est Dieu, puisqu’il est l’ami suprême pour chaque individu, puisqu’il est le réservoir commun, inépuisable, de l’amour.

PRIÈRE – Ne me châtiez pas dans ma mère et ne châtiez pas ma mère à cause de moi. – Je vous recommande les âmes de mon père et de Mariette. – Donnez-moi la force de faire immédiatement mon devoir tous les jours et de devenir ainsi un héros et un saint.

Un chapitre sur l’indestructible, éternelle, universelle et ingénieuse férocité humaine.
De l’amour du sang.
De l’ivresse du sang.
De l’ivresse des foules.
De l’ivresse du supplicié (Damiens).

Nadar, c’est la plus étonnante expression de vitalité. Adrien me disait que son frère Félix avait tous les viscères en double. J’ai été jaloux de lui à le voir si bien réussir dans toute ce qui n’est pas l’abstrait.

Fanatisme de l’humilité. Ne pas même aspirer à comprendre la religion.

Pourquoi le spectacle de la mer est-il si infiniment et si éternellement agréable ?
Parce que la mer offre à la fois l’idée de l’immensité et du mouvement. Six ou sept lieues représentent pour l’homme le rayon de l’infini. Voilà un infini diminutif. Qu’importe, s’il suffit à suggérer l’idée de l’infini total ? Douze ou quatorze lieues de liquide en mouvement suffisent pour donner la plus haute idée de beauté qui soit offerte à l’homme sur son habitacle transitoire.

Il n’y a rien d’intéressant sur la terre que les religions.
Qu’est-ce que la religion universelle ? (Chateaubriand, de Maistre, les Alexandrins, Capé).
Il y a une religion universelle faite pour les alchimistes de la pensée, une religion qui se dégage de l’homme, considéré comme mémento divin.

Saint-Marc Girardin a dit un mot qui restera : «Soyons médiocres !»
Rapprochons ce mot de celui de Robespierre : «Ceux qui ne croient pas à l’immortalité de leur être se rendent justice».
Le mot de Saint-Marc Girardin implique une immense haine contre le sublime.
Qui a vu Saint-Marc Girardin marcher dans la rue a conçu tout de suite l’idée d’une grande oie infatuée d’elle-même, mais effarée et courant sur la grande route, devant la diligence.

Avis aux non-communistes :
Tout est commun, même Dieu.

Étudier dans tous ses modes, dans les oeuvres de la nature et dans les oeuvres de l’homme, l’universelle et éternelle loi de la gradation, des peu à peu, du petit à petit, avec les forces progressivement croissantes, comme les intérêts composés, en matière de finances.
Il en est de même dans l’habileté artistique et littéraire ; il en est de même dans le trésor variable de la volonté.

Molière. – Mon opinion sur Tartuffe est que ce n’est pas une comédie, mais un pamphlet. Un athée, s’il est simplement un homme bien élevé, pensera, à propos de cette pièce, qu’il ne faut jamais livrer certaines questions graves à la canaille.

Glorifier le culte des images (ma grande, mon unique, ma primitive passion).
Glorifier le vagabondage et ce qu’on peut appeler le bohémianisme. Culte de la sensation multipliée et s’exprimant par la musique. En référer à Liszt.
De la nécessité de battre les femmes.
On peut châtier ce que l’on aime. Ainsi les enfants. Mais cela implique la douleur de mépriser ce que l’on aime.
Du cocuage et des cocus.
La douleur du cocu.
Elle naît de son orgueil, d’un raisonnement faux sur l’honneur et sur le bonheur et d’un amour niaisement détourné de Dieu pour être attribué aux créatures.
C’est toujours l’animal adorateur se trompant d’idole.

Analyse de l’imbécillité insolente.
Plus l’homme cultive les arts, moins il b..de.
Il se fait un divorce de plus en plus sensible entre l’esprit et la brute.
La brute seule b..de bien, et la fouterie est le lyrisme du peuple.
F….., c’est aspirer à entrer dans un autre, et l’artiste ne sort jamais de lui-même.
J’ai oublié le nom de cette salope… Ah ! bah ! je le retrouverai au jugement dernier.
La musique donne l’idée de l’espace.
Tous les arts, plus ou moins ; puisqu’ils sont nombre et que le nombre est une traduction de l’espace.
Vouloir tous les jours être le plus grand des hommes !

Étant enfant, je voulais être tantôt pape, mais pape militaire, tantôt comédien.
Jouissances que je tirais de ces deux hallucinations.

Tout enfant, j’ai senti dans mon cœur deux sentiments contradictoires : l’horreur de la vie et l’extase de la vie. C’est bien le fait d’un paresseux nerveux.

Le commerce est, par son essence, satanique.
Le commerce, c’est le prêté-rendu, c’est le prêt avec le sous-entendu : Rends-moi plus que je ne te donne.
L’esprit de tout commerçant est complètement vicié.
Le commerce est naturel, donc il est infâme.
Le moins infâme de tous les commerçants, c’est celui qui dit : «Soyons vertueux pour gagner beaucoup plus d’argent que les sots qui sont vicieux».
Pour le commerçant, l’honnêteté elle-même est une spéculation de lucre.
Le commerce est satanique, parce qu’il est une des formes de l’égoïsme, et la plus basse, et la plus vile.

Quand Jésus-Christ dit :
«Heureux ceux qui sont affamés, car ils seront rassasiés !» Jésus-Christ fait un calcul de probabilités.

Le monde ne marche que par le malentendu.
C’est par le malentendu universel que tout le monde s’accorde.
Car si, par malheur, on se comprenait, on ne pourrait jamais s’accorder.
L’homme d’esprit, celui qui ne s’accordera jamais avec personne, doit s’appliquer à aimer la conversation des imbéciles et la lecture des mauvais livres. Il en tirera des jouissances amères qui compenseront largement sa fatigue.

Dieu et sa profondeur. – On peut ne pas manquer d’esprit et chercher dans Dieu le complice et l’ami qui manquent toujours. Dieu est l’éternel confident dans cette tragédie dont chacun est le héros. Il y a peut-être des usuriers et des assassins qui disent à Dieu : Seigneur, faites que ma prochaine opération réussisse !» Mais la prière de ces vilaines gens ne gâte pas l’honneur et le plaisir de la mienne.

Toute idée est, par elle-même, douée d’une vie immortelle, comme une personne.
Toute forme créée, même par l’homme, est immortelle. Car la forme est indépendante de la matière, et ce ne sont pas les molécules qui constituent la forme.
Anecdotes relatives à XXX et à XXX détruisant ou plutôt croyant détruire leurs œuvres.

Il est impossible de parcourir une gazette quelconque, de n’importe quel jour, ou quel mois, ou quelle année, sans y trouver, à chaque ligne, les signes de la perversité humaine la plus épouvantable, en même temps que les vanteries les plus surprenantes de probité, de bonté, de charité, et les affirmations les plus effrontées, relatives au progrès et à la civilisation.
Tout journal, de la première ligne à la dernière, n’est qu’un tissu d’horreurs. Guerres, crimes, vols, impudicités, tortures, crimes des princes, crimes des nations, crimes des particuliers, une ivresse d’atrocité universelle.
Et c’est de ce dégoûtant apéritif que l’homme civilisé accompagne son repas de chaque matin. Tout, en ce monde, sue le crime : le journal, la muraille et le visage de l’homme.
Je ne comprends pas qu’une main puisse toucher un journal sans une convulsion de dégoût.

NDL(I.)A : Cela m’évoque une impression persistante que j’ai… Les fait-divers auxquels nous confronte la presse, de nos jours, me font l’impression d’être de plus en plus surprenants de violence et de théâtralité. Il y a une sorte d’ensauvagement général qui est à mon avis bien perceptible. Et puis nous assistons impuissants à ce grand basculement ploutocratique dans le monde occidental des « grandes démocratie » (un peu comme une Rome jusqu’ici républicaine qui glisserait doucement sans douleur – ou presque – dans l’ère Impériale)… une poignée de familles – les Rothschild et compagnie – les mêmes, bien souvent, dont il était déjà question dans le Journal des Frères Goncourt (!) – se partagent ouvertement sous nos yeux ébahis, loin hors de notre portée, insensibles à nos mains impuissantes, tout ce que le monde entier recèle de lieux de pouvoir économique et exécutif… Quant à la remontée en flèche du putannat – les tractations entre les sexes ravalées partout au rang de simples échanges de capitaux – dans toutes les strates de la société… C’est un signe des temps !  – Ne doit-on pas voir-là autant d’indices majeurs de ce que le XXIe siècle est bel et bien est amené (comme je l’avais annoncé il y a déjà de cela une bonne dizaine d’années) à ressembler de façon troublante au XIXe ? C’est un peu à mon avis comme s’il fallait, pour comprendre le temps présent, apprendre le lire au travers d’un miroir (le XXe, un miroir ?)… le disséquer au travers d’un crible signifiant, qui n’est autre que le code des valeurs bourgeois du XIXe… – l’index des préjugés ésotérico-matérialistes – légèrement teinté d’eschatologie antisémite – bourgeois du XIXe !

La force de l’amulette démontrée par la philosophie. Les sols percés, les talismans, les souvenirs de chacun.
Traité de dynamique morale. De la vertu des sacrements.
Dès mon enfance, tendance à la mysticité. Mes conversations avec Dieu.

NDL(I.)A : Effectivement, les philosophes occidentaux conceptuels – très compliqués, très inaccessibles à l’esprit non-encyclopédique – des derniers 2-3 siècles du précédent millénaire, ont-il fait autre chose qu’arpenter – en bons marcheurs allemands laborieux – la désespérante continuité d’un réel humain et sociologique déjà malheureusement trop-connu, déjà amplement apprivoisé par l’esprit vulgaire, pour y poser – à intervalle régulier, suivant des jeux de symétrie géométriques – les jalons amusants de leurs divers vocabulaires néologiques, à seule fin de donner – symboliquement (= religieusement ) – une forme à l’informe ?

De l’Obsession, de la Possession, de la Prière et de la Foi.
Dynamique morale de Jésus.
Renan trouve ridicule que Jésus croie à la toute-puissance, même matérielle, de la Prière et de la Foi.
Les sacrements sont des moyens de cette dynamique.
De l’infamie de l’imprimerie, grand obstacle au développement du Beau.
Belle conspiration à organiser pour l’extermination de la race juive.
Les juifs Bibliothécaires et témoins de la Rédemption.

