Rock around the norm

.

.

.

Dans une société de Droit, de paix et de police, (c’est-à-dire qui ne soit comparable ni au Moyen-Orient, ni au Far-West), seul compte au final qu’il y ait une norme admise, et que les autorités de cette société s’y tiennent. Ensuite il apparaît assez clairement que le degré de civilisation d’une telle société est proportionnel à la conjugaison harmonieuse de deux grands facteurs :

_d’une part la liberté laissée par les autorités aux individus de vivre en s’écartant de ladite « norme »,

_de l’autre la capacité de tels individus à s’écarter de cette norme sans pour autant perdre un certain lien de fidélité intellectuel infrangible à l’égard d’icelle. Cela, afin que la société ne tombe pas dans le chaos et la décadence, par laxisme, par excès de tolérance envers les déviances diverses. Cela aussi afin que la solidité de l’édifice social repose davantage sur l’intelligence de ses membres et leur sens des responsabilités, que sur leur crainte de la vengeance d’autrui ou des forces de l’ordre.

Bien sûr, pour qu’une telle alchimie opère, il faut que les dirigeants d’une telle société parviennent à célébrer conjointement, et le culte de la « norme », et celui de la liberté des individus à s’écarter d’elle (deux activités qui sont de natures contradictoires, bien sûr, mais qui lorsqu’elles se tempèrent l’une-l’autre deviennent deux grandes sources de bienfaits)… – Hélas, l’aspect purement législatif de la chose ne peut venir que dans une seconde mesure seulement, car la liberté n’est pas une chose qui se donne, n’est-ce pas, mais une chose qui se prend. De sorte que si le peuple d’une telle société ne possède pas « l’esprit » de la liberté, ce ne sont pas des lois qui le lui donneront.

Etre civilisé, c’est être avant tout intelligent, individuellement intelligent, c’est donc du travail et de l’effort, et une certaine éducation contraignante en amont : ce n’est pas suivre sa pente naturelle, ni aller par le plus court chemin vers la vérité. En vérité, la Vérité, une fois qu’on l’a synthétisée à l’état pur, ressemble toujours étrangement à l’extrémisme ou à la bêtise… Être très-civilisé (être un dandy), relève donc toujours plus ou moins de l’équilibrisme. Or l’équilibriste n’est pas celui qui a perdu le sens de l’équilibre, (qui est le sens du « juste milieu », du bien et du bon, de la « norme »)  mais celui au contraire qui l’a développé à son plus haut degré.

L’équilibriste intellectuel, ou celui qui se prend pour tel, lorsqu’il a perdu le sens de ce qui est « normal » et de ce qui est vrai, bel et bon, n’est plus ni un équilibriste ni intellectuel, mais un agent dissolvant, une cellule cancéreuse, pour la civilisation qui le fait vivre.

.

LA SEULE CHOSE INTERDITE .

Il y a quelques temps, j’avais commencé à développer une théorie selon laquelle peu importait, après tout, si seulement 1% de la population d’une société donnée vivait /stricto sensu/ en conformité avec la norme telle qu’elle était édictée par les prêtres (ou autorités équivalentes) de cette société… peu importait au final, pourvu que cette norme, tout le monde la reconnût pour ce qu’elle était et continuât de la célébrer comme telle.

Selon le même principe, qui est le principe de la non-représentativité des élites, Socrate demanda juste avant sa condamnation à mort à ce que les citoyens continuassent de le célébrer dans les Temples, sur l’acropole (c’est-à-dire dans le ciel des idées), comme un archétype du « citoyen parfait », même s’ils ne désiraient nullement, à l’échelle individuelle, imiter sa conduite et son mode de vie.

Ma théorie, à l’origine, je la faisais achopper ainsi : « La norme est comme un point donné sur une échelle de valeur, comparable au zéro sur une règle graduée, et ce qu’il ne faut pas, c’est déplacer le curseur de la norme »

Mais j’étais loin du compte encore… Et à vrai dire ma théorie ne résistait pas à un examen approfondi. Car après tout, s’il nous importe seulement de vivre dans une société « normée », c’est-à-dire une société régie par des règles fixes – donc susceptibles d’être discutées, critiquées et interrogées – peu importe au final où l’on situe le « zéro » sur la « réglette » ! Seul importe qu’il y en ait un !

Or le problème de la société post-moderne n’est pas qu’elle « déplace le curseur de la norme », mais qu’elle interdise de le situer ! En effet, si dans la société de nos anciens, le curseur de la norme était placé dans la crèche de Noël sous les étoiles entre le père, la mère, le petit Jésus et le Saint Esprit, après tout peu importait que la majorité des hommes s’en écartent… Les chrétiens ne sont-ils pas des pécheurs, après tout ?

Le problème, dans notre société actuelle, ce n’est pas que la norme ait changé de camp… On ne renie pas totalement l’imagerie sainte de la « Crèche », on ne l’interdit pas comme relevant de la déviance, on ne la pose pas comme étant « anormale »… Non, cette conception « tradi » de la famille existe encore et toujours dans l’imaginaire collectif. Elle est simplement accolée à d’autres, et posée comme étant leur égale. Elle n’est plus la norme, elle est une option parmi tant d’autres, sans qu’aucune possibilité de hiérarchiser entre ces options ne soit plus laissée possible au « consommateur d’options » lambda.

Le problème est plus profond et bien plus pervers encore qu’il n’en a l’air ! Le problème consiste en ce que nul petit enfant né dans les conditions « normales » d’une famille traditionnelle unie, n’est plus autorisé aujourd’hui à dire en classe, ou à la télévision, ou à ses petits camarades, que lui est dans la norme, tandis que les autres, dont les parents sont divorcés, ou de même sexe, ne le sont pas.

La société actuelle postule qu’une famille unie est égale à une famille déchirée/recomposée où bourgeonnent à chaque embranchement des couples homosexuels. Aujourd’hui, s’il n’y a plus de modèle familial, s’il n’y a plus de « norme »… ce n’est pas parce qu’on a autorisé plus de choses aux gens, c’est parce que la notion même qu’il puisse y avoir des « modèle » à suivre et une norme hautement désirable, lorsqu’on parle de construire un foyer, est devenue un tabou.

Or ce sont ses tabous, ses interdits, qui permettent de définir les limites d’une société (ses limites et par-là même ses frontières, donc sa « carte du territoire moral » spécifique). Connaître les lois de la nation où l’on vit, c’est d’abord connaître la liste de tout ce qu’elles n’autorisent pas. Où a-t-on jamais vu des législateur faire des listes de « choses autorisées » ?

Or la seule chose qui est interdite désormais, dans notre société, c’est de dire : « Ceci est la norme ».

.

« L’IMPORTAN ÇAI D’AIMMMÉÉÉE!!! » .

Il est intéressant de se demander ce qu’est « la douceur d’un foyer », en quoi consiste l’amour que les parents doivent aux enfants – et réciproquement… Car cette question ouvre des abîmes…

On part toujours du principe qu’il faut « désirer » l’enfant avant de le « faire », qu’il faut « être prêt », et « choisir » le partenaire, l’éducation et le moment. On sous-entend qu’il faut avoir une certaine « situation » financière stable aussi. Un foyer aimant serait donc selon la majorité des gens, un foyer « raisonnable », dont le mode de fonctionnement est entièrement maîtrisé en amont. En somme, une petite entreprise qui ne connaît pas la crise. A quel moment tout cela, au juste, nous parle-t-il d’amour ? – Encore une fois notre société hypocrite utilise ici le concept « vendeur » d’amour pour, de toute évidence, nous refourguer autre chose – qui n’a pas grand’chose à voir avec l’amour en définitive.

Or à présent, je vous propose de comparer deux cas particuliers :

Le foyer le plus aimant (le plus aimant pour ses enfants, mais pas seulement), est-il le foyer où l’on avorte de l’enfant qui vient lorsqu’il ne vient pas dans le contexte attendu, ou parce que l’enfant lui-même ne répond pas aux critères souhaités, ou encore parce que l’on considère que la « passion » qui a poussé le couple parental à forniquer n’est pas suffisante pour fonder un foyer, ou risquerait d’être éteinte si elle cessait d’être stérile… ?

Ou le foyer le plus aimant, le plus accueillant pour sa progéniture, est-il le foyer qui, lorsqu’une femme est tombée enceinte « par accident », alors que les parents n’attendaient pas de petit, ou même n’étaient pas encore en couple avant l’  « accident », a accepté courageusement d’affronter – à l’ancienne ! – ce grand inconnu qu’était « l’accident de parcours » ?

.

« MAIS POURQUOI DEVRAIS-JE CHOISIR ENTRE MON BONHEUR ET CELUI DE MON ENFANT ? HEIN ?!! »

_ Tout dépend de ce dont tu as besoin pour être heureuse, connasse.

_ Moi ? Juste un peu d’amour et d’eau fraîche !

_ Ah ? Bon. Bah c’est ok alors. Annule ce que j’ai dit, tu devrais pouvoir concilier les deux sans problème…

_ Nan, j’déconne… Moi j’suis une artiste, je n’suis heureuse que sur scène, de toute façon.

_ C’est ballot. Mais à toute chose malheur est bon : tu tiens la réponse à ta question, du coup.

.

Que penser alors du foyer qui a fait de ce qui à l’origine aurait pu n’être qu’une « pierre d’achoppement », sa pierre fondatrice ?

– Que penser de ceux qui ont changé leur vie, re-dirigé la course de leur vie pour leur enfant, pour le bien de cet enfant en priorité – avant que de songer au leur-propre ?

Comment qualifier leur conduite ?

Un mélange de respect docile, de laisser-aller  et de laisser-faire ? Sans doute. Mais de l’enthousiasme aussi, et de la curiosité, pour la vie qui vient ! De la piété, certainement, envers la grande aventure intimidante, que l’enfant ouvre de par sa venue au monde… Un certain sens du devoir, forcément : envers l’être humain qu’il sera, qui ne demande qu’à exister… – Mais peut-être aussi de la crainte. La piété n’est-elle pas faite de crainte ? La crainte de « manquer » un certain rendez-vous avec le Destin… La crainte d’une certaine Justice supérieure qui, si elle existait… et, même si elle n’existait pas, dont il serait si bon qu’elle existe…

– Il leur faut beaucoup d’inconscience diront certains, mais il leur faut de l’insouciance aussi… de l’optimisme ! et même de la légèreté !

– Je demande à tous : qui ne voudrait pas être né par légèreté ? Naître de Légèreté, n’est-ce pas déjà en soi quelque chose comme un signe de distinction, voire un titre de noblesse ?

– Quelle folie ne faut-il pas pour bâtir en connaissance de cause à celui qui doit naître, que l’on ne connaît pas, pour donner asile aux possibilités inconnues qu’il ouvre, un petit nid de fortune ? … bon gré mal gré, lui accorder la place en ce monde qui lui revient de fait (de fait et non de droit), selon des décrets qui nous dépassent ? – Qui jamais, simple mortel, fut rendu maître d’une telle folie ?

.

TANT QU’A CROIRE EN QUELQUE CHOSE…

_ On me dira qu’une telle conception est de nature religieuse. Mais si l’on part du principe que :

1) le psychisme humain a besoin de certitudes (le doute systématique, total, étant techniquement impossible ou engendrant des maladies mentales comme la paranoïa ou la dé-personnification) 2) une fois un certain degré de connaissance atteint, l’homme est obligé de se résoudre à savoir qu’il ne sait rien,

alors, il faut se résoudre à admettre qu’une part des certitudes psychiquement nécessaires à l’homme ne peuvent reposer que sur des croyances – éventuellement des croyances librement choisies, c’est-à-dire des actes de foi (étymologiquement : des déclarations de fidélité à certains principes).

A partir de là, s’il faut absolument fixer sa « fidélité» en quelque principe choisi (pour ne pas encourir le risque qu’elle se fixe tout seule sur des principes que l’on n’a pas choisis), comment ne pas choisir ce principe-là, du devoir envers les enfants, envers ceux qui n’ont pas le choix de ne pas nous aimer, envers la famille ?

_ On me dira qu’une telle conception est de nature religieuse. Mais je pourrai répondre aussi qu’elle est purement rationnelle. Le foyer le plus aimant est-il celui qui répugne à affronter les situations de crise, ou bien celui que la crise en elle-même a fondé, et donc fortifie ? Il n’est pas strictement religieux de poser cette question. C’est aussi une démarche politique. – C’est-à-dire qu’elle concerne en premier lieu la paix sociale et la paix des ménages.

.

BIENVENUE A GATTACA

Les meilleurs parents sont-ils ceux qui font primer leur devoir de parents sur la qualité intrinsèque de l’enfant ou ceux qui privilégient leur bien-être propre ? – Vaut-il mieux refuser à tous les coup d’élever un petit trisomique / un handicapé / un enfant dont les gènes le rendent susceptible d’attraper un jour le cancer / un enfant sans particularité attachante et sans génie, et s’assurer de n’engendrer que de jolis petits poupons roses et blonds, sains et riche, aux yeux bleus, doués en maths et aux dents éternellement blanches, qui vivront dans l’idée que s’ils avaient été laids et cons ils auraient été jetés à la poubelle ?

– Le critère le plus décisif pour fonder un foyer est-il réellement que les parents aient eu le temps et l’argent d’acheter l’attirail déco’ rose ou bleu de leur choix, et la grande maison avec jardin qui va avec ?

– Les meilleurs parents ne sont-ils pas ceux qui, quoi qu’il arrive, indifférents aux revers du sort, dans la joie comme dans la douleur, dans la richesse comme dans la pauvreté, élèvent l’enfant avec dignité, dans la dignité, et dans le respect de sa propre dignité ? – Faut-il transmettre aux enfants que lorsqu’on n’est pas riche, beau et intelligent, la vie ne mérite pas d’être vécue / on ne mérite pas de vivre ? – N’est-ce pas un peu « nazi » sur les bords, de penser comme cela ?

Au demeurant, le petit poupon idéal né dans une famille qui l’a commandé sur catalogue, même une fois devenu le « surhomme » désiré par ses parents (ce qui ne va pas de soi car l’homme est libre de décevoir ses parents, surtout quand c’est la dernière liberté qu’on lui laisse), ne préférerait-il pas que ses parents lui disent un jour : « même si tu n’étais pas « parfait », ou si tu étais « abîmé », nous t’aimerions et nous te soutiendrions quand même dans tes épreuves, car tu es la chair de notre chair », plutôt que : « si tu ne réponds pas à nos critères, de toute façon tu peux toujours retourner dans la poubelle » ?

.

L’OEIL D’ANTIGONE ETAIT DANS LA TOMBE, ET REGARDAIT CREON

Parlons franc, voulez-vous ?

Croyez-vous qu’une mère qui avorte simplement parce qu’elle n’avait pas « prévu » de tomber enceinte – c’est-à-dire parce que ce n’était pas dans ses « projets » (de vie ou de carrière) – c’est-à-dire non parce qu’elle ne pouvait pas élever l’enfant, mais parce que la chose lui est arrivée de façon « imprévue », sans qu’elle n’ait eu à cela son mot à dire, et qu’elle aime mieux « maîtriser le cours des choses » plutôt que de lui être soumise –, puisse jamais comprendre ce que c’est que le fait-même d’être une bonne mère ?

Etre une bonne mère, de toute éternité, est, fut et sera, un sacrifice. Qu’on ait prévu la chose ou non n’y change rien. – Un sacrifice, et non pas (seulement) un « plaisir », ou encore un divertissement, ou je ne sais quel « libre choix ».

Car une fois que l’on est mère, on perd à jamais la possibilité de ne l’être pas ! – même lorsqu’on a refusé de « faire le job », on continue de porter avec soi ce refus pour le restant de ses jours : c’est « aliénant » mais c’est ainsi. Il y a pour la femme un avant et un après le fait d’avoir donné la vie à un autre individu, car l’autre individu en question, s’il est en vie, aura toujours le droit de considérer sa mère comme étant sa mère, et s’il est mort, on ne peut pas pour autant lui dénier le fait d’avoir été, et d’avoir été engendré. Vieux vieux décrets. Respect dû aux morts, sépulture, tout ça…

C’est la loi de la chair humaine, qui ne sera jamais simplement de la chair, comme est celle du bœuf chez le boucher, à moins de vouloir finir à penser comme des ogres, comme des monstres, de bêtes pires que les simples bêtes. On ne peut rien changer à cela. Antigone voulait qu’on enterrât son frère, et sur ce point elle avait raison. La chair humaine, même celle d’un individu mort, ne peut être traitée comme n’importe quel déchet ordinaire. Les gens doivent se faire à l’idée que la nature nous contraint depuis les origines, et ce jusqu’à l’heure de notre mort, à nous soumettre à un certain nombre d’états de faits et de décrets arbitraires. La Nature ne respecte pas le Droit humain, mais elle en est la mère, puisqu’on a créé le Droit en réaction à la Nature, en réaction à ce qui en la Nature ne respectait pas l’homme.

– Tout cela fait qu’être mère est en soi un déterminisme, et si vous voulez même – étymologiquement – une « aliénation ». Tout cela fait qu’être mère est donc d’ors et déjà – en soi – une privation de liberté !

Oui, le cordon ombilical est un lien. Oui, même lorsqu’on a coupé ce cordon, un lien affectif indéfectible demeure entre la mère et l’enfant, donc, non, bien sûr, toutes les « aliénations » à proprement parler ne sont pas à combattre.

.

« AIMEZ SANS VOUS SACRIFIER », ou la nouvelle pilule qui fait perdre du poids sans régime.

Demandez à toutes les mères moyennement éduquées, d’origine populaire ou immigrées, de votre entourage, rencontrées dans une salle d’attente ou même dans la rue, demandez à celles que l’on n’a pas formées à s’autocensurer pour complaire à l’idéologie dominante, ou dont la langue de bois n’est pas encore suffisamment « au-point », demandez-leur en toute simplicité si être mère n’est pas un sacrifice ! – Pourvu que vous vous montriez simplement disposés à les écouter, elles se feront un plaisir de se répandre en plaintes et en protestations : elles vous diront sans vergogne combien elles voudraient davantage s’occuper d’elles-mêmes, se « faire plaisir », être libres, et combien leurs enfants et leurs maris sont cause de tous leurs maux, et vous entendrez leur interminable et perpétuelle litanie.

Cela n’est pas très esthétique, mais c’est la vérité, et c’est la vie. Il n’y aurait aucun mérite à faire ce qu’elles font si la formule : « C’est que du bonheur !» n’était pas mensongère.

Toutes les souffrances cependant, n’en déplaisent aux psychanalystes, n’ont pas à être « solutionnées », car la vie-même est une souffrance – la vie, quoi qu’il arrive, est une histoire qui finit mal. En prenant acte de cela, Schopenhauer ne pouvait mathématiquement pas se tromper. Toute personne, au demeurant, qui entreprend d’échapper au tragique constitutionnel de l’existence sera rattrapée par lui plus rapidement et plus sévèrement qu’aucune autre. A cela il y a, tous les observateurs de l’homme le savent, une sorte de loi supérieure, de fatalité.

Mais n’est-ce pas pour cela justement – et pour nulle autre raison –, aussi longtemps que les mères acceptent de couvrir leurs plaintes laides et honteuse de quelque sourdine cosmétique, et leurs récriminations sauvages de quelque voile de pudeur, que la fonction de mère est vénérable et belle ?

Les vraies belles et bonnes choses de ce monde ont souvent cela en commun qu’elles nous demandent, pour leur accéder, de payer de la privation d’une partie de nos potentiels. On ne fait pas de poussins sans casser des œufs.

Oui, je le dis clairement, aimer c’est se sacrifier. Ou du moins c’est être prêt à le faire. Etre une mère, c’est accepter de ne plus être une jeune fille. Etre des parents, c’est accepter de ne plus être des enfants. Eduquer c’est accepter de représenter l’autorité. Représenter l’autorité c’est accepter de devenir à son tour le garant de la norme. Et pour engendrer un homme intellectuellement libre, il faut auparavant lui imposer une enfance « normée », c’est-à-dire lui transmettre un certain nombre de préjugés, qu’à l’âge adulte seulement il sera autorisé à remettre en cause. Il n’y a rien au-delà de ça. On n’aime pas ses enfants par loisir ou pour y gagner quelque chose. Si l’on gagne parfois deux-trois bricoles à se dévouer à ceux que l’on aime, c’est que le hasard le veut bien. Mais il est assez courant que celui-ci ne le veuille pas. Ce n’est pas pour autant qu’on doive démissionner.

.

MATRONES CRUELLES, vampirisme, jeunesse éternelle, décadence.. etc.

Je vous demande à présent de songer une seconde à ces mères bourgeoises qui ne veulent pas voir leurs filles être enceinte trop jeune, sous prétexte de protéger leurs études et leur avenir de femmes « actives » et « libérées ». Représentez-vous cela dans un monde où vie active rime essentiellement avec servitude, et où il n’y a pas plus de femmes actives libérée en France qu’il n’y avait d’hommes libres dans les camps autrefois surmontés de l’inscription « Arbeit Macht frei ».

Songez à présent s’il vous plaît, faites-le pour moi, à l’ironie du sort qui veut que ces bourgeoises féministes aient eu elles-mêmes la plupart du temps une vie oisive et facile, aient eu accès aux plus hautes études et aux meilleures places en grande partie grâce à leur extraction sociale… Imaginez que ce sont ces femmes-là qui ont le front d’expliquer à leur femme de ménage que le travail libère la femme, tandis qu’elles sirotent tranquillement un thé au jasmin, bien confortablement assises devant un catalogue de papiers-peints et moquettes murales hors-de-prix.

Ces femmes nanties, protégées depuis l’enfance de bien des réalités, en un mot naïves, à la strate sociale desquelles appartinrent l’écrasante majorité des féministes les plus influentes, ces femmes, lorsqu’elles ont travaillé (ce qui n’est pas toujours le cas!) auraient encore pu choisir de ne jamais le faire (pour elles, travailler était un divertissement et une option!). Qui est encore dans leur cas aujourd’hui ? Paris Hilton et consoeurs, peut-être ? Je ne sais même pas si Paris Hilton n’est pas finalement +/- contrainte de vendre son image pour faire de la pub aux hôtels de son père…

Car ces « jeunes personnes », bonnes bourgeoises françaises, qui ont rejoint autrefois MLF et compagnie, étaient alors inconsciemment protégées par l’ordre patriarcal bourgeois qui tenait encore debout à cette époque, aussi elles ont toujours eu la possibilité de se marier avec un homme fortuné… – et, le fait est que beaucoup ont suivi cette voie toute tracée du mariage bourgeois… en se plaignant beaucoup, certes, mais sans poser de problème à personne, bien au contraire, puisqu’elles ne faisaient que suivre un phénomène de mode, ce qui ne pouvait que les rendre au final plus prisées et plus désirable en leur temps !

