L’arbitraire de l’usage m’a donné la vie

Ci-dessous vous lirez une réponse au billet d’humeur de Xix : / Prière pour la conservation du bobo / où il est question des expressions langagières : « Con » et « Bobo ». Ces deux insultes, selon l’auteur, sont menacées bientôt de ne plus rien signifier, en vertu de ce qu’elles étaient à l’origine-même dépourvues de sens profond. Il faut croire donc à le lire que ce n’était que justice.

Prière pour la conservation du bobo

[A lire en préambule sur le site où il se trouve, naturellement.]

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Je vais essayer de rendre le plus brièvement possible les scrupules qui m’assaillent à la lecture de cet article… Car je vois que personne d’autre n’en a à part moi. Il faut donc – au nom de je ne sais quelle idéal en lequel personne ne croit plus -, que je me dévoue. On pourrait composer là-dessus tout un traité, et cependant je ferai, rassurez-vous, le plus court possible, car je n’ai aucun intérêt personnel à éclairer le monde de mes lumières, dont au demeurant tout le monde se fout bien.

Sachez, chers camarades, qu’y a un problème de nature quasiment morale dans le fait-même que l’auteur de cet article suppose qu’un mot, et plus encore une insulte, telle que « con » ou « bobo », doive à tout prix comporter une signification absolue, constitutionnelle, à la manière d’un concept philosophique en langue allemande (ou d’un article de loi), pour toucher sa cible et valoir la peine d’exister.

Cela revient à considérer que les mots ne sont rien moins que des chiffres, et que les phrases sont en quelque sorte des équivalents de code-barre. Je vais essayer d’éclaircir ce point le plus simplement possible pour que cette assertion ne passe pas uniquement pour un mot d’esprit – ce qu’elle est aussi – mais soit comprise également dans toute son effrayante profondeur potentielle : au premier degré.

Un exemple seulement. (Car c’est le seul qui tout de suite me vienne à l’esprit, et aussi parce qu’il est aisé de le traduire en langage logique : en « chiffres »). Voyez à cet égard les double et même triple négations dont on usait et abusait dans l’ancien temps pour tenir des propos en apparence tout simples, des propos qui se seraient fort bien accommodés de la forme positive… La double négation, passe encore [« Je ne suis pas mécontent »] : elle équivaut bel et bien à la forme positive en ce qu’en mathématique /moins/ fois /moins/ égale /plus/. Mais la triple ? Dans le cadre notamment de ce qu’on appelle la prétérition, qui est /l’art de faire semblant de ne pas dire quelque chose que l’on exprime en fait/, il y a des cas ou des formes privatives sont employées comme à tort, alors que rien n’indiquait du point de vue de la signification brute de la phrase qu’elle fussent nécessaires. Il y a des fois où l’on trouve réellement des dénis, des défenses et des refus de dire les choses positivement, qui sont comme en trop dans le langage châtié de nos pères, et c’est à s’y casser la tête lorsqu’on est soi-même de cette race inférieure – sans tact et sans discrétion – des logiciens de nature.

Lorsque nous lisons des ouvrages écrits dans cette langue châtiée et scrupuleuse, à la fois clairement consciente d’elle-même, et légèrement enfloutée des circonvolutions nécessaires à la politesse et à la pudeur, que parlaient nos grands-parents, (cette langue qu’on appelle le Français, et avec laquelle Balzac a pourtant écrit ses romans dits « réalistes », qui sont le modèle du Roman pour la terre entière), on s’aperçoit d’une chose qui ne sautait nullement aux yeux de nos aînés, mais qui est susceptible de nous choquer nous (pauvres enfants déracinés que nous sommes de la niaiserie positiviste à l’américaine)… Cette langue, outil pourtant affuté (comme peu le sont) pour servir son objet (: dire l’âme humaine), utilisant non (comme aujourd’hui c’est de cas) des illusions et des pièges rhétoriques, mais réellement des /signifiants/, cette langue donc plus apte que, peut-être, jamais Verbe humain ne le fut, à traiter des choses terriennes les plus complexes, des vibrations les plus subtiles et profondes du sentiment, lorsque nous l’observons à la loupe du professeur Tournesol (comme nous savons si bien le faire aujourd’hui), lorsque nous disséquons le détail étonnant et comme pervers de ses expressions vivantes, nous nous apercevons alors qu’il s’agit d’une langue en apparence beaucoup plus approximative.

Le caractère vivant des vieilles expressions langagières conventionnelles, semble même tenir beaucoup à la qualité approximative en question de leur constitution. Ce qui relève de la convention est toujours un peu arbitraire, or qui dit arbitraire dit pas totalement logique.

*** Petit clin d’œil au lecteur. N’oubliez jamais qu’il y a des gens qui haissent l’ARBITRAIRE au point où ils s’en font les persécuteurs jusque dans les subtilités les plus cachées de la langue, et sachez qu’en France, ces gens-là, s’ils ne sont pas la majorité, sont au moins au pouvoir. Il y a de cette particularité intellectuelle, ardemment révolutionneuse, et par-là même coupeuse de tête, dans la définition-même de l’esprit français. ***

Ce caractère de légère imperfection dans la logique interne de la constitution des expression vivantes, qu’elles soient ramassées en un seul mot à la fois bien senti et bien pauvre et rendu par-là-même comme impossible à interroger (telle qu’est l’insulte de : « con »), ou composées d’une périphrase précieuse, à la fois alambiquée et débile, qui colle aux dents… ce caractère inattaquable, car piégeux, qui rend stupide celui qui pense pouvoir rendre l’expression stupide rien qu’en la désossant, justement parce qu’elle échappe à la raison… mais c’est à proprement parler : le triomphe de l’usage !

C’est parce qu’il heurte l’étymologique, la grammaire, la syntaxe, la naïveté des enfants, la morale des pudibonds ou tout simplement le bon-sens, que l’USAGE touche à son but comme une flèche experte.

Une fois que l’une de ces compositions langagières en apparence mal branlée – en réalité lourde de tout un poids de non-dits charriés dans sa course – est lancée dans le feu de l’usage, c’est son grain d’illogisme – son grain de folie – qui semble conférer au mot davantage de force de cohésion, et donc de réalité. Ainsi un train chargé à bloc lancé sur des rails tire de sa pesanteur-même une vitesse supplémentaire qu’on appelle la force d’inertie.