Tous les imbéciles de la Bourgeoisie qui prononcent sans cesse les mots : immoral, immoralité, moralité dans l’art et autres bêtises me font penser à Louise Villedieu, putain à cinq francs, qui m’accompagnant une fois au louvre, où elle n’était jamais allée, se mit à rougir, à se couvrir le visage, et me tirant à chaque instant par la manche, me demandait devant les statues et les tableaux immortels comment on pouvait étaler publiquement de pareilles indécences. Les feuilles de vigne du sieur Nieuwerkerke.

NDL(I.)A : Peut-être – rapport à sa profession – avait-elle pris du péché la juste mesure ? – C’est-à-dire sûrement sa mesure vétéro-testamentaire.

Je suis de l’école de cette putain car il faut bien qu’il y en aient pour sentir l’odeur du souffre lorsqu’on craque une allumette du feu divin, le feu que déroba Prométhée. Celui qui ne prend pas la mesure de tout ce qu’il faut détruire, en amont, de signifiant bel et bon, c’est-à-dire de matière vivante, pour produire un trait d’esprit, un bon sonnet ou même une phrase aimable, (c’est-à-dire quelque chose qui ressemble à de la peau morte), ne sait pas lire. Celui qui ne sait pas combien monsieur Baudelaire est un pécheur, ne sait pas lire monsieur Baudelaire. Monsieur Baudelaire, ce Bohème qui était un bourgeois intériorisé lui-même, puisqu’il avait fait profession d’antibourgeois. [Le Bourgeois n’est en effet rien d’autre qu’un « vilain », c’est-à-dire un membre de l’informe classe intermédiaire « parvenue » entre le peuple et la noblesse, voué à idéaliser l’un ou l’autre (voire l’un et l’autre), et incapable de se définir autrement que par-rapport à ce qu’il n’est pas – ce qu’il n’est pas, c’est-à-dire tout ce qu’il aime.]

Pour que la loi du progrès existât, il faudrait que chacun voulût la créer ; c’est-à-dire que, quand tous les individus s’appliqueront à progresser, alors, l’humanité sera en progrès.
Cette hypothèse peut servir à expliquer l’identité des deux idées contradictoires, liberté et fatalité. – Non seulement il y aura, dans le cas de progrès, identité entre la liberté et la fatalité, mais cette identité a toujours existé. Cette identité c’est l’histoire, histoire des nations et des individus.
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SOURCE : http://www.bmlisieux.com/archives/coeuranu.htm

Resucée – La Postmodernité expliquée à ceusses qu’auraient manqué des épisodes

Une fois n’est pas coutume, je vous copie-colle un vieux texte de mon ancien blog, le Mimi’s Diogenes Club (j’ai conservé les fautes d’orthographe et les « libertés » de syntaxe pour le plaisir de voir le chemin parcouru – ou pas parcouru, tout dépend du point de vue) :

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03/12/2008

REFLEXION SUR LA MODERNITE OP.1

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XP a encore eu un mot puissant :

« Tout va de plus en plus vite, dit-on? Non, jamais le monde n’a avancé aussi lentement, et peut-être parce qu’il a rompu avec la tradition du mouvement. »

Etrange, cette faculté de XP : exprimer un certain nombre de phénomènes relativement banaux – des questions sur lesquelles je ne reviens plus très souvent, en ce qui me concerne – et leur restituer tout leur mystère originel…
Je m’explique ; nous disposons d’un concept relativement commode aujourd’hui, pour désigner la déréliction de l’esprit de modernité qui a abrutie la fin du XXe siècle et qui caractérise le brouet clair philosophique que nous connaissons du XXIe… Nous ne nous posons plus la question de savoir pourquoi les mots ne veulent plus rien dire que les choses et leur contraire et pourquoi la jeunesse part en quête de sens comme on se prépare pour les croisades – traduisez « pour la mort ». Nous ne nous posons plus la question car nous disposons d’un terme pour cela, une expression aussi stupide que ce qu’elle désigne (et donc parfaitement appropriée) : la POSTMODERNITE.

La postmodernité est un concept très commode : il est un pur sens-unique car il est quasiment impossible à connoter positivement. En fait il n’existe qu’en négatif : il est l’échec de la modernité.

L’échec de la modernité, dans son acception définitive, contrairement aux apparences, est tout le contraire d’une notion philosophique : c’est une chose qui est en réalité complètement impossible à concevoir pour l’esprit humain. – En effet, comme le dit si bien XP, la modernité est mouvement, la modernité est agissement et réaction ; la modernité, fonction vitale du corps social, est le cri qu’il pousse lorsque son Essentiel est touché ; la modernité rappelle à l’ordre ! Et c’est l’absence de modernité qui ressemble bien davantage au chaos. La modernité n’est pas autre chose que le miracle réitéré de la vie, duquel il faut absolument se montrer digne, en lequel il s’agit de continuer à croire, ou bien naturellement crever plus ignorant qu’un rat de la plus invraisemblable des impiétés ! – L’esprit humain n’est pas fait pour concevoir le contraire de la vie, le non-être, l’antimatière et l’absence totale de mouvement. L’esprit humain ne le peut pas, intrinsèquement, car il ne sera jamais autre chose que l’expression d’une intelligence animale, c’est-à-dire un fils (ingrat) de la matière, bien vite rattrapé par elle. L’esprit humain a hérité de l’Etincelle primordiale, et périra s’il se refuse à continuer à lui sacrifier. L’esprit humain est fait pour la création, il est prévu pour innover. Il est voué à se développer à la mesure de l’expansion continue de l’univers à la suite du Big-Bang, et n’a pas été conçu pour barrer la route à cet immuable chemin.

Non, effectivement, la postmodernité n’est pas une option possible pour l’esprit humain. Car l’esprit humain, c’est  « je me dépasse ou je meurs ». La postmodernité est donc la mort de l’esprit humain, et elle est le commencement d’une souveraineté nouvelle…

La modernité n’est rien d’autre que le retentissement du sens lorsqu’il en vient, par ce qui s’apparente à une connexion électrique, à rencontrer l’objet. La modernité est cet instant béni où le réel existe à nouveau dans le ciel des idées, sous sa forme symbolique. La modernité représente l’ensemble de tous les instants de communion au cours desquels le Verbe à nouveau a créé le monde. La postmodernité est donc la renonciation schizophrénique, fatale, de l’esprit humain au réel – ce qui veut dire « à l’existence ».

La postmodernité est le commencement d’une souveraineté nouvelle : celle de la matière sur l’esprit.

Cela veut dire que l’échec de la modernité, bien qu’il ne possède, de priver les mots de leur sens, aucun sens en lui-même, n’est malgré tout pas une abstraction. Il demeure, en quelque sorte, « abstrait » pour l’esprit libre, mais tout en le tenant solidement prisonnier. L’échec de la modernité est une réalité tangible. C’est un phénomène notoire et bien réel. Il est une expérience de tous les jours, de tous les instants, auquel faible et las, pauvre et piteux, misérable et diminué, l’esprit s’abandonne à répétition.

L’échec de la modernité, il est tout simple : c’est la noire Angleterre Victorienne du petit Chaplin, et la laideur des Temps Modernes aux yeux du génial vagabond ; c’est le Communisme et le Libéralisme éliminés par leurs propres machines, et l’indignité infinie des hommes par rapport à leurs idéaux. *

 

___________________

 

* A propos du libéralisme, ma position est la suivante : c’est un admirable projet pour l’humanité qui consiste à vouloir que les hommes s’encouragent entre eux, par la compétition, à se dépasser eux-mêmes. Le Libéralisme table sur cette faculté unique de l’intelligence humaine, dont j’ai même osé affirmer tout à l’heure qu’elle la définissait, à innover sans cesse, qui donne à chacun de nous, potentiellement, la capacité de transformer nos faiblesses en forces. En cela même le libéralisme idéal est tout sauf injuste : au contraire, il prétend pousser chacun à offrir au monde la plus importante contribution possible – dans un tel monde de « bonne volonté », se dégageraient alors des aristocraties naturelles, fondées sur le mérite, impossible à contester. Du fait que l’intelligence humaine possède le don de se développer essentiellement pour compenser des manques, elle tend aussi à ne pas systématiquement favoriser les petits préférés de mère nature ; cela contribue au prestige non seulement moral, mais esthétique, de l’idéologie libérale, car celle-ci n’est jamais mieux complètement incarnée que par les individus les plus courageux et les plus inventifs, et par ceux qui n’ont pas peur de se confronter au principe de réalité.

Ma position au sujet du libéralisme est donc la suivante : le libéralisme est, par excellence, une idéologie de la confiance en la modernité. C’est l’idéologie qui n’existe que pour accompagner les hommes sur le chemin de l’expansion continuelle de la civilisation et de l’Energie sacrée dispensée par l’Etincelle primitive du Big-Bang. C’est une idéologie très rationnelle, (beaucoup plus rationnelle que le communisme), qui  n’envisage pas que l’Esprit humain puisse trouver un maître en la Matière. C’est une idéologie qui fait pleinement sens pour les gens, précisément, lancés à corps perdu dans une quête de sens systématique. Mais ce n’est pas une idéologie qui est capable de résister au « lâcher-prise ». Le libéralisme est incapable de concevoir l’espèce humaine ne concourant pas uniquement à perpétuer l’espèce. Le libéralisme a oublié que l’homme était à ce point un animal mélancolique que son propre reflet dans un miroir était capable de tout faire chavirer…

Le libéralisme a oublié que l’homme (malheureusement ou pas) n’était ni systématiquement intelligent, ni systématiquement rationnel, que l’homme échappait souvent à sa propre définition… Et cela, tôt ou tard, il fallait bien que la postmodernité se charge de le lui rappeler.

