Rencontre…

Alexandra Legrand:

Elle réclame insulte et reçoit flatterie:
Sa vanité extrême excède sa torpeur
Et si le compliment n’est que vaine vapeur
Celle-ci lui suffit pour sa vaine industrie.

Hélas! Déjà voyez de sa beauté flétrie
S’éteindre peu à peu l’ultime éclat trompeur
Et que si ce tableau ne l’incite à la peur
Qu’il détourne les siens de cette idolâtrie!

Alexandra Legrand : Bon, encore deux tercets. Vous les voulez à l’italienne ou à la française, dites?

‎*De leur idolâtrie, c’est mieux.

Irena Adler : Oh Seigneur, je les veux comme vous les voulez !

…Je, je crois que je suis amoureuse…

Alexandra Legrand : Italian it is, donc. Après, je demanderai à un Goret(1) de vous le chanter, façon Céladon.

Ah oui, les tercets:

Elle réclame insulte et reçoit flatterie:
Sa vanité extrême excède sa torpeur
Et si le compliment n’est que vaine vapeur
Celle-ci lui suffit pour sa vaine industrie.

Hélas! Déjà voyez de sa beauté flétrie
S’éteindre peu à peu l’ultime éclat trompeur
Et que si ce tableau ne l’incite à la peur
Qu’il détourne les siens de leur idolâtrie!

Passant, détourne-toi! Ne te fais caressant!
Songe qu’en déposant ton éloge pressant
A l’adorable pied de ta belle bergère

La statue honorée est faite de non de chair
Mais de sel, de fumée, et de cendres et d’air
Et qu’elle s’alourdit de n’être que légère

Irena Adler : Wow ! Vous auriez dû être un homme… quel succès fou vous auriez eu.

Merci. Je suis horriblement flattée.

Alexandra Legrand : Oui c’est con. Une femme qui écrit de la poésie, ça fait mauvais genre. Je crois que ça fait peur aux hommes. Surtout vu le genre que j’écris d’habitude…

(1) Private Joke

..
.

Alexandra a 25 ans, elle est à Normal Sup’,
Troll à ses heures perdues, elle fait le chef de bande :
Ils sont la racaille du net – activistes réac & hackers coalisés.
Méfiez-vous, donc, elle est aussi remarquable en rhéteuse,
En plus d’être un auteur à part entière
Et d’avoir du talent.

Vous pouvez la découvrir à travers ses œuvres :

Sodomucène, Roi de Babylone (Tragédie en 5 actes et en alexandrins, s’il vous plait)

P.s : … Avec tout cela, évidemment, elle a oublié d’être moche.
Mais que demande le peuple ?!

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Sarkozy était un philosophe… :/

« Connais-toi toi-même, je n’ai jamais rien entendu de plus con. » (Nicolas Sarkozy)

Je ne savais pas que Sarkozy était philosophe. Son assertion est très fine, en vérité, puisqu’elle le légitime « philosophiquement » à être tout ce qu’il est déjà.

De plus, il n’y a rien d’absurde ni même d’irrationnel à prétendre tourner le dos au « Connais-toi toi-même », puisque personne, que je sache, ne fut jamais en mesure de « prouver » (scientifiquement parlant) l’existence a-priori du « moi » (au même titre que celle de l’âme). – Il n’y a qu’à lire l’excellente charge d’Onfray contre Freud pour se rendre compte qu’en la matière, il n’existe aucune certitude. L’existence posée de la « personnalité » chez l’homme, conçue comme fixe et irréductible, est encore un mythe : elle reste à démontrer. – A noter d’ailleurs que la quête effrénée de leur identité-propre (a.k.a, d’une éventuelle définition « supérieure », métaphysique, d’eux-mêmes) mène systématiquement les individus à une aporie logique, quand ce n’est pas à un épisode de dépersonnalisation. [Pour s’en convaincre, consulter la biographie de Blaise Pascal – ou comment le mathématicien auvergnat, de retour de sa grande « mise en abîme » personnelle, s’avisa que s’il ne postulait pas l’existence de Dieu a-priori, alors plus rien au monde n’aurait jamais de sens, et lui-même devrait renoncer à penser.]

Le libéralisme en question – Jeu du Sophiste_ ep. 01

  1. Il y a grosso modo deux visions de la liberté, l’une libérale, l’autre constructiviste. La tradition libérale voit la liberté comme le droit de satisfaire un désir (faire l’amour par exemple), la tradition constructiviste comme le droit – opposable – de réclamer de la société la satisfaction d’icelui. Dans la vision libérale, il y a à la fois la place pour la jouissance et la frustration, la première indiquant que l’on est sur la bonne voie, la seconde sur la mauvaise. De manière « évolutionniste », le libéralisme sélectionne les bons comportements au détriment des mauvais : sur le marché de la drague, le puceau apprend de ses déconvenues avant de devenir un « tombeur ». Heureusement, le marché de l’amour est pour l’instant libéral, mais combien de temps encore va-t-il le rester ? Tout est fait, dans la culture, pour que même l’amour, aristocratique par nature, soit « démocratisé » : regardez le nombre de films où la femme choisit un loser plutôt qu’un « winner ».
    .
  2. Irena, vous avez totalement tort, factuellement. Les statistiques prouvent que la libido entre en chute libre quand les choses vont mal. C’est normal, la nature nous a programmés pour faire des enfants quand les chances sont bonnes de pouvoir les élever jusqu’à l’âge adulte. En cas de crise, tous les êtres vivants se mettent en état de veille – consommation minimale de ressources, préservation de l’énergie. Je vous conseille le livre Lucifer’s principle ».Le caractère supposément « sexy » des « rapports de force inter-classe », « autoritarismes forcené  », et autres « climats de guerre civile », dont vous parlez de manière si « romantique », c’est le point de vue des criminels, les chefs de « révolution » qui se permettent de violer toutes les femmes qui leur tombent sous la main. Ghengis Kahn a violé en moyenne une femme par jour. Pas du tout sexy pour les victimes, plutôt traumatisant. Demandez un peu aux femmes violées pendant la guerre des Balkans.
    .
  3. Par « caractère spontané de l’ordre social », j’entends la capacité d’une collectivité à former des règles implicites autour d’une règle primordiale, qui est le principe de responsabilité dans une société libre, ou sa négation dans une société encline au socialisme. Posez comme principe que l’Etat peut intervenir pour contenter les frustrés : la majorité élabore (spontanément) autour de ce principe un ensemble de codes, de règles et de contraintes implicites permettant au modèle de durer. C’est en ce sens que je dis que l’ordre spontané, en tant que processus, peut servir l’intérêt d’un principe qui le nie : en effet, dans une telle société, les individus veillent sans le savoir au respect de règles du jeu en vérité fort peu libérales. [Le déchet de l’humanité, sale, drogué et ignorant crache sur l’ordre mais tient à faire respecter sa religion socialiste, exactement comme l’individu libéral défend, à son niveau, par son propre exemple, une conception libérale de la vie en société.] Je vous renvoie à « Droit, législation et liberté », de Hayek. 

Aujourd’hui, chers lecteurs, je vais vous montrer un jeu très amusant. Cela s’appelle le jeu du Sophiste. Nous avons ci-dessus trois extraits de texte dont les trois auteurs respectifs s’entendent comme larrons en foire. Votre mission (si vous l’acceptez) est de semer la discorde entre les trois amis (qui ne forment à vos yeux qu’un seul et même ennemi) en provoquant un dialogue contradictoire forcé entre leurs arguments respectifs. Le présupposé de base étant qu’ils ignorent ne pas être exactement d’accord les uns avec les autres, et que votre devoir (ô combien moral) est de le leur révéler.

Pour cette fois je joue à votre place, afin de vous montrer comment ça marche. La prochaine fois par contre il faudra vous débrouiller seuls.

***


On a donc un premier libéral – que nous appellerons, pour plus de commodité, The Winnerqui nous dit de prendre notre jouissance là où elle se trouve, sans rendre de comptes à personne, car telle est la nature, et la nature est bonne, alors que la culture crée des loosers, et qu’il en va de la virilité d’un homme de ne pas passer pour un looser.

[J’ai appris par la suite que le type en question – The Winner, donc –  venait justement à cette époque de piquer la compagne de son ami – en l’occurrence un petit intello trop tendre et trop compréhensif. The Winner éprouvait donc manifestement – malgré toute sa ‘winnitude’ – un certain besoin de donner une justification politique à l’acte en question – à tout le moins demandait-il à son Dieu libéral de l’exempter de sa responsabilité morale dans cette affaire – car vraisemblablement notre Winner était suffisamment fort pour pécher, mais pas assez encore pour accepter de se considérer comme un pécheur.]