Le poids d’un non-dit – un non-dit est nécessaire en ce qu’il prouve l’indicible -, c’est le poids du sentiment et de la pudeur. C’est le poids du cœur, comme à la pesée des âmes égyptienne. Et ce poids de l’absence, du manquant, qui pourrait paraître infime à des infirmes du sentiment, à des moins-que-rien, qui engendre l’apparence d’imperfection de la surface visible du monde de la langue, mais qui est la seule vraie perfection à notre portée dans ce domaine lorsque nous en maîtrisons les effets, il faut peut-être y voir une analogie avec le poids de la matière noire dans l’univers, qui est dit-on le poids de ce qu’on ne voit pas, et qui paraît-il est bien supérieur au poids de ce que l’on voit. Celui-ci serait, à ce que certains scientifiques en disent, responsable de la force de gravité.

La gravité qui est contenue en creux dans l’impuissance constitutive des insultes, on ne la sent que si l’on a un cœur. Mais si l’on n’a pas de cœur, on ne comprend rien.

C’est la réalité-même que recouvre l’expression « avoir un cœur » (expression terriblement impuissante – comme c’est le cas de toutes les grandes et belles expressions – lorsqu’elle est regardée sans cœur, c’est-à-dire lorsqu’elle est disséquée à la loupe du professeur Tournesol et ainsi rendue à sa triste matérialité verbeuse) qui est en jeu ici.
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COMMENTAIRES :
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  • Notre bon Steppenwolf – bravo à lui car c’est lui qui a la plus longue ! – vient d’assommer le débat par la longueur de prose. Je propose au CGB d’adopter une résolution qu’on pourrait baptiser « Loi Steppenwolf » et qui limiterait à 20 lignes maximum en prose tout commentaire, ou alternativement 40 lignes mais en versification régulière, type sénaire iambique avec césure possible. Pour avis des mâles alpha du CGB…

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  • Plusieurs projets de loi ont été étudiés par le comité de rédaction. A vrai dire, la taille des commentaires est déjà limitée, mais nous ne pouvons rien contre la tactique employée ici du commentaire saucissonné et livré en plusieurs fois, entrecoupé de […]. Nous ne pouvons compter que sur la délation d’honnêtes et attentifs citoyens comme vous, Anonyme. Merci.

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  • Si tu as quelque chose à me dire, ou des coms à supprimer, tu n’as qu’à le faire franchement, au lieu de créer des commentateurs fantômes pour te donner la réplique.

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  • Ah ! Je reconnais Léstat sous cette paranoïa… Léstat, c’est toi ?
    Bon, un peu d’humour Steppenwolf. Moi, les commentaires longs ne me dérangent pas (j’ai une molette sur ma souris qui me permet de les faire défiler). J’avoue avoir essayé de vous répondre avant d’abandonner : non seulement je ne suis pas certain de vous avoir saisi, mais en plus je ne vois pas bien comment vous rattachez votre réflexion à ce que j’ai pu faire ou dire.

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  • Oui, bien sûr que je suis Lestat. Cela va de soi. ^o^

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    Pour ce qui est de comment ratacher ma réflexion à la vôtre (qui serait plutôt une cogitation : a.k.a l’art d’agiter des idées et de les frotter les unes aux autres en pensant produire de la lumière), je vais prendre la peine de vous aiguiller un peu.

    Tout votre article consiste à essayer d’établir des définitions correctes des mots « bobo » et « con » – des définitions susceptibles d’être universellement acceptés du type de celles qu’on écrirait dans un équivalent français de l’Urban Dictionnary. Le fait est que vous n’y parvenez pas. Mais qu’en déduisez-vous ?

    Pour ce qui est du mot « con », on sent bien que vous ne l’affectionnez pas, aussi s’il en vient à perdre toute saveur et toute férocité à l’emploi, ce n’est pas vous qui le pleurerez. La légende que vous inscrivez sous la photo de Guy Bedos, à cet égard, est claire. C’est elle d’ailleurs qui m’a fait tilter en premier. On sent là-dedans chez vous un certain esprit de caste à la Cabu, « anti-beauf », qui est plutôt disgracieux.

    En revanche, vous demandez à ce que, malgré son égale insignifiance (à vos yeux), le mot « bobo » soit : « sauvé ». En effet, un terme insignifiant pour pointer du doigt des gens insignifiants… c’est une chose qui a le mérite de faire ton sur ton. Pourquoi ne pas s’en satisfaire ?

    Sauvé de quoi, me demandais-je alors ? Sauvé de ce qu’à votre sensibilité émoussée, les termes « bourgeois » et « bohème » accolés ne représentent pas en soi une insulte ?

    […]

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    […]

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    Je vous ferai remarquer que « Bohème » fut en soi d’abord une insulte, les Bohèmes étaient des gens de mauvaise vie, oscillant entre les bas-fond de Paris et le grand monde, des putains, des drogués, toutes sortes de gens qui vivaient en pique-assiette, qui s’enorgueillissaient d’avoir connu Untel, qui mouraient jeunes, ne laissant rien, perclus de maladies vénériennes et de mauvais alcool, et qui lorsqu’ils faisaient des enfants les laissaient pourrir dans le caniveau faute de famille et d’argent. Ces gens, qui n’eurent de postérité que celles que des auteurs qui ne vivaient nullement comme eux voulurent bien leur faire, reprirent nihilistement à leur compte le terme dont les bourgeois usaient pour les désigner. Le plus grand des « Bohèmes » à ce que relatent les mémoires de la vie parisienne du XIXe, fut un certain Murger, qui contrairement à bien des grands hommes véritables, eut un monde fou à son enterrement. Comme il avait été toute sa vie un parfait narcisse, cynique et égoïste, comme il avait mangé à tous les râteliers, tout le monde chanta sa gloire sur le moment mais il n’avait aucun ami véritable, aucun vrai familier. On s’amusa beaucoup à ses obsèques, et puis aussitôt enterré il fut oublié.

    C’est un manque de culture caractérisé que de ne pas comprendre la pique féroce cachée dans cette juxtaposition contre-nature : bourgeois et bohème. Posez-vous la question de ce qu’un Théophile Gautier, un Baudelaire, un Rimbaud (grands anti-bourgeois par excellence – et faux bohèmes) en auraient pensé, si vous ne me suivez pas…

    De même, on a l’impression de lire un Pierre Perret qui s’ignore, lorsque vous dites ne pas comprendre le caractère offensant en soi du mot « con ». J’entends d’ici le vieux féministe baveux s’écrier qu’une telle identification n’a pas lieu d’offenser qui que ce soit car le sexe féminin est une fleur de chair qui embaume (et tout le tintouin). Juste répugnant.