.

LE TRAVAIL REND LIBRE, surtout les pauvres.

A présent, quelle femme inactive, sans profession connue, sans cursus particulier, sans activité « créatrice » ou humanitaire de façade, et sans « plan de carrière », à moins d’être une riche héritière (et encore!), peut se contenter de se marier aujourd’hui à un homme et d’en vivre, sans passer +/- pour une pute ? Il n’y a plus grand’monde aujourd’hui parmi la gente féminine, du bas en haut de l’échelle sociale – en-dehors des milieux tradi-catho (et autres communautés religieuses, sectes diverses et Islam compris) – pour se vanter de bénéficier du statut symbolique de : « mère au foyer ». Surtout lorsqu’il ne s’agit pas de participer au concours de la mère de famille la plus overbookée de la famille la plus nombreuse (et la plus religieuse). On préférera toujours dire que l’on fait autre chose que d’ « être maman », même si l’autre chose n’est qu’un simple hobby ou une couverture.

Il faut voir à cela une excellente raison : le travail (sous-entendu le travail rémunéré, « professionnel », issu d’un « cursus », ayant des implications sociologiques clairement « pistables », recouvrant des « objectifs » et des « projets » clairement exprimables en langage entrepreneurial et administratif et dûment recensés quelque part), LE TRAVAIL est devenu la nouvelle religion de notre société auto-proclamée libre. C’est seulement à l’aune de la classification fournie par le monde_du_travail que vous êtes désormais autorisé chez nous à répondre à la question : « Qui êtes-vous ? ». Cette question n’est d’ailleurs plus admise que sous la forme suivante : « Que faites-vous dans la vie ?» Au-delà de ça, on vous renvoie aux médecins – en rééducation mentale pour être plus précis. Arbeit Macht Frei, donc.

.

RATIONALISATION DE LA TORTURE, (de : tripalium, tout ça…)

Songez un instant que les femmes qui ont élaboré la critique de la société patriarcale ont connu – pour celles qui sont encore en vie – l’époque du plein-emploi, et se sont vues proposer durant leur jeunesse des professions aussi diverses que gratifiantes, sans jamais encourir le risque de s’user la santé à des métiers dangereux, mal-payés et ingrats (par ex : serveuse de bar la nuit à moitié « au black », ouvrière dans une industrie utilisant des produits chimiques dangereux, caissière de supermarché/femme de chambre de Novotel en proche banlieue parisienne, hôtesse d’accueil debout en talons sur le pavé, prospectus en main devant un commerce quelconque, payée en fonction du nombre de visiteurs « accrochés ».. etc.).

Or ces métiers auxquelles les « femmes libérées » de la génération de mes parents ont eu accès, même ceux les plus prisés, qui font encore rêver la jeunesse – journaliste, pubard, cadre sup’, « créatif » – ont à peu près tous perdu aujourd’hui bonne part de leur intérêt intrinsèque à cause de la vaste entreprise de « rationalisation des tâches » qui sévit dans à peu près tous les secteurs (surtout dans les secteurs où beaucoup d’argent est investi), cela conforté par le fait que le taux de chômage élevé pousse les employés à accepter de montrer toujours davantage de soumission aveugle à l’ordre établi pour conserver leur place.

Nous vivons une situation de crise fort profitable à ceux qui exploitent le travail d’autrui, mais où les travailleurs, surtout dans le tertiaire, sont devenus des clones, aux qualifications floues, tous interchangeables, dans la mesure où l’actuelle organisation bureaucratique, hyper-hiérarchisée, débilitante du travail, (où il faut rendre des compte pour tout, où l’on ne développe plus que des projets dont l’intérêt doit être immédiatement visible, c’est-à-dire des projets à court-terme) a à peu près éliminé toute possibilité que les atomes rémunérés qui habitent les grandes villes développent désormais de vrais savoir-faire, c’est-à-dire des savoir-faire sur lesquels leur paie serait indexée. Par extension cela leur interdit de jamais se rendre véritablement indispensables, ce qui veut dire utiles à la société en tant que personnes, et non comme simples maillons d’une chaîne qui pourrait se passer d’eux.

Les employés d’aujourd’hui qui ont du mal à s’appeler eux-mêmes des « travailleurs », peut-être parce que, contrairement à l’ouvrier, ils ne tiennent jamais entre leurs mains le résultat de leurs efforts, sont maintenus constamment en grande compétition par le taux de chômage élevé, et cet état de fait ayant miné définitivement quasi-tous les anciens systèmes de solidarités entre les travailleurs (sans parler des demandeurs d’emploi qui sont les nouveaux « intouchables »), les ambiances au travail dans notre pays sont devenues de véritables poisons. L’air y est pour ainsi dire devenu irrespirable pour les âme sensibles ; on y porte des masques pour se protéger de la nuisance d’autrui.

Est-ce pour qu’elles aient accès à toutes ces réjouissances sans nombre que ces mémères-la-morale emperlouzées qui nous servent le féminisme à toutes les sauces de leur repas copieux, empêchent leurs filles de se reproduire ? Est-ce pour qu’elles puissent avoir l’honneur de vivre cela que, fortes de leur pouvoir de matrones, elles se permettent de stériliser à volonté des jeunes femmes qui sont souvent majeures, comme on ferait pour des animaux de compagnie, comme on ferait en Suède pour des cas-sociaux ou des handicapées ?

.

QUAND PLOUTOS DECIDE DE QUI DOIT VIVRE et de qui doit mourir

Songez à présent à ces mères qui n’ont rien à foutre de sérieux de leurs journées, à part éventuellement de la charité ou du militantisme… et demandez-vous pourquoi en général ce sont ces femmes-là (et non la « mama » italienne de la banlieue dégueulasse de Naples) qui n’envisagent jamais qu’elles pourraient fort bien, en tant que grand-mères, s’occuper elles-même de l’enfant à naître, en attendant que la jeune maman finisse ses études et mûrisse… Songez seulement que ces grosses vaches égoïstes mettent en danger la santé physique et mentale de leurs filles, simplement au final pour préserver leur propre liberté de ne rien foutre… Songez un peu qu’en l’espèce, elles sacrifient un enfant, (l’enfant d’une femme jeune et en bonne santé, qui aurait donc toutes les chances d’être en bonne santé lui-même, qui recevrait sûrement un héritage culturel et financier, qui serait entouré, aimé et gâté), et le libre-arbitre de leur progéniture – pourtant déjà majeure dans bien des cas ! – à leur fainéantise, à leur effrayante grégarité, à leur conformisme inconscient et au plus cruel des égoïsme… !

– Mais la fille enceinte, pense-t-on jamais dans ces cas-là à la consulter honnêtement au sujet de son propre devenir ? Ne lui demande-t-on pas son avis que dans la seule mesure où l’on sait pertinemment qu’elle suivra – elle aussi, à son tour – aveuglément son intérêt matériel (et accessoirement sa peur d’être rejetée) ? … – Mais peut-être bien que la fille enceinte, au fond, préfèrerait tout plaquer pour devenir une mère ! Qu’en sait-on ? En le secret d’elle-même, peut-être bien n’accepte-t-elle d’avorter que sous la contrainte familiale et sociale ? Peut-être a-t-elle peur qu’on la traite mal : comme une fainéante et une éternelle mineure, si elle arrêtait ses études ? Peut-être a-t-elle peur d’être exclue et regardée de travers à son école, si elle s’y rendait avec un gros ventre ? Peut-être n’ose-t-elle pas penser ce qu’elle pense de sa mère et par extension de la société toute entière ? A sa place, dans sa position vulnérable, et sans éducation politique digne de ce nom, oseriez-vous ?

Songez-vous que ces filles, qu’on destine – mais que c’est ironique ! – à être des « femmes libérées » sont en l’espèce rendues semblables à des esclaves antique, car la réalité de leur situation est qu’elles ne gagnent pas assez d’argent elles-mêmes pour qu’on les consulte sérieusement au sujet de leur propre droit à engendrer et à fonder une famille ? …

Maintenant ajoutez ce petit détail qui tue : la mère est généralement mue en-dessous de tout cela, par une peur panique de se voir vieillir – de devenir grand-mère – en laissant sa fille grandir et devenir adulte à son tour… Ajoutez ce petit point de détail et là, je pense que vous avez en main de quoi dresser un joli petit panorama de l’abjection dont il est question ici.

.

LE DROIT A L’AVORTEMENT ICI N’EST MEME PAS REMIS EN CAUSE

Par souci de clarté, je précise que je suis personnellement contre l’interdiction systématique de l’avortement. Plus encore, je vous le dis sincèrement, si j’avais été enceinte d’un trisomique, je ne sais pas si je l’aurais gardé. Je pense juste que l’avortement est une pratique lourde d’implications morales, inquiétante car de nature eugéniste, et qui en tant que telle, ne doit certainement pas être prise à la légère, et nécessite d’être strictement encadrée. Notamment parce que sa banalisation pourrait aisément donner lieu à des dérives fascistes.

Le droit à l’avortement ici n’est même pas remis en cause. Simplement, ce que j’aimerais qu’on interroge, ce sont les critères de sélection mis à l’honneur dans notre société au moment de décider de qui doit vivre et de qui ne le doit pas.

Si l’on ne voit pas qu’on sacrifie trop souvent sa progéniture à venir, en Occident, parce qu’on n’a pas encore rassemblé autour de soi toute la panoplie consumériste du « bon parent » en situation familiale idéale, selon l’avis de la Confédération Internationale des Boutiquiers, d’Uncle Ben’s, de L’Association pour sa Santé Bucco-dentaire, de Cosmopolitan, de Maison&Travaux, et d’après les diverses fictions tendance qui nous vantent un certain « standard » de vie à crédit, alors on ne voit rien.

Le fait est que ceux qui avortent sont trop souvent ceux qui précisément ne le devraient pas, et cela pour une raison qu’il est très facile d’expliquer tant elle coule de source. Je l’emprunte à Nietzsche, quand il se faisait la réflexion suivante au sujet de la peine de mort (reformulation de mémoire) :

Si un homme voulait mourir sur l’échafaud parce qu’il se jugeait indigne de la vie, alors sans doute cet homme-là serait-il celui qui paradoxalement mériterait le moins une telle punition.

Selon la même logique, avorter parce qu’on pense que l’on ne parviendra pas à rendre son enfant heureux, c’est encore posséder le souci de rendre son enfant heureux – et même dirais-je, le posséder à un très haut degré, à un degré nettement plus haut que la moyenne… Or, vouloir de toute force rendre son enfant heureux, c’est tout ce que l’on demande à un bon parent. On ne lui demande pas de faire de promesses à ce sujet, ni même d’apporter des gages de sa réussite. Ni surtout d’être en mesure d’acheter à l’enfant tout ce que l’enfant veut. Un parent qui se retrouve ruiné, à faire des ménages, pour nourrir son enfant, se retrouve sans doute par-là même en situation de transmettre à cet enfant une sagesse importante, au moins il lui donne un exemple très beau et très convainquant, concernant le sens de la vie et plus encore le sens du Devoir. Personne au-delà de ça n’a jamais trouvé la recette infaillible pour fabriquer un homme heureux.

Je conçois par exemple très bien qu’une jeune fille violée veuille avorter, et je ne me hasarderais jamais pour ma part à prétendre qu’il faille absolument le lui interdire : cela doit être vraiment très difficile d’élever dignement le rejeton d’un traumatisme, d’une terrible colère et d’un profond dégoût. Cet état de fait ne m’empêchera jamais pour autant (bien au contraire, même) d’admirer la femme qui possède la force en elle, la force d’amour gigantesque, pour faire une telle chose, c’est-à-dire pour ne pas se venger sur l’enfant du violeur, du violeur lui-même. Car il en va ainsi de toutes les grandes choses : elles ont toutes été, à un moment donné, statistiquement parlant, en plus grand péril que les choses « petites » et « ordinaires », de ne pas être.

89463688_o

Publicités

Le lointain et le prochain

Philippe Muray a fait remarquer qu’aujourd’hui l’homme occidental avait une passion pour le lointain, telle que son prochain pouvait crever la dalle dans la pièce à côté sans qu’il ne s’en émeuve outre-mesure.

Voilà qui à première vue rend les Évangiles caduques. Pour Jésus le grand tort originel des hommes n’est-il pas de ne toujours penser qu’à leur gueule ? Et ne leur dit-il pas qu’ils seraient de meilleurs gens s’ils allaient se saigner aux quatre veines pour le bien-être du premier galeux venu ?

C’est ainsi du moins qu’on s’accorde aujourd’hui de tous côtés à interpréter la parole du Christ. D’ailleurs, une lecture rapide des Evangiles nous amène facilement à de telles conclusions. Pourvu qu’on ait mauvais fond ou qu’on soit mu par de mauvaises intentions, on n’y trouve jamais qu’une exhortation à s’aller faire trouer la paillasse au nom de principes abstraits qui ne nourrissent personne.

Quand on songe aux origines de notre décadence actuelle, que bien des réacs aujourd’hui identifient à une maladie morale auto-immune spécifique aux peuples les plus fortement imprégnés de christianisme : l’exotisme d’un Châteaubriant, les rêves d’Orient d’un Nerval, d’un Flaubert, l’universalisme exalté d’un Diderot, on songe volontiers que nos grands hommes se sont offerts, pour leur plaisir, le luxe d’un voyage en esprit hors de leurs préjugés de caste et de leurs barrières culturelles, et nous ont laissé à nous, leurs héritiers, de payer le billet retour. Alors que les anciennes voies de la civilisation sont désormais en partie détruites, que nous sommes exilés, asservis, dans un monde où la France d’où nos Pères sont partis conquérir le monde, n’existe pour ainsi dire plus, alors que nous sommes déjà bien moins riches, la possibilité d’acheter le billet-retour en question ne va pas de soi – d’autant plus que ces Pères, bien loin de nous languir d’eux, parce qu’ils nous ont laissé tant de dettes, nous les haïssons secrètement.

J’ai entendu dire que la France était morte désormais, et que c’était tant mieux. Car l’universalisme à la Française ne pouvait mener l’Occident qu’à sa ruine : en dispersant ses force-propres au service des forces de ses ennemis… en encombrant ses bras, alors qu’ils devraient être en train de manier le bouclier et l’épée, de soucis moraux par trop luxueux, dont ses adversaires se passent fort bien… en crucifiant, enfin, pour dire les choses crûment, la civilisation elle-même sur la croix qu’elle vénère.

Voilà ce que j’entends partout, chez les gens qui réfléchissent. « Jamais on n’a été aussi chrétien qu’aujourd’hui en Occident ! » Voilà ce qui chez ceux qui craignent de voir l’Occident mourir, semble aller de soi.
.

**************************************************************

Moi, ce que je voudrais qu’on fasse, c’est qu’on étudie un peu au cas par cas ces gauchistes qu’on dit porter la croix du Christ sur leurs frêles épaules… Je voudrais qu’on observe pour de bon les ressors qui meuvent ces gens supposément trop-excellents, qu’on postule alourdis par un héritage catho excessivement pesant. Je voudrais qu’on se penche un peu sur la nature réelle de ces hommes de gauche dont leurs adversaires politiques soutiennent qu’ils se saignent aux quatre veine au bénéfice de leurs ennemis. Font-ils vraiment cela ? Bigre ! Sont-ils alors vraiment des saints ?

.

Chez les RESF

Monsieur et madame X. sont des militants d’extrême gauche, ils ont derrière eux deux vies consacrées au militantisme écologiste, au syndicalisme et à la pédagogie (sur la ligne de Philippe Meirieu). A présent qu’ils sont à la retraite, il aident, avec RESF, des Roms à s’installer en France et à obtenir des papiers.

Que Jésus a-t-il dit ? 5.43 Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. 5.44 Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis*

Qui monsieur et madame X. considèrent-ils comme leurs ennemis ? – Certainement pas les Roms ! Accepteraient-ils qu’on leur dise qu’en aidant les Roms, ils aident des gens qui les haïssent profondément et qui détruiraient volontiers, s’ils le pouvaient, leur civilisation et tout ce qu’ils aiment ? Non, ils ne l’accepteraient pas ! Dès-lors, peut-on dire qu’en aidant les Roms, ils ont ce mérite plus-que-parfaitement chrétien d’aimer et d’aider en connaissance de cause ceux qui sont de toute éternité leurs ennemis ? Non, bien-évidemment.

.

Chez les Antifa

Tels jeunes gens sont des « Antifa », des chasseurs de skins. Ils se disent « de gauche », c’est-à-dire pour la tolérance et contre l’intolérance. En conséquence de quoi on les voit se déplacer en meute dans les banlieues des villes, des barres de fer à la main, car ils sont à la recherche des intolérants pour leur casser la gueule.

Cela, ce sont les paroles de Jésus : Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? 5.47 Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même? 5.48 Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.
Quand Jésus parle ainsi, ce qu’il fustige, c’est la grégarité, n’est-ce pas ?

Or qu’y a-t-il au monde de plus grégaire qu’un Antifa ? L’Antifa, au nom de sa lutte pour la tolérance, ce qui est un comble, s’accorde tout à lui-même, y compris le droit d’intolérer, et refuse tout, jusqu’à ses droits les plus élémentaires d’être humain, à celui qu’il considère comme l’ennemi de sa conception pour le moins socialement codée (cabalistique, pourrait-on même dire) de ce qu’est la tolérance. Si cela n’est pas le comble de l’hérésie !

Avez-vous seulement déjà vu un Antifa serrer la main à un skin pour lui dire bonjour ?

.

F. Hollande vs E. Todd
.

http://www.dailymotion.com/video/xjz0gs_todd-vs-hollande-ko-en-moins-d-une-minute_news

Hollande : La vraie identité du Parti Socialiste, et des socialistes européens, puisque pour faire l’Europe il faut quand même le faire avec d’autres, c’est d’organiser un continent capable d’assurer l’échange, parce qu’on n’est pas là simplement pour empêcher les plus pauvres que nous de faire venir leurs produits, parce que si c’est ça le protectionnisme, pas pour nous ! Parce qu’est-ce que ce serait comme conception, finalement, de la solidarité à l’égard du Sud, si par rapport à des produits fabriqués par le Sud…

Todd : Ça c’est la rhétorique habituelle de gauche pour ne rien faire !

Hollande : Non ! non ! Je pense que c’est quand même très important de défendre…

Todd : …de défendre le sous-prolétariat indien, c’est vrai. Mais ça n’est pas ce qu’attend votre électorat.

Hollande : Enfin ! Je suis désolé, mais je crois qu’on a aussi une mission internationaliste, on n’est pas là, simplement, pour être des protecteurs de nos propres…

Todd :…citoyens !

.

Osera-t-on prétendre, chez les réacs&companie, qu’un François Hollande, lorsqu’il défend les intérêts des chinois ou des indiens au lieu de défendre ceux du peuple qui l’a élu à la Présidence de la République, osera-t-on dire que François Hollande en l’occurrence se conduit d’une manière « trop-chrétienne » ?!

  • Mais à ceux-là qui oseront prétendre une telle chose, je les renvoie encore une fois à la parole de Jésus : Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. 5.44 Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis

Qui sont les vrais ennemis de monsieur Hollande ? Sont-ce les chinois ou les indiens, en vérité ? Que nenni ! Ses véritables ennemis, ceux qu’il a réellement lieu de craindre, ce sont, en vrac : l’UMP, le FN, ses rivaux du PS, les électeurs qui ne le rééliront pas.. etc.

Les chinois et les indiens – surtout ceux qui trempent dans la Phynance internationale – apprécient sans doute davantage la politique de monsieur Hollande que ne l’appréciera jamais aucun français. Ce sont donc peut-être eux, figurez-vous, ses seuls et derniers amis.

  • Bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent,

Qui sont ceux qui haïssent François Hollande, le maltraitent et le persécutent ?

– LES FRANCAIS bien sûr ! – Les français qu’il devrait pourtant, en dépit de cela, au nom du Christ, aimer.

CQFD

  • 5.46 Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? 5.47 Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même?

A présent revoilà le grand passage des Evangiles contre la grégarité.

Savez-vous seulement comment fonctionnent les partis politiques comme le PS ? Ils fonctionnent en vase clos. Les gens de gauche ne discutent qu’entre gens de gauche, et ne font la guerre qu’entre eux également. Ils ne fréquentent pour ainsi dire JAMAIS leurs véritables opposants. Et c’est bien-là l’un de leur plus grand tort, et sans doute l’origine primordiale de leur grande « déconnexion » des réalités.

Au PS, comme dans tous les partis politiques, c’est le grand règne de l’entre-soi.

A présent pourquoi un nul tel que François Hollande a-t-il été choisi par ses pairs pour être mis à la tête du PS ? Pas parce que c’était le plus intelligent, ni parce que c’était celui qui avait le plus d’idées personnelles, bien au contraire. La raison pour laquelle François Hollande se retrouve aujourd’hui à cette place qui ne lui convient pas, ce n’est pas parce qu’il est très-aimé et très-aimable, mais parce qu’il est suffisamment insignifiant, « politique » au sens négatif du terme, c’est-à-dire doué pour la cautèle, pour ne jamais s’être fait trop d’ennemis dans son propre parti. Si François Hollande se retrouve chef de l’Etat actuellement, c’est donc précisément parce qu’il est l’être grégaire par excellence !
.

***

.

Melle X. a  des parents qui sont des Citoyens du Monde. Ils n’ont jamais mis d’argent de côté pour lui financer ses études mais ils ont des rêves plein la tête. Elle entend des « réacs » dire que les gens de gauche pèchent à force de trop ressembler à Jésus. Vu de l’extérieur, peut-être cela paraît-il vraisemblable, ou logique, puisque les gauchistes ont tendance à prendre la défense de gens qui sont effectivement les ennemis de l’Occident. Cependant les parents de Melle X. n’aiment pas trop entendre parler de l’Occident : ils se considèrent en effet avant tout comme des Citoyens du Monde.