On a ensuite un second libéral – appelons-le Papa Noël, pour le funqui nous parle de la difficulté de vivre heureux, de croître et de multiplier (comme Dieu nous prie de le faire, dans la Bible), dans un monde en proie au chaos, à la guerre civile, à la violence et où les femmes et les enfants (c’est-à-dire tout ce qui est doux et mignon), sont traumatisés et abîmés par la vie. Il prône la Croissance infinie, et sa hantise majeure c’est la Crise.
[J’ai appris par la suite que ce monsieur – que j’avais pris au premier abord pour un puritain à la Disney – était en réalité un brave homme : jeune papa d’une petite fille blonde aux yeux bleus, adorable et éveillée, son seul souci à l’époque (et encore aujourd’hui) était de lui assurer un avenir le plus radieux possible, et de la protéger du mal… « Adieu esprit de conquête… Droit de propriété & investissements à long terme,  me voilà ! Oh please, protégez-nous du mal.»]

Le dernier, enfin, je ne sais s’il est vraiment sage de le révéler, est un juif nouvellement acquis à la foi chrétienne… A mon sens, il possède la fibre casuistique, c’est un dogmatique, un idéologue dans l’âme… Il incarne à mes yeux ce que furent autrefois les Jésuites, ces théologiens de l’extrême : le dernier rempart de la foi. C’est le seul des trois libéraux dont la pensée – en l’occurrence pas vraiment personnelle, puisque inspirée directement de celle du théoricien libéral Hayek (que j’aime beaucoup) -, aurait pu résister un moment à mes sophismes… s’il n’avait pas eu le malheur d’être entouré d’amis aussi peu rationnels et désintéressés. Je donne son pseudo véritable, puisque le dernier larron est blogueur : il s’agit de Maxime Zjelinsky, du blog que voici : http://ploucdumidi.blogspot.com/

C’est à l’époque au premier olibrius (a.k.a, The Winner) que j’ai choisi d’adresser ma raiponce unique à l’adresse des 3 larrons – je vous la donne, re-formulée (en mieux) :

« Alors… si je vous comprends bien, il y a d’une part les libéraux : ce sont ceux qui s’accordent inconditionnellement le « droit de faire », n’est-ce pas ?… Il ne réclament pas le droit de vivre en-dehors du droit : ils le prennent ! … Naturellement, puisqu’ils rejettent toute intervention étatique. Ce sont eux, si l’on vous en croit, qui se font un point d’honneur de ne jamais frustrer le moindre de leurs désirs, et répandent le chaos si nécessaire pour arriver à leurs fins – j’en déduis que ce sont eux aussi les criminels en puissance, et les « chefs de révolution » quand il y a des révolutions. Rien ne les empêche en effet, selon une telle philosophie, de violer des femmes si cela leur chante, et le cas échéant de voler ce qui appartient à autrui – le désir est impérieux ou il ne mérite pas d’être appelé désir, n’est-ce pas ?… On est viril ou on ne l’est pas ! Et puis, de l’autre côté, il y a vos constructivistes : ce sont ceux qui attendent de la société qu’elle les autorise – voire les encourage, les pleutres ! – à satisfaire leur désirs pour y céder – y compris celui de baiser, un comble ! -, et acceptent éventuellement de se voir découragés par des institutions étatiques (comme sont les chambres des députés qui édictent les lois et les tribunaux qui les font appliquer) dans l’exercice de certaines libertés et pulsions… Ah les mauviettes, n’est-ce-pas ? Ah les faibles ! Car un homme libre n’a besoin de l’autorisation de rien ni de personne pour être libre, n’est-ce pas ? – Ne sommes-nous pas d’ailleurs plus libres encore, lorsque nous transgressons les lois – voire lorsque nous trahissons nos proches et nous-mêmes – que lorsque nous prétendons exercer nos liberté avec l’accord des services de police, en conformité avec le manuel des bonnes-mœurs bourgeois, en suivant un code de l’honneur immémorial et en songeant au bonheur d’autrui avant que de songer au nôtre-propre ?

Donc Hayek non seulement est constructiviste, mais c’est aussi une tata. Ai-je bon ? »

Au Petit-Papa-Noël, si ma première raiponce n’avait pas d’ors et déjà provoqué un tollé général, et fait reconduire hors du débat (pour trollage caractérisé et sophisme), j’aurais adressé le questionnement suivant :

« Vous avez raison de faire valoir la société libérale (qui est aussi la société du libre échange), comme un gage de prospérité et de paix. Les grandes nations n’ont-elles pas tout-à-fait cessé de se faire la guerre, depuis que leurs nationalisme respectifs se sont progressivement inclinés devant l’individu unique mondial, – consommateur repus et satisfait ? Cependant, une question demeure, il me semble… Qu’est donc le libéralisme sans l’insatisfaction et la faim ? Qu’est-donc la sacro-sainte Croissance, sans la Crise ? Il est faux de prétendre pouvoir encore créer de nouveaux désirs à l’infini, une fois que la société est devenue parfaitement prospère : The Winner exprime avec force cette tragédie-nôtre de tous les désirs qui s’émoussent – le désir sexuel y compris – quand la vie (amoureuse en particulier) se résume à exprimer des demandes et attendre que l’on vous fasse des offres… et que l’on ne conquière plus. Il a raison aussi de dire qu’un homme qui a besoin d’y être autorisé par sa société pour être libre là où on lui dit d’être libre, n’est pas un homme libre du tout. Un homme capable de prétendre trouver sa liberté en dehors de toute transgression, en balayant tout appel au romantisme du revers de la main , comme s’il s’agissait d’un appel du Diable ; un homme qui se refuse catégoriquement à convoiter le bien d’autrui (c-à-d qui refuse l’en-vie lacanienne), qui se refuse à commettre des injustices (c-à-d qui en vient à refouler le Péché originel), est en vérité l’homme le plus policé du monde… et c’est aussi un homme qui se ment à lui-même. Chez lui, la frustration, complètement domestiquée, ne joue même plus son rôle d’aiguillon moteur, puisqu’elle est devenue une seconde nature : au point qu’il ne l’identifie plus. ».

Troisième et dernière incarnation du libéralisme enfin, Maxime Zjelinsky , en est la plus maline. Quelles sont-elles donc, en pratique, les fameuses règles implicites de Maxime Zjelinski, censées se développer ‘spontanément’, selon un procédé social ‘naturel’, autour de sa chère règle primordiale du principe de responsabilité ? Je pense secrètement qu’il serait bien en peine de nous décrire précisément un tel processus… Mais après tout, qu’en sais-je ? Dois-je projeter des images sur son discours abstrait en lui prêtant des implications politiques qu’il aura beau jeu de rejeter comme étant le fruit de mon imagination partisane ? Ou bien demeurer en sa compagnie dans le simple jonglage de concepts… au risque de m’abîmer moi-même, sans retour, dans le flou rempli d’écueils de la Raison Pure ?

… La raiponce au prochain épisode de cette série d’articles sur le libéralisme. :)

Indignez-vous, rindignez-vous, qu’ils disaient…

Basilique Saint-Denis

[Article Wikipédia : attention, extraits !]

 

La basilique Saint-Denis est une église de style gothique située à Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis. Fondée en tant qu’abbatiale, elle a aussi le statut de cathédrale du diocèse de Saint-Denis depuis 1966. Elle est la nécropole des rois de France. La basilique Saint-Denis fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862[1]. Le jardin qui l’entoure fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 19 août 1926[1].

[…]

L’église fut agrandie à deux reprises sous les Mérovingiens, notamment sous Dagobert Ier qui y fit placer vers l’an 630, les corps de saint Denis (premier évêque de Paris) et ses deux compagnons, le prêtre Rustique et le diacre Éleuthère.

L’église de Saint-Denis devint une nécropole royale car la renommée légendaire de Denis de Paris se développa sous l’influence de l’abbé Suger qui en fit un compagnon de saint Paul envoyé en France pour christianiser Paris. Mais cette nécropole partagea ce privilège avec d’autres églises et ce n’est que sous les Robertiens et les Capétiens directs qu’elle obtint ce monopole très rarement remis en cause.

[…]

Un nouveau sanctuaire fut entrepris vers 750 par Pépin le Bref. Sous les Carolingiens, une église de plan basilical à trois nefs et à transept saillant fut construite. En 775 une dédicace en présence de Charlemagne par l’abbé Fulrad. Elle fut rénovée au cours des âges, jusqu’au XIVe siècle.

En 869, Charles II le Chauve devant la menace des invasions des Vikings fortifie le monastère.

En 1959, on a découvert pendant des fouilles le sarcophage de la reine Arégonde, épouse de Clotaire Ier, morte en 573/579, qui serait ainsi la première personne royale qui y fut inhumée[3].

[…]

L’abbaye est consacrée le 11juin1144, inaugurant le francigenum opus, appelé plus tard l’art gothique. Reprenant le principe du déambulatoire à chapelle rayonnante en le doublant, Suger innove en prenant le parti de juxtaposer les chapelles autrefois isolées en les séparant par un simple contrefort. Chacune des chapelles comporte de vastes baies jumelles munies de vitraux filtrant la lumière. Le voûtement adopte la technique de la croisée d’ogives qui permet de mieux répartir les forces vers les piliers.