    Pour conclure, une petite histoire édifiante en guise d’illustration :

    Imaginez un cercle d’amis ancien et fraternel. Au milieu d’eux se trouve un tempérament faible et envieux, qui arrivé à un âge où il faut faire des choix, tourne le dos à ses idéaux de jeunesse pour suivre quelque bas intérêt. Il devient riche et refuse assistance et soutien au plus démuni de ses camarades. Quand celui-ci s’aperçoit de quelle genre de personne est devenu son vieux compagnon, faute de mieux, il lui lance cette impuissante injure : « Pauvre con ! ». Alors le traître fait la nique à son interlocuteur en tenant le raisonnement suivant :

    _ »Pauvre con », qu’est-ce que cela veut dire ? Peut-on faire injure à quelqu’un en l’accusant d’être pauvre ? La pauvreté n’est pas une infamie en soi. D’ailleurs je ne suis pas pauvre, en quoi cela me concerne-t-il ? Mon offenseur est plus pauvre que moi ! … Quant à me traiter de con, j’en suis bien aise : j’aime beaucoup les cons, les chattes, les femmes et tous leurs attributs naturels. J’en aurai plus que celui qui m’insulte !

    L’autre s’avance d’un pas et lui met son poing dans la gueule. Qui a raison ?

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    C’est plus clair, et ça confirme la sensation de quiproquo que j’ai pu avoir. Il me semble que vous m’avez scrupuleusement compris à l’envers. Je n’ai justement pas l’impression de marteler une définition « correcte », absolue et universelle de ces noms d’oiseaux. Je procède au contraire par circonvolutions, façon d’admettre que ces notions sont changeantes avec le temps et que leur dénomination peut s’émousser. Comme vous dites, un « bohème » n’a pas la même connotation en 1800 qu’aujourd’hui, tout comme un « artiste », que l’on préférait éviter d’avoir dans sa famille à une époque alors qu’aujourd’hui c’est le must.
    Et c’est bien mon propos : le « con » dans un film des années 50 ou 60, ou le « con » de Coluche, me semblent plus précis et incisifs que « le con » d’un Bedos, d’un Christophe Alévêque ou d’un Guy Marchand (que j’ai déjà entendu employer le mot avec grande pédanterie lors d’une interview). Leur « con » à eux est un flou artistique derrière lequel ils hébergent leur propre connerie. La ficelle est usée. Celui qui continue à faire un sketch sur « les cons » aujourd’hui arrive trop tard, tout comme quelqu’un qui, en 2015, croirait blesser son ennemi en le traitant de « bohémien ! » viserait à côté et n’aurait pas saisi que la perception générale de ce terme s’est déplacée.

    Vous comprenez ensuite que « bobo » est insignifiant à mes yeux, alors même que mon article est une réhabilitation du terme. Titre : « Prière pour la conservation du bobo » ! et pourquoi donc demanderais-je à conserver le terme, sinon parce que je le trouve ENCORE signifiant dans un contexte où je crains qu’on l’évince, qu’on le remplace, qu’on le remise ? Comme le dit un commentateur, on entend désormais des choses comme « on est tous le bobo de quelqu’un d’autre », « on l’est tous un peu à un degré divers », façon de dire que la désignation ne vaut rien puisqu’elle s’applique à n’importe qui… Eh bien non, on n’est pas tous le bobo de quelqu’un d’autre ! Le bobo est une mentalité précise. Et si le terme ne résonne plus assez à vos sens, laissez-moi prendre ma machette pour le tailler et vous le planter à nouveau dans l’oreille. C’est tout. Et à vous lire, j’ai l’impression que vous plaidez exactement dans le même sens.

    « On sent là-dedans chez vous un certain esprit de caste à la Cabu, « anti-beauf », qui est plutôt disgracieux » => là je ne comprends plus ! Bedos n’est-il pas la parfaite version « one man show » de Cabu, ayant consacré sa carrière à épingler le même beauf, imaginaire à 80 %, raciste basique et si français ? A ce titre, égratigner Bedos devrait vous convenir. Zut à la fin ! Si votre ancien ami vous a mis son poing dans la gueule, ce n’est pas ma faute après tout.

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  • Oui, zut, messieurs ! En matière d’insulte, veuillez consulter cette référence universelle avant de prétendre ! (http://www.culturalgangbang.com/2014/12/lart-menace-de-linsulte.html )

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    _ « façon d’admettre que ces notions sont changeantes avec le temps et que leur dénomination peut s’émousser. »
    Ce qui s’émousse, ce ne sont pas les mots. Sans quoi il suffirait d’inventer novlangue pour rajeunir la langue. Or penser qu’il suffit de prendre des mots neufs pour dire des choses neuves, c’est un peu comme penser que la chirurgie esthétique rajeunit.

    Ce qui est émoussé c’est la vitalité du causeur, de celui qui écrit : c’est son envie de dire quelque chose de signifiant.

    _ « Comme vous dites, un « bohème » n’a pas la même connotation en 1800 qu’aujourd’hui »

    Et que veut-il dire, ce mot, aujourd’hui ? Veut-il dire quelque chose de nouveau ? Quelque chose qui soit totalement étranger au XIXe siècle et à ses conventions bourgeoises ? Mais le mot « bohème » suppose la convention bourgeoise, il en a besoin pour exister ! Comme l’ombre a besoin de la lumière.

    La raison pour laquelle on ne comprend plus le sens du mot bohème, la raison pour laquelle il a perdu de sa causticité, ce n’est pas parce qu’il est ancien, c’est parce qu’aujourd’hui les bourgeois ne veulent tellement plus être appelés des bourgeois, que le mot « bourgeois » en a été privé de sa signification. Plus exactement, ce mot est devenu inutilisable en la compagnie des bourgeois car il renvoie désormais chez eux à un véritable tabou.

    On prétend aujourd’hui chez les bourgeois que les conventions bourgeoises n’existent plus, qu’elles sont passées d’actualité (c’est cette prétention vaine à constamment « choquer les conventions bourgeoises » qui caractérise aujourd’hui la bourgeoisie). Mais en réalité, ces gens en sont tellement plein, de leurs « conventions », qu’ils ne connaissent plus que ça. J’en prends pour preuve que ces gens n’ont jamais d’idées à eux susceptibles d’être interrogées et discutées : essayez seulement de reformuler leurs propos politiques avec d’autre mots que les leurs, ils ne les reconnaissent jamais.