Melle X. de son côté n’a pas vraiment l’impression d’avoir été élevée par de dignes héritiers de la parole de Jésus, puisque lorsqu’il lui est arrivé de parler de Jésus à ses parents, ils se sont moqués d’elle avec leurs amis, ils l’ont tournée en ridicule et lui ont dit qu’elle faisait sa crise d’adolescence.

Melle X. ne ressemble pas à ses parents. Parfois – souvent, même -, en Occident, des parents engendrent des enfants qui ne leur ressemblent pas. Ce n’est pas la règle générale de par le monde, mais ça l’est presque chez nous. Ce n’est pas si étonnant, si l’on y songe, pour des gens qui placent le libre arbitre et le droit de disposer librement de soi-même au-dessus de tout. Il faut bien se souvenir que l’Occident s’est construit sur cette idée primordiale que devenir un Homme-réalisé, pour un individu, consistait à se faire l’égal des demi-Dieux antiques, l’égal d’un Ulysse, en affrontant et en vainquant les divers déterminisme qui l’aliènent – ce que les anciens appelaient le Fatum.

Melle X. est à proprement parler « différente », simplement parce qu’elle est indépendante d’esprit. Mais ne lui a-t-on pas toujours dit par ailleurs qu’il fallait absolument être « différent » pour être quelqu’un de bien ? Ce n’est pas par esprit de contradiction qu’elle est devenue indépendante d’esprit, bien au contraire. Si elle est devenue un beau jour un esprit libre et anticonformiste, c’est avant tout parce que ses parents de gauche lui ont toujours appris qu’il fallait l’être. Pourquoi à présent qu’elle a réalisé ce vœu que ses parents avaient autrefois formulé pour elle –  qu’elle soit douée d’esprit critique – faut-il qu’elle en souffre autant ?

Jésus aussi a dit avoir souffert non parce qu’il avait été désobéissant à ses maîtres, les prêtres et les Prophètes, mais au contraire parce qu’il avait trouvé le moyen d’obéir à leurs lois bien mieux qu’eux-mêmes ne savaient le faire.

Melle X. a parfois eu l’impression, bien qu’elle soit leur fille biologique et légitime, que si elle se mettait à penser franchement différemment de ses parents, ils ne la regarderaient plus du tout comme leur enfant, mais comme une étrangère.

Car la véritable famille de monsieur et de madame X., c’est leur famille politique.

Cela lui est déjà plusieurs fois momentanément arrivé avec eux. Après coup on effaçait tout, y compris ce qu’elle avait dit, et tout recommençait comme avant, on retournait dans le mensonge sirupeux et rose… Ce pourquoi elle a souvent préféré revenir sur ses propos et laisser la place au doute, plutôt que de persévérer dans ce en quoi son cœur croyait… C’est ainsi qu’elle a pris l’habitude de laisser à répétition le poison du doute systématique saccager tous ses maigres efforts de construction personnelle.

Melle X. est à présent quasi constamment plongée dans un doute métaphysique très profond, dans lequel elle abîme son esprit et se perd. Et elle fait cela afin de conserver un semblant de lien affectif avec sa maman. Pour que sa maman continue de la regarder comme avant, comme sa digne héritière et son enfant prodigue. Hélas, cela ne lui vaut rien. Elle fait l’enfant, elle joue les convalescentes, pour ne pas faire peur à sa maman, mais en jouant à cela, elle redevient peu à peu pour de bon une enfant, et devient peu à peu réellement malade…

Il ne fait pas bon être l’ennemi et l’Etranger métaphysique de ces gens-là.

Depuis qu’elle exprime des opinions un peu divergente des leurs, cependant qu’elle habite encore dans la maison de ses parents, Melle X. est l’objet de dénigrements constants et on la traite comme une enfant et une malade, alors qu’elle est pourtant majeure depuis peu. Melle X. ne trouve pas d’emploi car dans la région où elle habite il n’y a pas d’emploi pour les jeunes. Melle X. dit qu’il faut protéger le Made in France pour sauvegarder des emplois en France, mais quand elle dit cela ses parents lui font les gros yeux.

Ses parents se disent inquiets pour la santé de Melle X. qui s’enferme dans sa chambre, ne fait rien comme tout ne monde et ne suit aucun chemin balisé. Pour les rassurer, Melle X. a accepté d’être suivie par un psy, chez lequel elle se rend toutes les semaines.

Melle X. a confié au psy qu’elle écrivait sur le net. Elle lui a dit qu’elle fréquentait un forum d’obédience catho d’extrême-droite et qu’elle se faisait un peu maltraiter par ces gens-là. Elle a donné pour explication d’un tel phénomène, que ces gens étaient issus de milieux très différents du sien. Ayant reçu une éducation toute-différente, ils ne peuvent pour la plupart pas comprendre son parcours à elle, et ses motivations. Elle a aussi justifié sa persévérance dans une telle voie en arguant qu’elle préférait encore cette maltraitance-là à celle dont elle était victime dans sa propre maison. A la différence de ses parents, ces gens étant des étrangers et originellement des ennemis, leur mépris et leur méchanceté – à eux – est au moins partiellement défendable.

Elle a dit enfin que ses ennemis avaient au moins le mérite de ne pas lui dire que ses propos étaient dénués de sens, et de parler le même langage qu’elle. Alors que les parents de Melle X. ne lui laissent jamais ne serait-ce que développer ses idées : ils s’arrêtent au vocabulaire.

Le psy a froncé les sourcils, il s’est gratté la tête, et il a demandé à Melle X. : « Mais enfin, pourquoi restez-vous à fréquenter ces gens, puisqu’ils vous détestent ? » Melle X. a répondu en citant les Evangiles :

5.43 Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. 5.44 Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, 5.45 afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. 5.46 Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? 5.47 Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même? 5.48 Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.

Le monsieur psychologue a écarquillé les yeux puis hoché la tête avec déception. Il a dit que ça n’allait pas du tout. Il s’est même mis un peu en colère et a dit à Melle X. qu’elle n’était pas sérieuse. Il lui a finalement proposé de faire venir ses parents dans son cabinet pour discuter d’un éventuel internement en clinique psychiatrique. Histoire d’éloigner quelques temps Melle X. de sa famille et qu’elle y voie plus clair.

.

Mavie-monoeuvre

Si je devais commencer une biographie, je le ferais peut-être contre XP – à la manière dont Proust écrivit sa Recherche contre Sainte-Beuve. En tout cas voilà sans doute l’épisode qui ouvrirait le ban :

.

.

J’ai dit aujourd’hui que l’entregent, le clientélisme, les réseaux, étaient les moyens de parvenir les plus favorisés par la société française, au détriment du savoir-faire et de la bonne volonté.  Par « réseau »,  il ne fallait pas entendre quelque chose d’occulte, avec des ramifications façon toile d’araignée, et des rites de passages où l’on égorge des poulets dans des chambres rouges avec tentures en velours, lustres en cristal et symboles cabalistiques…

Prenons encore une fois mon exemple préféré (celui que je connais le mieux, et dont personne ne pourra jamais me disputer l’expertise) : moi.

Si j’avais suivi mon père dans le militantisme politique, aujourd’hui, même avec seulement une pauvre licence de socio’, de biolo ou de géographie en poche, j’aurais un taff’. Car j’aurais sans doute intégré une assoce humanitariste quelconque parasitaire du fric de l’état, ou bien j’aurais fait carrière dans la politique, ou bien les deux, et je passerais mes dimanches à refaire le monde avec des copines qui reviennent de stage photo en Afrique. Bon. Si j’avais été débile, avec un tempérament passif ou intéressé ou sans amour-propre, ç’aurait été la trajectoire logique. J’aurais alors intégré un « réseau », mais sans le savoir. J’aurais même pu me défendre avec acharnement d’appartenir à un réseau, puisque j’aurais pu attester sous serment n’être jamais passée par la case « égorgeons des poulets sous les lambris en toge cabalistique ! »

J’aurais vécu dans une bulle, totalement protégée comme un panda sans cervelle dans une cage dorée, et je ne l’aurais même jamais su ! Jamais je ne me serais rendue compte qu’il y avait un monde en-dehors du « réseau ». Et cela grâce à ma connerie. C’est énorme, quand on y pense…

Alors que s’est-il passé ? Eh bien il faut faire l’archéologie de la pensée républicaine pour le comprendre.

Mon père étant un vieux prof de la génération baby-boom, c’est l’Ecole Normale qui dans sa jeunesse lui a trouvé un emploi : il n’a donc jamais eu à se plaindre de l’Etat. Il a bénéficié en son temps d’un ascenseur social en état de marche. Cette trajectoire linéaire et aisée lui a permis de conserver une certaine naïveté vis-à-vis du fonctionnement du monde de l’emploi (pour ne pas dire une méconnaissance totale), ainsi que vis-à-vis des vertus de l’Educ Nat’.

Dans son esprit, toute personne ayant un talent quelconque, est amené par l’école à suivre la formation qui lui permet de développer son talent. Toutes les formations disponibles dans le pays étant égales en qualité par ailleurs, puisque les profs sont des gens intelligents, bien intentionnés, et qu’ils savent ce qu’ils font. « Toute formation a forcément une raison d’être, sinon elle n’existerait-pas, ne crois-tu pas mon petit Candide ? C’est pourquoi elle débouche /forcément/ sur un emploi qualifié. Cela va de soi, étant donné que nous vivons d’ors et déjà dans le meilleur des mondes possibles. » Ainsi parlait le Baron Thunder-ten-tronckh.

Le Baron Thunder-ten-tronckh pouvait-il faire comprendre à sa fille qu’elle aurait /intérêt/ à rester humaniste et à ne pas aller fricoter avec des fachos ? Non bien sûr, car l’on n’est pas républicain et humaniste par intérêt personnel ! On l’est dans l’intérêt général. Eh oui. D’ailleurs, être soucieux de l’intérêt général est foncièrement une bonne chose, qui coïncide avec l’esprit républicain et humaniste. Donc, qui a le cœur bon devrait normalement /forcément/ trouver un emploi dans le Saint Royaume de France. CQFD

Ce portait vous paraît peut-être outré, cependant il est représentatif de la mentalité de toute une classe moyenne française aujourd’hui retraitée, qui n’a jamais eu à souffrir ni de la faim, ni de la crise de l’emploi, ni du ridicule (malgré un idéalisme politique béat confinant à l’idiotie clinique).

***

A 15 ans, en entrant au lycée, à la fin du premier trimestre, j’étais l’un des deux délégués des délégués d’élèves des classes de seconde. J’avais pris contact avec le petit noyau dur militant de gauche, j’appelais avec eux à la grève. J’étais le bon petit cheval blanc, rempli de bonne volonté. Il y a eu une réunion avec le proviseur, le conseiller d’éducation et tutti quanti. A un moment, je ne sais plus à quel sujet, j’ai pris la parole au nom de tous les élèves que je représentais… Alors, je ne sais pas ce qu’il s’est passé, je pense que je suis tombée sur un paradoxe amusant… Je suis partie dans un laïus incompréhensible, interminable, qui a viré à l’absurde comico-pataphysique. A la fin, rougissante comme une tomate épluchée, je me suis rendue compte que je ne me souvenais plus quelle était la question et quel point-de-vue j’étais venue défendre. Quand je suis sortie de la salle (je fuyais, le front brûlant), un prof d’histoire guilleret, d’au moins 20 ans mon aîné, sur un ton complètement enfantin, m’a arrêtée dans le couloir pour me dire : « Woah, c’était vraiment très intéressant, ce que vous avez dit, j’ai bien aimé ce passage… si vous voulez en parler, vous pouvez venir me voir ! » – Je l’ai dévisagé avec un mélange de dégoût et de mépris immense, de l’air de dire : « Tu veux pas venir écrire le journal du lycée avec moi, aussi, vieux débris ? ».

Mon co-délégué, lui, d’un air las et surbooké (le genre qui n’a jamais été jeune), s’est empressé de me snober, pensant sans doute que j’étais à moitié folle – ce en quoi il n’avait pas tort.

Quand j’ai rejoint mes camarades de lutte d’extrême gauche, leur chef d’obédience communiste (qui était une ravissante brune, très charismatique, en rébellion contre son propre père qui votait FN) m’a dit : « Ouais, je suis d’accord avec toi, tu vois… Mais au fond, tu te contentes de répéter ce que dit ton père. » J’ai réalisé qu’elle avait raison, j’en ai alors conçu une honte immense, je l’ai immédiatement détestée pour cela, et j’ai fait en sorte de lui prouver par la suite que je détestais les communistes (ce qui était vrai) et que je n’avais jamais eu l’intention rester dans l’ombre de mon paternel.

Quand, dans le sillage de cette fille, je suis « montée à Paris » pour participer aux grandes manifestations contre Chevènement qui animaient cette époque, j’ai fait la connaissance dans le train de l’un de ses sbires… C’était un idiot – encore plus idiot que les autres, ce qui n’est pas peu dire – totalement a-politique, qui surfait sur le vaste chahut général pour s’offrir une petite virée gratos. Il était complètement con mais il est d’office tombé irrémédiablement amoureux de moi. J’ai passé toute la grande manifestation avec lui, qui essayait de me peloter sur les ponts, quand nous traversions la Seine… Durant notre gentille échappée sauvage, il me parla de deux de ses amis : deux frères, fils de mormons paraissait-il extraordinairement intelligents, à moitié autistes, dont l’aîné ressemblait à David Bowie et le cadet à un übermensch nazi ; il m’a dit qu’ils se conduisaient comme s’ils appartenaient à une race supérieure et qu’ils adoraient Dostoïevski et tout un tas de littérature hardcore. Oh mein gott ! J’ai trouvé tout cela tellement romantiiiiiîîîque ! Au retour, je lui ai dit que je ne l’aimais pas, que je ne voulais pas de lui, mais que je voulais bien que nous restions amis. Pour qu’il me présente à ses amis.

C’est ainsi que je n’ai pas pu rester de gauche.

***

Je ne comprends pas comment on devient comme le fils Klarsfeld. C’est juste pas possible, de ne pas tuer-le-père, quand on a un brin d’amour-propre !

Quelques petits extraits d’ambiance – Journal des Goncourt, vol.1

Je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous mon plaisir. Bonne lecture. :)

.

.

Un grand malheur de notre vie laborieuse, c’est que le travail ne nous absorbe pas; qu’il produit bien chez nous une espèce d’hébètement, mais qu’il ne nous enferme pas en lui, dans une sorte de renfoncement que ne percent ni les ambitions de la vanité ni toutes les blessures de la vie.

Quelles oppositions d’existence dans ce Paris ! Quels extrêmes !  Des existences de vif-argent et des existences d’escargots ! Il y a des originaux qui y vivent plus claquemurés, plus momifiés qu’à Nuremberg.

Plus j’étudie le XVIIIe siècle, plus je vois que son principe et son but étaient l’amusement, le plaisir – comme le principe et le but de notre siècle est l’enrichissement, l’argent.

Le soir, première représentation à l’Ambigu d’une pièce où il y a une noyée, que l’on voit, dans l’eau, descendre, remonter, se débattre : c’est le truc de l’asphyxie ! L’avenir est aux machinistes.

Je lis aujourd’hui, en passant faubourg Montmartre, sur une devanture d’un cordonnier : A l’extinction du paupérisme. Cela m’a paru assez sublime, comme enseigne. Mettre sur une boutique quelque chose comme le titre d’un article de Baudrillard, comme une question de l’Académie des sciences morales et politiques, c’était réservé au XIXe siècle.

CONSEILS AU JEUNE LITTERATEUR
_17 mai_.--On ne conçoit que dans le repos et comme dans le sommeil de
l'activité morale. Les émotions sont contraires à la gestation des livres.
Ceux qui imaginent ne doivent pas vivre. Il faut des jours réguliers,
calmes, apaisés, un état bourgeois de tout l'être, un recueillement
_bonnet de coton_, pour mettre au jour du grand, du tourmenté, du
dramatique. Les gens qui se dépensent trop dans la passion ou dans le
tressautement d'une existence nerveuse, ne feront pas d'oeuvres et auront
épuisé leur vie à vivre.

Entre l’Apollon du Belvédère et un cul de jatte, il n’y a pas la moitié de la distance qu’il y a entre les intelligences, d’un bout de l’échelle à l’autre.

Les églises jésuites du XVIIIe siècle ont tout l’air de maisons à éléphants.

Moi, envieux ? Je ne suis pas si modeste que cela.

Je fais le bien, parce qu’il est un grand seigneur qui me paye pour cela, – et ce grand seigneur, c’est le plaisir de bien faire.

«Et pour l'amour, mon Dieu, ce que nous exigeons de la créature humaine!
Nous demandons à nos maîtresses d'être à la fois des honnêtes femmes et
des coquines. Nous exigeons d'elles tous les vices et toutes les vertus.
Le plaisir donné par la femme jeune et belle, nous ne le savourons pas
complètement. Nous avons une maladie dans la tête. Les bourgeois ont
raison... mais être raisonnable... est-ce vivre!»

Célestin Nanteuil nous dit cela, pendant que nous nous promenons devant
les sphinx en plâtre de sa petite maison.

J’ai eu, dans ma famille, un type de la fin d’un monde, – un marquis, le fils d’un ancien ministre de la monarchie. C’était, quand je l’ai connu un beau vieillard à cheveux d’argent, rayonnant de linge blanc, ayant la grande politesse galante du gentilhomme, la mine tout à la fois bienveillante et haute, la face d’un Bourbon, la grâce d’un Choiseul, et le sourire toujours jeune auprès des femmes. Cet aimable et charmant débris de cour n’avait qu’un défaut : il ne pensait pas. De sa vie je ne l’ai jamais entendu parler d’une chose qui ne fût pas aussi matérielle que le temps du jour ou le plat du dîner. […] Il avait une vieille livrée, une vieille voiture, et un vieux nègre qu’il avait rapporté des colonies, où il mena joyeuse vie pendant l’émigration : ce nègre était comme un morceau du XVIIIe siècle et de sa jeunesse à côté de lui. Mon parent avait encore les préjugés les plus inouïs. Il croyait par exemple que les gens qui font regarder la lune, mettent dans les lorgnettes des choses qui font mal aux yeux, etc., etc. Il allait à la messe, jeûnait, faisait ses pâques. A la fin du carême, le maigre l’exaspérait : alors seulement il grondait ses domestiques.
Il demeurait dans tout cet homme quelque chose d’un grand principe tombé en enfance. C’était une bête généreuse, noble, vénérable, une bête de cœur et de race.

Le Jéhova de la Bible, un Arpin. Le Dieu de l’Evangile, un Esope onctueux, un politique, un agent d’affaires à consultations gratuites et bienveillantes.

Le monde finira le jour où les jeunes filles ne riront plus aux plaisanteries scatologiques.

Les filles de Gautier ont un charme singulier, une espèce de langueur orientale, une paresse et une cadence des gestes et des mouvements, qu’elles tiennent de leur père, mais élégantifiées par la grâce de la femme ; des regards lents et profonds, ombrés de l’ombre de longues paupières ; un charme qui n’est pas français, mais mêlé à toutes sortes de choses françaises, de gamineries un peu garçonnières, de paroles masculines de petites mines, de moues de haussements d’épaules, de mépris, d’ironies montrées avec les gestes parlants de l’enfance, qui les sortent et en font des êtres tout différents des jeunes filles du monde. De jolis petits êtres très personnels, dont se dégagent les antipathies et les sympathies, comme à la première heure ; jeunes filles qui doivent être mal jugées, qui apportent dans le monde la liberté et la crânerie d’allure d’une femme qui, dans un bal masqué, a le visage caché par un loup ; jeunes filles au fond desquelles on perçoit une certaine candeur, une certaine naïveté, une expansion aimante et généreuse qu’on ne trouve pas chez les autres.

JOURNALISME

_Lundi 18 mai_.--La Brasserie des Martyrs, une taverne et une caverne de
tous les grands hommes sans nom, de tous les bohèmes du petit journalisme,
d'un monde d'impuissants et de malhonnêtes, tout entiers à se carotter les
uns aux autres un écu neuf ou une vieille idée... A propos d'un duel né là,
le commissaire de police du quartier disait à Busquet; «Comment, ce
monsieur se bat avec cet homme! Mais quand on est insulté là, il faut
prendre un couteau et tuer l'insulteur, la police ne s'en mêlera pas!»

Pour arriver il faut enterrer deux générations, celles de ses professeurs et celle de ses amis de collège : la génération qui vous a précédé et la vôtre.

Qu’est-ce que le droit ? Le contraire du fait.

La propriété littéraire, la moins légale des propriétés, parce qu’elle est la plus légitime.

Rose nous parle d’une femme saine sur tout le reste, folle sur un point : elle se croit immortelle. Quand elle apprend une mort : « En v’la un qui est bien heureux de pouvoir mourir! »
.
Rose a rencontré aujourd’hui la charbonnière achetant une demi-livre de beurre chez la crémière. On sait que le beurre est le savon des charbonniers. Cette demi-livre, la charbonnière l’achetait pour sa petite fille qui va mourir et qui a demandé «à être débarbouillée pour le paradis».

POMPES FUNEBRES
--Un gendre introduit près de son beau-père qu'on vient d'embaumer, et
s'étonnant de le trouver plus grand que de son vivant. L'embaumeur
tranquillement: «Oh! ça allonge toujours!» Puis l'embaumeur prend le nez
de l'embaumé, et le rabat de chaque côté, pour en faire voir la souplesse.
Cauchemar du gendre, la nuit, voyant des milliers de têtes dont le nez est
ainsi tourmenté par des mains au bout de bras n'appartenant à personne.»

Sous Louis-Philippe, Forgues, s’épanchant, lui confia que le parti d’Arago était décidé à le guillotiner s’il arrivait ; ça leur coûtait parce que c’était un bon garçon, mais le motif était qu’il était un corrupteur du peuple.

En regardant autour de moi les choses de mon salon, je pense à ceci : les goûts ne naissent pas, ils s’apprennent. Tout goût demande une éducation et un exercice, c’est une bonne habitude ; et quand je vois mon portier admirer, en fait d’ameublement, l’or le plus cru, la forme la plus grosse, la couleur la plus bruyante, vous voulez que je croie que le beau est un fait absolu et que les choses exquises de l’intelligence sont à la portée de tous ?