06:58 Publié dans Economie | Tags : libéralisme, postmodernité | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

Aux moujiks

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Isspisse di sale pute, moi ji suis un gentleman, ji rien à faire avec des folles comme toi, retourne d’où tu viens sale Djin, sorcière, Shaïtan tu m’salis. Ji d’la pitié pour toi : ji vais ti casser les dents avec di cailloux si ti continues à parler. Dieu est miséricordieux, Dieu est Grand. [Nebojka Ciric sur I Like Your Style]

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– Calmez-vous Irena. Vous me faites peur…

– Je vous fais peur ? La bonne blague ! – Comment voulez-vous qu’un être qui ne sait ni commander ni obéir, soit le moins du monde dangereux pour ses semblables ? Ces ailes trop grandes qui m’empêchent de marcher, sont aussi les garants du caractère inoffensif de mon Übris. En fait je ne m’autorise mon Übris qu’à une telle condition. En d’autres termes j’ai le droit de vivre en suivant des raisons/des ambitions supérieures à la condition-même qu’une telle supériorité m’isole de mes semblables… irréductiblement. C’est mathématique. Si tu te prétends plus grand que les autres mais que tu vis parmi eux sur un pied d’égalité : pourquoi te laissent-ils faire ? Si tu les commande, pourquoi se laissent-t-ils commander ? Parce qu’ils ont admis ta supériorité naturelle et qu’ils la respectent, ou bien plutôt parce que les trompes et que tu les manipules ?

Je ne sais pas comment vous l’expliquer… Je joue les punkettes et vous me prenez vraiment pour une pauvre fille… genre, euh… une sorte de cassos… et je ne vous ai jamais détrompé parce que… c’est rigolo, en fait ! – Quand je vous lis j’ai l’impression d’être Amy Winehouse, lol ! – C’est rigolo et pathétique aussi un peu, parce que dans la vraie vie, eh bien, c’est vous qui êtes les cassos !

Moi je sais ce que vous faites, ce qu’est votre vie, eh bon je ne vous en parle pas… parce que nous n’avons pas les mêmes valeurs, voyez-vous… pas la même valeur non plus. Moi, eh bien… Je ne suis pas née dans une ruine aux murs lépreux, les deux pieds dans la bouzasse, je n’ai pas été élevée par la rue, vous comprenez… Moi je suis née au pays des bisounours ! C’est pour cela que ça m’amuse, de tenter le Diable ! Les pauvres gens courbent l’échine devant plus fort qu’eux, moi je dis : « essaie-donc de jouer au con, pour voir ! » Ils évitent l’adversité, moi je la recherche ! – Je suis toujours étonnée du degré abyssal de bassesse où est capable de descendre le commun des pauvres gens lorsqu’on lui en laisse la liberté.

C’est à cela qu’on reconnait à un vrai pauvre : il est tellement peu habitué à avoir du pouvoir sur autrui que lorsqu’on lui en donne, il ne l’utilise jamais pour faire du bien. Toujours pour prendre sa revanche sur la vie. Saleté de mentalité de clebs. Pour avoir peur du Diable au premier degré, en fait il faut être né au Moyen-Âge, c’est-à-dire au bled en Afrique, ou quelque part dans un trou paumé de la Magyarie… Moi je suis athée à la base, c’est pour ça que les choses sacrées me mettent en joie au lieu de me terrifier, que je joue avec les tabous comme avec un jeu d’osselets. Du coup les primitifs me prennent soit pour Dieu soit pour une sorcière. « C’est magique » – à lire avec l’accent afwiquain.

Quand j’étais petite j’étais comme Candide, on me faisait croire que j’allais grandir dans le meilleur des mondes possibles… forcément que j’ai déchanté ! Quand vous m’avez rencontrée je ne croyais pas encore au mal… je ne le voyais pas, le mal ! C’est pour ça qu’au lieu de partir en courant – comme aurait fait n’importe quelle personne sensée – je me suis intéressée à vous et à ce que vous pensiez… je vous ai trouvés exotiques.

Quand j’étais petite je mangeais réellement avec un petit couvert plaqué d’argent… ceci n’est pas une métaphore. Là d’où je viens, la vie humaine a plus de prix. Et ma vie comptait davantage encore au yeux des gens qui m’ont élevée que celle de n’importe qui d’autre… Je n’ai pas été mise au monde pour prouver quoi que ce soit à des rustres comme vous, qu’ils soient mes patrons dans la vie, qu’ils portent une arme, un sceptre de roi nègre ridicule ou un uniforme… je ne suis pas faite non plus pour remplir un usage précis, ni pour servir qui que ce soit…

On ne m’a pas brisé les reins quand j’étais enfant pour que je devienne une bête de cirque, un singe savant ou un automate…  Rien ne m’a non plus préparée à la balkanisation progressive de mon pays. Vous, vous ne pouvez pas comprendre, vous venez déjà des Balkans. Ce qui est normal pour vous ne l’est pas pour moi. Je ne peux pas vous raconter vraiment ma vie… parce que d’abord j’aime bien passer pour toutes sortes de truc, j’ai toujours aimé me déguiser… C’est la grande différence qu’il y a entre les gens du tiers-monde et les vrais gentils occidentaux aux mains blanches, voyez-vous : nous cherchons à passer pour plus terribles et désinhibés que nous sommes, quand vous autres essayez maladroitement de vous laver de votre barbaritude… Vous vous rêvez (dans le meilleurs des cas) en noeud-pap’ et smocking sous les ors et les lambris du salon de madame la Marquise, quand nous autres nous maculons le visage avec du noir de bouchon pour nous faire croire que sommes des fous dangereux et que nous partons en guerre… Apocalypse Now !

Vous essayez perpétuellement, désespérément, de me psychologiser, de me réduire la tête, de me coller des étiquettes réductrices… parce que ce que je suis pour de vrai échappe à votre entendement sommaire… Il aurait peut-être fallu que je vous raconte ma vie plus tôt, peut-être auriez vous compris deux ou trois trucs, mais je ne pouvais pas le faire à fond. Je ne peux toujours pas. Parce que ça ne vous regarde pas.

Le plus dingue sans doute c’est que vous ne compreniez jamais, la plupart du temps, lorsque je fais de l’humour – que je puisse avoir de l’humour vous semble contre-nature… ma façon-même de me moquer de vous, vous est totalement étrangère… parce que chez vous l’insulte n’est qu’une insulte, le compliment qu’un compliment… Vous êtes des brutes.

Chez moi les compliments se font à-demi honteux, et timides… vous ne les percevez pas comme tels. Les insultes sont réversibles aussi, et consciemment. Par exemple je m’identifie assez souvent à la personne que je cherche à humilier ; quand je rabaisse quelqu’un je lui dis souvent des choses qui sont vraies à propos de moi… qui parlent de moi. C’est délibéré ! Je préfère projeter sur mon ennemi des défauts qui sont les miens, et qui ont évidemment pour revers un certain nombre de qualités… ainsi je ne lui dis pas : « casse-toi t’es pas d’mon monde » – le fait que je m’adresse à lui suffirait à prouver le contraire – mais je lui tends un piège à clef. Il suffirait à ma victime de comprendre cela pour ne plus se sentir insultée – en fait il lui suffirait d’abandonner son ressentiment pour que le mien à son égard disparaisse du même coup – il lui suffirait de faire preuve d’un peu de générosité décalée, de faire un pas de côté, du côté de l’humanité, dans ce moment de vanité blessée où justement la chose est plus inattendue, donc plus difficile -, mais elle est généralement tellement furieuse de ce que je lui dis qu’elle aimerait mieux se faire découper en morceaux plutôt que de me répliquer : « je suis donc comme toi ». En agissant ainsi mes interlocuteurs me prouvent encore une fois qu’ils me sont infiniment inférieurs et me donnent raison de les humilier.

Souvent, je vous parle au 5e degré et vous ne le voyez pas… vous ne voyez pas la tentation irrépressible que j’ai de me rouler dans les clichés que vous véhiculez sur mon compte comme un cochon dans sa soue… vous ne voyez pas que j’aime à être caricaturée de telle ou telle manière parce que la réalité c’est que j’échappe profondément à toute catégorie… vous ne connaissez pas la lassitude des êtres lourds qui ne tiennent dans aucune case et du coup ne prisent rien tant que d’endosser des habits trop petits pour eux…

Vous ne comprenez pas que la raison pour laquelle je ne loge pas ma pudeur dans ce que vous appelez la nudité tient à ce que, fondamentalement, je suis beaucoup moins attachée qu’il n’y paraît aux choses du corps… Qu’une femme jolie puisse souffrir d’être fondamentalement aussi détachée du Siècle qu’un ermite, entretenir sa vanité comme d’autres veillent à leur hygiène de base, et cependant exiger qu’on lui témoigne encore un peu de courtoisie, vous dépasse… et cela dans des proportions qui moi-même me dépassent… Vous n’entendez pas le rire léger qui se cache derrière mes jeux érotiques parce que vous ne pouvez pas concevoir qu’une femme puisse jouer à faire la femme… Vous croyez dur comme fer aux apparences, et même lorsque vous vous trouvez confrontés à un jeu trompeur d’apparences qui se dévoilent entre elles et se déchirent successivement, vous continuez à foncer tête baissée dans le panneau mouvant, comme une espèce de gros taureau furieux excité par un chiffon rouge…

C’est amusant d’en arriver là juste parce que vous avez le front trop bas, mais que vous ne pouvez malgré tout pas renoncer à l’idée que parce que vous êtes des homme, et que vous êtes généralement plus âgés que moi, vous avez vocation à être mes maîtres… En réalité, vivriez-vous mille ans de plus, vous n’auriez toujours rien à m’apprendre que je ne sache déjà… et je continuerais à vous trouver offensants lorsque vous prétendez au surplus m’accorder toute sorte d’effet de votre compréhension et de votre mansuétude, vous qui ne comprenez rien et en réalité et êtes tellement plus pauvre en bonté que moi.

Je ne peux pas vous expliquer qui je suis vraiment sous les franges rose fuschia de mon bikini internautique, parce que, et bien malgré moi, j’ai de la pudeur qui se cache par pudeur… Vraiment, c’est amusant cette méchanceté chimiquement pure de votre part qui me dépasse, cette brutalité inouïe, sidérante, avec laquelle vous vous acharnez à tenter de me lapider « comme des seigneurs »… Les seigneurs ne lapident pas les femmes, pauvres fous. Les seigneurs ne leur hurlent pas des insanités dès qu’elles font preuve d’un peu d’esprit. Vous représentez l’altérité totale pour moi qui ai grandi dans du coton (et qui après 2-3 aventures hors du coton, y suis finalement retournée vivre)… vous ne savez tellement pas à qui vous vous adressez… c’est amusant et terrifiant à la fois.