    Ils n’ont jamais en lieu et place d’opinions personnelles et de goûts, que des codes, des codes qu’il faut posséder pour demeurer en leur compagnie ou bien être regardé avec effroi et exclu. Or c’est cela la vraie définition profonde de la bourgeoisie : la culture du préjugé.

    Je pense qu’il faut voir dans ce phénomène que je vous explique, de la bourgeoisie post-moderne qui ne veut ni dire son nom, ni même le reconnaître, la plus grande source de maux intellectuels de la société française actuelle. Nous vivons sans doute dans la société la plus bourgeoise qui ait jamais existé, car la plus matérialiste, la plus près de ses sous, la moins idéaliste, la moins généreuse depuis la Création.

    La raison pour laquelle « Bohème » est un mot qui a perdu de sa force, ce n’est donc pas parce qu’il est démodé, c’est au contraire parce que l’univers de sens auquel il appartient est devenu tabou tant il juge notre monde d’un œil sévère.

    Si les bo-bo pouvaient se souvenir littérairement de ce que veut dire le mot Bohème, s’ils étaient capables d’aller voir ce que signifiait l’adjectif « bourgeois » pour un dandy comme Théophile Gautier, s’il avaient pour comprendre de telles choses l’honnêteté suffisante (« Comprendre c’est égaler » a paraît-il dit Raphaël), et s’ils avaient encore le brin de dignité, de sens de l’honneur nécessaire pour se juger eux-mêmes, leur cervelle se mettrait à bouillonner tant et si bien qu’ils devraient choisir entre perdre volontairement la raison ou cesser d’être ce qu’ils sont : d’immondes bourgeois égoïstes, valets du capital hypocrites, pas même protecteurs de leur propre famille (ce qu’était encore l’humble et borné patriarche de la famille bourgeoise traditionnelle).

    […]

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    […]

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    A ce propos, nos Bo-bo ont tout de même emprunté une part de leurs us et coutumes à la Bohème historique : la drogue, le laisser-aller général, la fainéantise, l’égoïsme prétentieux de se croire original, la recherche à tout prix du plaisir, même dégradant, et bien souvent aussi l’absence de piété filiale, l’abandon de l’éducation de leurs enfants aux bons soins de « l’égalité des chances républicaine » (autant dire du hasard du caniveau).

    Donc, pour bien enfoncer le clou, j’affirme en dépit de vous que sisi, « Bourgeoisie-Bohème » est forcément un terme à connotation dix-neuvièmiste, qui nous renvoie forcément aux intérieurs cul-cul la praloche des vaudeville de Feydeau, au poème de Rimbaud, aux rodomontades de Baudelaire contre les bourgeois, à la chanson mensongère d’Aznavour (.. etc.), ce qui fait que les termes qui la composent ne peuvent pas avoir changé de sens depuis 1800, puisqu’au contraire ils supposent une nostalgie un peu niaise de ceux qui l’emploient pour cette période de l’histoire. Ce dont témoignent d’ailleurs les prénoms dits « anciens » que les gens de cette génération donnent à leurs enfants.

    C’est juste la haine du sens, mêlée d’acculturation, qui caractérise notre époque, cette moutonnerie terrible des gens qui n’ont pas le temps de penser parce qu’ils bossent, conjuguée aux frileux efforts des « mentalités ârtistes » et des « modernoeuds » – qui ont toujours peur de dire quelque chose de sensé – pour se rendre spirituels en disant des énormités, c’est juste cette société pleine de lâcheté et de fainéantise intellectuelle, qui anesthésie le terrible potentiel de nuisance de cette expression à l’égard précisément de ces deux castes, masse finalement assez homogène de fades gens.

    _ « Et c’est bien mon propos : le « con » dans un film des années 50 ou 60, ou le « con » de Coluche, me semblent plus précis et incisifs que « le con » d’un Bedos, d’un Christophe Alévêque ou d’un Guy Marchand (que j’ai déjà entendu employer le mot avec grande pédanterie lors d’une interview). »

    Encore une fois, le mot lui-même n’est responsable de rien. C’est l’âme qui est malade.

    _ « Leur « con » à eux est un flou artistique derrière lequel ils hébergent leur propre connerie. La ficelle est usée. »

    Les plus beaux des hôtels peuvent héberger des cons finis. Faut-il pour autant démolir ces hôtels (autels) ?

    La ficelle est usée, dites-vous… Quelle ficelle ? Celle de l’humanité ? – Je n’achète pas cette conception.

    Encore une fois, ce n’est pas de créer de nouveaux mots cousus de ficelle neuve qui changera quelque chose à la bêtise de ceux qui ne les comprennent pas.

    _ « Celui qui continue à faire un sketch sur « les cons » aujourd’hui arrive trop tard, »

    En vertu de quoi dites-vous ça ? L’humour réside rarement dans le sujet lui-même… En général il doit tout à la façon dont il est traité.

    _ « tout comme quelqu’un qui, en 2015, croirait blesser son ennemi en le traitant de « bohémien ! » viserait à côté et n’aurait pas saisi que la perception générale de ce terme s’est déplacée. »

    Ha ha ! Que vous êtes donc superficiel ! Les vrais héros s’amusent tout seul ! Qu’importe la (supposée) « perception générale » quand on sait parfaitement bien soi-même ce que l’on dit ?

    […]

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    […]

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    Soit votre ennemi ne se sent jamais offensé par les insultes d’autrui que lorsque « la perception générale » a compris dans quelle mesure il était insulté, (que lorsque l’insulte a été entendue par des tierces personnes et reprise comme un bon mot) et alors votre ennemi est vraiment un moins-que-rien, il ne mérite même pas d’être votre ennemi, car il n’a aucun sentiment personnel de sa dignité, c’est une bite d’amarrage, une légumineuse : il indexe son honneur sur son niveau dans les sondages d’opinion.

    Ou bien votre ennemi a de la sensibilité, et il comprend fort bien tout de poids de pathos, tout le poids de « gravité », pour reprendre une expression précédente, que vous avez mis dans ce mot. Et alors vous partagez avec lui une certaine conscience supérieure de ses fautes, tel l’œil dans la tombe qui regardait Caïn.