La charbonnière de notre rue est fort scandalisée. Elle a envoyé, ces jours-ci, pour la première fois à confesse sa petite fille de huit ans. Le prêtre lui a recommandé deux choses : de ne pas chanter le MIRLITON, la chanson des rues du moment, et de ne pas regarder les statues de femmes nues qu’elle pourrait avoir sous les yeux chez ses parents. La singulière façon de faire entrer l’âme d’une petite fille dans la notion de Dieu ! Et la belle illusion de ce confesseur, qui prend la tanière d’un attelage de porteurs d’eau pour une succursale du Musée secret de Naples [–> Musée qui renfermait alors les collections érotiques provenant des fouilles d’Herculanum, NDLA].

Ce temps-ci n’est pas encore l’invasion des barbares, c’est l’invasion des saltimbanques.

LE CORPS MELANCOLIQUE

--Les civilisations ne sont pas seulement une transformation des pensées,
des croyances, des habitudes d'esprit des peuples, elles sont aussi une
transformation des habitudes du corps.

Vous ne trouverez plus sur les corps modernes les attitudes grandies et
raidies à Rome par la vie à la dure, en beaux gestes longs et tranquilles,
en poses héroïques à larges tombées de plis. Comparez une sculpture
antique, cet éphèbe, assis d'une manière théâtrale sur un siège de fer, à
ce jeune seigneur crayonné sur une chaise aux pieds tors par Cochin.
Voyez-le ce dernier: il est assis de face, les jambes écartées, la tête de
profil rejetée un peu en arrière et regardant de côté, le coude gauche
appuyé sur un genou, et la main montant en l'air, où elle joue inoccupée.
C'est d'un charmant, d'un coquet, ce seigneur: on dirait un homme rocaille,
mais ce n'est pas vraiment le même homme que l'éphèbe romain.

Eh bien, nos corps à nous, nos corps d'anémiés, avec leur échine voûtée,
le dandinement des bras, la mollesse ataxique des jambes, n'ont ni la
grande ligne de l'antique, ni le caprice du XVIIIe siècle, et se
développent d'une manière assez mélancolique sous le drap noir étriqué.

L’homme peut échapper à la langue qu’il parle. La dépravation, le cynisme des expressions déprave toujours la femme.

Le grand signe de la fille tombée à la prostitution, c’est l’impersonnalité. Elles ne sont plus une personnalité, mais une unité d’un troupeau. Le moi disparaît d’elles, c’est-à-dire la conscience et la propriété de soi, à ce point que dans les bordels, les filles prennent indistinctement avec les doigts dans l’assiette de l’une et de l’autre : elles n’ont plus qu’une âme à la gamelle.

Les plus fins trousseaux de femmes, les chemises de noces des filles apportant 600 000 francs de dot, sont travaillés à Clairvaux. Voilà le dessus et le dessous de toutes les belles choses du monde ! Il y a des jours où les dentelles me semblent faites avec des larmes de femmes.

FREAKS

--Opération césarienne faite ces temps-ci, à la Maternité, par Mme
Charrier, sur une naine qui avait voulu avoir un enfant du géant de la
troupe.

Lagier rentre, en costume splendide de Marguerite de Bourgogne, traînant sa graisse et sa majesté, portant sa gorge et sa jupe. Elle se met à se déshabiller. « Faut-il serrer cela? » dit sa bonne, une petite Anglaise qu’elle appelle Jetty, qui trotte comme une souris et qui marche sur moi, assis à terre, tant le canapé, les chaises sont encombrés de débris de costumes, de morceaux de royauté et de l’envergure de la Lagier, qui répand ses tripes et son cul. « Je m’en fous », dit Lagier.
La voilà en chemise, puis en simple corset. Elle passe ses aisselles – un bonnet à poil – à la société, puis s’assied sur moi, me passe des langues : « Je te trouve froid… » Allume une cigarette, s’assied en officier sur une chaise, montre son genou, enflé par un rhumatisme et s’écrie : « Ah ! je ne sais pas ce que je donnerais pour aimer quelqu’un ! Je voudrais me passer la main dans les cheveux et me dire : j’aime ! Mais je ne puis pas me dire cela et me regarder dans une glace, sans que ma conscience ne m’éclate de rire au nez ! »
Elle se frotte, en disant cela, contre l’un, contre l’autre : « J’ai eu, aujourd’hui, une envie de tirer mon coup, j’en ai pleuré ! Je me suis branlée trois fois en me servant de ma main droite pour mener ma main gauche. » Et elle va de l’un à l’autre, se rejetant sur Edmond qu’elle appelle « un grand resucé« , sur Flaubert, sur moi à qui elle dit : « Toi, tu baises dans des coins une femme du monde lymphatique. » Et elle finit par nous dire à tous trois, après ses avances de Pasiphaé : « Ah, tenez ! vous êtes des modernes, tous les trois!… Je t’assure, pourtant, je serais une affaire, cette nuit ! Ce serait le meilleur coup que tu aurais tiré… »
Imaginez Suzanne entre les trois vieillards ; ou plutôt, la cabotine cynique, une sorte de vache hystérique, les sens de la tête et du cul montés par le rôle de Marguerite de Bourgogne, voulant se payer un peu de chair fraîche, de la TOUR DE NESLE en imitation, demandant des hommes, allumée par la prose de Dumas, les tirades, les quinquets, l’incarnation crapuleuse du personnage qu’elle vient de jouer ! Quelque chose d’effroyable, de répugnant, de glacial ! Elle avait l’air d’une ogresse faisant le trottoir…

Histoire d’un ivrogne qui va dégueulant par tout son chemin, et à chaque fois qu’il dégueule, il répète : « Je te vendrai, je te vendrai ! » Ca intrigue un monsieur qui le suit et lui dit :
« A qui en avez-vous ?
– Je te vendrai, dit toujours l’ivrogne.
– Mais qui ça ?
– Eh bien mon cul ! Puisque je chie par la bouche, je n’en ai pas besoin. »

DANDY ! ♥ 

_5 mars_.--Charles Blanc, à l'ARTISTE, en train de reprocher à Théophile
Gautier, avec force coups d'encensoir, de mettre tout au premier plan dans
ses articles, de ne laisser ni repos ni parties plates, de tout faire
étinceler.

--Voyez comme je suis malheureux, dit Gautier, tout me paraît plat. Mes
articles les plus colorés, je trouve ça gris, papier brouillard. Je fous
du rouge, du jaune, de l'or, je barbouille comme un enragé, et jamais ça
ne me paraît éclatant. Et je suis très embêté, parce que, avec ça, j'adore
la ligne et Ingres... Mon opinion sur Molière, vous voulez l'avoir, sur
Molière et le MISANTHROPE. Eh bien, ça me semble infect. Je vous parle
très franchement: c'est écrit comme un cochon!

--Oh! peut-on, blasphémer ainsi! s'écrie Charles Blanc.

--Non, Molière je ne le sens pas du tout. Il y a dans ses pièces un bon
gros sens carré, ignoble. Molière, je le connais bien, je l'ai étudié, je
me suis rempli de sa pièce typique LE COCU IMAGINAIRE, et pour essayer si
j'avais l'instrument bien en bouche, j'ai fait une petite pièce, LE
TRICORNE ENCHANTÉ. L'intrigue, nous n'en parlons pas, n'est-ce pas, ça n'a
pas d'importance; mais la langue, mais les vers, c'est beaucoup plus fort
que Molière. Pour moi, Molière, c'est Prud'homme écrivant des pièces!

--Il ose, il ose dire cela du MISANTHROPE! fait Charles Blanc, se voilant
la face des deux mains.

--Le MISANTHROPE, reprend sans s'émouvoir Gautier, une véritable ordure...
Je dois vous dire que je suis très mal organisé d'une certaine façon.
L'homme m'est parfaitement égal. Dans les drames, quand le père frotte sa
fille retrouvée comme les boutons de son gilet, ça m'est absolument
indifférent, je ne vois que les plis de la robe de sa fille. Je suis une
nature _subjective_... Oui, je vous dis ce que je sens. Après ça, ces
choses-là, du diable si je les écrirai. Il ne faut pas diminuer les
chefs-d'oeuvre consacrés. Mais le MISANTHROPE...

Toute cette canaillerie des hommes qu’on marchande et qu’on achète, Renan et autres, vient de la diffusion de l’éducation. Des gens sans fortune, sans traditions de famille, qui ont du talent et de l’esprit ; c’est là ce qui alimente le marché des corruptions.

En France et partout, on secoue tous les préjugés religieux et politiques : on tue un Roi, on siffle un Christ. Mais les préjugés littéraires et artistiques, qui les secoue ? Qui, sauf nous, arrive sans admiration préconçue devant un tableau signé d’un grand nom, valant un grand prix ? Qui oserait trouver bête et en bois ce stupide TAUREAU de Paul Potter, un tableau estimé 800 000 francs ?

Sans doute, au XIXe siècle, la religion est une convention, mais une convention comme la justice, sans laquelle la société ne peut vivre. Quel est l’homme intelligent qui croit à la justice ? Quel est celui qui ne la respecte pas extérieurement ?

* * *

LA HOLLANDE (jouissif)

Un pays où tout est d’accord, d’ensemble, fatal et logique. Des hommes, des femmes qui sont laids non comme l’homme, mais comme le poisson, qui ont des yeux de poisson, des têtes de poisson, un teint de poisson séché, qui tiennent du phoque et de la grenouille ; de ces ébauches de figures qui se débattent dans les fonds d’Ostade. Une terre sortie de l’eau, véritablement bâtie, une patrie à l’ancre ; un ciel aqueux, des coups de soleil qui ont l’air de passer à travers une carafe remplie d’eau saumâtre ; des maisons qui ont l’air de vaisseaux, des toits qui ont l’air de poupes de vieilles galères ; des escaliers qui sont des échelles ; des wagons qui sont des cabines ; des salles de danse qui figurent des entreponts. Un sang blanc et froid, des caractères qui ont la patience de l’eau, des existences qui ont la platitude d’un canal ; une viande aqueuse. On dirait que la hollande est le paradis retrouvé par les castors de l’arche de Noé. Une patrie à l’ancre, des castors dans un fromage – voilà la Hollande.

Broek. – Petites ruelles dallées en briques sur champ ; ponts blancs sur les canaux, qui courent de toutes parts ; petites maisons en bois, peintes en blanc, en vert, en gris ; des haies de houx, des petits jardins remplis d’oreilles d’ours ; des étables reluisantes, où la queue des vaches est attachée en l’air ; des arbres peints en blanc jusqu’à six pieds, par propreté. Un pays qui donne envie de pleurer, comme la chambre d’une vieille fille.

Il y a ici des jardins qui semblent les Folies-Prudhomme, remplis de cygnes mécaniques, de chasseurs en bois, de curés en plâtre lisant un bréviaire, qui s’effeuille dans un temple grec, de vieilles femmes qu’on remonte dans le dos  et qui filent pour un florin, de flottilles sur les flaques d’eau, d’îles en corbeilles, où des lapins sont déportés, d’un tas de choses automatiques, qui semblent la vie à ces gens si peu vivants.

J’ai vu un autre jardin. Celui-là ressemblait assez à un petit jardin d’invalide industrieux. Il y avait au milieu une statue avec un Hollandais fumant, comme il y en a dans les débits de pipes : le capitaine des coraux, au-dessus d’un parterre de coraux bleus et blancs à dessins. […] des fleurs dans des pots du Japon ; un ménage de poupées, avec leur petit ménage, dans une boîte sous verre, sur un pied : c’était mortuaire, comme ces boîtes où l’on met  au cimetière les reliques des enfants morts. Un petit canal dormait au bout de cela, tout couvert de mousse verte.

Il me semble qu’ici, les morts, dans la tombe, doivent être plus morts qu’ailleurs.

Je suis réveillé, la nuit, par la grosse joie de la kermesse. C’est singulier les chansons à boire, ici, ressemblent à des psaume luthériens.

Les enfants jouent à laver, au lieu de jouer à jouer, ici.

Il n’y a point de goût dans l’art en ce pays. La Hollande semble avoir eu un Rembrandt par mégarde. J’ai vu chez M. Six un grand tableau à horloge !

C’est chez les peuples de commerce que j’ai vu le plus de misère dans les rues.

La Hollande a été surfaite. Ç’a toujours été une belle histoire pour les économistes, les républicains, les libéraux, les gens qui éprouvent le besoin de parler commerce ou liberté de conscience. Un thème qui a commencé à Diderot et qui a fini par les Esquiros, les Du Camp. Ce pays ressemble à un article de fond pour la REVUE DES DEUX MONDES. S’il était tout monarchique et tout catholique, je suis persuadé que personne ne le trouverait plus intéressant.

* * *

MALADIE LUXUEUSE

_Mercredi 27 août_.--Ces jours-ci, Edmond a eu une esquinancie, pendant
laquelle, lorsqu'il fermait les yeux, et sans qu'il dormît, se dessinaient
sur sa rétine des visions de rêves. Il se trouvait dans une chambre tendue
d'un papier tout ocellé des yeux d'une queue de paon, et sur ce papier,
comme illuminé d'une lumière électrique, bondissait, dans une élasticité
dont on ne peut se faire une idée, une levrette héraldique faite en ces
copeaux rubannés qu'un rabot enlève sur une planche.

Tout homme qui n’est pas persuadé d’avoir du génie, n’a pas de talent.

C’est étonnant comme la vie est hostile à tout ce qui ne suit pas la voie ordinaire, à tous ceux qui y échappent ou y résistent ; à tous ceux qui ne sont pas fonctionnaires, bureaucrates, mariés, pères de famille ; à tous ceux qui ne vivent pas dans le cadre de la vie de tous. A chaque instant, à chaque moment de cette vie, ils sont punis par mille grandes et petites choses, qui sont comme les peines afflictives d’une grande loi de conservation de la société.

VU BAUDELAIRE DANS UN COIN DE CAFE

Dans le salon d'entrée, on aperçoit quelques oreilles tendues qui boivent
les paroles de notre cénacle, des oreilles de gandins qui finissent de
manger leurs petites fortunes, des oreilles de jeunes gens de la Bourse,
de commis de Rothschild qui ramènent du Cirque ou de Mabille, quelques
lorettes de la première catégorie, auxquelles ils offrent le passe-temps
d'un fruit ou d'un thé, en leur montrant de loin, du doigt, les premiers
rôles de la troupe.

Baudelaire soupe aujourd'hui à côté de nous. Il est sans cravate, le col
nu, la tête rasée, en vraie toilette de guillotiné. Au fond, une recherche
voulue, de petites mains, lavées, écurées, soignées comme des mains de
femme--et avec cela une tête de maniaque, une voix coupante comme une voix
d'acier, et une élocution visant à la précision ornée d'un Saint-Just et
l'attrapant.

Il se défend obstinément, avec une certaine colère rêche, d'avoir outragé
les mœurs dans ses vers.

Les Anciens ne séparaient pas dans l’expression la vigueur de l’amertume.

Plus je vais, plus je suis convaincu de ceci. Dans l’ancienne société, la seule proscription, la seule sévérité était contre tout ce qui était bas. Aujourd’hui, on ne pardonne absolument que cela : la bassesse.

Pour un conte fantastique, l’allée des perroquets du Jardin zoologique. Ca pourrait être, ces animaux de toutes les couleurs, à voix mécaniques, des âmes de journalistes qui rabâcheraient.

Le plus grand caractère des hommes de lettres présents, si l’on peut appeler cela un caractère, c’est la lâcheté – la lâcheté devant le succès, devant le gouvernement, devant un coup d’épée.

LE GENIE, LA DEMENCE, LA MISERE

_19 octobre_.--Étudié chez Niel, l'oeuvre de Méryon, dans tous ses états,
ses essais, et même une partie de ses dessins. Il semble qu'une main du
passé ait tenu la pointe du graveur, et que mieux que la pierre du vieux
Paris soit venu sur ces feuilles de papier. Oui, dans ces images, on
dirait ressuscitée un peu de l'âme de la vieille cité: c'est comme une
magique réminiscence d'anciens quartiers sombrant parfois dans le rêve
trouble de la cervelle du _voyant_ perspectif, du poète-artiste, ayant
assises à son établi la Démence et la Misère. En effet, pas de commandes,
pas de travail, pas de pain: pour toute nourriture, les quelques légumes
d'un petit jardin, au haut du faubourg Saint-Jacques. Et en ce
meurt-de-faim, exténué d'imaginations peureuses: la terreur de la police
de l'Empereur qui en veut à son existence, à son talent, à ses amours, qui
l'a empêché d'être le mari d'une petite actrice entrevue au soleil des
quinquets, et qui a empoisonné son amoureuse avec des mouches
cantharides--son poison redouté,--et qui l'a enterré dans son jardin qu'il
retourne, sans cesse, pour retrouver son cadavre.
Pauvre misérable fou qui, dans les moments lucides de sa folie, fait, la
nuit, d'interminables promenades, pour surprendre l'étrangeté pittoresque
des ténèbres dans les grandes villes.

Oui, pour arriver, il faut être médiocre et domestique, avoir une personnalité aussi avachie dans le talent que dans le caractère ; se mettre sur le devant des voitures, décrocher le drapeau des patères, etc. Et tout cela, le faire jamais par politesse, toujours par servilité. Rien ne mène plus loin, sous les gouvernements de servitude, que l’antichambre.

Il y a bien des stupidités dans Michelet. Quoi de plus stupide que de voir un caractère presque divin, une marque sacrée de la femme dans les règles, qui la rendent folle – elle en convient elle-même – huit jours par mois et font le malheur de l’homme.

La gaîté qu’on apporte dans la bourgeoisie par l’esprit, les saillies, la gaîté, même goûtée par elle, n’a pas de prix pour elle. Le plaisir que donne un bouffon, un homme d’esprit ou un homme d’intelligence, ne vaut pas pour le bourgeois le dîner qu’il lui donne.

LA FRANCE COURT SANS TETE

--Relu les PAYSANS de Balzac. Personne n'a dit Balzac homme d'État, et
c'est peut-être le plus grand homme d'État de notre temps, le seul qui ait
plongé au fond de notre malaise, le seul qui ait vu d'en haut le
déséquilibrement de la France depuis 1789, les moeurs sous les lois, les
faits sous les mots, l'anarchie des intérêts débridés sous l'ordre
apparent, les abus remplacés par les influences, l'égalité devant la loi
annihilée par l'inégalité devant le juge, enfin le mensonge de ce
programme de 89 qui a remplacé le nom par la pièce de cent sous, fait des
marquis des banquiers--rien de plus.
Et c'est un romancier qui s'est aperçu de cela.

Il m’a toujours paru un peu niais de crier contre la société. Ce n’est pas la société qui est coupable de l’homme, c’est Dieu.

Il y a, dans ces temps-ci, un amour malsain pour ce qui est malsain. En peinture, on va à ce qui est mal peint, mal dessiné, à ce qui n’est pas réalisé, à Delacroix. Si l’on a un maître parfaitement sain et bien proportionné, comme Gavarni [Gavarni est le grand familier, l’idole et le meilleur ami des Goncourt, NDLA] , on va à un pléthorique, à un apoplectique comme Daumier, qu’on proclame bien supérieur.
Il y a des délicats en art, des raffinés, des prétentieux, des pointus qui n’aiment que le raté ou le lâché en art. A mesure que Michelet se décompose, qu’il n’écrit plus, qu’il ramasse dans le fumier de l’histoire une certaine bouillie de faits, comme des restes de cadavres, à la cuiller et qu’il la plaque sans syntaxe, sans verbe, on s’extasie de plus en plus. Baudelaire soulève des admirations

DOLCE VITA

_26 octobre_.--Une journée passée à l'atelier, de Servin. Un _farniente_
sans remords, une flâne majestueuse et déridée, un lundi du pinceau, des
rires, de l'esprit abracadabrant, des blagues énormes et pouffantes, et
des enfantillages, et des coups de pied au cul, et la gaminerie et la
clownerie parisiennes dansant autour des couleurs et des tubes enchantés
tenant le soleil et la chair; enfin, des heures molles, inertes, avachies,
et le Temps s'endormant sur le divan, où ces joyeux pitres le bercent avec
de la farce, des pantomimes drolatiques, des ironies, des riens, et le
complet oubli et la parfaite insouciance du proverbe anglais: _Time is
money_.

Entre chez nous une femme en deuil, voilée, que nous amène Flaubert. C’est Lagier qui nous parle pendant deux heures de sa mère qu’elle vient de perdre et de son cul qui est toujours à elle, et à bien d’autres. Sa mère ou son cul, son cul ou sa mère, sa mère et son cul : voilà successivement son thème d’attendrissement et de salauderies. Une profanation Inouïe… Les Anciens mettaient leurs larmes dans une bouteille de verre, Lagier semble pleurer sa mère dans une capote.

Au Café Riche, je rencontre Scholl qui, mystérieusement et tout bouffi d’orgueil, m’apprend la nouvelle du jour : il est l’amant d’une ravissante actrice, Léonide Leblanc. Et aussitôt, il me montre un médaillon contenant de ses poils, car il a toujours preuves en main. C’est un Richelieu fort en garde contre les Saint-Thomas !
L’histoire du médaillon donne la note de ce monde-là. Comme Scholl lui demandait de ses poils : « Tiens, coupes-en autant que tu voudras, mais je veux te donner le médaillon pour les mettre. » Et Scholl lui voit ôter d’un médaillon quelque chose de noir : « Qu’est-ce que c’est ? — Ça ? C’est des cheveux de mon père. Je les mettrai dans un plus grand.

Les femmes n’ont jamais fait quelque chose de remarquable qu’en couchant avec beaucoup d’hommes, en suçant leur moelle morale : Mme Sand, Mme de Staël. Je crois qu’on ne trouverait pas une femme vertueuse qui vaille deux sous par l’intelligence. Jamais une vierge n’a produit quelque chose.

Il est bien curieux d’observer que dans l’ancienne société, toute loi était contre la femme – et jamais la femme n’a plus régné en tout et partout. Cette observation est la clé de la vérité sur l’histoire du XVIIIe siècle, le plus grand exemple du néant des lois et de la domination des mœurs.