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J’aurais très bien pu laisser couler en réalité. C’aurait même été plus facile. Ne pas réagir. C’est ce que je faisais autrefois. Je ne réagissais pas à toutes les insultes, j’attendais qu’on se lasse, que ça passe, qu’on se raisonne, qu’on revienne de soi-même au sens-commun… Ca n’est jamais arrivé, monsieur ! Si vous leur laissez l’opportunité vous mordre une fois ou deux en toute impunité, à ces chiens – par peur de déranger, pour ne pas faire de vagues – ils se figurent que vous aimez ça ! Et puis l’odeur du sang excite les requins, et vous vous retrouvez, à cause de votre délicatesse, bloquée par vos scrupules, entourée de prédateurs en la personne de gens qui ne mériteraient même pas de vous baiser les souliers. Vous vous retrouvez, comble du non-sens, à passer pour une masochiste ! – C’est que nous sommes ici chez les moujiks : la délicatesse y est toujours interprétée comme de la faiblesse. En ne laissant rien passer, j’évite qu’on s’habitue à l’idée que certaines insultes à mon endroit ne seraient pas des insultes, qu’elles sont permises, voire de bon goût et même recommandées.

Mon but est d’échapper au rôle du bouc-émissaire de service. Et la meilleure défense, c’est encore l’attaque. L’expérience m’a appris ça. En faisant cela je prends évidemment le risque de manquer de style… de me ridiculiser et de passer pour une hystérique. Mais que voulez-vous, puisque la bêtise, la méchanceté, la pleutrerie générale, ne me laissent pas le choix !

Vous aspirez à un vrai patriarcat chrétien ? Mais encore faudrait-il avoir les épaules ! Suffit pas d’être méchant et brutal pour imposer sa supériorité à quelqu’un comme moi.

Qui jadis dans la réacosphère a-t-il jamais eu la carrure pour protéger une faible femme ? C’est leur insuffisance à tous – à tous ces barbares auto-proclamés gentlemen – qui m’a conduite à m’endurcir et à quitter ma position première de jeune femme littéraire, sensible et admirative.

Vous n’avez même pas idée du degré d’épidermisme et de fragilité qui était le mien au moment où je suis entrée dans la réacosphère et où une assemblée de grossiers personnages, de masturbateurs et de moujiks renfrognés m’est tombée dessus ! Il a bien fallu que je m’adapte !

Les seules fois où j’ai pensé trouver des protecteurs ici, ils se sont comportés comme de vrais maquereaux ! Les autres, ceux qui n’envisageaient pas de se /payer sur la bête/ leur sollicitude à mon endroit, étaient si lâches qu’ils se contentaient de servir de serviteurs à mes agresseurs par peur d’attirer leurs foudres contre eux. J’ai dû affronter seule au milieu des lazzis, des quolibets, des individus profondément sinistres qui avant moi n’avaient jamais trouvé la moindre conscience un tant soit peu chrétienne pour leur barrer le chemin. Et après ça il faudrait que je regarde ces poules mouillées qui nous entourent comme des hommes ?

Je n’ai pas été élevée dans l’idée que j’étais inférieure aux hommes, c’est vrai. Mais précisément parce que je n’ai pas une mentalité de larbin, je suis parfaitement capable d’éprouver de l’admiration, de faire preuve d’indulgence et de miséricorde, je ne n’ai aucune incapacité à la tendresse et je n’ai aucun problème pour me soumettre à plus grand que moi. En fait j’ai même toujours désiré de tout mon cœur rencontrer de grands hommes, qui m’auraient inspiré le respect et la crainte sacrée des hauteurs (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je suis venue essayer de fréquenter des écrivains). Ici, jusqu’à ces dernières années (qui m’ont permis de faire une rencontre surprenante), je n’avais jamais croisé que des minables emplis de ressentiment, des arracheurs d’ailes de bête-à-Bon Dieu, des grenouilles baveuses déguisées en dictateurs nègres, qui croyaient pouvoir m’en imposer sans jamais faire preuve d’une seule once de noblesse. Peuh !

Par delà la gauche et la droite – Une fascinante rencontre avec l’homme postmoderne

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L’autre jour, en me promenant du côté de chez l’Amiral Woland, je suis tombée sur une vieille connaissance… Un contradicteur de toujours, que nous connaissons tous, un habitué de nos milieux : j’ai nommé L’Indien, distingué troll gauchiste.

Provocateur comme à son habitude, il était venu expressément à l’occasion de l’ordonnancement du nouveau Pape… histoire de cracher un peu de bile. L’Indien est un athée avec un couteau entre les dents (oui, cela existe !) – ses réflexes hargneux, dès qu’il est question de religion, rappellent fortement ceux des communistes à l’ancienne mode.

C’est alors qu’il m’est venu à l’esprit une chose toute bête : l’Indien, en tant que lecteur assidu de la réacosphère, a pu se faire une idée extrêmement précise de nos modes de pensées, il en est venu à anticiper coup sur coup nos façons de réagir, de contrer ses piques… cependant que nous, tandis que nous étions continuellement en butte à ses agressions, coincés dans une posture défensive, nous n’avons jamais pris la peine d’étudier son cas.

Qui est vraiment l’Indien ? En quoi croit-il ? C’est ici ce qu’il vous sera donné l’occasion de découvrir…

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..SOURCE : Chez l’Amiral Woland, le 14/03/2013 – L’article s’intitule : François, notre Pape

[NDLA : j’ai pris la liberté de corriger rapidement quelques fautes d’orthographe et de ponctuation chez l’Indien, pour faciliter la lecture.]

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L’INDIEN| 15 mars 2013 à 18 h 01 min | Réponse

Rien a changé ici évidemment ! Toujours aussi peu objectifs. Etonnant de vous voir vous appuyer sur le nombre de moutons qui suivent votre nouveau berger, depuis quand des réacs se cachent derrière un gros nombre pour en juger un autre plus petit. Tous vos milliards de crétins et votre chef ne vaudront jamais un seul des vrais papes modernes, les savants, scientifiques qui font désormais avancer le monde, loin des égarements mentaux des milliards de bigots figés dans leurs us ridicules faute d’avoir eu une vraie éducation variée.

  1. L’Indien !!!!!!!!!!!!!
    Bonjour !

  2. Le troll a pour objectif de créer une polémique dans le but de perturber l’équilibre d’une communauté. Ca me va, mais dans le cas ou mes propos correspondent a ma pensée, ça ne fait plus de moi un troll. Et encore moins si je n’agis pas de façon perverse, ce qui est le cas. Il y’a toujours chez vous cette manière de ne jamais apporter d’arguments convenables, esquivant la confrontation. Ce qui ressemble beaucoup a une communauté recroquevillée dans son coin, butée qui ne trouve son équilibre qu’en s’entendant dans la critique des autres. Je fais mon relou là, mais vous êtes graves, franchement. Sinon a propos de ce pape, c’est pas pour critiquer mais je voudrais dire que ses lunettes sont très mal ajustées, je suis désolé mais je sais de quoi je parle, on voit bien que les pli des branches sont trop courts, enfin bref mon dieu laisse pas passer ça, il se flingue la vue le gars.

    • Mais on vous aime bien et puis on est toujours le troll d’un autre de plus quand je lis Troll de Troy, je suis aux anges.

      Quant au recroquevillement que vous évoquez, il est identique chez les gentils de gauche, voire plus méprisant , plus agressif.

      Bonne journée

  3. L’Indien a changé !
    Avant, dans le bon vieux temps, il répondait quand on le saluait. Il était d’une politesse exquise, enfin normale quoi. On a le droit de changer de qualificatif.
    C’est ptet un autre Indien, c’est plus le nôtre.
    Et puis, stylistiquement parlant, la mode étant aux comparaisons, on ne le reconnaît pas.
    Il faisait des paragraphes il me semble, non ?
    Cet Indien-ci est un imposteur.

  4. Comme je n’ai pas l’habitude de mettre la parole de mon amiral en doute, je dirais que monsieur l’indien a mûri, les épreuves l’ont mûri avant l’âge. On sent un doute dans son intervention, on sent un vécu difficile à reconnaître, on sent un appel au secours vers cette communauté recroquevillée dans son coin mais au combien sécurisante. Courage monsieur l’indien comme dit l’autre « les bons mûrissent. Les mauvais pourrissent »

L’INDIEN | 18 mars 2013 à 16 h 35 min |

Vous êtes d’une condescendance insupportable et avez ce comportement typique des bandes, avec des membres qui s’embrigadent les uns les autres au point de ne plus être capables d’apporter de crédit aux idées qui ne vont pas dans votre sens. On ne peut pas parler avec vous, le débat n’a jamais été possible ici. Tout ce que vous trouvez a répondre c’est que je n’ai pas fait de paragraphe, que je ne réponds pas aux bonjours et a faire vos petites blagues privées.

Il y’a quand même Coach Berny qui soulève le fait que vous vous sentez en sécurité dans votre communauté. Ça n’est surement pas une bonne raison pour mépriser a ce point les autres. Alors je sais bien que l’évolution des choses ne vous facilite pas l’existence, que rien ne va dans votre sens avec les mariages pour tous, la mort a petit feu de la religion, les libertés laissées a la liberté de circulation, les arrivées de la gauche aux pouvoirs, de toutes façons tout est toujours trop a gauche pour vous. Vous devriez tout de même faire un effort de comprendre qu’on n’essaye pas d’organiser une révolution quand on est isolé dans son coin. Parce que j’en ai entendu des désirs de reconquista etc, vous nagez en plein délire, les gens sains d’esprits ne veulent pas de ce que vous souhaitez. Continuez d’ignorer tout ça, faites vos petites prières dans votre secte, vos petites blagues sur les blogs en vous rassurant tant bien que mal en vous donnant la position du chêne isolé et solide qui ne plie pas devant vents et marées d’ordure. Ca n’empêche qu’il a de grosses œillères ici. Vous fonctionnez par biais cognitif, et c’est pas étonnant pour un groupe qui s’est auto marginalisé et qui a tendance a se perdre dans la religion. Si vous ne respectez pas le point de vue des autres et aimez l’exprimer, alors allez leur dire, plutôt que rester entre vous a ressassez les même choses ou vous vous retrouvez et à refuser la discussion quand y’en a un qui vient essayer de percer votre coquille.