    Mais soyons un peu pragmatiques, si vous avez un ennemi et qu’il vous prend l’envie de l’insulter en utilisant un mot que de sa vie il n’aurait jamais cru pouvoir être utilisé comme une insulte, si vous le faites bien, c’est-à-dire avec conviction, si le terme est bien choisi, qu’il renvoie à une certaine réalité sur lui que vous connaissez et qu’il sait que vous connaissez, il y a toutes les chances que l’effet de surprise – l’aspect « spirituel » de la chose – joue en votre faveur. C’est cela, (entre autre), qu’on appelle : « avoir de l’esprit ». Hum.

    Exemple : Vous êtes en rupture avec une petite amie. Vous cherchez à lui faire mal.
    Vous vous souvenez des nombreuses fois où il vous a été donné de la voir au réveil, dépeignée, habillée n’importe comment, avec ce qui lui avait passé par la main la veille au soir, et du mascara jusqu’au milieu des joues.
    Il vous suffit de faire une allusion (anodine pour quiconque d’autre qu’elle) à ces moments d’intimité partagée, et de la traiter de bohémienne (sous-entendu : prétendre avec un certain sérieux qu’elle est une personne sale, une « romano’), pour la blesser mortellement.

    Tout est dans la façon, le passif, et le contexte. Ce ne sont jamais les grossièretés qui blessent le plus.
    Imaginez que la fille soit d’origine roumaine… imaginez qu’elle soit d’origine roumaine par sa mère et que sa mère soit morte… Imaginez que sa mère ait réellement été une personne malpropre… Vous faites un strike. Si elle est dépressive, elle peut avoir envie de se suicider pour un « mot d’esprit » comme celui-là.

    Certes, il faut avoir un cœur pour comprendre toutes ces subtilités, je vous le concède.

    _ « Comme le dit un commentateur, on entend désormais des choses comme « on est tous le bobo de quelqu’un d’autre », « on l’est tous un peu à un degré divers » »

    En quoi est-ce faux ? Et en quoi ce fait dévalue-t-il l’expression ?

    Vous pouvez remplacer « bobo » par salaud. Ca reste vrai. Néanmoins, une telle chose, même dûment observée, ne justifie nullement qu’on ne comporte comme un salaud.

    Être un salaud serait-il la chose la plus banale au monde, cela ne retirerait pas son droit à la femme trompée de se plaindre de son « salaud », cela ne retirerait pas non plus au terme « salaud » son caractère insultant lorsqu’il est proféré à tort, et surtout, surtout, un salaud qui prétendrait avoir le droit de l’être parce que tout le monde en est plus ou moins un, serait doublement un salaud – ce serait la crème des ordures.

    […]

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    […]
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    « façon de dire que la désignation ne vaut rien puisqu’elle s’applique à n’importe qui… »

    Encore le même biais logique ! Ce qui s’applique à tout le monde lorsqu’on observe l’humanité dans son détail, avec philosophie, n’est pas pour autant dénué de valeur ou de sens. Par exemple, nous somme tous faillibles et mortels ; ça ne fait par pour autant de la mort et de la faillite des choses anodines.

    C’est seulement le monde est regardé par l’analyste d’un regard surplombant, en usant d’une grille abstraite, en cherchant à faire rentrer de force les gens dans des cases sans aucun égard pour les gens en question, qu’on peut dire que les « cases » en question sont surfaites. Mais c’est toujours l’âme de celui qui voit qui est jugée ici, non les dénominations qu’il emploie.

    _ »Le bobo est une mentalité précise. »

    Oui. Mais une mentalité qu’on est tous susceptibles d’avoir (en France du moins).

    _ »Et si le terme ne résonne plus assez à vos sens, laissez-moi prendre ma machette pour le tailler et vous le planter à nouveau dans l’oreille. »

    Vous n’y avez absolument pas réussi. Je ne sais pas plus ce que ce mot veut dire après vous avoir lu. Un seul passage est intéressant : c’est quand vous dites que le bobo est quelqu’un qui n’entretient aucune relation avec le matériel, ni avec le spirituel. C’est intéressant mais ce n’est absolument pas développé. On dirait que vous ne vous appropriez pas cette idée, que vous l’avez prise à quelqu’un d’autre.

    _ « là je ne comprends plus ! Bedos n’est-il pas la parfaite version « one man show » de Cabu, ayant consacré sa carrière à épingler le même beauf, imaginaire à 80 %, raciste basique et si français ? »

    Ce point est complexe à développer. Mais le fait est que vous dites exactement la même chose que Bedos en prétendant vous moquer de lui

    « Rien d’pu con qu’un con qui sait pas qu’y est con ! », on ne sait pas si c’est une phrase qui se moque des cons ou de ceux qui emploient le mot : « con ». Il semble que les deux soient réunis comme une seule et même entité dans son esprit, et qu’il joue à faire le con qui ne sait pas qu’il est con en disant que les cons sont ceux qui sont cons sans savoir qu’ils sont cons.

    C’est la vieille blague du Crétois dans laquelle vous nous piégez-là. ^^

    Sachez qu’elle est piégeuse, mais qu’elle ne résout rien.

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  • Pardon pour le « zut ». Je me suis emporté. Je… Je ne sais pas ce qui m’a pris…

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  • Angoissant, quand ça arrive sans crier gare.

    Supprimer

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    Steppenwolfy a des tendances à la somme, il les reconnaît lui-même. Mais à tout prendre, je préfère un long solo plus ou moins free sur un thème, un solo qui pose ses couilles sur le comptoir, plutôt qu’un commentaire à la con, genre énigmatique et sous-entendu, posé comme une crotte sur le trottoir d’un article (sortirai-je entier de ces métaphores débiles ?).
    Moi, ce que j’aime bien dans son truc, c’est l’idée qu’une langue (que dis-je ? la plus belle langue du monde, la nôtre) ne doive pas rendre de compte à la sèche logique ni à la rationalité à verre doseur. J’aime qu’une lange soit capricieuse, comme la belle salope qu’elle est, toujours à te poser des pièges que toi, gros balourd, tu enquilles comme à la foire ! J’aime qu’elle exige de ses amants (nous) une attention totalitaire, absolue, permanente, sous peine de passer pour un inculte, c’est à dire un gros dégoutant. Se servir d’une langue, merde, ça doit être plus compliqué et délicat que conduire une bagnole, avec régulateur de vitesse, air bag, anti patinage et GPS branché dans le fion ! Avec le français, tu es distrait un quart de seconde, tu te ramasses : le cauchemar des modernes, on comprend pourquoi. S’agit pas d’avoir passé sa scolarité collé au radiateur de fond de classe, de n’avoir jamais ouvert un livre et de prétendre, en plus, causer Molière dans le texte : le baragouin et le salmigondis sont là pour te servir de bagage, hé cancre ! Et comme le dit je ne sais plus quel con : entre un chômeur de longue durée et un chômeur de très très longue durée, la différence, c’est la maîtrise de la langue !