LA RELIGION LES REND FOLLES

_4 août_.--Rose nous apporte des lettres de couvent trouvées dans l'étui
de serge noire du livre de messe de sa nièce. C'est la correspondance
d'une petite amie: du pathos mystique et amoureusement tendre. Le couvent
développe chez les jeunes filles, destinées à être des femmes d'ouvriers,
des côtés poétiques, hostiles au foyer laborieux. Tout ce tendre, tout ce
vaporeux hystérique, toute cette surexcitation de la tête par le coeur,
font de la religion catholique un mauvais mode d'éducation de la femme
pauvre. Elle la prédispose à l'amour idéal, et à toutes les choses
romanesques et élancées de la passion, qu'elle n'est pas destinée à
trouver dans son mari.

Au XVIIIe siècle, les grands seigneurs représentent la folie, le désordre, la dépense, les caprices de l’élégance du vice, la noblesse et la finesse de la débauche. Au XIXe siècle, le gentilhomme est bourgeois. Il n’a plus de vices de caste – partant, plus de vertus de corps.

Un homme qui a dans le visage quelques traits de Don Quichotte, en a toujours quelques beaux traits dans l’âme.

L’idée de l’appauvrissement du sang, idée familière aux classes élevées, présente une image très blessante aux classes inférieures : dites à une femme du peuple qu’elle est lymphatique, et cela lui fera tout à fait l’impression d’une injure.

L’autre jour, Rothschild était en train d’acheter un Véronèse à un juif. De 100 000, on était à peu près descendu à 16 000 francs, et Rothschild, voyant son coreligionnaire hésiter : « Il y aura deux louis pour le porteur », et apercevant une enfant du Juif dans un coin : « …et une robe en soie pour la petite ! »
Les Juifs ne produisent rien, pas un épi de blé. Toujours commissionnaires, intermédiaires, entremetteurs. En Alsace, pas une vache n’est vendue, sans qu’entre la vache et le paysan, ne se lève du pavé un Juif, qui tire de l’argent du marché.

BELLE PLANTE

Bougival, l'atelier du paysage de l'école française moderne. Là, chaque
coin de rivière, chaque saulée vous rappelle une exposition. Et l'on se
promène dans de la nature, dont on vous crie aux oreilles: «Ceci a été
peint par ***, ceci a été fusiné par ***, ceci aquarellé par ***.» Ici,
dans l'île d'Aligre, devant les deux catalpas formant un A sur le ciel, on
vous avertit que vous êtes devant le premier tableau de Français, et l'on
vous fait revoir la petite femme nue, couchée sur une peau de tigre, en la
légère et gaie verdure de la campagne parisienne; là--l'histoire est
vraiment plaisante--là, c'est là que se dressait une magnifique et
orgueilleuse plante, entrevue au coucher du soleil par Français, rêvant
toute la nuit d'en rendre, le lendemain, l'élancement vivace et la
délicate dentelure des feuilles. Il se lève de grand matin, court à
l'endroit... plus de plante... disparue... et le voilà cherchant à
s'expliquer la disparition, quand il éclate de rire. Une vache, levée
avant lui, l'avait mangée et digérée au petit jour. Et sa plante...
c'était une énorme bouse!

La folie, l’amour, la dévotion, voilà les trois formes du ramollissement cérébral.

Ce n’est pas la tyrannie, c’est la passion qui abat l’arbre pour avoir le fruit ; et il n’y a de liaison durable qu’avec les femmes que l’on n’aime point.

Le sceptique doit être reconnaissant aux Napoléon des progrès qu’ils ont fait faire à la bassesse humaine.

Il est des régimes  sous lesquels l’honorabilité est comme une note d’infamie.

L’artiste, l’homme de lettres, le savant devraient ne jamais se mêler de politique : c’est de l’orage qu’ils devraient laisser passer au-dessous d’eux.

LA LITTERATURE « par A+B »

_16 juillet_.--Après avoir lu du Poë, la révélation de quelque chose dont
la critique n'a point l'air de se douter. Poë, une littérature nouvelle,
la littérature du XXe siècle: le miraculeux scientifique, la fabulation
par A + B, une littérature à la fois monomaniaque et mathématique. De
l'imagination à coup d'analyse, Zadig juge d'instruction, Cyrano de
Bergerac élève d'Arago. Et les choses prenant un rôle plus grand que les
êtres,--et l'amour, l'amour déjà un peu amoindri dans l'Oeuvre de Balzac
par l'argent,--l'amour cédant sa place à d'autres sources d'intérêt; enfin
le roman de l'avenir appelé à faire plus l'histoire des choses qui se
passent dans la cervelle de l'humanité que des choses qui se passent dans
son coeur.

La plus grande force morale est dans l’écrivain. Elle consiste à mettre sa pensée au-dessus de tous les ennuis, au-dessus de la vie, pour la faire travailler libre et dégagée. Il faut s’abstraire des chagrins, des préoccupations, de tout, pour s’élever à cet état où se fait la conception, la création. Car ce n’est pas une opération mécanique et de simple application physique, comme de faire des additions. Il ne s’agit pas de combiner, mais d’inventer, de créer.

Le journalisme approche l’homme de lettre de l’argent ; il le fait toucher au banquier par les action données. C’est la diminution, quand ce n’est pas la sentine des caractères. Si Renan eût travaillé dans son cabinet à faire des livres, au lieu d’être rédacteur des DÉBATS, le pouvoir ne l’eût pas acheté en une demi-heure, il y aurait peut-être mis une heure et demi…

Le niveau des livres, au XVIIIe siècle, est très bas, parce que le niveau de la société est très haut. Au XIXe, c’est tout le contraire.

PROPHETIE

--Le jour où tous les hommes sauront lire et où toutes les femmes joueront
du piano, le monde sera en pleine désorganisation, pour avoir trop oublié
une phrase du testament du cardinal de Richelieu: «Ainsi qu'un corps qui
auroit des yeux en toutes ses parties, seroit monstrueux, de même un État
le seroit, si tous les sujets étoient savants. On y verrait aussi peu
d'obéissance que l'orgueil et la présomption y seroient ordinaires.»

Peut-être que les plus grands poètes sont inédits. Écrire une chose est peut-être le contraire de la rêver.

Toutes les grandes œuvres idéales de l’art ont été faites dans des temps qui n’avaient pas les notions de l’idéal ou par des hommes qui n’avaient pas cette notion.

Un fils qui a l’âge de son père, c’est le malheur et le vice de mon cousin Alphonse.
Qu’on voie les duellistes de Tallemant des Réaux et les duels du père Mirabeau ! Comme le sang s’est refroidi ! Comme l’individu est diminué ! Il n’y a plus de grandes choses et d’héroïsme que collectifs. La personnalité va en s’effaçant dans le monde des faits, depuis Homère.

JEUNESSE SENILE

--O Jeunesse des écoles, jeunesse autrefois jeune, qui poussait de ses
deux mains battantes le style à la gloire! Jeunesse tombée à
l'enthousiasme du plat bon sens! Jeunesse comptable et coupable des succès
de Ponsard!

Ce qui me répugne, ce qui me fait venir le cœur sur les lèvres en ce temps, c’est le mensonge et le manque de logique. Dans l’Ancien Régime, tout se tient : il y a un gouvernement légendaire, un droit divin, des nobles de sang noble, tout cela était d’ensemble. Mais aujourd’hui, on a un gouvernement démocratique, avec un empereur légendaire en haut ; au-dessus de principes de 89, le culte, l’idolâtrie pour un homme ; l’Egalité baisant les bottes de César ! Stupide et odieux !

La crédulité, la foi sont l’enfance des peuples et des coeurs. La raison est une acquisition et une corruption. La raison et la foi sont les deux contraires absolus. Le latin de la religion, un de ses palladiums, ressemble assez au Parapharagaramus des escamoteurs : ne pas comprendre est beaucoup pour le peuple. Deux choses me choquent : la statue du Prince au Palais de Justice et le Domine salvum fac à l’Eglise. Il est des temples de choses éternelles, où les choses du temps ne doivent pas entrer.

Il y a une espèce d’abrutissement que j’ai observé autour de moi, tout particulier. C’est un hébètement, un véritable idiotisme produit chez les imbéciles par le travail de l’intrigue ; et chez certaines femmes bêtes, par l’effort de l’amabilité.

En lisant le compte rendu de la justice criminelle, pour l’année dernière, je vois que les crimes contre l’ordre public ont diminué de moitié. Les crimes contre les mœurs, au contraire, toujours ascendants, forment plus de la moitié du nombre total des crimes contre les personnes. Ils n’en faisaient pas le cinquième, de 1826 à 1830. Voilà ce que fait le refoulement des passions politiques. Ce qui ne monte plus à la tête descend aux sens. La liberté est l’exutoire du phallus.

Ce soir, il y avait seulement, dans le journal, deux affaires de frères condamnés pour attentat aux mœurs… Que veut-on ? Ôter l’éducation au clergé, la remettre tout entière aux mains des instituteurs ? Tout indique ce plan. Il est stupide. Il n’y a pas à craindre qu’aux mains du clergé, le peuple, maintenant, devienne trop pieux. Mais donner l’éducation aux instituteurs, c’est ouvrir une prodigieuse, une effrayante école du socialisme.

* * *

LA BOHÊME

La bohème vient de perdre encore un homme de lettres : il s’appelait Guichardet et n’avait rien écrit. Il pouvait à peine parler, il crachait seulement des morceaux de mots, tant il était toujours ivre. Il vivait de verres de champagne et d’eau-de-vie, ramassés aux tables des cafés, et de pièces de deux ou trois francs, que ses amis, de temps en temps, lui laissaient tomber dans la main. Car il avait des amis ! C’était un chiffonnier qui avait connu Musset… Il a eu une mort que lui seul pouvait avoir. Ces jours-ci, il se réveille avec le délirium. Il croit avoir trop bu la nuit, avoir couru une bordée avec des amis. Ses amis, le voyant dans cette belle illusion, la respectent ; ils l’empoignent et lui disent : « Oui, nous avons fait une bordée un peu forte. Il faut nous retaper. C’est de la fatigue. Viens avec nous manger une soupe à l’oignon à la Halle. » Et ils l’emmènent dans un fiacre à l’hôpital Necker. Il est allé à la mort comme on va chez Baratte.

Quand MURGER écrivit LA VIE DE BOHÈME, il ne se doutait pas qu’il écrivait l’histoire d’une chose qui allait être au pouvoir au bout de cinq à six ans – et cela est cependant. A l’heure qu’il est, le monde carotteur de la pièce de cinq francs, cette franc-maçonnerie de la réclame, règle et gouverne et défend la place à tout homme bien né : « C’est un amateur* ! ». Et avec ce mot-là, on le tue.  Eût-il derrière lui les in-folio d’un bénédictin ou la fantaisie de Heine, « c’est un amateur » ; il sera déclaré amateur par le gagiste** sans verbe et sans talent de Villemessant***. Sans qu’on s’en doute, c’est le socialisme régissant la littérature et tirant à boulets rouges sur le capital littérateur… Et cependant leur mouvement de 1830 avait été presque conduit par des hommes ayant leur pain sur la planche****, Hugo, etc.

*Amateur a ici le sens de : amateur de belles choses, homme riche, bien né, bien élevé, homme de culture générale, dilettante éclairé, ayant en sa possession des objets d’art, une bibliothèque ; bref c’est l’archétype du gentilhomme et de l’esthète… – précisément ce qu’étaient les frères Goncourt.
**gagiste = mercenaire.
***Villemessant est alors un journaliste qui a le vent en poupe. Il trouve la dernière œuvre publiée des Goncourt « remarquable par le parti pris de l’excentricité aboutissant au dernier terme de l’absurde ». Il les a traité de « jumeaux de l’extravagance », et de « Siamois en goguette ». Un autre journaliste de la même clique, un certain Goudall,  a dit à la même époque à propos d’un jeune auteur qui était à ce moment-là leur petit protégé, Aurélien Scholl, qu’il se dirigeait vers « cette sorte de Bicêtre littéraire, où l’ont de quelques heures précédé MM. de Goncourt » – Bicêtre étant un asile d’aliénés. Aurélien Scholl se battit en duel contre le sieur Goudall pour cela.
****comprendre : des hommes qui pouvaient vivre de leur plume, sans aucun besoin d’être entretenus par le pouvoir, parce qu’ils avaient du talent.

* * *

Scholl me conte que l’autre soir, des putains ayant fait les bégueules chez Prémaray, ledit s’est écrié : « Comment! me refuser, moi, moi qui ai fait des femmes qui ont un nom, moi qui ai enculé Mme Plessy-Arnould! »

Nous menons la vie la plus plate, où il n’arrive que des catalogues. Des jours désespérés, où pour sortit d’un état qui est comme un affadissement de l’être, on souhaiterait je ne sais quoi – pourvu que ce je ne sais quoi fût violent.

Au XIXe siècle, il n’y a plus de romanesque dans l’amour, plus de romanesque dans rien, que dans la fortune d’un homme politique. C’est le seul hasard, le seul caprice en dehors de l’ordre commun et bourgeois des choses. L’imprévu a diminué.

Il est permis en France de scandaliser en histoire : on peu écrire que Dubois est un saint homme. Mais en art et littérature, les opinions consacrées sont sacrées. Il vaudrait mieux, au XIXe siècle, pour un homme, marcher sur un crucifix que sur une page de Voltaire.

Le temps qui aura pesé sur nous avec ses entraves, ses hontes, ses dégoûts, aura eu cela de bon : il aura conservé notre talent dans le vinaigre.

LE POURQUOI DE MARIA
_27 mai_.--Un éclat de rire que l'entrée de Maria, une fête que son
visage. C'est, quand elle est dans la chambre, une grosse joie et des
embrassades de campagne. Une grasse femme, les cheveux blonds, crespelés
et relevés autour du front, des yeux d'une douceur singulière, un bon
visage à pleine chair: l'ampleur et la majesté d'une fille de Rubens.
Après tant de grâces maigres, tant de petites figures tristes, préoccupées,
avec des nuages de saisie sur le front, toujours songeuses et enfoncées
dans l'enfantement de la carotte; après tous ces bagous de seconde main,
ces chanterelles de perroquets, cette pauvre misérable langue argotique et
malsaine, piquée dans les miettes de l'atelier et du TINTAMARRE; après ces
petites créatures grinchues et susceptibles, cette santé de peuple, cette
bonne humeur de peuple, cette langue de peuple, cette force, cette
cordialité, cette exubérance de contentement épanoui et dru, ce coeur qui
apparaît là dedans, avec de grosses formes et une brutalité attendrie:
tout en cette femme m'agrée comme une solide et simple nourriture de ferme,
 après les dîners de gargotes à trente-deux sous.

Et pour porter un torse flamand, elle a gardé les jambes fines d'une Diane
d'Allegrain, et le pied aux doigts longs d'une statue, et des genoux d'un
modelage...

Puis l'homme a besoin de dépenser, à certaines heures, des grossièretés de
langue, et surtout l'homme de lettres, le brasseur de nuages, en qui la
matière opprimée par le cerveau, se venge parfois. C'est sa manière de
descendre du panier, où les NUÉES font monter Socrate...

Oui à la hiérarchie !

Andre-Malraux

Regardez-moi ça, c’est pas beau ?
Ca, c’est pas n’importe quoi madame Michu,
c’est un intellectuel en-ga-gé, un esprit libre con-cerné !
Un héraut de la Démocrassie comme qu’on n’en fait pu !
Un grand tome. Distingué par la nation, et tout, et tout.

.

Je lis, moi-même très con-sternée – « Indignez-vous, rindignez-vous », comme disait l’autre ! -, les passages suivants sous la signature d’XP. L’article s’appelle « L’hallucinante prophétie d’André Malraux » (rien que ça) :

XP : Il n’empêche, pourtant… S’il ne s’était pas gâché la main à la politique, il aurait laissé quelque chose, il en avait les moyens. En 1974, il soutient le candidat Chaban-Delmas à l’élection présidentielle française, il explique pourquoi à la télévision,  et il tient ce discours qui donne l’impression d’avoir été  entendu en rêve:

Malraux : (…) A quoi assistons-nous depuis le début de cette campagne électorale? (…). Un candidat est un peu plus à droite, un autre un peu plus à gauche, mais nos problèmes sont ailleurs.

XP : Malraux avait compris que ces considérations de citoyens, ces débats électoraux, toute cette passion politique, c’est bon pour les peuples arriérés, qu’on n’entre pas dans l’histoire en entrant à l’Elysée.

Malraux : (…) Il est possible de résoudre les problèmes de la jeunesse en remplaçant presque intégralement le livre par la télévision, le livre gardant seulement son utilité lorsque l’enfant est chez lui(…) Il faut faire le lien entre l’utilisation permanente de la télévision et l’utilisation de l’ordinateur (…).

XP : Ici, on se pince pour y croire, on n’y croirait même pas du tout, sans les archives de l’INA, mais l’ancien ministre de la Culture du Général de Gaulle prophétise non seulement l’invention d’internet, mais aussi des MOOS

Malraux : Quoi qu’il arrive, cette transformation aura lieu. Les choses qui doivent arriver dans l’Humanité lorsqu’elles sont liées à la Technique, si on ne les trouve pas quelque part, on les trouve ailleurs. Nous pourrions changer l’enseignement dans le monde si nous décidons de le faire chez nous. Ou alors nous le ferons à la remorque des autres. »

XP : En fait, il ne prophétise rien, il dit que c’est pour demain matin, qu’il faut se mettre en piste tout de suite…pour mémoire, personne ou presque ne sait ce que c’est qu’un ordinateur, en 1974, tout au plus les mieux informés peuvent vous dire qu’il s’agit d’une grosse machine de 20 M2 utilisée par le Pentagone.

Malraux : (…) Ca veut dire, pour les enfants, s’amuser au lieu de s’ennuyer, et pour les adultes trouver le droit de quitter une pièce où l’on parle d’Histoire pour rejoindre celle où l’on parle de Physique, et si nous parlons beaucoup de liberté, cette fois, nous en parlerons en terme concret.

XP : Malraux maîtrise tellement  son sujet qu’avec trente ans d’avance, il répond aux réacs moisis de gauche et de droite qui ne manqueraient pas  de convoquer la discipline et le respect dus aux Maîtres pour continuer à faire chier la terre entière avec leurs craies, leurs blouses, leurs tableaux noirs et leur arrogance d’intellectuels plafonnés à 103 points de QI…

Malraux : Einstein m’avait dit en me montrant un petit livre parlant de lui « si l’on veut que les gens comprennent mes idées, ils ne doivent pas me lire moi, ils doivent lire ce livre ».

XP : Il savait aussi que ces andouilles feraient l’éloge de la lenteur, pour garder leur droit d’emmerder le monde, qu’ils dénonceraient la culture du zapping, la disparition de l’autorité, et chougneraient pour qu’on préserve les humanités, que les élèves coupent leurs téléphones  en classe,  comprenez qu’ils gardent  le droit  d’assommer le public avec des livres de trois kilos qui déforment le dos des enfants,  leur font comprendre dans leur chair  que le Maître, c’est le Maitre.  … Peine perdue, Malraux avait déjà tordu le cou à ses crétineries en convoquant Einstein dans ses souvenirs.

Malraux : Il ne s’agit pas de supprimer le corps enseignant, mais… Il s’agit qu’il se contente de venir en aide à ceux qui ont besoin d’être aidés.

XP : Décidemment, Malraux ne l’imagine pas, son utopie, il l’a sous les yeux,  il voit bien que c’est une chance de se débarrasser aux trois quarts de cet énorme poids mort qu’est le corps enseignant, il sait  qu’à l’issue du processus, on  remplacera 40 profs par 4 surveillants qui auront leur DEUG et seront  chargés de faire la garderie dans un énorme open space rempli d’ordinateurs auxquels seront connectés les élèves,.. Il est tellement dans son histoire, André, qu’il commence déjà à les ménager, comme on le fait avec les gens qu’on doit pousser vers la porte.

.

Bon, Malraux visionnaire… Je me dis qu’il y en a qui ont de la chance d’être nés chez les beaufs : il leur reste encore toutes les belles illusions du XXe siècle à découvrir, parce qu’il faut croire que dans le monde où on les a mis au monde, le XXe siècle est passé sans que personne ne s’en soit jamais aperçu.

.

Dans les faits, il se trouve que Malraux, ministre de la culture très « moderne » engagé par De Gaulle en 58, fait précisément partie de cette intelligentzia progressiste d’après-guerre à laquelle nous devons d’avoir entièrement réformé l’Educ’ Nat… réforme radicale devenue depuis-lors une sorte de tradition annuelle, et dont elle paye aujourd’hui les pots cassés. Les gens qui pensaient comme Malraux après-guerre, comme ils désiraient abolir définitivement toutes les tyrannies, prirent le parti de laisser derrière eux, comme un archaïsme digne des HLPSDNH, l’élitisme discriminant des « hussards noirs » d’antan – ceux-là-même qui décrottèrent nos grands-parents à coups de règles sur les doigts et de cours de morale. Ces maîtres d’écoles sévères, en blouse noire, distribuaient des bons points et des blâmes, et écartaient ceux qui n’avaient pas la tête faite pour étudier des études supérieures : dans un pays moderne, cela ne pouvait plus exister.

Ces esprits libéraux (au sens originel – synonyme de généreux – du terme libéral), gonflés de confiance en l’avenir et d’amour envers leur prochain, orientèrent la machine éducative française vers le « pédagogisme ». [Le pédagogisme n’est pas, comme chacun sait, l’art d’enseigner, mais celui « d’apprendre à apprendre ne pas avoir de maître » – je vous laisse méditer sur la grandeur d’âme des intellectuels qui ont inventé ça.] De là à la culturophobie étonnante de /celui qui faisait de la pataphysique sans le savoir/, alias Philippe Mérieu, il n’y avait plus qu’un saut de puce à allègrement franchir… avec les conséquences que l’on sait.

uqam2

Cet esprit éthéré, qui voulait de la liberté pour tout le monde et même pour les enfants – l’enfer est pavé des bonnes intentions – n’était pas un visionnaire, il était au contraire bien de son temps. C’était un sale jeune écervelé idéaliste qui croyait dur comme fer aux lendemains-de-l’Humanité-Démocratique-qui-chantent, désireux de révolutionner la pensée, le monde et l’enfance [monsieur Cohn-Bendit aussi a essayé], un jeune vaniteux « sans Dieu ni maître », de la trempe de tous les « penseurs » de 68. En cela, lorsqu’il parle si bien de l’école telle qu’elle est effectivement devenue – à savoir une vaste garderie remplie de sauvages et de garde-chiourmes sous prosac (sous prosac justement parce qu’ils n’avaient pas prévu de faire ce métier pour devenir garde-chiourmes), blindée de matériel informatique – il ne prédisait pas l’avenir, il faisait simplement partie de ceux qui étaient en train de le fabriquer.
.