MOI | 18 mars 2013 à 16 h 57 min | Réponse

Vous approuvez la marche du monde, l’Indien ?

Libre circulation des hommes comme des marchandises, Bruxelles dépossédant les vieilles démocraties d’Europe de leur souveraineté, le mariage pour tous accompagné du « droit à l’enfant » qui empiète sur la Déclaration des Droits de l’Enfant, les belles églises du patrimoine de la France qu’on n’entretient pas voire qu’on détruit, les moches mosquées modernes qu’on construit avec l’argent public en dépit des principes les plus élémentaires de séparation de l’Eglise et de l’Etat.. etc. Et j’en passe… Vous approuvez tout ça ?

L’INDIEN | 18 mars 2013 à 17 h 47 min | Réponse

Ca serait vraiment idiot de se satisfaire de ce qu’est le monde, mais j’approuve comme la plupart des gens, l’orientation qu’il prend. L’être humain a toujours été une marchandise, comme tout le reste, il se déplace là ou ça l’arrange, il se fait envoyer là ou ça va dans l’intérêt de sa communauté, de son entreprise, ça n’est pas la source du problème. Pour les vieilles démocraties d’Europe qui n’ont plus leur souveraineté, c’est comme ça. Les pays comme les personnes doivent apprendre qu’on fait partie d’un tout et qu’on ne peut s’occuper de sa personne en ignorant les autres. Faire partie d’un groupe c’est apprendre à se remettre en question. L’intelligence, notre place dans le monde animal, nous vient de cette particularité, de savoir se percuter aux idées opposées pour évoluer ou les faire évoluer. Sinon pour le mariage pour tous, encore heureux que tout le monde puisse s’unir comme il le souhaite tant que ça reste dans la morale, et à notre époque la morale c’est la science et elle nous dit qu’il n’y a pas de raisons de refuser ces droits aux gays. Qu’ils élèvent des gamins, aussi s’ils le souhaitent. C’est quoi cette histoire de droit de l’enfant? Depuis quand un enfant a des droits? Il prend le monde tel qu’il lui vient, avec des parents et un entourage plus ou moins bien selon sa chance.

Les belles églises sont bien assez respectées surtout sachant les horreurs passée et présentes qui sont faites au nom de la religion. Inversons les choses si les églises étaient des lieux athées ou agnostiques et la population religieuse, ça fait longtemps que les clochers n’existeraient plus. Mais heureusement tout le monde n’a pas pour désir de vouloir évangéliser les autres selon les préceptes d’un livre qu’on croit écrit par Dieu mais qui n’est que le fruit d’humains qui ont manuscrit des rumeurs de chamans et autres soit-disant prophètes qui n’étaient que des épileptiques. Ca va pour tous les théismes. Détrompez vous l’Islam ne bafoue pas plus la laicité que les autres, c’est juste qu’on était pas habitué a leur présence.

Merci d’expliquer vos soucis, mais je trouve que quand vous vous révoltez pour critiquer les affronts qui sont fait au monde, vous pensez a votre monde, plutôt que de prendre en compte un ensemble de beaucoup de chose.

MOI | 19 mars 2013 à 9 h 28 min | Réponse

Bonjour l’Indien.

Tout ce que vous nous dites est proprement fascinant. Je trouve totalement regrettable que nous ne nous soyions pas penchés plus tôt sur vos opinions à vous, tandis que continuellement nous nous bornions à prendre le plus grand risque en vous exposant les nôtres. En effet, notre ignorance de votre personne, jusqu’ici, nous laissait en butte à vos provocations incessantes, et bloqués dans une inconfortable position défensive. J’espère que dorénavant lorsqu’on verra paraître l’Indien, on ne se contentera plus de s’exclamer comme des enfants : « Oh voilà le gauchiste ! Oh voilà le troll ! », mais qu’on saura à qui l’on a affaire. Vous êtes aussi un libéral, l’Indien, un partisan du « laisser-faire », un vrai.

Cela tombe bien pour moi, voyez-vous l’Indien, parce que contrairement à certains ici (que vous avez peut-être effectivement, quelque part, coincés dans leurs propres contradictions idéologiques – notamment quelques unes de vos allégations ne sont pas sans me rappeler celles d’un certain denis l. – remember ?), cela tombe bien pour moi, disais-je, car de mon côté je suis plutôt du genre anti-libéral acharné (sisi ! ^^), ainsi je réalise que vous synthétisez tout ce que je déteste le plus au monde en terme de posture idéologique. Rien que pour cela vous mériteriez que je vous consacre un article – pourquoi pas une interview ? – sur mon blog. Si l’Amiral voyait un inconvénient à ce que nous occupions le présent fil de commentaire pour nous affronter, c’est ce que je ferais.

Quand vous dites qu’il faut avoir le courage de se confronter aux opinions adverses, je vous suis à 100%. Quand vous dites qu’il faut avoir le courage de ses propres opinions jusqu’au bout, je vous baise les pieds. Avec moi, vous pouvez être certain que votre vœu de cohérence interne sera respecté. Plus encore, je ne vous laisserai pas manquer à une telle exigence envers vous-même. Un tel jusqu’au-boutisme me plait trop.

Vous avez dit également : « la morale d’aujourd’hui, c’est la science ». Je suppose que vous allez voir en moi une personne excessivement morale, car je m’apprête à user pour vous contrer de la méthode scientifique. Je vais numéroter les réflexions que me suscitent vos allégations par le menu. Si vous n’êtes pas trop indigne de cet entretien, vous me ferez le plaisir d’y répondre en usant des mêmes repaires. Ainsi la lecture en sera facilitée pour notre hôtes et ses hôtes.

Merci.

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1 – « Ca serait vraiment idiot de se satisfaire de ce qu’est le monde. »

Pourquoi idiot ? Mais allez-y, développez…

2 – « J’approuve comme la plupart des gens, l’orientation qu’il prend. »

Pour vous, « les gens » éprouvent globalement le sentiment de vivre dans un monde de progrès. Intéressant.

Ces gens auxquels vous pensez, à quelle catégorie sociale appartiennent-ils ? Vous devez connaître un certain nombre de jeunes, si nous exceptons les jeunes issus de l’immigration, dont les parents ont parfois vécu la grande misère, trouvez-vous que les jeunes européens ont un niveau de vie égal à celui de leurs parents ? Vous devez notamment connaître un certain nombre de personnes issues de la génération Baby-boom, qui ont connu le plein-emploi des trente glorieuses, si vous deviez comparer ce que c’était qu’avoir vingt ans à leur époque, avec ce que ç’a été d’avoir vingt ans pour leurs enfants (leurs enfants qu’on nomme aussi « la génération sacrifiée »), et ce que c’est que d’avoir vingt ans aujourd’hui, quelle réflexion vous viendrait-elle à l’esprit ?

A vos yeux, progrès technique égale progrès tout-court. Pensez-vous que la découverte de l’arme nucléaire soit un progrès humain ?

Dans le même ordre d’idée, les guerres du XXe siècle ont été les plus meurtrières de toute l’histoire de l’humanité, et cela grâce au progrès technique. Notamment le régime nazi a eu ceci de particulier qu’il a planifié des massacres de manière /scientifique/ (tout comme le régime communiste de l’ex. URSS) , et qu’il a fait avancer la médecine par un certain nombre d’expériences directement sur matériau humain. Cette façon moderne de faire la guerre a-t-elle constitué un progrès à vos yeux comparativement aux anciennes façons de faire, moins « rationnelles » ? [SVP ne me parlez pas de religion ici, car cela serait hors sujet. La religion nous y viendront plus tard].

3 – « L’être humain a toujours été une marchandise, comme tout le reste, il se déplace là ou ça l’arrange, il se fait envoyer là ou ça va dans l’intérêt de sa communauté, de son entreprise, ça n’est pas la source du problème. »

Lorsque vous dites qu’il est normal que l’homme soit réduit à l’état de marchandise, vous admettez que l’homme est un loup pour l’homme et que cela est dans l’ordre des choses.

« à notre époque la morale c’est la science »

Cela donne-t-il raison à votre avis aux scientifiques nazis qui ont travaillé sur matériau humain vivant ? S’il apparaissait éventuellement à la science actuelle qu’un homme vivant (par exemple un fou, grandement handicapé, chômeur de longue durée, sans famille) était plus utile à la société sous forme de pièces détachées, c’est-à-dire en donnant ses organes à des accidentés de la route ou à la science, que sous la forme d’un homme vivant, trouveriez-vous normal que la science le condamne à mort ? A quoi servent à votre avis les comités de bioéthique, si la morale et la science ne font qu’un ?

Lorsqu’une femme qui vit dans la grande misère, quelque part sur la planète, se fait payer par un occidental pour porter un enfant qui n’est pas à elle et ne le sera jamais (car on le lui retirera à sa naissance), cela ne s’apparente-t-il pas à de l’esclavage ? Puisque vous trouvez normal de vendre du matériau humain, quels arguments pouvez-vous avancer en défaveur de l’esclavage ? Si en vertu de la science, l’esclavage lui-même – pratique archaïque abolie en Occident dès la fin de l’antiquité pour des raisons morale, contre laquelle les Etats-Unis-d’Amérique se sont constitués en démocratie, condamnée fermement par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen – si l’esclavage lui-même, en vertu de la science, n’apparaît plus comme étant une pratique immorale, alors la science livrée à elle-même n’apparaît-elle pas dès lors, quant à elle, comme conduisant à une régression sur le plan des mœurs, à un retour à la barbarie ?

4 – « L’être humain a toujours été une marchandise. »

Quand vous lisez une tragédie grecque, avez-vous le sentiment que les hommes qui y sont dépeints sont des marchandises ?