    (Ceci dit, Steppy, aucune chance que Xix crée un faux commentaire anonyme pour te dire d’aller te faire foutre, si l’envie lui en prenait. Tu connais mal le mec…)

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La liberté d’expression se révolutionne elle-même comme un nombril inutile et c’est bien

Woland a écrit une chose très juste. Il a énoncé une évidence qui crève les yeux, et même qui aveugle tellement elle est évidente… qu’il faut donc, sans calcul, dire et redire :

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Je l’ai dit 12509 fois déjà, mais la liberté d’expression si elle ne choque potentiellement personne n’est pas la liberté d’expression. Il n’y pas de liberté à se conformer à ce qui peut être dit sans provoquer la moindre ride à la face du lac sombre que le monde est en train de devenir. Les crevures […] qui nous expliquent que la liberté d’expression est ce qui est autorisé par la loi ont déjà perdu puisque n’importe quel législateur peut décider à tout moment d’interdire de prononcer le mot « pot de chambre », puis par extension « jules » et ainsi de suite par exemple.

Que cela soit clair, ce qui ne peut être formulé ne peut être pensé. Attaquer la liberté d’expression c’est réduire le champ de la liberté de penser et donc de l’intelligence. C’est supprimer tout débat et donc toute possibilité d’avancée mentale en étant convaincant. C’est la fin de la maïeutique. La supériorité de notre civilisation tient entièrement là-dedans, la possibilité de se libérer des tabous et des fétiches, la liberté de critiquer les dogmes et ainsi d’envisager les problèmes sous un nouvel angle et de pouvoir les résoudre. Si on vous coupe votre queue qui sent le fromage à chaque fois que vous vous demander si 2 et 2 font réellement 5, vous n’arriverez jamais à comprendre qu’en fait non, ça fait 4.

[…]

Il est particulièrement insupportable de vois ce gland de Pape du camp des saints expliquer les limites de la liberté d’expression en des termes parfaitement fallacieux. Si je critique sa mère et qu’il me met la main dans la gueule cela veut dire qu’il y a des conséquences à mon discours, pas qu’il est limité par autre chose que la peur et ou éventuellement la bonne éducation. La liberté elle demeure, j’assume le choix d’en user ou pas mais ce choix m’appartient.

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A présent, il est temps de démontrer par la grande porte
pourquoi le discours de Woland, bien que dépourvu d’erreurs, et totalement nécessaire par les temps qui courent, au regard des drames qui secouent la France, sera toujours accompagné du sifflement des foules et de l’aboiement des chiens.Voici ma réponse :

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Vous avez raison de dire cela. Il faut le dire et le redire !

Néanmoins, au nom de la liberté d’expression elle-même, il faut aussi regarder la face pile de votre pièce…

Songez seulement à cela : une nation qui censure les choses qui peuvent se dire et se penser (alors qu’elle punit à peine certains actes criminels), est une nation qui finalement accorde davantage d’importance à ce qui est dit et pensé que les autres, qui ne le font pas.

La censure, c’est encore un coup de projecteur accordé aux idées… une crispation collective contre certaines vérités, est paradoxalement le signe de ce que cette collectivité possède des vérités communes, qui lui sont chères… cette crispation autour des fruits de l’intelligence, c’est encore le signe de l’existence d’une civilisation autour des fruits en question (c’est la preuve qu’il existe un arbre autour du fruit ^^). Car ce qu’une civilisation a de plus sacré, on le sait, ce sont ses tabous… Dis-moi qui tu hais, je te dirai qui tu es.

[De même, un fond-diffus de racisme ou de xénophobie est le signe-même de l’existence d’un peuple en tant qu’entité distincte, possédant son corps-propre – et donc son propre système de défense immunitaire. Les étrangers qui nous reprochent notre racisme, en réalité nous reprochent notre prétention inouïe, sacrilège, à ne pas en avoir – pour des peuples plus primitifs, une telle prétention équivaut à l’übris le plus forcené… c’est un peu pour eux comme si nous leur disions que nous sommes des Dieux, mais que nous leur interdisions de dénoncer la chose… Ils nous haïssent, du coup, comme c’est pas permis, et c’est bien compréhensible ma foi. ^^]

Ces vérités bien-évidemment, on ne peut jamais les dire – et moins encore à l’étranger qu’en France, car avant que d’énoncer certaines vérités, si l’on veut qu’elles soient comprises dans leur densité initiale, il faut avoir des bases communes, c’est-à-dire des tabous communs.
Ou plutôt, ces vérités, vous pourrez sans danger les énoncer hors de votre nation, et vous serez fort bien accueil, on vous dira même que vous êtes spirituel : mais le fait-même que l’étranger puisse accueillir avec un sourire détendu les vérités que vous avez abreuvées de votre sang quand vous étiez dans votre pays, montre qu’elles ne sont pas des vérités pour lui au même titre (avec la même densité sentimentale) que pour vous.

C’est encore une fois la rencontre des interdits qui justifie la liberté d’expression – ce sont les interdits qui engendrent les libertés. Et c’est vous-mêmes qui l’expliquez dans votre texte ! Mais les implications dernières de tout cela, quasi personne n’est vraiment prêt à les entendre, même pas vous. Et c’est bien normal. Nous ne sommes que des êtres humains après tout.

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Au jour du grand défilé, y avait deux sortes d’absents. Les barbus, et les Cassandres.

Il y avait ceux qui étaient venus pour faire rendre gorge à tous les hommes qui avaient péché. Si on les laissait faire, la terre toute en-puretée, deviendrait bientôt semblable à la lune.

Il y avait ceux enfin qui, parmi le peuple des gentils français, s’étaient donné la peine plusieurs années durant, d’avertir les hommes en règne, des suites logiques de leurs dérives.

Mais… de quelle nature étaient-elles au juste, ces dérives du pouvoir, selon les opposants qu’il avait dans sa propre maison ?