Par la suite, l’édifice devint encore plus important. Il abrita les regalia[4] (instruments du sacre), devint nécropole royale et plus seulement dynastique. Considérée comme la principale nécropole de la monarchie française depuis Hugues Capet, ce dernier qui en était abbélaïc, s’appuya souvent sur la puissance de l’abbaye pour conforter son pouvoir.

Le 22août1291, une bulle du papeNicolas IV, datée d’Orvieto, confirmant elle-même une bulle de Célestin III, accorda aux religieux de Saint-Denis le privilège de n’être soumis à aucune sanction canonique, émanée de qui que ce fût, hormis de leurs abbés, sans une licence spéciale du souverain pontife.

C’est à l’abbaye de Saint-Denis que les rois de France se rendaient pour y prendre l’oriflamme avant de partir en guerre ou en croisade.

 

 

La dégradation de la Basilique au vingt-et-unième siècle

Si la basilique a bénéficié de plusieurs campagnes de restauration depuis le dix-neuvième siècle et qu’au début du vingt-et-unième siècle, plusieurs vitraux ont fait l’objet de nettoyage, la dégradation de la nécropole n’a pas été interrompue pour autant.

Ainsi, malgré la réfection du chevet, le maire de Saint-Denis a déploré à l’occasion des Journées du Patrimoine 2006 l’absence de projets de réfection de la façade sud (14 millions d’euros), de la pierre et des portails romans de la façade ouest, alors que des vitraux ont été remplacés en 2003 par du plastique[8].

De plus, sous l’effet des travaux de construction du RER B, qui ont profondément modifié le cours de rivières souterraines, le sanctuaire royal est miné par une série d’infiltrations dont l’action se conjugue à la dissémination des sels de salpêtre et à la pollution moderne[9]. La solidité des caveaux est gravement fragilisée et nombre de monuments funéraires sont détériorés sous l’effet de l’humidité. Les ossuaires de tous les rois de France scellés en 1817 par des plaques de marbre sont victimes de graves infiltrations[10].

Par ailleurs, les cercueils de la crypte des Bourbons sont particulièrement détériorés. Certains sont posés sur de simples tréteaux, d’autres ont été brisés et éventrés sous l’effet de l’humidité, laissant apparaître des ossements. La crypte n’est pas du tout mise en valeur, la grille d’accès en est fermée, il n’y a aucun éclairage ou information destinée au public[11].

En outre, aucun plan de sauvetage n’a été programmé pour préserver un site qui, par ailleurs, ne bénéfice plus, depuis vingt ans, des crédits budgétaires qui lui permettraient de financer la reprise d’un chantier de fouilles pourtant jugées prometteuses par de nombreux historiens. Les chantiers de fouilles archéologiques du sous-sol sont arrêtés depuis les années 1990. Des sarcophages mérovingiens, comme le cercueil intact de la Reine Arégonde, n’ont pas fait l’objet d’études approfondies. En effet, les spécialistes souhaiteraient pouvoir accéder au sous-sol de l’entrée où se trouve la tombe du roi Pépin, père de Charlemagne. Certains archéologues ont proposé d’utiliser les caméras utilisées par les égyptologues pour étudier les nécropoles royales des Pharaons et les Pyramides[9].

Enfin, le projet d’inscrire la basilique de Saint-Denis et sa nécropole royale au patrimoine mondial de l’UNESCO semble bloqué alors que la basilique est la première église construite dans le style dit gothique du monde[9].

 

 

Et les parisiens d’aller chercher des motifs d’indignation en Thaïlande, au chili ou au Bénin, les Frontistes de Gauche de placarder leurs affiches : « Faites la révolution ici comme ils la font en Egypte » sur les murs de la capitale… Ne cherchez plus, les gros. L’Indignation Majeure, elle est à vos portes ; et parce que Gainsbourg et Brassens parlent des batailles qu’ils ont menées mais n’ont formulé aucun manuel de l’indignation à l’usage des générations à venir, vous restez empêtrés dans leur ombre et de là où ils sont, ils vous méprisent. Que ceux qui ont des yeux pour voir courtisent la sainteté et les mystères du Don ; et les autres se contentent, je ne sais pas, d’assumer, à demeure, leur bourgeoisie indécrottable et cessent de pourrir la route des croisades avec leurs gueules de touristes enfarinées.

A propos de l’Egypte, on parie combien qu’en l’absence de dictateurs pour tenir tout ce beau-monde au pas, les souris vont en profiter pour se taper indéfiniment sur la gueule les-unes-les-autres, faction contre faction, jusqu’à ce que, de toutes les richesses, y compris culturelles et « révolutionnaires », qui avait été construites et accumulées par les autorités liberticides en place, il ne reste strictement plus rien. Ah, l’Afrique ! Bernard Lugan vous expliquerait, tas de fantoches, qu’elle a plus besoin [les juifs et les femmes aussi, – comme en somme tout ce qui aime l’amour vache et sait danser sur des tambours], de marcher à la trique que de se voir accorder des droits.

Parce que les Droits de l’Homme, ça n’est pas fait pour la bestiaille, allons !

 

Plus de pouvoir pour Serpentard ! – ou le Retour du Bâton, (folie collective, ep.06)

 

Les dernières interventions de Prolo de la Lite ici me font penser à celle, dans l’une de nos feuilles de chou nationales, d’un clochard de Neuilly dont on avait appris que Carla Bruni le visitait de temps à autre lorsqu’elle sortait seule de chez elle. Elle n’avait pas manqué d’offrir au pauvre homme un toit où s’abriter et une cantine où se rendre lorsqu’il l’aurait voulu, mais il avait refusé, – ultime orgueil de celui qui aurait perdu là son dernier bien au monde : le fait de survivre sans devoir rien à personne ; en somme sa liberté. A cela, Carla, compréhensive comme à son habitude, n’avait pas vu de mal. L’orgueilleux personnage avait été apparemment, dans son trouble passé, grand amateur de musique. Aussi, c’est de cela, debout sur le pavé, qu’ils discutaient généralement ensemble. Dans la plus grande des simplicités, la première dame de France était un jour venue à lui munie d’un baladeur numérique : afin qu’il puisse écouter à nouveau les musiques qu’il avait autrefois aimées. La conclusion du clochard à ce propos m’a laissé depuis une grande amertume à l’âme (je vous la résume avec autant d’exactitude qu’il m’est possible) :

« Ben oui je l’ai jeté. Elle m’a offert un i-pod, elle est bien gentille, la Carla, mais comment elle aurait voulu que je le recharge dans la rue ? Non, c’est vrai, Carla elle a bon coeur. C’est quelqu’un de bien, c’est sûr. Mais ce n’est pas ce qu’on appelle une Grande Dame, ça non. »

Alors là, voyez, autant je comprends ce qui a pu motiver Robespierre & Co – car il faut être compréhensif dans la vie ; ça n’est pas parce qu’on n’est pas d’accord avec les gens qu’on peut se priver pour autant d’examiner leurs motivations avec honnêteté intellectuelle -, autant je comprends qu’on puisse avoir les « Grandes Dames » en horreur, autant à partir du moment où l’on attribue encore du sens à ce terme, je ne vois pas au nom de quelles foutues valeurs supposément supérieures ce foutu clochard peut affirmer sans ciller que Carla Bruni n’en est pas une !

Enfin si. Je vois quand même. Parce que la nature humaine n’est pas si compliquée que le croient les petites filles innocentes… Mais ce ne sont pas des « valeurs supérieures » qui poussent le clochard à mordre la main qu’on lui tend, non. Ce sont des valeurs de clochard. Ce sont les sempiternelles valeurs de merde de la putain de mentalité servile, alimentées exclusivement par la complaisance du faible dans son propre ressentiment envers le fort. C’est l’illustration même de ce que le peuple n’est sain, saint, probe et gai que maintenu dans la peur du bâton. Et qu’il n’apprécie plus la justice à sa juste valeur partir du moment où on lui en donne trop. Parce que dans sa putain de mentalité servile, encore une fois, ce qui est rare est par définition cher. De la bonté et de la justice comme s’il en pleuvait et comme si elles lui étaient dues, c’est dans son esprit pauvre de pauvre, de la bonté et de la justice « bon marché ».

***

A titre d’illustration, je vous offre en avant première la lettre d’un ami reptile à l’intention des hommes faibles.

Elle s’adresse tout particulièrement à ces hommes faibles qui pour s’exempter d’avoir à dépasser leur propre ressentiment d’être des faibles, s’imaginent que leur misère provient toute entière de ce que des conspirateurs d’élite leur refusent le libre accès au pouvoir et à l’argent.

 

LES REPTILIENS SONT VOS MAÎTRES

 

Vous avez toujours eu raison : nous existons réellement.

Oui nous gouvernons dans l’ombre. Oui nous œuvrons pour un Nouvel Ordre Mondial. Oui nous avons sacrifié Lady Diana. Oui nous vous capturons à bords de nos OVNI Nazi, afin de nous délecter de vos organes. Oui nous allons détruire l’islam.