5 – « Pour les vieilles démocraties d’Europe qui n’ont plus leur souveraineté, c’est comme ça. Les pays comme les personnes doivent apprendre qu’on fait partie d’un tout et qu’on ne peut s’occuper de sa personne en ignorant les autres. Faire partie d’un groupe c’est apprendre a se remettre en question. »

Vous comparez les nations, les démocraties, à des hommes, et vous dites qu’elles doivent vivre en bonne intelligence les unes avec les autres. Pourquoi pas. A présent, en quoi l’art de vivre en bonne intelligence avec son voisin consiste-t-il ? Suffit-il pour bien s’entendre avec son prochain d’être gentil avec lui ? Ne faut-il pas aussi veiller à s’en faire respecter ? Celui qui respecte l’intégrité (la vie privée, la liberté d’opinion, le droit de réserve) de son prochain n’est-il pas en premier lieu celui qui sait respecter les siens-propres ? Et face à un voisin agressif ou intrusif, comment fait-on ? Les méchants voisins n’existent-ils pas ? Et suis-je absolument forcée d’aimer mon voisin pour vivre paisiblement à ses côtés ? N’ai-je pas le droit de l’ignorer complètement ? De vouloir qu’il m’ignore ? C’est mon cas en ce qui concerne certains voisins que j’ai dans mon immeuble : ce sont des gens qui ne pourraient pas me comprendre, avec lesquels je ne partage aucune valeur, qui passent eux-mêmes à côté de moi sans me voir, et cela m’arrange bien, et qui attendent de moi que j’en fasse autant. A l’inverse, quand une personne donnée témoigne un intérêt particulier, voire excessif, pour son voisin, et que celui-ci se voit forcé ou bien de rendre une telle sympathie sans coup férir, ou bien de passer pour un ingrat, voire même (pour les plus faibles) de se claquemurer chez lui dans l’angoisse de voir l’autre faire irruption dans sa vie à tout moment, cela n’engendre-t-il pas bien souvent toutes sortes de malentendus et d’embrouilles ? Dans bien des cas – si ce n’est dans tous les cas – c’est à la condition-même qu’une saine distance de sécurité soit respectée entre individus différents, par les uns et les autres, entre les uns et les autres, que paradoxalement des relations – prudentes donc respectueuses, donc subtiles, riches et variées – peuvent éventuellement se nouer entre eux. Nous faisons mine de ne pas le voir, mais bien souvent les êtres que nous aimons le plus sont ceux qui nous laissent libres de ne pas les aimer. Et la pire illusion du monde en termes relationnels est de croire qu’il faille coûte que coûte entrer en fusion sentimentale ou intellectuelle complète avec tout le monde.

6 – « Pour les vieilles démocraties d’Europe qui n’ont plus leur souveraineté, c’est comme ça. Les pays comme les personnes doivent apprendre qu’on fait partie d’un tout et qu’on ne peut s’occuper de sa personne en ignorant les autres. Faire partie d’un groupe c’est apprendre a se remettre en question. . »

Vous comparez les démocraties, les nations, à des hommes, et vous sous-entendez qu’elles ont comme eux une durée de vie limitée, et qu’il faut s’y résoudre. Très bien, pourquoi pas. A présent j’ai tout de même envie de vous poser une question. Etant donné que les nations (et les démocraties également – de /demos/, peuple) ne valent que par les hommes qui les composent, que faut-il faire à votre avis des hommes qui se définissent eux-même par-rapport à leur appartenance à une nation ? – chose qui n’est pas beaucoup plus folle, vous en conviendrez, que celle de se définir par-rapport au nom qu’on porte, à l’éducation qu’on a reçue, à la classe sociale d’où l’on vient – il faut bien se définir soi-même d’une manière ou une autre. Que faites-vous donc des hommes qui composent les nations désuètes ? Sont-ce des hommes désuets ? Et s’il est normal de voir mourir les nations désuètes, doit-on également pousser à la mort les hommes désuets ? Vous prônerez sans doute encore une fois une sorte d’arrangement à l’amiable, vous direz qu’il faut convaincre les gens d’évoluer, pour leur propre bien. Et là je vous dirai – patatras ! – dans quelle mesure peut-on prétendre faire le bien des gens contre leurs propres volontés et choix d’appartenance ? Figurez-vous le dernier des Mohicans : doit-on le convaincre qu’il n’est pas un Mohican pour le faire accéder au bonheur qu’ont les autres de ne pas appartenir à une race éteinte et à une nation en ruines ? Figurez-vous Don Quichotte, qui se serait plutôt laissé découper sur place par un démon à six-têtes plutôt que d’admettre que le temps rêvé des Chevaliers sans peurs et sans reproches était révolu. Don Quichotte ne se laisserait pas raisonner par vous, il ne se laisserait pas convaincre qu’il doit être autre chose que Don Quichotte. Faut-il donc le découper en tranches ? Se moquer de lui avec la cantonade ? Se féliciter de sa prochaine élimination naturelle ?

Si vous pensez que les Don Quichotte doivent disparaître, vous ressemblez un peu en cela aux requins, ces nazis de la mer, donc le rôle dans l’écosystème qu’ils habitent est de faire disparaître les animaux blessés ou frappés de faiblesse, afin de laisser la place libre à ceux qui, en bonne santé, doivent se reproduire pour améliorer le pool génétique de leur espèce. Cela veut dire que lorsque vous trouvez un être fragile et mal adapté, un Albatros (aux-ailes-trop-grandes-qui-l’empêchent-de-marcher) qui dans la nature n’est rien mais que dans une civilisation on fait apprendre aux enfants des écoles, une pauvre âme en souffrance, un blessé de la vie, alors au nom de cette Vie-même – dont vous ne voulez pas admettre qu’elle puisse être cruelle à l’homme de cœur, au rêveur, au sensible – alors au nom de votre déifiée nature – dont vous ne voulez pas admettre qu’elle soit l’éternelle ennemie de la civilisation, de la culture, donc de l’homme -, vous décrétez qu’il doit disparaître sans laisser de trace.

Or c’est le propre des animaux, encore une fois, de disparaître sans laisser de traces. Pas celui des hommes qui bâtissent et écrivent, pas celui des Nations et des Civilisations non plus.

7 – « l’intelligence, notre place dans le monde animal nous vient de cette particularité, de savoir se percuter aux idées opposées pour évoluer ou les faire évoluer. »

« L’intelligence, c’est la capacité d’adaptation. » Je connais cette phrase, c’est ce que me disait toujours ma mère.

Elle pourrait être de Machiavel. Ou de Confucius. Celui qui pense et agit, toujours en toute chose, conformément à ce que la nécessité/l’avidité/son boss commande, conformément au sens où le vent tourne, celui-là n’est-il pas toujours le plus intelligent ? En tout cas le plus victorieux ? On se demande bien à ce compte-là pourquoi il y a encore (et toujours) des ahuris pour ne pas toujours faire tout ce que l’appel de leur estomac leur commande… C’est vrai, quoi, là où y’a d’la gène y’a pas de plaisir ! … y’a pas d’bon sens non plus ! Après tout, hein, puisque nécessité fait loi !

On se demande bien aussi pourquoi une telle façon de voir a toujours été identifiée, dans la mentalité populaire, à celle du voleur ou du traître… On se demande bien pourquoi d’ailleurs aux yeux du vulgus pecum le voleur et le traître ont toujours été perçus comme des individus dépourvus de sens moral… C’est vrai quoi, pourquoi ne pas retourner sa veste quand le revers est de vison ? Par ici la bonne soupe, les plus gênés cèdent la place !

Quand vous dites, l’intelligence c’est savoir s’adapter, j’en déduis aussi que les cloportes mutants qui ont su résister à un accident nucléaire (là où tous les hommes ont clamsé) nous sont supérieurs en intelligence. J’en déduis aussi que les amibes capables de continuer à vivre dans les conditions climatiques, chimiques, de pression, de chaleur ou de froid les plus extrêmes, surpassent l’homme du point de vue de l’intelligence dans des proportions incommensurables…

8 – « Sinon pour le mariage pour tous, encore heureux que tout le monde puisse s’unir comme il le souhaite tant que ça reste dans la morale, et a notre époque la morale c’est la science et elle nous dit qu’il n’y a pas de raisons de refuser ces droits aux gays. »

La science la plus élémentaire dit aussi qu’un homme ça porte une bite, et qu’une femme ça n’en a pas, et qu’il faut un ovule et un spermatozoïde (chacun étant – forcément – sexuellement différencié) pour faire un bébé. Mais manifestement ces pseudo-progressistes (vrais esclavagiste, héraults du retour à la barbarie) ne s’intéressent à la science que lorsque celle-ci les arrange.

9 – « Qu’ils élèvent des gamins aussi s’ils le souhaitent. C’est quoi cette histoire de droit de l’enfant? Depuis quand un enfant a des droits? Il prend le monde tel qu’il lui vient, avec des des parents et un entourage plus ou moins bien selon sa chance. »

Un enfant, je vais vous expliquer ce que c’est. C’est un individu tellement faible qu’il ne peut pas encore s’occuper de lui-même tout seul, ce pourquoi il est obligé de compter sur la tendresse des adultes, leur générosité, leur amour. Il n’a pas le choix. Les Droits, je vais vous expliquer ce que c’est, il s’agit de privilèges justifiés qu’on accorde prioritairement aux individus faibles. Exemple : tu es handicapé, tu es vieux, tu es malade, tu es prioritaire sur les autres dans le bus en ce qui concerne le droit à la place assise. Autre exemple : tu es un petit enfant, tu portes une couche, tu es vulnérable, tu ne comprends pas tout ce qu’il se passe autour de toi, tu n’as encore jamais eu l’occasion de faire du mal à ton prochain, tu as donc le droit à ce qu’on te change ta couche, qu’on te protège, qu’on t’explique ce que tu ne comprends pas, et qu’on respecte ton innocence en ne te confrontant pas à des problèmes d’adulte (sexe, dialectique du péché, etc..) qui ne sont pas encore de ton âge.

Voilà, alors ça l’Indien, c’est la base, c’est le fondement de toute morale. En dehors de ça en fait il n’y a pas de morale. Je suis d’accord avec vous pour dire que si l’on oublie ça, il n’y a plus que des coutumes bidon. C’est là-dessus aussi qu’on fonde la notion de justice telle qu’elle est employée par nos tribunaux laïcs, car il s’agit encore une fois de pur bon-sens, 100% rationnel. Pas non plus besoin de religion pour comprendre ça.