Blasphème systématique ? Irrespect ? Absence de tabous ?

Les avertissements des « Cassandre », (alarmées qu’elles avaient été bien avant le drame, de ce qu’un tel drame pouvait advenir), portaient-ils sur un abus généralisé de toutes les libertés de la part du pouvoir ? Non curieusement, absolument pas.

Car réduire ainsi les Cassandre au silence, sans pitié ni ménagement, de la part du pouvoir en place, ce n’avait été faire la preuve ni d’un grand esprit de liberté, ni d’un véritable esprit d’ouverture, ni d’un véritable amour pour le dialogue…

Or quand on se targue d’être un pouvoir « tolérant » et ouvert au dialogue, il faut avoir les moyens de ses ambitions, n’est-ce pas ? Cela nous parle sans doute de la vanité inhérente aux trop grandes ambitions…

Ironie tragique du sort, des sauvages venus des déserts venait à présent reprocher à ces hypocrites un excès de libéralité.

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Les sauvages croyaient que les occidentaux n’avaient plus de tabous, simplement parce que des femmes belles, en occident pouvaient se montrer nues partout sans jamais donner l’impression de rencontrer le moindre tabou en face.

Pour le sauvage, tabou implique désir. Le sauvage ne sait pas qu’un tabou ça ne disparaît pas, ça se déplace… et que l’essentiel est invisible pour les yeux.

Le pouvoir occidental en place avait bel et bien encore des tabous – invisibles aux yeux des sauvages -, et ces tabous il entendait bel et bien les nier – les nier eux, et leur douleur, avec toute la violence qui s’ensuit. Ces tabous vivants étaient les Cassandres.

Les Cassandres étaient venues avertir le pouvoir du monde dit « Libre », que sa religion de la tolérance et de l’ouverture d’esprit était devenue une religion sectaire exactement comme les autres, avec son vocabulaire-propre et ses codes excluants, faisant d’elle un outil de plus pour opacifier le monde…. un outil d’aliénation, un outil de caste, ennemi des gens simples, hostile à l’intelligence des enfants, hostile aux cœurs aventureux.

Ils n’ont pas écouté les Cassandres venues avertir le monde dit « libre » qu’il en était venu à simuler la liberté, à faire des grimaces et qu’en réalité il n’était pas si libre que ça.

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Dans les rues, le lendemain du drame, parmi les gens qui peuplaient et animaient la France, deux sortes d’hommes manquaient, car ils étaient restés à la maison : les pires et les meilleurs, ensemble unis dans une même détestation du temps. Mais ils n’étaient absolument pas mus par les mêmes forces, ni par les mêmes raisons.

Moloch

Le paradoxe du Shabbat goy (ou du « bon esclave »)

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Quand j’étais petite j’étais comme une juive, je rêvais de Salomon. Le Roi juste. Je pensais que les bonnes personnes devaient régir les autres, et avaient le droit de posséder des esclaves. Je désirais secrètement, profondément, être une meilleure personne que les autres et posséder des esclaves. Je ne concevais pas qu’une personne issue de la base et accédée à la puissance rechigne à se créer une légende héroïque racontant que son accession à la puissance avait été écrite dans les étoiles et relevait du droit divin. Je concevais qu’on puisse créer des Dieux, pas que l’on ne veuille pas y croire. J’étais encore un enfant. Je possédais alors la mentalité antique. En sorte que j’ai aujourd’hui un souvenir de l’antiquité comme si j’y avais vécu.

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En grandissant dans cette volonté de devenir une personne meilleure que les autres, l’intelligence m’est venue d’une notion qui allait tout révolutionner mon monde antique, qui allait me faire accéder au monde moderne. Et si le Roi Juste avait des esclaves qui le servaient non uniquement par bêtise et par faiblesse, mais aussi et surtout pour la beauté de sa Juste cause ? [Comme c’est le cas notamment des Shabbat goy, qui servent les juifs par piété envers une religion qui, objectivement, ne peut les reconnaître que comme des inférieurs.] Dès lors, les esclaves de ce Roi ne vaudraient-ils pas mieux que ne vaut le Roi lui-même, qui, lorsqu’il défend son privilège d’exercer la Justice, continue de ne faire que défendre son intérêt-propre ? La servitude du « bon » esclave ne s’apparentait-elle pas, dès lors, à un sacrifice de son intérêt-propre sur l’autel de la Justice ? A partir de là, était-il encore dans le pouvoir du Roi de donner autant à la Justice – c’est-à-dire à Dieu – que son esclave ? Je ne crois pas.

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Dans une société où tous les esclaves n’aspireraient qu’à être des serviteurs de la Vérité, et se moqueraient bien, dès lors, d’en être les maîtres, aux yeux de Dieu chaque esclave vaudrait plus que le maître, et le maître serait le dernier des hommes et le moins aimé de Dieu. De quel droit, dès lors, un tel maître pourrait-il être appelé un Roi Juste ? De quel droit, dès lors, pourrait-il encore se réclamer de Salomon ?

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Un chaos bien ordonné

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Nous français, sommes – secrètement, profondément, amoureusement – grands amateurs de censure. Voyez ce qu’on étudie à l’école… Dès qu’il y a un grand homme de lettres, le professeur s’empresse de clamer : « A son époque, il a été censuré ! » – Et là, les cancres de relever la tête au fond de la classe, les bons élèves de pousser des aahh ! et des ooh !
Chez nous la légion d’honneur ne vaut rien, mais avoir été censuré par le pouvoir en place, ça c’est la gloire !

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« Dieudonné est-il une menace majeure à l’ordre public ? »

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Qu’est-ce que l’ordre public dans un pays de révolutions comme la France ?

En postulant (comme j’ai déjà fait par le passé) que du point de vue de la France, 1) la France soit le nombril du monde, 2) le monde soit comparable à un cyclone permanent,

–  La France vue par elle-même en termes symboliques, n’est-elle pas en quelque sorte le nombril ou l’œil d’un cyclone ? A quelle condition maintient-on la paix dans l’œil d’un cyclone ?

–  Si le bon-ordre de notre monde symbolique est un ordre mouvant (plus exactement, un ordre en révolution permanente), et que cet « ordre mouvant » est seul susceptible de garantir la paix sociale au sein du nombril du cyclone que notre communauté nationale constitue, comment fait-on chez nous pour garantir la paix sociale ? Des simples partisans de l’ordre le peuvent-ils seulement ?