***

..

La liberté pour la liberté, c’est bien beau. Mais on n’élève pas des gosses en leur laissant la liberté de foutre leurs mains sur les plaques électriques et de bouffer n’importe quoi. Ca c’est du Rousseau, de penser ça. Et Rousseau mène à Robespierre qui mène à la Révolution – NB : « faire une révolution » équivaut à accomplir un tour complet sur soi-même à 360°.

enfance

Il y a une vérité à propos des gosses – certains la trouveront laide, d’autres belle, peu importe car c’est une vérité : les gosses manifestent très fort, et ce dès le premier age, un impérieux désir d’autorité. Ils jouent avec des armes, elles grondent leurs poupées, ce qu’ils veulent savoir à propos des adultes, c’est ce en quoi ils croient et quelles sont leurs règles pour les juger. Ce qu’ils trouvent beau : un retable baroque doré, un château fort, une robe de brocard. Le beau pour l’enfant, c’est ce qui est grand, fort et riche. Pour s’en faire aimer, il ne faut pas leur demander ce qu’ils veulent mais les subjuguer. Pour les commander il faut leur montrer par l’exemple que l’on sait s’obéir à soi-même. Les enfants ont cela de bestial et de noble à la fois qu’ils accepteront toujours de suivre celui qui trace sa route – et qui la trace indépendamment d’eux – et difficilement celui qui leur demande leur avis à eux – pauvres novices – sur la marche à suivre. Il y a une vision de la justice qui n’est pas faite de commisération mais seulement de justesse – d’équité un peu salomonéenne – chez l’enfant. Lorsque les adultes autour d’eux n’assument pas leur rôle d’adultes, sous prétexte de jeunisme ou plus encore par lâcheté, ils sont capables de violence. Si les maîtres qu’on leur donne se refusent de toute force à leur transmettre leur savoir – souvent poussés par la peur secrète d’être surpassés et donc méprisés par leurs élèves – , ils tombent irrémédiablement dans la bétise ou dans la désespérance – selon leur potentiel de départ, c’est-à-dire selon les cas. Le besoin d’autorité des gosses, disais-je, est vital. Et il est la meilleure illustration qui soit du fait que l’esprit humain doit rencontrer des maîtres – ne serait-ce que pour les dépasser – et doit absolument être confronté aux règles d’une hiérarchie sociale pour se construire.

Savoir cela suffit pour battre en brèche les plans sur la comète des pédagogistes, des anti-éducation, des partisans de la liberté pour les enfants et autres disciples de Meirieu qui s’ignorent.

***

ADDENDUM

La seule question qui reste pour moi en suspens est la suivante : pourquoi s’est-on ainsi acharné à vouloir réformer l’école de fond en comble depuis la dernière guerre, était-ce réellement pour l’améliorer, ou bien pour la liquider ? Car il y a bel et bien des gens qui ont travaillé à améliorer l’enseignement, à le rendre plus intelligent, plus fin, plus humaniste – mes parents ont fait partie de ce contingent-là… Mais d’autres ont manifestement utilisé la soif de progrès des enseignants les plus idéalistes pour saper toutes les bases de l’institution scolaire – à commencer par le minimum de discipline qui était vital – jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. En tous les cas, il est évident que la destruction du « mammouth » profite aujourd’hui à certaines personnes, des vautours, qui sont bien contentes que l’ascenseur social français – qui était à l’origine, soit dit en passant et tout-à-fait entre nous, une petite merveille de technologie sociale – ne fonctionne plus.

Sérieusement, que pouvait-on espérer qu’il arrive, à part une désorganisation complète du système scolaire, en envoyant tous les ans aux profs, depuis le ministère, de nouvelles directives toutes plus absurdes, poétiques et contradictoires les unes que les autres ?

Nigel Farage : « Nous voulons une Europe des Etats-nations »

On a voulu réduire nos fromages à des standards uniques, on a voulu niveler nos pensions, on a voulu nous spolier pour éponger des dettes venues de très haut, on a voulu casser les manifestations de la morale lorsqu’elles exprimaient fort et haut dans la rue que certaines limites ne devaient pas être dépassées en assimilant les homos à la famille, on a voulu qu’un vote ne soit qu’un prétexte à être élu et non à servir mais se servir, on a voulu abroger toute limite au vol et à la confiscation des produits du travail au profit de la gabegie institutionnelle et des banquiers, on a voulu …on a voulu …on a voulu.

Mais demain lorsque tout s’écroulera, car tout va s’écrouler alors ceux qui ont voulu pour nous feront bien de disparaître dans des terriers car nos limiers les rechercheront partout et parce qu’il faudra qu’ils paient l’addition même s’ils ont voulu …exonérer leurs actes de toute punition.

Ce qu’ils auront voulu pour eux, ils ne l’auront pas, pas plus que nous n’avons voulu ce qu’ils ont voulu pour nous.

Vouloir pour les autres, tenter d’annihiler leur identité voilà l’erreur originelle…

Jean LENOIR

De la distinction

.

N. disait qu’il préférait Bizet à Wagner pour rire. Pour rhétoriquer. Moi je le dis sans rire. J’aime mieux à Wagner le synthétique, Bizet qui est vrai.
Le plus difficile est d’avoir les goûts de ses ambitions.

.

Quand les homos aujourd’hui nous font croire qu’ils veulent se marier par amour, ils mentent. Ce ne sont pas des gens qui aiment : ce sont des bourgeois. Car comme le disait Baudelaire, le mariage est une désinfection de l’amour, le mariage est une préoccupation bourgeoise, il n’est pas l’amour. On n’a pas à demander le droit de s’aimer : on le prend. Ces gens qui entendent introduire l’état dans leurs pulsions transgressives pour les légitimer – transgression dont ils ont le toupet de se réclamer avec orgueil tout en interdisant autrui de la nommer pour ce qu’elle est -, pour les rendre non seulement autorisées mais au goût du jour, sont comparables aux guillotineurs révolutionnaires qui entendaient interdire la guillotine des Princes. Ce ne sont pas des gens qui « aiment la différence », ce sont des égoïstes qui veulent déplacer le curseur de la norme à leur avantage, comme on tire la couverture à soi. Or, comme chacun le sait, la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres : quand la loi aura autorisé un couple homosexuel, infertiles par décret de la nature, à « faire des enfants », alors ce sera les droits de la mère naturelle (et par extension de l’enfant naturel) qui y perdront d’autant. On ne peut donner quelque privilège que ce soit à une catégorie de personne sans reprendre une partie de ses droits à une autre. C’est le principe-même du privilège, dont on ne jouit jamais que parce que tout le monde n’en jouit pas.

Et voilà où je voulais en venir. Un homme vraiment libre et qui aime sa liberté ne se plaindra jamais d’être considéré par la société comme un anormal. Au contraire il y verra un signe de distinction, et une opportunité de se distinguer.

***

Les ignorants et les hérétiques pensent qu’on combat le Démon avec du désinfectant et des anges. Ironie de tous ces pions ! Ironie de ces pauvres diables… « Qui fait l’ange fait la bête » ; jamais sagesse populaire ne fut remède plus approprié aux poisons d’un siècle.

On combat le démon en priorité par l’humanité, le coeur qui est en soi, et non en tentant de se purifier ici-bas, car la pureté n’est pas de ce monde, et les purificateurs sont des monstres. A preuve les vicieuses attaques dont j’ai toujours été l’objet : systématiquement secondées dans leur volonté de me réduire au silence, par des visions puritaines. On combat le démon en se souvenant du Notre Père, qui commence par les mots suivants : « Pardonnez mes erreurs, pardonnez-moi mon Père, car j’ai péché. »

On combat le démon non en se croyant supérieur aux misères et aux humiliations que subissent pour leur amour les hommes et les femmes qui aiment, mais en se souvenant que l’homme est ainsi fait :

Rien ne lui est jamais acquis,
ni sa force, ni sa faiblesse,
et quand il croit ouvrir ses bras
son ombre est celle d’une croix.

Ce n’est pas l’ange qui peut combattre le démon – le démon est un ange – c’est l’homme.

Je crois en les hommes qui croient en l’homme. Et qui donc par extension croient en eux-mêmes, se croient beaux et grands et supérieurement nécessaires à l’Humanité, lorsqu’ils font preuve d’humanité.

Ne me demandez pas : à quoi ça sert ? On ne devient pas un homme pour y gagner quelque chose ou pour changer le monde, on le fait en premier lieu pour soi-même, et pour Dieu.

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.

La plus belle fille du monde ne peut offrir que ce qu’elle a

princesse-fleur-de-lotus

In-nocence

Ma maman, elle a toujours été un peu idiote. Avec le temps on ne peut pas dire que cela s’arrange… Peut-être tout simplement, à cause de la disgrâce de l’âge, cela devient-il plus flagrant ? Quand elle était jeune, parce qu’elle ressemblait à une Claudia Cardinale en modèle réduit, avec son bon caractère, ses yeux rieurs, ses manières papillonnantes de lutin hyperactif, personne ne s’en apercevait. On prête aux visages enfantins, aux tempérament joueurs, bien des qualités d’esprit qu’ils ne possèdent pas. La jeunesse, la grâce, agissent comme un écran de rêve où les gens projettent toutes sortes d’effets de leur bonté. Les belles personnes, que leur charisme protège, quand elles sont douées de quelque gaieté, avancent vaille que vaille à travers les embûches, et même les humiliations occasionnelles, comme un mage passerait et repasserait à travers un miroir…  Semblables à des vaisseaux fantômes, elles demeurent ni vues ni connues parce qu’elles transforment tout à leur contact : des étrangers subitement les saluent, des avenues cachées se déplient, les carreaux des fenêtres closes leur envoient mille clins d’œils complice, de gentils chiens galeux leur demandent des nouvelles de leur santé… Même la lumière du soleil semble les éclairer plus profondément ! – Ma mère qui a toujours souffert de graves problèmes de vue, m’a souvent parlé de la lumière… Elle m’a souvent dit qu’elle avait éprouvé des émotions esthétiques intenses certains jours bénis, certains jours où ses yeux capricieux voulaient bien ne pas ternir le monde d’un voile d’opacité.

Quand le jour s’étiole enfin entre deux présages noirs, tandis qu’un ciel de sang évoque au Simple un feu de cheminée, les grands arbres noueux, veilleurs des bords de route, se penchent sur le passage des petits princes de ce monde, et leurs longs squelettes chenus apparaissent subitement amicaux et farceurs. Après cela, quand montent les Esprits, et dansent dans les ombres le souvenir des morts, au pied des anges vengeurs, à l’envers des calvaires qui font le croisement des routes, en ces lieux intermédiaires où l’homme de tête est livré au cours-bouillon de sa mémoire, quand les maigres raisons du monde ne peuvent résister au sabbat des angoisses, seule une âme particulièrement transparente peut continuer à circuler librement… ma mère qui évoluait dans les infra-sphères animales, au plus près des essences, je veux croire qu’elle était de ceux-là à qui les illusions grotesques de la nuit n’inspiraient nulle crainte…

Ma mère, c’était le genre à revenir du supermarché en disant qu’un type en caddie lui avait foncé dessus et qu’elle avait dû s’excuser à sa place : « Il est arrivé par le côté comme ça, sans crier gare, il m’a foncé dedans et devinez quoi ? Au lieu de s’excuser il m’a insultée ! – Il t’a insultée comment ça ? Mais qu’est-ce qu’il t’a dit ? – Oh je ne sais plus… j’étais tellement sonnée. Il m’a fait une réflexion sur ma coupe de cheveux. Il m’a comparée à un balais-éponge. – Il t’a traitée de balais-éponge ? Mais c’est insensé ! Mais qu’est-ce que cela veut dire ? – Je n’en sais rien. J’étais tellement sonnée, je suis restée bouche bée. Et puis alors une dame du supermarché est arrivée, c’était peut-être sa copine, elle m’a dit de lui demander pardon et qu’on en finisse. Je lui ai dit que je n’allais pas lui demander pardon, que c’était lui qui m’avait foncé dedans. Mais elle n’a rien voulu entendre, puis lui s’est mis à se plaindre auprès d’elle… moi je n’en revenais pas… »

C’est d’elle que je tiens cette faculté étrange. Nous attirons les sourires, mais nous cristallisons aussi les colères, les méchancetés, les craintes… Les gens aiment bien s’énerver après nous. Cela les soulage. Ils se soulagent, comme les chiens. Ce que je dis toujours : les pauvres, ils prennent une revanche sur la vie.

la boheme

Déniaisement

« Elle est tellement belle ta fille… Et puis elle parle bien. Je suis sûre qu’elle finira à la télé ! »
« Oh c’est toi qui a sculpté ça ? Vraiment, c’est très réussi. Pourquoi n’essaierais-tu pas d’en faire ton métier ? »
« J’adore ta façon de t’habiller. Tu as toujours tellement d’idées ! Tu devrais essayer de dessiner des vêtements. »
« Sérieux, on ne voyait que toi sur scène. Tu devrais tenter de passer le concours d’entrée du Cours Florent. »
« Je ne savais pas que tu chantais ! Pourquoi n’essaierais-tu pas de faire la Star-Ac’ ? »
« Oh toi alors, tu as tous les dons. On ne se fait aucun souci pour toi. Tu feras ce que tu voudras. Tout ce qui nous importe, à nous tes parents, c’est que tu sois heureuse. »
« J’ai vu la petite-fille de ma voisine. Sais-tu ce que c’est, son métier ? Elle agence des vitrines pour des commerces du centre-ville. Avec une petite formation, tu pourrais faire ça, toi. »
« Non c’est vrai, tu présentes bien. Et puis tu as un certain maintien. Je pense qu’ils te prendraient tout de suite comme hôtesse d’accueil. »
« Ecoute, je connais un photographe, il s’appelle Sergio. Dis-lui que tu viens de ma part, je suis sûre qu’il te fera un prix. Il fait du très bon boulot et puis je suis sûre qu’il va t’adorer. C’est quelqu’un de très ouvert, il sait reconnaître un tempérament artistique. »
« Salut ! Comment tu vas ? J’ai un plan pour faire de la figuration dans un film d’époque. C’est génial, on pourra peut-être voir Romain Duris ! Hiii ! C’est payé 50 euros de l’heure pour un simple passage devant la caméra. 100 s’ils te donnent une réplique. »
« Bonjour mademoiselle, je suis peintre à mes heures perdues. Un peintre du dimanche, quoi. Ce que j’aime faire surtout, c’est peindre des nus. J’ai déjà peint pas mal de petites étudiantes étrangères du pôle universitaire à côté. Si cela colle entre nous, nous pourrions planifier quelques séances. Attention, hein. Je ne suis pas un grand artiste, je fais ça surtout pour le plaisir… Si vous acceptez, ça doit être pour le plaisir également. »

« La Bohêmeuh ! La Bohêmeuh.. etc. » ♪

pas d'art sans liberté

Libéralisme

Je crois que ce que je trouve plus plus pathétique dans cette idéologie de la liberté qu’on nous vante, c’est qu’elle ne nous laisse plus comme liberté que celle de rentabiliser tout ce que nous savons faire, tout ce que nous faisons, tout ce que nous aimons, tout ce que nous sommes… à peine conçu, sitôt vendu ! Le concept comme le bonhomme. Le système est tellement vorace, il a tellement besoin de notre vitalité, de notre créativité, pour enrayer sa décadence, qu’il ne nous laisse même plus le moyen ni surtout le temps de développer le moindre savoir-faire, ni le moindre plaisir dans la création lorsque celle-ci est rémunérée. Or pas de créativité sans plaisir. Comment voulez-vous produire quelque chose qui vaille lorsque vous avez été sélectionné pour votre libre esprit et qu’on vous demande de faire dans des barquettes ? Tant qu’il va encore à l’école, il y a un vampire qui sommeille derrière chaque jeune à potentiel, prêt à lui fondre sur le paletot au moindre éveil du poète qui sommeille en lui, et qui lui demande de transfuser sa passion naturelle dans du marketting, de la pub ou du divertissement rapide&pas cher. Cela ne donne pas envie. La créativité a besoin de prendre ses aises, de flâner, de rigoler… de se vivre ! Le créatif n’est pas spécialement un mec qui aime créer, c’est avant tout un mec qui aime la vie ! Les gens qui ont le feu sacré non seulement sont ceux qui ne se laissent plus happer par la machine, mais plutôt que de donner de leur substantifique moelle au grand proxénétisme généralisé qui nous gouverne, ils préfèrent encore disparaître dans la nature, s’évader dans la marge, devenir Walgänger. Afin de pouvoir continuer à exercer leur liberté, paradoxalement, ils doivent dire fuck à l’idéologie de la liberté. Hier encore j’étais dans Paris. Ici encore plus qu’ailleurs, le maquereau t’attend au détour dès que tu produis le moindre début d’un morceau de quelque chose qui fait sens. Forcément, au final, comme personne n’y a plus le loisir – au sens profond du terme loisir  – d’y développer un art de vivre différent & élaboré, qui soit basé sur des idées complexes, comme plus personne n’a plus la liberté mentale d’y parler sans s’écouter parler, d’y vivre sans se regarder vivre, ne reste plus à ceux qui tentent malgré tout de suivre le mouvement pour imposer leur marque, qu’à vendre leurs corps ! La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a.

Du coup, forcément, Zahia&Nabila sont à la mode !

zahia-bionic-2-oosgame

Prostitution

Hier dans Paris, je regardais ce que vendaient les magasins de prêt-à-porter… Mais que j’étais navrée ! Mais que j’étais dégoûtée par l’ambiance générale… Partout des boutons dorés, des festons bling-bling, de la perlouzes, du moulant, du ras-le-bonbon, des chaussures pour fétichistes, plumes d’autruche et barbie-doll, tape-à-l’oeil vulgaire à base d’imprimés serpent, léopard, slogans provocateurs sur t-shirts féminins : « sins&lust » et autres « look-at-me »… La standardisation du business a pris des proportions extrême : toutes les grandes enseignes proposent la même merde, à tous les prix, pour toutes les bourses, donc à tous les étages de la société. Jamais vu ça. C’est la mode de la pute, c’est la mode pour Zahia&Nabila, tout est à comprendre au premier-degré, on se désinhibe jusqu’au trognon, mais cela ne concerne pas seulement la banlieusarde en quête de quéquette friquée ou la fille-à-papa qui doit soigner ses relations. Non, la bourgeoise-mère aussi est concernée. Ainsi que bobonne, madame tout-le-monde, l’institutrice, la magistrate, la boulangère, la féministe, la lesbienne, la beurette et l’africaine qui parle à peine français. Tout le monde sur le pavé, tout le monde à vendre ses avantages, à tortiller du fion en mesure ! Rythmes africains, ambiance guerrière, enfants-soldats de la putasserie.

Les grands esprits se rencontrent : AMQC vient de peindre ses impressions sur l’atmosphère qui plane sur la capitale, et elles rejoignent les miennes : http://amoyquechault.over-blog.com/les-rats-sont-dans-paris

Voilà à quoi mène une telle conception utilitariste de la liberté. Aucun geste, aucun espoir, aucun art de vivre, aucun être-au-monde, rien n’est plus gratuit dans cette société-là. Mise à mort de toute spontanéité. Il faut tout mettre à l’encan, tout faire valoir. Si tu développes une aptitude, il faut qu’elle te serve ! Si tu ressembles à quelque chose, il faut que tu le deviennes ! Ainsi nos mamans, quand nous étions petits, en nous nourrissant, en nous couvrant de baisers, nous ont allumé des étoiles dans nos yeux, nous ont mis du baume dans nos cœur… elles ont fait cela innocemment, par atavisme, par instinct, par animalité, parce qu’elles nous rêvaient une vie joyeuse, un destin glorieux, parce que nous étions leur avenir, parce qu’elles nous souhaitaient une tête bien pleine, un cœur plein d’amour, de faire de beaux rêves, et de tous les réaliser… Mais au moment d’entrer dans la vie adulte, voilà tout ce qu’il en reste ? Au moment d’entrer dans la vie active, il faudrait faire tenir tout cela dans un CV ?