Mais bordel qu’est que vous pensiez ! Il va falloir arrêter de se toucher la bite en rêvassouillant de bien respecter toutes les cultures, tout en veillant quand même à ce qu’elles se mélangent, dans un esprit d’ouverture. C’est de la merde. Cette planète n’ira nulle part si vous n’êtes jamais d’accord sur rien. Vous n’irez jamais nulle part à vous soucier du sort de quatre branlos de tibétains perchés sur leur montagne. Vous n’allez pas non plus fonder une dynastie intergalactique en vous souciant de votre putain de calotte glacière.

Vous êtes totalement contre-productifs.

Oh nous avons bien compris votre projet. Celui de rester merdique sur votre petit caillou merdique. Nous ne vous laisserons pas faire. Vous voulez vraiment vous laisser crever sur votre tas de fumier paumé au fin fond de l’univers, dans l’obscurité glaciale de l’espace infini, tout ça au nom de votre putain de libre-arbitre ?

Et « moi je veux pas faire ci », et « moi je veux pas faire mi », et « moi je veux être maître de mon destin ». Vous plaisantez bande de bourricots ? Vous ne prendrez pas le contrôle du cœur de votre soleil avec des questions existentielles. Vous ne pourrez même pas vous rendre au travail demain si vous continuez à avoir tant de remords à aller chercher le pétrole là où il se trouve.

Oui le 911 c’est nous. Oui nous allons vous injecter de la nano-technologie. Oui nous planifions les chemtrails. Oui nous contrôlons les médias, la finance et vos pensées. Oui nous pratiquons le Shapeshifting.

Oui nous voulons plus de pouvoir.

Pour Serpentard !

 

Signé : Lampropeltis

Lettre au dénommé « Alexandre Petit » – sur Ilys

Eh voilà tout notre malheur ! Ca se prétend fasciste, ça prétend ne pas aimer la démocratie, aimer les têtes bien faites et bien pleines, et mis au pied du mur, à peine le premier coup de knout venu, ça se met à chougnasser.

Savez-vous au moins que je suis contributrice à Ilys et que vous me devez un respect supplémentaire dû à mon rang, comme aux autres ? – Làs, cela ne serait pas la première fois qu’on ne respecte pas les lois Bidoliennes lorsqu’elles tournent à mon avantage. Avec moi, parce que je suis gentille (au fond), l’on se permet tout.

Est-ce à dire qu’il n’y a que la méchanceté qui prévale vraiment en terre de fascisme ? Je croyais, moi, que l’absence de démocratie devait permettre aux meilleurs de se librement distinguer, et non pas seulement à la rouerie et la méchanceté d’encore et toujours prévaloir. Pour cela, seulement, il faudrait des hommes capables d’admiration véritable, et non pas une clique de médiocres accrochés comme des patelles à leurs petits privilèges, servis par des chiots courtisans incapables de faire leurs éloges ailleurs que là où on leur dit.

C’est à cause de gens comme vous, de gens qui ne savent pas apprendre à se taire au bon moment, manger leurs erreurs, ruminer leur honte, éventuellement se faire hara-kiri quand ils sont allés trop loin, c’est cause d’un peuple sans honneur qui déteste la force naturelle et le talent, qu’on en est réduit à accepter la morale de Churchill :

« La démocratie est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres. »

***

Les musulmans, les sauvages, cette marée noire de mentalités d’esclaves qui pollue la vie de nos cités, ne respecte que la force brute, la renommée et l’argent, et crache, ignorant leur prix, sur les pieds menus et fragiles des gentils petits Pierrots lunaires autochtones.

Mais nous, qui sommes de culture chrétienne, qui possédons le meilleur et le plus grand des Dieux, et qui pourtant sommes devenus incapable de la moindre piété, que faisons-nous ? Nous ne brutalisons certes pas spontanément les estropiés ni n’écrasons systématiquement les faibles, mais, Ciel ! A quoi cela avance-t-il à présent que nous étêtons par réflexe tout ceux qui dépassent les autres en grandeur et en beauté ? Il y a une haine chez l’Occidental moderne, à l’égard de tout ce qui brille, qui égale en misère philosophique la haine du Nabab saoudien juste sorti de l’âge de pierre, pour tout ce qui ne brille pas.

***

Croyez-vous qu’il est doux pour quelqu’un comme moi, qui suis fière et acharnée, d’admettre que les hommes qui m’ont appris, à force de brimades, à baisser la tête en signe de soumission lorsque je savais que j’avais tort, d’admettre que ces hommes-là, quelque effort de bonté ou de cruauté, l’une comme l’autre purement rhétoriques, que je fasse pour leur montrer leurs erreurs lorsqu’elles se présentent à mes yeux, je ne provoquerai jamais chez eux un dixième du doute philosophique qu’ils exigent de moi, et un centième de celui dans lequel ils m’ont effectivement plongée naguère ?

Savez-vous qu’en tant que jeune femme j’ai été amenée à pardonner chez autrui des vices que je n’avais jusqu’alors jamais eus ? Savez-vous que j’aurais pu continuer à ne les avoir pas, si j’avais tenu à me montrer impitoyable ; mais que j’y ai renoncé, jugeant la sainteté (qui accorde toujours son pardon sans jamais demander merci) par trop cruelle envers le simple pêcheur ? Savez vous que j’ai dû pardonner des offenses au simple motif qu’elles était la conséquences de causes que j’avais eues autrefois chéries, et que donc ses vices que mon agresseur me présentait comme le fruit de mon propre désir, j’ai finalement accepté de les considérer comme tels ? Non, les hommes de ma culture et de ma génération ne peuvent seulement concevoir qu’une telle sagesse, – même forcée par une condition servile – , soit seulement humainement accessible ! – non parce que les femmes comme moi sont surhumaines, mais parce que les hommes comme eux ne valent plus rien du tout.

Une telle capacité à mourir à soi-même au bénéfice du Doute cartésien et pour la joie d’obéir à la volonté d’un maître, dépasse foncièrement mes contemporains mâles qui ne sont que des pourceaux. Dans le temps, avant de claquer du bec et de se frapper sur la poitrine, même les hommes faisaient leurs classes : dans la Grèce ancienne les jeunes hommes étaient pour ainsi dire traités comme des femmes. Peut-être cela leur était d’un plus grand enseignement qu’on ne croit.

Folie Collective, ep.02

 

Prison

Prison

 

« Il faudrait franchir le cap de facebook et expliquer a tous ceux qui n’ont pas eu le temps ou les moyens de savoir : aux citoyens/nos proches que ce sytème capitaliste nous détruit que les politiques nous manipulent et que les médias nous mentent,que des élites veulent un nouvel ordre mondial et qu’ils se rassemblent en secret, qu’ils se nommment bildeberg, le siecle, qu’ils contolent les médias, les banques […] »

Bib le Rasta

« […] Moi par principe je me méfie de tout, et en particulier des gens qui ont le potentiel pour transformer notre planète en goulag géant (je ne dis pas qu’ils en ont le pouvoir ou les moyens juste par prudence, mais je n’en pense pas moins). J’en ai tellement lu et entendu sur ces groupuscules du mal qui détiennent les 3/4 des richesses mondiales (au bas mot) qu’il n’y a plus de place logique dans mon cerveau pour leur coller une étiquette « supercherie ». »

Toutouille

Beaucoup de gens pensent […] Les médias nous mentent … […] Ils veulent un nouvel ordre mondial . […] Les juifs controlent les médias […] Et ce ne sont pas des délires d’allumés et de paranos qui déclenchent les totalitarismes, mais l’hygiènisme, et en demandant des mesures contre cet individu [le conspirationniste, NDLA] , ( qui d’ailleurs n’est certainement qu’une création de votre esprit aussi fertile qu’une malienne naturalisée ) , c’est vous la fachisteuuuuuu .

Prolo de la Lite

 

La tirade de Prolo de la Lite, qui fait de beaux efforts pour s’extraire de sa condition (mais qui doit encore travailler), a été très grossièrement épurée de ses scories intelligentes afin d’en extraire le squelette conspirationniste : Prolo de la Lite connaît bien son dossier, quoiqu’il s’en défendre. Normal : dans son milieu d’extraction, même l’esprit le plus rétif finit par être gagné par la paranoïa du temps, par capillarité. La citation de Bib le Rasta, en revanche, je n’en ai pas la primeur ; elle m’a été rapportée.  J’ignore d’où elle provient exactement mais une chose est sûre : si Bib n’existait pas, nul ne serait besoin de l’inventer. Ce qu’il dit reflète exactement les propos d’un nombre croissant (c’est le cas de le dire) de soralien/éveillés de banlieue (merci A.naar). Et encore Bib est soft ! :) Figurez-vous que je me suis faite prendre à partie deux fois à ce sujet par des taxis parisiens, dont l’un arabe… et avec quelle agressivité, encore ! – Fuckalors ! On ne prend pas le taxi pour se faire bourrer le mou ! Le client est-il roi ouioumerde ?