10 – « depuis quand un enfant a des droits? Il prend le monde tel qu’il lui vient, avec des parents et un entourage plus ou moins bien selon sa chance. »

Ok. Donc vous votre truc, c’est le laisser-faire. Non mais c’est cool, parce que vous le dites clairement : à chacun sa merde, à chacun « selon sa chance ». Plus loin vous confirmez : « mais je trouve que quand vous vous révoltez pour critiquer les affronts qui sont fait au monde, vous pensez a votre monde ». En gros, ce que vous dites c’est que le bien-être des uns faisant le malheur des autres, personne ne devrait être habilité à lutter pour son bien-propre, sauf à prendre le risque de priver son prochain des privilèges qu’il s’arroge à lui-même. Bon, ce à quoi vous n’avez pas pensé, c’est que les Occidentaux ne sont pas seuls à lutter pour leur bien-propre. En réalité, tout le monde le fait. Par contre, si jamais les Occidentaux se convainquaient eux-même, comme vous aimeriez qu’ils le fassent, d’arrêter de rechercher leurs propres bonheur et succès, il seraient peut-être les premier êtres vivants jamais créés à agir ainsi. Ils deviendraient par là-même, à proprement parler, de véritables /erreurs de la nature/. De véritables erreurs que la nature (et sa cruelle loi) aurait tôt fait d’éliminer. – En réalité, je vais vous dire ce qu’il se passe, personne au monde n’est en mesure de se perpétuer sans l’être (de continuer à vivre, quoi) en agissant à l’encontre de son propre bien. Ceux qui prétendent le faire sont juste des hypocrites. En demandant aux gens d’agir ainsi vous leur demandez simplement d’agir en hypocrites – comme le ferait un authentique bigot.

Laissez-moi vous conter à présent une petite fable sur le /laisser-faire/. Il était une fois un petit garçon qui voulait un aquarium rempli de poissons de toutes les couleurs. Sa maman l’emmène au magasin, le petit garçon en fait le tour et il s’écrie : « Ils me plaisent tous ! J’en veux un de chaque ! ». Aussitôt quémandé, aussitôt acheté. Le soir venu, quand le petit garçon se retrouve chez lui muni de son nouveau jouet, il se dit que son aquarium est résolument le plus beau qu’on ait jamais vu, qu’il est encore bien plus beau que tous ceux que présentent les animaleries à leurs clients, et il s’en va se coucher des rêves pleins la tête. Hélas, tandis qu’il dort en rêvant à toutes sortes d’alter-mondes radieux, dans le salon obscur est en train d’avoir lieu une terrible guerre. Le petit garçon ignorant les règles les plus élémentaires de aquariophilie, a mélangé de terribles prédateurs d’eau de mer avec de petits poissons d’eau douce, il a fait se côtoyer de fragiles espèces pacifiques venues des climats tempérés avec d’autres, extrêmement belliqueuses, issues des grands lacs d’Afrique (où la survie en eaux trouble demande des capacités d’adaptations hors-norme). Au matin, quand le petit garçon se réveille, il ne reste plus rien de son paradis de la veille. Un gros poisson prédateur au visage balafré, le ventre gonflé d’avoir mangé toute la nuit, tourne et tourne encore sur lui-même, avec un air de défi, seul dans les débris des autres au milieu du bocal.

11 – « Les belles églises sont bien assez respectées surtout sachant les horreurs passée et présentes qui sont faites au nom de la religion. Inversons les choses si les églises étaient des lieux athées ou agnostiques et la population religieuse, ça fait longtemps que les clochers n’existeraient plus. Mais heureusement tout le monde n’a pas pour désir de vouloir évangéliser les autres selon les préceptes d’un livre qu’on croit écrit par Dieu mais qui n’est que le fruit d’humains qui ont manuscrit des rumeurs de chamans et autres soit-disant prophètes qui n’étaient que des épileptiques. »

Je veux bien que les grands inquisiteurs de naguère se soient rendus coupable de bien des crimes, l’Indien. Mais qu’avez-vous au juste à leur apprendre sur leur métier, vous qui venez de nous montrer que l’« humanisme » d’un genre nouveau que vous prônez est susceptible de sanctifier, dans le désordre :

– l’esclavagisme
– la marchandisation du vivant
– la planification technocratique de massacres à grande échelle
– la loi du plus fort/la loi de la jungle
– la morale du traître ou du voleur, à savoir l’opportunisme
– la persécution des plus faibles
– le non-respect de la Déclaration des droits de l’Homme et de l’Enfant
– la non-assistance à personne en danger

…et j’en passe…

12 – « détrompez-vous l’islam ne bafoue pas plus la laïcité que les autres, c’est juste qu’on n’était pas habitué a leur présence. »

Je veux bien. Cependant, en France, on ne construit plus d’églises. En revanche, on construit beaucoup de mosquées. Pourquoi alors les gens de votre obédience s’en prennent-ils si souvent aux chrétiens et laissent les musulmans tranquilles ? Parce qu’il faut savoir s’adapter au sens du vent, s’adapter comme les cloportes, c’est ça ?

La sonate de Belzébuth

Il y a quelques temps, un jeune auteur français qui avait eu des démêlés avec son mécène, et qui était sur le point de s’expatrier aux Etats Unis pour y chercher fortune, était venu à moi pour me proposer de renoncer à tout ce qui faisait alors le sel – âpre sel, il est vrai – de ma vie, et partir avec lui loin des tracas de notre consanguin, parisien, petit monde… Je faillis un instant me laisser tenter, mais au cours de l’une de nos conversations il échappa un jour un propos oiseux… – propos qui tout d’abord me stupéfia comme une vérité brûlante déjà bien-connue, auquel je ne pus trouver à brûle-pourpoint de réponse convenable, mais contre l’apparente évidence duquel mon âme entière, dans le silence des choses définitives, se raidit… comme irrémédiablement frappée de dégoût et d’effroi.

«  Vous ne pratiquez quasiment que la forme pamphlétaire, car vous aimez par dessus-tout tout contrôler… mais la particularité de la vraie création, de la création romanesque s’entend, de la création artistique… la particularité de l’œuvre d’art vraie, c’est d’échapper à son auteur… de dépasser ce que l’auteur était venu dire en cette œuvre, de lui et du monde, au moment de la créer. La particularité du roman de génie est – comme l’enfant à naître – de vivre d’une vie propre, en-dehors de celui qui l’a façonnée, et bien sûr de ses basses, humaines, trop humaines, préoccupations politiques… »

Ainsi, c’était-là tout ce pourquoi, en définitive, nous avions choisi la carrière de l’écriture ? Non pour signer de notre nom, dans la pierre des temps, le récit unique de notre combat humain contre les forces dissolvantes… non pour laisser une cicatrice sur la face du temporel honni… rendre témoignage sur le visage du mal, des griffes animales que ses assauts répétés nous forcent, chaque jour que Dieu fait, à laisser croître sur nos blanches mains… Non. Selon les meilleurs auteurs – auxquels mon interlocuteur se contentait en l’occurrence de servir d’interprète – semblait-t-il, étions-nous simplement venus à la plume comme nous étions venus au monde : afin que nous dévorent nos propre œuvres aussi sûrement sinon plus, que ne l’eussent fait des œuvres produites par nos ennemis. Il apparaissait d’un coup, clairement, que celui qui voulait laisser une trace de son génie, devait disparaître en tant que volonté de puissance et esprit critique, c’est-à-dire corps et âme, pour son érection intemporelle à elle…

Ici quelques citations en vrac, recueillies dans l’air du temps :

« Par l’art seulement nous pouvons sortir de nous-mêmes. »
_Marcel Proust

« En art, toute valeur qui se prouve est vulgaire. »
_Jean Cocteau (Le rappel à l’ordre)

« La critique, art aisé, se doit d’être constructive. »
_Boris Vian (Chroniques du menteur)

« L’art véritable est sans intention. »
_Paul Ohl

« Le génie en art consiste à se laisser aller… »
_Jean-Marie Poupart

« Une oeuvre d’art n’est jamais immorale. L’obscénité commence où l’art fini.»
_Raymond Poincaré

« Si l’on considère l’art comme une concurrence, on en vient à l’usure des idées, au triomphe des bonimenteurs. Ici, il n’y a que des espèces, non de la rivalité. Plus nous concédons à autrui une avance temporelle, et plus nous serons assurés de le rattraper. »
_ Ernst Jünger, La cabane dans la vigne, (Journal IV, années d’occupation), Kirchhorst, 23 mai 1945.

Pour accéder à la gloire, au succès, nous étions apparemment forcés – paradoxe étrange – d’apprendre à nous élever au-dessus de toutes les causes –  ces vanités ! – qui nous avaient, de notre vivant, fait pleurer de rage, de peur, de joie ou de désir… Il semblait que c’était-là, en quelque sorte, le seul moyen d’insuffler la vie à une vision-nôtre jusque-là demeurée dans les limbes, immatérielle : la rendre englobante, totale, prédatrice – inhumaine en un mot ! Il fallait – et c’était là, figurez-vous, du point de vue de nombre de nos maîtres, le fardeau inhérent à notre métier d’auteurs ! – nous faire pousser les ailes d’un mépris si grand, qu’il puisse nous permettre de nous survoler nous-mêmes.

Ah ! Quelle ironie, n’est-ce pas ? Ainsi, la seule littérature qui vaille, le critique moderne accompli la distinguait désormais à ce que son existence-même invalidait les pulsions qui l’avaient motivée ! – et plus moyen désormais de contester la chose, – plus moyen en fait, lorsqu’il s’agissait d’Art, de contester quoi que ce soit –  à moins bien entendu de passer pour un apologue de la rature, c’est-à-dire un raté auto satisfait.

Hélas, qu’une telle recette-de-cuisine binaire, bassement manichéenne, soit la seule qui vaille pour supposément accéder au génie, si cela en réjouit encore certains sur le plan intellectuel, cela ne saurait me réjouir moi : je trouve cette option juste calibrée pour plaire aux cyniques – et crucifier les idéaliste. Car, qui sont ceux qui peuvent le plus aisément renoncer aux raisons qui les ont conduits à prendre la parole, sinon ceux qui n’ont jamais rien eu de particulier à dire ? – sinon ceux qui n’ont jamais rien eu de beau à transmettre aux générations futures en leur nom propre, ou eu le sentiment d’avoir quelque information précieuse à léguer… sinon ceux qui n’ont jamais reçu du Ciel le sentiment d’une tâche à accomplir par le biais des écritures, dont personne d’autre qu’eux n’eût pu se charger ?