Curriculum-Vitae-en-una-camiseta

Du Curiculum Vitae perçu comme une biographie

Un artiste à la mords-moi-le nœud ponds des (mauvais) portraits de pauvres gens et résume leur condition en quelques mots lapidaires : http://kitschophobe.tumblr.com/post/47784043241/depuis-quelque-temps-je-me-suis-mis-a-peindre

« Il nous a dit que s’il était parfois un peu brutal, c’est parce qu’il avait la rage de gagner » – « Avant de lui parler des résultats de son scanner, on lui a remis la charte des droits du malade » –  « Elle n’aime pas les inégalités, surtout quand elle pense que son beau-frère est plein aux as. » – « 70 heures de travail par semaine selon ses propres estimations » – « Elle anime des ateliers de speed painting ». L’ « artiste » en question explique ainsi son travail : « Certains CV peuvent faire sourire, voire rire, mais le fond de ma démarche n’est pas de faire de l’humour, ni de dénigrer ces semblables auxquels je ressemble tant. C’est plus grave : j’ai envie de faire sentir en quoi consistent réellement des vies tout entières. »

Une vie entière contenue dans un CV… Il serait judicieux d’interroger la façon dont ce pompeux imbécile emploie le terme en question. Il donne le « genre » du Curiculum Vitae pour un équivalent du genre biographique… Ce fainéant de barbouilleur n’a pas dû se trouver bien souvent en situation de chercher un emploi, croyez-moi ! – Personne en vérité ne raconte jamais sa vie entière à un employeur pour obtenir du boulot ! A moins de vouloir se mettre en ménage avec lui…  A moins vouloir à tout prix se ridiculiser… Ou bien de n’avoir jamais vécu effectivement que dans l’ambition unique de décrocher LE poste auquel on postule ! … – ce qui reviendrait à dire qu’on se soit toujours envisagé soi-même comme une sorte d’outil à usage unique (un genre de clef-à-molette ?)… – et qui sous-entendrait donc qu’on serait totalement inapte à remplir n’importe quel autre emploi (- adieu la vie si on est recalé ?). Non, le type lambda lorsqu’il écrit un Curiculum Vitae, sélectionne et biaise les informations qu’il y laisse car il cherche à atteindre un cœur de cible… car il est bien obligé de se faire passer pour un type idéal (un type idéal d’employé) qu’il n’est pas – qu’il ne peut pas décemment être, existentiellement parlant ! Le candidat doit écrire son cv comme l’acteur travaille un rôle de composition. Car l’employeur ne peut et ne doit désirer savoir qu’une seule chose : si le postulant possède ou non les qualités requises pour le poste qu’il propose. Que son futur employé aie ou non rêvé une nuit d’être un oiseau, préfère l’odeur du cambouis ou de la terre mouillée, ait réglé ou non son Œdipe, croie ou non à l’Œdipe, ou encore connaisse par cœur la moitié des Poèmes Saturniens, non seulement le regarde pas, mais le savoir ne lui serait d’aucun secours.

tumblr_ml5dsfKl331r82jimo3_r1_500

Avant elle se battait pour mériter sa place. Avant elle se donnait beaucoup de mal pour décrocher un remerciement de son employeur ou quelques œillades masculines, pour ne pas se comporter comme une mère indigne, se faire respecter de ses amies, donner le change à la voisine, répondre aux exigences supposées de ses parents… Évidemment, elle n’obtenait la plupart du temps rien de plus qu’une autre, rien de plus sans doute que si elle n’avait jamais fait aucun effort. Et même son aptitude à courber l’échine la faisait le plus souvent passer pour quelqu’un de faible – alors que paradoxalement cette aptitude était le résultat de beaucoup de travail et d’abnégation. Mais lorsqu’on lui disait que la raison pour laquelle elle se faisait marcher dessus était précisément sa quête éperdue de reconnaissance sociale, alors elle ruait dans les brancards ! Elle s’exclamait qu’il n’y avait rien de pire que de passer son temps à faire des choses en lesquelles on ne croit pas, rien de pire de que fréquenter des gens dont on n’attend plus rien, rien de pire que d’obtenir des joies et des honneurs qu’on n’a pas mérité. Elle préférait continuer à croire à la comédie sociale et professionnelle, continuer comme une rock-star à jouer cette comédie sur les rotules à sang pour sang, parce qu’ainsi elle se persuadait qu’elle irriguait de sens l’étroite destinée servile encore laissée ouverte aux gens de bien, qu’ainsi elle tenait la maison du Seigneur en bon-ordre, à bout de bras : qu’ainsi grâce à elle chaque chose était encore en place dans son foyer, et les moutons au pré broutant ! Elle préférait vivre dans la certitude que toutes ses action étaient nécessaires en atteignant constamment ses limites que d’admettre que c’était cette certitude idiote, et le fait de vivre constamment au bord de ses limites, qui l’empêchaient de les dépasser… Elle préférait son martyr ordinaire, son martyr solidaire, sa participation invisible à la chaleur du troupeau, à cette compréhension honnie de la vanité de toute chose qui, si elle avait accepté de la rejoindre par lassitude, lui aurait sans doute fait opérer un bond hiérarchique dans son travail et remonter dans l’estime de ses proches… Quand tout à coup, patatras ! Tout s’écroula ! L’équilibre fut rompu.

Tout d’un coup, un beau matin de juillet alors qu’elle se prenait encore et encore vaillamment à espérer des jours meilleurs, elle apprit qu’elle était malade, et ce depuis longtemps, et qu’il lui fallait cesser de travailler pour se soigner, qu’il lui fallait lâcher-prise… Ses rapports avec les autres en changèrent du tout-au-tout. Elle qui n’obtenait jamais rien en se tuant à la tâche, à présent qu’elle ne pouvait plus se tenir debout et donner-donner, qu’elle n’était plus là que pour recevoir les autres dans un lit, recevoir des soins, recevoir de la commisération, recevoir des chocolats, elle qui n’avait jamais jusque-là suscité la compassion de personne, devint pour la première fois de sa vie d’adulte l’objet de mille attentions dévotes. D’un coup d’un seul, on se souciait de ses humeurs, d’un coup ses sensations importaient, ses projets dans les airs faisaient soupirer quelques autres… Cela ne lui était plus arrivé depuis l’âge de dix ans. Bien des cœurs sensibles ne deviennent hypocondriaques que pour obtenir cela. Rejoindre la sensation d’être sauvé du petit garçon malade, à qui sa mère vient porter le petit-déjeuner au lit, tandis que ses camarades sont enfermé à l’école, occupés à bûcher sur un devoir particulièrement ardu.

Ah ! La sainte et sotte habitude de vouloir que tout ce que nous faisons soit rentable ! Ah la satisfaction que nous aurions à être totalement en mesure de nous auto-instrumentaliser ! Ah la petitesse, la médiocrité existentielle, l’absence d’espoirs réalisables, dans lesquels nous végétons à cause de cela.

Par delà la gauche et la droite – Une fascinante rencontre avec l’homme postmoderne

485674_276797825770599_415244565_n

L’autre jour, en me promenant du côté de chez l’Amiral Woland, je suis tombée sur une vieille connaissance… Un contradicteur de toujours, que nous connaissons tous, un habitué de nos milieux : j’ai nommé L’Indien, distingué troll gauchiste.

Provocateur comme à son habitude, il était venu expressément à l’occasion de l’ordonnancement du nouveau Pape… histoire de cracher un peu de bile. L’Indien est un athée avec un couteau entre les dents (oui, cela existe !) – ses réflexes hargneux, dès qu’il est question de religion, rappellent fortement ceux des communistes à l’ancienne mode.

C’est alors qu’il m’est venu à l’esprit une chose toute bête : l’Indien, en tant que lecteur assidu de la réacosphère, a pu se faire une idée extrêmement précise de nos modes de pensées, il en est venu à anticiper coup sur coup nos façons de réagir, de contrer ses piques… cependant que nous, tandis que nous étions continuellement en butte à ses agressions, coincés dans une posture défensive, nous n’avons jamais pris la peine d’étudier son cas.

Qui est vraiment l’Indien ? En quoi croit-il ? C’est ici ce qu’il vous sera donné l’occasion de découvrir…

..

..SOURCE : Chez l’Amiral Woland, le 14/03/2013 – L’article s’intitule : François, notre Pape

[NDLA : j’ai pris la liberté de corriger rapidement quelques fautes d’orthographe et de ponctuation chez l’Indien, pour faciliter la lecture.]

..

L’INDIEN| 15 mars 2013 à 18 h 01 min | Réponse

Rien a changé ici évidemment ! Toujours aussi peu objectifs. Etonnant de vous voir vous appuyer sur le nombre de moutons qui suivent votre nouveau berger, depuis quand des réacs se cachent derrière un gros nombre pour en juger un autre plus petit. Tous vos milliards de crétins et votre chef ne vaudront jamais un seul des vrais papes modernes, les savants, scientifiques qui font désormais avancer le monde, loin des égarements mentaux des milliards de bigots figés dans leurs us ridicules faute d’avoir eu une vraie éducation variée.

  1. L’Indien !!!!!!!!!!!!!
    Bonjour !

  2. Le troll a pour objectif de créer une polémique dans le but de perturber l’équilibre d’une communauté. Ca me va, mais dans le cas ou mes propos correspondent a ma pensée, ça ne fait plus de moi un troll. Et encore moins si je n’agis pas de façon perverse, ce qui est le cas. Il y’a toujours chez vous cette manière de ne jamais apporter d’arguments convenables, esquivant la confrontation. Ce qui ressemble beaucoup a une communauté recroquevillée dans son coin, butée qui ne trouve son équilibre qu’en s’entendant dans la critique des autres. Je fais mon relou là, mais vous êtes graves, franchement. Sinon a propos de ce pape, c’est pas pour critiquer mais je voudrais dire que ses lunettes sont très mal ajustées, je suis désolé mais je sais de quoi je parle, on voit bien que les pli des branches sont trop courts, enfin bref mon dieu laisse pas passer ça, il se flingue la vue le gars.

    • Mais on vous aime bien et puis on est toujours le troll d’un autre de plus quand je lis Troll de Troy, je suis aux anges.

      Quant au recroquevillement que vous évoquez, il est identique chez les gentils de gauche, voire plus méprisant , plus agressif.

      Bonne journée

  3. L’Indien a changé !
    Avant, dans le bon vieux temps, il répondait quand on le saluait. Il était d’une politesse exquise, enfin normale quoi. On a le droit de changer de qualificatif.
    C’est ptet un autre Indien, c’est plus le nôtre.
    Et puis, stylistiquement parlant, la mode étant aux comparaisons, on ne le reconnaît pas.
    Il faisait des paragraphes il me semble, non ?
    Cet Indien-ci est un imposteur.

  4. Comme je n’ai pas l’habitude de mettre la parole de mon amiral en doute, je dirais que monsieur l’indien a mûri, les épreuves l’ont mûri avant l’âge. On sent un doute dans son intervention, on sent un vécu difficile à reconnaître, on sent un appel au secours vers cette communauté recroquevillée dans son coin mais au combien sécurisante. Courage monsieur l’indien comme dit l’autre « les bons mûrissent. Les mauvais pourrissent »

L’INDIEN | 18 mars 2013 à 16 h 35 min |

Vous êtes d’une condescendance insupportable et avez ce comportement typique des bandes, avec des membres qui s’embrigadent les uns les autres au point de ne plus être capables d’apporter de crédit aux idées qui ne vont pas dans votre sens. On ne peut pas parler avec vous, le débat n’a jamais été possible ici. Tout ce que vous trouvez a répondre c’est que je n’ai pas fait de paragraphe, que je ne réponds pas aux bonjours et a faire vos petites blagues privées.

Il y’a quand même Coach Berny qui soulève le fait que vous vous sentez en sécurité dans votre communauté. Ça n’est surement pas une bonne raison pour mépriser a ce point les autres. Alors je sais bien que l’évolution des choses ne vous facilite pas l’existence, que rien ne va dans votre sens avec les mariages pour tous, la mort a petit feu de la religion, les libertés laissées a la liberté de circulation, les arrivées de la gauche aux pouvoirs, de toutes façons tout est toujours trop a gauche pour vous. Vous devriez tout de même faire un effort de comprendre qu’on n’essaye pas d’organiser une révolution quand on est isolé dans son coin. Parce que j’en ai entendu des désirs de reconquista etc, vous nagez en plein délire, les gens sains d’esprits ne veulent pas de ce que vous souhaitez. Continuez d’ignorer tout ça, faites vos petites prières dans votre secte, vos petites blagues sur les blogs en vous rassurant tant bien que mal en vous donnant la position du chêne isolé et solide qui ne plie pas devant vents et marées d’ordure. Ca n’empêche qu’il a de grosses œillères ici. Vous fonctionnez par biais cognitif, et c’est pas étonnant pour un groupe qui s’est auto marginalisé et qui a tendance a se perdre dans la religion. Si vous ne respectez pas le point de vue des autres et aimez l’exprimer, alors allez leur dire, plutôt que rester entre vous a ressassez les même choses ou vous vous retrouvez et à refuser la discussion quand y’en a un qui vient essayer de percer votre coquille.

MOI | 18 mars 2013 à 16 h 57 min | Réponse

Vous approuvez la marche du monde, l’Indien ?

Libre circulation des hommes comme des marchandises, Bruxelles dépossédant les vieilles démocraties d’Europe de leur souveraineté, le mariage pour tous accompagné du « droit à l’enfant » qui empiète sur la Déclaration des Droits de l’Enfant, les belles églises du patrimoine de la France qu’on n’entretient pas voire qu’on détruit, les moches mosquées modernes qu’on construit avec l’argent public en dépit des principes les plus élémentaires de séparation de l’Eglise et de l’Etat.. etc. Et j’en passe… Vous approuvez tout ça ?

L’INDIEN | 18 mars 2013 à 17 h 47 min | Réponse

Ca serait vraiment idiot de se satisfaire de ce qu’est le monde, mais j’approuve comme la plupart des gens, l’orientation qu’il prend. L’être humain a toujours été une marchandise, comme tout le reste, il se déplace là ou ça l’arrange, il se fait envoyer là ou ça va dans l’intérêt de sa communauté, de son entreprise, ça n’est pas la source du problème. Pour les vieilles démocraties d’Europe qui n’ont plus leur souveraineté, c’est comme ça. Les pays comme les personnes doivent apprendre qu’on fait partie d’un tout et qu’on ne peut s’occuper de sa personne en ignorant les autres. Faire partie d’un groupe c’est apprendre à se remettre en question. L’intelligence, notre place dans le monde animal, nous vient de cette particularité, de savoir se percuter aux idées opposées pour évoluer ou les faire évoluer. Sinon pour le mariage pour tous, encore heureux que tout le monde puisse s’unir comme il le souhaite tant que ça reste dans la morale, et à notre époque la morale c’est la science et elle nous dit qu’il n’y a pas de raisons de refuser ces droits aux gays. Qu’ils élèvent des gamins, aussi s’ils le souhaitent. C’est quoi cette histoire de droit de l’enfant? Depuis quand un enfant a des droits? Il prend le monde tel qu’il lui vient, avec des parents et un entourage plus ou moins bien selon sa chance.

Les belles églises sont bien assez respectées surtout sachant les horreurs passée et présentes qui sont faites au nom de la religion. Inversons les choses si les églises étaient des lieux athées ou agnostiques et la population religieuse, ça fait longtemps que les clochers n’existeraient plus. Mais heureusement tout le monde n’a pas pour désir de vouloir évangéliser les autres selon les préceptes d’un livre qu’on croit écrit par Dieu mais qui n’est que le fruit d’humains qui ont manuscrit des rumeurs de chamans et autres soit-disant prophètes qui n’étaient que des épileptiques. Ca va pour tous les théismes. Détrompez vous l’Islam ne bafoue pas plus la laicité que les autres, c’est juste qu’on était pas habitué a leur présence.

Merci d’expliquer vos soucis, mais je trouve que quand vous vous révoltez pour critiquer les affronts qui sont fait au monde, vous pensez a votre monde, plutôt que de prendre en compte un ensemble de beaucoup de chose.

MOI | 19 mars 2013 à 9 h 28 min | Réponse

Bonjour l’Indien.

Tout ce que vous nous dites est proprement fascinant. Je trouve totalement regrettable que nous ne nous soyions pas penchés plus tôt sur vos opinions à vous, tandis que continuellement nous nous bornions à prendre le plus grand risque en vous exposant les nôtres. En effet, notre ignorance de votre personne, jusqu’ici, nous laissait en butte à vos provocations incessantes, et bloqués dans une inconfortable position défensive. J’espère que dorénavant lorsqu’on verra paraître l’Indien, on ne se contentera plus de s’exclamer comme des enfants : « Oh voilà le gauchiste ! Oh voilà le troll ! », mais qu’on saura à qui l’on a affaire. Vous êtes aussi un libéral, l’Indien, un partisan du « laisser-faire », un vrai.

Cela tombe bien pour moi, voyez-vous l’Indien, parce que contrairement à certains ici (que vous avez peut-être effectivement, quelque part, coincés dans leurs propres contradictions idéologiques – notamment quelques unes de vos allégations ne sont pas sans me rappeler celles d’un certain denis l. – remember ?), cela tombe bien pour moi, disais-je, car de mon côté je suis plutôt du genre anti-libéral acharné (sisi ! ^^), ainsi je réalise que vous synthétisez tout ce que je déteste le plus au monde en terme de posture idéologique. Rien que pour cela vous mériteriez que je vous consacre un article – pourquoi pas une interview ? – sur mon blog. Si l’Amiral voyait un inconvénient à ce que nous occupions le présent fil de commentaire pour nous affronter, c’est ce que je ferais.

Quand vous dites qu’il faut avoir le courage de se confronter aux opinions adverses, je vous suis à 100%. Quand vous dites qu’il faut avoir le courage de ses propres opinions jusqu’au bout, je vous baise les pieds. Avec moi, vous pouvez être certain que votre vœu de cohérence interne sera respecté. Plus encore, je ne vous laisserai pas manquer à une telle exigence envers vous-même. Un tel jusqu’au-boutisme me plait trop.

Vous avez dit également : « la morale d’aujourd’hui, c’est la science ». Je suppose que vous allez voir en moi une personne excessivement morale, car je m’apprête à user pour vous contrer de la méthode scientifique. Je vais numéroter les réflexions que me suscitent vos allégations par le menu. Si vous n’êtes pas trop indigne de cet entretien, vous me ferez le plaisir d’y répondre en usant des mêmes repaires. Ainsi la lecture en sera facilitée pour notre hôtes et ses hôtes.

Merci.

____________________________________________________

1 – « Ca serait vraiment idiot de se satisfaire de ce qu’est le monde. »

Pourquoi idiot ? Mais allez-y, développez…

2 – « J’approuve comme la plupart des gens, l’orientation qu’il prend. »

Pour vous, « les gens » éprouvent globalement le sentiment de vivre dans un monde de progrès. Intéressant.

Ces gens auxquels vous pensez, à quelle catégorie sociale appartiennent-ils ? Vous devez connaître un certain nombre de jeunes, si nous exceptons les jeunes issus de l’immigration, dont les parents ont parfois vécu la grande misère, trouvez-vous que les jeunes européens ont un niveau de vie égal à celui de leurs parents ? Vous devez notamment connaître un certain nombre de personnes issues de la génération Baby-boom, qui ont connu le plein-emploi des trente glorieuses, si vous deviez comparer ce que c’était qu’avoir vingt ans à leur époque, avec ce que ç’a été d’avoir vingt ans pour leurs enfants (leurs enfants qu’on nomme aussi « la génération sacrifiée »), et ce que c’est que d’avoir vingt ans aujourd’hui, quelle réflexion vous viendrait-elle à l’esprit ?

A vos yeux, progrès technique égale progrès tout-court. Pensez-vous que la découverte de l’arme nucléaire soit un progrès humain ?

Dans le même ordre d’idée, les guerres du XXe siècle ont été les plus meurtrières de toute l’histoire de l’humanité, et cela grâce au progrès technique. Notamment le régime nazi a eu ceci de particulier qu’il a planifié des massacres de manière /scientifique/ (tout comme le régime communiste de l’ex. URSS) , et qu’il a fait avancer la médecine par un certain nombre d’expériences directement sur matériau humain. Cette façon moderne de faire la guerre a-t-elle constitué un progrès à vos yeux comparativement aux anciennes façons de faire, moins « rationnelles » ? [SVP ne me parlez pas de religion ici, car cela serait hors sujet. La religion nous y viendront plus tard].

3 – « L’être humain a toujours été une marchandise, comme tout le reste, il se déplace là ou ça l’arrange, il se fait envoyer là ou ça va dans l’intérêt de sa communauté, de son entreprise, ça n’est pas la source du problème. »

Lorsque vous dites qu’il est normal que l’homme soit réduit à l’état de marchandise, vous admettez que l’homme est un loup pour l’homme et que cela est dans l’ordre des choses.

« à notre époque la morale c’est la science »

Cela donne-t-il raison à votre avis aux scientifiques nazis qui ont travaillé sur matériau humain vivant ? S’il apparaissait éventuellement à la science actuelle qu’un homme vivant (par exemple un fou, grandement handicapé, chômeur de longue durée, sans famille) était plus utile à la société sous forme de pièces détachées, c’est-à-dire en donnant ses organes à des accidentés de la route ou à la science, que sous la forme d’un homme vivant, trouveriez-vous normal que la science le condamne à mort ? A quoi servent à votre avis les comités de bioéthique, si la morale et la science ne font qu’un ?

Lorsqu’une femme qui vit dans la grande misère, quelque part sur la planète, se fait payer par un occidental pour porter un enfant qui n’est pas à elle et ne le sera jamais (car on le lui retirera à sa naissance), cela ne s’apparente-t-il pas à de l’esclavage ? Puisque vous trouvez normal de vendre du matériau humain, quels arguments pouvez-vous avancer en défaveur de l’esclavage ? Si en vertu de la science, l’esclavage lui-même – pratique archaïque abolie en Occident dès la fin de l’antiquité pour des raisons morale, contre laquelle les Etats-Unis-d’Amérique se sont constitués en démocratie, condamnée fermement par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen – si l’esclavage lui-même, en vertu de la science, n’apparaît plus comme étant une pratique immorale, alors la science livrée à elle-même n’apparaît-elle pas dès lors, quant à elle, comme conduisant à une régression sur le plan des mœurs, à un retour à la barbarie ?

4 – « L’être humain a toujours été une marchandise. »

Quand vous lisez une tragédie grecque, avez-vous le sentiment que les hommes qui y sont dépeints sont des marchandises ?