Je sais qui ils sont, les Crétinus Alpestis Paranolux Conspix, Toutouille pourrait confirmer, j’en ai connu de beaux spécimen. Et parce que j’en ai gros sur la patate,  je leur dédie haineusement ce nouvel article, à mes anciens amis ! … Un article pour des albatros de Baudelaire complètement cuits : aux petits oignons!

 

Bouh !

Bouh !

 

« Oui, je suis d’accord avec vous. Le conspirationnisme est la pathologie intellectuelle de notre époque. Ils sont d’ailleurs de plus  en plus  nombreux. Au boulot, chez des amis, en famille… je crois qu’ils sont là, autour de nous, qu’ils attendent un faux-pas. Quel est est leur but ? Pour qui travaillent-ils ? » – Nico de Montreuil

Exactement, Nico ! C’est là exactement ce que je suis tentée de me demander… « Qui sont-ils ? D’où viennent-ils? La vérité est-elle ailleurs ? [Générique d’X-Files : ON] » – Réaction paranoïaque inversée, si l’on peut dire. :)

De toute façon la peur en elle-même – la peur des autres, leurs obsessions morbides, s’entend – effraie. Il est difficile de garder la tête froide et de ne pas s’énerver, je vous le dis sereinement, lorsque, surréagissant à une critique du libéralisme de pur bon sens – par exemple  : « La haute finance méprise les nations et leurs lois, don’t you think so ? » – , vos amis d’hier glissent spontanément sous vos yeux ébahis, et sans que vous ne puissiez rien faire pour les retenir, communautairement et sans retour, – glissent savonneusement, j’ai envie de dire, vers des considérations de nature proprement délirante, du type : « Nous sommes tous épiés ; ils nous surveillent et ils nous le montrent… Regardez la récurrence des signes franc-massons dans la Science-Fi hollywodienne ! A la tête du nouvel ordre mondial, des dynasties reptiliennes gouvernent le monde depuis toujours.. etc.  »

Je trouve consolation, une fois de plus, dans mon précieux petit recueil d’extraits de l’Histoire de France de Michelet à la lecture de ce passage :

« L’Histoire n’est pas faite seulement d’actions, elle n’est pas seulement épopée. Elle est aussi lourde, comme une femme enceinte est lourde de son enfant, de tous les rêves, de tous les cauchemards qui constituent la vie profonde d’un peuple. Michelet fut sans doute le premier à mettre en évidence le rôle fondamental que joua à travers les siècles l’onirisme confus qui bien souvent inspira la marche du temps. Jérôme Carcopino dit de César qu’il ne fit que traduire le songe profond du peuple romain en l’emmenant à la conquête du monde jusqu’alors connu. C’est là un thème familier à Michelet pour qui la causalité de l’Histoire est surtout une causalité de l’insconscient. Là le peuple devient être humain, et comme l’être il vit alternativement de lumière consciente et de ténèbres. La France emportée par la révolution va enfouir cette révolution jusque dans son inconscient. Ainsi se mit-elle après le 14 juillet à rêver » –Claude Mettra

 

Life is a video Game

 

Au final je crois que ce qui m’effraie le plus dans l’imaginaire des conspirationnistes, c’est qu’il n’a plus rien qui a trait à l’inconscient collectif Français. Ce sont de pauvres consommateurs du soft-power américain acculturés… Ils nient l’Histoire! Ils nient le libre arbitre, ils nient nos héros. Ils nient l’humanité, le hasard, – la Chance, alliée de l’intrépidité qui est capable de la saisir, intrépidité en laquelle était pourtant naguère réputée exceller le peuple Franc ! -, qui gouverne si souvent seul les grandes révolutions de l’humanité, cf : La Théorie du Cygne Noir.

C’est le jour où un conspi m’a affirmé, – éclat de bêtise nue – que Napoléon lui-même n’avait pas pu se faire seul, avec la grâce de Dieu et celle de la fata Fatum – la fée hasard -, que j’ai vu rouge ! Dans le délire plébéien, débordant de ressentiment nietzschéen, de cet infi(r)me incapable de s’expliquer à lui-même le réel décevant de sa propre destiné non-héroïque, Napoléon, à l’image de tous les autres Seigneurs, Césars, Empereurs et Princes avant lui, ne pouvait devoir sa formidable ascension qu’à je ne sais quelle protection de puissances supérieures obscures et tentaculaires, ou à certains liens de sang secrets… La théorie conspirationniste emportait volontiers après Napoléon, pourvu qu’on la questionne, Clovis et Charles de Gaulle, dans son maelström de connerie nivelante… Bref, ce conspi m’a donné un avant-goût de jusqu’où pouvait descendre l’homme moderne désenchanté dans la bassesse, pour tuer la possibilité même de l’héroïsme, au lieu de se prendre le cul à poignée et d’admettre une quelconque responsabilité dans ses propres échecs.

J’ai vu, ce jour-là, jusqu’où l’homme jaloux et convaincu de son impuissance par sa propre mollesse, pouvait refuser d’utiliser ses mains, par peur de les ouvrir et ainsi de donner sa chance à la chance qui était enfermée dedans.

 

 

Des jeux vidéos ? Du rap ? Manifestement la conspiracy ce ne sont pas seulement des oeuvres nerdéennes isolées de salut public, ça fait vendre, aussi.

« En cette époque déraisonnable, même les fées s’abaissaient à parler football ! »

contes

SCENE 4
Raiponce en charentaises au coin de l’âtre entourée de ses arrière-petits-enfants

Eh oui mes cher petits! Pourquoi que tout le monde il aurait parlé du foot et que votre vieille mémé Raiponce n’aurait point eu son mot à dire ?

En cette époque déraisonnable, les hommes avaient tant et si bien régressé en intelligence et en beauté, qu’une obscure déesse  de nom inconnu – une médiocrissime ribaude fonctionnarisée, bien entendu – avait supplanté, par la force des choses, les trop ombrageuses Minerve et Isis dans l’administration des science physiques et des mathématique. [Pour la petite histoire, celui à qui fut confiée la pénible tâche de les prier bien poliment d’écrire la lettre de motivation qui leur eût permis de postuler à leur propre succession, entra en combustion spontanée aussitôt rentré dans son pavillon de banlieue, sous les yeux effarés de sa femme et de ses enfants – NDLA.] Comble d’un monde qui marchait sur la tête,  la gueuse avait convaincu la philosophie  qu’elle devait désormais se meller d’autre chose que des cieux, de l’infinité, des lois de l’univers, et de l’origine de toute chose. – Calme et sereine Sophie! Dénuée de vanité déplacée, encore aujourd’hui tu tiens bon à ton poste! Comment as-tu fait pour traverser ces années-lumières de misère, et – toi qui n’aime rien tant qu’à te rendre utile! – la terrible ingratitude de ta quasi-absence de mission? (Il est vrai cependant que tu fus, pour ta peine, gratifié d’une belle chance, dans ton malheur… Au fond de ton placard, tu étais libre : plus personne ne te jalousait !).

C’est ainsi, tête courbée, chef défait, que les piteux philosophes du monde post-moderne, toujours à la recherche d’un coin de ciel-des-idées abandonné par les « spécialistes » et autres « gens sérieux », se jetaient avec famine sur les bas-morceaux de ce monde…

A quoi avaient-ils encore droit, ces déshérités ? Voyons-voir… Eh bien, à étudier la vie secrète des célébrités, par exemple!  – …La vie secrète des stars de préférence à la question de la célébrité elle-même, bien sûr. La célébrité qui, conçue désormais par ces « experts en célébrité » qu’étaient devenus les artistes, comme une Grâce divine d’ordre suprême – faisant office à la fois de vertu et de passe-droit – ne pouvait plus décemment susciter de critique. …La psychologie des médias, aussi! – De préférence à l’actualité brute, que ces derniers se réservaient jalousement de pré-traiter.  Et, donc, c’est le sujet de cet article [J’y viens! J’y viens, les enfants! ], la psychologie des footballeurs ! – De préférence naturellement aux règles du sport lui-même, qui sont, comme chacun sait, du ressort des sportifs.