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Notre peuple a pour tradition d’aimer tellement débattre, et refaire le monde, et ne rien prendre au sérieux, et se mettre sur la gueule, que lorsque surgit un vrai ennemi de ce peuple, il n’arrive pas toujours à s’unir contre lui. C’est déjà ce qu’il s’est passé avec les tribus gauloises lorsqu’elles n’ont pas réussi à s’unir contre Jules César. Si les plus romanisées d’entre elles étaient parvenues à identifier à l’époque qui était leur véritable ennemi, César aurait selon toute probabilité perdu la Gaule.

Aujourd’hui des gens qui n’ont objectivement aucune raison valable pour ne pas être dans le même camp, continuent de se lancer des injures – « fachos! », « idiots utiles! » – à la gueule, et ce pour des querelles idéologiques et philosophiques intestines, et des questions de fiertés, qui dépassent l’entendement.

Qui a réussi à fédérer une bonne partie de ces égarés – et notamment une bonne partie des plus égarés d’entre les égarés : les conspirationnistes -, et à les remettre dans la partie de jeu républicain ? Dieudonné avec son humour, figurez-vous !

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L’offre et la demande (air connu)

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« La parole publique est à l’antiracisme, le devoir de mémoire et tout et tout? On crée un effet ressort et on envoie des milliers d’antisémites dans des zénith. »

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C’est le principe-même de la création de l’offre et de la demande… C’est parce qu’on est sérieux avec l’antisémitisme dans notre pays (et qu’il semble même n’y avoir plus qu’avec ça qu’on le soit), que tout le monde a envie de rigoler avec. D’en faire un jouet pour l’esprit… un hochet.

Pour qu’il y ait demande, il faut encore qu’il y ait pénurie, n’est-ce pas ? C’est le manque de liberté en l’occurrence qui a engendré la demande de liberté. Non ?

Dans un monde où quand les gens parleraient, personne n’écouterait, parce qu’on mépriserait l’art du débat, effectivement la parole, parce qu’elle serait rare, retrouverait tout son prix. Mais ne serait-ce pas précisément parce qu’on ne serait pas libre de parler dans un monde comme celui-là, que la parole en aurait davantage de valeur ?

Ou bien préférez-vous un monde où l’on serait tellement libre de parler que la parole n’en aurait plus aucune valeur ? – N’est-ce pas de cela que nous souffrons en France, quand la philosophie nous est servie avec le cornflakes, comme un consommable parmi les autres, au petit-déjeuner ?

Dans un monde où il n’y aurait plus d’interdits, y’aurait-t-il encore une demande de liberté ?

Pour qui la liberté compte-elle le plus, si ce n’est pour ceux qu’on en prive ?

« Etre libre », est-ce un état ou un droit, croyez-vous ? L’état de liberté, pensez-vous qu’il existe de façon inconditionnelle, à l’état stable, dans un Etat de Droit ? Qu’est-ce qu’un homme libre qui ne serait pas un homme libéré, d’après vous ? – c-à-d qui n’aurait pas été libéré de l’emprise de qqu’1 ou de qq-chose ? Cette question n’est pas une blague.

De mon pt de vue, la liberté n’est pas quelque chose qui se possède. Par définition. C’est quelque chose qui se vole, qui se prend, qui s’arrache, qui se dispute, qui s’acquière avec l’effort… – qui s’acquière en réaction à une tyrannie, en réaction à une aliénation – quelle qu’elle soit.

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Le Moloch d’Aldous Huxley

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Orwell

http://www.juxtapoz.com/images_old/stories/2011/JXJan2011/Huxley/Orwell.jpg

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A l’origine, l’éducation, c’est ce qui permet à un cerveau de continuer à traiter l’information, lorsqu’il en est surchargé. C’est une grille de lecture, un décodeur, (bon ou mauvais, finalement peu importe) fourni par des maîtres, destiné servir de pierre de fondation à un esprit critique. Quand les pieds sont sur la pierre (c’est une métaphore pour dire : sur du solide), alors seulement la tête peut fonctionner.

La fonction originelle du professeur, c’est d’offrir à l’élève un point de vue sur le savoir, et par-là même de lui apprendre à en avoir un à lui. Il est celui qui apprend à l’élève ce qu’est le sens de l’histoire, ce qu’est l’histoire des idées, qu’elle ne s’est construite que par réactions successives, et que la politique est un débat, c’est-à-dire la contradiction des réactions entre elles, et que pour entrer dans ce débat (c’est-à-dire pour entrer dans la polis – dans la cité), il faut avoir un point de vue à soi.

Le professeur, c’est l’arbitraire social à visage humain. C’est l’information à visage humain.

Le cauchemar d’Huxley c’est l’information sans visage, c’est le monde de l’information qui se mue en moloch inhumain.

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Les professeurs devraient être là pour donner à leurs élèves les jalons (les repères) qui leur permettraient d’escalader la montagne de l’information (c’est-à-dire aussi celle de la connaissance).

Je constate hélas – comme tous les observateurs de bonne foi – le lent pourrissement de notre système éducatif. Nous ne pouvons que constater le fait qu’il ne fonctionne plus. J’ai pas mal écrit à ce sujet : pour certaines raisons personnelles, cela me déprime tout-particulièrement.

Je persiste à vouloir attribuer la responsabilité de cette déchéance à une certaine idéologie de l’égalité qui a tué tout élitisme dans l’enseignement. Tuer tout élitisme, c’est tuer toute exigence haute tant des profs vis-à-vis des élèves, que des profs vis-à-vis d’eux-mêmes.

Or éduquer, c’est élever, n’est-ce pas ? Elever est un synonyme de : tirer vers le haut. Celui qui n’est pas « élevé » lui-même, et n’a même pas la prétention de l’être, ne peut élever autrui. Cela coule de source.

Ce « point de détail » de l’histoire de la déchéance de la République : le fait que l’idéologie de l’égalité a renvoyé au poubelles de l’histoire tout élitisme républicain, est à l’origine la raison principale de mon goût personnel (particulièrement prononcé) pour l’élitisme.

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L’école de la République est en ruines, hélas. Il nous faut donc trouver des professeurs nouveaux, qui puissent nous préparer, comme de grands enfants que nous sommes, à affronter le monde sans repères vers lequel on va.

Nous les blogueurs de la réacosphère, nous proposons humblement et gratuitement à cette tâche ingrate, à votre service – comme au nôtre, d’ailleurs. :)