5 – « Pour les vieilles démocraties d’Europe qui n’ont plus leur souveraineté, c’est comme ça. Les pays comme les personnes doivent apprendre qu’on fait partie d’un tout et qu’on ne peut s’occuper de sa personne en ignorant les autres. Faire partie d’un groupe c’est apprendre a se remettre en question. »

Vous comparez les nations, les démocraties, à des hommes, et vous dites qu’elles doivent vivre en bonne intelligence les unes avec les autres. Pourquoi pas. A présent, en quoi l’art de vivre en bonne intelligence avec son voisin consiste-t-il ? Suffit-il pour bien s’entendre avec son prochain d’être gentil avec lui ? Ne faut-il pas aussi veiller à s’en faire respecter ? Celui qui respecte l’intégrité (la vie privée, la liberté d’opinion, le droit de réserve) de son prochain n’est-il pas en premier lieu celui qui sait respecter les siens-propres ? Et face à un voisin agressif ou intrusif, comment fait-on ? Les méchants voisins n’existent-ils pas ? Et suis-je absolument forcée d’aimer mon voisin pour vivre paisiblement à ses côtés ? N’ai-je pas le droit de l’ignorer complètement ? De vouloir qu’il m’ignore ? C’est mon cas en ce qui concerne certains voisins que j’ai dans mon immeuble : ce sont des gens qui ne pourraient pas me comprendre, avec lesquels je ne partage aucune valeur, qui passent eux-mêmes à côté de moi sans me voir, et cela m’arrange bien, et qui attendent de moi que j’en fasse autant. A l’inverse, quand une personne donnée témoigne un intérêt particulier, voire excessif, pour son voisin, et que celui-ci se voit forcé ou bien de rendre une telle sympathie sans coup férir, ou bien de passer pour un ingrat, voire même (pour les plus faibles) de se claquemurer chez lui dans l’angoisse de voir l’autre faire irruption dans sa vie à tout moment, cela n’engendre-t-il pas bien souvent toutes sortes de malentendus et d’embrouilles ? Dans bien des cas – si ce n’est dans tous les cas – c’est à la condition-même qu’une saine distance de sécurité soit respectée entre individus différents, par les uns et les autres, entre les uns et les autres, que paradoxalement des relations – prudentes donc respectueuses, donc subtiles, riches et variées – peuvent éventuellement se nouer entre eux. Nous faisons mine de ne pas le voir, mais bien souvent les êtres que nous aimons le plus sont ceux qui nous laissent libres de ne pas les aimer. Et la pire illusion du monde en termes relationnels est de croire qu’il faille coûte que coûte entrer en fusion sentimentale ou intellectuelle complète avec tout le monde.

6 – « Pour les vieilles démocraties d’Europe qui n’ont plus leur souveraineté, c’est comme ça. Les pays comme les personnes doivent apprendre qu’on fait partie d’un tout et qu’on ne peut s’occuper de sa personne en ignorant les autres. Faire partie d’un groupe c’est apprendre a se remettre en question. . »

Vous comparez les démocraties, les nations, à des hommes, et vous sous-entendez qu’elles ont comme eux une durée de vie limitée, et qu’il faut s’y résoudre. Très bien, pourquoi pas. A présent j’ai tout de même envie de vous poser une question. Etant donné que les nations (et les démocraties également – de /demos/, peuple) ne valent que par les hommes qui les composent, que faut-il faire à votre avis des hommes qui se définissent eux-même par-rapport à leur appartenance à une nation ? – chose qui n’est pas beaucoup plus folle, vous en conviendrez, que celle de se définir par-rapport au nom qu’on porte, à l’éducation qu’on a reçue, à la classe sociale d’où l’on vient – il faut bien se définir soi-même d’une manière ou une autre. Que faites-vous donc des hommes qui composent les nations désuètes ? Sont-ce des hommes désuets ? Et s’il est normal de voir mourir les nations désuètes, doit-on également pousser à la mort les hommes désuets ? Vous prônerez sans doute encore une fois une sorte d’arrangement à l’amiable, vous direz qu’il faut convaincre les gens d’évoluer, pour leur propre bien. Et là je vous dirai – patatras ! – dans quelle mesure peut-on prétendre faire le bien des gens contre leurs propres volontés et choix d’appartenance ? Figurez-vous le dernier des Mohicans : doit-on le convaincre qu’il n’est pas un Mohican pour le faire accéder au bonheur qu’ont les autres de ne pas appartenir à une race éteinte et à une nation en ruines ? Figurez-vous Don Quichotte, qui se serait plutôt laissé découper sur place par un démon à six-têtes plutôt que d’admettre que le temps rêvé des Chevaliers sans peurs et sans reproches était révolu. Don Quichotte ne se laisserait pas raisonner par vous, il ne se laisserait pas convaincre qu’il doit être autre chose que Don Quichotte. Faut-il donc le découper en tranches ? Se moquer de lui avec la cantonade ? Se féliciter de sa prochaine élimination naturelle ?

Si vous pensez que les Don Quichotte doivent disparaître, vous ressemblez un peu en cela aux requins, ces nazis de la mer, donc le rôle dans l’écosystème qu’ils habitent est de faire disparaître les animaux blessés ou frappés de faiblesse, afin de laisser la place libre à ceux qui, en bonne santé, doivent se reproduire pour améliorer le pool génétique de leur espèce. Cela veut dire que lorsque vous trouvez un être fragile et mal adapté, un Albatros (aux-ailes-trop-grandes-qui-l’empêchent-de-marcher) qui dans la nature n’est rien mais que dans une civilisation on fait apprendre aux enfants des écoles, une pauvre âme en souffrance, un blessé de la vie, alors au nom de cette Vie-même – dont vous ne voulez pas admettre qu’elle puisse être cruelle à l’homme de cœur, au rêveur, au sensible – alors au nom de votre déifiée nature – dont vous ne voulez pas admettre qu’elle soit l’éternelle ennemie de la civilisation, de la culture, donc de l’homme -, vous décrétez qu’il doit disparaître sans laisser de trace.

Or c’est le propre des animaux, encore une fois, de disparaître sans laisser de traces. Pas celui des hommes qui bâtissent et écrivent, pas celui des Nations et des Civilisations non plus.

7 – « l’intelligence, notre place dans le monde animal nous vient de cette particularité, de savoir se percuter aux idées opposées pour évoluer ou les faire évoluer. »

« L’intelligence, c’est la capacité d’adaptation. » Je connais cette phrase, c’est ce que me disait toujours ma mère.

Elle pourrait être de Machiavel. Ou de Confucius. Celui qui pense et agit, toujours en toute chose, conformément à ce que la nécessité/l’avidité/son boss commande, conformément au sens où le vent tourne, celui-là n’est-il pas toujours le plus intelligent ? En tout cas le plus victorieux ? On se demande bien à ce compte-là pourquoi il y a encore (et toujours) des ahuris pour ne pas toujours faire tout ce que l’appel de leur estomac leur commande… C’est vrai, quoi, là où y’a d’la gène y’a pas de plaisir ! … y’a pas d’bon sens non plus ! Après tout, hein, puisque nécessité fait loi !

On se demande bien aussi pourquoi une telle façon de voir a toujours été identifiée, dans la mentalité populaire, à celle du voleur ou du traître… On se demande bien pourquoi d’ailleurs aux yeux du vulgus pecum le voleur et le traître ont toujours été perçus comme des individus dépourvus de sens moral… C’est vrai quoi, pourquoi ne pas retourner sa veste quand le revers est de vison ? Par ici la bonne soupe, les plus gênés cèdent la place !

Quand vous dites, l’intelligence c’est savoir s’adapter, j’en déduis aussi que les cloportes mutants qui ont su résister à un accident nucléaire (là où tous les hommes ont clamsé) nous sont supérieurs en intelligence. J’en déduis aussi que les amibes capables de continuer à vivre dans les conditions climatiques, chimiques, de pression, de chaleur ou de froid les plus extrêmes, surpassent l’homme du point de vue de l’intelligence dans des proportions incommensurables…

8 – « Sinon pour le mariage pour tous, encore heureux que tout le monde puisse s’unir comme il le souhaite tant que ça reste dans la morale, et a notre époque la morale c’est la science et elle nous dit qu’il n’y a pas de raisons de refuser ces droits aux gays. »

La science la plus élémentaire dit aussi qu’un homme ça porte une bite, et qu’une femme ça n’en a pas, et qu’il faut un ovule et un spermatozoïde (chacun étant – forcément – sexuellement différencié) pour faire un bébé. Mais manifestement ces pseudo-progressistes (vrais esclavagiste, héraults du retour à la barbarie) ne s’intéressent à la science que lorsque celle-ci les arrange.

9 – « Qu’ils élèvent des gamins aussi s’ils le souhaitent. C’est quoi cette histoire de droit de l’enfant? Depuis quand un enfant a des droits? Il prend le monde tel qu’il lui vient, avec des des parents et un entourage plus ou moins bien selon sa chance. »

Un enfant, je vais vous expliquer ce que c’est. C’est un individu tellement faible qu’il ne peut pas encore s’occuper de lui-même tout seul, ce pourquoi il est obligé de compter sur la tendresse des adultes, leur générosité, leur amour. Il n’a pas le choix. Les Droits, je vais vous expliquer ce que c’est, il s’agit de privilèges justifiés qu’on accorde prioritairement aux individus faibles. Exemple : tu es handicapé, tu es vieux, tu es malade, tu es prioritaire sur les autres dans le bus en ce qui concerne le droit à la place assise. Autre exemple : tu es un petit enfant, tu portes une couche, tu es vulnérable, tu ne comprends pas tout ce qu’il se passe autour de toi, tu n’as encore jamais eu l’occasion de faire du mal à ton prochain, tu as donc le droit à ce qu’on te change ta couche, qu’on te protège, qu’on t’explique ce que tu ne comprends pas, et qu’on respecte ton innocence en ne te confrontant pas à des problèmes d’adulte (sexe, dialectique du péché, etc..) qui ne sont pas encore de ton âge.

Voilà, alors ça l’Indien, c’est la base, c’est le fondement de toute morale. En dehors de ça en fait il n’y a pas de morale. Je suis d’accord avec vous pour dire que si l’on oublie ça, il n’y a plus que des coutumes bidon. C’est là-dessus aussi qu’on fonde la notion de justice telle qu’elle est employée par nos tribunaux laïcs, car il s’agit encore une fois de pur bon-sens, 100% rationnel. Pas non plus besoin de religion pour comprendre ça.

10 – « depuis quand un enfant a des droits? Il prend le monde tel qu’il lui vient, avec des parents et un entourage plus ou moins bien selon sa chance. »

Ok. Donc vous votre truc, c’est le laisser-faire. Non mais c’est cool, parce que vous le dites clairement : à chacun sa merde, à chacun « selon sa chance ». Plus loin vous confirmez : « mais je trouve que quand vous vous révoltez pour critiquer les affronts qui sont fait au monde, vous pensez a votre monde ». En gros, ce que vous dites c’est que le bien-être des uns faisant le malheur des autres, personne ne devrait être habilité à lutter pour son bien-propre, sauf à prendre le risque de priver son prochain des privilèges qu’il s’arroge à lui-même. Bon, ce à quoi vous n’avez pas pensé, c’est que les Occidentaux ne sont pas seuls à lutter pour leur bien-propre. En réalité, tout le monde le fait. Par contre, si jamais les Occidentaux se convainquaient eux-même, comme vous aimeriez qu’ils le fassent, d’arrêter de rechercher leurs propres bonheur et succès, il seraient peut-être les premier êtres vivants jamais créés à agir ainsi. Ils deviendraient par là-même, à proprement parler, de véritables /erreurs de la nature/. De véritables erreurs que la nature (et sa cruelle loi) aurait tôt fait d’éliminer. – En réalité, je vais vous dire ce qu’il se passe, personne au monde n’est en mesure de se perpétuer sans l’être (de continuer à vivre, quoi) en agissant à l’encontre de son propre bien. Ceux qui prétendent le faire sont juste des hypocrites. En demandant aux gens d’agir ainsi vous leur demandez simplement d’agir en hypocrites – comme le ferait un authentique bigot.

Laissez-moi vous conter à présent une petite fable sur le /laisser-faire/. Il était une fois un petit garçon qui voulait un aquarium rempli de poissons de toutes les couleurs. Sa maman l’emmène au magasin, le petit garçon en fait le tour et il s’écrie : « Ils me plaisent tous ! J’en veux un de chaque ! ». Aussitôt quémandé, aussitôt acheté. Le soir venu, quand le petit garçon se retrouve chez lui muni de son nouveau jouet, il se dit que son aquarium est résolument le plus beau qu’on ait jamais vu, qu’il est encore bien plus beau que tous ceux que présentent les animaleries à leurs clients, et il s’en va se coucher des rêves pleins la tête. Hélas, tandis qu’il dort en rêvant à toutes sortes d’alter-mondes radieux, dans le salon obscur est en train d’avoir lieu une terrible guerre. Le petit garçon ignorant les règles les plus élémentaires de aquariophilie, a mélangé de terribles prédateurs d’eau de mer avec de petits poissons d’eau douce, il a fait se côtoyer de fragiles espèces pacifiques venues des climats tempérés avec d’autres, extrêmement belliqueuses, issues des grands lacs d’Afrique (où la survie en eaux trouble demande des capacités d’adaptations hors-norme). Au matin, quand le petit garçon se réveille, il ne reste plus rien de son paradis de la veille. Un gros poisson prédateur au visage balafré, le ventre gonflé d’avoir mangé toute la nuit, tourne et tourne encore sur lui-même, avec un air de défi, seul dans les débris des autres au milieu du bocal.

11 – « Les belles églises sont bien assez respectées surtout sachant les horreurs passée et présentes qui sont faites au nom de la religion. Inversons les choses si les églises étaient des lieux athées ou agnostiques et la population religieuse, ça fait longtemps que les clochers n’existeraient plus. Mais heureusement tout le monde n’a pas pour désir de vouloir évangéliser les autres selon les préceptes d’un livre qu’on croit écrit par Dieu mais qui n’est que le fruit d’humains qui ont manuscrit des rumeurs de chamans et autres soit-disant prophètes qui n’étaient que des épileptiques. »

Je veux bien que les grands inquisiteurs de naguère se soient rendus coupable de bien des crimes, l’Indien. Mais qu’avez-vous au juste à leur apprendre sur leur métier, vous qui venez de nous montrer que l’« humanisme » d’un genre nouveau que vous prônez est susceptible de sanctifier, dans le désordre :

– l’esclavagisme
– la marchandisation du vivant
– la planification technocratique de massacres à grande échelle
– la loi du plus fort/la loi de la jungle
– la morale du traître ou du voleur, à savoir l’opportunisme
– la persécution des plus faibles
– le non-respect de la Déclaration des droits de l’Homme et de l’Enfant
– la non-assistance à personne en danger

…et j’en passe…

12 – « détrompez-vous l’islam ne bafoue pas plus la laïcité que les autres, c’est juste qu’on n’était pas habitué a leur présence. »

Je veux bien. Cependant, en France, on ne construit plus d’églises. En revanche, on construit beaucoup de mosquées. Pourquoi alors les gens de votre obédience s’en prennent-ils si souvent aux chrétiens et laissent les musulmans tranquilles ? Parce qu’il faut savoir s’adapter au sens du vent, s’adapter comme les cloportes, c’est ça ?

Sur l’éducation – suite.

Fascisme Fun » @ Irena Adler :

Les gosses d’aujourd’hui, et à commencer par les petit blancs des classes supérieures, sont devenus des petits singes bruyants, ultra revendicatifs et narcissiques, totalement déconnectées des valeurs sacrificielles et familiales (ils mordent la main qui les a trop nourri, vivent dans un confort neurasthénisant).

Je dirai même plus que leur « pourrissement » est synonyme d’intégration dans la société. Si vous gosses ne sont pas aussi « pourris » que les autres, il ne s’intégreront pas plus dans le monde du travail que dans les soirées étudiantes.

Je doute encore plus que les « réactionnaires » soient capable d’élever traditionnellement leur marmaille. Allez dans n’importe quelle famille catholique pour voir l’étendue de molesse hippie qui s’est emparé des géniteurs comme de la progéniture (le film « La Vie est un long fleuve tranquille » est très représentatif du phénomène).

Irena Adler @ « Fascisme Fun » :

Si vous saviez comme je me fous des gosses des autres, lol !
Je l’ai pourtant expliqué dans mon article : aimer ses propres enfants, ce n’est pas raisonner sur l’éducation de tous les enfants du monde, ou vouloir le bien de tous les enfants du monde, au contraire.

Mais vous avez conservé du gauchisme une tendance forte à l’universalisme-niais.

« Je dirai même plus que leur « pourrissement » est synonyme d’intégration dans la société. Si vous gosses ne sont pas aussi « pourris » que les autres, il ne s’intégreront pas plus dans le monde du travail que dans les soirées étudiantes. »

I can afford that. ^^

Je ferai en sorte que mes enfants, s’ils sont exceptionnels, n’aient pas à frayer en permanence avec la lie de l’humanité non plus. Je ne vais pas les envoyer non plus dans des établissements scolaires classés ZEP, vous imaginez bien ! Pour le reste, chacun est sur la terre pour porter sa croix. Quand on transmet à un enfant une distinction en ce monde, il faut lui donner aussi la force de la porter, de la défendre, et de la transformer. Cela se matérialise par une certaine quantité de savoir : quand on offre une épée ou une canne-à-pêche à quelqu’un qui ne sait pas encore s’en servir, il vaut mieux lui dispenser également les cours d’escrime ou de pêche qui vont avec. La base de l’éducation d’un petit est en quelque sorte d’assurer le service-après-vente de l’héritage (vices ou vertus) qu’on lui transmet ! C’est là ce en quoi l’injonction du « connais-toi toi-même » est utile aussi au bon parent : en ce qu’il doit être parfaitement au clair avec la nature réelle du patrimoine (génétique, historique, idéologique) qu’il transmet. En d’autre terme, un bon parent est un parent qui est honnête avec lui-même (et cela même avant que d’être honnête avec l’enfant).

A présent, si la vie était un long fleuve tranquille, en tant que mère, que me resterait-il à enseigner à ma progéniture ? Ne pourraient-ils pas dès lors se passer de moi ? Et si mes enfants étaient des individus « sans-problèmes », ne seraient-ils pas aussi, par là-même, dénués d’intelligence et de possibilités d’évolution ? Et de quoi au juste aurais-je vocation maternelle à les protéger, si autour de nous ne veillait pas à notre perte, comme un défi, l’adversité permanente du monde ? – celle à propos de laquelle, justement, j’écris, et contre laquelle moi-même je me construis – celle à propos de laquelle j’ai tant à dire, à transmettre ?

Une seule chose fonde l’éducation, le lien familial : et c’est en définitive un certain nombre d’épreuves communes aux membres d’une même famille, que ceux-ci doivent s’entraider réciproquement à affronter. C’est-là d’ailleurs ce pourquoi il vaut mieux avoir des parents humbles, qui ne donnent pas l’impression d’avoir su eux-mêmes vaincre l’intégralité de leurs propres démons, et qui vous en laissent donc une partie à affronter à votre tour, que des parents soit-disant « parfaits » – qui donnent l’impression de s’être résolus eux-mêmes…

En effet, ceux-là qui, en fait de roman familial à continuer et reprendre, ne laissent à leurs enfants que des « miettes » (miettes d’héritage et de sens), sous-prétexte de leur épargner le tragique constitutionnel de la vie [autrement dit : ceux qui font de la culture d’enfant hors-sol, dans un cocon de coton, au lieu de prendre le risque ambitieux de les enraciner au plus tôt en pleine terre – comprendre : dans le réel], en fait les exposent au contraire, lorsque ceux-ci grandissent, aux pires, aux plus déchirantes et suicidaires des expériences existentielles ! Ils livrent leurs enfants à des épreuves nouvelles pour affronter lesquelles ils n’auront reçu ni appui, ni armes, ni formation. Exactement comme s’ils exposaient brutalement à la lumière du soleil, du vent, aux intempéries, des espèces végétales grandies « en laboratoire » – donc grandies à l’écart de la plupart des bactéries (à la fois agressives et nécessaires) qui évoluent dans la nature.

Au lieu de permettre à leurs enfants de s’appuyer sur leur tête pour les dépasser, et donc de faire de leur famille le lieu d’une possible évolution, d’un progrès, ils créent une progéniture « issue de rien », qui doit tout réinventer : une progéniture aussi brutale et paradoxalement fragile que l’étaient les hommes préhistoriques. Et voilà le danger principal qu’il y a à vouloir ignorer/refouler cette évidence que la nature a horreur du vide, et qu’un problème solutionné y appelle toujours l’apparition d’un problème nouveau – voilà ce pourquoi le plus grand des danger consiste toujours paradoxalement à vouloir nier, réduire artificiellement, le tragique nécessaire de l’humaine condition.

***

ADDENDUM :

Pour ce qui est du fait que je n’ai pas l’intention d’envoyer mes enfants étudier en ZEP… cela n’est pas absolument pas comparable avec le fait de vouloir les élever dans du coton ! Un enfant reste un enfant, c’est-à-dire qu’il mérite de recevoir des soins, des attentions particulières, et que rien de justifie jamais qu’on lui inflige des maltraitances – surtout pas la prétention fallacieuse de vouloir l’endurcir. Comme illustration de cela, je ferai remarquer qu’un végétal qu’on a planté dans un sol non-adéquat n’en devient pas plus vigoureux pour autant – bien au contraire. Envoyer ses gosses étudier en ZEP lorsqu’on a les moyens de l’éviter, s’apparente à de la maltraitance. Ne recevoir aucune formation intellectuelle digne de ce nom et être agressé toute la journée par des singes, ce n’est pas grandir plus vite, ni se donner les moyens de vaincre la chienlit. [Un singe brutal bien-adapté à sa banlieue, n’est fort que momentanément, durant l’enfance, dans sa cour d’école, dans sa banlieue, c’est-à-dire nulle part. Un mec qui fait l’ENA en revanche c’est un mec qui aura accès au pouvoir. Le singe ne fera jamais l’ENA, CQFD.] Il ne s’agit pas pour autant de cacher aux enfants les réalités du monde : simplement de leur permettre de grandir dans un milieu suffisamment propice à leur bon développement physique et mental pour qu’une fois adultes ils aient ce qu’il faut de force au ventre pour affronter le réel tel qu’il est – et, une fois formés adéquatement, se mesurer éventuellement, s’ils le désirent, aux défis les plus éprouvants (comme par exemple enseigner en ZEP – mais cela n’est qu’un exemple pris entre mille, pour illustrer le sujet).

De la mesure avant toute chose.
L’hübris (la démesure), surtout appliqué à l’éducation, et prôné comme une vertu, c’est un truc d’idéologues, donc encore un truc de gauchistes.

Au sujet de tout l’aspect pécuniaire qui entre en jeu dans l’aménagement d’un foyer propice à l’éducation des enfants – aspect qui aujourd’hui obsède les Occidentaux au point qu’ils tuent la plupart du temps le fruit de leurs entrailles lorsqu’ils se sentent trop peu conformes au modèle socio-économique du parent-type tel que promu par la pub et la presse magazine – aspect qui en revanche tourmente beaucoup moins les populations immigrées qui vivent essentiellement de la manne des Allocs – un autre article est à venir.