Quelqu’un pour me donner mes lunettes ? Il faut que je fouille une minute dans mes archives. J’ai là un spécimen de dialogue avec un universitaire qui va vous esbaudir…

NICOMAQUE : Merci XP d’avoir pointé tous ces lieux communs désolants.
Quand il était joueur (années 70-80), Domenech arborait une moustache en hommage à Staline. (voir photo ici :
http://snake7.over-blog.com/article-19824979.html) Ce type a toujours été un tyran arrogant et incompétent, à l’image de son maître.
Moi je considère que l’insulte d’Anelka a été la meilleure chose que ce mondial de foot nous ait donné à voir. Et même le boycott de l’entraînement m’a fait plaisir. Après tout, les bleus ont réussi l’exploit extraordinaire de choquer la bien-pensance médiatique et je leur tire mon chapeau. En disant merde à Domenech et à toute la clique, ils sont sortis la tête haute, même si on s’est acharné à les culpabiliser et à les désigner à la vindicte. En fait Domenech a fabriqué un système qui lui a pété à la gueule… bien fait pour lui

Je lui avais répondu une longue lettre, attendez… La voilà! …Je ne me souviens plus s’il m’a répondu ou non après coup… Si l’a fait, je lui pardonne cette vilaine colère que la relecture de cette remarque me fait monter aux yeux, encore aujourd’hui, comme une eau de vie, à chaque fois que je reviens dessus. – Oui, les lettrés de cette époque, comme je vous ai dit, n’aimaient pas particulièrement lire, surtout leurs égaux, et encore moins ceux qu’ils jugeaient leurs inférieurs (j’étais dans ce cas-là de son point de vue, figurez-vous), seulement ceux qu’ils plaçaient au-dessus de leur tête méritaient à leurs yeux cet honneur. De sorte qu’entre membres d’un même milieu, c’était un peu en définitive à celui qui de son ami et rival, lirait le moins – radical moyen, il est vrai, de l’anéantir. Je vous préviens, si vous voulez faire pipi, allez-y maintenant. Ce texte, bien que, je l’espère, sans lourdeur excessive [on a tous nos petits défauts, les enfants], est relativement long.

« Moi je considère que l’insulte d’Anelka a été la meilleure chose que ce mondial de foot nous ait donné à voir. »

Curieux. Un universitaire qui commence ses phrases par « Moi je ». C’est la première fois que je vois ça…

[Pour la petite histoire, j’ai souvenir de M. Tartempion [*Référence d’autorité imaginaire – NDLA*], professeur de littérature comparée (entre autre) à la Sorbonne, qui abordait souvent la question du « moi je » avec ses élèves… Non sans une certaine bonté d’âme – à lui coutûmière -, il assurait que le « moi je », employé aujourd’hui à tout bout de champ par le vulgus pecum français, avait une signification en quelque sorte « secrète ». En faisant machinalement figurer la plus piteuse des entrées en matière au début de chacune de ses phrases, le « français de base » semblait désespérément implorer son auditeur : « Excusez-moi d’exprimer un jugement, je sais que c’est mal de critiquer, mais rassurez-vous ce jugement n’est qu’une opinion, il n’engage donc que moi »…

Cet « excusez-moi de penser » réflexe, dans toute sa pénible impuissance à vouloir corriger la propension éternelle, historique, voire « génétique », du « froggy »-de-base à donner son avis sur tout et à faire de la philosophie de comptoir, était – très sérieusement – selon le bon professeur, le symptôme d’une conjonction de phénomènes sociaux problématiques. Ce « gaulois de base » se trouvait, d’après lui, intellectuellement pris en étau entre deux phénomènes : d’une part le point de vue prépondérant en son pays de l’intellectuel « upper-class », selon qui le jugement d’un « beauf » n’a jamais eu aucune légitimité, de l’autre, l’idée typiquement protestante (ou anglosaxonne), constitutive de l’idéologie « cosmopolite/mondialisée », selon quoi, (pour faire volontairement court), « critiquer, c’est nuire », « porter un jugement, c’est mal », « hiérarchiser c’est fasciste », et « niveler, c’est bien ».

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Katallarchie !

J’ai envie d’ajouter aussi que les femmes, même d’extraction bourgeoise, sont particulièrement prédisposées au « moi-je ». Par expérience, je puis témoigner que c’est souvent l’habitude d’être « rembarrée » par un père, un frère, un époux, voire même nos meilleurs camarades de jeux d’esprit, lorsque nous donnons notre avis en matière de politique ou de philosophie, qui induit chez nous le réflexe conditionné du « je m’excuse mais » – « mais moi je pense » (- « Non, pas sur la tête! Pas les cheveux! Pouce! »)… Le « moi-je » signalant au final bien davantage la présence d’un complexe d’infériorité – type : celui de la désirable blonde pulpeuse supposément idiote, ou celui du vilain « Lebedev » Dostoïevskien – que celle d’un narcissisme primaire… Le narcissisme véritable survenant bien plus souvent – le mythe antique est particulièrement transparent là-dessus – chez les êtres exceptionnellement doués, beaux, et certains de leur pouvoir sur les autres, mais c’est là un autre sujet]

Enfin, je vois bien une explication, pour clore cette entrée en matière un peu longuette, à votre emploi du « moi je », c’est tout simplement que vous ne connaissez pas grand-chose au football (ce qui est tout à votre honneur ^^), que vous peinez à oublier complètement qu’il s’agit d’un sujet fondamentalement vulgaire, que vous ne résistez cependant pas, vue l’actualité, « à faire comme tout le monde » (ce qui est toujours humiliant pour un philosophe), c’est-à-dire à vous salir les mains à l’aborder quand même, mais que cela irrite un vieux fond de snobisme bien légitime chez vous… Et (si je suis dans le vrai), c’est une chose dont je vous sais gré.

***

« Moi je considère que l’insulte d’Anelka a été la meilleure chose que ce mondial de foot nous ait donné à voir. Et même le boycott de l’entraînement m’a fait plaisir »

Outch! – Avez-vous jamais visionné l’une des vidéos où l’on peut voir et entendre les joueurs vedettes de cette équipe, comme Anelka, justement, ou encore Ribéry, déjà lorsqu’ils étaient mômes, s’aboyer après, jetés les uns sur les autres, exactement comme le font les sauvageons de banlieue, se battre de façon incessante entre membres de « clans » raciaux opposés, n’hésitant pas à lancer au besoin un « sale français » appuyé à celui des mômes dont la couleur de peau est la plus claire? N’avez-vous jamais vu le T-shirt imprimé du drapeau algérien que portait dans les gradins du stade du Mondial, la radasse ignoble de celui qui se paye des pré-ado maghrébines, refaites de pied en cap, et teintes en blond-Barbie – parce que, à raison, il les trouve sûrement encore moins vulgaires que sa femme ?

Mais enfin, assez d’angélisme ! Il faut voir que ces gens-là ne sont pas comme nous ! Ce sont des enfants sauvages que l’on n’a pas pris soin d’éduquer. Parce qu’on leur a d’office promis la lune s’ils jouaient bien, parce que eux-mêmes sortis du ruisseau, n’aspiraient bien sûr à rien d’autre qu’à la « thune », et que les présidents d’associations sportives dont les gosses allaient naturellement dans des pensionnats privés d’élite, on trouvé ça « bien suffisant pour ces petits primitifs », parce que, chevaux de course qu’ils étaient, ces descendants d’africains tenaient la force physique pour supérieure à celle de l’esprit, et que dans un mépris à la fois inconscient et total pour eux, par utilitarisme aussi, on n’a pas jugé bon de les détromper, c’est-à-dire qu’on n’a pas jugé bon de les hisser du statut de ce statut ignoble de bestiaux de compétition, à celui d’hommes ; parce qu’on ne les a pas jugé dignes du « Un esprit sain dans un corps sain » antique ; parce qu’on n’a jamais eu le courage et surtout la longueur de vue, de travailler à développer une autre forme d’intelligence chez eux que celle de leur pieds. Parce qu’on n’a pas eu les « cojones » de leur faire le chantage formateur du : « Quand tu auras fini ta dissertation, et si tu obtiens une note supérieure à 12/20, tu pourra retourner jouer au ballon rond avec tes camarades. » Parce qu’on n’a pas donné à leur prof de français et à leur prof d’histoire le droit de retarder indéfiniment la carrière footballistique de ces singes, s’ils refusaient de se rendre dignes de représenter la France et de chanter son hymne, le jour venu où ils gagneraient éventuellement la coupe du monde. Parce que ces débile-mentaux acculturés à qui l’on a fait porter notre drapeau, et à qui l’on a ainsi donné le pouvoir de le souiller, n’ont jamais appris ni la discipline, ni la frustration, ce sont aujourd’hui – résultat d’un grand laxisme généralisé – de très mauvais sportifs !

Croyez-vous que lorsqu’un entraineur brésilien a recruté Maradonna dans les favelas, il s’est contenté de lui dire : « Vas-y, fais-toi plaiz’, marque des buts, t’auras un chèque » ? Evidemment que non, sinon Maradonna ne serait pas là à écrire des films en association avec son grand fan Kusturica, pour tenter de nous transmettre sa naïve (et pourtant « vraie », car vécue) philosophie du « Le Futcheball m’a sauvé, il fait de moi un Jésus et il m’a crucifié pour donner l’exemple. Le Futcheball est Dieu. »

J’ai entendu récemment Jeannie Longo expliquer très clairement cela dans une émission télévisée : la tendance actuelle du sport est de miser sur la technique, ce qui n’a rien de mal en soi, mais cela se fait au détriment de l’intelligence (et donc de la liberté) du sportif. Par exemple, elle raconte avoir longtemps couru sans oreillette – c’était le cas de tout le monde autrefois, tout simplement car cette technique n’existait pas encore. Le cycliste, alors, n’était pas cet espèce de hamster décervelé branché en permanence sur les délibérations d’un consortium de spécialistes penchés – en temps réel – sur la carte du terrain. Jeannie Longo étudiait elle-même son itinéraire avant la course, tâchait d’en retenir les spécificités par cœur (gros travail de mémoire), et décidait seule, avec pour unique critère d’expertise le fait qu’elle connaissait très bien son corps, quand accélérer, quand décélérer, quand lâcher du terrain à l’autre, quand serrer à gauche/à droite, afin d’optimiser ses forces… etc. C’est ainsi que cette femme d’exception n’a pas simplement gagné beaucoup de médailles, mais a gagné avec honneur, et s’est aussi forgé, dans la foulée, un art de vivre qui lui est propre.