Raiponce @ Baudrillard

Friedrich Nietzsche :

Voici, je vais vous montrer le Dernier Homme : « Qu’est-ce qu’aimer ? Qu’est-ce que créer ? Qu’est-ce que désirer ? Qu’est-ce qu’une étoile ? » Ainsi parlera le dernier Homme, en clignant de l’œil. La terre alors sera devenue exiguë, on y verra sautiller le Dernier Homme qui rapetisse toute chose. Son engeance est aussi indestructible que celle du puceron : le Dernier Homme est celui qui vivra le plus longtemps. « Nous avons inventé le bonheur », diront les Derniers Hommes, en clignant de l’oeil. […] La maladie, la méfiance leur paraîtront autant de péchés ; on n’a qu’à prendre garde où l’on marche ! Insensé qui trébuche encore sur les pierres ou sur les hommes ! […] On ne deviendra plus ni riche ni pauvre ; c’est trop pénible. Qui donc voudra encore gouverner ? Qui donc voudra obéir ? L’un et l’autre seront trop pénibles. Pas de berger et un seul troupeau ! Tous voudront la même chose, tous seront égaux : quiconque sera d’un sentiment différent entrera volontairement à l’asile des fous.

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J. Baudrillard :

 » […] L’extrême de la simulation, le stade ultime de la simulation, ce serait cette intégralité du réel, qui n’est plus du tout le réel traditionnel – celui qu’on connait – avec un principe de réalité, un principe de rationalité qui permet à une histoire de se développer, à des conflits, à des contradictions de se faire jour. La réalité intégrale serait ce stade où l’on assiste à une espèce de collusion des extrêmes qui expurge toute négativité, tout travail du négatif, et qui donnerait lieu à une entreprise vertigineuse consistant à faire passer le monde du côté de l’opérationnel total. Lui donner définitivement non plus une forme, mais une formule. La réalité intégrale est celle du numérique, des réseaux, mais surtout d’un achèvement. Un monde qui irait techniquement au bout de ses possibilités. Le réel trouverait ici son aboutissement. Ce qui est le destin le plus funeste qu’on puisse concevoir. La question est de savoir – non pas quand est-ce qu’on passe dans la réalité intégrale – mais l’idée qu’il y a un moment donné une rupture, une fracture, qu’on passe d’une ère relativement classique de la réalité objective à quelque chose d’autre. Il n’y a plus de transcendance, on ne peut plus rêver de transcender cette réalité, de la dépasser ou de l’idéaliser. Elle est là, immédiatement réalisée, définitivement réalisée. Il n’y a plus à se poser de question. Cela passe par une réalisation de tous les désirs, ce qui est une forme réalisation des rêves de 68 assez catastrophique.

Il n’y a plus de limite à ce qui était le principe de réalité. C’est le principe qui a disparu. La réalité est orpheline de son principe, elle est libre de proliférer indéfiniment sans plus jamais se donner raison d’être. Il n’y a plus de finalité, elle est là, elle est immanente. Qu’est-ce qui fait courir l’espèce humaine dans ce sens là ? Peut-être un désir de disparaitre ; cette réalisation absolue, illimitée, est une fin immanente des choses. Pas la sanction d’une finalité, une fin. Ce n’est même pas une apocalypse, l’apocalypse est encore une espèce de désir romantique. Là non, il y aurait un accomplissement, « an achievement » : on est passé à l’acte. C’est une espèce de gigantesque passage à l’acte d’où viendraient les désirs de substituer une espèce, une histoire, à une espèce de modèle à l’identique expurgé de toute négativité, de tout conflit.

Mais cela ne relève plus de la volonté de personne. On ne peut plus identifier cet espèce de processus comme relevant de la volonté de puissance d’une puissance mondiale, avec un maitre, un despote, une classe : non, il ne s’agit plus d’une domination au sens propre. C’est une hégémonie totale, pas totale au sens d’un état totalitaire, mais au sens d’une intégralité qui ne connait plus de pôle adverse, qui ne connait plus d’adversité. Ici, toutes les volontés s’abolissent. L’individu est alors un sous-produit de cette extension illimitée. Il n’est plus cet individu classique façonné par l’histoire, qui était en contradiction avec la société : il est suscité comme produit fini, secrétant autour de lui une niche, une alvéole, une bulle comme dirait Sloterdjik, pouvant se multiplier à l’infini.

[…] Comment se fait-il qu’on ait dans cette opération là mis fin à toute relation duelle ? Y compris la relation duelle au sein même de l’individu dans l’aliénation, ou dans ce qui faisait partie de la réalité traditionnelle, contradictoire ? Dans la réalité intégrale, l’homme n’est même plus aliéné, il n’est même plus dans une sorte de clivage avec lui-même. Ce n’est plus un sujet. C’est un individu, un électron libre complètement atomisé. L’addition de tout ça ne peut plus donner une volonté collective.

[…] Un syndrome de confusionnel où les pôles se confondent, où les différences s’abolissent, à cette grande confusion, à ce grand mixage, à cette grande multiculturalité, qui est en réalité une promiscuité. Si les valeurs ont été sacrifiées, si elles ont été dissoutes dans cette réalité intégrale ou l’on considère qu’elles s’équivalent toutes, et donc qu’elles s’annulent, où et comment va-t-on ressusciter un système de valeur qui était celui de la réalité, d’un principe de réalité et de représentation ? Je crois qu’il faut aller au terme de ce mouvement, il faut le pousser, ce serait nietzschéen, ce qui va s’effondrer il faut le pousser ; aller voir au-delà de la fin, au-delà de la valeur, puisque le système nous y a mis.

[…] Nous rêvons d’une immortalité technologique ; or, ce que les terroristes islamistes mettent en cause, c’est leur propre mort. Eux ont encore la possibilité de la mettre en jeu alors que nous, nous ne le pouvons plus. […] Parce que nous sommes déjà au-delà de notre propre fin. Nous sommes dans une culture qui a mis fin à ses propres valeurs, qui s’est dépouillé de ses propres valeurs, y compris de très bonnes valeurs traditionnelles d’honneur, de fierté, de pudeur, de défi, de tout ce qu’on voudra. Le voile, il y a longtemps que nous ne nous le sommes arraché nous-mêmes. Nous nous sommes dépouillés, nous sommes à l’état obscène de prostitution totale d’une culture qui se prostitue, qui a détruit ses propres valeurs. Et c’est ici le véritable défi : au nom même de cette disqualification des valeurs, de ce degré zéro de la culture et des valeurs, l’occident défie le reste du monde de devenir comme lui. De perdre lui aussi – de se dévoiler au sens le plus large du terme – de perdre toutes les singularités, tous les espaces symboliques qui sont les siens. Et de rentrer dans ce jeu d’une réalité intégrale. « 

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Voilà qui est exprimé d’une façon particulièrement virtuose ! Je suis estomaquée.

Mais il y a encore des possibilités de lutte… Et elles se trouvent dans le fait que l’homme, même occidental, possède des limites intérieures. Même si la société qu’il sécrète – ce cancrelat, comme un mucus – donne l’impression qu’il n’en a pas, eh bien ce n’est qu’une illusion. Parce que l’homme occidental est vaniteux, il veut faire croire parfaits et totalisants les systèmes qu’il fabrique, et il veut se croire lui-même à la hauteur de la perfection totalisante de ses propres systèmes. Mais l’homme (surtout occidental) n’est jamais à la hauteur de ses propres idéaux ! Car ses tares trouvent toujours des brèches où se nicher. Et ses imperfections, plus il les nie, plus elles le rattrapent.

Dans un monde où dominent intellectuellement le New-Age et l’übris hippie en tant que doxa, ce New-Age et cet übris hippie cessent d’être développés volontairement, c’est-à-dire de manière intelligente, par les individus intégrés dans le système en place. Vu que cette idéologie, qui est paradoxalement une idéologie de la liberté, demande à être strictement suivie (et non plus contestée), elle se retrouve ironiquement suivie par les seuls suiveurs – c’est-à-dire les mentalités serviles… tout le contraire du surhomme nietzchéen ! Ces derniers, par définition, ne se mêlent pas de s’approprier, de vivre activement, de participer en tant qu’ hommes nouveaux, au mode de pensée en vogue qui prône l’avènement d’un homme nouveau, parce que pour cela il leur faudrait un minimum d’esprit critique – chose qui leur reste à jamais inaccessible s’ils acceptent que des vérités leur soient imposées d’en haut. Pour faire son trou dans cette utopie libertaire mécanisée(la contradiction interne saute aux yeux), c’est-à-dire privée de son sens originel, auquel on veut que l’homme participe, mais où en réalité l’humain n’a pas sa place, l’individu social est obligé de se comporter, de plus en plus, de manière typiquement bourgeoise (autrement dit : pharisaïque, hypocrite). Paradoxalement, encore une fois. Et cela il le fait instinctivement, pour sa survie.

L’homme accompli, celui qui serait à même de composer avec ses semblables une armée de clones à l’intelligence artificielle, formant ce système total que nous décrit si brillamment Baudrillard, il n’existe donc pas. Ou alors très-exceptionnellement – lorsqu’il est véritablement devenu le surhomme Nietzchéen, a.k.a celui qui dit « oui » au système en toute connaissance de cause et en conscience. Cependant il est à jamais impossible – pour des raisons pourtant évidentes, mais qui échappent bêtement à tous les esprits totalitaires – de faire de l’exception (de celle-ci comme des autres) une règle ! … même si faire de l’exception une règle est ce à quoi aspire le plus profondément l’homme occidental de culture chrétienne, lui qui voudrait idéalement que tout-un-chacun se comporte comme Jésus.

C’est sur ce point précisément que Nietzsche se trompait lorsqu’il prophétisait la venue de l’ « Ère de l’homme nouveau ». L’homme qu’il appelait nouveau, en réalité, a toujours existé, mais comme une minorité pensante, celle qui pense contre la masse bêlante des suiveurs. L’intelligence ne s’est jamais développée, de toute éternité, que par réaction. Ce qui à jamais empêche de penser que les hommes nouveaux puissent un jour faire masse à leur tour, et imposer un consensus, et ne plus rencontrer de troupeau bêlant auquel s’opposer.

L’homme est un mouton, de toute éternité, car il a besoin de l’être pour survivre. Et c’est pour cela que le Christ est éternellement seul face à l’adversité.

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Merci à Prolo de la Lite qui a joué le rôle de sourcier dans cette affaire…