Au pied! Schnell!!

Au pied! Schnell!!

« Après tout, les bleus ont réussi l’exploit extraordinaire de choquer la bien-pensance médiatique et je leur tire mon chapeau. »

Je ne savais pas que la vocation des footballeurs était de « choquer la bienpensance médiatique » ; je pensais juste que leur job était de marquer des buts.

« En disant merde à Domenech et à toute la clique, ils sont sortis la tête haute, même si on s’est acharné à les culpabiliser et à les désigner à la vindicte. »

Avez-vous fait l’armée, Nicomaque ? Mon père, qui est né en 44, l’a fait. Et durant dix-huit mois, s’il vous plait (seulement dix-huit mois car il a obtenu une dérogation parce qu’il était déjà, à 19 ans, soutien de famille). Mon père, qui est pourtant un horrible gauchiste, le fils de l’un de ces « sales communistes » que vous aimez tant à insulter – un « sale communiste » qui a quand même été envoyé en camps durant la guerre, pour ses convictions politiques (avec les juifs, eh oui !), et s’est suicidé quelques années après, tout simplement parce qu’il ne pouvait ni renoncer aux idéaux au nom desquels il s’était battu pour sa patrie, et avait payé son lot de souffrance, ni accepter de cautionner le monstre sanguinaire qu’était devenu son communisme chéri en URSS, au regard duquel, en tant que contestataire, il allait bientôt être étiqueté à son tour « ennemi de la liberté ». Mais bref, sur ce sujet, il y aurait beaucoup à dire… Mon père, donc, qui est un horrible gauchiste (une « pastèque » pour résumer la chose grossièrement), et qui a aussi fait l’armée, ne se lasse pourtant pas de raconter avec chaleur, à qui veut l’entendre, ce qu’il y a vécu (et surtout de dire des choses auxquelles vous autres ne vous attendriez pas forcément de la part d’un gauchiste, tout simplement parce que les gauchistes d’aujourd’hui sont profondément idiots, et que mon père est un homme d’un autre siècle qu’eux – il ne comprend d’ailleurs plus rien au nôtre).

Souvent il commence en parlant des conditions de vie extrêmement difficiles auxquelles les bidasse étaient soumis, il décrit les brimades, les efforts physiques permanent, ses cauchemars, ses crises de somnambulisme durant la nuit… Ensuite il raconte quand il a pris l’hélicoptère : un bruit énorme de boite de conserve bringuebalante, et « cet imbécile d’adjudant » qui faisait le kakou en travers de la portière coulissante laissée constamment ouverte, bras et jambes écartées de part et d’autre, au-dessus du vide… et du majestueux parc des volcans d’Auvergne. – Mon père reste tacitement fort impressionné par ce souvenir : lui, a le vertige. ^^ C’est alors que « l’imbécile d’adjudant », ce « sous-chef » qui abuse de son autorité (comprendre : mon père préfère tacitement les vrais chefs aux « sous-chefs »), en prend pour son grade : ce cruel personnage avait droit, à l’époque, à un certain nombre de pertes humaines, et il s’acharnait sur les faibles… Un pauvre gars qui n’était pas à la hauteur, trop maigre, mal nourri, avait failli mourir sous ses coups, à force d’être contraint par lui à ramper encore et encore, deux fois plus que les autres, sous les barbelés, dans la fange.

[Là mon père fait rapidement allusion au fait que lui-même, par contre, bien entendu, était non seulement « à la hauteur », qu’il avait toujours aimé marcher, qu’il était le meilleur tireur de sa promotion et même que des officiers auraient voulu qu’il fasse une carrière, qu’en l’espace de quelques semaines de service il avait d’ailleurs gagné le grade de soldat de  « première classe » mais que, de nature pacifique, au lieu de persévérer dans cette voie, et lassé d’être soumis à de mauvais traitement, il avait préféré faire valoir son statut « d’intello » de la compagnie, de façon à briguer le poste de « radio », c’est-à-dire de chargé des communications en morse avec la base, auquel poste peinard il était resté jusqu’au bout tranquillement semi-planqué.]

Tout cela mis à part, et pour revenir au « petit chose », souffre-douleur de l’adjudant, j’ai entendu plusieurs fois mon père, son visage émacié tout rouge, ses yeux noir de jais étincelants comme ceux d’un loup, avoir ces mots très durs : « Je me souviens quand le pauvre gars s’évanouissait dans la boue ! La rage que je ressentais ! La rage pure ! Et j’étais pas le seul… Si j’avais pu – si on avait pu – si personne ne m’avait vu – les autres gars étaient avec moi – si j’avais pu me trouver seul avec cet adjudant [comprendre peut-être : si ç’avait vraiment été la guerre] ; je sais pas ce que j’aurais fait… Putain, je me retenais de l’étaler, de lui foutre un coup avec la crosse de mon fusil ! » Mais après cette tirade particulièrement violente, mon père conclue toujours avec un mot de plus, très confondant : « Tu sais, me dit-il, dans l’armée c’est une technique de commandement, ça aussi. Un adjudant qui se fait craindre, jusqu’à la haine, par ses hommes, paradoxalement, ça fait une compagnie soudée. La rigueur de la discipline fait qu’on se serre les coudes. De l’adversité nait la solidarité. »

***

Les hommes de Domenech n’étaient pas là pour le trouver « sympa », ni même « intéressant », ni même pour l’aimer ou approuver ses choix. Ils étaient là pour lui obéir, quoi qu’il arrive, même et surtout si le gars était vraiment con – rien n’est plus formateur qu’un maître à la fois con… et redoutable – obéir et avancer de façon militaire, à leur propre péril. Il fallait qu’ils lâchent prise, qu’ils soient dans un pur esprit de sacrifice à leur nation, à la façon dont les gladiateurs criaient dans l’arène : « Ave Caesar, Morituri Te Salutant ». La guerre est affaire de tripes, de crainte, et de bêtise virile. Les soldats qui pensent sur le terrain, c’est comme les femmes qui pensent dans l’amour, ou les acteurs qui réécrivent le scénario du film qu’ils doivent jouer. C’est une forme de décadence dont personne ne veut. La civilisation même n’en veut pas.

« [Domenech] a toujours été un tyran arrogant et incompétent, à l’image de son maître. »

Mais lol ! …Si seulement ç’avait pu être vrai. ^^
Si ça avait été vrai, nous n’aurions pas été vaincus… D’ailleurs j’abhorre furieusement le communisme de l’URSS. Mais on ne peut pas dire de Staline que c’était un mauvais stratège, ni un mauvais militaire. L’Armée Rouge, c’étaient des lions !

« Quand il était joueur (années 70-80), Domenech arborait une moustache en hommage à Staline. »

Quand on veut tuer son chien… etc.

(Grand-mère Raiponce pose la vieille missive imprimée sur ses genoux et déchausse ses besicles)

Otez-moi d’un doute, vous avais-je déjà parlé de mon père, les enfants? …Non? Ah, mais c’est que tout cela nous fait remonter à bien loin! Eh oui, figurez-vous que moi aussi j’ai eu un papa qui m’aimait, et que j’ai été une petite fille… Oh bon sang, comment cela se fait-il que tout cela me semble si proche, presque encore là, alors qu’aujourd’hui il est si loin? Mes enfants! A mesure que la mort approche, j’ai l’impression que mon père aussi. De toute mon existence, je n’ai su réellement lui parler une langue qu’il comprenne… ce siècle d’avant qui l’emportait, c’était encore tellement autre chose ; moi j’étais comme un chien à qui l’on adresse des mots qui font sens, et lui comme un maître qui se bouche les oreilles quand son chien aboie. Car mon berceau avait reçu le baptème de Mnémosine, qui m’avait gratifiée de quelques, hélas en partie défectueux, étranges précieux petits cadeaux [nottamment, au détriment d’un libre accès à la mienne propre, elle m’avait donné une clef universelle pour ouvrir la mémoire collective], dont lui avait été privé. En revanche, quelle belle encyclopédie traditionnelle, mon père ! C’était beau, c’était grand, ce type d’intelligence, c’était utile, surtout… enfin, avant l’arrivée d’Internet.

. . .

Non mais… Que disais-je, au juste? Ah oui! …De toute mon existence, je n’ai su réellement lui parler une langue qu’il comprenne. Et à présent que je pourrais presque déjà entendre sa voix, qui dit oui, qui dit non, qui appelle… A présent il me semble que nous pourrions faire ce qui n’a jamais été fait : échanger calmement, sans hystérie, sans fébrilité, jusque dans le silence, sans que la stature de l’un n’assombrisse le visage de l’autre. Il me semble curieusement que ce n’est même plus vraiment moi qui l’écoute, mais que c’est déjà lui, enfin, qui est en train de m’écouter.

Le drapeau noir flotte sur la marmite !

PREMIERE PARTIE – A BABOUCHES TOUTE!

LETTRE AU CAPITAINE DE L’EQUIPAGE DES SILLY-BOYS

Cher Capitaine, Gentil Dauphin, mon ami,

Vous qui êtes un homme de bien, un homme de paix, un amateur d’ordre et de tempérance, comme je déplore que vous ne soyez pas le maître à votre propre bord! Au lieu de ça des demi-mutins, des canailles – souvenez-vous de l’affaire Bob Marchenoir! -, ont pris l’habitude de passer par-dessus bord des gentlemens ayant reçu votre protection sans rencontrer aucune résistance significative de votre part, et tirent tant et si bien, en continu, le bateau à Tribord, que celui-ci en est actuellement à tourner sur lui-même en cercles concentriques de plus en plus serrés…Vous êtes aujourd’hui la risée de toute la flibuste ! Il faut relever le cap ! Si vous voulez marcher droit, il n’y a pas deux solutions.  Appuyez de tout votre poids ceux que les mutins de Tribord font passer pour porteurs sains du virus de « la rage ababouchiste » afin de s’en débarrasser, car il faut faire pencher la balance  : « A babord toutes! »

***

DECODER LE SUBTERFUGE DU PROCES EN ABABOUCHISME

L’ababouchisme est un fourre-tout/oubliette, un concept infiniment extensible aux contours volontairement flous, dont ceux qui en détiennent la licence usent pour se débarrasser de ceux qui les gènent sans même prendre la peine de leur dresser un procès. Il permet à la cour de rejeter aveuglément toute argumentation solide venant du parti adverse et d’en congédier les avocats ; au procureur, de se faire passer pour la victime ; voire, au criminel, de rendre le jugement.

Le Néo-Néron qui en est l’auteur peut, grace à une telle invention, traiter d’ignorant tout personnage érudit « étiqueté gênant » – tout gentihomme sans protection ou isolé, de fou, de criminel ou d’imbécile. Il n’a d’ailleurs pas créé cette arme à d’autre fin que celle de masquer tant bien que mal un énorme complexe d’infériorité. Il faut voir (pour le croire), de quelle façon il réserve systématiquement ses sentences les plus terribles de préférence à ceux des intervenants qui lui font réellement de l’ombre, que ce soit de par leur culture ou leur talent – laissant en paix les « Robins des bois » et autres gauchistes-mous piteux décrédibiliser leur propre camps à loisir!

A son image, les despotes antiques illetrés tranchaient la tête aux philosophes qui tentaient de leur expliquer des choses qu’ils ne comprenaient pas, ou de façon plus freudienne – c’est le cas de Néron, précisément – trucidaient carrément leur précepteur. Rien n’arrêtait jamais ces personnages-là dans leur furie méchante et carnassière, sinon l’influence d’une ou de plusieurs puissances émolliantes concurrentes.

Car ces gens-là (les mêmes qui se vantent, sur un ton badin, de toujours se réjouir des succès de leurs ennemis – ce qui est bien logique), ne respectent jamais rien tant que le pouvoir – c’est-à-dire la force ! Pour eux, respecter quelqu’un, ce n’est pas demeurer courtois en sa présence, ou prendre la peine d’écouter ce qu’il a à dire, cela se limite à être  tenu – et fermement encore! – tenu par lui en respect. De sorte que ceux-ci, même s’ils travaillent à dorer leur blason d’un semblant de vernis philosophique, ne sont rien – je prolonge-là une excellente définition de Lounès d’Arbois-Beaumont – que de vulgaires racailles… Je dirais même plus, ils sont « l’âme de la racaille », la racaille pour ainsi dire quintescenciée.

La force! Le pouvoir! L’argent!
Fi de toutes les autres qualités humaines – coeur, esprit, physique! Fi de toutes les valeurs – morale, honneur, vertu! Celles-ci ne viennent jamais dans leur grille de lecture, que de façon aléatoire, sans aucune sorte de cohérence, légitimer sans controverse possible leurs haines ou leurs amours. – Tel vice mortel, ignoble, accablant à leurs yeux un rival honni, se trouve célébré ailleurs par eux-même au titre de grâce ouranienne, de signe de distinction divin, lorsqu’il apparait chez tel parangon de sainteté politique (parangon toujours fictif – règle n°1 du dictateur : ne jamais placer quelqu’un de vivant au-dessus de soi).

Il faut garder à l’esprit que ces êtres qui, un temps, en terrifient plus d’un, n’ont de force réelle que celle de la renommée qu’on leur prête. Ce ne sont pas des lions, mais juste des saltimbanques. Que les applaudissements cessent, et le loup redevient agneau. Ces vagabonds du rires, qui tendent la sybille, et se glissent dans des habits de roi lorsque l’aventure le permet, ne sont d’aucune nation, ne sont d’aucun parti : il ne tiennent ni de Rome, ni d’Abraham, ni même de la perfide Albion, ils descendent en droite ligne de leur ancêtre unique la girouette – la girouette grinçante qu’on trouve sur les tarots, et qu’il ne faut pas confondre, lorsqu’on est Capitaine, avec une bousole, sous peine de faire courir l’Arche à sa perte.

Votre servante et  dévouée compatriote,

Millie-Of-Arc.

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SECONDE PARTIE : UNE BOUTEILLE A LA MER

J’ai aussi réfléchi à votre proposition d’intégrer l’équipage du Silly. Au début je pensais me contenter de ne pas donner suite, et laisser passer ma chance sans rien dire, car mon homme a raison : après tout ce que j’ai subi là-bas comme affronts, je ne devrais même pas y remettre les pieds…

Mais je vous aime bien. Je vous aime beaucoup, même. Vous me rappelez les « Morons » de mon passé, l’ambiance particulière, méchante, apocalyptique et passionnée qui régnait chez eux. Bien sûr que je me fais du mal, à briguer votre compagnie. Bien sûr que j’alimente auprès de vous ce que je ne sais plus quel philosophe (c’est mon homme qui emploie cette belle expression) appelait : « des passions tristes ». Car mes interventions sont toutes mues par le désir de récupérer des petits morceaux de mon honneur perdu, de la part de ceux-là même qui me l’ont confisqué. C’est ainsi que je trouve mon compte à continuer à être à Silly-Creek une sorte de « contre-pouvoir » toléré, c’est-à-dire celle à qui l’on permet de jouer les joutes qui sont interdites aux autres ; car il s’agit-là à mon sens d’un honneur nettement plus grand que celui d’être simplement recrutée parmi les membres de l’équipe (- que je suis loin d’apprécier tous, et au sein de laquelle vous n’ignorez pas que je me suis fait des ennemis mortels qui donneraient cher pour me voir balancée par-dessus bord avec des babouches en béton ligotées aux pieds). Cela signifie à mes yeux que je dois défendre à chaque intervention mon statut d’exception, reconnu uniquement de manière tacite ; un droit d’exister presque tabou, que n’importe qui, même le moindre morveux arrogant, le plus répugnant pilier de comptoir, est susceptible non seulement de me contester, mais de pousser n’importe lequel de vos flibustier à me retirer sur le champ. Il s’agit là d’une lutte à la fois dérisoire et que je trouve sublime, du fait de l’adversité que je rencontre sur ce chemin – sans doute aussi, de son absence de but –, c’est-à-dire du fait de votre intolérance, et non pas parce que j’espère en venir à bout ; du fait de ma faiblesse, et non pas parce que je suis à la hauteur ; parce que cet exercice me pousse à m’y hisser de toutes mes forces, c’est-à-dire qu’il me pousse à l’excellence, et que la sensation de marcher au bord du vide qui est l’apanage du danseur de corde, m’y accompagne à chaque mouvement…

[Le vide… la fournaise de la honte, l’abîme de l’échec. Comme vous le savez, je ne me suis pas toujours contentée de marcher au-dessus comme un funambule, j’ai eu aussi de nombreuses occasions d’éprouver l’horreur d’y chuter (choir, du latin : ca(d)ere). Et je ne sais pas si c’est parce que (dé)choir est ce qui s’approche le plus de faire l’expérience, impossible entre toute, de ce que nous redoutons le plus au monde – c’est-à-dire de la mort… mais il est possible que la sensation de chuter/lâcher-prise soit aussi la sensation, par excellence, la plus forte… donc la plus addictive au monde. Celle que, contre toute attente – plus encore que la joie de « planer » au-dessus de la mêlée – les drogués s’en vont chercher au « Pays des Merveilles », de l’autre côté du miroir, ou encore à l’autre bout de la raison… là où elle s’achève].